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Acteur (l’)

Delvau, 1864 : L’homme qui joue le rôle d’amoureux dans la comédie à deux personnages dont l’auteur a désiré garder l’anonyme, et qui porte pour titre : La Fouterie.

Lui, un acteur ! dit la dame, qui savait à quoi s’en tenir sur le jeu secret du sire. C’est un cabotin vulgaire, plutôt, qui s’est usé en jouant avec des drôlesses.

(Léon Sermet)

À peine fut cette scène achevée.
Que l’autre acteur par sa prompte arrivée,
Jeta la dame en quelque étonnement.

(La Fontaine)

Avoir la compagnie d’homme

Delvau, 1864 : Faire l’amour avec un homme.

À moins enfin qu’elle n’ait à souhait
Compagnie d’homme.

(La Fontaine)

Badinage

Delvau, 1864 : (que l’on peut prononcer à l’allemande : patinage.) Ce n’est pas autre chose que la préface de la fouterie elle-même :

Cessez ce badinage, Henri, ou je sonne pour appeler mes gens, et vous faire jeter à la porte.

(Ponson)

Rions, plaisantons, badinons, mais n’allons pas plus loin.

(Henry Monnier)

On fut obligé de la marier plus tôt qu’on ne pensait, parce qu’en badinant avec son accordé, elle devint grosse.

(Tallemant des Réaux)

Nanon surtout, et c’était grand dommage,
N’avait encor tâté du badinage.

(Grécourt)

Il se servit de l’heure du berger.
Et commençait l’amoureux badinage.

(La Fontaine)

De notre amoureux badinage
Ne gardez pas le témoignage,
Vous me feriez trop de jaloux.

(Parny)

Bague

d’Hautel, 1808 : C’est une bague au doigt. Se dit d’une propriété que l’on a acquise, qui ne nécessite aucune dépense, et dont on peut se défaire avantageusement en toute occasion.

Vidocq, 1837 : s. m. ab. — Nom propre.

Delvau, 1864 : On se sert quelquefois de ce mot pour désigner les parties naturelles de la femme :

Il s’en alla chercher une place éloignée
Pour enfiler la bague et rembourrer le bas
De celle qu’il avait choisie pour ses ébats.

(Théophile)

Carvel, j’ai pitié de ton cas,
Tiens cette bague et ne la lâches ;
Car tandis qu’au doigt tu l’auras,
Ce que tu crains point ne sera.

(La Fontaine)

…Du chevalier s’est accusée, qui, comme l’autre, l’avait bien baguée.

(Les Cent Nouvelles nouvelles)

Delvau, 1866 : s. f. Nom propre, — dans le même argot [des voleurs], par allusion à l’habitude qu’on a de faire graver son nom à l’intérieur des anneaux de mariage.

France, 1907 : Nom propre, argot des voleurs, par allusion, dit Delvau, à l’habitude qu’on a de faire graver son nom à l’intérieur des anneaux de mariage.

Baiser

d’Hautel, 1808 : Baiser le cul de la vieille. Signifie en terme de jeu, ne pas prendre un point dans toute la partie ; et en terme de commerce, ne pas étrenner de la journée.
Il devroit baiser les pas par où elle passe. Se dit d’un homme ingrat, qui cherche à dénigrer une personne à laquelle il a de grandes obligations.
Baiser à la pincette. C’est pincer avec les doigts les deux joues de la personne que l’on veut embrasser sur la bouche ; ce que les enfans appellent Baiser à la godinette.

Delvau, 1864 : Verbe excessivement actif, que l’humanité passa son temps à conjuguer depuis le premier jour du monde, et qu’Adam et Ève savaient dans tous ses modes avant les conseils libertins du serpent. C’est le to leacher des Anglais, le far l’atto venereo des Italiens et le basiare des latins. — Quant à son étymologie, elle est d’une clarté éblouissante même pour un aveugle. Agnès la devinerait. Baiser, verbe, vient de Baiser, substantif, car la conjonction d’en haut précède toujours la conjonction d’en bas, et il est impossible à une femme dont les petites lèvres ont été touchées par une bouche, de ne pas laisser toucher ses grandes lèvres par une pine. De ceci vient cela, dirait Hugo.

…Et l’homme marié
Baise tout simplement, quand il peut, sa moitié.

(Protat)

…Le galant, en effet,
Crut que par là baiserait la commère.

(La Fontaine)

Parbleu, qu’un autre la baise.
J’aime mieux baiser mes sœurs.

(Collé)

Chaud de boisson, certain docteur en droit,
Voulant un jour baiser sa chambrière,
Fourbit très bien d’abord le bon endroit.

(Piron)

Barant

Rigaud, 1881 : Ruisseau, — dans l’ancien argot.

France, 1907 : Ruisseau ; argot des voleurs, du celtique baranton, fontaine.

Bataille

d’Hautel, 1808 : C’est son grand cheval de bataille. Pour dire, c’est là son renfort, ce sont les argumens auxquels il a habituellement recours pour se tirer d’embarras.
Sauver quelque chose de la bataille. Sauver ce que l’on peut d’une ruine totale.

Delvau, 1864 : Sous-entendu amoureuse. L’acte vénérien, d’où nous sortons lassés, mais non rassasiés ; vaincus faute de munitions, mais non dégoûtés. — On dit aussi : Jouer à la bataille.

La lance au poing il lui présente la bataille.

(Les Cent Nouvelles nouvelles)

Lors s’écrie en riant : Je vois en ce réduit
Un lit,
Qui servira toute la nuit
De champ à sanglante bataille.

(La Fontaine)

Bater l’âne

Delvau, 1864 : Faire l’acte vénérien. — L’expression date probablement du conte de La Fontaine, le Bât, — imité de Béroalde de Verville.

Bidache ou bidoche

France, 1907 : Viande ; argot populaire.
Bidoche est le nom d’une marchande de soupes qui, vers 1830, tenait, près des Halles, une gargote appelée le Restaurant des Pieds humides.

Pour deux sous, la mère Bidoche donnait une portion de haricots, d’oseille, de pois cassés ou d’épinards. La soupe coûtait un sou ; les riches, pour trois sous, pouvaient s’offrir un bœuf entrelardé ou un ragoût de mouton. Quant au vin, il était gratis ; la Fontaine des Innocents ne tarissait jamais ! C’était un type que la mère Bidoche. Ancienne cantinière, elle avait conservé de son existence au régiment des habitudes militaires. Elle avait horreur de la carotte, et ne l’admettait que dans la soupe.

(Ch. Virmaître, Paris oublié)

Binômes

Delvau, 1866 : s. m. pl. Camarades de chambre à l’École d’application de Fontainebleau, et compagnons d’études à l’École polytechnique ; amis, copains, frères d’adoption qui ne se ressemblent et ne se valent souvent pas, mais qui n’en sont pas moins comme en algèbre, deux termes, unis par — ou par +, et qui n’en forment pas moins à eux deux une quantité.

Boc, bocan

France, 1907 : Cabaret de bas étage ou bordel, maison de prostitution ; du vieux mot boque, bouc. « Le bouc, dit Lorédan Larchey, était l’emblème de la luxure et des querelles. On disait jadis boquer pour frapper. »

Le meilleur bocan du Marais
Devient presque une solitude.

(Cyrano de Bergerac)

Chez la grosse Cateau vas-tu donc au bocan ?

(La Fontaine)

Boc, bocan, boucan ou bocard

Delvau, 1864 : Bordel, — dans l’argot militaire ou populaire. — Voir aussi boxon et bousin.

Le meilleur bocan du Marais
Devient presque une solitude.

(Cyrano de Bergerac)

Chez la grosse Catedu, vas-tu donc au bocan ?

(La Fontaine)

Bordel

d’Hautel, 1808 : Terme bas et de mépris dont on évite soigneusement l’emploi dans la bonne compagnie, et qui ne se dit au propre que d’un lieu de débauche et de prostitution ; et au figuré d’un tripot, d’une maison où tout est désordre et confusion.

Delvau, 1864 : Couvent de femmes qui ont fait vœu de lubricité. C’est le ganea (γάνος, joie) des Anciens, ordinairement situé loin de la ville, et la Borde (petite maison) des Modernes, située aussi dans la campagne, loin des regards indiscrets.

L’on envoie au conscience au bordel, et l’on tient sa contenance en règle.

(P. Charbon)

Misérable Philis, veux-tu vivre toujours
Un pied dans le bordel, l’autre dans la taverne ?

(Mathard)

Cependant vengeons-nous
Sur la grosse Cateau, qui tient bordel infâme.

(La Fontaine)

Delvau, 1866 : s. m. Prostibulum, — dans l’argot du peuple, qui parle comme Joinville, comme Montaigne, et comme beaucoup d’autres :

Miex ne voulaist estre mesel
Et ladres vivre en ung bordel
Que mort avoir ne le trespas.

dit l’auteur du roman de Flor et Blanchefleur.

Delvau, 1866 : s. m. Petit fagot de deux sous, — dans l’argot des charbonniers.

Rigaud, 1881 : Bruit, vacarme. — Faire un bordel d’enfer, faire beaucoup de bruit.

Rigaud, 1881 : Petit fagot de deux sous, — dans le jargon des charbonniers. — Petit paquet de linge sale, — dans le jargon des blanchisseuses. — Faire un bordel, laver un paquet de linge à soi appartenant.

Fustier, 1889 : Outils, instruments, objet quelconque.

France, 1907 : Débit de chair humaine.

On appelait autrefois borde une cabane, une maisonnette, et même une petite métairie, située à l’extrémité d’une ville. Le bordelier était l’hôte qui l’habitait. On en a fait depuis le mot bordel, parce que les lieux de prostitution étaient placés dans les faubourgs. Du saxon bord, maison.

(Glossaire de Rabelais)

Jeunes gens, défiez-vous des bordels, craignez la vérole et les sergots.

On m’a fait du bordel un bien sombre tableau… — Des Pontmartin !… laissez dire les imbéciles ; Tous les métiers sont bons en ces temps difficiles.

(Albert Glatigny)

Cage (ne plus avoir de mouron sur la)

Rigaud, 1881 : Être chauve, — dans le jargon du peuple, qui dit aussi : Ne plus avoir de cresson sur la fontaine.

Calicote

Larchey, 1865 : Femme fréquentant un ou plusieurs calicots.

Clara Fontaine est une étudiante, Pomaré est une calicote.

(Paris dansant)

Delvau, 1866 : s. f. Maîtresse de commis de nouveautés.

France, 1907 : Employée d’un magasin de nouveautés ou la maîtresse d’un calicot.

Calin

France, 1907 : Fontaine d’étain dont se servent les marchands de coco.

Camuse

anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Carpe.

Vidocq, 1837 : s. f. — Carpe.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Halbert, 1849 : Carpe.

Delvau, 1866 : s. f. Carpe, — dans l’argot des voleurs, qui alors n’ont pas vu les carpes des bassins de Fontainebleau.

Rigaud, 1881 : Carpe, — dans l’ancien argot. À cause de son museau aplati.

France, 1907 : La mort. Se dit aussi d’une carpe ; argot des voleurs.

Cancre

d’Hautel, 1808 : Un pauvre cancre. Terme injurieux et de mépris. Ignorant crasse ; homme d’une avarice sordide ; égoïste.

Delvau, 1866 : s. et adj. Avare, homme qui n’aime point à prêter. Argot du peuple. Signifie aussi Pauvre Diable, homme qui ne peut arriver à rien, soit par incapacité, soit par inconduite.

Delvau, 1866 : s. m. Collégien qui ne mord volontiers ni au latin ni aux mathématiques, et qui préfère le Jardin des plantes de Buffon au Jardin des racines grecques de Lancelot.

France, 1907 : Écolier fainéant. Avare, pauvre diable.

Cancre, hère et pauvre diable,
Dont la condition est de mourir de faim.

(La Fontaine)

S’il est arrivé que des enfants obtus, des cancres de collège, devinssent plus tard des écrivains de mérite, l’élève prodige se reconnaît toujours à certains signes dans la littérature.

(É. Zola)

Caresser un homme

Delvau, 1864 : Le peloter, lui passer une main adroite dans la pantalon pour réveiller le membre qui y dort sur ses deux coussins, et le faire ainsi gaudilier. — Caresser une femme, la baiser, — ce qui est, pour elle, la caresse par excellence.

Chloé, d’où vient cette rigueur ?
Hier tu reçus mes caresses,
J’accours aujourdhui plein d’ardeur
Et tu repousses mes tendresses.

(E. T. Simon)

Afin, se disoit-il, que nous puissions, nous autres,
Leurs femmes caresser, ainsi qu’ils font les nôtres.

(Régnier)

J’avais un mari si habile,
Qu’il me caressait tous les jours.

(Parnasse satyrique)

La jeune demoiselle qui avait été si bien caressée, s’imaginait que cela devait durer toutes les nuits de la même façon.

(D’Ouville)

Il les repoussa de la porte, la referma, et retourna caresser la belle.

(Tallemant des Réaux)

Si vous voulez madame caresser,
Un peu plus loin vous pouviez aller rire,

(La Fontaine)

Que de caresses
Que de tendresses.
Pour réchauffer vos cœurs, vieux députés !

(Gustave Nadaud)

Cérémonie

d’Hautel, 1808 : Faire de la cérémonie. Affecter des manières polies ; faire des grimaces, des minauderies.

Delvau, 1864 : L’acte le plus important de la vie, celui qui se fait avec le plus de pompe — quand on a affaire à une bonne suceuse.

J’en connais qui sont adonnées à la cérémonie — Qu’entends-tu par la cérémonie ? interrompit-elle — C’est, Madame, repris-je, de donner le fouet ou de le recevoir.

(Mœurs du temps, I, 159)

Que bonne part de la cérémonie
Ne fût déjà par le prêtre accomplie.

(La Fontaine)

Chand

France, 1907 : Apothèse de marchand, plus fréquemment employé dans l’expression chand d’habits, fripier.

— Je suis prête à sortir, mais quel est mon profit ?
Payez-moi mes leçons, ma chère,
D’histoire ancienne et de grammaire,
Autrement qu’en effets sales et défraîchis
Dont ne veut pas le chand d’habits.

(Marc Legrand, La Fontaine de poche)

Charbonnier est maitre chez lui

France, 1907 : « François, chassant dans la forêt de Fontainebleau, se sépara de sa suite et s’égara. Surpris par la nuit, il alla frapper à la porte de la cabane d’un charbonnier qui le reçut poliment et lui offrit de partager son souper. Mais quand on se mit à table, le rustique amphitryon, ignorant la qualité de son hôte, se fit donner la chaise sur laquelle le roi s’était assis, disant que, comme elle était la meilleure, il ne la cédait à personne, parce qu’un charbonnier, quoique pauvre, n’en était pas moins le maître chez lui. Apart cela, il traite son convive de son mieux, lui faisant manger un morceau de sanglier tué par lui en dépit des ordonnances royales, ajoutant que si le Grand nez le savait, il le ferait pendre. Le Grand nez soupa gaiement, se coucha dans la cabane et, réveillé au point du jour, sonna du cor. Sa suite, qui l’avait cherché toute la nuit, accourut aussitôt. Le charbonnier, qui n’avait vu de si près pareils seigneurs, fut émerveillé de les trouver à sa porte et le fut plus encore quand il les vit parler à son hôte, tête nue et avec les marques du plus profond respect. Il reconnut bien vite que c’était le roi, le roi à qui il avait fait manger du gibier braconné sur les terres royales, le roi qu’il avait appelé sans façon Grand nez, et à qui il n’avait même pas donné la première place à table, sous prétexte que charbonnier était maître chez lui.
François, riant de la frayeur du bonhomme, le rassura et lui octroya, dit-on, les requêtes qu’il lui adressa. Le mot, souvent répété à la cour, devint proverbe pour exprimer que chacun est maître dans sa maison.  »
An Englishman’s house is his castle (La maison d’un Anglais est son château) est la fière devise des sujets de l’empire britannique.

— Homme, comme vous êtes petit ! dit un jour Ferdinand VI an duc de Medina-Cœli, le premier des grands d’Espagne, qui essayait de l’aider à mettre son manteau. — Je suis grand chez moi, répliqua le duc. Et répétant le proverbe espagnol : Dans ma maison, je suis roi.
  Mientras en mi casa estoy,
  Rey me soy.

Chevillard

Delvau, 1866 : s. m. Boucher sans importance, — dans l’argot des gros bouchers, qui n’achètent pas à la cheville, eux !

Rigaud, 1881 : Revendeur en gros et en demi-gros de viande dépecée, en terme de boucher ; c’est celui qui vend à la cheville.

France, 1907 : Boucher en gros.

Ce sont les chevillards, ou bouchers en gros des abattoirs de la Villette, Villejuif et Grenelle, qui prêtent, moyennant rétribution, à leurs clients, bouchers au détail, des animaux sur pied.

(Guy Tomel, Le Bas du Pavé parisien)

Se dit aussi du tueur :

Orlando travaillait maintenant comme chevillard chez un boucher de la Villette qui l’avait accepté pour sa force, pour la sûreté de son coup d’œil.
Robuste et dru comme un lutteur, les manches relevées à l’épaule sur la saillie des biceps, les reins sanglés, les hanches prises dans une triple serpillière, un mouchoir pittoresquement noué sur la tête, à la façon des bandits calabrais que l’on voit dans les gravures, sanglant de la tête Aux pieds, le tueur s’approchait avec son couteau bien aiguisé, et, régulièrement, suivant la rangée, il tranchait chaque gorge d’une entaille profonde. Pas un cri. Il y avait là douze vies qui bêlaient. Après le passage du chevillard, douze fontaines de sang jaillissaient en gros bouillons dans la même vasque.

(Hugues Le Roux, Les Larrons)

Chien de Jean de Nivelle

France, 1907 :

Comme le chien de Jean de Nivelle,
Il s’enfuit quand on l’appelle,

dit le refrain d’une vieille chanson comique.
Jean de Montmorency, seigneur de Nivelle, s’emporta dans une discussion, jusqu’à souffloter son père. Cité devant la cour des pairs, il se sauva en Flandres. On annonça alors par trois fois, à son de trompe, dans les carrefours de Paris, son crime en même temps qu’on le sommait de venir rendre compte. Il se garda de comparaître, bien entendu, et le peuple ne l’appela plus que félon et chien. Au commencement du XVe siècle, il était l’objet d’une chanson populaire, car une farce des clercs de la basoche, dite : Les deux Savetiers, commence ainsi :

Hay avant Jehan de Nivelle !
Jehan de Nivelle a deux housseaux,
Le roy n’en a pas de si beaux ;
Mais il n’y a point de semelle,
Hay avant Jehan de Nivelle !

La Fontaine, dans une de ses fables, semble tomber dans l’erreur populaire et croire qu’il s’agit d’un véritable chien, en donnant ce sage conseil :

Une traitresse voix bien souvent vous appelle,
Ne vous pressez donc nullement
Ce n’était pas un sot, non, non, et croyez-m’en,
Que le chien de Jean de Nivelle.

Cigale

Vidocq, 1837 : s. f. — Pièce d’or.

Larchey, 1865 : Pièce d’or (Vidocq). — Comparaison du tintement des louis au cri de la cigale.

Delvau, 1866 : s. f. Chanteuse des rues, qui se trouve souvent dépourvue lorsque « la bise est venue ».

Delvau, 1866 : s. f. Cigare, — dans l’argot du peuple, qui frise l’étymologie de plus près que les bourgeois, puisque cigare vient de espagnol cigarro, qui vient lui-même, à tort ou à raison, de cigara, cigale, par une vague analogie de forme.

Delvau, 1866 : s. f. Pièce d’or, — dans l’argot des voleurs, qui aiment à l’entendre sonner dans leur poche. Ils disent aussi cigue, par apocope, et Ciguë, par corruption.

Rigaud, 1881 : Chanteuse ambulante.

France, 1907 : Pièce de vingt francs.
Depuis La Cigale et la Fourmi, de La Fontaine, le mot s’applique aux chanteuses des rues.

France, 1907 : Société artistique et littéraire, fondée à Paris en 1875 par un groupe de poètes, d’écrivains, d’artistes méridionaux. Un dîner, intitulé Dîner de la Cigale, les réunit à certaines époques. La politique est exclue de ces réunions. Paul Arène explique plaisamment le but de cette fondation :

C’est pour ne pas perdre l’ « assent »
Que nous fondâmes la Cigale ;
On parle cent, à la fois, cent !…
C’eat pour ne pas perdre l’ « assent ».
Mais cette Cigale, on le sent,
De rosée à l’ail se régale :
C’est pour ne pas perdre l’ « assent »
Que nous fondâmes la Cigale.

Cocu

d’Hautel, 1808 : Le premier qui entrera sera cocu. Se dit en plaisantant, lorsque deux personnes, dans une conversation, expriment en même temps, presque dans les mêmes termes, la même pensée.
Un vieux cocu. Épithète injurieuse et dérisoire, que l’on donne à un mari cornard, à un homme bizarre et ridicule.
Ce mot n’appartient proprement qu’au style libre et indécent.

Delvau, 1864 : Mari trompé par sa femme, comme Ménélas, comme Sganarelle et Dandin, comme vous et moi, comme des millions d’autres.

Tous les hommes le sont…
— Excepté Couillardin…
Qu’appelle-t-on cocu ? L’homme de qui la femme
Livre non-seulement le corps, mais aussi l’âme,
Partage le plaisir d’ un amant chaleureux,
Le couvre avec bonheur de baisers amoureux,
Fait l’étreinte pour lui, même quand elle est large,
Et, manœuvrant du cul, jouit quand il décharge.

(L. Protat) (Serrefesse)

Un grant tas de commères
Savent bien trouver les manières
De faire leurs maris cocus.

(F. Villon)

Apprennez qu’à Paris, ce n’est pas comme à Rome ;
Le cocu gui s’afflige y passe pour un sot,
Et le cocu qui rit pour un fort honnête homme.

(La Fontaine)

Le damoiseau, parlant par révérence,
Me fait cocu, madame, avec toute licence.

(Molière)

Je vais prier pour les cocus,
Les catins et les philosophes.

(Béranger)

Rigaud, 1881 : Mari trompé ; source d’éternelles plaisanteries. Bien que le mot soit absolument français, puisqu’on le trouve dans tous les bons auteurs du XVIIe siècle, chez madame de Sévigné comme chez Molière et chez La Fontaine, qui le tenaient de leurs devanciers, nous n’avons pas hésité à lui donner l’hospitalité dans le but de relever une erreur d’étymologie. Sur l’autorité de Pline, on prétend que le mot cocu répond à une allusion au coucou, lequel est réputé pour toujours pondre dans le nid d’autrui. C’est une erreur. Cocu, qui devrait s’écrire co-cu, est formé de deux syllabes co pour cum. Le cocu est un homme qui a un ou plusieurs coadjuteurs à l’œuvre matrimoniale, un ou plusieurs confrères qui travaillent le même champ, champ désigné par la dernière syllabe du mot. De là cocu. L’art de faire des cocus remonte à l’origine du monde, si loin que le premier homme a été cocu par un serpent. Pourquoi par un serpent ? Parce qu’à ce moment il n’y avait pas un second homme dans l’univers, s’il faut s’en rapporter à la Bible. — M. H. de Kock a écrit l’histoire des Cocus célèbres.

Virmaître, 1894 : Pourquoi diable fait-on dériver cocu de coucou ? Si l’on suivait la véritable étymologie du mot, ce n’est pas le mari, mais bien l’amant qu’on devrait appeler cocu ; en effet, la légende veut que le coucou fasse ses petits dans le nid des autres oiseaux (Argot du peuple).

Qui cinquante ans aura vécu
Et jeune femme épousera,
S’il est galeux se grattera
Avec les ongles d’un cocu.

Cocuage

Delvau, 1864 : État du cocu, de l’homme dont la femme baise avec un autre. Cocuage est naturellement des apanages du mariage.

(Rabelais)

Quel est l’époux exempt de cocuage ?
Il n’en est point, ou très-peu, je le gage.

(La Fontaine)

Dans tous les temps et dans tous les pays du monde, le cocuage rapporte quelque chose.

(Pigault-Lebrun)

Rigaud, 1881 : « Le cocuage poursuivi par les lois, réprouvé par la morale, toléré par la bonne compagnie, est si profondément entré dans nos mœurs qu’il est devenu presque une institution. » (Paris un de plus.) Des maris indignes de ce nom n’ont as craint de dire du cocuage, ans un accès de cynisme, qu’il est comme les dents, qui commençent à vous faire soulfrir quand elles poussent, et qui, par la suite, vous aident à manger.

France, 1907 : Conséquence naturelle du mariage et situation dans laquelle se trouvent la plupart des maris. Vieil argot toujours jeune.

D’autant que ce sont les dames qui ont faict la fondation du cocuage, et que ce sont elles qui font les hommes cocus, j’ay voulu mettre ce discours parmy ce livre des dames, encor que je parleray autant des hommes que des femmes. Je sçay bien que j’entreprends une grande œuvre, et que je n’aurois jamais faict si j’en voulois monstrer la fin, car tout le papier de la chambre des comptes de Paris n’en sçauroit comprendre par escrit la moitié de leurs histoires, tant des femmes que des hommes.

(Brantôme, Vie des Dames galantes)

— J’ai souvent médité sur cette phrase d’un mari que l’ingratitude des amants de sa femme a fait souffrir. J’en ai conclu qu’il y a dans le cocuage une secrète douceur, comme soudain la langue se réjouit du sucre déposé au fond d’une tisane amère. C’est pour le mari trompé, encore amoureux, la certitude que l’objet adoré est digne d’hommages. Beaucoup de gens ont besoin de ces confirmations extérieures pour se sentir tout à fait heureux.

(Hugues Le Roux)

Coiffer (se)

Delvau, 1866 : Se prendre d’amitié ou d’amour pour quelqu’un ou pour quelque chose, — dans l’argot du peuple, qui a eu l’honneur de prêter ce mot à La Fontaine.

France, 1907 : Se prendre d’affection pour quelqu’un. S’en enticher, devenir amoureux. Avoir un béguin pour une fille ou pour un garçon.

— Si encore ça n’avait été qu’un caprice, qu’une passade ! Mais aller te coiffer de cette morveuse, t’en amouracher comme un collégien, à ton âge ! Et la flanquer enceinte par-dessus le marché ! Oh là là, là là : Es-tu bête, mon pauvre Juvignon !

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

Combat amoureux

Delvau, 1864 : L’acte copulatif, qui est une lutte courtoise où personne n’est blessé, — quoiqu’on échange de nombreux coups.

Même, pour l’attirer au combat amoureux,
L’allait injuriant, l’appelant rustre, gueux.

(Mililot)

Nous continuâmes deux ou trois fois, en sorte que les yeux nous pétillaient d’ardeur et ne respiraient que le combat naturel.

(Mililot)

Fut de bon, poil, ardente et belle
Et propre à l’amoureux combat.

(La Fontaine)

Sa rivale, tout au contraire,
A dans les combats amoureux
Les mouvements si paresseux,
Qu’au sein du plaisir même Eglé vous désespère.

(Mérard Saint-Just)

J’aime dedans un bois à trouver d’aventure
Dessus une bergère un berger culetant,
Qui l’attaque si bien et l’escarmouche tant,
Qu’ils meurent à la fin au combat de nature.

(Théophile)

Je viens des bords de la Garonne.
Prostituer ma personne
À ton lubrique combat.

(Cabinet satyrique)

Bien volontiers ma femme viendra au combat vénérien.

(Rabelais)

J’ai si bien combattu, serré flanc contre flanc,
Qu’il ne m’en est resté une goutte de sang.

(Régnier)

Je suis un bon soldat d’amour
Qui ne fais poinct retraitte ;
Je sçay combattre nuict ei jour
Au champ de la brayette.

(Chansons folastres)

Corio

Fustier, 1889 : Fontaine. Argot des élèves de l’École Polytechnique. C’est le général Coriolis qui fit installer des fontaines dans les cours de l’École.

France, 1907 : Fontaine ; argot de l’École Polytechnique, du nom d’un directeur des études, Coriolis, qui, en 1838, fit installer dans les salles de petites fontaines.

Le corio fournit de l’eau filtrée, médiocre comme boisson, très bonne pour le dessin au lavis, excellente pour remplir les bombes dont on asperge les camarades, parfaite pour détremper les bottes des conscrits.

(Albert Lévy et G. Pinet, L’Argot de l’X)

Craché

Delvau, 1866 : adj. Ressemblant, — dans l’argot du peuple, à qui La Fontaine et Voltaire ont fait l’honneur d’emprunter cette expectoration. On dit : C’est lui tout craché ou C’est son portrait tout craché.

France, 1907 : Ressemblant. Le mot n’est guère employé que dans cette expression : C’est lui ou c’est son portrait tout craché.
L’expression est vieille. On la trouve dans la Farce de Pathelin :

Ainsi m’aist Dieus, que des oreilles,
Du nez, de la bouche, des yeus,
Onc enfant ne ressembla mieus
À Père. Quel menton fourché !
Vraiment, c’etes vous tout craché !

Cresson

d’Hautel, 1808 : Cresson alénois. Espèce de cresson qui vient dans les jardins ; et non, à la noix, comme on le dit fréquemment par corruption.

La Rue, 1894 : Chevelure.

France, 1907 : Cheveux ; employé dans cette expression : avoir ou n’avoir pas de cresson sur la fontaine. Les soldats d’Afrique disent dans le même sens : avoir ou n’avoir pas d’alfa sur le plateau.

Cresson sur la fontaine ou sur le caillou

Rossignol, 1901 : Avoir des cheveux sur la tête.

Crins

Delvau, 1866 : s. m. pl. Cheveux, — dans l’argot du peuple, qui n’est pas aussi irrespectueux qu’on pourrait le croire au premier abord, puisque La Fontaine a dit :

Fille se coiffe volontiers
D’amoureux à longue crinière.

Rigaud, 1881 : Cheveux.

France, 1907 : Cheveux. L’expression à tous crins était fréquemment appliquée. Démocrate à tous crins, poète à tous crins. Brave à tous crins, avec un sens d’excessif et d’outrance ; une chevelure épaisse et touffue étant considérée, depuis la plus haute antiquité, comme l’emblème de la force.

Croquer

d’Hautel, 1808 : Faire croquer le marmot. Faire attendre long-temps quelqu’un ; le laisser sans occupation et dans une espérance vague.
On dit aussi simplement croquer le marmot, pour, s’amuser à des minuties, à des futilités, se croiser les bras par paresse.
Cet argent sera bientôt croqué. C’est-à-dire, dépensé. Cette locution ne s’emploie qu’en parlant d’un bélître, d’un dissipateur, d’un homme qui n’a ni ordre ni économie.

Delvau, 1864 : Employé dans un sens obscène pour faire l’acte vénérien.

Par où le drôle en put croquer,
Il en croqua.

(La Fontaine)

Tout
Est de votre goût,
Vous croquez tout.

(Collé)

Larchey, 1865 : Esquisser, dessiner.

Si je croquais ce chêne avant de déjeuner !

(Marcellin)

Delvau, 1866 : v. a. Dessiner à la hâte, — dans l’argot des artistes.

Delvau, 1866 : v. n. Faire crier les souliers en marchant, — dans l’argot des enfants et des ouvriers.

France, 1907 : Craquer.

France, 1907 : Dessiner rapidement.

Croquer une poulette

France, 1907 : Abuser d’une innocente, séduire un tendron, prendre un pucelage.

— Mais… ma poulette… tu es jolie à croquer : il est tout naturel que je veuille te croquer…

(Alfred Delvau, Le Fumier d’Ennius)

Les plus nouvelles, sans manquer,
Étaient pour lui les plus gentilles ;
Par où le drôle en put croquer,
Il en croque, femmes et filles,
Nymphes, grisettes, ce qu’il put ;
Toutes étaient de bonne prise,
Et sur ce point, tant qu’il vécut,
Diversité fut sa devise.

(La Fontaine)

Danse (la) à plat, la basse danse, la danse du loup

Delvau, 1864 : L’acte vénérien, pendant lequel les deux acteurs se trémoussent en cadence, coups de cul de ci, coups de queue de là, — ce qui les échauffe bien plus que n’importe quelle varsoviana.

L’époux remonte, et Guillot recommence.
Pour cette fois, le mari vit la danse
Sans se fâcher.

(La Fontaine)

Il lui enseigna la danse du loup, la queue entre les jambes.

(Moyen de parvenir)

Je crois que tu ne te ferais point prier de danser le branle de un dedans et deux dehors.

(Tournebu)

La danse est pour les jeunes filles ce qu’est la classe pour les adolescents, une école protectrice de la sagesse, un préservatif des passions naissantes. Le célèbre Locke recommande expressément d’enseigner aux enfants à danser dès qu’ils sont en état de l’apprendre. La danse porte en soi une qualité éminemment réfrigérante et, sur tout le globe, les tempêtes du cœur attendent, pour éclater, le repos des jambes.

(Lemontey)

À quinze ans, la danse est un plaisir, à vingt-cinq ans un prétexte, à quarante ans une fatigue.

(Ad. Ricard)

Déchard, décheux

France, 1907 : Malheureux que poursuit la déveine.

Cancre, hère et pauvre diable
Dont la condition est de mourir de faim,

dit La Fontaine.

Il y a les hôtels des richards,
Tandis que les pauvres déchards,
À demi morts de froid,
Et soufflant dans leurs doigts,
Refilent la comète.

(La Ravachol)

Ce qu’on donne aux déchards, toujours on le regrette,
Pour tirer d’eux ce qu’on leur prête,
On en vient d’ordinaire aux propos aigres-doux,
Il faut plaider, il faut combattre.
Offrez-leur un « pied » chez vous,
Ils en auront bientôt pris quatre.

(Marc Legrand)

Déduit

Delvau, 1864 : L’acte amoureux, — du verbe latin deducere, tirer, faire sortir, c’est-à-dire, en vieux français, se divertir en tirant — un coup.

Qu’il ne manquait ou de jour, ou de nuit,
Sous prétexte de voir son ingrate maîtresse,
De faire naître avec adresse
Un rendez-vous pour l’amoureux déduit.

(La Fontaine)

L’homme noir, friand du déduit,
De dire : l’aventure est bonne.

(Grécourt)

Il est minuit,
C’est l’instant du mystère,
Il nous invite à l’amoureux déduit.

(Pebraux)

France, 1907 : Vieux mot toujours neuf qui exprime la mature de la femme.

— Six pieds de taille, une poitrine large comme un rempart de ville, des bras à briser un arbre en l’étreignant, des jambes à faire vingt lieues sans fatigue, bête comme plusieurs oies d’ailleurs, mais prêt à se faire couper la tête pour le déduit, stupide, mais convaincu, ne vous laissant jamais le temps ni de pleurer ni de rire. Allez, mes enfants ! voilà ce qu’il y a encore de mieux.
Une voix hoquetante, dont le timbre extra-humain sonna comme une volée de glas aux oreilles des vieilles épouvantées, murmura très distinctement toutefois :
— Elle a raison !

(Armand Silvestre)

Don d’amour

Delvau, 1864 : Employé dans un sens obscène pour désigner l’acte vénérien.

Oui, mais aussi nous gagnons quelque chose,
Dit la jeune Ève, et son souris propose
Le don d’amour.

(Parny)

Je ne fais que requérir,
Sans acquérir,
Le don d’amoureuse liesse.

(Cl. Marot)

Conclusion, que Renaud sur la place
Obtint le don d’amoureuse merci.

(La Fontaine)

Empêcher

d’Hautel, 1808 : Il est bien empêché de sa personne. Pour, il est bien embarrassé ; il ne sait quelle contenance tenir.

Delvau, 1864 : Employé dans un sens obscène pour faire l’acte vénérien.

Et pendant que je suis avec l’un empêchée,
L’autre attend sans mot dire, et s’endort bien souvent.

(La Fontaine)

Entrée en danse, en joute, en lice, en jouissance (l’)

Delvau, 1864 : Entrer, par la porte des plaisirs, en possession de sa femme ou de sa maîtresse, avec circonstances, dépendances et tous les agréments y attachés.

L’abbesse aussi voulut entrer en danse.

(La Fontaine)

Jusqu’à entrer en jouste dix ou douze fois par une nuit.

(Brantôme)

Il tardait à notre Jobelin d’entrer en lice.

(D’Ouville)

Il suffirait que tous deux tour à tour,
Sans dire mot, ils entrassent en lice.

(La Fontaine)

Mais timidité retenait
Le céladon encor novice ;
Beaux discours sans entrer en lice.

(Grécourt)

Expédier

Delvau, 1864 : Faire jouir rapidement, en quelques coups de cul.

Les beaux pères n’expédiaient
Que les fringantes et les belles.

(La Fontaine)

Larchey, 1865 : Tuer. — Mot à mot : expédier en l’autre monde.

Delvau, 1866 : v. a. Tuer, — dans l’argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Tuer. C’est, mot à mot : expédier pour l’autre monde. — En terme de gastronomie, c’est ne rien laisser dans un plat, c’est nettoyer un plat.

Ensuite il n’a aucun scrupule, même après qu’on a servi fromage et fruits, de garder sur la table un morceau de viande jusqu’à ce qu’il l’ait, comme on dit, expédié.

(L. Dépret, La Cuisinière poétique.)

La Rue, 1894 : Tuer.

Hayard, 1907 : Renvoyer (dans l’autre monde), assassiner.

France, 1907 : Envoyer quelqu’un dans un monde qu’un dit meilleur.

Le prêtre s’introduit :
— Vous êtes monsieur un tel ?
— Oui, monsieur.
— Vous avez deux fils ; où sont-ils ?
— L’un est à X…, l’autre a eu des malheurs : il est à la Grande-Roquette.
— C’est de sa part que je viens vous voir… Une circonstance a voulu que je le voie ce matin.
— Ce matin. Est-ce donc vrai ce qu’on me disait à l’instant, qu’on les a expédiés tous les deux ?
— Mon ami, si vous voulez dire par là que votre enfant a payé ce matin sa dette à la justice humaine, c’est vrai.

(Simon Levral)

Ils sont là des milliers dans leurs laboratoires,
Couverts par des brevets de chimistes notoires,
Qui cherchent au grand jour, hommes intelligents,
Le moyen le plus sûr d’expédier les gens.

(Paul Nagour)

Exploits

Delvau, 1864 : Non ceux de Mars, dont nous ne nous occupons pas, mais ceux de l’amour. — C’est le nombre de fois que l’on a obtenu dans la même nuit ou journée les faveurs d’une femme.

Mais six exploits mirent bas le gendarme.

(Piron)

L’on courut voir avec une lumière, s’il ne lui était point arrivé quelque malheur, et on le trouva tombé sur le carme qui exploitait la nourrice au pied d’un escalier.

(Le Compère Mathieu)

Tant bien exploite autour de la donzelle
Qu’il en naquit une fille si belle.

(La Fontaine)

Un cordelier exploitait gente nonne,
Qui paraissait du cas se soucier.

(Grécourt)

Et s’exploitant de grand courage,
Ah ! que je fais là de cocus !

(Piron)

Faire des châteaux en Espagne

France, 1907 : Faire iles projets en l’air, se repaître de chimères, de rêveries sans corps et sans sujet, comme dit Montaigne (« Une resverie sans corps et sans sujet régente notre âme et l’agite ; que je me mette à faire les chasteaux en Espaigne, mon imagination m’y forge des commodités et des plaisirs desquels mon ame est réellement chatouillée et réjouie. »). C’est la grande ressource des malheureux.

Quel esprit ne bat la campagne ?
Qui ne fait châteaux en Espagne ?
Pichrocole, Pyrrhus, la laitière, enfin tous,
Autant les sages que les fous ;
Chacun songe en veillant, il n’est rien de plus doux,
Une flatteuse erreur emporte alors nos âmes :
Tout le bien du monde est à nous,
Tous les honneurs, toutes les femmes.

(La Fontaine, La Laitière et le Pot au lait)

Mais pourquoi cette expression châteaux en Espagne ? Est-ce parce que, comme le dit Pasquier, les châteaux sont rares en Espagne et qu’on n’y rencontre guère que quelques cassines ou maisonnettes fort distantes les unes des autres ? « Ceux qui rendent raison de cela, ajoute-t-il, estiment que ce fut pour empescher que les Maures ne surprissent quelques chasteaux de force ou d’emblée, où ils auraient eu moyen de faire une longue et sûre retraite. C’est pourquoi on a dit que celuy fait en son esprit des chasteaux en Espagne, quant il s’amuse de penser à part soy à chose qui n’estait faisable. » Cette explication, observe Leroux de Lincy, est aussi hasardée que celle de Fleury de Bellingen qui fait remonter au consul Cécilius Métellus l’origine de ce proverbe.
L’explication la plus plausible est celle donnée par Quitard qui croit que ce proverbe date de la seconde partie du XIe siècle, lorsque Henri de Bourgogne traversa les Pyrénées pour aller au secours d’Alphonse, roi de Castille, contre les Maures d’Espagne et qui, en récompense, obtint la main de Teresa, fille du roi, et le comté de Lusitania pour dot, lequel comité devint, sous son fils Alphonse Henriquez, royaume de Portugal. Les chevaliers qui avaient accompagné Henri de Bourgoin partagèrent naturellement sa fortune, et leurs succès ne manquèrent pas d’exciter l’émulation de tous les aventuriers et hommes de guerre qui ne rêvèrent plus que fiefs à gagner et châteaux à bâtir en Espagne. La Conquête de l’Angleterre par les Normands et les biens dont furent comblés tous les chevaliers qui suivirent Guillaume éveillèrent les mêmes convoitises et les mêmes rêves. L’on disait : faire des châteaux en Albanie (Albion) aussi bien que faire des châteaux en Espagne. Il est a remarquer, dit Walter Kelly, qu’avant le XIe siècle il y avait très peu de châteaux en Angleterre et en Espagne. Les aventuriers conquérants avaient à s’en bâtir pour eux-mêmes. Les Anglais disent : to build castles in the air (bâtir des châteaux en l’air).
Quoi qu’il en soit, il est très ancien, car on le trouve dans le Roman de la Rose, au XIIIe siècle :

Telle fois te sera advis
Que tu tiendras celle au cler vis (clair visage),
Du tout t’amie et ta compagne ;
Lors feras chasteaux en Espagne.

Voici, au sujet de ce proverbe, des vers de Collin d’Harleville. :

Chacun fait des châteaux en Espagne.
On en fait à la ville ainsi qu’à la campagne ;
On en fait en dormant, on en fait éveillé.
Le pauvre paysan, sur sa bêche appuyé,
Peut se croire un moment seigneur de son village.
Le vieillard, oubliant les glaces de son âge,
Croit avoir recouvré sa brillante santé,
Et sourit… son neveu sourit de son côté,
En songeant qu’un matin du bonhomme il hérite,
Un commis est ministre, un jeune abbé prélat ;
… Il n’est pas jusqu’au simple soldat
Qui ne se soit un jour cru maréchal de France ;
Et le pauvre lui-même est riche en espérance,
Et chacun redevient Gros-Jean comme devant.
Eh bien ! chacun du moins fut heureux en rêvant !
C’est quelque chose encor que de faire un beau rêve !
À nos chagrins réels c’est une utile trêve :
Nous en avons besoin ; nous sommes assiégés
De maux dont à la fin nous serions surchargés,
Sans ce délire heureux qui se glisse en nos veines.
Flatteuse illusion ! doux oubli de nos peines !
Oh ! qui pourrait compter les heureux que tu fais !

Délicieuse erreur ! tu nous donnes d’avance
Le bonheur que promet seulement l’espérance.

Quand je songe, je suis le plus heureux des hommes,
Et dès que nous croyons être heureux, nous le sommes.

Faire la figue

France, 1907 : Mettre le bout du pouce entre l’index et le médium, et le présenter ainsi à la personne qu’on veut insulter. Ce geste était fort commun chez les Romains, qui l’appliquaient aux pédérastes, et est encore une grave insulte en Italie : « Le père Jacob, écrit à ce sujet Charles Nisard, dit que cette expression tient de l’italien far la fica, et a son origine dans le châtiment ignominieux que l’empereur Frédéric infligea aux Milanais pour avoir chassé de leur ville l’impératrice, montée sur une mule le visage tourné vers la queue. Frédéric, ajoute-t-il, fit mettre une figue au fondement de la mule, et força quelques Milanais à arracher publiquement cette figue, puis à la remettre à sa place avec les dents, sans l’aide de leurs mains. Aussi la plus grande injure qu’on puisse faire aux Milanais est de leur faire la figue ; ce qui a lieu en leur montrant le bout du pouce serré entre les deux doigts voisins. C’est ce qu’on fait chez nous aux petits enfants quand on leur a, soi-disant, pris le nez. » Mais, sans révoquer en doute la vérité de cette anecdote, la conclusion en est contestable, puisque Juvénal et Martial en parlent dans leurs écrits.

… Papefigue se nomme
L’île et province où les gens d’autrefois
Firent la figue au portrait du saint-père.

(La Fontaine)

L’ung d’eulx, voyant le pourtrait papal, lui feit la figue, qui est en icelluy pays signe de contemnement et dérision manifeste.

(Rabelais)

Voir Faire la nique.

Faire le saut

Delvau, 1864 : Se dit d’une femme que l’insistance passionnée d’un homme oblige à se laisser baiser par lui.

De ces brebis à peine la première
A fait le saut, qu’il suit une autre sœur.

(La Fontaine)

France, 1907 : Partir sans payer.

Fait (le)

Delvau, 1864 : L’acte vénérien.

Un mari goguelu,
Trouva sa femme sur le fait.

(G. Coquillart)

Cela ne plut pas au valet,
Qui, les ayant pris sur le fait,
Vendiqua son bien de couchette.

(La Fontaine)

Félibre

France, 1907 : Écrivain, artiste ou poète qui a l’amour de la langue et de la terre méridionale. Le félibre est ordinairement né dans le Midi. L’étymologie de ce mot viendrait de fait libre : Car soun tous félibres d’omes libres (car les félibres sont des hommes libres). C’est à Fontsegugue, le 11 mai 1854, que ce nom fut adopté par sept poètes provençaux dont la plupart s’étaient déjà distingués par leurs œuvres en langue du cru. C’étaient Roamanille, auteur des Oubretto, Aubanel, auteur des Filles d’Avignoun, Anselme Mathieu, auteur de la Farandole, Tavan, auteur des Amours et Pleurs, Brunet, et enfin le chef de la pléiade, le célèbre Mistral. Les félibres sont les troubadours du XIXe siècle et se rattachent de ceux du XVIe par une suite non interrompue. À ce noyau vinrent se joindre une foule de poètes plus ou moins obscurs, coiffeurs, cafetiers, cultivateurs et l’on forma une académies composée de cinquante à soixante membres qui portent le nom de majoraux et qui se réunissent soit à Avignon, Toulouse, Cahors, Montpellier. « Ils déclament qu’il n’est point au monde de plus beaux pays que leur, opinion qui est celle de tous les hommes sur leur berceau. Mais eux la défendent avec des adjectifs flamboyants dont ils ont le secret. Le patois qu’ils ont bégayé en naissant est proclamé langue, et langue nationale, je vous prie. Le français n’est, à les entendre, qu’une corruption du provençal. Si l’on veut boire à la source pure, il faut suivre Pétrarque sur les pas de Laure et s’abreuver à la fontaine d’Avignon. Mais, quoique le Midi soit on lien de délices à nul autre pareil, le premier soin d’un Méridional est de filer vers le Nord. »

Allons ! haut, félibre ! des chansons — voici venir la saison ; — il y a, au pied des collines, des violettes — qui se cachent dans l’herbe molle.

(Camille Cavalié, L’Alouette)

Tous les ans, le 17 juin, les félibres et les cigaliers vont à Sceaux couronner les bustes de deux des leurs, le chevalier de Florian et Aubanel.
Clovis Hugues a récité à cette occasion les jolis vers suivants :

Déridez-vous, passants moroses !
Gazouillez sous la feuille, oiseaux !
C’est toujours dans le temps des roses
Que les Félibres vont à Sceaux.

Éveillez-vous, joyeuses brises !
Belles, mirez-vous dans les eaux !
C’est toujours au temps des cerises
Que les Félibres vont à Sceaux.

Strophes, montez avec les sèves !
Égayez-vous, nids et berceaux !
C’est toujours dans le temps des rêves
Que les Félibres vont à Sceaux.

Ferblanterie

Fustier, 1889 : Brochette de décorations.

France, 1907 : Nom que donnent aux décorations ceux qui n’en portent pas où ceux qui en ont postulé vainement. Ils les appellent aussi batterie de cuisine. « Puisque nous ne pouvons atteindre la grandeur, disait Montaigne, vengeons-nous à en médire ; » ce que La Fontaine a si bien peint dans la fable du Renard et les Raisins.

C’était un ancien enfant de troupe. Il n’avait jamais eu d’autre famille que le régiment ni d’autre métier que la guerre.
Si on l’appelait le Quincailler, c’était à causes de la ferblanterie qui dansait au côté gauche de sa tunique. Une vraie batterie de cuisine, ramassée un peu partout, dans toutes les cuisines où on avait cassé des œufs pour faire des omelettes. Pidoux avait eu la veine de ne pas être dans le tas des œufs cassés. Mais le diable l’emporte s’il avait jamais su comment !

(La Vie militaire)

Fête (la), fêter

Delvau, 1864 : Faire l’acte vénérien. Elle n’eut dit ces mots entre ses dents Que le galant recommence la fête.

(La Fontaine)

Je fêtai son milieu,
Nom de Dieu !
Trois fois avant que je n’en sorte.

(F. De Calonne)

Fleur

Delvau, 1864 : Pucelage, — que la femme est censée donner à son époux la première nuit des noces.

Qu’au dernier cri de douleur,
Je suis maître de la fleur
Qui pour moi seul est éclose,
Je suppose,
Je suppose,
Irma, je suppose.

(L. Festeau)

Cessez donc de pleurer un sort digne d’envie,
Et ne regrettez plus la plus belle des fleurs ;
Si ne la garder pas, c’est faire une folie,
On goûte en la perdant mille et mille douceurs.

(Bussy-Rabutin)

Te laisser vierge, c’est te faire sentir de la façon la plus cruelle que ta fleur ne vaut pas la peine qu’on se donnerait pour la cueillir.

(Louvet)

Il est bon de garder sa fleur,
Mais pour l’avoir perdue, il ne faut pas se pendre.

(La Fontaine)

Cette fleur, qui avait été réservée pour le beau prince de Massa-Carrera, me fut ravie par le capitaine corsaire.

(Voltaire)

Pour eux ne brille cette fleur,
Qu’amour, diligent moissonneur,
Sait recueillir avant la fête
Que le tardif hymen s’apprête.

(Piron)

Fontaine

d’Hautel, 1808 : Il ne faut jamais dire fontaine je ne boirai pas de ton eau. Se dit lorsqu’il arrive quelque chose à quoi l’on étoit bien éloigné de s’attendre.

Delvau, 1864 : La nature de la femme, où s’abreuve l’humanité — altérée de jouissance.

Le vin est inventé pour vous :
Il fait rejaillir la fontaine
Qu’on voit tout le long, le long de la bedaine.

(Chanson anonyme moderne)

Nous fûmes aussitôt tous les trois près d’elle lui faire les caresses qu’elle montrait désirer ; à peine avions-nous posé nos mains sur ses fesses, qu’après deux ou trois mouvements de reins, nous l’aperçûmes tourner de l’œil, et nous vîmes couler la fontaine du plaisir.

(Mirabeau)

— On le dit aussi d’une femme qui a des flueurs ou un écoulement vénérien. De là le surnom d’une célèbre habituée de bals, Clara Fontaine :

Coule, coule toujours,
Fontaine des amours.

(G. Nadaud)

Fontaine (château-)

France, 1907 : Eau.

En quelques mois, mes menues économies furent mangées… J’étais avare, pourtant : deux sous de pain, deux sous de brie, un verre de Château-Fontaine, c’était tout mon déjeuner…

(J. Patrice, Don Juan)

Fortifs

France, 1907 : Fortifications.

Après tout, la fleur de la pastorale est bien libre de pousser à Grenelle ou aux Lilas, dans les terrains vagues, entre une boîte à sardines et un vieux soulier lavé et rougi par cent averses. Votre gamine — je ne me rappelle plus si elle est brunisseuse ou corsetière — qui, ayant pour le lendemain un rendez-vous décisif, veut se parer pour la chute et lave son linge à la borne-fontaine, sous le bec de gaz, me plaît autant que Nausicaa, Pourquoi pas l’églogue le long des boulevards extérieurs et l’oaristys sur les fortifs ?

(François Coppée)

Sur l’talus posant leurs derrières
Au mêm’ niveau,
On y voit des famill’s entières
Mangeant du veau,
En guis’ d’absinthe ou d’anisette,
D’apéritifs,
On a des odeurs de poudrette
Sur les fortifs.

(V. Meusy, Chansons d’hier et d’aujourd’hui)

Fressure

Delvau, 1864 : Le siège des désirs amoureux, la nature de la femme.

De ma fressure
Dame Luxure
Ja s’emparait.

(La Fontaine)

Delvau, 1866 : s. f. Le cœur et ses dépendances, siège des désirs, — dans l’argot du peuple, qui parle comme écrivait La fontaine :

Telle censure
Ne fut si sûre
Qu’elle espéroit ;
De ma fressure
Dame Luxure
Ja s’emparoit.

France, 1907 : Cœur, le siège des passions.

De ma fressure
Dame Luxure
Ja s’emparait.

(La Fontaine)

Vous pensez si je me sens la fressure chatouillée d’appréhension à l’idée de tous les grands hommes que je vais rencontrer dans cette promenade où il y a de si beaux arbres, et qui ne manqueront pas de me faire de la morale touchant la vie que je menai sur la terre où ils furent vertueux !

(Catulle Mendès)

Gants

Delvau, 1864 : Ce qu’on donne aux femmes galantes comme supplément au prix convenu pour les baiser, qu’elles vous demandent avant de vous ouvrir leurs cuisses et qu’il est prudent de ne leur donner qu’après avoir joui — si elles vous ont fait jouir. Ce sont nos anciennes épingles, la drinkgeld des Flamands, le paraguantes des Espagnols et la buena mancia des Italiens — à propos de laquelle on pourrait dire, avec Rabelais, que ces sortes de femmes aiment mieux la manche que le bras.

Leurs vêtements sont élégants,
Mais toujours quelque chose y cloche :
Dans leur bourse elles ont leurs gants,
Et leur corset est dans leur poche.

(A. Delvau)

Employé dans un sens obscène pour désigner la virginité.
Elle fit toutes les grimaces que ses parents lui avaient dit de faire, pour lui faire croire qu’il en avait eu les gants.

(La France galante)

Mainte fille a perdu ses gants.

(La Fontaine)

Je puis donc m’attendre, dit Potiron, que si j’épouse cette demoiselle, je n’en aurai pas les gants.

(Voisenon)

Delvau, 1866 : s. m. pl. Les deux sous du garçon des filles, — avec cette différence que les sous du premier sont en cuivre et les sous des secondes en argent, et même en or. Ce sont nos anciennes épingles, la drinkgeld des Flamands, le paraguantes des Espagnols et la buona mancia des Italiens.

Rigaud, 1881 : Pourboire donné à ces dames ; le pourboire de la prostitution.

On donne ce qu’on veut à la femme pour ses gants.

(F. d’Urville, Les Ordures de Paris, 1874)

Rossignol, 1901 : Pourboire. Celui qui fait une mauvaise opération en est pour ses gants.

France, 1907 : Gratification donnée à une fille en dehors du prix convenu. Cette expression était autrefois prise dans le sens de pourboire. Elle vient de l’espagnol paraguante.

Ces cadeaux particuliers d’argent que les clients laissent aux prostituées à titre de gratitude, comme un pourboire à un cocher, s’appellent « des gants ». Les filles se disent entre elles en parlant de cette générosité : « J’ai reçu tant pour mes gants. » C’est le seul et unique produit qu’elles retirent de leur prostitution ; mais il n’est sorte de moyens qu’elles n’emploient pour l’obtenir ; quand elles sont rusées, qu’elles ont affaire à des jeunes gens ou à des hommes compatissants, elles parviennent à leur soutirer des sommes importantes.

(Léo Taxil, La Prostitution contemporaine)

Méfiez-vous des intrigants
Et surtout des femmes galantes
Qui vous demanderont des gants.

(A. Glatigny)

Garder des charrettes (se)

France, 1907 : Cette expression fort ancienne est maintenant tombée en désuétude ; en voici l’origine à titre de curiosité. On la trouve racontée par Christine de Pisan dans le Livre des fais et bonnes mœurs du sage roy Charles : « Le comte de Tancarville demandé par le Roy s’envoya excuser disant qu’il avoit été malade pour le trop long séjour fait à Paris, pour cause de mauvais air, et pour ce s’esbattoit à chasser en la forest de Bière (Fontainebleau) mais bientôt viendroit. Le roi entendant cette excuse de mauvais air, pensa que partout où il étoit et demouroit ne devoit répugner à ses sujets, repondit au messager : « D’y a (assurément) il y a meilleure cause ; il ne voit mie bien clair, et il y a à Paris trop de charrettes ; si s’en fait bon garder. » Le comte comprit et accourut aussitôt. De quoi vint le commun mot : Gardez-vous des charrettes. »

Gazon

Larchey, 1865 : Perruque mal peignée, ébouriffée comme une touffe d’herbes.

Delvau, 1866 : s. m. Perruque plus ou moins habilement préparée, destinée à orner les crânes affligés de calvitie.

Rigaud, 1881 : Chevelure apocryphe, perruque « jouant la nature », comme s’expriment les prospectus et les traités de littérature de pissotière.

Je mets mon gazon, mes favoris, mon tuyau de poêle en toile cirée et me voilà cocher.

(X. de Montépin, Le Fiacre no 13)

Rigaud, 1881 : Chevelure authentique, — dans le jargon du peuple. — Ne plus avoir de gazon sur la pelouse, être chauve.

La Rue, 1894 : Chevelure. Perruque.

Rossignol, 1901 : Cheveux, perruque. Celui qui n’a plus de cheveux, n’a plus de gazon sur la fontaine.

France, 1907 : Cheveux, perruque. Se râtisser le gazon, se peigner. Se gazonner la plate-bande, porter perruque.

Goujon

d’Hautel, 1808 : Faire avaler le goujon à quelqu’un. V. Avaler.

Delvau, 1864 : Le membre viril, — qui frétille dans le con de la femme comme poisson dans l’eau.

Mais surtout prenez ce goujon,
Et mettez-le dans la fontaine
Qu’on voit tout le long, le long de la bedaine.

(Chanson anonyme moderne)

Delvau, 1866 : s. m. Homme facile à duper, — dans l’argot des filles, qui ont pour hameçons leurs sourires et leurs regards ; — ainsi que dans l’argot des faiseurs, qui ont pour hameçons des dividendes invraisemblables.

Rigaud, 1881 : Jeune voyou qui vit aux crochets d’une pierreuse ou de toute autre prostituée ignoble. « Petit poisson deviendra grand / Pourvu que Dieu lui prête vie. »

Rigaud, 1881 : Petit morceau de fil de zinc dont les marbriers se servent, en guise de clou, pour ajuster les plaques de marbre.

La Rue, 1894 : Petit souteneur. Homme facile à duper.

France, 1907 : Dupe. Avaler le goujon, mourir. Lâcher son goujon, vomir.

France, 1907 : Petit souteneur.

Gourbi

France, 1907 : Maison, butte, baraque. Le mot a été importé d’Afrique dès les premières années de la conquête. Le gourbi proprement dit est la hutte de branchages et de terre sèche qui sert d’habitation aux Kabyles et aux Arabes cultivateurs. Une romance célèbre d’Alexandre Dumas, que chantèrent en tremolo, il y a une quarantaine d’années, tous les ouvriers des faubourgs, contribua à populariser ce mot.

Ils ont pillé les gourbis de nos pères,
Brûlé nos blés, dévasté nos troupeaux ;
Les aigles seuls connaissent nos repères,
Ils sont venus y planter leurs drapeaux.

Les troupes se construisent dans leurs campements des gourbis.

À Biribi c’est là qu’on crève
De soif et d’faim ;
C’est là qu’i’ faut marner sans trêve
Jusqu’à la fin…
Le soir, on pense à la famille
Sous le gourbi…
On pleure encor’ quand on roupille
À Biribi.

(Aristide Bruant)

— Ah ! mon ami, figure-toi un pauvre capitaine de turcos qui, depuis plus d’un an, n’a eu pour reposer ses yeux que des femelles vêtues d’une simple pièce de toile fendue des deux côtés et reliée par une ceinture, un burnous en cotonnade ; dans le cheveux, des tresses en poil de chameau, — et qui, tout à coup, voit débarquer dans son gourbi une femme au teint de lis et de roses, avec des cheveux roux vénitien, un petit nez droit, des dents de chatte, le tout mis en valeur par un costume de voyage d’une élégance exquise…

(Pompon, Gil Blas)

En provençal, gourbi signifie panier.

France, 1907 : Tête. N’avoir plus d’alfa sur le gourbi, être chauve. On dit aussi : n’avoir plus de cresson sur la fontaine.

Grisette

d’Hautel, 1808 : Terme injurieux et de mépris. Petite ouvrière à mise simple et bourgeoise. Fille de moyenne vertu, qui prête l’oreille aux discours des garçons.

Virmaître, 1894 : Jeune fille, ouvrière plumassière, fleuriste, modiste ou polisseuse qui fit la joie de nos pères et le désespoir des leurs. Depuis qu’elle a passé les ponts, ce n’est plus qu’une vulgaire cocotte.

Type charmant, grisette sémillante,
Au frais minois, sous un piquant bonnet
Où donc es-tu, gentille étudiante
Reine sans fard de nos bals sans apprêts.

Ainsi s’exprime la chanson en vogue autrefois au quartier latin (Argot du peuple).

France, 1907 : Fauvette grise, appelée aussi syriot, et, en Provence, passerine.

France, 1907 : Jeune ouvrière galante, appelée ainsi de la petite étoffe légère de ce nom que portaient les jeunes filles du peuple.
Le mot est vieux de près de trois siècles. On le rencontre souvent dans La Fontaine :

Sous les cotillons des grisettes
Peut loger autant de beauté
Que sous les jupes des coquettes,
D’ailleurs, il n’y faut point faire tant de façons.

(Joconde)

Une grisette est un trésor ;
Car sans se donner de la peine,
Et sans qu’aux bals on la promène,
On en vient aisément à bout ;
On lui dit ce qu’on veut, bien souvent rien du tout.

(Ibid.)

Ce type charmant et essentiellement parisien, célébré dans les romans de Paul de Kock et qui est maintenant complétement disparu, à été magistralement décrit par Jules Janin :

De tous les produits parisiens, le produit le plus parisien sans contredit, est la grisette. Voyagez tant que vous voudrez dans les pays lointains, vous rencontrerez des arcs de triomphe, des jardins royaux, des musées, des cathédrales, des églises plus ou moins gothiques ; comme aussi, chemin faisant, partout où vous conduira votre humeur vagabonde, vous coudoierez des bourgeois et des altesses, des prélats, et des capitaines, des manants et des grands seigneurs ; mais nulle part, ni à Londres, ni à Saint-Pétersbourg, ni à Berlin, ni à Philadelphie, vous ne rencontrerez ce quelque chose si jeune, si gai, si frais, si fluet, si fin, si leste, si content de peu, qu’on appelle la grisette. Que dis-je, en Europe ? vous parcourriez toute la France que vous ne rencontreriez pas dans toute sa vérité, dans tout son abandon, dans toute son imprévoyance, dans tout son esprit sémillant et goguenard, la grisette de Paris.
Les savants (foin des savants !), qui expliquent toute chose, qui trouvent nécessairement une étymologie à toute chose, se sont donné bien de la peine pour imaginer l’étymologie de ce mot-là : la grisette. Ils nous ont dit, les insensés ! qu’ainsi se nommait une mince étoile de bure à l’usage des filles du peuple, et ils en ont tiré cette conclusion : « Dis-moi l’habit que tu portes, et je te dirai qui tu es ! »…
Pour se vêtir, pour se nourrir, pour se loger, pour cultiver le parterre qui est devant sa fenêtre, pour le mouron de l’oiseau qui chante dans sa cage, pour le bouquet de violettes qu’elle achète chaque matin, pour cette chaussure si luisante et si bien tenue, pour cette élégance soutenue des pieds à la tête, dont serait fière plus d’une reine de préfecture, la grisette parisienne gagne à peine de quoi fournir chaque jour au déjeuner d’un surnuméraire du ministère de l’intérieur. Et cependant avec si peu, si peu que rien, elle est bien plus que riche, elle est gaie, elle est heureuse ; elle ne demande en son chemin qu’un peu de bienveillance, un peu d’amour.

 

Il est ainsi des œuvres — les seules vraiment populaires — assez banales et veules pour se prostituer aux lubies du lecteur. Celle de Murger s’affirma complaisante jusqu’à l’invraisemblance. Rien de plus étrange que la déformation de sa Mimi. Le livre la montre avide et coquette, infidèle et cruelle, torturant Rodolphe, exposant le vicomte Paul. De tendresse, pas un témoignage ; de charme, de poésie, nul indice. Si elle s’attendrit enfin, c’est sur elle-même, lorsque, dévorée par la phtisie elle agonise sur un lit d’hôpital. Eh bien ! de cette créature odieuse et lamentable, de cette fille banale entre toutes, le publie à fait la grisette, — sa grisette, la femme en qui il met toutes ses complaisances, maîtresse idéale de l’étudiant et du calicot, compagne élue des cœurs secs de la vingtième année. Rire et sourire, esprit et joliesse, elle a tous les petits charmes qui attirent sans retenir. Et que d’autres avantages ! Un regard la conquiert, un geste la congédie, un ruban l’habille. Elle s’en va si elle lasse, revient dès qu’on la rappelle, jamais ne coûte ni n’encombre. Et, lorsque sonne pour le jeune homme l’heure grave de l’établissement et du mariage, elle disparaît, pour toujours cette fois, discrète jusqu’au mystère, sans laisser le souci de ce qu’elle va devenir, sa vie avant le frêle et le vague du destin d’un oiseau.

(Joseph Caraguel)

— Et moi ! dit un grave professeur de philosophie, comment n’ai-je pas pleuré sur la dernière lettre que m’a écrite l’unique femme que j’aie adorée. C’était une grisette aussi, que je trahissais pour deux marquises. Je crois que je me souviendrai d’elle à mon dernier jour, et que je la regretterai dans l’autre monde. Cette lettre, que je conserve tendrement, elle se terminait ainsi : « Adieu, Monsieur, vous êtes un cochon. » Et il y avait en prost-scriptum : « Ah ! Gustave, je te croyais le cœur plus sensible. »

(H. de Latouche, Grangeneuve)

Les garçons de ces cafés — de mon temps du moins, hier — étaient des filles, plaisantes quelquefois, avatars de la grisette métamorphosée en tireuse de bocks.
Les grisettes, que sont-elles devenues ? Je sais bien une Parisienne, jolie, fine, essentiellement artiste, qui prétend avoir, à l’occasion, une âme de grisette, sans adresse, oui, si celle y tient, mais si mondanisée et si spirituelle qu’elle semble plutôt une reine de Petit-Trianon. — Que sont devenues les vraies grisettes, celles que les amoureux d’antan serrèrent dans leurs bras ? Où sont les jeunes créatures qui faisaient leur bonheur des feuilles qui leur tremblaient sur la tête, dans les charmilles de Fontenay-aux-Roses, des saladiers où bleuissait le vin des barrières, des rayons de soleil où dansent les papillons, d’un brin de chèvrefeuille arraché à la haie du chemin, et d’un baiser sonore cueilli sur la pourpre de leurs lèvres où sur la printanière fraicheur de leurs joues doucement teintées ?

— Te voilà veuf pendant une semaine,
Lui dit-il ; viens, nous dînerons ce soir
En devisant des heures envolées,
De ce beau temps où nous étions garçons,
Où nous laissions mille folles chansons
Jaillir sans fin de nos lèvres brûlées
Par les baisers de ces démons d’amour
Qu’on appelait, en ces temps, des grisettes,
Viens ! nous ferons au passé des risettes ;
Soyons garçons et libres pour un jour !

(A. Glatigny)

Gros-Jean comme devant (revenir)

France, 1907 : Rentrer chez soi après une absence aussi bête que quand on en est parti ; revenir bredouille.

Entre Jean-qui-pleure et Jean-qui-rit, le principal est de ne jamais être Jean-foutre, et de rester Jean-bon, quitte à passer pour Jean-Jean, puisque aussi bien on finira toujours par se trouver Gros-Jean comme devant.

(Pensées de Petit-Jean)

On m’élit roi, mon peuple m’aime,
Les diadèmes vont sur ma tête pleuvant.
Quelque accident faut-il que je rentre en moi-même,
Je suis Gros-Jean comme devant.

(La Fontaine)

Guilledou

d’Hautel, 1808 : Courir le guilledou. Pour, chercher les aventures ; fréquenter de mauvais lieux.

Delvau, 1864 : Vieux mot hors d’usage signifiant un mauvais lieu.

Je suis bien fait, car j’ai des cornes,
Puisque tu cours le guilledou.

(La Fontaine)

Car Pallas, bien que la déesse
Du bons sens et de la sagesse,
Courait partout le guilledou.

(Chapelle)

Heure du berger

France, 1907 : Le soir, l’heure propice aux amants. Locution tirée des romans du genre pastoral, où berger et bergère sont synonymes d’amant et de maîtresse.

Berger, berger, ton heure sonne.

(La Fontaine)

Vous, jeunes filles, gardez-vous
De ces galants pleins de fleurette,
Qui ne deviennent point époux
Et qui ne font que des coquettes ;
Quoi qu’ils fassent enfin voulant vous engager,
Esvitez avec eux le moment du berger.

(Chanson populaire du temps de Louis XVI)

Jeanneton

Delvau, 1864 : Synonyme de Goton. Fille de la petite vertu, servante ou grisette, qui se laisse prendre volontiers le cul par les rouliers ou par les étudiants.

Partout on vous rencontre avec des Jeannetons.

(V. Hugo) (Ruy-Blas)

Larchey, 1865 : « Servante d’auberge, fille de moyenne vertu. » — 1808, d’Hautel.

Delvau, 1866 : s. f. Fille de moyenne vertu, — dans l’argot des bourgeois, qui connaissent leur La Fontaine.

Car il défend les jeannetons,
Chose très nécessaire à Rome.

France, 1907 : Paysanne, fille vulgaire et de mauvaises mœurs. Même sens que Gothon.

Sans vous brouiller avec les roses,
Évadez-vous des Jeannetons.
Enfuyez-vous de ces drôlesses,
Derrière ces bonheurs changeants
Se dressent de pâles vieillesses
Qui menacent les jeunes gens.

(Victor Hugo, La Légende des siècles)

Pourquoi ce diminutif de Jeanne est-il devenu terme méprisant ? Sans doute parce qu’il était commun dans les campagnes et porté par nombre de servantes. Une vielle bourrée limousine le rehaussait jadis :

Baissez-vous, montagnes !
Levez-vous, vallons !
M’empêchez de voir,
Ma mie Jeanneton…

Jeu (le)

Delvau, 1864 : Celui que presque tous les hommes et presque toutes les femmes savent jouer et aiment à jouer — quoique souvent il ne vaille pas la chandelle qu’on use en son honneur par les deux bouts.

J’en jurerait, Colette apprit un jeu
Qui comme on sait, lasse plus qu’il n’ennuie.

(La Fontaine)

Il était une fillette
Coincte et joliette
Qui voulait savoir le jeu d’amour.

(Farces et moralités)

Vous et monsieur, qui, dans le même endroit,
Jouiez tous deux au doux jeu d’amourette.

(La Fontaine)

Le jeu te plait, petite ? Alors, nous allons recommencer.

(A. François)

Adieu,
Joyeuses fêtes,
Où le Champagne au lansquenet s’unit ;
Belles soirées
Nuits adorées.
Qu’un jeu commence et qu’un autre finit.

(Gustave Nadaud)

Jouer aux quilles

Delvau, 1864 : Faire l’acte vénérien.

La tienne joue bien aux quilles.

(Brantôme)

Que l’un sur l’autre ils tombèrent
En jouant au beau jeu de quilles.

(Recueil de poésies françaises)

Bon compagnon et beau joueur de quilles.

(La Fontaine)

Lance

d’Hautel, 1808 : Baisser sa lance. Rabattre de ses prétentions ; devenir humble et souple, de haut et fier que l’on étoit.
Être à beau pied sans lance. Être démonté, désarmé ; n’avoir plus d’équipages.

Ansiaume, 1821 : Eau.

J’ai bu son picton et rempli sa rouillarde de lance.

anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Eau.

Vidocq, 1837 : s. f. — Eau.

Clémens, 1840 : Eau, larme.

un détenu, 1846 : Eau pour boire.

Larchey, 1865 : Eau (Vidocq). — Pour désigner l’eau, on a fait allusion à son extrême fluidité ; on a dit la chose qui se lance. Dans Roquefort, on trouve lancière : endroit par où s’écoule l’eau surabondante d’un moulin. V. Mourir, Trembler.

Delvau, 1866 : s. f. Balai, — dans le même argot [des faubouriens].

Delvau, 1866 : s. f. Pluie, — dans l’argot des faubouriens, qui ont emprunté ce mot à l’argot des voleurs. À qui qu’il appartienne, il fait image.

Rigaud, 1881 : Eau. — Balai. Lancier du préfet, balayeur, cantonnier.

Merlin, 1888 : Pluie. — Il tombe des lances, il pleut. Expression empruntée à l’argot parisien.

La Rue, 1894 : Eau. Pluie. Balai. Lanciers du préfet, Balayeurs.

Virmaître, 1894 : Eau, pluie.
— Il tombe de la lance à ne pas mettre un chien dehors.
Le peuple a emprunté ce mot à l’argot des voleurs.

Rossignol, 1901 : Eau.

Hayard, 1907 : Eau, pluie.

France, 1907 : Balai, à cause de son long manche.

France, 1907 : Eau.

— Je l’ai porté placidement sous la fontaine de la Maubert et je lui ai fait couler un petit filet de lance sur la tête, histoire de lui rafraîchir la coloquinte, en lui disant : Tiens, bois un coup de ça, pour te remettre ; mais, au lieu de boire, il a demandé du vin. Regardez-le gesticuler en montrant le poing à la fontaine.

(G. Macé, Un Joli Monde)

Le richard, qui bourre d’avoine ses canassons quand ils ont quelques kilomètres de plus à faire, se fout comme d’une guigne que ses nègres tirent la langue et s’ingurgitent la lance bourbeuses des mares.

(Le Père Peinard)

Voici comment ils croûtent : le matin, ils bouffent un quignon et sirotent une infusion de chicorée ; à 1 heure, ils s’empiffrent de patates ; le soir, ils s’enfilent de la soupe et graissent leur pain d’un bout de lard gros comme une noisette. Si les pauvres gas ne sont pas trops à la côte, ils s’appuient une fricassée de pommes de terre dans une sauce au saindoux et à l’oignon.
Pour boisson, de la lance qui a passé sur l’infusion de chicorée dénommée café. Très rarement de la bière ou du cidre.

(Le Père Peinard)

Pivois sans lance, vin sans eau.

France, 1907 : Le pénis. Ce mot n’est plus guère employé dans ce sens.

France, 1907 : Pluie.

Profitant de l’expérience acquise par son aîné, le débutant aurait trouvé tout de suite, à la Villette ou à la Chapelle, une jeune personne qui lui aurait fait connaître les ivresses de l’amour, tout en lui permettant de passer des jours tissés de la plus douce fainéantise. Et le soir, au fond de l’assommoir, à l’abri des averses il aurait joué des « champoreaux » et des saladiers de vin chaud au zanzibar, pendant que l’innocente enfant aurait turbiné sous la lance.

(Laerte, Le Radical)

France, 1907 : Urine.

À été aussi ordonné que les argotiers toutime qui bieront demander la tune, soit aux lourdes ou dans les entiffes, ne se départiront qu’ils n’aient été refusés neuf mois, sous peine d’être bouillis en bran, et plongés en lance jusqu’au cou.

(Règlements des états généraux du Grande-Coëre)

Machin ou machine

Delvau, 1864 : La nature de la femme, le membre viril, — dans le langage des gens pudibonds qui n’osent pas appeler les choses par leur nom.

Que mettras-tu dans mon con, en m’enfilant ? Mon machin.

(H. Monnier)

Fiez-vous à ma cuisine,
Célibataires blasés,
Pour remonter la machine
Et flatter vos goûts usés.

(L. Festeau)

Secrets appas, embonpoint et peau fine,
Fermes tétons et semblables ressorts,
Eurent bientôt fait jouer la machine.

(La Fontaine)

Mais finis donc, imbécile !
Sacré nom de Dieu d’gredîn !
Si tu n’me laiss’s pas tranquille,
J’ vas pisser sur ton machin.

(Parnasse satyrique)

Maître Gonin (un tour de)

France, 1907 :

Gardez-vous-en, c’est un maître Gonin ;
Vous en tenez, s’il tombe sous sa main,

dit La Fontaine.
Un maître Gonin était donc un fripon rusé, un adroit coquin. Cette expression, qui n’est plus guère usitée, remonterait à une espèce de charlatan du nom de Gonin que servait en qualité de magicien dans la domesticité de François Ier. En 1713, une sorte de roman anecdotique en deux volumes parut sous le titre : Les Tours de Maître Gonin. C’est une compilation d’anecdotes burlesques où le magicien de François Ier joue le rôle principal.

Margoulin

Larchey, 1865 : Débitant, dans la langue des commis voyageurs.

Parfois le margoulin est fin matois.

(Bourget)

Delvau, 1866 : s. m. Débitant, — dans l’argot des commis voyageurs.

Rigaud, 1881 : Petit boutiquier, marchand d’objets de peu de valeur. — Mauvais ouvrier, celui qui n’est pas au courant de son métier, — dans le jargon du peuple.

Tonnerre de Dieu ! me voilà devenu voyageur de commerce : je m’en vais donc voir ces margoulins.

(Monsieur Mayeux, voyageur de commerce, dessin)

La Rue, 1894 : Débitant. Mauvais ouvrier.

Virmaître, 1894 : Débiteur de mauvaises boissons. Marchand de vin qui a une fontaine dans sa cave pour fabriquer le fameux cru de Château la Pompe. Margoulin : méchant ; ouvrier, fainéant, grossier, brutal, qui lève plus souvent le coude qu’un marteau. C’est, dans le peuple, un gros terme de mépris que de dire à un individu :
— Tu n’es qu’un margoulin ! (Argot du peuple). N.

Hayard, 1907 : Petit patron, petit industriel.

France, 1907 : Mauvais ouvrier, ivrogne et fainéant.

France, 1907 : Voyageur de commerce campagnard, petit détaillant.

Tout le public des tourlourous, des garde-convois, quelques margoulins venus là après dîner, entonnait en chœur l’immonde gaudriole, claquant la mesure avec les paumes, tambourinant sur les tables à coups de poing, bourrant le sol de retombées de talons.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Marron (être)

Delvau, 1866 : Être la victime de quelque chose, être la dupe de quelqu’un, — dans l’argot des faubouriens. Être servi ou paumé marron. Être pris sur le fait encore nanti des objets soustraits, — dans l’argot des voleurs.
Je ne crois pas qu’il faille, à propos de cette expression, remonter à Régnier, à La Fontaine et à Molière, et citer la fable de Bertrand et Raton, comme l’a fait Francisque Michel avec une vraisemblance plus apparente que réelle. Au premier abord, on songe à ces marrons que le singe fait tirer du feu par le chat, mais en y réfléchissant, on ne tarde pas à comprendre qu’il faut chercher ailleurs l’origine de cette expression. Le verbe marronner, que Francisque Michel ne cite pas, quoiqu’il soit fréquemment et depuis longtemps employé par le peuple, ce verte est-il antérieur ou postérieur à celui qui nous occupe en ce moment ? Voilà ce qu’il aurait fallu rechercher et dire, car s’il est antérieur, comme tout le fait supposer, nul doute qu’il ait donné naissance à Être marron. En outre, voilà longtemps, me semble-t-il, qu’on appelle nègre marron un nègre fugitif, — qu’on reprend toujours. Que le lecteur daigne conclure.

Mettre en rang d’oignons (se)

France, 1907 : Se placer les uns derrière les autres. Les forcenés de recherches étymologiques ont découvert une singulière origine à cette expression pourtant si naturelle. Voici ce qui est écrit en leurs doctes livres : « Un sire de la Fontaine, baron d’Oignon et seigneur de Vaumoise, était grand maitre des cérémonies sous Henri II, François II, Chartes IX et Henri III. Lorsqu’il présidait aux fêtes publiques, il répétait si souvent ce cri : « Serrez les rangs ! » qu’il se fit remarquer par ce tic. En rapprochant la possession de sa baronnie d’Oignon avec l’idée des oignons qu’on serre les uns contre les autres, on forma le proverbe. »

Mite, mitis, mitou, mitoux

France, 1907 : Chat ; du latin mitis, doux, à cause du poil soyeux de l’animal.

Il prophétisait vrai, notre maitre Mitis.

(La Fontaine)

Moliériste

France, 1907 : Admirateur fanatique de Molière. Les moliéristes ont fondé un banquet annuel qui se distingue par le fétichisme qui y préside. S’il faut en croire Grimsel, du Gil Blas, les convives ne s’y présentent que chaussés de souliers Molière : on n’y boit que de l’eau puisée à la fontaine Molière, et, après toute espèce de toasts à la Molière, on va terminer la soirée au cirque Mollier, qu’on est, pour cette circonstance spéciale, tenu d’appeler cirque Mollierre.

Le moliériste se divise en plusieurs sous-genres. Nous avons celui qui, s’emparant de ce mot sans gêne : « Je prends mon bien où je le trouve », recherche de 8 heures du matin à 7 heures du soir à qui Molière a bien pu faire ces emprunts dont il a proclamé la légitimité. Deux moliéristes ont failli s’entr’égorger à propos de la fameuse scène des Fourberies de Scapin : « Qu’allait-il faire dans cette galère ? » L’un soutenait qu’elle était bien du grand homme ; l’autre affirmait qu’on la retrouvait tout entière dans le Pédant joué, de Cyrano de Bergerac, ce qui constituait à la charge de Molière un honteux plagiat.
Nous avons aussi le moliériste qui, sans pousser l’imitation jusqu’à porter des hauts-de-chausses et des manches de dentelles, relève ses moustaches et frise sur le haut de la tête ses cheveux qu’il laisse tomber sur ses épaules, de façon à ressembler de son mieux à l’auteur du Misanthrope.
À ces divers cas de moliérisme intensif, rabique ou sous-cutané, s’ajoute celui du moliériste collectionneur. Lui n’a jamais lu Molière et serait hors d’état d’en citer un vers. Il se contente de rechercher, pour les placer dans une vitrine, des objets ayant appartenu à ce puissant poète dramatique. Il a le cordon d’un des souliers qu’il portait en scène lorsqu’il y est mort de la rupture d’un anévrisme. Il montre à ses visiteurs une quittance de loyer signée J.-B. Poquelin.
Mais le vrai, le pur moliériste est celui qui, au banquet annuel créé pour célébrer l’anniversaire de la naissance du grand homme, se lève, et après avoir porté un toast à son immortalité, se déchaîne en apostrophes virulentes contre la Béjart, sa femme, qui l’a trompé toute sa vie, paraît-il, soit avec des grands seigneurs, soit avec des cabotins.

(Henri Rochefort)

Monter une femme

Delvau, 1864 : La baiser, — ce qui est une façon, cavalière de s’exprimer. — La femme est une monture.

Pute ne tient conte
Qui sur son cul monte,
Toz il sont éguals.

(Anciens Fabliaux)

Le vin si fort le surmonta
Que sur ses deux filles monta.

(Recueil de poésies françaises)

Disant qu’il ne voulait laisser si aisément une si belle monture, qu’il avait si curieusement élevée, que premièrement il n’eût monté dessus, et su ce qu’elle saurait faire à l’avenir.

(Brantôme)

Vous serez le premier qui monterez sur elle,
J’en jure par ma foi, c’est une demoiselle.

(Théophile)

Mais ça était un pauvre monteur que ce monsieur le Dauphin.

(Tallemant des Réaux)

Mais quand je fis de ma bourse ouverture,
Je ne vis onc plus paisible monture.

(Cl. Marot)

Or, allons donc, et je m’assure
Que vaut trouverez la monture
Aussi gaillarde et bien en point.

(J. Grévin)

Il n’y a si vieille monture, si elle a le désir d’aller et veuille être piquée, qui ne trouve quelque chevaucheur malotru.

(Brantôme)

De qui les femmes aux courtisans
Servent bien souvent de monture

(Recueil de poésies françaises)

Notre rustre n’eut pas sur sa monture douce
Fait trois voyages seulement,
Qu’il sentit du soulagement.

(La Fontaine)

Un aumônier n’est pas si difficile
Il va piquant sa monture indocile,
Sans s’informer si le jeune tendron
Sous son empire a du plaisir ou non,

(Voltaire)

Monsieur, je vous entends bien ; vous voulez monter sur moi.

(Noël du Fail)

France, 1907 : Avoir avec elle un commerce charnel. « Qui monte la mule la ferre », qui se sert d’une femme ou d’un objet doit en payer l’entretien.

Montmorency

Larchey, 1865 : À Paris, on appelle ainsi les cerises du nom de l’endroit où elles sont réputées. On dit de même Montreuil pour pêche, Fontainebleau pour raisin de treille, Valence pour orange. — Qui n’a entendu crier :

V’là des mémorenci, trois sous la livre !

Delvau, 1866 : s. f. Cerises de Montmorency, — dans l’argot du peuple, qui dit de même Montreuil pour pèche, Fontainebleau pour raisin de treille, Valence pour orange.

France, 1907 : Cerise, à cause de la réputation qu’a cette localité d’en produire d’excellentes.

Mystères

Delvau, 1864 : Se dit de toutes les choses de l’amour qui, devant être tenues secrètes, ne sont révélées que par les initiés, aux soupirants après l’initiation de ces choses.

Avec quels transports il me remerciait de l’avoir initié dans de si agréables mystères.

(Mémoires de miss Fanny)

Tout va bien mieux, comme m’ont assuré
Ceux que l’on tient savants en ce mystère.

(La Fontaine)

Quand sur le déclin du mystère
Le galant transporté dit plaisir qu’il ressent.

(Grécocet)

Vous demeurez sans voix, sans mouvement,
Loin de me seconder dans l’amoureux mystère.

(Piron)

Naturel revient au galop (le)

France, 1907 : On revient toujours à ses premières habitudes ; on subit malgré soi les exigences de son tempérament.

Chassez le naturel, il revient au galop.

C’est Destouches qui, dans le Philosophe marié, est l’auteur de ce vers devenu dicton ; confirmant ce qu’a dit lourdement Boileau dans sa XIe Satire :

Le naturel toujours sort et sait se montrer :
Vainement on l’arrête, on le force à rentrer ;
Il rompt tout, perce tour, et trouve enfin passage.

Combien La Fontaine est plus pittoresque et plus charmant, quoique plus prolixe !

Coups de fourches ni d’étrivières
Ne lui font changer de manières ;
Et fussiez-vous embâtonnés,
Jamais vous n’en serez les maîtres ;
Qu’on lui ferme la porte au nez,
Il rentrera par les fenêtres.

Horace avait dit avant eux :

Naturam expellas furca, tamen usque recurrit
Et mala perrumpit furtim fastidia victris.

Nicodème

Delvau, 1866 : s. m. Niais, imbécile. Argot du peuple.

France, 1907 : Sot, benêt.
Ce nom, qui, en grec, signifie vainqueur du peuple, est devenu, comme Nicaise, Nicolas, Grosjean, synonyme de niais, sans doute parce qu’il était porté, ainsi que ces derniers prénoms, par les gens de village. On sait quel est le rôle de l’avocat Nicodème dans le roman de Furetière. L’apprenti marchand Nicaise est connu par les contes de La Fontaine, et Nicolas est célèbre comme niaiserie villageoise dans nombre de chansons.

Elle découragea aussi, mais avec douceur et sans avoir l’air d’y toucher, l’amour timide et respectueux dont brûlait pour elle le fils de l’épicier du no 24.
Il s’appelait Anatole, et, malgré son nez retroussé et son air nicodème, il était plein d’imagination, il ne rêvait que d’explorations lointaines et d’héroïques aventures.

(François Coppée)

Noire-fontaine

Fustier, 1889 : Encrier. Argot des élèves de l’École de Saint-Cyr.

France, 1907 : Encrier ; argot de Saint-Cyr.

Nul n’est prophète en son pays

France, 1907 : On croit difficilement au mérite et à la supériorité d’un homme qu’on a connu enfant, avec qui l’on a polissonné et mangé des confitures. « Comment, nous avons joué ensemble, je suis resté un cul de plomb obscur et il est devenu une célébrité. Quel fumiste ! » Cela s’entend tous les jours dans les réunions de ces camarades de collège qui se revoient après une longue absence, constatent par le visage de chacun combien eux-mêmes ont vieilli et, les banales poignées de main échangées et les « te souviens-tu » épuisés, se regardent en chiens de faïence. Un habile filou venu de l’étranger est toujours mieux accueilli qu’un honnête homme natif du lieu : d’où le succès des rastaquouères. Cette locution proverbiale est tirée des Évangiles :

Aucun n’est prophète chez soi.

(La Fontaine)

Œuvre

d’Hautel, 1808 : Reprendre quelqu’un en sous œuvre. Tendre un nouveau piège à une personne que l’on n’a pas réussi à tromper du premier abord.
C’est l’œuvre de Notre-Dame, qui ne finit jamais. Se dit par raillerie d’un ouvrage dont on ne voit pas la fin, parce que, dit-on, il y a quelque chose qui n’a pas été achevé dans ce monument religieux.
Il ne fait œuvre de ses dix doigts. Se dit d’un fainéant, d’un paresseux, qui reste toute la journée à ne rien faire.
À l’œuvre on connoît l’ouvrier. Pour dire, qu’on ne peut juger d’un ouvrier que quand on l’a employé.

Delvau, 1864 : L’acte vénérien.

Qu’autant de fois que la fillette,
Commettrait l’œuvre de la chair.

(Cabinet satyrique)

Or, les œuvres de mariage
Étant un bien, comme savez.

(La Fontaine)

Ces mécréants, au grand œuvre attachés,
N’écoutaient rien, sur leurs nonnains juchés.

(Voltaire)

Œuvre on connaît l’artisan (à l’)

France, 1907 : C’est le débat d’une fable de La Fontaine, Les Frelons et les Mouches à miel.
Ce dicton, qui se passe d’explication, remonte à Solon, suivant Sophocle, ou a Bias, suivant Aristote. « L’emploi, disait-il, fait connaître l’homme. »

Oie du frère Philippe

Delvau, 1866 : s. f. Jeune fille ou jeune femme, — dans l’argot des gens de lettres, qui ont lu les Contes de la Fontaine. L’expression tend à s’introduire dans la circulation générale : à ce titre, j’ai dû lui donner place ici. Pourquoi le peuple, qui a à sa disposition, à propos de la « plus belle moitié du genre humain », tant d’expressions brutales et cyniques, n’emploierait-il pas cette galante périphrase ? Le peuple anglais dit bien depuis longtemps, à propos des demoiselles de petite vertu, les Oies de l’évêque de Winchester (The bishop of Winchester’s geese).

Oignons (rang d’)

France, 1907 : Sur une même ligne. Se mettre en rang d’oignons se dit aussi pour prendre place dans une réunion où l’on n’est pas invité, dans une assemblée à laquelle on n’a pas le droit d’assister.
On fait venir l’expression proverbiale être assis en rang d’oignons d’Artus de la Fontaine Solaro, baron d’Oignon, qui faisant l’office de grand maître des cérémonies aux états de Blois, assignait les places et les rangs des seigneurs et des députés. C’est aller chercher bien loin une explication pourtant bien naturelle. Ne vient-elle pas tout simplement de la manière dont les paysans assemblent leurs oignons avec des liens de paille par rang de grosseur ?

Omelette

Larchey, 1865 : Mystification militaire en usage à Saint-Cyr.

Voici en quoi consiste le supplice de l’omelette : Au milieu de votre sommeil quatre vigoureux anciens saisissent votre lit et le retournent comme une omelette.

(R. de la Barre)

L’omelette de sac consiste à bouleverser le havre-sac de celui qu’on veut ennuyer.

Delvau, 1866 : s. f. Mystification militaire qui consiste à retourner sens dessus dessous le lit d’un camarade endormi. Omelette du sac. Autre plaisanterie de même farine qui consiste à mettre en désordre tous les objets rangés dans un havre-sac, — ce qui est une façon comme l’autre de casser les œufs et de les brouiller.

France, 1907 : Plaisanterie d’un goût douteux que les anciens font aux conscrits dans les régiments et les écoles militaires et qui consiste à prendre le lit d’un camarade endormi et à le retourner sens dessus dessous.
À l’École polytechnique, c’est le bouleversement complet d’une chambre.

Au milieu du casert, semblable à une immense poêle, tous les meubles ont été renversés ; les lits enchevêtrés les uns dans les autres, les matelas, draps, couvertures, jetés pêle-mêle, tous les ustensiles de toilette, les cuvettes, brisés en mille pièces, les sacs à linge, les boîtes à claque, les bottes, les uniformes en fouillis inextricables, forment une omelette d’un genre tout particulier, sur laquelle toute l’eau de la fontaine a été répandue : telle est l’aimable farce que les anciens se plaisent à faire aux conscrits dans la première semaine de leur arrivée.

(Albert Lévy et G. Pinet, L’Argot de l’X)

L’omelette du sac est une plaisanterie de même farine consistant à bouleverser tous les effets d’un sac. On en fait ou faisait autant des diverses pièces des armes quelques instants avant l’exercice.

Les omelettes donnèrent plus vite le secret du fusil et de son mécanisme que les meilleurs instructeurs ; on se pressa, on lit mal d’abord, mieux, puis bien, et, pour me servir d’une expression de l’École, en se volatilisant.

(E. Billaudel, Les Hommes d’épée)

Ouvrir son robinet

France, 1907 : Commencer à parler. Se dit d’une personne à l’intarissable bagout, dont les paroles coulent de la bouche comme l’eau d’une fontaine.

— Bon, la voilà qui ouvre son robinet ! Nous n’avons pas fini, nous allons entendre l’assistance ronfler !

(Les propos du Commandeur)

Pantouflard

France, 1907 : Bourgeois ; individu qui aime ses aises. Pendant le siège de Paris en 1871, l’on donna ce sobriquet à la garde nationale sédentaire, dont le service consistait à monter la garde dans l’intérieur de la ville.
C’est aussi le nom que donnent les élèves de l’École polytechnique à ceux d’entre eux qui démissionnent soit après le classement de sortie, soit après le cours de l’École d’application de Fontainebleau.
Le mot parait remonter à 1830, où les Jeune-France traitaient les bourgeois de pantouflards ou de philistins.

Théophile Gautier, disent MM. A. Lévy et G. Pinet, eut un jour avec l’École un démêlé comique, à la suite duquel il fut traité de pantouflard. C’était au moment de l’inauguration du fronton du Panthéon : critiquant le bas-relief où David a représenté d’un côté un élève de l’École normale, de l’autre un élève de l’École polytechnique, il s’était moqué de « ces deux embryons d’immortalité ». Les promotions lui dépêchèrent deux anciens qui le trouvèrent en pantoufles, en robe de chambre et coiffé d’une calotte grecque et qui s’en revinrent dire à leurs camarades : « Il n’y a rien à faire avec ce pantouflard ! » Le Charivari prétendit que Gautier était fort peu rassuré et n’osait plus sortir de chez lui.

France, 1907 : Imbécile ; de l’expression populaire « raisonner comme une pantoufle » ou du vieux mot pantoufler.

Le populo a tellement été accoutumé à l’inaction qu’il ne peut s’en dépêtrer ; il voudrait que la ritournelle du passé continue, — que d’autres fassent toujours sa besogne !
Pourtant, faut tout dire : petit à petit il se dessale ! Il est déjà moins pantouflard : la clairvoyance lui vient. Il a la compréhension qu’un sacré coup de trafalgar est indispensable pour que les choses aillent mieux.

(Le Père Peinard)

Parlotte

Larchey, 1865 : Lieu où l’on commère.

La Chambre des députés n’est plus qu’une buvette, un cercle, une parlotte.

(Alph. Karr)

Delvau, 1866 : s. f. Lieu où l’on fait des commérages, que ce soit la Chambre des députés ou le Café Bouvet ; tel foyer de théâtre ou telle loge de danseuse. Plus spécialement l’endroit où se réunissent les avocats.

France, 1907 : Bavardage. On dit aussi parlotterie.

Bellac, ce soir-là, semblait un robinet de fontaine et sa parlotte coulait, coulait, blanche, terne, exaspérante, à endormir tous ceux qui l’écoutaient.

(Mora, Gil Blas)

France, 1907 : Lieu où l’on parle. « La Chambre des députés, disait Alphonse Karr, n’est plus qu’une buvette, un cercle, une parlotte. »

Parturient montes

France, 1907 : « Les montagnes accoucheront. » Locution latine tirée d’Horace, qualifiant des promesses qui ne seront jamais suivies d’effet. De quoi accoucheront les montagnes ? C’est à quoi La Fontaine a répondu dans l’une de ses fables : d’une souris.

Passions (à)

Larchey, 1865 : « Vous êtes trop jeune pour bien connaître Paris ; vous saurez plus tard qu’il s’y rencontre ce que nous nommons des hommes à passions. Ces gens-là n’ont soif que d’une certaine eau prise à une certaine fontaine, et souvent croupie. » — Balzac, Père Goriot.

Pataud

Delvau, 1866 : s. et adj. Lourdaud, grossier, niais, — dans l’argot du peuple.

France, 1907 : Nom donné, au XVIIe siècle, aux chiens de cuisine. Ménage fait dériver ce mot de patte, à cause des grosses pattes de ces chiens, et Charles Nisard du vieux mot pitaud, homme pesant, lourdaud au physique comme au moral.

Ce pitaud doit valoir…
Bachelier et docteur ensemble.

(La Fontaine)

Pavé

d’Hautel, 1808 : Il a la tête dure comme un pavé. Se dit d’une personne sans intelligence et sans pénétration.
Être sur le pavé. Pour être hors de maison, n’avoir pas d’ouvrage.
C’est tout pavé d’ici là. Manière goguenarde de dire qu’une course est très-longue, qu’un lieu est très-éloigné d’un autre.
Tâter le pavé. Agir avec prudence et circonspection.
Être sur le pavé du roi. Être dans un lieu public, d’ou personne n’a le droit de vous renvoyer.
Il est tombé sur le pavé. Pour dire sa fortune est bouleversée, il est ruiné.
Il a le gosier pavé. Se dit d’un goulu qui mange des alimens bouillans.
De pavé sec et bois mouillé, libera nos domine. Dicton populaire qui signifie que l’un et l’autre de ces inconvéniens sont dangereux.

Larchey, 1865 : Éloge maladroit. — Allusion au pavé de la Fontaine.

C’était un journal pavé de bonnes intentions ; mais on y rencontrait plus de pavés encore que de bonnes intentions.

(Alb. Second)

Delvau, 1866 : adj. Insensible, — dans l’argot du peuple. Avoir le gosier pavé. Manger très chaud ou boire les liqueurs les plus fortes sans sourciller.

Delvau, 1866 : s. m. Bonne intention malheureuse, comme celle de l’ours de la Fontaine. Réclame-pavé. Éloge ridicule à force d’hyperboles, qu’un ami, — ou un ennemi, — fait insérer à votre adresse dans un journal.

Rigaud, 1881 : Éloge exagéré et si maladroitement lancé qu’il assomme celui qui en est l’objet.

Pays de cocagne

France, 1907 : Pays où tout abonde, où l’on fait grande chère, où l’on vit bien sans travailler.
On n’est pas d’accord sur l’étymologie de ce nom. Le savant évêque Daniel Huet, qui fut adjoint à Bossuet pour l’éducation du Dauphin, prétend que c’est une corruption de gogaille, gogue, goguette. La Monnoye, l’auteur de la célèbre chanson de M. de la Palisse, philologue érudit, le fait venir de Merlin Coccaio, qui, dans sa manière macaronée, décrit une contrée qui serait un paradis pour les gastrolâtres. Mais bien avant le moine Théophile Falengo, caché pendant la première moitié du XVIe siècle sous le pseudonyme de Merlin Coccaie, on trouve le mot cocagne dans les vieux fabliaux. Un d’eux, écrit au XIIIe siècle, a même pour titre : C’est li fabliou de Coquaigne. Il est fort curieux et débute ainsi :

Li païs a nom Coquaigne,
Qui plus y dort, plus y gaaigne ;
Cil qui dort jusqu’a miedi,
Gaaigne cinc sols et demi,
De bars, de saumons et d’aloses
Sont toutes les maisons encloses ;
Li chevrons y sont d’esturgeons,
Les couvertures de bacons (jambons)
Et les lates sont de saucisses…
Par les rues vont rostissant
Les crasses oes (les grasses oies) et tornant
Tout par elles (d’elles-mêmes) et tout ades
Les suit la blanche aillie (sauce à l’ail) après.

C’est ce qui a fait croire à Geruzez et à Littré après lui que cocagne venait de coquina (cuisine) ou de coquere (cuire) en passant par le catalan coca.
Voilà bien de l’érudition et c’est remonter à bien des sources quand l’étymologie se trouvait, c’est le cas de le dire, sous la main.
Cocagne vient de coquaigne, justement comme on le trouve écrit dans de fabliau du recueil de Méon, et coquaigne est un pain de pastel du Languedoc. Comme la vie y était facile, la terre fertile, les fruits en abondance et le climat charmant, on appelait ce pays, pays de Coquaigne, c’est-à-dire où les habitants mangeaient d’excellents petits gâteaux à très bon marché, buvaient de bon vin à peu de frais, enfin ne travaillaient guère.
Legrand, dans le Roi de Cocagne, a donné de ce merveilleux pays un tableau qui est loin de valoir celui du fabliau du XIIIe siècle :

Veut-on manger, les mets sont épars dans les plaines ;
Les vins les plus exquis coulent de nos fontaines ;
Les fruits naissent confits dans toutes les saisons ;
Les chevaux tout sellés entrent dans les maisons ;
Le pigeonneau farci, l’alouette rôtie,
Vous tombent ici-bas du ciel comme la pluie.

Terminons par cette fin de la satire de Boileau :

Paris est pour le riche un pays de Cocagne ;
Sans sortir de la ville, il trouve la campagne ;
Il peut, dans son jardin tout peuplé d’arbres verts,
Recéler le printemps au milieu des hivers ;
Et, foulant le parfum de ses plantes fleuries,
Aller entretenir ses douces rêveries,
Mais moi, grâce au destin, qui n’ai ni feu ni lieu,
Je me loge où je puis, et comme il plaît à Dieu.

Petit chapeau

France, 1907 : Nom donné aux élèves de l’École polytechnique qui, à certaines années exceptionnelles, sont envoyés sur demande à l’École d’application de l’artillerie et du génie, après une seule année de séjour à l’École. Ils conservent à Fontainebleau l’uniforme et le chapeau de Polytechnique pendant une année jusqu’à ce qu’ils soient promus sous-lieutenants. Les premières promotions de petits chapeaux datent de 1840 et 1841. « Dans les salons de la ville de Metz, disent MM. Albert Lévy et G. Pinet, les danseuses remarquèrent l’élégance du chapeau de ces polytechniciens, à côté du formidable blockhaus des artilleurs et de l’immense frégate des sapeurs ; ce furent elles qui baptisèrent les nouveaux venus du nom de petits chapeaux… Les petits chapeaux sont promus sous-lieutenants le 30 septembre, un peu avant leurs camarades de la promotion régulière ; ils arrivent au régiment un an plus tôt. »

Nous formons trois belles brigades,
Très fiers d’avoir lâché l’X,
Et sachez, pauvres camarades,
Qu’il n’est chez nous que des phénix,
Les moins malins ont l’assurance,
Dans quinze ans, d’être généraux :
Nous faisons une poire intense,
Car nous sommes petits chapeaux.

(Les Petits Chapeaux)

Petit-Mazas (le)

Rigaud, 1881 : Le passage du Soleil à Clichy-la-Garenne, un des quartiers habités par les chiffonniers, qui se plaisent à donner des noms pittoresques à leurs cités, comme ceux de : La Cité des Vaches, route de la Révolte ; La Fosse-aux-Lions, à Grenelle ; Le Petit-Bicêtre, du côté de la barrière de Fontainebleau ; La Butte-aux-Puces, quartier des Buttes-Chaumont.

Petite oie (la)

Delvau, 1864 : Le travail — attrayant — qui précède le coït ; pelotage des couilles de l’homme par la femme, gamahuchage de la femme par l’homme, etc., etc. La petite oie est moins indigeste — pour la pine — que la grande oie : il y a des gens qui s’en contentent — de peur de vérole.

Or, n’est-il pas certain que l’homme qui triche et ceux qui, comme nous, jouissent des plaisirs de la petite oie, ne font rien de plus que ces moines, que ces religieuses, que tout ce qui vit dans le célibat ? Ceux-ci conservent dans leurs reins, en pure perte, une semence que les premiers répandent on pure perte.

(Thérèse philosophe)

Elle avait déjà laissé prendre la petite oie à un homme qui la cajolait.

(Tallemant des Réaux)

Et il fut maître de ce que nous appelons en France la petite oie.

(La France Galante)

La petite oie, enfin ce qu’on appelle
En bon français les préludes d’amour.

(La Fontaine)

Je ne vis pas dessous la soie
Jambes, cuisses et la petite oie.

(Théophile)

Pifferaro

France, 1907 : Musicien italien qui joue soit de la cornemuse, soit d’une petite flûte appelée en Italie piffero. Le pluriel est pifferari.
À Paris, les pifferari de la campagne romaine et les Napolitaines aux seins brunis viennent se grouper, pendant les belles matinées, aux environs de la fontaine de la place Pigalle. C’est le marché aux modèles italiens.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique