Rigaud, 1881 : Apprenti commis en nouveautés.
Un employé, flairant une bonne commande, met tous les bistots en campagne.
(Louis Noir, Le Pavé de Paris)
La Rue, 1894 : Jeune commis de magasin.
Bistot
Rigaud, 1881 : Apprenti commis en nouveautés.
Un employé, flairant une bonne commande, met tous les bistots en campagne.
(Louis Noir, Le Pavé de Paris)
La Rue, 1894 : Jeune commis de magasin.
Cachalot
Virmaître, 1894 : Femme qui a des aptitudes spéciales. Elle rend par le nez ce qu’elle a avalé par la bouche (Argot des filles). N.
France, 1907 : « Femme qui a des aptitudes spéciales. Elle rend par le nez ce qu’elle a avalé par la bouche. Argot des filles. »
(Ch. Virmaître, Dictionnaire fin de siècle)
France, 1907 : Vieux marin.
Pour atteindre le bateau américain qui a bien voulu me prendre et me tirer de cet enfer, j’ai dû nager pendant près de deux heures, entre deux eaux, afin d’éviter d’être aperçu des sentinelles et des barques de l’administration ; il m’a fallu aussi plonger tout à coup pour échapper aux requins, qui venaient flairer en moi un déjeuner… Tu comprends que pour un vieux cachalot comme moi, me jeter dans ce canal, un simple ruisseau, c’était une plaisanterie.
(E. Lepelletier, Les Secrets de Paris)
Clair comme de l’eau de boudin
Virmaître, 1894 : Affaire obscure, enbrouillée. Mot à mot : aflaire ténébreuse. Allusion à la noirceur de l’eau qui sert aux charcutiers pour faire cuire le boudin (Argot du peuple). N.
France, 1907 : Se dit d’une affaire peu claire, l’eau de boudin n’étant pas précisément limpide.
Coco
d’Hautel, 1808 : Nom d’amitié que l’on donne aux petits garçons.
C’est aussi un terme mignard et cajoleur dont les femmes gratifient leurs maris ou leurs bien aimés, pour en obtenir ce qu’elles désirent.
d’Hautel, 1808 : Tisanne rafraîchissante, faite de chiendent, de réglisse et de citron, que l’on vend à Paris dans les promenades publiques. Boire un verre de coco.
Coco signifie aussi eau-de-vie, rogome, brande-vin.
Boire le coco. C’est boire l’eau-de-vie le matin à jeun, suivant l’usage des journaliers de Paris.
Larchey, 1865 : Cheval.
Ce grossier animal qu’on nomme vulgairement coco.
(Aubryet)
Larchey, 1865 : Homme peu digne de considération.
Joli Coco pour vouloir me faire aller.
(Balzac)
Larchey, 1865 : Nom d’amitié.
J’vais te donner un petit becquau. Viens, mon coco.
(Dialogue entre Zuzon et Eustache, chanson, 1836)
Delvau, 1866 : s. m. Boisson rafraîchissante composée d’un peu de bois de réglisse et de beaucoup d’eau. Cela ne coûtait autrefois qu’un liard le verre et les verres étaient grands ; aujourd’hui cela coûte deux centimes, mais les verres sont plus petits. O progrès !
Delvau, 1866 : s. m. Cheval, — dans l’argot du peuple. Il a graissé la patte à coco. Se dit ironiquement d’un homme qui s’est mal tiré d’une affaire, qui a mal rempli une commission.
Delvau, 1866 : s. m. Eau-de-vie, — dans l’argot des faubouriens.
Delvau, 1866 : s. m. Gorge, gosier, — dans le même argot [des faubouriens]. Se passer par le coco. Avaler, boire, manger.
Delvau, 1866 : s. m. Homme singulier, original, — dans le même argot [des faubouriens]. Joli coco. Se dit ironiquement de quelqu’un qui se trouve dans une position ennuyeuse, ou qui fait une farce, désagréable. Drôle de coco. Homme qui ne fait rien comme un autre.
Delvau, 1866 : s. m. Œuf, — dans l’argot des enfants, pour qui les poules sont des cocottes.
Delvau, 1866 : s. m. Tête, — dans l’argot des faubouriens, qui prennent l’homme pour un Coco nucifera. Coco déplumé. Tête sans cheveux. Redresser le coco. Porter la tête haute. Monter le coco. Exciter le désir, échauffer l’imagination.
Rigaud, 1881 : Gosier. — Se passer quelque chose par le coco, manger, boire.
Rigaud, 1881 : Individu, particulier. Ne s’emploie guère qu’accolé au mot joli, dans un sens ironique : C’est un joli coco.
Rigaud, 1881 : Pour eau-de-vie, avait déjà cours au siècle dernier.
Elle lui fit payer du coco.
(Cabinet satirique)
Aujourd’hui on entend par coco, de la mauvaise eau-de-vie, de l’eau-de-vie fortement additionnée d’eau. — Marchand de coco, marchand de vin. Allusion à l’eau que le débitant met dans le vin et les liqueurs.
Rigaud, 1881 : Tête ; allusion de forme. Se monter le coco, s’illusionner, se monter la tête.
France, 1907 : Cheval. Ce mot est employé surtout dans la langue du troupier.
Pour faire un vrai soldat, et devenir par la suite un bon officier, il faut avoir tiré toutes les ficelles du métier et savoir : balayer la chambrée ; cirer la planche à pain ; bichonner Coco…
(Hector France, L’Homme qui tue)
France, 1907 : Gosier ; argot populaire. Colle-toi ça ou passe-toi ça dans le coco.
France, 1907 : Mauvais vin on mauvaise eau-de-vie. Allusion à la fade boisson que vendent les marchands de coco.
France, 1907 : Tête. Avoir de coco déplumé, être chauve ; avoir le coco fêlé, être fou. Dévisser le coco, étrangler. Se monter de coco, s’exciter.
Jean Richepin, dans ses compliments de nouvelle année, souhaite, entre autres :
À Barbier, de trouver l’écho
De la voix qui cria les lambes,
Et, pour lui monter le coco,
Du poil à gratter dans les jambes.
Graisser la patte à Coco, gagner quelqu’un en lui donnant de l’argent. S’emploie aussi dans un mauvais sens, précédé de vilain ou de joli : Vilain coco ! joli chien ! ou bien il signifie simplement un individu.
Parmi les socialos politicards, il peut y avoir des cocos qui ont de l’honnêteté, mais qué que ça prouve ? Rien, sinon qu’ils manquent de flair.
(Almanach du Père Peinard, 1894)
France, 1907 : Triste sire, homme méprisable ou, tout simplement, dont on n’est pas satisfait. Le mot est généralement précédé des adjectifs joli, fameux, ou vilain.
— Ah ! vous êtes un fameux gaillard ! un joli coco ! Vous arrivez comme le marquis de Chose-verte, trois heures après la bataille. Vous pouvez bien tourner les talons, et remporter votre lard pourri. Avez-vous du liquide, au moins ?
(Hector France, Sous le Burnous)
— Et v’là qu’elle est lâchée salement par un vilain coco Il est vrai que des filles qui n’ont pas le sou et qui ne savent même pas éplucher une salade, ne sont pas d’un placement avantageux, ni facile, par conséquent !
(Albert Cim, Demoiselles à marier)
C’est aussi un nom d’amitié :
J’vais te donner un p’tit bécot,
Viens, mon coco !
Couper dans le ceinturon, dans la pommade, dans le pont
France, 1907 : Se laisser duper, croire aux mensonges, tomber dans le panneau. Allusion à la courbe que les grecs impriment à une carte ou à un paquet de cartes, de façon à obliger le partenaire à couper, sans qu’il en ait conscience, dans la portion du jeu préparé par le filou.
Ah ! ces braves militaires… À l’occasion, ils emportent le pont d’Arcole, de Rivoli ou de Palikao ; mais, pour les autres ponts, ils se contentent d’ordinaire de couper dedans…
(Gil Blas)
Ravachol reçut la visite de l’abbé Claret… qui lui apporta l’éncyclique de Léon XIII et essaya de lui représenter le pape comme le premier des anarchistes. Défiant par nature, Ravachol flaira une manifestation de calotin.
À un des gendarmes qui le conduisaient chaque jour au préau et le gardaient étroitement pendant sa promenade, il a dit :
— Ce ratichon-là est un bon type… seulement quand je serai raccourci, il ira crier partout que j’avais coupé dans sa pommade.
Aussi demanda-t-il à l’abbé de ne point l’assister le matin de l’exécution.
(Flor O’Squarr, Les Coulisses de l’anarchie)
Et pour les goss’, ah ! que salade !
C’qu’on s’gondol’ ! I’ sont étouffants !
Si nous coupions dans leur pommade,
Faudrait aimer tous les enfants.
(Paul Paillette)
Crayon
Fustier, 1889 : Commis boursier, employé d’agent de chance.
Habile, finaud, un des malins frayons de la coulisse, Luzy n’avait pas le grand flair de Blancheron.
(De Goncourt, La Faustin)
France, 1907 : Commis d’agent de change, appelé ainsi à cause du crayon qu’il porte continuellement pour prendre la cote.
Dauber
d’Hautel, 1808 : Il a été daube ; on l’a daubé comme il faut. Pour il a été berné, rossé, battu.
France, 1907 : Se moquer.
Plusieurs collègues d’Aline avaient flairé déjà quelque chose, s’étaient, à mots plus ou moins couverts, confié leurs soupçons ; et de maints côtés déjà l’on daubait sur cette petite sainte nitouche, cette petite dévergondée.
(Albert Cim, Demoiselles à marier)
Décrocher la timbale
Virmaître, 1894 : Arriver bon premier, réussir. Allusion au mât de cocagne, où le premier arrivé au sommet décroche le premier prix qui est généralement une timbale. Cette expression est populaire depuis la représentation de la pièce intitulée la Timbale (Argot du peuple). N.
France, 1907 : Arriver le premier, réussir. Allusion au mât de cocagne, où le premier arrivé choisit le premier prix, qui est ordinairement une timbale d’argent.
Pour décrocher la timbale parlementaire, M. des Muffliers s’est donné un mal de chien, et il a surtout pioché les campagnes, ce qu’on appelle, en style noble, les masses profondes du suffrage universel. L’arrivée de sa charrette anglaise a effaré la volaille dans bien des rues de village. Il a pénétré, en redingote correcte et avec des gants de peau, dans des cours champêtres, où le porc familier venait flairer ses bottes vernies, et il a peloté le paysan tant qu’il a pu.
(François Coppée)
Diseur de carabistouilles
France, 1907 : Flatteur.
Alors Ginginet, éveillé par son flair de rouleur, se risqua à des propos plus hardis, lui fit des compliments de mauvais goût sur ses yeux, — il n’y en avait pas de pareils dans tout le village. Et, à travers une œillade, elle lui jeta son mot de peuple : diseu de carabistouilles, comme une avance.
(Camille Lemonnier)
Écopeur
Rigaud, 1881 : Fine mouche qui arrive chez les autres à l’heure du dîner. Le véritable écopeur, sans jamais rien demander, ne sort jamais d’une maison sans avoir retiré un petit profit de sa visite. Il a un flair particulier pour arriver aux bons moments. L’écopeur porte un coup à ceux qu’il va voir et l’on n’ose pas l’éconduire.
France, 1907 : Individu qui s’arrange de façon à tirer de petits avantages de quelqu’un sans en avoir l’air.
Éméché (être)
Virmaître, 1894 : N’avoir pas assez bu pour être pochard mais suffisamment pour avoir une légère pointe ; être allumé. Allusion à la rougeur du visage (Argot du peuple).
France, 1907 : Être gris.
L’artiste voulant croquer sur le vif un de ces types qu’il a rendus célèbres, alla au Vieux-Chêne, mais auparavant, après un diner largement arrosé, il fit de nombreuses stations dans différents cafés et, comme il adorait le champagne et que La rue Mouffetard est loin du boulevard Clichy, il arriva absolument éméché.
(Ch. Virmaître, Paris oublié)
Zinque, joliment éméché aussi, avait roupillé à midi pendant une demi-heure. Puis on avait rigolé à dire des blagues, et comme elle insistait pour savoir quelles blagues, il eut une pudeur. Pour ça non, c’était des choses qui se disent entre hommes, mais que les femmes ne doivent pas entendre.
(Camille Lemonnier, Happe-Chair)
Quand je rentrais le soir un peu… éméchée, il arrivait, il me flairait avec ses moustaches hérissées, et comme il n’aimait pas l’odeur de la boisson, je ne le voyais plus pendant deux jours… sans doute que je lui avais collé une beigne un soir d’absinthe, mais quand il me sentait à jeun… Ah ! alors c’était la grande rigolade !… il était si content qu’il grimpait dans les rideaux. Et qu’il dégringolait en cassant des cuvettes !… M’en a-t-il coûté de la vaisselle !
(Louise France, Gil Blas)
Fiasse
France, 1907 : Frère.
Nib, pour stimuler ses compagnons, leur promit de leur abandonner l’argent qu’on devait trouver chez la vieille.
— Pour sûr elle devait avoir du jonc caché quelque part, la mère la Nippe a un magot… à nous de le flairer, vieux fiasses !…
(Edmond Lepelletier)
Filature
Virmaître, 1894 : Terme employé par les agents de la sûreté pour indiquer qu’ils filent un voleur (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : Suivre. Un agent de police fait une filature, lorsqu’il suit un voleur pour savoir ce qu’il fait.
Hayard, 1907 : Occupation d’un agent qui suit quelqu’un.
France, 1907 : Action de filer quelqu’un, en terme de policier.
Mais la police est en défaut quand l’individu observé change de costume ou prend une voiture. Son flair est dérouté par le moindre écart dans la marche, qu’elle suppose normale, de l’individu. Mais en filature, les agents ne chassent qu’à vue. Couper sa barbe et troquer une blouse contre un paletot suffit à les dévoyer. Quand l’homme filé à les moyens de prendre un fiacre, l’agent lâche la poursuite. Il n’ira pas se lancer à son tour dans un sapin. Quand il présenterait sa note de frais, on lui rayerait impitoyablement son véhicule, en le prévenant sévèrement de ne plus « tirer de ces carottes-là. »
(Edmond Lepelletier)
France, 1907 : Cantine. On dit aussi filature de poivrots.
Matra était un petit clairon à poil noir, aux yeux de souris, trapu comme une poutre, et si leste qu’il semblait cacher des ressorts dans sa culotte. Je le connus au 17e bataillon de vitriers.
— Combien veux-tu par mois ?
Il suçait son embouchoire :
— Sept sous par semaine.
— Ça y est.
Le clairon pivota.
— Où allons nous ? Demandai-je.
— À la filature des poivrots, dit Matra, faut bien arroser le marché.
Cette filature, c’était la cantine.
(Georges d’Esparbès)
Flairer
d’Hautel, 1808 : Sentir par l’odorat, et vulgairement fleurer, ce qui est un barbarisme. Le verbe fleurer, n’est d’usage qu’à la 3e personne et signifie répandre une odeur agréable : cela fleure comme beaume, pour dire sent fort bon.
Flairer au foyer
Rigaud, 1881 : Se dit indistinctement d’un auteur ou d’un acteur.
L’acteur vient le soir au foyer pour regarder si le tableau d’annonces porte son nom sur une distribution de rôles. L’auteur vient savoir si on joue le lendemain ou si on répète.
(J. Duflot, Les Secrets des coulisses, 1865)
Par extension, signifie faire de la diplomatie auprès des directeurs et des artistes pour obtenir des représentations fréquentes ou nouvelles d’un ouvrage.
(Petit Dict. des coulisses)
Flaireur
d’Hautel, 1808 : Un flaireur de table. Pour dire un écornifleur de dîner, un parasite.
Fleurer
Delvau, 1866 : v. a. et n. Respirer, sentir, — dans l’argot du peuple, qui trouve que flairer n’emporte pas assez avec soi l’idée d’odeurs, de parfums. C’était aussi l’opinion de Mathurin Régnier, qui a dit :
Je sentis à son nez, à ses lèvres décloses,
Qu’il fleuroit bien plus fort mais non pas mieux que roses.
France, 1907 : Sentir.
Folichon
d’Hautel, 1808 : Pantin, homme d’une humeur folâtre, qui fait le farceur et le falot.
Larchey, 1865 : « Homme d’une humeur folâtre qui fait le farceur et le falot. »
(1808, d’Hautel)
Delvau, 1866 : s. et adj. Homme amusant, chose agréable, — dans l’argot du peuple, qui dit cela depuis plus d’un siècle. Être folichon. Commencer à se griser. Signifie aussi : Dire des gaudrioles aux dames.
France, 1907 : Amusant, agréable, folâtre, disposé à rire, à baguenauder et à faire l’amour.
— Farandol, dit Ventripard, parlons peu, mais parlons bien. Tu dois connaître des fillettes du quartier Latin ?
— Toutes, affirma Farandol.
— Il faut que tu m’en fasses connaître quelques-unes.
Farandol réfléchit un moment. Puis il proféra ceci :
— Prête-moi un louis, Ventripard.
— En voici deux, dit le banquier, qui vraisemblablement s’attendait à cette botte.
Farandol escamota les deux jaunets avec une prestesse de jongleur japonais ; puis, se croisant les bras, il cria :
— Ah ça ! Ventripard, tu n’es donc pas un homme sérieux… Tu as des idées folichonnes ?
(Gramont, Intransigeant)
Et lui, folichon,
Dit cent bagatelles,
Fripe les dentelles,
Flaire le manchon.
(Gabriel Vicaire)
Un soir, ne pouvant plus tenir,
L’âme très folichonne,
Il frappa pour se faire ouvrir
La chambre de la bonne,
— C’est le diable qui vient me voir,
Murmurait le pauvrette,
— Non, dit le curé plein d’espoir,
C’est l’Amour, ma poulette !
(Léo Lelièvre, La Bonne du curé)
Guignol
Fustier, 1889 : Gendarme. Argot des voleurs.
Survient-il dans une foire quelque figure rébarbative, le teneur flaire un gaff (un gardien de la paix en bourgeois), ou un guignol (un gendarme en civil)…
(Petit Journal, mai 1886)
France, 1907 : Homme sans consistance, sans caractère et sans parole, qui n’est bon qu’à amuser les autres et sur lequel on ne peut compter. Faire le guignol, c’est faire de grands gestes, se remuer à tort et à travers.
On a donné le nom de guignol à tous les farceurs politiques et littéraires. Henry Bauer a publié une série d’études critiques sous le titre : Les Grands Guignols.
Parfois, dans mes rares éclaircies d’obnubilation politique, il me passe comme un sentiment confus de ce qu’ils veulent dire par : le jeu des portefeuilles. J’y entrevois une sorte de conséquence farce et logique du parlementarisme où nous pataugeons, et, — vous l’avouerai-je ? — la comédie la plus burlesque de son grand guignol national. Mais ce n’est qu’un éclair dans ma nuit de contribuable.
(Émile Bergerat)
France, 1907 : Théâtre de marionnettes en plein vent, appelé ainsi de son principal personnage.
D’après Joanny Augier qui a décrit le canut dans les Français peints par eux-mêmes, Guignol aurait Lyon pour origine : « Il fréquente, dit-il en parlant du canut, un petit spectacle de marionnettes, tout à fait local, dont le principal personnage, assez semblable au Pulcinella des Italiens, au Punch des Anglais, est un nommé Guignol, type du canut lui-même, dont les lazzis moqueurs et dérisoires à son encontre font pourtant ses délices et son plus parfait amusement »
Guignol est une marionnette d’origine lyonnaise, et date de la fin du premier empire. Vers 1812 un entrepreneur de marionnettes, ruiné à la suite des guerres, se vit réduit à vendre aux enchères ses décors et ses pantins. Un seul acquéreur se présenta, un nommé Mourguet, connu depuis vingt ans dans Lyon où il vendait des chansons sur les places publiques, tandis que sa femme l’accompagnait en jouant de l’orgue de Barbarie. Il eut les marionnettes à très bon compte. Il loua alors dans un quartier pauvre de la ville, celui de Saint-Paul, une vieille salle qui pouvait contenir cent personnes, y installa, outre la scène, une galerie et un parterre. On payait de quatre à douze sous. On y joua d’abord les Jocrisse, qui étaient fort à la mode. Mais un directeur d’un des grands théâtres de la ville défendit, en vertu de son privilège, qu’on représentât les Jocrisse ailleurs que chez lui. Mourguet alors changea les types de ses personnes et appela Jocrisse Guignolant.
« Le nouveau Jocrisse était méconnaissable, dit Tony Révillon qui raconte l’anecdote dans le Drapeau noir. Son nez était aplati ; un petit serre-tête noir terminé par une queue ou salsifis en demi-cercle couvrait sa perruque rousse ; le justaucorps rouge des valets avait disparu pour faire place à la veste marron à boutons blancs de l’ouvrier lyonnais. L’accent s’était modifié comme le costume. Mourguet parlait canut. Il avait les ô et les â circonflexes de la Croix-Rousse, l’accent traînard et doux de Saint-Just.
Le succès fut immense.
Pendant six mois, on s’abordait par ces mots : « Avez-vous vu Guignol ? »
Le public, trouvant Guignolant trop long, avait baptisé lui-même le héros du théâtre lyonnais.
Mais en dépit du costume et de l’accent, Guignol rappelait trop Jocrisse. Son créateur le modifia.
Désormais il sera lui-même. Ouvrier, il représentera les misères, les tiraillements, les menues joies du peuple des tisseurs ; héros de théâtre, il incarnera la justice, protégera les faibles, se soustraira à la tyrannie par la ruse et châtiera la méchanceté par les coups. Gai comme tous les comiques, sa gouaillerie aura parfois la dent cruelle, mais la bonne humeur et la verve l’emporteront. Cette verve et le bâton de Polichinelle (le picarlat) sont italiens. Tout le reste est lyonnais, et surtout l’ami, le confident du héros, Benoit, qui plus tard deviendra Gnafron, mais qui aura laissé pour trace de son passage deux locutions : Dis donc, Benoit ! et Va donc, Benoit ! populaires aujourd’hui dans le département un Rhône. »
Un gendre de Mourguet, Josseraud, introduisit Guignol à Paris.
Haleiner
Delvau, 1866 : v. a. Respirer l’haleine de quelqu’un, — dans l’argot du peuple. Signifie aussi, au figuré : Flairer, chercher à deviner ce qu’une personne pense.
Jardinier
Delvau, 1866 : s. m. Complice de l’Américain dans le vol au charriage. C’est lui qui est chargé de flairer dans la foule l’homme simple à dépouiller.
Rigaud, 1881 : Compère du voleur à l’américaine.
La Rue, 1894 : Compère du voleur à l’américaine. Racoleur des maisons de jeu.
Virmaître, 1894 : Nom donné au complice des voleurs à l’américaine (Argot des voleurs).
France, 1907 : Voleur chargé par ses complices de chercher une dupe.
Les vols au charriage où plutôt à la mystification, presque tous commis au préjudice des émigrants en passage à Paris, nécessitent le concours de trois compères. Le premier remplit le rôle de leveur, de jardinier, c’est le charrieur. Sa mission consiste à trouver le « pigeon » pourvu d’argent et qu’il croit bon à dévaliser. Il le lève et le jardine.
(G. Macé, Un Joli Monde)
Leveuse
Rigaud, 1881 : « Il y a parmi elles, (les femmes des bals publics) une catégorie de femmes qu’on a flagellées de l’épithète de leveuses. Pour celles-ci, le bal est un prolongement du trottoir. » (Ces dames du Casino, 1862)
France, 1907 : Fille qui raccroche dans les casinos, les bals et les cafés-concerts.
Au Casino, les dames ne viennent point toutes pour s’amuser. Il y a, parmi elles, une catégorie de femmes qu’on a flagellées de l’épithète de leveuses. Pour celles-ci, le bal est un prolongement du trottoir.
La leveuse a l’instinct du chien de chasse : elle en possède le flair, pour suivre la piste de l’homme chic, provincial ou étranger, et le lever, suivant son expression cynégétique.
(Ces Dames du Casino, 1863)
Midi à quatorze heures (chercher)
France, 1907 : Chercher des difficultés où il n’y en a pas, tergiverser.
Elle commença, sans chercher autrement midi à quatorze heures, par surexciter Flamboche et l’affoler au désir. Sous cet amour respectueux et presque religieux, qui se dupait lui-même à se croire en extase uniquement devant la splendeur morale de la sainte, elle avait tout de suite flairé, elle, le secret bouillonnement de la puberté en éveil. Elle en avait tant l’expérience, de ces chaleurs animales dont fermentent les adolescents ! Elle en avait tant su éteindre, après les avoir attisées dans son officine de la rue de la Lune !
(Jean Richepin, Flamboche)
Mot de Cambronne
France, 1907 : Euphémisme que les puristes emploient pour désigner ce qu’au dire de Victor Hugo, Cambronne a répondu aux Anglais qui, à Waterloo, le pressaient de se rendre et ce que Lachambeaudie a chanté dans une fable célèbre qui porte la date de 1863 :
Au soleil, sous un mur, une merde fumait
Et parfumait
Les airs et le gazon à cent pas à la ronde.
C’était bien, s’il faut croire aux récits des passants,
La plus belle merde du monde.
À ses pures vapeurs mariant leur encens,
Vingt étrons soupiraient pour ses appâts naissants,
Mais un cochon survient, la flaire, la regarde,
Et l’avale sans sel, sans poivre et sans moutarde.
Comme une merde, hélas ! chacun passe à son tour.
Le temps est un cochon qui détruit sans retour
La beauté, la gloire et l’amour.
Poulet-Malassis a donné ce sonnet dans son Parnasse satyrique du XIXe siècle, et y a joint l’autographe de Lachambeaudie fac-similé.
Mouscaille
Vidocq, 1837 : s. f. — Matière fécale.
Clémens, 1840 : Excréments.
Delvau, 1866 : s. f. Le résultat de la digestion, — dans l’argot des voleurs.
La Rue, 1894 : Gadoue. Excréments.
Virmaître, 1894 : La marchandise que l’on abandonne avec satisfaction dans les châlets de nécessité. Mouscailler : faire ses besoins (Argot du peuple).
Hayard, 1907 : Déjections.
France, 1907 : Excréments ; argot des prisons.
Cette semaine on vient de découvrir deux superbes pots aux roses — où les roses sont remplacées par de la fine fleur de mouscaille — qui prouvent surabondamment que si on veut trouver de la justice quelque part, c’est pas dans la turne où règnent les enjuponnés qu’il faut s’égarer.
(Le Père Peinard)
Foutre, non ! Parmi les socialos politicards, il peut y avoir des cocos qui ont de l’honnêteté, mais qué que ça prouve ? Rien, sinon qu’ils manquent de flair. Y a des types qui pourraient écraser 36.000 étrons, pétrir la mouscaille de leurs dix doigts… parce qu’ils ne sentiront rien, c’est-y une preuve que ça ne pue pas ?
(Almanach du Père Peinard, 1894)
Musser
Delvau, 1866 : v. n. Sentir, flairer.
France, 1907 : Se cacher, se glisser : littéralement, se mettre dans un trou ou passer à travers le trou comme un rat ; patois de l’Est et du Centre. Se musser, se fourrer dans un trou, sous une table. Le mot est vieux, on le trouve dans les Cent Nouvelles (XVe siècle) :
Il nous faut musser quelque part céans.
Une rue de Paris où l’on reléguait les filles perdues portait le nom de Pute-y-musse (Putain s’y cache) ; elle est devenue par corruption rue du Petit-Muse ; de même la rue Gilles-Cœur, qui porte encore ce nom gravé dans la pierre de sa première maison sur le quai, est devenue ridiculement rue Git-le-Cœur.
France, 1907 : Sentir, flairer.
Mycophile
France, 1907 : « C’est le nom que se donnent entre eux les amateurs de champignons (du grec mukès, champignon, et philein, aimer). Les mycophiles sont légion. Malgré les accidents signalés annuellement par les journaux, ils n’en continuent pas moins de récolter et de savourer les mystérieux cryptogames qui foisonnent sous bois et offrent aux regards des observateurs le curieux assemblage des vertus les plus exquises et des plus détestables caractères. Ce bizarre monde végétal a plus d’une analogie avec la société humaine ; les pires scélérats y vivent côte à côte avec les braves gens et déguisent hypocritement sous d’honnêtes apparences leur naturel pernicieux. Il faut un flair subtil et une savante sagacité pour discerner les bons des méchants dans cette foule bigarrée. »
(André Theuriet)
Naser
un détenu, 1846 : Avoir quelqu’un au nez, détester, abhorrer.
Delvau, 1866 : v. a. et n. Avoir quelqu’un dans le nez.
France, 1907 : Détester, « avoir dans le nez ».
— Ce vieux sacristain est toujours dernière moi à flairer mes jupons. Il ne sait donc pas comme je le nase.
(René de Nancy)
Nez
d’Hautel, 1808 : Nez de betterave. Gros nez enluminé, comme l’est ordinairement celui d’un ivrogne.
Nez fleuri. Pour dire, bourgeonné, plein de boutons, causés par la débauche de vin.
Cela ne paroît pas plus que le nez du milieu du visage. Pour dire qu’une chose est très-ostensible.
Heureux comme un chien qui se casse le nez. Pour dire qu’un homme n’a pas de bonheur ; que rien ne lui réussit.
Ce n’est pas pour ton nez. Pour, ce n’est pas pour toi.
Il a un pied de nez. Pour, il est confus, il est honteux de n’avoir pas réussi.
Saigner du nez. Se dédire, reculer dans une affaire de cœur, lâcher le pied, faire le poltron ; se retirer honteusement.
Tirer les vers du nez. Interroger quelqu’un finement ; sonder sa pensée ; lui faire avouer, ou découvrir son dessein.
Delvau, 1864 : Le vit ; — que l’on juge d’après le nez : plus il est fort, mieux il se fait sentir.
Ah ! quel nez (bis)
Tout l’ monde en est étonné.
(Guinard)
Belles, jamais ne prenez
Ceux qui n’ont pas un grand nez.
(Collé)
Grand nez, grand vit, dit un vieux proverbe.
Œil étincelant,
Doigt vif et galant,
Nez de bon augure
Et bonne figure.
(Dauphin)
Delvau, 1866 : s. m. Finesse, habileté, adresse. Avoir du nez. Flairer les bonnes affaires, deviner les bonnes occasions. Manquer de nez. N’être pas habile en affaires.
Delvau, 1866 : s. m. Mauvaise humeur. Faire son nez. Avoir l’air raide, ennuyé, mécontent.
La Rue, 1894 : Mauvaise humeur. Faire son nez, bouder. Avoir du nez, flairer les bonnes occasions. Se piquer le nez, se griser.
Nez creux (avoir le)
Delvau, 1866 : v. a. Avoir le pressentiment d’une chose, d’un événement ; flairer une bonne occasion, une bonne affaire. Signifie aussi Arriver quelque part juste à l’heure du dîner. On dit aussi Avoir bon nez.
France, 1907 : Avoir de la perspicacité. Les nez creux ont plus de capacité que les autres et pour le vulgaire ils doivent flairer davantage et, comme les bons chiens, sentir de loin. Voir Nevers.
La gamine virait et tournait autour du vieux commandant ; elle savait qu’il avait toujours le gousset garni non de pastilles de chocolat ou de tablettes de sucre d’orge dont elle n’avait cure, mais de jolies piécettes d’argent qu’ardemment elle convoitait. Elle avait déjà le nez creux.
(Les Propos du Commandeur)
C’est un riche armateur du Havre ;
Sa fille unique eut le nez creux,
Un gas, fin matelot, voilà son amoureux !
Mais le père, que cela navre,
Lui dit : « Ton choix n’est pas heureux,
Je ne veux pas d’un gendre aussi gueux qu’un cadavre. »
(Jean Richepin)
Panne
d’Hautel, 1808 : Il a deux doigts de panne. Se dit en plaisantant d’un homme qui est extrêmement gras.
Larchey, 1865 : Misère.
Il est dans la panne et la maladie.
(Ricard)
Delvau, 1866 : s. f. Misère, gène momentanée, — dans l’argot des bohèmes et des ouvriers, qui savent mieux que personne combien il est dur de manquer de pain.
Delvau, 1866 : s. f. Rôle de deux lignes, — dans l’argot des comédiens qui ont plus de vanité que de talent, et pour qui un petit rôle est un pauvre rôle. Se dit aussi d’un Rôle qui, quoique assez long, ne fait pas suffisamment valoir le talent d’un acteur ou la beauté d’une actrice.
Delvau, 1866 : s. m. Homme qui n’a pas un sou vaillant, — dans l’argot des filles, qui n’aiment pas ces garçons-là.
Rigaud, 1881 : Grande misère ; ruine complète.
Ce fut alors, madame Alcide, que commença votre grande panne.
(Ed. et J. de Goncourt)
Ils sont tournés comme Henri IV sur le Pont-Neuf et m’font l’effet de n’son-ger qu’à faire la noce, au risque d’être dans la panne et de se brosser le ventre après.
(É. de La Bédollière, Les Industriels)
En terme de théâtre, bout de rôle.
Plus de rôles à jambes, et une panne de dix lignes dans ta nouvelle féerie !… Ah ! Ernest, vous ne m’aimez plus.
(J. Pelcoq, Petit journal amusant)
Il faut vous dire que tous mes camarades, étant jaloux de moi, s’arrangeaient de manière à avoir les bons rôles, tandis que moi, on me donnait les pannes… les bouche-trous !…
(P. de Kock, Le Sentier aux prunes)
En terme d’atelier, mauvais tableau.
Qu’est-ce que c’est que cette panne ? C’est assez mal léché ! merci.
(J. Noriac, Têtes d’artistes)
La Rue, 1894 : Gêne, misère. Bout de rôle au théâtre.
France, 1907 : Actrice, où plutôt cabotine à qui l’on ne confie que des bouts de rôle, que des pannes. Georges Ben a fait sur elles une chanson dont voici quelques vers :
Dans les coulisses, d’un pas lent,
Ell’s se promen’nt en somnolant,
Les pannes,
Ou bien ell’s dorm’nt ou bien encore
Ell’s regard’nt poser les décors,
Les pannes.
Ell’s attend’nt, en croquant l’marmot,
L’occasion de placer leur mot,
Les pannes.
France, 1907 : Fanon du bœuf.
France, 1907 : Mauvais tableau vendu bien au delà de sa valeur ; argot des brocanteurs.
Le brocanteur avait groupé un ramassis d’objets tarés, invendables… — Vous m’entendez, vieux, pas de carottes, pas de pannes ! La dame s’y connaît.
(Alphonse Daudet, Les Rois en exil)
France, 1907 : Pauvreté. « Tomber dans la panne. » Du vieux français panne, haillon.
Quand il n’y a plus de son, les ânes se battent, n’est-ce pas ? Lantier flairait la panne ; ça l’exaspérait de sentir la maison déjà mangée.
(Émile Zola, L’Assommoir)
France, 1907 : Rôle insignifiant ; argot théâtral.
Une panne ? Je n’ai jamais très bien compris le sens de ce mot-là. J’ai toujours cru — suis-je assez sot ! — qu’au théâtre il y avait de petits artistes et non pas de petits rôles.
Je me souviens d’un acteur, dont le nom m’échappe en ce moment, qui n’avait que quelques lignes à dire dans la Mort du duc d’Enghien, de M. Hennique. Il eut, en dépit de cette panne, un triomphe le soir de la première représentation.
(Pierre Wolff)
France, 1907 : Situation difficile, comme celle d’un navire qui ne peut plus avancer. Argot des marins. « Être en panne, rester en panne. »
— Amen ! répondit le matelot, mais sans vouloir vous fâcher, la mère, m’est avis que les saints, les anges et le bon Dieu nous laissent joliment en panne depuis quelque temps.
(Jean Richepin, La Glu)
Pleurs de crocodile
France, 1907 : Larmes simulées, factices pour tromper ou faire tomber dans un piège. Cette expression vient de la croyance ancienne qui attribuait au crocodile la faculté d’imiter les gémissements d’un enfant pour attirer sa proie. Les Grecs disaient, en parlant de fausses larmes, peurs de Mégariens. Les environs de Mégare étaient fertiles en ail qui a, comme l’oignon, la propriété d’agir sur les glandes lacrymales. « Il a flairé de l’ail », fait dire Aristophane à l’un de ses personnages, en parlant d’un hypocrite qui simule la douleur.
Prédictionner
France, 1907 : Prophétiser ; argot populaire.
Mille marmites, puisque je suis en passe de prédictionner, que j’y aille tout du long, — voici ce que je flaire à l’horizon : m’est avis que le beau, le grand, le rupin banditisme va revenir à la mode.
(Almanach du Père Peinard, 1894)
Prédictionneux
France, 1907 : Prophète.
Père Peinard, que je me suis dit, puisque tu te fends d’un almanach et que tu lâches des prédictions, tu ne ferais pas mal de flairer ce que les prédictionneux de l’ancien temps avaient dans le ventre.
(Almanach du Père Peinard, 1894)
Prendre le Pirée pour un homme
France, 1907 : Être d’une ignorance crasse. Allusion à la fable du Singe et du Dauphin.
Il n’a faut que des études sommaires ; il a appris le grec dans les tripots et perdu, dans les boudoirs, le peu de latin que l’alma parens lui a appris ; il se croit athénien parce qu’il a des goûts d’artiste : ses familiers le disent de Béotie ; sans hésiter il prendrait le Pirée pour un homme ; il ne parle pas, il n’écrit pas, mais il est né avec le sens et le flair du journalisme. Je ne sais s’il aime les truffes, mais il a le nez pour les découvrir. Ce nez-là ! million ! million ! Villemessant était de cette race et il a laissé des héritiers.
(Albert Dubrujeaud)
Qui hume le tronc du moustier est tout au diable
France, 1907 : Vieil adage qui fait allusion à l’avarice des moines qui prisaient par-dessus tout l’argent et allaient flairer chaque soir aux troncs de leur couvent.
Renifleurs
Virmaître, 1894 : Agents de la sûreté. Il faut avoir un certain nez, un certain flair, pour faire ce métier. Quand les agents arrêtent un voleur, ils le reniflent (Argot des voleurs).
Sentir un peu plus fort, mais non mieux que la rose
France, 1907 : Sentir mauvais. Dicton tiré des Satires de Régnier :
Ainsi ce personnage en magnifique arroy
Marchant pedentium s’en vint jusques à moy
Qui sentis à son nez, à ses lèvres décloses,
Qu’il flairait bien plus fort, mais non mieux que les roses.
Serrer la croupière à quelqu’un
France, 1907 : Le surveiller de près, le tenir sévèrement.
— Ouvrez l’œil, mon garçon, et tâchez de filer droit et de ne pas flairer de trop près les jupes de ma fille, car je me charge de vous serrer la croupière.
(Les Joyeusetés du Régiment)
Sirop de vessie
France, 1907 : Urine ; argot militaire.
Or, à ce moment même, une scène bizarre se passait sous les yeux des dragons, et attirait l’attention des officiers.
Maître Bastringue, après avoir flairé curieusement le pantalon de son maître, ne s’était-il pas avisé de lever l’aileron, et d’injecter ledit vêtement de certain liquide que, dans leur langage imagé, les troupiers appellent sirop de vessie.
(Théodore Cabe)
Sondeur
Vidocq, 1837 : s. m. — Commis aux barrières.
Delvau, 1866 : adj. et s. Sournois, prudent, malin, — dans l’argot des faubouriens. Aller en sondeur. S’informer avant d’entreprendre une chose, écouter une conversation avant de s’y mêler. Père sondeur. Bonhomme rusé, dont personne ne se méfie, et qui se joue de tout le monde.
Rigaud, 1881 : Commis d’octroi. — Espion. — Libertin qui, soit au théâtre, soit au bal, profite de l’échancrure des corsages pour y plonger un œil indiscret, et qui prétexte, quelquefois, que le vide attire.
La Rue, 1894 : Espion. Observateur.
Virmaître, 1894 : Avocat. L. L. Sondeur, sonder quelqu’un pour savoir ce qu’il a dans le ventre. Allusion au sondage d’un terrain pour en reconnaître la nature (Argot du peuple).
Hayard, 1907 : Malin hypocrite.
France, 1907 : Amateur du beau sexe qui, dans les foules et les lieux de plaisir, flaire les femmes et cherche à sonder leurs charmes.
France, 1907 : Espion. Les sondeurs, la police. Avocat sondeur, procureur de la République. Père sondeur, juge d’instruction.
— Tu me renvoies ?… Tu restes en sondeur… quand les amis sont en riolle ?…
(P. Mahalin)
Aller en sondeur, agir avec circonspection, prudence.
Traîne-savate
France, 1907 : Misérable, loqueteux.
La traîne-savate flaira une mauvaise affaire, et, remorquant après elle sa marmaille renâclant et se grattant à pleins poings la tignasse, détala sans retourner la tête.
(Camille Lemonnier)
Vaudevillâtre
France, 1907 : Fabricant de vaudevilles.
En réalité, de projets médités, les directeurs n’en ont pas ; ils vont, ne sait comme, embourbés dans l’ornière de la routine, de la bêtise et du préjugé, entichés de vieilleries rebelles aux nouveautés, tentant de flairer le goût du public, souriant aux maquignons vadevillâtres qui leur glissent en manière de bonne main la moitié des droits d’auteur.
(Henry Bauër, Les Grands Guignols)
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