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Bock

Rigaud, 1881 : Verre de bière, plus grand que la chope. De l’allemand bockbier, bière nouvelle, mot à mot : bière de bouc.

France, 1907 : Verre de bière ; germanisme inutile, puisque l’on avait déjà le mot chope. C’est, parait-il, l’abréviation de bock-bier (bière du bouc), marque de fabrique d’une bière célèbre en Allemagne.

Il est bon que les habitués des cafés qui sont encore à la contribution indirecte des 10 ou 15 centimes donnés par-dessus le prix du bock ou de la demi-tasse sachent ceci : — dans une grande partie de ces établissements, le patron prend sa part, une part de lion — des produits du tronc aux gratifications ; il en est même où ce produit est affermé d’avance par un des garçons. On a calculé que les pourboires, à Paris, représentent quatre millions par an.

(Charles Reboux, Les Ficelles de Paris)

Chevalier du carreau dans l’œil

France, 1907 : Jeune on vieil imbécile qui, pour se rendre intéressant, s’introduit dans l’arcade sourcilière un petit morceau de verre qui, le plus souvent, l’empêche de voir.

Parmi ces chevaliers du carreau dans l’œil qui font l’ornement des boulevards, j’en ai distingué un, d’une tenue parfaite, paletot, gilet, pantalon, guêtres et chapeau couleur chocolat rosé, ce qui est aujourd’hui du meilleur goût ; du reste, l’air convenablement impertinent.

(Charles Reboux, Les Ficelles de Paris)

Chineur de montres

France, 1907 : Industriel qui, sons prétexte d’un pressant besoin d’argent, vous offre à bas prix sa montre et quelquefois sa chaîne qui se trouvent, une fois achetée, ne pas valoir le quart de ce qu’on en a donné. C’est généralement dans les ports de mer, et habillés en marin, qu’opèrent ces chineurs.

C’est au premier rang parmi les aigrefins qu’il faut placer les chineurs de montres. Partant, dès le matin, la poche pleine de montres à tout prix, ils s’en vont où le vent les pousse, au hasard, par les rues, les boulevards, le faubourg ou la banlieue, certains d’avance de faire des dupes. Domestiques, passants, ouvriers, cochers, tout leur est bon.

(Charles Reboux, Les Ficelles de Paris)

Coco

d’Hautel, 1808 : Nom d’amitié que l’on donne aux petits garçons.
C’est aussi un terme mignard et cajoleur dont les femmes gratifient leurs maris ou leurs bien aimés, pour en obtenir ce qu’elles désirent.

d’Hautel, 1808 : Tisanne rafraîchissante, faite de chiendent, de réglisse et de citron, que l’on vend à Paris dans les promenades publiques. Boire un verre de coco.
Coco
signifie aussi eau-de-vie, rogome, brande-vin.
Boire le coco. C’est boire l’eau-de-vie le matin à jeun, suivant l’usage des journaliers de Paris.

Larchey, 1865 : Cheval.

Ce grossier animal qu’on nomme vulgairement coco.

(Aubryet)

Larchey, 1865 : Homme peu digne de considération.

Joli Coco pour vouloir me faire aller.

(Balzac)

Larchey, 1865 : Nom d’amitié.

J’vais te donner un petit becquau. Viens, mon coco.

(Dialogue entre Zuzon et Eustache, chanson, 1836)

Delvau, 1866 : s. m. Boisson rafraîchissante composée d’un peu de bois de réglisse et de beaucoup d’eau. Cela ne coûtait autrefois qu’un liard le verre et les verres étaient grands ; aujourd’hui cela coûte deux centimes, mais les verres sont plus petits. O progrès !

Delvau, 1866 : s. m. Cheval, — dans l’argot du peuple. Il a graissé la patte à coco. Se dit ironiquement d’un homme qui s’est mal tiré d’une affaire, qui a mal rempli une commission.

Delvau, 1866 : s. m. Eau-de-vie, — dans l’argot des faubouriens.

Delvau, 1866 : s. m. Gorge, gosier, — dans le même argot [des faubouriens]. Se passer par le coco. Avaler, boire, manger.

Delvau, 1866 : s. m. Homme singulier, original, — dans le même argot [des faubouriens]. Joli coco. Se dit ironiquement de quelqu’un qui se trouve dans une position ennuyeuse, ou qui fait une farce, désagréable. Drôle de coco. Homme qui ne fait rien comme un autre.

Delvau, 1866 : s. m. Œuf, — dans l’argot des enfants, pour qui les poules sont des cocottes.

Delvau, 1866 : s. m. Tête, — dans l’argot des faubouriens, qui prennent l’homme pour un Coco nucifera. Coco déplumé. Tête sans cheveux. Redresser le coco. Porter la tête haute. Monter le coco. Exciter le désir, échauffer l’imagination.

Rigaud, 1881 : Gosier. — Se passer quelque chose par le coco, manger, boire.

Rigaud, 1881 : Individu, particulier. Ne s’emploie guère qu’accolé au mot joli, dans un sens ironique : C’est un joli coco.

Rigaud, 1881 : Pour eau-de-vie, avait déjà cours au siècle dernier.

Elle lui fit payer du coco.

(Cabinet satirique)

Aujourd’hui on entend par coco, de la mauvaise eau-de-vie, de l’eau-de-vie fortement additionnée d’eau. — Marchand de coco, marchand de vin. Allusion à l’eau que le débitant met dans le vin et les liqueurs.

Rigaud, 1881 : Tête ; allusion de forme. Se monter le coco, s’illusionner, se monter la tête.

France, 1907 : Cheval. Ce mot est employé surtout dans la langue du troupier.

Pour faire un vrai soldat, et devenir par la suite un bon officier, il faut avoir tiré toutes les ficelles du métier et savoir : balayer la chambrée ; cirer la planche à pain ; bichonner Coco…

(Hector France, L’Homme qui tue)

France, 1907 : Gosier ; argot populaire. Colle-toi ça ou passe-toi ça dans le coco.

France, 1907 : Mauvais vin on mauvaise eau-de-vie. Allusion à la fade boisson que vendent les marchands de coco.

France, 1907 : Tête. Avoir de coco déplumé, être chauve ; avoir le coco fêlé, être fou. Dévisser le coco, étrangler. Se monter de coco, s’exciter.
Jean Richepin, dans ses compliments de nouvelle année, souhaite, entre autres :

À Barbier, de trouver l’écho
De la voix qui cria les lambes,
Et, pour lui monter le coco,
Du poil à gratter dans les jambes.

Graisser la patte à Coco, gagner quelqu’un en lui donnant de l’argent. S’emploie aussi dans un mauvais sens, précédé de vilain ou de joli : Vilain coco ! joli chien ! ou bien il signifie simplement un individu.

Parmi les socialos politicards, il peut y avoir des cocos qui ont de l’honnêteté, mais qué que ça prouve ? Rien, sinon qu’ils manquent de flair.

(Almanach du Père Peinard, 1894)

France, 1907 : Triste sire, homme méprisable ou, tout simplement, dont on n’est pas satisfait. Le mot est généralement précédé des adjectifs joli, fameux, ou vilain.

— Ah ! vous êtes un fameux gaillard ! un joli coco ! Vous arrivez comme le marquis de Chose-verte, trois heures après la bataille. Vous pouvez bien tourner les talons, et remporter votre lard pourri. Avez-vous du liquide, au moins ?

(Hector France, Sous le Burnous)

— Et v’là qu’elle est lâchée salement par un vilain coco Il est vrai que des filles qui n’ont pas le sou et qui ne savent même pas éplucher une salade, ne sont pas d’un placement avantageux, ni facile, par conséquent !

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

C’est aussi un nom d’amitié :

J’vais te donner un p’tit bécot,
Viens, mon coco !

Connaître dans les coins (la)

Merlin, 1888 : Être au courant des ficelles du métier. On dit également : être à la coule.

Fustier, 1889 : C’est la variante de l’expression citée par Delvau : Connaître le numéro.

France, 1907 : Être habile, pas se laisser duper et savoir attraper les autres.

Est-ce naturel qu’un vieux garçon qui la connait dans les coins, comme on disait au régiment, qui en a vu de toutes les couleurs, qui considère la femme comme un joujou un peu plus perfectionné que les poupées, s’énerve, compte les heures et les minutes, se surmène en des courses vertigineuses …

(Champaubert, Le Journal)

Débiner le truc

Delvau, 1866 : v. a. Vendre le secret d’une affaire, révéler les ficelles d’un tour. Argot des saltimbanques.

Virmaître, 1894 : Compère mécontent qui révèle le secret de son associé (Argot des voleurs).

France, 1907 : Révéler le secret.

— Ainsi, me voilà comte !… comte de Latra !… Que cet imbécile ait gobé ou non ma noblesse de fraîche date, je m’en soucie comme d’un faux florin… Ce n’est pas lui qui ira me vendre… débiner le truc… Comte de Latra ! Eh bien, quoi ! n’ai-je pas l’air d’un comte comme un autre ? Il y en a tant qui ont la mine de savetiers.

(Hector France, La Mort du Czar)

Déménager à la ficelle

Larchey, 1865 : Déloger clandestinement par la fenêtre en descendant certains objets à l’aide d’une ficelle. — Mettre les ficelles : Garrotter.

Delvau, 1866 : v. n. À l’insu du propriétaire, la nuit, avec ou sans cordes, par la fenêtre ou par la porte, — dans l’argot des bohèmes, pour qui le dieu Terme est le diable. On dit aussi Déménager à la cloche de bois.

France, 1907 : Faire descendre ses meubles par la fenêtre à l’aide de cordes.

Faubert

Rigaud, 1881 : Épaulette, — dans le jargon des soldats d’infanterie de marine. Allusion aux fauberts, paquets de ficelles qui servent à éponger les navires.

France, 1907 : Épaulette, dans l’argot des matelots. Allusion au faubert, balai fait avec du fil de caret qui, en se détordant par le bout, forme une étoupe avec laquelle on éponge le pont des navires.

Ficelle

d’Hautel, 1808 : Être ficelle. Métaphore populaire qui signifie friponner avec adresse.
Un ficelle. Escroc ; homme fort enclin à la rapine. En ce sens, ce mot est toujours masculin.

Larchey, 1865 : Chevalier d’industrie.

Cadet Roussel a trois garçons : L’un est voleur, l’autre est fripon. Le troisième est un peu ficelle.

(Cadet Roussel, chanson, 1793, Paris, impr. Daniel)

Larchey, 1865 : Procédé de convention, acte de charlatanisme. M. Reboux a publié, en 1864, Les Ficelles de Paris.

M. M…, pour animer la statuaire, emprunte a la peinture quelques-uns de ses procédés ; je n’oserais l’en blâmer, si l’austérité naturelle de ce grand art ne repoussait point les ficelles.

(Ch. Blanc)

Mais il n’est pas en relation avec les directeurs, et d’ailleurs il n’est pas outillé pour le théâtre ; il ne connaît pas les ficelles de la scène.

(Privat d’Anglemont)

Ferdinand lui indiqua plusieurs recettes et ficelles pour différents styles, tant en prose qu’en vers.

(Th. Gautier, 1833)

Delvau, 1866 : adj. et s. Malin, rusé, habile à se tirer d’affaire, — dans l’argot du peuple, qui a gardé le souvenir de la chanson de Cadet-Rousselle :

Cadet Rousselle a trois garçons,
L’un est voleur, l’autre est fripon,
Le troisième est un peu ficelle…

Cheval ficelle. Cheval qui « emballe » volontiers son monde, — dans l’argot des maquignons.

Delvau, 1866 : s. f. Secret de métier, procédé particulier pour arriver à tel ou tel résultat, — dans l’argot des artistes et des ouvriers.

Rigaud, 1881 : Filou prudent. Un homme ficelle se prête à toutes les malhonnêtetés qui échappent à l’action de la loi.

Rigaud, 1881 : Mensonge transparent, petite ruse. — Ruses d’un métier.

À la ville, ficelle signifie une ruse combinée maladroitement. — Au théâtre, ficelle exprime un moyen déjà employé, connu, usé, qui sert à amener une situation ou un dénoûment quelconque mais prévu.

(J. Noriac, Un Paquet de ficelles)

Tous les métiers ont leurs ficelles. Connaître toutes les ficelles d’un métier, c’est le connaître à fond, en connaître toutes les ruses, tous les fils qui le font mouvoir.

La Rue, 1894 : Ruse, malice. Secret de métier.

Virmaître, 1894 : Être ficelle, malin, rusé, employer toutes sortes de ficelles pour réussir dans une affaire.
— Je la connais, vous êtes trop ficelle pour ma cuisine.
— Vous ne me tromperez pas, je vois la ficelle (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Rusé.

France, 1907 : Escroc, chevalier d’industrie.

Cadet Rousselle a trois garçons :
L’un est voleur, l’autre est fripon,
Le troisième est un peu ficelle,
Il ressemble à Cadet Rousselle,
Ah ! ah ! ah ! mais vraiment,
Cadet Rousselle est bon enfant.

(Chanson populaire, 1792)

La femme. — Et tantôt, deux heures avant de mourir, il me le disait encore : « Le portefeuille est là… tout ce qu’il y a dedans, ça sera pour vous. » Vieille canaille ! vieille ficelle !
L’homme. — Et voilà deux ans qu’il nous la répète, cette phrase-là. C’est avec ça qu’il nous a lanternés, parbleu ! Il s’est fait soigner pendant deux ans à l’œil…

(Maurice Donnay)

France, 1907 : Truc de métier, ruse, procédé, charlatanisme.

Aussi me semble-t-il même superflu de dénier à M. Ohnet les qualités de composition qu’on lui à reconnues. Je veux bien qu’il soit maître dans l’art de charger un roman comme les anarchistes chargent une bombe, avec de gros clous, de la menuaille et des poudres détonantes. Sa mèche est une ficelle.

(Le Journal)

Saluons ! C’est ici que trône et règne majestueusement la ficelle ; voici le restaurant. — Flanqué de deux mensonges, sa vitrine et sa carte, il vous attend entre deux pièges : payer trop ou manger mal ; défilé des Thermopyles, dans lequel tant d’étrangers succombent !

(Charles Reboux, Les Ficelles de Paris)

Le monde est une corderie,
Car la ficelle est notre amie ;
On voit que, dans chaque métier,
L’homme veut devenir cordier,
C’est le refrain du monde entier.
Ficelle, ficelle,
Méthode la plus belle.
Sans ficelle on n’a pas
Le bonheur ici-bas.

(Émile Durafour, Les Ficelles du monde)

Ficelles

Delvau, 1866 : s. f. pl. « Les procédés épuisés et les conventions classiques, » — dans l’argot des gens de lettres.

Delvau, 1866 : s. f. pl. Ruses, imaginations pour tromper, — dans l’argot du peuple.

Fourbi

Vidocq, 1837 : s. m. — Toute espèce de jeu qui cache un piège.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Clémens, 1840 : Poste, emploi ; on le dit assez aussi quand on a un mauvais jeu : Quel mauvais fourbi !

Delvau, 1866 : s. m. Piège ; malice, — dans l’argot du peuple, qui ne sait pourtant pas que le fourby (le Trompé) était un des 214 jeux de Gargantua. Connaître le fourbi. Être malin. Connaître son fourbi. Être aguerri contre les malices des hommes et des choses.

Rigaud, 1881 : Petite filouterie ; peccadille ; maraudage ; pour fourberie. — Connaître le fourbi, connaître une foule de petites ficelles, de trucs à l’usage des militaires peu scrupuleux, — en terme de troupiers.

Merlin, 1888 : Du vieux mot français fourby, espèce de jeu. Fourbi a deux acceptions : tantôt il veut dire : détournement, gain illicite ; tantôt : choses, travaux, matériel, etc.

La Rue, 1894 : Piège, malice. Métier. Jeu. Ficelle. Truc. Petit bénéfice plus ou moins licite.

Virmaître, 1894 : Piège, malice. A. D. C’est une erreur. Cette expression très usitée vient du régiment, où le caporal chargé de l’ordinaire gratte sur la nourriture des hommes. Fourbi signifie bénéfice (Argot du peuple). N.

Rossignol, 1901 : Ce que l’on possède.

J’ai mis tout mon fourbi dans une malle.

Hayard, 1907 : Voir flambeau et flanche.

France, 1907 : Affaire, travail. Connaître le fourbi, être malin, habile.

Oui, ça prouve, nom de Dieu ! que quoi qu’on dise, les idées ont marché. Le populo en a plein le cul, de turbiner pour les richards, il voudrait à son tour flânocher un brin. Seulement il s’y prend mal ; sale fourbi que celui de huit heures.
Comprends-moi bien, petit : je ne suis pas contre. Foutre non ! moins les pauvres bougres bûcheront, plus il leur restera de temps pour ruminer sur leur sort.

(Père Peinard)

Y en a qui font la mauvais’ tête,
Au régiment ;
I’s tir’ au cul, i’s font la bête
Inutil’ment ;
Quand i’s veul’nt pus fair’ l’exercice
Et tout l’fourbi,
On les envoi’ fair’ leur service
À Biribi.

(Aristide Bruant)

France, 1907 : Petit larcin, volerie, rapine : mot rapporté par les soldats d’Afrique.

— Dans les hospices ils s’entendent bien pour faire du fourbi aux dépens des malades ! dit Peau-de-Zébi sentencieusement, renversant en arrière sa chéchia comme pour accentuer son opinion.

(Edmond Lepelletier)

Les fourriers qui, en faisant la distribution de vin ou d’eau-de-vie, mettent leur pouce dans le quart distributeur, commettent un petit fourbi.
Mais il en est de gros et ils ont des conséquences graves. Je pourrai citer l’exemple des godillots à semelles de carton qu’on donna à plusieurs régiments pendant la malheureuse guerre de 1870 ; mais ces temps sont encore trop proches ; qu’il me suffise de raconter celui que rapporte le Mémorial de Sainte-Hélène pendant la campagne d’Égypte.

C’était l’apothicaire en chef de l’armée. On lui avait accordé cinq chameaux pour apporter du Caire les médicaments nécessaires pendant l’expédition de Syrie. Cet infâme eut la scélératesse de les charger de vin, de sucre, de café, de comestibles qu’il vendit dans le désert à des prix très élevés. Quand le général Bonaparte sut la fraude, il devint furieux, et le misérable fut condamné à être fusillé. C’était beaucoup trop d’honneur, il devait mourir sous la bastonnade pour assassinats prémédités, car il avait spéculé sur la vie des malades. Des centaines d’entre eux ont péri faute de médicaments. On leur donnait une boisson nauséabonde, faite avec des feuilles, pour leur faire croire qu’ils prenaient quelque remède…

(A. Longuet, Méditations de caserne)

Lascar

Larchey, 1865 : Fantassin.

Vient de l’arabe el-askir qui a la même signification. Date sans doute de l’expédition d’Égypte.

(De Vauvineux)

A-t-il du toupet, le vieux Lascar ! dit l’invalide dans son langage pittoresque.

(Balzac)

Delvau, 1866 : s. m. Nom que — dans l’argot des troupiers et du peuple — on donne à tout homme de mauvaises mœurs, à tout réfractaire, à tout insurgé contre la loi, la morale et les choses établies. C’est une allusion aux mœurs des matelots indiens, malais ou autres, qui naviguent sur des bâtiments européens, hollandais principalement, et qui, tirés de la classe des parias, ne passent pas pour de parfaits honnêtes gens.

Rigaud, 1881 : Soldat qui a longtemps servi, soldat qui connaît toutes les ficelles du métier.

Ah ! le lascar ! se dit Max, il est de première force, je suis perdu.

(Balzac, Un Ménage de garçon)

La Rue, 1894 : Homme roué, qui connaît toutes les ficelles.

France, 1907 : Le mot a des significations diverses et contradictoires. Il signifie un malin, habile, solide au poste, un bon salut et aussi un fainéant, un tireur au flanc.

Le commandant, un vieux lascar
Dont le sang a payé les grades,
Me dis : Merci, c’est bien, moutard !
Bientôt, comme les camarades,
Je te ferai passer gabier,
Et qui sait ?… Enfant, persévère,
Un jour tu seras officier :
Devant toi s’ouvre la carriére.

— Qu’est-ce qui m’a foutu un tas de lascars comme ça… des fricoteurs qui ne songent qu’à gobeloter ? Allons, à l’ours, et vivement !

(Les Joyeusetés du régiment)

Il signifie aussi camarade, compagnon, dans l’argot des voleurs :

— Tous les lascars de l’atelier pouvaient turbiner à leur gré. Moi, je n’avais pas plus tôt le dos tourné à mon ouvrage pour grignoter mon lartif ou pour chiquer mon Saint-Père (tabac), que le louchon était sur mon dos pour m’écoper.

(Mémoires de M. Claude)

Primitivement, lascar signifiait simplement fantassin, de l’arabe el askir, même sens.

Pigeon

d’Hautel, 1808 : Un niais, un sot, un homme simple et crédule, que les fripons attirent dans un piège pour le duper ; l’escroquer.
Plumer le pigeon. Filouter, duper, tromper un homme simple et naturel.
Il ne faut pas laisser de semer, par la crainte des pigeons. Signifie qu’il ne faut abandonner une affaire, pour quelque léger inconvénient qu’on y rencontre ; ni se laisser décourager par les clameurs des sots et des ignorans.

Clémens, 1840 : Facile à gagner au jeu.

Delvau, 1864 : Jeune homme innocent, ou vieillard crédule, dont les filles se moquent volontiers, prenant son argent et ne lui laissant pas prendre leur cul, et le renvoyant, plumé a vif, au colombier paternel ou conjugal.

Près de là je vois un pigeon,
Qui se tenait droit comme un jonc,
Le nez au vent et l’âme en peine,
Il regardait d’un air vainqueur,
Ma nymphe qu’avait mal au cœur :
Pour un cœur vierge, quelle aubaine !

(Ant. Watripon)

J’lui dit : Ma fille, allons, n’fais pas d’ manière. Et j’ la conduit moi-même au pigeonnier.

(Chanson nouvelle)

J’ai ma colombe.
— Moi, je tiens mon pigeon.

(les Bohémiens de Paris)

Delvau, 1866 : s. m. Acompte sur une pièce à moitié faite, — dans l’argot des vaudevillistes.

Delvau, 1866 : s. m. Homme qui se laisse volontiers duper par les hommes au jeu et par les femmes en amour. Avoir son pigeon. Avoir fait un amant, — dans l’argot des petites dames. Plumer un pigeon. Voler ou ruiner un homme assez candide pour croire à l’honnêteté des hommes et à celle des femmes. On dit aussi Pigeonneau. Le mot est vieux, — comme le vice. Sarrazin (Testament d’une fille d’amour mourante, 1768), dit à propos des amants de son héroïne, Rose Belvue :

…De mes pigeonneaux
Conduisant l’inexpérience,
Je sus, dans le feu des désirs,
Gagner par mes supercheries
Montres, bijoux et pierreries,
Monuments de leurs repentirs.

Rigaud, 1881 : Avance sur un livre, sur une pièce de théâtre, — dans le jargon des libraires.

La Rue, 1894 : Dupe. Acompte. Pigeon voyageur, prostituée exploitant les trains de banlieue.

Virmaître, 1894 : Homme facile à plumer. Plumer un pigeon, c’est plumer un individu qui a un béguin pour une fille.
— Je tiens mon pigeon, il laissera sa dernière plume dans mon alcôve (Argot des filles).

France, 1907 :

Qui veut tenir nette sa maison
N’y mette prêtre ni pigeon.

(Vieux dicton)

France, 1907 : Dupe, simple, naïf, facile à attraper. Élever des pigeons, engager des dupes à jouer pour les tricher et leur vider les poches.

Il est malheureusement avéré qu’une partie de la population des grandes villes sert de pâture a l’autre, mais il faut avouer aussi que l’étourderie et la distraction de certains pigeons font la partie trop belle aux exploiteurs.

(Charles Reboux, Les Ficelles de Paris)

Au salon — quelques bambins absorbés par l’innocent jeu de « pigeon vole », les yeux fixés sur la jeune fille qui parle :
— Hanneton vole !
Une douzaine de petits doigts montrent le plafond.
— Mon oncle Charles vole !
Personne ne bouge.
— Tout le monde un gage, dit Bébé.
Récriminations sur toute la ligne ; intervention de l’oncle Charles qui demande une explication.
— Mais oui, que tu voles, faut l’espiègle, parce que petite mère a dit que pour te faire plumer comme ça tous les jours à la Bourse, il fallait que tu sois un fameux pigeon.

(Aladin, Germinal)

France, 1907 : Part des recettes dues à un auteur par un directeur de théâtre ou acompte que reçoit l’auteur sur une pièce à l’étude.

Pince-linge (chevalier du)

France, 1907 : Voleur dont l’industrie s’exerce dans la rafle du linge que l’on met sécher aux fenêtres. Pierre Delcourt, dans Paris voleur, explique la façon d’opérer :

Deux individus s’associent. L’un d’eux prend la tenue d’un allumeur de réverbères ; l’autre se transforme en chiffonnier complet. À la nuit, tous deux partent, s’en vont par les rues les moins fréquentées et choisissent toujours de préférence les quartiers ouvriers, il marchent séparés l’un de l’autre espacés d’une trentaine de mètres.
Chacun sait que dans les quartiers habités par une population ouvrière, les fenêtres des maisons sont le plus souvent garnies de linges, appendus extérieurement à des ficelles, pour sécher après blanchissage.
Le chevalier du pince-linge, qui n’est autre que le faux allumeur de becs de gaz, s’arrête sous l’une de ces fenêtres, lève son allumoir, muni en son extrémité d’un sécateur, coupe la ficelle par les deux bouts, et continue sa route, sans se donner la peine de relever le linge tombé à ses pieds.
Cette réserve du chevalier n’est nullement imitée par le pseudo-chiffonnier, dont l’état est de tout ramasser ; aussi ne manque-t-il pas de cueillir le linge blanc, au passage, et de le jeter précipitamment dans sa hotte.
Ce vol, si original, est des plus simples, dira-t-on, nous le reconnaissons, mais l’œuf de Christophe Colomb était également facile à placer debout. Il n’y avait qu’à trouver la formule.

Plat (homme de)

France, 1907 : Soldat chargé du nettoyage du matériel ; argot de l’infanterie de marine.

Après le repas, l’homme de plat, changé chaque matin, nettoyait le matériel que, par crainte du rabiotage, il traînait tout le jour, pendu par des ficelles à son éternelle couverture.

(Paul Bonnetain, Le nommé Perreux)

Rabouiseur

France, 1907 : Savetier ; tailleur en vieux. On dit aussi rebouisseur.

C’est que les rabouiseurs sont de vrais artistes et qu’avec un simple grattage ils remettent à neuf une vieille semelle qui a trempé dans l’eau trois jours ; — que, pour les coutures blanchies, il y a des liquides régénérateurs, — et qu’aux endroits chauves d’un habit usé, le chardon ramène la laine des parties voisines.

(Charles Reboux, Les Ficelles de Paris)

Rouleur

Larchey, 1865 : « Ses fonctions consistent à présenter les ouvriers aux maîtres qui veulent les embaucher et à consacrer leur engagement. C’est lui qui accompagne les partants jusqu’à la sortie des villes. »

(G. Sand)

De rouler : voyager.

Larchey, 1865 : Trompeur.

Cela ne serait pas bien : nos courtiers passeraient pour des rouleurs.

(Lynol)

De rouler : vaincre.

Delvau, 1866 : s. m. Chiffonnier.

Delvau, 1866 : s. m. Compagnon du tour de France chargé de présenter les ouvriers aux maîtres et de consacrer leur engagement.

Delvau, 1866 : s. m. Vagabond, homme suspect.

Rigaud, 1881 : Vagabond doublé d’un filou. — Parasite effronté. — Individu de mauvaise mine et étranger à la localité, — dans le jargon des paysans de la banlieue de Paris. Le mot a été emprunté au jargon des pâtissiers.

En terme de métier, celui qui ne reste pas longtemps dans la même maison s’appelle rouleur.

(P. Vinçard, Les Ouvriers de Paris)

Boutmy, 1883 : s. m. Ouvrier typographe qui roule d’imprimerie en imprimerie sans rester dans aucune, et qui, par suite de son inconduite et de sa paresse, est plutôt un mendiant qu’un ouvrier. Aucune corporation, croyons-nous, ne possède un type aussi fertile en singularités que celui dont nous allons essayer d’esquisser les principaux traits. Les rouleurs sont les juifs errants de la typographie, ou plutôt ils constituent cet ordre mendiant qui, ennemi juré de tout travail, trouve que vivre aux crochets d’autrui est la chose la plus naturelle du monde. Il en est même qui considèrent comme leur étant due la caristade que leur alloue la commisération. Nous ne leur assimilons pas, bien entendu, les camarades besogneux dont le dénuement ne peut être attribué à leur faute : à ceux-ci, chacun a le devoir de venir en aide, dignes qu’ils sont du plus grand intérêt. Les rouleurs peuvent se diviser en deux catégories : ceux qui travaillent rarement, et ceux qui ne travaillent jamais. Des premiers nous dirons peu de chose : leur tempérament ne saurait leur permettre un long séjour dans la même maison ; mais enfin ils ne cherchent pas de préférence, pour offrir leurs services, les imprimeries où ils sont certains de ne pas être embauchés. Si l’on a besoin de monde là où ils se présentent, c’est une déveine, mais ils subissent la malchance sans trop récriminer. De plus, détail caractéristique, ils ont un saint-jean, ils sont possesseurs d’un peu de linge et comptent jusqu’à deux ou trois mouchoirs de rechange. Afin que leur bagage ne soit pour eux un trop grand embarras dans leurs pérégrinations réitérées, ils le portent sur le dos au moyen de ficelles, quelquefois renfermée dans ce sac de soldat qui, en style imagé, s’appelle azor ou as de carreau. Un des plus industrieux avait imaginé de se servir d’un tabouret qui, retenu aux reins par des bretelles, lui permettait d’accomplir allègrement les itinéraires qu’il s’imposait. Ce tabouret, s’il ne portait pas César, portait du moins sa fortune. Mais passons à la seconde catégorie. Ceux-là ont une horreur telle du travail que les imprimeries où ils soupçonnent qu’ils en trouveront peu ou prou leur font l’effet d’établissements pestilentiels ; aussi s’en éloignent-ils avec effroi, bien à tort souvent ; car le dehors de quelques-uns est de nature à préserver les protes de toute velléité d’embauchage à leur endroit. D’ailleurs, si les premiers ne se présentent pas souvent en toilette de cérémonie, les seconds, en revanche, exposent aux regards l’accoutrement le plus fantaisiste. C’est principalement l’article chaussure qui atteste l’inépuisable fécondité de leur imagination. L’anecdote suivante, qui est de la plus scrupuleuse exactitude, pourra en donner une idée : deux individus, venant s’assurer dans une maison de banlieue que l’ouvrage manquait complètement et toucher l’allocation qu’on accordait aux passagers, étaient, l’un chaussé d’une botte et d’un soulier napolitain, l’autre porteur de souliers de bal dont le satin jadis blanc avait dû contenir les doigts de quelque Berthe aux grands pieds. Des vestiges de rosette s’apercevaient encore sur ces débris souillés d’une élégance disparue. Au physique, le rouleur n’a rien d’absolument rassurant. La paresse perpétuelle dans laquelle il vit l’a stigmatisé. Il pourrait poser pour le lazzarone napolitain, si poser n’était pas une occupation. Sa physionomie offre une particularité remarquable, due à la conversion en spiritueux d’une grande partie des collectes faites en sa faveur : c’est son nez rouge et boursouflé. Lorsque, contre son attente, le rouleur est embauché, il n’est sorte de moyens qu’il n’emploie pour sortir de la souricière dans laquelle il s’est si malencontreusement fourvoyé : le plus souvent, il prétexte une grande fatigue et se retire en promettant de revenir le lendemain. Il serait superflu de dire qu’on ne le revoit plus. Il est un de ces personnages qu’on avait surnommé le roi des rouleurs, et que connaissaient tous les compositeurs de France et de Navarre. Celui-là n’y allait pas par trente-six chemins. Au lieu de perdre son temps à de fastidieuses demandes d’occupation, il s’avançait carrément au milieu de la galerie, et, d’une voix qui ne trahissait aucune émotion, il prononçait ces paroles dignes d’être burinées sur l’airain : « Voyons ! y-a-t-il mèche ici de faire quelque chose pour un confrère nécessiteux ? » Souvent une collecte au chapeau venait récompenser de sa hardiesse ce roi fainéant ; souvent aussi ce cynisme était accueilli par des huées et des injures capables d’exaspérer tout autre qu’un rouleur. Mais cette espèce est peu sensible aux mortifications et n’a jamais fait montre d’un amour-propre exagéré. Pour terminer, disons que le rouleur tend à disparaître et que le typo laborieux, si prompt à soulager les infortunes imméritées, réserve pour elles les deniers de ses caisses de secours, et se détourne avec dégoût du parasite sans pudeur, dont l’existence se passe à mendier quand il devrait produire. (Ul. Delestre.)

France, 1907 : Cheminot, vagabond.

Un vagabond passait par là, mangeant à petites pincées le pain sec qu’il portait sous le bras. Le froid mordait, la forêt était profonde, et le village prochain, avec ses chiens de chasse hargneux et ses paysans avares, accueillait mal, d’habitude, les maraudeurs. Un charbonnier, de bonne humeur, le héla d’une voix engageante :
— Hé ! le rouleur ! si tu vas à la fontaine, l’eau te glacera le sang. Viens donc boire un coup avec nous.
Le vagabond, sans une parole, lui répondit d’un regard en dessous, et poursuivit sa route à travers bois. On entendit son pas indécis qui traînait dans les feuilles sèches. Il ne se retourna plus, n’envoya ni salut, ni merci, et disparut au détour d’un sentier.

(Aug. Marin)

France, 1907 : Trompeur, escroc.

Talonnière

France, 1907 : Morceau de bois, petit banc ou bûche que, dans les ateliers de peinture, l’on place sous le pied du modèle.

S’il pose assis, il se trouve mal à l’aise sur son fauteuil et fait de son coussin le sujet d’une enquête de commodo et incommodo ; si son bras est soutenu en l’air par une corde qu’un anneau retient au plancher, il se plaint qu’elle lui meurtrit outrageusement le poignet ; si l’on a placé sous son pied une bûche appelée talonnière pour lui tenir la jambe en raccourci, il gémit du contact de l’écorce raboteuse avec son orteil. Ficelles !

(É. de La Bédollière, Le Modèle)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique