d’Hautel, 1808 : Accorder ses flûtes. Faire ses préparatifs, se mettre en mesure pour l’accomplissement d’un dessein quelconque.
Ils s’accordent comme chiens et chats. Se dit d’un ménage où le mari et la femme se querellent, se disputent continuellement ; et par extension, de toutes personnes dont les caractères sont incompatibles.
Accorder
Accorder sa flûte
Delvau, 1864 : Se préparer à l’acte vénérien ; bander, — la pine de l’homme étant l’instrument dont les femmes connaissent le mieux l’embouchure et dont elles jouent le plus savamment, soit avec la langue, soit avec les doigts, soit avec le cul.
Allons, mon bel ami, accordez votre jolie petite flûte.
(Durand)
Mais Jeannot plus se délectait
D’accorder sa flûte avec elle.
(Théophile)
Accordeur de flûtes
La Rue, 1894 : Juge de paix.
Virmaître, 1894 : Juge de paix (Argot du peuple). V. Baton.
Air (se donner ou se pousser de l’)
France, 1907 : Figures pour partir, se sauver.
Jouer la fille de l’air a la même signification : c’est une réminiscence d’une ancienne pièce du boulevard du Temple, La Fille de l’air. A. Barrère, dans son Argot et Slang, a réuni les différentes expressions du même acte. Elles sont aussi nombreuses que pittoresques :
Faire le patatrot, le lézard, le jat-jat, la paire, crie, gilles ; jouer la fille de l’air, se déguiser en cerf, s’évanouir, se cramper, tirer sa crampe, se lâcher du ballon, se la couler, se donner de l’air, se pousser du zeph, se sylphider, se la trotter, se la courir, se faire la débinette, jouer des fourchettes, se la donner, se la briser, ramasser un bidon, se la casser, se la tirer, tirer ses grinches, valser, se tirer les pincettes, se tirer des pieds, se tirer les baladoires, les pattes, les trimoires ou les flûtes ; jouer des guibes ou des quilles, se carapater, se barrer, baudrouiller, se cavaler, faire une cavale, jouer des paturons, happer le taillis, flasquer du poivre, décaniller, décarrer, gagner les gigoteaux, se faire une paire de mains courantes à la mode, fendre l’ergot, filer son nœud, se défiler, s’écarbouiller, esbalonner, filer son câble par le bout, faire chibis, déraper, fouiner, se la fracturer, jouer des gambettes, s’esbigner, ramoner ses tuyaux, foutre le camp, tirer le chausson, se vanner, ambier, chier du poivre, se débiner, caleter, attacher une gamelle, décamper.
Ajuster
d’Hautel, 1808 : Ajustez vos flûtes pour que cela soit prêt. Pour, faites en sorte, prenez vos mesures, etc. On dit aussi par raillerie en parlant à des musiciens dont les voix et les instrumens sont discordans : Ajustez mieux vos flûtes.
Il a été bien ajusté. Il a été ajusté comme il faut. Pour dire, il a été maltraité, rossé d’importance.
Ajustez vos flûtes. Se dit encore aux gens qui se prennent de dispute, et équivaut à, arrangez-vous comme bon vous semblera, puisqu’on ne peut vous mettre d’accord.
Anis
France, 1907 : Exclamation expressive de refus. Même sens que Des nèfles ! Flûte !
Arracher un pavé
Rigaud, 1881 : Se livrer au travail d’Onan, — dans le jargon des voyous.
Virmaître, 1894 : V. Rouscailler.
Rossignol, 1901 : J’avais un vieil ami de 70 ans qui me disait : Mon cher Rossignol, quand je pouvais, je n’avais pas le temps ; maintenant que j’ai le temps, je ne peux plus.
France, 1907 : Monter sur l’autel de Vénus, acte qui pour certaines gens est aussi dur que d’arracher un pavé de la rue.
Deux minutes après, elle roulait dans ma voiture. Ah ! qu’il est doux parfois d’arracher un pavé…
(Pompon, Gil Blas)
Depuis le commencement de la langue on a usé de nombreuses périphrases dont voici les plus décentes : Accorder sa flûte, administrer une douche, aforer le tonnel, aller à la charge, aller aux armes, apaiser sa braise, avoir contentement ; faire bataille, bonne chère, dia hur haut, du bon compagnon, fête, la belle joie, la bonne chose, la chose pourquoi, la chosette, la culbute, la grenouille, la pauvreté, l’amoureux tripot, le déduit, le devoir, le heurte-bélin, le petit verminage, le saut de Michelet, ses besognettes, ses choux gras, une aubade de nuit, une grosse dépense, une libation à l’amour, une politesse, une sottise, un tronçon de bon ouvrage, un tronçon de chère-lie, virade ; fournir la carrière, franchir le saut, frétin frétailler, goûter les ébats ; jouer au reversis, aux cailles, aux quilles, des basses marches ; laisser aller le chat au fromage ; mettre à mal, en œuvre ; se mettre à la juchée, négocier, officier ; passer le pas, les détroits ; payer la bienvenue, son écot ; planter le cresson, le mai ; prendre pâture, passe-temps, provende, soulaz, une poignée ; régaler, rompre une lance, roussiner, sabouler, savonner, soutenir un entretien, tenir en chartre, thermométriser, travailler à la vigne, vendanger, etc… etc.
Ballon (carguer son)
Rigaud, 1881 : Relever ses jupes. Les jours où il lansquine, il y a un tas de pantes à reluquer les flûtes des gonzesses qui carguent leurs ballons. Les jours de pluie, il y a un tas d’imbéciles occupés à regarder les jambes des femmes qui relèvent leurs jupes.
Bois
d’Hautel, 1808 : Recevoir une voie de bois. Pour recevoir une volée de coups de bâton ; être étrillé, houspillé.
Cela vaut une voie de bois. Se dit en plaisantant à celui qu’un exercice ou un travail pénible a mis en sueur.
On sait de quel bois il se chauffe. Pour on connoit sa conduite ; on sait ce dont il est capable.
Ne savoir de quel bois faire flèche. Pour, ne savoir où donner de la tête, ni comment subsister.
On dit d’une viande dure ou trop cuite, qu’Elle est dure comme du bois.
Un visage de bois flotté. Visage blême, pâle et défait.
À gens de village trompette de bois. Signifie qu’il faut que les choses soient proportionnées à la condition des personnes.
Qui craint les feuilles n’aille pas au bois. Pour dire qu’un peureux ne doit point se hasarder dans des opérations dangereuses.
Gare le bois ! Pour dire gare les coups de bâton !
Il est du bois dont on fait les flûtes. Pour il a l’humeur douce et égale ; il est de l’avis de tout le monde ; il ne s’oppose à rien.
Entre l’arbre et l’écorce il ne faut pas mettre le doigt. C’est-à-dire qu’il ne faut pas se mêler des querelles entre mari et femme.
Trouver visage de bois. C’est trouver la porte fermée quand on va chez quelqu’un.
Il est du bois dont on les fait. C’est-à-dire d’un rang, d’un mérite à pouvoir prétendre, aspirer à cet honneur, à cet emploi.
Rossignol, 1901 : Meubles ; mes bois, mes meubles.
Carabiner une femme
Delvau, 1864 : La baiser à la gendarme, la flûte entre les jambes.
Et tandis que vous jouerez gros jeu avec la princesse, ne pourrai-je point carabiner avec la soubrette ?
(Théâtre italien)
Carré
d’Hautel, 1808 : Un mâtin carré. Expression triviale ; pour dire un homme râblu, fort, vigoureux et robuste.
C’est carré comme une flûte. Manière plaisante et contradictoire de dire que quelque chose fait l’affaire ; que c’est tout juste ce qu’il faut. On dit aussi par raillerie d’un homme qui raisonne en dépit du sens commun, qu’il raisonne juste et carré comme une flûte.
Un marchand de bois carré. Se dit ironie d’un marchand d’allumettes.
Fustier, 1889 : Élève de seconde année à l’École normale.
France, 1907 : Élève de seconde à l’École Normale.
Culbute
d’Hautel, 1808 : Au bout du fossé la culbute. Dicton joyeux et gaillard qui signifie qu’il faut faire vie qui dure, et ne point s’embarrasser des événemens futurs ; qu’il arrivera ce qui pourra.
anon., 1827 : Culotte.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Culotte. Esbigner le chopin dans sa culbute, cacher l’objet volé dans sa culotte.
Bras-de-Fer, 1829 : Culotte.
Vidocq, 1837 : s. f. — Culotte.
Clémens, 1840 / Halbert, 1849 : Culotte.
Larchey, 1865 : Culotte (Vidocq). — Jeu de mots. C’est dans la culotte qu’on butecul. (Buter : Pousser. V. Du Cange.) — V. Affure.
Delvau, 1866 : s. f. Faillite, — dans l’argot des bourgeois. Faire la culbute. Faire banqueroute.
Delvau, 1866 : s. f. Pantalon, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Culotte, — en terme de tailleur.
Rigaud, 1881 : Faillite. Faire la culbute, suspendre ses paiements.
Rossignol, 1901 : Faire faillite. Le camelot qui vend un objet le double du prix d’achat est un article qui fait la culbute.
Rossignol, 1901 : Synonyme de culbutant.
France, 1907 : Pantalon.
Ah ! mince, on prend des airs de flûte,
On s’régal’ d’un p’tit quant à soi…
Va, mon vieux, pêt’ dans ta culbute,
T’es dans la ru’, va ! t’es chez toi.
(Aristide Bruant)
Esbigner le chopin dans sa culbute, cacher un objet volé dans son pantalon.
Darbe
France, 1907 : Le père ou la mère. Grand ou grande darbe, l’aïeul ou l’aïeule. Sans darbe, orphelin.
— Il est de son intérêt de se réconcilier avec sa mère… d’autant plus que son père… inconnu au bataillon.
— Ah ! s’exclama la Noire, regardant le jeune homme avec un vif intérêt, monsieur est enfant de l’amour ?
— Oui, répondit Paméla, sa canaille de darbe s’est tiré les flûtes après s’être donné de l’agrément avec mademoiselle sa maman. Tous les mêmes, ces salauds d’hommes !
(Hector France, La Vierge Russe)
Dégringolade
Delvau, 1866 : s. f. Ruine, débâcle de fortune, — dans l’argot des bourgeois, témoins des croulements fréquents des parvenus d’aujourd’hui.
Rigaud, 1881 : Vol. — Dégringolade à la flûte, vol commis par une fille publique sur la personne d’un client.
La Rue, 1894 : Vol ou assassinat. Mort.
Virmaître, 1894 : V. Dégringoler.
Rossignol, 1901 : Lorsque les affaires vont en périclitant, c’est de la dégringolade.
France, 1907 : Chute ; vol ; assassinat ; mort.
Nous qui, jadis, montrions tant d’ardeur et d’enthousiasme, et à qui les autres peuples prêtaient tant d’esprit, — pourquoi dit-on qu’ils nous prêtaient de l’esprit ? ils en avaient donc ? — je nous regarde aujourd’hui veules, avachis, et nous laissant aller à une véritable dégringolade, effet désastreux de j’ignore quelle cause et qui nous abîmera au fond de je ne sais quoi.
(Louis Davyl)
Dégringolade à la flûte
La Rue, 1894 : Vol commis par une prostituée sur son client.
Virmaître, 1894 : Vol commis par une fille sur un miché de passage. L’expression flûte est assez significative (Argot des voleurs).
France, 1907 : Vol commis par une fille publique sur un client de passage. Expression imagée.
Dégueulando
France, 1907 : « En dégueulant », latinisme de cuisine.
Et sur ces pauvres faces, si dolentes au réveil, un rayon s’allumait et comme une aurore se mettait à fleurir, tandis que le chanteur continuait sa romance, pourtant bien banale, barytonnée de quel accent à la fois vulgaire et prétentieux, avec des ports de voix pleurarde, des roulades gargouillantes et de savonneux roucoulements dégueulando…
Plus prétentieux alors, plus artiste et plus cabotin se faisait le chanteur, qui grasseyait jusqu’à l’écœurement ses flûteries mélancoliques, se gargarisait sans fin de ses roulades, roucoulait caracoulait et s’alanguissait en ports de voix où l’on eût dit que dans un dégueulando suprême il allait rendre l’âme.
(Jean Richepin)
Être du bois dont on fait les flûtes
France, 1907 : Être bon à tout faire. Sur le bois dont on fait les flûtes, lorsque la flûte est faite, on peut jouer tous les airs.
Flageolets
Larchey, 1865 : Longues jambes flageolantes.
Il est monté sur des flageolets.
(d’Hautel, 1808)
Delvau, 1866 : s. m. pl. Jambes, — dans le même argot [du peuple]. On dit aussi Flûtes.
Rigaud, 1881 : Jambes maigres. (L. Larchey) Allusion au chétif instrument de musique de ce nom.
France, 1907 : Jambes. On dit aussi flûtes, fumerons, guibes, guiboles.
Flut, flûte !
France, 1907 : Exclamations négatives ou moqueuses. On dit aussi : Des flûtes !
Cette demoiselle disait : « Zut ! Flûte ! Tu m’embêtes ! » et répondait : « Des dattes ! » à qui l’importunait.
(Germain)
La belle affaire, qu’un type se tue devant vous. Sur de moment, je ne dis pas, ça doit faire quelque chose ; mais deux jours après, flûte ! Sans compter que tous ceux qui se fichent de nous avant seraient les premiers à venir nous voir.
(Ivan Bouvier)
Flûte
d’Hautel, 1808 : Arranger ses flûtes. Prendre ses mesures, se disposer pour faire quelque chose.
Il est monté sur deux grandes flûtes. Manière ironique de dire que quelqu’un a des jambes longues et maigres ; qu’il est mal bâti, mal tourné.
On dit de deux personnes qui se détestent mutuellement, que leurs flûtes ne s’accordent pas ensemble.
Il y a de l’ordure à ses flûtes. Pour dire qu’un homme est coupable de ce dont on l’accuse.
Juste et carré comme une flûte. Voy. Carré.
Il a toujours la flûte au derrière. Manière plaisante de dire qu’un homme prend souvent des lavemens, qu’il est toujours dans les drogues.
Il en revient toujours à Robin ses flûtes. C’est à dire, au sujet qui l’intéresse.
Ce qui vient par la flûte, retourne au tambour. Pour dire que le bien mal acquis ne profite jamais.
Delvau, 1866 : s. f. Bouteille de vin, — dans l’argot des ouvriers.
Delvau, 1866 : s. f. L’instrument avec lequel les matassins poursuivent M. de Pourceaugnac, — dans l’argot du peuple, Tulou médiocre. Avoir toujours la flûte au cul. Abuser des détersifs.
Fustier, 1889 : Verre de bière.
France, 1907 : Bouteille de vin, canon.
France, 1907 : Seringue ; d’où flûtiste ou joueur de flûte, infirmier.
Flûte !
Rigaud, 1881 : Je m’en moque.
Flûte (jouer de la)
Rigaud, 1881 : Prendre un clystère. — Joueur de flûte, flûtiste, infirmier. C’était autrefois flûtencul, qui avait également le sens d’apothicaire.
Peste du courtaud de boutique et du flûtencul !
(Pièces comiques)
Flûte s’en va par le tambour (ce qui vient par la)
France, 1907 : Le bien mal ou facilement acquis s’en va comme il est venu.
Une fille avait deux amants, dit le Recueil des proverbes, un joueur de flûte et un joueur de tambours. Ce que l’un lui donnait, elle le remettait à l’autre.
En voici une autre explication :
Autrefois, dans nos régiments, la compagnie colonelle, celle à laquelle était confié le drapeau, était précédée immédiatement de la musique proprement dite, dans laquelle étaient compris les violons, flûtes et fifres et qui était suivie de près des tambours. Pendant la marche, musique et tambours alternaient ; mais au son de l’une ou des autres, soldats cheminaient du même pas. Déjà devait prendre naissance, chez les joueurs ou brelandiers, la locution proverbiale : « Ce qui vient par la flûte, s’en va par le tambour », c’est-à-dire, au jeu nous gagnons et perdons aussi vite et de la même manière comme, dans l’armée, fantassins vont toujours du même train qu’ils règlent sur la flûte ou sur le tambour.
(Intermédiaire des chercheurs et curieux)
… Malgré les soins qu’on apporta
Au bout de quatre mois la fièvre l’emporta
Je voulus vivre alors avec magnificence.
Enfin, je fais si bien par ma folle dépense,
Que je vois tout mon bien s’éclipser chaque jour ;
Il venoit de la flûte, il retourne au tambour.
(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)
Flutenc…
La Rue, 1894 : Pharmacien.
Flûtencu
d’Hautel, 1808 : Sobriquet que l’on donné à un apprenti droguiste, à un mauvais apothicaire.
Flutencul
Virmaître, 1894 : Pharmacien (Argot du peuple).
Bonjour Mam’zelle Zirzabelle
J’vous apporte un p’tit lavement,
Ça Vous r’fra le tempérament.
Allons, tournez-vous, mam’zelle.
Fi ! Monsieur, pas tant d’raideur,
Car jamais apothicaire
Ne verra c’que par pudeur
Je n’fais voir qu’à ma chère mère !
Flûtencul
Delvau, 1866 : s. m. Pharmacien.
France, 1907 : Apothicaire.
Fluter
Larchey, 1865 : Boire.
C’est un gaillard qui flute joliment, un buveur intrépide.
(1808, id.)
Allusion au bruit produit par l’aspiration de chaque gorgée.
Flûter
d’Hautel, 1808 : Boire, s’adonner à la bouteille, ivrogner.
C’est un gaillard qui flûte joliment. C’est-à dire, un buveur intrépide.
Delvau, 1866 : v. a. et n. Boire beaucoup.
Delvau, 1866 : v. n. Parler inutilement. Le peuple n’emploie ordinairement ce verbe que dans cette phrase, qui est une formule de refus : C’est comme si tu flûtais !
France, 1907 : Boire.
La fréquence des équivalents, a-t-on dit — et rien de plus vrai — indique mieux que toutes les statistiques morales la place tenue par certains goûts, certains besoins, certaines passions. On peut juger de la soif chronique de l’ouvrier et surtout de l’ouvrier parisien par le nombre de verbes dont il se secrt pour exprimer le boire :
Étouffer, siffler, flûter, renifler, lamper, pitancher, pomper, siroter, licher, biturer, se rincer d’avaloire, la dalle, le cornet, la corne, s’arroser de lampas, se pousser dans le battant, s’humecter, pictonner, tuer le ver, chasser le brouillard, etc.
Flûter (envoyer)
Rigaud, 1881 : Envoyer promener.
Ah ! elle envoyait joliment flûter le monde.
(É. Zola)
Flûter (se faire)
Delvau, 1866 : Se faire administrer un détersif dans le gros intestin.
France, 1907 : Se faire administrer un lavement ; vieil usage supprimé par le clyso-pompe.
Flutes
Larchey, 1865 : Jambes minces. — Mot à mot : fluettes.
Arranger ses flutes : Se disposer, prendre ses mesures.
(1808, d’Hautel)
Virmaître, 1894 : Jambes. On dit d’une femme maigre : Elle a volé les flutes du boulanger. Flute, synonyme de zut (Je ne veux pas) (Argot du peuple).
Flûtes
Delvau, 1866 : s. f. pl. Jambes. Jouer des flûtes. Courir, se sauver. Astiquer ses flûtes. Danser.
Rigaud, 1881 : Jambes et principalement jambes maigres. — Se tirer des flûtes, se sauver.
Faut s’ tirer des flûtes.
(G. Marot, L’Enfant de la Morgue, 1880)
Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Jambes.
France, 1907 : Jambes maigres On dit aussi flageolets.
La petite pouffiasse était assez garnie en croupe, mais il ne fallait pas regarder ses flûtes.
(Les Propos du Commandeur)
Astiquer ses flûtes, danser.
anon., 1907 : Jambes.
Flûteur
d’Hautel, 1808 : C’est un bon flûteur. Pour, un franc buveur, un bon ivrogne.
Delvau, 1866 : s. m. Ivrogne.
France, 1907 : Ivrogne.
Guibolles, poteaux, flûtes
anon., 1907 : Jambes.
Insinuant
Delvau, 1866 : s. m. Apothicaire, — dans l’argot des voleurs, qui ont voulu détrôner M. Fleurant.
Rigaud, 1881 : Apothicaire, infirmier.
Virmaître, 1894 : Pharmacien. Malgré l’invention du docteur Eguisier, qui permet avec le petit appareil que l’on sait, d’opérer seul, le mot insinuant est resté pour caractériser le pharmacien, descendant de l’apothicaire Flutencul, qui insinuait la canule de la seringue dans le derrière du malade (Argot du peuple).
France, 1907 : Apothicaire. Allusion à la seringue que ces praticiens insinuaient eux-mêmes jadis dans le fondement.
Jouer de la flûte de l’Allemand
France, 1907 : Boire abondamment, à cause des verres longs et étroits dont les Allemands se servaient autrefois pour boire de la bière et qu’on appelle flûtes. « Comme, dit Fleury de Bellingen, ils vuident souvent et qu’ils boivent beaucoup, on dit en commun proverbe : jouer de la flûte de l’Allemand, quand on veut dire boire avec excès. »
Joueuse de flûte
Delvau, 1864 : Fille ou femme entretenue, qui joue de la flûte avec les queues de ses contemporains.
Lorettes, cocottes et autres aimables joueuses de flûte, corruptrices de la jeunesse.
(Ch. Coligny)
Juste
d’Hautel, 1808 : Comme de juste. Pour, c’est naturel : c’est de toute justice.
Juste comme de l’or. Pour dire parfaitement.
Juste et carré comme une flûte. Se dit en riant d’une chose quelconque qui ne remplit pas le but que l’on désire, mais dont, néanmoins, on se sert faute d’autre.
Delvau, 1866 : s. f. La Cour d’assises, — dans l’argot des voleurs, qui s’étrangleraient sans doute à prononcer le mot tout entier, qui est Justice.
Larigot
d’Hautel, 1808 : Espèce de flûte dont on ne fait plus usage.
S’en donner à tire larigot. S’en donner à cœur joie, mettre de l’excès dans ses plaisirs.
Long
d’Hautel, 1808 : C’est du pain bien long. Se dit d’une affaire qui ne présente qu’un bénéfice très-éloigné.
En savoir long. Être fin et rusé ; être plus instruit que n’exige la délicatesse, la franchise et l’honnêteté.
Long comme une vielle, une flûte. Se dit d’un homme extrêmement long dans tout ce qu’il fait ; ou qui est d’une grandeur extraordinaire.
Long comme un jour sans pain. Voy. Jour.
Tirer la langue d’un pied de long. Être réduit à la plus affreuse nécessité.
Il en a eu tout du long de l’aune. Pour il a été bien étrillé, bien mal traité.
Savoir le court et le long d’une affaire. En connoître tous les détails, toutes les particularités.
Faire courte messe et long dîner. Rester plus long-temps à table qu’à la messe.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Niais, dupe. Filer le long, suivre une dupe, ne pas la perdre de vue.
Clémens, 1840 : Facile à faire.
Rigaud, 1881 : Niais, dupe, — dans l’ancien argot ; mot à mot : long à comprendre.
La Rue, 1894 : Niais, dupe.
France, 1907 : Niais, dupe. Long à comprendre, à se mettre à la coule.
Marionnettes
d’Hautel, 1808 : On lui fera danser les marionnettes. Pour, on lui apprendra à vivre ; on le mettra dans un droit chemin.
C’est une véritable marionnette. Se dit d’un homme léger ; d’un farceur ; d’un mauvais bouffon.
Delvau, 1866 : s. f. pl. Partisans, mâles ou femelles, d’une bastringueuse du nom de Maria, qui florissait en l’an de grâce 1839 à la Grande-Chaumière et à la Chartreuse, et à qui une autre joueuse de flûte du nom de Clara disputait le sceptre du cancan et le prix de chahutage. Les partisans de cette dernière s’appelaient Clarinettes.
Membre (le)
Delvau, 1864 : Sous-entendu viril. Le grand outil générateur, que nous faisons travailler comme un cheval et que les femmes adorent comme un dieu.
Jouis-tu, cochon ? Ah ! le beau membre !
(Lemercier de Neuville)
On voit, sous les feuilles de vignes
Que leur impose la pudeur,
S’agiter de gros membres dignes
d’admiration — ou d’horreur.
(Anonyme)
Monseigneur le vit, ou madame la pine — Outre ces deux noms, ce noble personnage, qui veut chaque jour être fêté, possède plus de prénoms qu’il n’en faudrait pour refaire le calendrier… républicain. Je cite les principaux :
L’acteur, l’affaire, les agréments naturels, l’aiguille, l’aiguillon, l’aiguillette, l’andouille, l’arbalète, l’ardillon, l’aspergès, l’asticot, la baguette, le balancier, le bâton à un bout, le bâton de sucre de pomme, le bâton pastoral, le battant de cloche, la béquille du père Barnaba, le berlingot, la bibite, le bidet, le bijou, le bistouri, la bite, le bogue, le bonhomme, le bouchon, le boudin blanc, le bougeoir, la bougie, le bout de viande, le boute-feu, le boutejoie, la boutique, le boyau, la braguette, le bracquemard, le bras, la briche, la broche, le broque, la burette, le canon à pisser, la carotte, le cas, le carafon d’orgeat, le cavesson, cela, ce qu’on porte, la chair, le chalumeau, le champignon, la chandelle, la chanterelle, la charrue, la chenille, la cheville d’Adam, la cheville ouvrière, le chibre, le chiffe, le Chinois, le chose, le cierge, la cigarette, la clé, le clou, la cognée, le cognoir, le coin, la colonne, le compagnon fidèle, la corde sensible, le cordon de saint François, le cornichon, la couenne, la courte, le criquet, le dard, le dardillon, le degré de longitude, le devant, le doigt du milieu, le doigt qui n’a pas d’ongle, dom ou frère Frappart, le dressoir, le drôle, l’écoutillon, l’engin, l’épée, l’étendard d’amour, le fils, le flacon d’eau-de-vie, le flageolet, la flèche, la flûte à un trou, le fourrier de nature, la gogotte, la grosse corde, le goujon, le goupillon, la guigui, la guiguitte, la haire, le hanneton, l’herbe qui croit dans la main, l’histoire, le honteux, Jacques, la jambe, Jean Jeudi, Jean Chouart, la laboureur de nature, la lance, la lancette, le lard, la lavette, la limace, le machin, le Mahomet, le manche du gigot, la marchandise, le mirliton, le mistigouri, le moineau, le moineau, la navette, le nerf, le nœud, l’obélisque, le onzième doigt, l’os à moelle, l’outil, l’ouvrier de nature, le paf, le panais, le pénis, le pondiloche, le perroquet, la petite flûte, le petit frère, le petit voltigeur, la pierre à casser les œufs, la pierre de touche, le pieu, le pignon, le pis, la pissottière, le poinçon, la pointe, le poireau, la potence, le poupignon, Priape, la quéquette, la queue, le robinet de l’âme, Rubis-Cabochon, la sangsue, saint Agathon, saint Pierre, le salsifis, la sentinelle, la seringue, le sifflet, le sous-préfet, le sucre d’orge, le trépignoir, la triquebille, la troisième jambe, le tube, la verge, la viande crue, etc. etc.
Mistenflûte
France, 1907 : Sobriquet général que l’on donne encore en province, par plaisanterie, aux personnes dont on ne sait pas ou dont on ne veut pas dire le nom.
Musique
d’Hautel, 1808 : Musique enragée ; musique des chiens et des chats. Musique discordante et pitoyable.
Il est réglé comme un papier de musique. Se dit de quelqu’un qui mène une vie uniforme et régulière.
Delvau, 1866 : s. f. Ce qui reste au fond de l’auge, — dans l’argot des maçons. Par extension, Résidu d’un verre, d’un vase quelconque.
Delvau, 1866 : s. f. Lots d’objets achetés à l’Hôtel des Ventes, — dans l’argot des Rémonencqs.
Delvau, 1866 : s. f. Morceaux de drap cousus les uns après les autres. Argot des tailleurs.
Rigaud, 1881 : Culot de l’auge des maçons. — Résidu d’un verre, d’un vase quelconque. (A. Delvau)
Rigaud, 1881 : Dénonciation. — Passer à la musique, être confronté avec un dénonciateur.
Rigaud, 1881 : Grande quantité de corrections indiquées sur la marge des pages, de telle sorte que l’épreuve a quelque analogie d’aspect avec une page de musique. (Boutmy.)
Rigaud, 1881 : Lot de bric-à-brac acheté à l’Hôtel des Ventes. — Petit pain, c’est-à-dire flûte.
Rigaud, 1881 : Plaintes, doléances au jeu. — Faire de la musique, se plaindre d’avoir mauvais jeu, d’avoir perdu.
Bisset payait avec des jurements, des trépignements, des grognements, faisait une musique infernale.
(Vast-Ricouard, Le Tripot)
Petite musique, petit jeu, petite mise au jeu.
Boutmy, 1883 : s. f. Grande quantité de corrections indiquées sur la marge des pages, de telle sorte que l’épreuve a quelque analogie d’aspect avec une page de musique. En un autre sens, groupe de compositeurs qui calent fréquemment par suite de leur incapacité. On dit encore en ce sens la petite musique
Fustier, 1889 : Dénonciateur.
Il est trop musicien !
(Gil Blas, 1882)
Bon enfant au surplus, du sang et pas de musique (incapable d’une dénonciation).
(Humbert, Mon bagne)
La Rue, 1894 : Lot de bric-à-brac. Gouttures des verres que recueille le marchand de vin. Culot de l’auge des maçons. Ruse. Petit pain. Plaintes, doléances. Dénonciation.
Rossignol, 1901 : Dénonciateurs condamnés mis séparément en la prison de la Roquette pour éviter qu’ils se fassent casser les reins.
France, 1907 : Articles de bric-à-brac.
France, 1907 : Assemblage de morceaux de drap ; argot des tailleurs.
France, 1907 : Classe de dénonciateurs.
La classe que les voleurs désignent sous le nom de musique est composée des malfaiteurs qui, après leur arrestation, se mettent à table, c’est-à-dire font des révélations sur les vols qu’ils ont commis, ainsi que sur leurs complices.
Les coqueurs, pendant le cours de l’instruction, quelquefois un an ou deux, sont placés, à la Conciergerie, dans une pièce séparée, et n’ont aucune relation avec les autres prisonniers, qui sans cette précaution, leur feraient un mauvais parti pour se venger de leur trahison.
Recevant toutes les semaines, en récompense des services rendus, une ou deux pièces de cinq francs, suivant l’importance des renseignements qu’ils ont donnés à la police, ils attendent tranquillement le jugement de leur affaire, et, après leur condamnation, restent à la Conciergerie ou sont envoyés à Sainte-Pélagie, dans des salles séparées, pour y subir leur peine.
Là, ils trouvent encore moyen de rendre des services à la police, qui fait passer devant eux tout individu arrêté qu’elle suppose devoir être un repris de justice, un voleur de profession ou un forçat en rupture de ban, dont elle croit ne pas connaitre le véritable nom, et s’il appartient à l’une de ces trois catégories, il est rare qu’il ne soit pas reconnu par l’un des musiciens.
(Mémoires de Canler)
France, 1907 : Récriminations, criailleries.
France, 1907 : Résidu de l’auge ; argot des maçons.
France, 1907 : Ruse.
France, 1907 : Tricherie au jeu.
Navets (des) !
Delvau, 1866 : Exclamation de l’argot des faubouriens, qui l’emploient toutes les fois qu’ils ont à dire catégoriquement non.
Rigaud, 1881 : Non, jamais. Terme de refus dans le jargon des voyous qui disent également : des nèfles !
Ohé ! les gendarmes, ohé ! des navets !
(H. Monnier, Scènes pop.)
France, 1907 : Exclamation indiquant le refus, l’incrédulité. Les synonymes sont assez nombreux : De l’anis ! De l’anis dans une écope ! Du flan ! Flûte ! Tu t’en ferais mourir ! Tu t’en ferais péter la sous-ventrière ! Mon œil ! La peau ! Des plis ! Peau de nœud ! Peau de balle et balai de crin ! Et ta sœur ! Du vent ! De la mousse ! On t’en fricasse ! Des nèfles ! Zut !
— … Décidément, non… tu es trop laid !
— Maintenant, possible ! mais, tout petit, j’étais gentil tout plein.
— Des navets !
— Parole d’honneur !
— Alors c’est qu’on t’aura changé au perchoir !
(Parisis)
Et cependant mon esprit papillote,
Mon petit chou, je ne sais où je vais ;
Je ne veux pas te tirer de carotte,
Car tu pourrais répondre : Des navets !
(René Esse)
Tracassé par un créancier,
J’m’en fus un jour chez son huissier
Qui m’dit : « Nous n’somm’s pas endurants ;
Versez-moi trent’-deux francs. »
J’en verse vingt, tout c’que j’avais,
Lui d’mandant de m’laisser tranquille ;
Mais il ajout’, sans s’fair’ de bile :
« Tranquil’, mon p’tit vieux ?… des navets ! »
(Blédort, Chansons de faubourg)
Os à moelle
Rigaud, 1881 : Nez. — Faire juter l’os à moelle, se moucher avec le mouchoir de ses cinq doigts. Les voyous disent aussi : « faire dégorger son ulcère. »
Merlin, 1888 : Grande flûte traversière.
Fustier, 1889 : Lorgnette.
France, 1907 : Lorgnette. Allusion au membre viril.
France, 1907 : Nez ; se dit aussi du membre viril. Faire juter l’os à moelle, se servir de ses doigts comme de mouchoir de poche ; se masturber.
Patatrot (faire le)
France, 1907 : Décamper, se sauver ; corruption de pattes au trot. « Faire un patatrot », poursuivre à grande vitesse.
Les synonymes sont nombreux ; en voici les principaux :
Jouer la fille de l’air, faire le lézard, le jat jat, la paire, cric, gilles ; se déguiser en cerf, s’évanouir, se cramper, tirer sa crampe, se lâcher du ballon, se la couler, se donner de l’air, se pousser du zeph, se sylphider, se la trotter, se la couvrir, se faire la débinette, jouer des fourchettes, se la donner, se la briser, ramasser un bidon, se la casser, se la tirer, tirer ses grinches, valser, se tirer les pincettes, se tirer des pieds, se tirer les baladoires, les pattes, les trimoires ou les flûtes ; jouer des guibes ou des quilles, se carapater, se barrer, bandrouiller, se cavaler, faire une cavale, jouer des paturons, happer le taillis, flasquer du poivre, décaniller, décarer, exhiber son prussien, démurger, désarrer, gagner les gigoteaux, se faire une paire de mains courante à la mode, fendre l’ergot, filer son nœud, se défiler, s’écarbouiller, esballonner, filer son câble par le bout, faire chibis, déraper, fouiner, se la fracturer, jouer des gambettes, s’esbigner, ramoner ses tuyaux, foutre le camp, tirer le chausson, se vanner, ambier, chier du poivre, se débiner, caleter, attacher une gamelle, camper.
Perle
d’Hautel, 1808 : La perle des garçons ou des filles. Pour, dire un jeune homme, une jeune demoiselle recommandables par des qualités personnelles et par leurs vertus.
Je ne suis pas venu ici pour enfiler des perles. C’est-à-dire, pour perdre mon temps à des bagatelles, à des frivolités.
France, 1907 : Vent intestinal : ne s’emploie que dans cette expression : lâcher une perle.De quoi donc ?… on dirait d’un merle ;
Ej’ viens d’entendre un coup d’sifflet !…
Mais non, c’est moi que j’lâche eun’ perle,
Sortez donc, Monsieur, s’i’ vous plait…
Ah ! mince, on prend des airs de flûte,
On s’régal’ d’un p’tit quant à soi…
Va, mon vieux, pêt’ dans ta culbute,
T’es dans la ru’, va, t’es chez toi.
(Aristide Bruant, Dans la rue)
Petite flûte (la)
Delvau, 1864 : Le membre viril, dont savent jouer les Tulou femelles connues sous le nom de suceuses.
Pif
Vidocq, 1837 : s. m. — Nez.
Delvau, 1866 : s. m. Nez, dans l’argot du peuple. N’en déplaise à Francisque Michel qui veut faire ce mot compatriote de Barbey d’Aurevilly, je le crois très parisien. On disait autrefois se piffer de vin, ou seulement se piffer :
On rit, on se piffe, on se gave !
chante Vadé en ses Porcherons. Se piffer de vin, c’est s’empourprer le visage et spécialement le nez, — le pif alors ! On dit aussi Piton.
La Rue, 1894 : Nez. Vin. Se piffer, s’enivrer.
France, 1907 : Nez. Abréviation du vieil argot se piffer, boire. En buvant longtemps et ferme on se culotte le nez, on se fait un pif. Suivant Émile Goujet, auteur de l’Argot musical, ce mot viendrait du vieux français pifre, fifre, en italien piffero ; ce serait alors un jeu de mot sur flûter.
Il y a nez et nez, ceci est incontestable : et le langage imagé du peuple, l’argot des foules et des casernes, nous rappellent par leurs expressions triviales pif, trogne, mufle, piton, que le nez s’écarte quelquefois des règles normales de la plastique. Malgré leur plate vulgarité, ces expressions n’en sont pas moins les reflets d’une saisissante vérité sur laquelle nous tomberons tous d’accord, si nous nous appliquons à observer un peu autour de nous.
(A. Bue, Revue prytanéenne)
La petite n’est pas bégueule,
Elle saurait, comme un chicard,
Avoir des mots gras plein la gueule
Et se tendre d’un grand écart.
Elle pourrai blaguer d’un geste
Les gens en frac, plus droits qu’un pal,
Et faire bondir son pied leste
Jusqu’au pif du municipal.
(Jean Richepin, Les Blasphèmes)
Pifferaro
France, 1907 : Musicien italien qui joue soit de la cornemuse, soit d’une petite flûte appelée en Italie piffero. Le pluriel est pifferari.
À Paris, les pifferari de la campagne romaine et les Napolitaines aux seins brunis viennent se grouper, pendant les belles matinées, aux environs de la fontaine de la place Pigalle. C’est le marché aux modèles italiens.
Planter son poireau
Delvau, 1866 : v. a. Attendre quelqu’un qui ne vient pas, — dans l’argot des faubouriens.
France, 1907 : Attendre ; synonyme de faire le pied de grue ; argot populaire.
Pendant huit jours consécutifs la petite diablesse me fit planter mon poireau à la sortie de son atelier, lorsque j’appris qu’elle se payait ma poire, et se tirait les flûtes par une porte de derrière.
(Les Joyeusetés du régiment)
Se dit aussi pour coïter.
Pleurnichard
France, 1907 : Personne aux larmes faciles, prête à s’apitoyer sur toutes les infortunes, même méritées.
Je vous assure que j’aimerais mieux l’amant qui ne rechercherait et me prendrait, de la même façon qu’on aime à boire une liqueur exquise où une flûte de champagne célèbre, que l’éternel pleurnichard passionnel dont le plus grand bonheur est de vous imposer la tyrannie de sa féroce jalousie. La grande quantité d’amour ne fait point la qualité du bonheur. Il en faut assez, il n’en faut pas trop, sans quoi l’amour est un martyre et non plus un plaisir.
(Fin de Siècle)
Que disent donc les pessimistes :
Qu’on n’a rien à s’mettr’ sous la dent ?…
Rentrez ces propos alarmistes,
Fils pleurnichards du père Adam…
V’là qu’à notre arbre culinaire
Vient d’pousser un nouveau rameau,
Et quelqu’ chos’ de pas ordinaire :
Nous allons manger du chameau !
(Henri Second)
Posséder son embouchure
Delvau, 1866 : Savoir bien jouer de la parole, — cette flûte traversière. Argot des faubouriens.
France, 1907 : Avoir des dispositions à pérorer, à faire des discours. La plupart des élus du suffrage universel n’ont d’autre qualité que celle de posséder leur embouchure.
Quilles
d’Hautel, 1808 : Pour jambes.
Il est planté là comme une quille. Se dit par raillerie d’un homme qui reste debout, sans savoir quelle contenance tenir.
On lui a donné son sac et ses quilles. C’est-à-dire, on lui a donné son compte, on l’a chassé.
un détenu, 1846 : Jambes. Jouer des quilles : s’évader, fuir.
Delvau, 1866 : s. f. pl. Jambes, — dans l’argot des faubouriens.
Rigaud, 1881 : Jambes, — dans le jargon des gens pour qui la tête est une boule. — Jouer des quilles, décamper.
Inutile de jouer des quilles, mon vieux.
(X. de Montépin, Le Fiacre no 13)
La Rue, 1894 : Jambes.
France, 1907 : Jambes.
Pendant la répétition d’un ballet, quelques figurantes, adolescentes aux formes grêles, font des pointes et des entrechats. Le petit chien de l’une d’elles s’aventure sur la scène :
— Malheureux ! s’écrie le régisseur, sauve-toi, tu te risques dans un jeu de quilles.
La femme en tartane blanche,
Avec ses quilles en fuseau,
Fait des manières, se déhanche
Et grimace avec son museau.
(Jacques Rédelsperger)
Les synonymes argotiques sont : ambes, allumettes ; bâtons de cire, de tremplin ; chevaux à double semelle ; cotrets ; échalas, échasses ; flûtes ; gambettes, gambilles, gigues, guibes, guibolles, guibonnes ; merlins ; train numéro 11, trimoises, tuyaux.
Rafistoler
Delvau, 1866 : v. a. Raccommoder.
Rigaud, 1881 : Donner une tournure présentable à un vieux vêtement de prix. On rafistole des dentelles, un châle, on rapiote une vieille culotte.
France, 1907 : Raccommoder ; argot populaire ; du vieux français afistoler, tromper, qui vient du latin fistula, flûte. Ce verbe, employé réflectivement, signifie se parer, se nettoyer, s’habiller à neuf.
Robin
d’Hautel, 1808 : Il en revient toujours à Robin ses flûtes. Pour dire à ce qui l’intéresse, à ses anciennes habitudes.
Un robin. Terme de mépris dont on qualifioit autrefois les gens de robe.
C’est un plaisant robin. Se dit d’un homme dont on fait peu de cas.
Delvau, 1866 : s. m. Taureau communal, — dans l’argot des paysans de Paris.
France, 1907 : Nom donné aux moutons. D’après Le Duchat, les robinets de fontaine furent ainsi appelés parce qu’on leur donnait généralement la forme d’une tête de mouton. Dans certaines campagnes de l’Est, un robinet est appelé robin.
France, 1907 : Taureau étalon.
Robin se souvient de sa flûte
France, 1907 : C’est Robine et non Robin qu’il faudrait dire, ainsi qu’il appert dans un vieil auteur. Cette Robine était une jouvencelle laquelle, pissant un peu raide, s’imagina que son chose sifflait, parce qu’il faisait un certain bruit pareil au sifflement que nous faisons avec la bouche et lui dit : « Ha ! Galand ! vous sifflez, vraiment vous aurez une flûte. » Elle n’oublia pas à lui en donner une, comme elle lui avait promis, d’où quand quelqu’un n’oublie pas une promesse agréable, on dit : « Il ressouvient toujours à Robine de sa flûte. »
Rossignante
Halbert, 1849 : Flûte.
Delvau, 1866 : s. f. Flûte, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Flûte, — dans l’ancien argot.
La Rue, 1894 : Flûte.
Virmaître, 1894 : Flûte (Argot des voleurs).
France, 1907 : Flûte.
Serviteur
d’Hautel, 1808 : Votre serviteur. Se dit par plaisanterie, lorsqu’on laisse, ou qu’on voit tomber quelque chose.
Faites un beau serviteur. Manière bourgeoise et triviale de dire à un petit garçon de faire la révérence à quelqu’un ; ce qui consiste ordinairement à tirer le pied droit en arrière.
Delvau, 1864 : Amant ; homme qui sert une femme à son gré, — à moins qu’elle ne soit aussi gourmande que Messaline. — S’est dit aussi d’un godemichet, qui est, en effet, meilleur serviteur de la femme que l’homme.
Que l’innocent fabrique,
Au lieu de son méchant flûteur,
Un serviteur
D’un beau moule, et bien élastique.
(Collé)
Souffleur de poireau
France, 1907 : Joueur de flûte.
Tire-larigot (à)
Delvau, 1866 : adv. Abondamment, beaucoup, — dans l’argot du peuple, qui a eu l’honneur de prêter cette expression à Rabelais. Si j’étymologisais un peu ?
Larigot était jadis pris, tantôt pour le gosier, tantôt pour une petite flûte, Arigot ; d’autant plus une flûte que souvent on employait ce mot au figuré dans un sens excessivement gaillard. (V. Saint-Amant). Donc, Boire à tire-larigot, c’était, c’est encore Boire de grands verres de vin hauts comme de petites flûtes. On a étendu le sens de cette expression : on ne boit pas seulement à tire-larigot, on chante, on joue, on frappe à tire-larigot.
Tireflûter (se)
France, 1907 : S’esquiver, littéralement se tirer les flûtes.
Ça se passait dans la rue la plus fréquentée de Carmaux : il y avait là 300 prolos et vingt-cinq gendarmes, — et « l’assassin » s’est éclipsé, évanoui, sans que, ni prolos ni gendarmes, l’aient vu se tireflûter.
(La Sociale)
Tireflûter par la tangente (se)
France, 1907 : Se tirer d’affaire par des mensonges ; prendre des faux-fuyants.
Et qu’ils n’essayent pas de se tireflûter par la tangente, en prétextant que des faits pareils ne se voient qu’en Angleterre.
Tralala ! c’est partout kif-kif bourriquot.
Ceux qui ont goûté des prisons de France peuvent en témoigner.
En ce qui me concerne, j’en sais quelque chose.
Plus d’une fois j’ai vu des pauvres vieux se lamenter et pleurer comme des madeleines parce que l’heure de déguerpir de la prison était venue.
« Que faire ?… Que devenir ?… disaient-ils avec raison. Nous allons entrer dans la société et nous y serons montrés au doigt : on nous traitera en pestiférés. Notre seule ressource sera de refaire vivement un coup quelconque afin de nous faire emboiter à nouveau. »
Et ça ne ratait pas !
(Le Père Peinard)
Tirer (se)
France, 1907 : S’en aller. On dit aussi se la tirer.
Les hommes, c’est d’la mauvais graine,
C’est à peu près comme l’melon,
Faudrait en avoir six douzaines
Pour en trouver un de bon
Fuyez Léon, Paul, Anatole
Vous que j’eus le tort d’adorer.
Maintenant qu’j’ai soupé d’vot’ fiole.
Vous pouvez vraiment vous tirer.
(René Esse)
Se tirer des flûtes, s’en aller.
Aux Buttes-Chaumont.
La grande sœur. — Où est Mimile ?
Le petit frère. — I’ vient d’f… le camp.
— Tu sais bien qu’on t’a défendu de dire des gros mots.
— Comment qu’i’ faut dire, alors ?
— Il faut dire : il a décanillé, il s’est esbigné, ou mieux il s’est tiré les flûtes.
Se tirer à la douce, s’esquiver rapidement et sans bruit.
À ce moment, un coup de sifflet retentit au dehors.
Tous tressaillirent.
— Attention ! dit Mille-Pattes, c’est ma femme qui avertit… et, vous savez, elle à le nez creux, la Sardine…
— C’est les fliques !… dit Peau-de-Zébi, qui avait entr’ouvert la porte… Ils n’osent pas avancer… tirons-nous à la douce par le jardin…
(Edmond Lepelletier)
Se tirer des pattes, s’en aller, se sauver.
Deux amis de collège, qui ne se sont pas vus depuis le bahut, se rencontrent, en wagon, sur la ligne du Nord.
— Qu’est-ce que tu fais ?
— Je suis dans le commerce… Je me tire d’affaire, Et toi ?
— Moi, je suis dans la finance, et je me tire des pattes.
Se tirer des pieds, même sens.
Dans l’musée qu’était solitaire,
Soudain, j’dis à Pascal tout bas :
Regard’ donc cett’ Vénus en pierre,
Comment qu’ça s’fait qu’a n’a pas de bras ?
Il m’fait : Ça c’est une sale histoire,
Mon vieux, faut nous tirer des pieds.
Si on nous voit là, on va croire
Qu’c’est nous qui les avons cassés.
(Eugène Rimbault)
Tirer ses guêtres, sa coupe, son chausson; se tirer des flûtes, des pieds
La Rue, 1894 : Se sauver.
Tityrer
France, 1907 : Jouer de la flûte ou du chalumeau à l’instar de Tityre, personnage des Églogues de Virgile.
Allez, vous, les champêtres,
Tityrer sous les hêtres
Aux sons du chalumeau ;
Profitez des vacances,
Paissez vos éloquences
Aux près de vos hameaux.
(Raoul Ponchon)
Tricoter des flûtes, les pincettes
France, 1907 : Se sauver ; danser. Argot populaire.
Turlutaine
Delvau, 1866 : s. f. Fantaisie, caprice, lubie.
France, 1907 : Baliverne.
Au premier choc, au moindre frôlement, à l’attaque d’une phrase équivoque, d’une prière libertine, elle avait une façon de dévisager les gens de ses prunelles calmes, emplies comme de l’eau morte et limoneuse d’une mare, de sourire comme si on lui eût murmuré de l’hébreu, de retirer doucement ses mains des doigts qui essayaient de les emprisonner, de parler aussitôt de n’importe quelle turlutaine qui retournait les plus téméraires, qui les rendait soudainement respectueux.
(René Maizeroy)
France, 1907 : Toquade, rengaine ; argot populaire.
Je pense comme M. de Rémusat, quand il disait qu’un gouvernement n’à guère rien de mieux à faire que de jouer le même air de flute que le gouvernement précédent, mais à condition de le jouer mieux ; et c’est ma turlutaine de vouloir qu’on ne remplace définitivement un pouvoir qu’en lui empruntant quelque chose et même beaucoup de ses traditions.
(Henry Fouquier)
Velours
d’Hautel, 1808 : Habit de velours, ventre de son. On a pendant long-temps appliqué ce quolibet aux habitans des bords de la Garonne ; mais il ne faut pas aller si loin, et les bords de la Seine nous offrent des nuées de fats, de pédans et de petits maîtres, à qui l’application en convient à plus justes titres.
Jouer sur le velours. Jouer sur son gain, des entreprises sur ce que l’on a gagné.
Halbert, 1849 : Cuir.
Delvau, 1866 : s. m. Liaison dangereuse, abus fréquent et intempestif des s dans la conversation. Argot des bourgeois.
Delvau, 1866 : s. m. Tapis, — dans l’argot des joueurs de cartes. Éclairer le velours. Déposer son enjeu sur le tapis. Je n’ai pas besoin d’ajouter que ce velours est en cuir ou en drap, en n’importe quoi, — excepté en velours.
Rigaud, 1881 : Crepitus ventris. — Lâcher un velours, sacrifier à crepitus ventris.
Il lâche tout bonnement en douceur un léger velours.
(Le Père Duchêne)
Le velours se produit dans le monde avec une certaine timidité mélancolique et rappelle les sons filés de la flûte. (Ceci pour les gens qui aiment la précision.)
Rigaud, 1881 : Liqueur douce. — Un petit verre de curaçao, d’anisette, de crème de moka, c’est un velours sur l’estomac.
Rigaud, 1881 : Pataquès. — Le velours est un cuir grammatical, mais un cuir doux. — Ainsi je suis t’été n’est pas un velours ; c’est un cuir bel et bien. Donnez-moi z’en, est un velours.
France, 1907 : Doux, onctueux ; se dit spécialement des liquides spiritueux.
Le haut commerce, à Bordeaux, c’est commerce des vins. Les négociants ont le verbe facile, un tour de poignet délicat pour faire rutiler le vin, à la lueur des bougies, dans le verre de cristal, un claquement de langue spécial pour l’apprécier, un dictionnaire de mots bizarres, — techniques plutôt — pour exprimer cette idée si simple que le vin est bon. Mais il y a du vin meilleur, et de l’excellent et du supérieur. On les distingue au moyen de vocables précieux tels que ceux-ci : « ce vin a du corps, du moelleux, de la rudesse, du ruban, du velours, etc. » Ce sont ici les substantifs qui qualifient.
(Fernand Lafargue, Baiser perdu)
France, 1907 : Pet.
Le velours se produit dans le monde avec une certaine timidité mélancolique et rappelle les sons filés de la flûte.
(Parny)
France, 1907 : Tapis de la table de jeu. Éclairer le velours, déposer son enjeu.
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