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Académicien

Rigaud, 1881 : Terme de profond mépris lancé par les romantiques de 1830 à la tête de tous les bourgeois qui s’habillaient à peu près comme tout le monde, pensaient et vivaient à peu près comme tout le monde.

Quelle injure, alors ! tout homme à tête chauve était académicien de droit, et, à ce titre, subissait, etc.

(J. Claretie, Pelrus Borel le Lycanthrope)

Il lui fit voir l’échelle ascendante et descendante de l’esprit humain… Comment ensuite l’on ne comptait plus, et que l’on arrivait par la filière d’épithètes qui suivent : ci-devant, faux-toupet, aile de pigeon, perruque, étrusque, mâchoire, ganache, au dernier degré de la décrépitude, à l’épithète la plus infamante : Académicien et membre de l’Institut !

(Th. Gautier, Les Jeunes-France)

Mâchoire

d’Hautel, 1808 : C’est une mâchoire, une vieille mâchoire. Épithète injurieuse qui se dit d’une personne sans capacité dans un art ou un métier ; d’un ignorant, d’un sot.
Jouer des mâchoires. Manger avidement, faire honneur à la table.

Larchey, 1865 : Suranné. — V. Ganache.

L’on arrivait par la filière d’épithètes qui suivent : ci-devant, faux toupet, aile de pigeon, perruque, étrusque, mâchoire, ganache, au dernier degré de la décrépitude, à l’épithète la plus infamante, académicien et membre de l’Institut.

(Th. Gautier, 1833)

Vieille Mâchoire : Personne sans capacité, ignorant, sot.

(1808, d’Hautel)

Delvau, 1866 : s. f. Imbécile, — dans l’argot du peuple, qui sait avec quelle arme Samson assomma tant de Philistins. Signifie aussi : Suranné, Classique, — dans l’argot des romantiques, — ainsi que cela résulte d’un passage des Jeune France de Théophile Gautier, qu’il faut citer pour l’édification des races futures : « L’on arrivait par la filière d’épithètes qui suivent : ci-devant, faux toupet, aile de pigeon, perruque, étrusque, mâchoire, ganache, au dernier degré de la décrépitude, à l’épithète la plus infamante, académicien et membre de l’Institut. »

Mâchoire (vieille)

Rigaud, 1881 : Personne à idées arriérées. L’expression était très usitée en 1830, au beau temps de l’École romantique.

France, 1907 : Imbécile, encroûté, ignorant, synonyme de ganache, de vieille barbe et autres épithètes dont les jeunes gens gratifient ceux dont ils ne partagent pas les idées et qui les ont précédés dans les luttes de la vie.

L’on arrivait par la filière d’épithètes qui suivent : ci-devant, faux toupet, aile de pigeon, perruque, étrusque, mâchoire, ganache, au dernier degré de décrépitude, à l’épithète la plus infamante, académicien et membre de l’institut.

(Théophile Gautier)

Rater

d’Hautel, 1808 : Pour dire échapper l’occasion, manquer son coup, ne pouvoir venir à bout de quelque chose. On le dit aussi en parlant d’une arme à feu dont l’amorce n’a pas pris.

Delvau, 1866 : v. a. Échouer dans une entreprise, manquer une affaire, — amoureuse ou autre. Argot du peuple. Rater une femme. Ne pouvoir réussir à s’en faire aimer après l’avoir couchée en joue.

Hayard, 1907 : Manquer une affaire.

France, 1907 : Manquer. Rater une affaire, une bonne occasion, une fête.

Voilà la fête que l’on rate,
Bourgeois, dis-moi si cela vaut
L’ennui de se fouler la rate ?
C’est usé, bête et pas nouveau.
Aussi, je me suis bien promis
De fuir le temple et ses prêtresses ;
N’avons-nous pas de bons amis
Dont les femmes sont nos maîtresses ?

(Jacques Rédelsperger)

Rater une femme, rester impuissant près d’elle. Rater l’avortement, accoucher en dépit des drogues et des pratiques criminelles.

Alors des parents en détresse
Au préfet content, gémissants,
Qu’un vieux monsieur fit sa maîtresse
De Nana qui n’a pas quinze ans,
On crie au feu, c’est la coutume,
Quand déjà la flamme est partout ;
L’enfant écuma le bitume,
Quand on s’aperçut tout à coup
De sa démarche irrégulière
Et de son ventre ballonnant :
Elle avait suivi la filière.
Sa mère dit : « c’est étonnant ! »
Mais l’enfant, que rien n’intimide,
Expliqua que, tout simplement :
« Il vous reste l’infanticide,
Si l’on rate l’avortement. »

(Pontsevrez)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique