Virmaître, 1894 : Cette expression nouvelle veut dire bien des choses. Un chapeau excentrique est fin-de-siècle. Une chanteuse comme Yvette, une danseuse comme la Goulue, un livre ou une pièce où les expressions sont ce qu’il y a de plus réaliste, tout cela est fin-de-siècle (Argots divers). N.
Fin-de-siècle
Massepain
Fustier, 1889 : Individu sur lequel on fait, dans certaines maisons, des… expériences, in anima vili — Argot militaire : Valet d’un jeu de cartes.
Virmaître, 1894 : Ce nom se donne généralement à une sorte de gâteau que l’on vend dans les foires ; il a aujourd’hui une signification bien autrement « fin-de-siècle » ; il sert à désigner la catégorie d’individus qui ont à Paris des salons d’essayages pour dames, avant de les expédier dans les maisons hospitalières de France ou de l’étranger (Argot des souteneurs). N.
France, 1907 : « Ce nom, dit Charles Virmaître, sert à désigner la catégorie d’individus qui ont à Paris des salons d’essayages pour dames, avant de les expédier dans les maisons hospitalières de France et de l’étranger », ou encore, d’après Gustave Fustier, « individu sur lequel on fait, dans certaines maisons, des… expériences in anima vili ».
France, 1907 : Valet d’un jeu de cartes ; argot militaire.
Matelassée
Virmaître, 1894 : Femme qui a des seins énormes. Son estomac est matelassé. Quand c’est une fille et qu’elle maigrit, son souteneur lui dit :
— Tu t’débines des matelassés.
Quand une femme est plate comme une limande elle se matelasse en bourrant son corset d’assez de coton pour donner l’illusion. Les femmes fin-de-siècle en portent en caoutchouc qu’elles gonflent chaque matin (Argot des souteneurs).
Perruque
Larchey, 1865 : Détournement, abus de confiance. — C’est un superlatif de faire la queue.
Larchey, 1865 : Suranné. — V. Mâchoire.
Le mot perruque était le dernier mot trouvé par le journalisme romantique qui en avait affublé les classiques.
(Balzac)
Delvau, 1866 : adj. et s. Vieux, suranné, classique, — dans l’argot des romantiques, qui avaient en horreur tout le siècle de Louis XIV. Le parti des perruques. L’École classique, — qu’on appelle aussi l’École du Bon Sens.
Delvau, 1866 : s. f. Cheveux en broussailles, mal peignés, — dans l’argot des bourgeois, ennemis des coiffures romantiques.
Delvau, 1866 : s. f. Détournement de matériaux appartenant à l’Etat, — dans l’argot des invalides, souvent commis à leur garde. Faire une perruque. Vendre ces matériaux.
Rigaud, 1881 : Vente clandestine d’objets appartenant à l’État ou à une grande administration. — Faire une perruque, vendre clandestinement des objets appartenant à une grande administration. C’est une variante de faire la queue. — En terme d’atelier, c’est faire un outil pour soi, dans les usines où les ouvriers sont censés fournir leurs outils.
Le travailleur prend le bois et fait son outil au compte de la maison. S’il est aux pièces, il remet son désir pour le moment où il sera à la journée.
(Le Sublime)
Rigaud, 1881 : Vieux, passé de mode. Lors de la querelle des classiques et des romantiques, ces derniers traitaient les classiques de « Perruques ». Racine était une « perruque et un polisson ».
La Rue, 1894 : Vol au détriment de l’État. Le fonctionnaire qui le commet se nomme perruquier.
Virmaître, 1894 : Vieille perruque, vieux serin, homme qui n’est pas fin-de-siècle. Perruque (En faire une) : Vendre des matériaux qui appartiennent à autrui (Argot des entrepreneurs).
France, 1907 : Sobriquet que les jeunes gens donnent aux célébrités d’autrefois. Ainsi Racine, Molière, Corneille sont des perruques. Cette expression date du commencement du XIXe siècle, où l’usage des perruques n’était plus suivi que par les vieilles gens — restés fidèles aux modes de leur jeunesse. Le surnom vieille perruque est encore donné aux personnes âgées attachées obstinément aux choses de jadis.
Le baron de Pitensac, seigneur de Pétenler et autres lieux, avait mené comme il convient joyeuse vie jusqu’à soixante ans. Ce bel âge le surprit avec moins d’entrain, de souplesse et d’élégance, — ses jambes raidies, rouillées, se refusaient aux escales et aux agenouillements répétés qu’exige la conquête d’un cœur, et un habile maquillage n’arrivait qu’imparfaitement à cacher toutes ses rides. Aussi les femmes commençaient-elles à le traiter d’être insignifiant, de vieille perruque, le dédaignant pour de plus jeunes.
(Daniel Riche)
Polichinelle dans le tiroir (avoir un)
Rigaud, 1881 / La Rue, 1894 : Être enceinte.
France, 1907 : Être enceinte ; argot populaire.
Il parait que les Françaises de notre fin-de-siècle en pincent un tantinet pour être fin-de-race : quand, avec un gas qui leur a tapé dans l’œil, elles s’amusent à faire la bête à deux dos, elles prennent tellement de précautions qu’il est bougrement rare qu’il en résulte une enflure avec polichinelle dans le tiroir.
(Le Père Peinard)
Le jeune Anatole, âgé de six ans, a écouté la conversation de sa bonne avec la cuisinière quelques jours avant le 1er janvier. Sa mère l’interroge : Que voudrais-tu pour tes étrennes, mon chéri ? — Oh ! maman, reprend Totole, je voudrais le polichinelle que Françoise a dit que tu avais dans le tiroir.
Rigolade
Vidocq, 1837 : s. f. — Risée.
un détenu, 1846 : Fête, plaisirs, jouissances.
Delvau, 1866 : s. f. Amusement, réjouissance, plaisanterie. Coup de rigolade. Chanson.
Rigaud, 1881 : Rire ; plaisir, amusement. — Enfilé à la rigolade, débauché.
La Rue, 1894 : Amusement, réjouissance. Gros rire.
France, 1907 : Amusement, plaisir, plaisanterie. Coup de rigolade, partie de plaisir.
— Bonsoir, je vais au cercle, et si je ne rentre pas, ne soyez pas étonnée ni inquiète, j’amuserai mes soixante ans, ces soixante ans dont vous faites si peu de cas. Mais, toute belle, sachez que mes soixante ans sont plus solides que bien des trente ans. Avec mes cheveux gris, je tiens encore droit le drapeau de la rigolade, et je vous souhaite ardemment de rencontrer, quand vous serez prête, un compagnon aussi brillant que le grison que je suis.
(Fin-de-Siècle)
Prendre à la rigolade, ne pas prendre une chose au sérieux.
En voyage, je fais comme Mérimée : je veux tout voir et tout apprendre. Il m’est donc arrivé, à Naples, d’avoir des conversations avec des gens peu louables et qui, sans aucun embarras, viennent vous faire, au café et à la promenade, leurs offres de service. Je leur ai demandé comment se comportent les différents voyageurs. « Les Français, me disait un de ces courtiers de Sodome, ne valent rien… Ils veulent tout voir, mais ils prennent tout à la rigolade. La clientèle sérieuse, ce sont les Anglais qui viennent ici faire une saison… »
(Henry Fouquier)
Sur son trente et un (être)
France, 1907 : Avoir revêtu ses plus beaux habits, être endimanché.
À dix heures du soir, le prince se fit annoncer. Émilienne sur son trente et un l’attendait. Peut-être qu’une parenthèse serait utile pour expliquer en quoi consiste le trente et un d’Émilienne. C’est tout simplement une chemise de linon et ses cheveux blonds dénoués autour de sa jolie tête.
(Fin-de-siècle)
Toucher du fer
France, 1907 : Expression populaire qu’on emploie à la vue d’un prêtre ou de tout porteur de soutane. On touche du fer pour combattre le mauvais sort.
À ce propos, que je jaspine aux bons bougres la petiote aventure arrivée il y a quelques mois à l’un de ces ratichons fin-de-siècle.
Il montait à Montmartre, faire ses dévotions… ou autre chose ! à Notre-Dame-de-la-Galette. Comme il passait près d’un groupe de bonnes bougresses, l’une dit :
— Touchons du fer !
Le frocard se retourne subito et lui gueule carrément :
— Touche donc de la merde !
Épatée, la bonne bougresse s’esclaffa de rire et lui répliqua :
« Eh bien, mon vieux, tu es moins bête que je ne croyais. Tu es dessalé…. tu iras loin !… »
La copine a prédit juste : le ratichon en question est déjà allé un peu loin, — il est aujourd’hui défroqué !
Que d’autres l’imitent et ce sera tant mieux !
(Le Père Peinard)
Tourte
Rigaud, 1881 : Tête. — Écrevisse dans la tourte, grain de folie, grande excentricité. Variantes : Obus dans la casemate, chauve-souris dans la mansarde.
Rigaud, 1881 : Vieille femme ridicule. — Chapeau mal fait, grotesque, — dans le jargon des modistes.
La Rue, 1894 : Vieille ridicule, Imbécile.
Hayard, 1907 : Bête, imbécile.
France, 1907 : Imbécile.
La fille se sentit un froid dans le dos — et positivement elle trembla, lorsque son vieux vint se camper devant le poêle et commença d’un air soupçonneux :
— Ah çà ! vous autres, qu’est-ce que c’est que cette histoire-là ?…
Connais pas Séraphin, moi ! Es-tu mariée avec lui, Mélie, par hasard ! Toi, vieille, tu m’as donc caché quelque chose ? Eh bien ! quoi, vous restez là, comme des tourtes ; faudrait voir à parler, hein ? et un peu vite.
(Serge Basset)
Rigoler comme une tourte, rire niaisement.
— Oh ! lui, il a rigolé comme une tourte. D’abord, tous les amants sont des tourtes, d’infâmes tourtes. Il s’est foutu de moi.
(Hook, Fin-de-Siècle)
France, 1907 : Tête. Avoir une écrevisse dans la tourte, être détraqué.
France, 1907 : Vieille coquette.
Tripotée
Larchey, 1865 : Correction. — Du vieux mot tripeter : fouler aux pieds. V. Roquefort.
Oh ! quelle tripotée je vous ficherais, ma poule !
(Gavarni)
Delvau, 1866 : s. f. Coups donnés ou reçus, — dans l’argot du peuple.
Delvau, 1866 : s. f. Grande quantité de choses.
Rigaud, 1881 : Arrangement à coups de poing ; scène de pugilat domestique.
La Rue, 1894 : Pugilat.
Virmaître, 1894 : (En donner ou en recevoir une).
— Il a reçu une rude tripotée.
On dit aussi tripotée pour beaucoup.
— J’ai une tripotée d’enfants qui me font perdre la tête (Argot du peuple).
France, 1907 : Coups. « Recevoir une tripotée », être battu.
Lorsque la cantinière trouva la petite Victorine couchée avec le fourrier, elle ne cria pas, de crainte de réveiller son mari, mais elle lui administra une fameuse tripotée.
(Hector France, Les Joyeusetés du régiment)
France, 1907 : Quantité, foule. « Une tripotée d’imbéciles écoutait l’énergumène. »
— J’ai jamais fichu grand’chose ; à seize ans, comme mes parents voyaient bien que je n’arriverais jamais à rien, on m’a mise en apprentissage chez une couturière ; tu comprends, mon chéri, qu’ça n’a pas duré longtemps ! Il y avait tous les jours une tripotée de troubades qui passaient devant le magasin et qui faisaient de l’œil aux ouvrières ; il y en a un qui m’a trouvée gentille, moi j’étais bébête, j’ai fait attention à lui… j’ai marché ; comme il n’avait pas le rond, il m’emmenait deux fois par semaine hors la ville dans les champs… ça ne m’a pas empêchée d’être enceinte presque tout de suite.
(Jules Lévy, Fin-de-Siècle)
Truqueur
Larchey, 1865 : « On appelle ainsi tous ces gens qui passent leur vie à courir de foire en foire, n’ayant pour toute industrie qu’un petit peu de hasard. » — Privat d’Anglemont. — C’est aussi un homme usant de trucs, dans toutes les acceptions susdites.
Delvau, 1866 : s. m. Homme qui passe sa vie à courir de foire en foire, de village en village, n’ayant pour toute industrie qu’un petit jeu de hasard.
Delvau, 1866 : s. m. Trompeur ; homme qui vit de trucs.
Rigaud, 1881 : Habile, malin.
Rigaud, 1881 : Industriel en plein vent qui exerce toute sorte de petits métiers ; vendeur de montres à dix sous, de chaînes de sûreté, de cartes transparentes, de porte-monnaie, etc., etc. — Individu qui court de foire en foire avec un jeu de hasard.
Fustier, 1889 : Individu du troisième sexe qui vit de son… industrie.
La Rue, 1894 : Malin. Contrefacteur. Individu qui exerce en plein vent un petit métier, un truc.
Virmaître, 1894 : Le truqueur est un filou qui va de village en village et de foire en foire, avec un petit jeu de hasard qu’il exploite habilement. Ce jeu est généralement un chandelier fait avec les débris d’un vieux chapeau ; il met un sou sur le chandelier qui est placé dans une assiette. Il s’agit, au moyen d’une longue baguette d’osier, de faire tomber le chandelier et que le sou reste dans l’assiette. Cela n’arrive jamais, à moins de connaître le truc. Il y a une masse de truqueurs, surtout en cette fin-de-siècle où tout est truc pour gagner sa vie. (Argot du peuple). N.
Hayard, 1907 : Malin.
France, 1907 : Trompeur, contrefacteur.
Des truqueurs, il n’est pas besoin de parler ; ouvrier sans travail, ancien militaire, faux demandeur, maladie, mort, sortie d’hôpital, tout est exploité d’une façon merveilleuse.
(L. Florian-Pharaon)
Viande
d’Hautel, 1808 : De la viande à gens soûls. Alimens peu substantiels, peu solides : tels que les asperges, les concombres, et tout autre légume de ce genre.
On dit aussi dans un sens tout-à-fait semblable, de la viande creuse.
Montrer sa viande. Montrer des objets que la pudeur et la modestie prescrivent de dérober soigneusement aux regards.
Un mangeur de viande apprêtée. Un paresseux, un fainéant, qui aime à se divertir aux dépens des autres.
Delvau, 1864 : Femme publique.
Je vais connaître cette maison et savoir quelle viande il y a à son étal, à cette boucherie-la.
(Lemercier de Neuville)
Delvau, 1866 : s. f. La chair, — dans l’argot du peuple. Montrer sa viande. Se décolleter excessivement, comme font les demoiselles du demi-monde dans la rue et les dames du grand monde aux Italiens. Ce n’est pas d’aujourd’hui que l’on emploie cette expression froissante pour l’orgueil humain. Tabourot, parlant du choix d’une maîtresse, disait il y a trois cents ans :
Une claire brune face
Qui ne soit maigre ny grasse,
Et d’un gaillard embonpoint,
Ne put ny ne picque point :
Voilà la douce viande
Qu’en mes amours je demande.
Rigaud, 1881 : La chair humaine. Montrer sa viande, se décolleter. — Cacher sa viande, cacher un sein qu’on ne saurait voir.
Cache donc ta viande que je mange mon pain !
(É. Zola)
La Rue, 1894 : Le corps humain, la chair. Soigner sa viande, se bien nourrir, avoir soin de soi.
Virmaître, 1894 : Chair. A. Delvau trouve que cette expression est froissante pour l’orgueil humain. Pourquoi donc ? Est-ce que la chair humaine n’est pas de la viande au même titre que celle de n’importe quel animal ? Quand une femme a une belle carnation, rose, fraîche, c’est un hommage que lui rend le langage populaire en disant :
— Ah ! la belle viande, on en mangerait.
C’est assez rare en cette fin-de-siècle, pour que ce mot soit accepté comme une louange et non comme une grossièreté (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Chair humaine. Celui qui tombe ramasse sa viande.
France, 1907 : Chair. Étaler sa viande, se décolleter. Être en viande, être bien en chair. Mettre sa viande dans le torchon, se coucher. Ramasser sa viande, tomber. Basse viande, femme laide, avachie, basse prostituée. Viande de morgue, individu bon à tuer ; se dit aussi pour miséreux, vagabond.
Une claire brune face
Qui ne soit maigre ni grasse,
Et d’un gaillard embonpoint,
Ne pue ny ne pique point :
Voilà la douce viande
Qu’en mes amours je demande.
(Les Touches du Seigneur des Accords, 1583)
Vocaliser sur l’oreiller
France, 1907 : Faire l’amour. Chanter au lit la gamme chère à Vénus.
En amour, ou du moins dans le plaisir de l’amour, la femme qui vient de cueillir les premiers joyaux du premier péché, espère que les autres seront plus beaux encore. Mais il est indispensable de commettre un second péché, et elle accepte bien vite le pécheur qui se présente. Elle l’accepte d’autant mieux qu’elle n’a plus peur d’être prise pour une petite fille sans voix ; et généralement elles aiment assez, nos jolies débutantes mondaines, à prouver qu’elles savent vocaliser sur d’oreiller.
(Fin-de-Siècle)
Youyou
France, 1907 : Petite embarcation très légère ; terme de marine venu du chinois.
Un you-you en bois d’acajou glissait lentement sur le fleuve. Et dans la frêle barque coquette, j’apercevais deux corps de femme, merveilleux, splendides. Les dames étaient nues, royalement nues… nues comme des nymphes et aussi belles.
(Bouquenais, Fin-de-Siècle)
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