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Doux

d’Hautel, 1808 : Du doux. Nom que le peuple de Paris donne à toutes les liqueurs huileuses, sucrées et agréables à boire ; comme il dit du rude, en parlant de toutes liqueurs fortes.
Doux comme un agneau. Se dit quelquefois par ironie de quelqu’un qui a trop de foiblesse, qui se laisse aller à tout vent.
Ce qui est amer à la bouche est doux au cœur. Se dit par plaisanterie aux enfans qui répugnent à prendre quelque médicament.
Un médecin d’eau-douce. Pour, un mauvais médecin.
Il a avalé cela doux comme lait. C’est-à-dire, il a pris cela sans rien dire ; il ne s’est pas aperçu du tour qu’on alloit lui jouer.
Filer doux. Souffrir patiemment une injure ; être soumis aux ordres de quelqu’un que l’on craint.

Delvau, 1866 : s. m. Crème de menthe, anisette, vespétro, etc., — dans l’argot des bourgeoises.

Filer

d’Hautel, 1808 : Filer le parfait amour. Rechercher une personne dans le dessein de l’épouser ; l’aimer de bonne foi.
Filer sa corde. Commettre des actions contraires à l’honneur et à la probité.
Filer doux. Devenir souple, se soumettre sans murmurer à des ordres rigoureux.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Suivre, préparer. Filer une affaire, faire les dispositions d’un vol.

Vidocq, 1837 : v. a. — Aller à la salle.

Clémens, 1840 : Suivre, espionner.

Halbert, 1849 : Suivre un individu.

Larchey, 1865 : Suivre.

Un voleur se charge de filer la personne.

(Vidocq)

Être filé signifie, dans le langage des débiteurs, que le recors vous suit à la piste.

(Montépin)

Dans le même vocabulaire, Être fumé signifie être arrêté.

Delvau, 1866 : v. a. Suivre un malfaiteur, — dans l’argot des agents de police. Suivre un débiteur, — dans l’argot des gardes du commerce.

Delvau, 1866 : v. a. Voler, — dans l’argot des voyous. Filer une pelure. Voler un paletot.

Delvau, 1866 : v. n. Levare ventris onus, — dans le même argot [des faubouriens].

Delvau, 1866 : v. n. S’en aller, s’enfuir, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Faire l’école buissonnière, — dans le jargon des collégiens.

Les élèves de Louis-le-Grand filent, soit aux Ours, (le jardin des Plantes) soit au Luxembourg.

(Albanès, Mystères du collège)

Rigaud, 1881 : Ne pas engager le jeu, — dans le jargon des joueurs de bouillotte. Faire filer, intimider son adversaire qui, alors, n’engage pas le jeu, ou qui paye son premier engagement.

Rigaud, 1881 : Sacrifier à la compagnie Lesage.

Rigaud, 1881 : Suivre à la piste. La police file à pied, en voiture et en chemin de fer.

Virmaître, 1894 : Suivre. Pour organiser une filature, les agents se mettent deux, l’un devant le filé, l’autre derrière, de façon à ce qu’il ne puisse échapper. Il y a des filatures qui sont extrêmement mouvementées, c’est une véritable chasse où toutes les ruses sont mises en œuvre. Le gibier cherche toutes les occasions de se dérober pour éviter le sapement (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Suivre. Pour suivre un malfaiteur, il y a toujours deux agents de la sûreté, l’un suit le filé et l’autre son collègue. Lorsque le premier agent croit avoir été remarqué par le filé, il change de rôle avec son collègue. Un bon agent, qui fait le service dit de la voie publique, avait dans le temps toujours une blouse enroulée autour du corps, en guise de ceinture et une casquette dessous son gilet. Lorsque le premier agent croyait avoir été remarqué, et qu’il prenait la place de son collègue, il mettait tout en marchant sa blouse par-dessus son vêtement et sa casquette ; dans cette tenue, il pouvait reprendre sa place primitive, sans être reconnu. À une époque, j’avais un binocle sur lequel se trouvait collée une toute petite glace sur chaque verre, ce qui me permettait de voir quelqu’un eh lui tournant le dos.

Hayard, 1907 : Suivre.

France, 1907 : Partir, se sauver, échapper aux gendarmes.

Le jeune Crétinard passe ses examens.
— Pourriez-vous me citer, monsieur, lui demande l’examinateur, le nom d’une des femmes les plus fidèles de l’antiquité ?
— ???…
— Voyons, monsieur… Et Pénélope ?
Le jeune Crétinard, ouvrant de grands yeux :
— Pénélope !… Mais on m’a assure qu’elle filait tout le temps !…

(Gil Blas)

À la Bourse.
— Savez-vous la nouvelle ? Rapinard qu’on disait si solide !
— Filé en Belgique.
— Je n’en reviens pas.
— Lui von plus.

On dit aussi filer à l’anglaise pour s’esquiver, s’en aller sans rien dire. Les Anglais nous rendent le compliment en disant dans le même sens : to take a French leave, prendre congé à la française.

Facile à l’emballage, mais féroce, redoutable quand il tient une série. Précipitant les coups de pistolet, — non ! de revolver — puis, le résultat obtenu, et c’est toujours un résultat très sérieux, ramassant à pleines mains les jetons, l’or et les billets pêle-mêle dans la grande sébile, il réalise à la caisse et file à l’anglaise.

(Paul Alexis)

Au restaurant.
— Garçon, je vois sur la carte : Macaroni à l’anglaise ; pourquoi à l’anglaise ?
— Parce qu’il file, monsieur.

Filer doux

Delvau, 1866 : v. n. Ne pas protester, — même lorsqu’il y a lieu ; souffrir ce qu’on ne peut empêcher. Argot des bourgeois.

Comme son lict est feict : que ne vous couchez-vous,
Monsieur n’est-il pas temps ? Et moi, de filer dous,

dit Mathurin Régnier en sa satire XIe.

Rigaud, 1881 : Se montrer soumis, obéissant.

France, 1907 : Ne pas se rebiffer, même sous les coups de trique ; recevoir apostrophes et affronts sans oser protester.

— Elle a cessé depuis cette fichue rencontre de jeter des pavés dans mon jardin, comme elle en avait l’habitude. Elle file doux avec moi maintenant, semble implorer mon silence !

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

Marcher au pas

Delvau, 1866 : Obéir, filer doux, — dans le même argot [du peuple]. Faire marcher quelqu’un au pas. Agir de rigueur envers lui. On dit aussi : Mettre au pas.

Rigaud, 1881 : Obéir, être mené militairement. Faire marcher quelqu’un au pas, contraindre quelqu’un à l’obéissance, le mener durement.

France, 1907 : Être discipliné. « Je vous ferai marcher au pas, je vous apprendrai l’obéissance. »


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique