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Abracadabrant

Rigaud, 1881 : Étonnant, merveilleux, cocasse. D’abracadabra, mot cabalistique auquel on attribuait des vertus magiques pour guérir la fièvre, en le portant au cou écrit d’une certaine manière.

Je n’avais jamais lu ces pièces qui m’avaient tant réjoui à la scène ; je me figurais, comme bien d’autres, qu’elles avaient besoin du jeu abracadabrant de leurs interprètes.

(E. Augier, Préface du théâtre complet de Labiche, 1878)

France, 1907 : Merveilleux, extraordinaire, stupéfiant. Ce mot burlesque vient d’abracadabra, formule magique du moyen âge que l’on écrivait en triangle renversé et qui passait pour guérir les fièvres et prévenir d’autres maladies. Victor Hugo, dans le « Sabbat » des Odes et Ballades, a fait de ce mot un vers :

Satan vous verra,
De vos mains grossières,
Parmi les poussières
Écrivez, sorcières :
Abracadabra.

Antony

Larchey, 1865 : « En 1831, après les succès d’Antony, les salons parisiens furent tout à coup inondés de jeunes hommes pâles et blêmes, aux longs cheveux noirs, à la charpente osseuse, aux sourcils épais, à la parole caverneuse, à la physionomie hagarde et désolée… de bonnes âmes, s’inquiétant de leur air quasi cadavéreux, leur posaient cette question bourgeoisement affectueuse : « Qu’avez-vous donc ? » À quoi ils répondaient en passant la main sur leur front : « J’ai la fièvre. » — Ces jeunes hommes étaient des Antonys. »

(Ed. Lemoine)

Delvau, 1866 : s. m. Un nom d’homme qui est devenu un type, celui des faux poitrinaires et des poètes incompris.

Avoir une fièvre cérébrale

Halbert, 1849 : Condamné ou menacé de mort.

Babouin ou baboua

Delvau, 1866 : s. m. Petit bouton de fièvre ou de malpropreté, qui vient à la bouche, sur les babines.
Le babouin était autrefois une figure grotesque que les soldats charbonnaient sur les murs du corps de garde et qu’ils faisaient baiser, comme punition, à ceux de leurs camarades qui avaient perdu au jeu ou à n’importe quoi. On comprend qu’à force de baiser cette image, il devait en rester quelque chose aux lèvres, — d’où, par suite d’un trope connu, le nom est passé de la cause à l’effet.

Bouche d’en bas (la)

Delvau, 1864 : La nature de la femme, — si éloquente dans son langage muet.

D’autres femmes y a-t-il, qui ont la bouche de là si pâle, qu’on dirait qu’elles y ont la fièvre.

(Brantôme)

Pour récompenser mon mérite,
Arrachant les dents bien à point,
Permettez que je vous visite
Votre bouche qui n’en a point.

(Cabinet satyrique)

Brasier

d’Hautel, 1808 : On dit figurément d’un homme qui est dans l’ardeur de la fièvre, que Son corps est comme un brasier.

Delvau, 1864 : La nature de la femme, où règne une chaleur à faire fondre les pines les plus solides.

Tant plus mon mari me brûle en mon brasier.

(Brantôme)

Chaud

d’Hautel, 1808 : Plâtre-chaud. Sobriquet injurieux que l’on donne à un maçon qui ne sait pas son métier ; à un architecte ignorant.
Jouer à la main chaude. Au propre, mettre une main derrière son dos, comme au jeu de la main chaude. Le peuple, dans les temps orageux de la révolution, disoit, en parlant des nombreuses victimes que l’on conduisoit à la guillotine, les mains liées derrière le dos, ils vont jouer à la main chaude, etc.
C’est tout chaud tout bouillant. Pour dire que quelque chose qui doit être mangé chaud est bon à prendre. On dit aussi d’un homme qui est venu d’un air empressé et triomphant annoncer quelque mauvaise nouvelle, qu’Il est venu tout chaud tout bouillant annoncer cet évènement.
Chaud comme braise.
Ardent, bouillant, fougueux et passionné.
Tomber de fièvre en chaud mal. C’est-à-dire, d’un évènement malheureux dans un plus malheureux encore.
Avoir la tête chaude. Être impétueux, et sujet à se laisser emporter à la colère.
On dit, par exagération, d’une chambre ou la chaleur est excessive, qu’Il y fait chaud comme dans un four.
Il fait bon et chaud.
Pour dire que la chaleur est très-forte. Voy. Bon.
Il faut battre le fer pendant qu’il est chaud. C’est-à-dire, pousser vivement une affaire quand l’occasion est favorable.
À la chaude. Dans le premier transport.
Cela ne fait ni chaud ni froid. C’est-à-dire, n’influe en rien, n’importe nullement.
La donner bien chaude. Exagérer un malheur, donner l’alarme pour une un événement de peu d’importance, faire une fausse peur.
Si vous n’avez rien de plus chaud, vous n’avez que faire de souffler. Se dit à quelqu’un qui se flatte de vaines espérances, qui se nourrit d’idées chimériques.
Il n’a rien eu de plus chaud que de venir m’apprendre cet accident. Pour, il est venu avec empressement, d’un air moqueur et joyeux m’annoncer cet accident.

Larchey, 1865 : Coureur de belles, homme ardent et résolu. — Autrefois on disait chaud lancier :

Le chaud lancier a repris Son Altesse royale.

(Courrier burlesque, 2e p., 1650)

Delvau, 1866 : adj. et s. Rusé, habile, — dans l’argot du peuple, assez cautus. Être chaud. Se défier. Il l’a chaud. C’est un malin qui entend bien ses intérêts.

Delvau, 1866 : adj. Cher, d’un prix élevé.

La Rue, 1894 : Dangereux. Passionné. Se tenir chaud, être sur ses gardes.

France, 1907 : Rusé, malin. Se dit aussi pour un homme porté à l’amour ; on ajoute alors souvent : de la pince. Henri IV était très chaud de la pince. Ce n’est jamais un mal, si c’est parfois un danger. Dans le même sens, chaud lancier.

Cheval

d’Hautel, 1808 : Il se tient à cheval comme une pincette sur le dos d’un âne. Se dit par dérision d’un mauvais écuyer ; d’un homme à qui l’art du manège est absolument inconnu.
Monter sur ses grands chevaux. Se fâcher ; prendre un ton menaçant, colère, et quelquefois injurieux.
Faire voir à quelqu’un que son cheval n’est qu’une bête. Convaincre un sot, un présomptueux de son ignorance et de son inhabileté.
C’est un bon cheval de trompette. Se dit d’un homme que les cris et les emportemens ne peuvent émouvoir.
Changer son cheval borgne pour un aveugle. Voy. Aveugle.
Il fait bon tenir son cheval par la bride. C’est à-dire, gouverner son bien par ses propres mains.
Il est aisé d’aller à pied, quand on tient son cheval par la bride. Pour dire qu’on endure bien de petites incommodités, quand on peut s’en délivrer à volonté.
N’avoir ni cheval ni mule. Être dans une condition médiocre ; être contraint d’aller à pied.
C’est un cheval échappé. Se dit d’un jeune homme fougueux qui se laisse aller à de grands déportemens.
L’œil du maître engraisse le cheval. Pour dire que la vigilance du maître ajoute à la valeur de son bien.
À cheval hargneux, étable à part. Signifie qu’il faut écarter les gens querelleurs de la bonne société.
Parler cheval. Pour dire, baragouiner ; s’exprimer d’une manière inintelligible.
Un coup de pied de jument ne fait point de mal au cheval. Pour dire qu’il faut prendre gracieusement tout ce que disent les femmes, quelque piquant que cela soit.
Un cheval de bât. Voy. Bât.
Des hommes et des chevaux, il n’en est point sans défauts. Proverbe que l’expérience n’a point encore démenti.
À jeune cheval vieux cavalier. C’est-à-dire, qu’il faut un cavalier expérimenté pour monter un cheval mutin et indompté.
On dit d’un parasite qui ne sait pas monter à cheval, qu’Il se tient mieux à table qu’à cheval.
Qui a de beaux chevaux, si ce n’est le roi ?
Se dit quand on voit des choses de grand prix dans les mains d’un homme très-opulent.
Une selle à tous chevaux. Chose qui peut servir à plusieurs usages ; remède que les empiriques emploient pour toutes sortes de maladies.
C’est l’ambassade de Viarron, trois chevaux et une mule. Se dit par dérision d’un train en désordre.
Une médecine de cheval. Se dit d’une médecine dont les effets sont très-violens.
Un travail de cheval. C’est-à-dire, très-pénible, très-fatigant, et souvent peu lucratif.
Il est bien temps de fermer l’écurie, quand le cheval est échappé. Se dit à quelqu’un dont la négligence a entraîné quelque malheur, et qui prend des précautions quand il n’y a plus de remède.
Écrire à quelqu’un une lettre à cheval. Lui écrire d’une manière menaçante et injurieuse.
Une fièvre de cheval. Une fièvre dévorante. Voy. Bataille.
Les enfans appellent un cheval un Dada. Voy. Broncher, brider.

Larchey, 1865 : Homme brusque, grossier.

Rigaud, 1881 : Les figures et les dix au jeu de baccarat. — Il n’y a donc que des chevaux au tirage.

France, 1907 : Rustre, brutal, grossier.

France, 1907 : Terme de joueurs de roulette. Un cheval est une mise placée sur deux numéros : l’enjeu est par le fait à cheval c’est-à-dire au milieu de la ligne qui sépare les deux cases Pour un cheval gagnant, la banque paye dix-sept fois la mise.

Claquer du bec

Virmaître, 1894 : Avoir faim et ne rien avoir à se mettre sous la dent. La faim donne la fièvre, les dents claquent (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Jeûner. Ne pas avoir de quoi déjeuner.

Hayard, 1907 : Avoir faim.

Culot

d’Hautel, 1808 : Le culot. Pour dire le cadet ; le dernier né.

Hayard, 1907 : Effronterie, le dernier, la fin.

France, 1907 : Dernier, du latin culus, cul, extrémité. Le dernier d’une couvée, d’une famille, le dernier promu dans un grade, le dernier arrivé. En Berry, culot signifie croupion.

Des sept officiers, il ne reste plus que moi, claquant de fièvre, avec deux blessures, l’une à l’épaule et l’autre au bras gauche. Et lorsque je prends l’aigle, moi le culot du régiment, qui n’ai pas trois poils de moustache, qui porte encore mon pantalon à bande bleue de « fine galette », je me sens ragaillardi comme si je venais de boire quelque longue lampée de vieille eau-de-vie.

(René Maizeroy)

Une grande, Glaé, noire de crin et de peau, les yeux comme des myrtilles sous sa taroupe, déjà poitrinait quand à peine le culot s’éssayait à téter son suçon. Elle touchait à ses quinze ans.

(Oscar Méténier)

France, 1907 : Résidu laissé au fond d’une pipe.

Près des théâtres, dans les gares,
Entre les arpions des sergots,
C’est moi que j’cueill’ les bouts d’cigares,
Les culots d’pipe et les mégots.

(Jean Richepin)

France, 1907 : Toupet, audace, dans l’argot des polytechniciens ; Avoir du culot à la planche, ne pas se troubler au tableau.

Donner de l’air (se)

Bras-de-Fer, 1829 : Se sauver.

Delvau, 1866 : v. réfl. S’en aller de quelque part, non parce qu’on y étouffe, mais parce qu’on s’y ennuie, ou parce qu’il est l’heure de se retirer.

La Rue, 1894 : Partir, s’enfuir. Donner un pont à faucher, tendre un piège. Donner un redoublement de fièvre, charger un accusé d’un nouveau méfait.

France, 1907 : S’enfuir.

Elle partit à pied pour Périgueux, à 120 kilomètres de Bordeaux, sans argent et sans s’inquiéter de ses effets. Il était sept heures du soir, elle arriva à minuit à Libourne et se présenta à la gare de chemin de fer. Un employé lui fournit un lit. Le lendemain, elle mit son châle « en plan » pour cinq francs. Elle partit de Libourne dans la soirée avec un commis-voyageur. Le cinquième jour, elle était de retour crottée, harassée, affamée, et se faisait enrôler dans une autre maison. Elle s’était donné de l’air.

(Dr Jeannel, La Prostitution au XXe siècle)

Donner un redoublement de fièvre

Delvau, 1866 : v. a. Révéler un nouveau méfait à la charge d’un accusé, — dans le même argot [des voleurs].

France, 1907 : Charger un accusé d’un nouveau délit.

Douce

d’Hautel, 1808 : Aller à la douce, comme les marchands de cerises. Faire tout doucement ses petites affaires, par allusion avec les marchands de cerises qui vont très-lentement dans les rues, en criant leur marchandise.

Vidocq, 1837 : s. f. — Soierie.

Larchey, 1865 : Soie (Vidocq). — Elle est douce au toucher.

Delvau, 1866 : s. f. Étoffe de soie ou de satin, — dans l’argot des voleurs.

Delvau, 1866 : s. f. Fièvre, — dans le même argot [des voleurs].

Rigaud, 1881 : Soie, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Soie. Fièvre.

France, 1907 : Étoffe soyeuse.

France, 1907 : Fièvre.

France, 1907 : Masturbation. Se donner ou se faire donner une douce.

L’habitude du vieux paillard était d’aller chaque semaine, à la nuit, vers les terrains vagues qui avoisinent le pont de Grenelle, et de s’y faire donner une douce par quelques gosselines dressées à ce métier lucratif.

(Les Propos du Commandeur)

Dousse

Halbert, 1849 : Fièvre, attouchement personnel.

Rigaud, 1881 : Fièvre, — dans l’ancien argot.

France, 1907 : Fièvre.

Droguage

France, 1907 : « Souvent, dans les courses de chevaux, les jockeys et même les propriétaires font administrer aux pauvres bêtes une drogue quelconque qui les fait s’arrêter, tremblant la fièvre et demi-mortes, à quinze cents mètres du point de départ ; cela se nomme le droguage. »

Emballer (s’)

Rigaud, 1881 : S’emporter, se fâcher. On dit d’un cheval qui s’emporte, qu’il « s’emballe » ; d’où s’emballer en parlant des personnes.

Hayard, 1907 : Se mettre vite en colère, s’enthousiasmer, emprisonner.

France, 1907 : S’emporter, perdre son sang-froid. Allusion au cheval qui prend le mors aux dents. Se prendre d’une affection irraisonnée pour quelqu’un.

Le peintre, très emballé, perdait à plaisir, ne s’occupait qu’à faire du genou sous la table à la femme de chambre et la dardait de regards prometteurs auxquels elle répondait de la façon la plus effrontée.

(René Maizeroy)

D’une tenue toujours irréprochable, bel homme plutôt que joli garçon, et d’une tournure conquérante, il a passé pour avoir fait des ravages dans le cœur de Parisiennes du meilleur monde, quelque peu névrosées et toujours prêtes à s’emballer pour un excentrique ou l’homme que la mode a mis en vedette.

(Maurice de Kérouan)

Nous nous rappelions le beau temps de fièvre et de mirage où dans le monde, toutes ou presque toutes, emballées à fond de train, nous avions pour ce soldat piaffeur des veux de Chimène, nous attendions le grand jour, nous faisions des vœux à plein cœur pour que cet aventureux gagnât la partie, nous nous accrochions à lui, nous le traitions comme quelque César providentiel.

(Colombine, Gil Blas)

Faire pleurer son aveugle

Delvau, 1866 : Meiere, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Uriner.

France, 1907 : Urine ou se masturber.

J’entrais à l’improviste dans le cabinet et je surpris le galopin fiévreusement occupé à faire pleurer son aveugle.

(Les Propos du Commandeur)

Fièvre

d’Hautel, 1808 : Va te coucher Basile, tu sens la fièvre. Se dit par raillerie à quelqu’un qui tient des discours déraisonnables, qui ne sait ce qu’il veut dire, et dont la conversation ennuye, impatiente. Cette locution est tirée du Barbier de Séville.
Il a la fièvre de veau, il tremble quand il est soûl. Se dit d’un paresseux, d’un poltron, d’un ivrogne.
Tomber de fièvre en chaud mal. Éviter un petit malheur, pour tomber dans un plus grand.

Fièvre cérébrale

Vidocq, 1837 : s. f. — Accusation dont le résultat, si elle est prouvée, doit être l’application de la peine de mort.

Larchey, 1865 : Accusation entraînant la perte de la tête (Vidocq). — Jeu de mots.

Delvau, 1866 : s. f. Condamnation à mort, — dans l’argot des assassins, à qui cela doit donner en effet le transport au cerveau, et même le delirium tremens.

Rigaud, 1881 : Accusation capitale, — dans l’ancien argot. — Aujourd’hui dans le monde des voleurs, fièvre typhoïde et vérole noire ont le même sens. — Redoublement de fièvre cérébrale, nouveau témoignage très grave à la charge de l’accusé.

La Rue, 1894 : Accusation entraînant la peine capitale.

Virmaître, 1894 : Condamné à mort. Il meurt en effet subitement (Argot des voleurs).

France, 1907 : Condamnation à mort.

Fièvrotte

d’Hautel, 1808 : Diminutif de fièvre ; fièvre légère et peu dangereuse.

Flûte s’en va par le tambour (ce qui vient par la)

France, 1907 : Le bien mal ou facilement acquis s’en va comme il est venu.

Une fille avait deux amants, dit le Recueil des proverbes, un joueur de flûte et un joueur de tambours. Ce que l’un lui donnait, elle le remettait à l’autre.

En voici une autre explication :

Autrefois, dans nos régiments, la compagnie colonelle, celle à laquelle était confié le drapeau, était précédée immédiatement de la musique proprement dite, dans laquelle étaient compris les violons, flûtes et fifres et qui était suivie de près des tambours. Pendant la marche, musique et tambours alternaient ; mais au son de l’une ou des autres, soldats cheminaient du même pas. Déjà devait prendre naissance, chez les joueurs ou brelandiers, la locution proverbiale : « Ce qui vient par la flûte, s’en va par le tambour », c’est-à-dire, au jeu nous gagnons et perdons aussi vite et de la même manière comme, dans l’armée, fantassins vont toujours du même train qu’ils règlent sur la flûte ou sur le tambour.

(Intermédiaire des chercheurs et curieux)

… Malgré les soins qu’on apporta
Au bout de quatre mois la fièvre l’emporta
Je voulus vivre alors avec magnificence.
Enfin, je fais si bien par ma folle dépense,
Que je vois tout mon bien s’éclipser chaque jour ;
Il venoit de la flûte, il retourne au tambour.

(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)

Galvauder (se)

Delvau, 1866 : Vivre dans le désordre ; ou seulement Hanter les endroits populaciers.

Rigaud, 1881 : S’encanailler à plaisir, se traîner moralement dans la boue.

France, 1907 : Vivre dans le désordre, fréquenter mauvaise compagnie, s’encanailler.

Exubérant de forces, d’ardeurs, de convoitises, comme brûlée par quelque flamme intérieure, telle qu’une errante qui découvre tout à coup la terre promise du haut d’une colline, qui s’élance avec des clameurs joyeuses, des regards luisants, des battements de cœur vers les paradis entrevus, elle n’eut que du dégoût, que de la répulsion pour l’homme fatigué, démoli, enfiévré dont elle était légalement la femme. Elle sentit sourdre en son corps les ferments originels, elle redevint « peuple », s’en donna à sa soif et à ses caprices, se galvauda, se prostitua.

(René Maizeroy)

Goutte

d’Hautel, 1808 : Elles se ressemblent comme deux gouttes d’eau. Se dit par métaphore de deux sœurs, de deux personnes qui ont une ressemblance frappante.
C’est une goutte d’eau dans la mer. C’est-à dire, un point imperceptible dans cette affaire.
Aux fièvres et à la goutte, les médecins ne voient goutte. Pour le malheur du genre humain, ce ne sont pas à ces deux fléaux seuls que se bornent leur ignorance et leurs bévues.

Delvau, 1864 : Employé dans un sens obscène pour désigner le sperme.

Elle sucerait bien la goutte
De quelque gros vit raboulé,
Mais je veux qu’un goujat la foute
Avec un concombre pelé.

(Théophile)

Larchey, 1865 : Ration d’eau-de-vie que les soldats boivent habituellement le matin avant l’appel, et les ouvriers avant l’heure du travail. — Allusion à la petite dose (goutte) d’alcool qu’on prend ou qu’on est censé prendre.

J’appelais ma mère qui buvait sa goutte au P’tit trou.

(Rétif, 1783)

Mais pourvu qu’on paie la goutte aux anciens, N’est-ce pas, colonel ?

(Gavarni)

Delvau, 1866 : adv. Peu ou point. N’y voir goutte. N’y pas voir du tout. On dit aussi N’y entendre goutte.

Delvau, 1866 : s. f. Petit verre d’eau-de-vie, — dans l’argot des ouvriers et des soldats. Marchand de goutte. Liquoriste.

Rigaud, 1881 : Mesure d’eau-de-vie de la capacité d’un décilitre. Prendre la goutte, boire un verre d’eau-de-vie. — Bonne goutte, bonne eau-de-vie. — Pour le peuple tout bon cognac, fût-il à vingt francs la bouteille, est de la bonne goutte.

France, 1907 : Petit verre de liqueur spiritueuse ; latinisme, de gutta ; boire la goutte, payer la goutte.

C’était notre coutume à Saumur de boire tous les matins la goutte avant de monter à cheval.

Il y a la goutte à boire là-bas !
Il y a la goutte à boire !

(Marche des chasseurs à pied)

Graphomane

France, 1907 : Écrivassier. Individu qui sans talent, sans instruction, sans expérience, est poussé par la tarentule littéraire. Les nouvelles lois sur l’instruction ont encombré le pays d’une multitude de ratés, de déclassés et de graphomanes.

Comme tant de gens, sans état fixe, il rêve de cet état illusoire qui s’appelle la carrière des lettres. Il est ou se croit littérateur, ou plutôt sa manie d’écrire a un nom scientifique : il est graphomane.
Le graphomane pullule dans notre société, où la mêlée est si rude, les places à conquérir sont si rares. Le graphomane se croit du génie et mesure son œuvre à sa prétention. Il est fiévreux, nerveux, pressé, féroce. Il n’entend ni les conseils de la patience, ni ceux même du bon sens. Il a hâte d’arriver. De quel droit n’arrive-t-il pas ? Un tel est bien là, debout, devant lui, qui lui barre le chemin et qui n’a pas plus de droits que lui à la renommée et à la vie !
Mais cet homme qui est là a travaillé trente ans de suite pour occuper le pauvre coin qu’il a conquis, de par son labeur et son talent — aidés aussi d’un peu de chance, je le veux bien, car le don n’est rien souvent sans un sourire de la capricieuse fortune.

(Jules Claretie)

Hôpital

d’Hautel, 1808 : Un pilier d’hôpital. Homme de mauvaise vie, que la débauche rend continuellement malade, et qui passe une grande partie de sa vie dans les hôpitaux.
Prendre le chemin de l’hôpital. Se ruiner par de folles dépenses ; par le jeu ou la débauche.
C’est un véritable hôpital. Se dit d’une maison où il y a plusieurs personnes malades.
Vive la joie ! l’hôpital brûle. Exclamation grivoise, gaillarde et bachique, qui équivaut à, faisons feu qui dure ; ne pensons pas à l’avenir.

Vidocq, 1837 : s. f. — Prison.

Larchey, 1865 : Prison (Vidocq). — On concevra le mot en voyant Fièvre cérébrale et Malade.

Delvau, 1866 : s. m. Prison, — dans l’argot des voleurs, dont la conscience est souvent malade.

Rigaud, 1881 : Prison, — dans l’ancien argot.

France, 1907 : Prison ; argot des voleurs.

Influenza

France, 1907 : Maladie inventée par les médecins à court de malades au commencement de l’hiver de 1889 et qui n’est autre chose qu’une forte grippe. Mais pour la grippe on ne fait guère venir le docteur ; le malade se contente d’ordinaire de garder la chambre, tandis que la grippe, prenant soudain le nom nouveau d’influenza, le terrifie et le fait recourir à la Faculté. Comme pour toutes les maladies à nom nouveau, elle fit tomber un déluge de réclames. L’infatigable Gérandel n’a pas manqué cette bonne occasion de placer ses extraordinaires pastilles.

Depuis que sévit, à Paris, l’épidémie de grippe nommée influenza par les uns, fièvre dengue par les autres, une autre épidémie bien plus terrible s’est subitement déclarée.
Cette épidémie s’est abattue sur les lecteurs de tous les journaux français sous forme de réclames très bien faites, destinées à révéler au public une foule de remèdes contre la grippe, l’influenza, la fièvre dengue, etc.
Du jour au lendemain, des spécialités pharmaceutiques se sont rappelé qu’elles possédaient des propriétés merveilleuses contre ces actions.
Toute la pharmacie moderne y a déjà passé.
Ce serait amusant si la santé publique n’en devait souffrir.
Or, il importe de ne rien exagérer. La grippe où influenza, comme l’on voudra, est toujours la conséquence d’un rhume qui n’a pas été soigné à temps…
 
À vrai dire, cette épidémie est plus vexatoire que meurtrière et je ne crois pas que le niveau de la mortalité se soit élevé dans des proportions inquiétantes. L’influenza d’aujourd’hui n’est qu’une dilution de l’influenza d’il y a cinq ans qui, sournoisement — un grand médecin nous l’affirmait hier — fit plus de victimes que n’en avait fait le choléra de 1832.

(Grosclaude, Le Journal)

On a découvert, y a quéqu’ temps,
Un mal qu’a bien cent fois cent ans.
Et sous l’nom d’gripp’ qu’il se donnait
Personne ne le soupçonnait.
Or, vite à la mode on l’a mis
Dans l’meilleur monde il est admis.
C’est la fièvre dengue
Et l’influenza.
— Dieu, quell’ drôl’ de langue
On parle avec ça ! —
En l’appelant grippe
Ou rhum’ simplement,
Sitôt ça s’dissipe
Qu’c’est un amus’ment !

(É. Blédort)

Insexualité

France, 1907 : Qui n’a pas de sexe, soit au physique, soit au figuré. « Ce qui fait la vertu de certaines gens, c’est qu’ils sont atteints de cette infirmité appelée l’insexualité. »

Ah ! les luttes de Titans de la chair contre l’ineffable empyrée qu’ils veulent toujours escalader et d’où ils retombent brûlés de fièvres, les reins lassés et les lèvres crevassées de rictus, tandis qu’assagis, bienheureux, les mammifères calmes de l’humanité ruminent bêtement, le cœur vide, dans la fraîcheur d’une placide et constitutionnelle insexualité.

(Jules Monod)

Jean Misère

France, 1907 : Le pauvre, le prolétaire.

Décharné, de haillons vêtu,
Fou de fièvre, au coin d’une impasse
Jean Misère s’est abattu.
— Douleur, dit-il, n’es-tu pas lasse ?
…
Malheur ! ils nous font la leçon,
Ils prêchent l’ordre et la famille ;
Leur guerre a tué mon garçon,
Leur luxe a débauché ma fille !
Ah ! mais…
Ça ne finira donc jamais ?…

(Eugène Pottier, Chants révolutionnaires)

Jeux innocents

Delvau, 1864 : Ainsi nommés par antiphrase sans doute, puisque ce sont les jeux les plus libertins que l’on connaisse, le jeune homme pinçant le cul à la jeune fille, ou la jeune fille faisant une langue avec le jeune homme, devant les grands parents assemblés — qui n’y voient que du feu.

Pour cet jeux innocents, source de tant de fièvres,
Qui troublent les jeunes sens,
Un monsieur a baisé, devant, les grands parents,
Tout en baisant la joue, un peu le coin des lèvres.
On a rougi cent fois…

(A. Karr)

Lazzi-loff

Delvau, 1866 : s. m. Maladie qui ne se guérit qu’à l’hôpital du Midi et à Lourcine. Même argot [des voleurs].

La Rue, 1894 : Syphilis.

Virmaître, 1894 : M. Prudhomme tient son fils par la main, un collégien de quinze ans, rue Notre Dame de Lorette ; il hèle l’omnibus Batignolles-Clichy-Odéon :
— Conducteur, vous passez rue de Tournon, devant chez Ricord ?
— Oui, Monsieur. Alors, poussant son fils dans la voiture :
— Montez, petit cochon ! (Argot du peuple). V. Chaude-lance.

France, 1907 : Maladie vénérienne, ce que les Anglais appellent goutte française ou fièvre de dames.

Manteau

d’Hautel, 1808 : Garder les manteaux. Assister à un duel ; n’y être que simple spectateur ; faire le guet ; demeurer les bras croisés, quand les autres travaillent.
Il a un bon manteau pour son hiver. Se dit par plaisanterie de quelqu’un qui a un gros rhume, ou, les fièvres, au commencement de l’hiver.
Manger son pain sous son manteau. Se dit d’un égoïste, d’un avare, qui ne fait jouir personne de son bien.
Faire quelque chose sous le manteau. Pour dire, d’une manière furtive, cachée.
Cela est fait sous le manteau de la cheminée. Se dit d’une affaire concertée en cachette ; faite à plaisir, et que l’on présente comme arrivée accidentellement.

Fustier, 1889 : Argot théâtral. Rôle où l’acteur porte un manteau. (Littré)

Il avait, comme artiste, une scène de composition, une autorité de manière qui, jointes à une excellente diction, faisaient de son jeu dans les rôles proprement appelés les manteaux un sujet d’études des plus attrayants.

(Revue britannique)

Marguillier de bourrache

France, 1907 : Juré. Allusion à la tisane de bourrache que l’on donne aux malades atteints de fièvre ; les séances de la cour d’assises donnant généralement la fièvre aux accusés.

Médeciner

d’Hautel, 1808 : Se médeciner. Terme ironique qui signifie prendre continuellement, sans nécessité, des médicamens.

La Rue, 1894 : Empoisonner.

France, 1907 : Traitement des maladies, surtout par les empiriques de campagne.
Les façons de médeciner sont aussi grotesques qu’amusantes… pour ceux qu’on ne médecine pas. En voici quelques échantillons : tel empirique charge la poitrine d’un malade atteint de pleurésie d’un gros matou tout chaud qu’on vient d’exécuter ; tel autre place sur l’épigastre une planchette et la serre de toutes ses forces à l’aide d’une corde jusqu’à ce que le patient sente craquer ses côtes : c’est pour relever le crochet de l’estomac ! lisez : guérir la gastrite. Avez-vous des coliques ? Buvez un verre d’urine. Si ce sont des rhumatismes, il faut de la graisse de chrétien. Cette drogue ne se trouve pas dans les pharmacies, mais le guérisseux en conserve un petit pot, qu’il fait payer fort cher. Mais les plus habiles et les plus appréciés des bonnes femmes, ce sont ceux qui les médecinent à l’aide de paroles cabalistiques. Il en est pour toute espèce de maux. Ajoutons qu’un pâté de rats est souverain contre les fièvres tenaces. Peut-être pensez-vous que nous parlons de la façon de médeciner au moyen âge ? Erreur, nous parlons de la fin du XIXe siècle.

Microbe

France, 1907 : Du grec micros, petit, et bios, vie. Mot créé vers 1878 par Sédillot, chirurgien de Strasbourg, pour désigner les plus petits représentants de la nature vivante. Ces êtres se mesurent par millièmes ou dixièmes de millième de millimètre. Les microbes se reproduisent avec une vitesse prodigieuse. En 24 heures, 16 millions d’individus peuvent provenir d’un seul. Un millimètre cube de sang corrompu donne en un jour le nombre de 5,000 milliards de micro-organismes. La doctrine microbienne, dite théorie parasitaire ou doctrine du contage animé, explique les phénomènes de la contagion et de l’épidémicité des maladies infectieuses. Les fièvres éruptives, la fièvre typhoïde, les pneumonies, les abcès, les furoncles, la tuberculose, etc., sont causés par la pénétration du microbe dans l’organisme.
On dit « ensemencer » ou « cultiver » les microbes parce que, par une suite de gradations insensibles, ils se rattachent aux moisissures et aux algues, ce qui les a fait considérer à tort comme des végétaux.

France, 1907 : Injure signifiant avorton, être sans aucune valeur.

On se prend à douter si l’avenir, au lieu de désigner notre siècle par le nom de quelque rare génie, ne l’appellera pas le siècle de microbes ; nul mot ne rendrait mieux notre physionomie et le sens de notre passage à travers les générations.

(M. de Vogüé)

Patiner

d’Hautel, 1808 : Au propre ; glisser sur la glace avec des patins.
Patiner. Tâter, farfouiller indiscrètement, porter une main luxurieuse sur les appas d’une femme.

Delvau, 1864 : Badiner — d’une façon indécente.

S’approchant des comédiennes, il leur prit les mains sans leur consentement et voulant un peu patiner.
Car les provinciaux se dêmènent fort et sont grands patineurs.

(Scarron)

Ah ! doucement, je n’aime point les patineurs.

(Molière)

Mais Quand Bacchus vient s’attabler
Près de fille au gentil corsage,
Je me plais à gesticuler ;
J’aime beaucoup le patinage.

(L. Festeau)

Parfois il lui suffit de voir, de patiner.
De poser sur la motte une brûlante lèvre :
Il satisfait ainsi son amoureuse fièvre.

(L. Protat)

Les petites paysannes
Qu’on patiné au coin d’un mur.
Ont, plus que les courtisanes.
Fesse ferme et téton dur.

(De la Fizelière)

Tandis qu’elle lui fait cela, elle le baisa, coulant sa main sur son engin, qu’elle prend dans la braguette, et, quand elle l’a patiné quelque temps, elle le fait devenir dur comme un bâton.

(Mililot)

Quand ils ont tout mis dans la notre, ils se délectent encore, en faisant, à nous sentir la main qui leur patine par derrière les ballottes.

(Mililot)

Parmi les catins du bon ton,
Plus d’une, de haute lignée,
À force d’être patinée
Est flasque comme du coton.

(É. Debraux)

Delvau, 1866 : v. a. et v. n. Promener indiscrètement les mains sur la robe d’une femme pour s’assurer que l’étoffe de dessous en est aussi moelleuse que celle du dessus. Argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Se livrer à des attouchements trop libres sur la personne d’une femme.

Il a voulu patiner. Galanterie provinciale qui tient plus du satyre que de l’honnête homme.

(Scarron, Roman comique, Ire partie, ch. X)

Patiner la dame de pique, patiner le carton, jouer aux cartes. — Patiner le trimard, faire le trottoir.

La Rue, 1894 : Se presser. Galoper. Manier.

France, 1907 : Caresser les formes d’une femme ; même sens que peloter.

Des femmes, parfois, telles qu’une plaine,
Montrent leur poitrine où de froids boutons
Poussent désolés : j’avais la main pleine
Quand je patinais ses fermes tétons.

(A. Glatigny, Joyeusetés galantes)

Pékin, péquin

Rigaud, 1881 : Bourgeois, tout individu qui ne porte pas l’uniforme militaire, — dans le jargon des troupiers. Mot à mot : habitant de Pékin, Chinois, pour exprimer et la distance qui sépare le civil du militaire et le peu de cas qu’on fait du bourgeois au régiment.

Les pékins et les militaires,
Toujours courant, toujours dehors,
Vont et viennent, fiévreuse foule
Comme une frémissante houle.

(A. Pommier, Paris)

France, 1907 : Sobriquet que les militaires donnent aux civils. Depuis l’obligation pour tous du service militaire, ce mot est beaucoup moins en usage qu’autrefois. L’orthographe diffère suivant l’origine qu’on lui donne et en cela les étymologistes ne sont nullement d’accord. Littré était d’abord disposé à ne voir dans pékin que l’étoffe de ce nom que, sous le premier empire, les civils portaient en pantalon comme les militaires le nankin. On distinguait de la sorte à première vue, dit-il, le militaire de celui qui ne l’était pas. Mais, d’après le supplément de son Dictionnaire, pékin daterait de la fête de la Fédération. « À cette fête il y avait des délégués militaires et des délégués des cantons ; la plaisanterie vit dans les cantons la ville de la Chine, et y substitua le nom de la capitale, Pékin. »
Ampère, de son côté, pense que ce mot vient du latin paganus, paysan, villageois, par opposition à soldat ; d’autres lui donnent pour origine l’espagnol pequeno, petit ; d’autres encore en font une altération des vieilles expressions injurieuses piquechien et pissechien. « à moins, dit Charles Royan dans ses Petites Ignorances de la conversation, qu’il ne soit tout simplement une façon de dire chinois, mot qui se prend vulgairement dans un sens dédaigneux et burlesque ».
Mais, ajoute-t-il, mous inclinons à penser que péquin, usité surtout dans l’armée, a pris naissance au milieu des soldats, et c’est pourquoi nous adoptons plus volontiers l’explication du colonel Aubert : « Le père Daniel, dans son Histoire de la milice française, parle des piquenaires, sorte de soldats à pied, qu’il ne faut pas confondre avec les piquichinis, mauvais soldats, sorte de valets d’armée, fort nombreux dans les armées de Charles VI. Les piquichinis ou piquinis, d’origine italienne, méprisés des véritables soldats, firent tant par la maraude que leur nom devint un terme de mépris dans les armées. De vieux dialogues militaires des règnes de Henri III et Henri IV emploient souvent le mot piquini ou péquin pour désigner les adversaires en religion. Ainsi, dans un de ces dialogues, nous voyons un papiste traiter Coligny de pékin ; un autre dialogue est intitulé les pékins de Montauban. »
Élisée Reclus, de son côté, donne une autre explication qu’il a trouvée dans les ouvrages du docteur Louis-Joseph Janvier :

Les Pauvres Haïtiens étaient toujours prêts à se soulever, dans l’espérance constamment déçue d’arriver enfin à cette possession du sol qui pouvait les rendre libres. Haïti eut ses guerres de paysans ou de piquets. Telle serait aussi en France l’origine du mot péquin, changé en pékin, qu’emploient les soldats de métier pour qualifier les civils ou militaires d’occasion, c’est-à-dire des gens simplement munis de pèques ou piques, armes impuissantes contre les fusils et les canons.

Après l’expédition de Chine, le général de Montauban, averti que Napoléon III désirait lui accorder un titre rappelant ses victoires, avait une peur atroce que l’empereur ne le fit duc de Pékin. « Duc de Pékin, disait-il, cela sonnerait bien mal pour un militaire. » On sait qu’il fut fait comte de Palikao.

En vain l’on veut rester pékin,
Quand on a-z-eu la chance
De s’fourrer dans le creux d’la main
Un numéro de partance.
Le sac sur le dos,
En bott’s ou sabots,
N’y a qu’un parti-z-à prendre ;
La loi vous le dit :
En route, conscrit !
Au corps il faut se rendre.

Disons, pour terminer, que dans le patois des Pyrénées, pec, peguin signifient niais, imbécile, idiot. Ne faudrait-il pas aller là pour trouver l’étymologie de pekin ?

Pélot

France, 1907 : Sou. Voir Pelaud.

Ça l’a mis quasiment à sec ; comme il n’avait pas l’œil chez un bistrot, il s’est trouvé fauché, vanné en un rien de temps : plus un pélot en poche !…

(Le Père Peinard)

Vrai… y a des mois qu’on n’a pas d’veine ;
Quand j’dis des mois, j’sais pas c’que j’dis :
J’m’ai toujours connu dans la peine,
Sans un pélot, sans un radis…
Ça s’rait pas trop tôt que j’boulotte,
J’vas tomber malade à la fin ;
I’fait chaud et pourtant j’grelotte…
C’est-i’ la fièvre ou ben la faim ?

(Aristide Bruant, Dans la Rue)

Puceau

d’Hautel, 1808 : Innocent, niais, dont la vertu consiste dans une stérile pudicité.

Delvau, 1864 : Adolescent qui n’a encore connu que la veuve Poignet.

Le jeune homme puceau l’appelle son affaire.

(L. Protat)

Delvau, 1866 : adj. et s. Naïf, innocent ; peu dégourdi, — plus sot qu’il ne convient.

France, 1907 : Jeune homme naïf.

— Si elle allait s’apercevoir ?… Raconter ensuite à mes camarades qu’elle avait eu affaire avec un novice, s’en vanter ! Car j’étais tombé sur une fille plus rusée que ses pareilles, dont c’était justement la marotte de déniaiser un puceau.

(Oscar Méténier)

À moi la fille pâle et grêle, fleur des fièvres !
Car je veux promener mes ongles et mes lèvres
Sur des corps aux maigreurs de vierge et de puceau.

(Théodore Hannon, Rimes de joie)

Redoublement de fièvre

Bras-de-Fer, 1829 : Révélation d’un nouveau fait à charge.

Vidocq, 1837 : s. f. — Accusation nouvelle, nouvelle charge.

Delvau, 1866 : s. m. Révélation d’un nouveau fait à charge, dans le même argot [des voleurs].

Rigaud, 1881 : Nouvelle charge, accusation nouvelle contre l’accusé, — dans l’ancien argot.

Virmaître, 1894 : Fièvre, révélation. Quand un voleur a été dénoncé, il a la fièvre. Une nouvelle révélation à sa charge lui occasionne un redoublement de fièvre (Argot des voleurs).

France, 1907 : Accusation nouvelle contre un inculpé. Redoublement de fièvre cérébrale, nouveau témoignage entraînant la peine capitale.

— Pour peu que les parrains ne viennent pas leur coquer un redoublement de fièvre cérébrale, ma largue et mes gosselines se tireront de ce mauvais pas.

(Mémoires de Vidocq)

Renaud

Delvau, 1866 : s. m. Reproche, esclandre, — dans l’argot des voleurs. Signifie aussi : Danger, péril.

Rigaud, 1881 : Reproche. — Esclandre. — Remords. — Faire du renaud, se plaindre, ameuter le monde par des cris. Renauder. Grogner, refuser. — Reprocher. — Avoir des remords.

Virmaître, 1894 : Faire des reproches à quelqu’un, c’est lui pousser un renaud.
— Y m’en a foutu un de renaud à l’instruction, y m’a dit que je crapserai d’une fièvre cérébrale soignée par Charlot (Argot des voleurs).

France, 1907 : Mauvaise humeur, réprimande. Chercher du renaud, chercher querelle. Être à renaud, grogner. Faire du renaud, faire du tapage.

Ce que le vieux serait à renaud quand il apprendrait que la momignarde avait déguerpi sans sa permission !… Ce qu’il déballerait de ne pas pouvoir la repaumer !

(Ed. Lepelletier)

Rire comme des perdus

France, 1907 :

Nous sommes, sortans de Sicile,
De Carybde tombés en Scylle,
C’est tomber de fièvre en chaud mal,
Polyphème, étrange animal,
Nous fit à tous avoir la fièvre,
Il me fit courir comme un lièvre
Et bien souvent, de pur effroi,
Il me semble que je le vois.
Mais l’homme de cœur tout surmonte ;
Un jour que nous ferons le conte
De tant de beaux combats rendus,
Nous rirons comme des perdus.

(Scarron, Virgile travesti)

Roulottier

Vidocq, 1837 : Les Roulottiers sont ceux qui volent les malles, baches, valises, ou tous autres objets placés ou attachés sur les voitures. Les Roulottiers appartiennent presque tous aux dernières classes du peuple, et leur costume est presque toujours semblable à celui des commissionnaires ou des rouliers. Ils travaillent toujours plusieurs ensemble. Lorsqu’ils ont remarqué sur une voiture un objet qui paraît valoir la peine d’être volé, l’un d’eux aborde le conducteur et le retient à la tête de ses chevaux, tandis que les autres débachent la voiture et font tomber les ballots.
En général, les Roulottiers procèdent avec une audace vraiment extraordinaire. Il est arrivé plusieurs fois à un Roulottier fameux, le nommé Goupi, de monter en plein jour, et dans le quartier des halles, sur l’impériale d’une diligence, et d’en descendre une malle comme si elle lui appartenait.
Pour se mettre à l’abri des entreprises des Roulottiers, il ne faut attacher les ballots derrière les voitures en poste ou à petites journées, ni avec des cordes, ni avec des courroies, mais avec des chaînettes de fer qui ne pourraient être touchées sans qu’une sonnette placée dans l’intérieur de la voiture donnât l’éveil aux voyageurs.
Que les rouliers aient un chien sur leur camion, le plus méchant qu’ils pourront trouver sera le meilleur ; qu’ils renoncent surtout à la détestable habitude d’aller boire un canon avec le premier individu qu’ils rencontrent.
Que les gardiens de voitures de blanchisseuses ne dorment plus sur leurs paquets de linge sale, et l’industrie des Roulottiers sera bientôt mise aux abois.
Les plus fameux Roulottiers étaient jadis les France, les Mouchottes, les Dorés, les Cadet Hervier, les César Vioque. Ces individus, et surtout le dernier nommé, étaient capables de suivre une chaise de poste pendant plusieurs lieues. Ces individus ont presque tous achevé leur existence dans les bagnes et dans les prisons.

Clémens, 1840 : Voleur qui vole les chaises de postes et diligences.

Larchey, 1865 : « Il est, en quelque sorte, le cambrioleur de la rue. Au lieu de travailler en chambre, il travaille en voiture. Il saisit une malle, un colis sur un camion de roulage et s’éloigne avec sa proie. »

(H. Monnier)

Roulottin : Charretier (Vidocq).

Delvau, 1866 : s. m. Voleur qui a pour spécialité de dévaliser les voitures.

Rigaud, 1881 : Voleur qui exploite les camions, qui vole la marchandise que transportent les camions et quelquefois la voiture, pour ne rien laisser traîner.

La Rue, 1894 : Voleur qui dévalise les voitures. Roulottier en cambrouse, voleur de campagne.

Rossignol, 1901 : Celui qui commet des vols sur les voitures est un roulottier.

Hayard, 1907 : Voleur dans les voitures.

France, 1907 : Artiste ou industriel forain qui voyage en roulotte.

Allez à la place du Trône, quand la foire au pain d’épices est dans la fièvre des derniers préparatifs, avant le dimanche qui est la grande première des saltimbanques. Tous les roulottiers le France s’y donnent rendez-vous ; et parmi eux l’on a chance encore de trouver quelques bohémiens.

(Jean Richepin)

Shooting

France, 1907 : Tir aux pigeons ; anglicisme. Le même système s’affirme partout, dit Pontarmé dans le Petit Journal, on efface le mot français pour lui substituer le mot anglais. Plus de patinage, des skating-rings. Plus de tournoi au billard, des matches. Sans rire on écrit : Match de football, ce qui n’est ni anglais ni français. On dit couramment carpette pour tapis. Warrants, docks, drawback, free-trade, trade-unions sont des mots très usités dans la langue commerciale.
Cette fièvre d’emprunts réfléchis sévit surtout dans les choses du sport, comme je le remarquais en commençant ces lignes. La vieille vénerie française, qui composait son langage de termes exquis et vraiment savoureux, d’une origine française si pure, s’est transformée en shooting et hunting dont les armes sont le hammerless, le choke-bored, et où le chasseur s’accompagne de setters, de pointers, etc. Quel jargon ! Ne serait-il pas temps d’en limiter l’envahissement ? En vérité, John Bull doit bien rire de l’anglomanie de ceux qu’il dénomme avec tant de morgue les frog-eaters !

Il y a longtemps que le shooting, ce sport imbécile qui consiste à prendre pour cibles d’innocents pigeons, est acclimaté en France, et l’on prétend en ce moment même introduire le coursing, duel inégal d’un lièvre contre deux lévriers qui n’en font qu’une bouchées, — shooting et coursing, parodies de la chasse à laquelle on a enlevé son imprévu et en réalité simples prétextes à paris.

(Léon Millot, Justice)

Struggle

France, 1907 : Lutte : anglicisme.

Toutes les fois que je viens à Paris, avant d’affronter la Rive droite et ses tempêtes, j’ai cette hygiénique habitude de faire escale sur notre adorable Rive gauche, de préférence au Luxembourg, jardin accueillant où l’homme du struggle est inconnu, l’horrible homme qui n’a plus d’âge, inquiet, fiévreux, brûlé de soucis, affolé d’affaires, et où le flâneur ne rencontre, autour du petit lac peuplé de canards mandarins, que des jeunes gens aux yeux joyeux tout illuminés d’espérance, et de pacifiques vieillards déjà résignés à ne plus être et promenant, avec un sourire, les souvenirs de leur passé.

(Paul Arène)

Tomber de Charybde en Scylla

France, 1907 : Vouloir échapper d’un mal pour tomber dans un pire. Allusion à un tourbillon et à un rocher dangereux du détroit de Sicile. Les vaisseaux des anciens, d’une manœuvre difficile, n’échappaient au gouffre que pour se briser sur le rocher, ou vice versa.

Nous sommes, sortant de Sicile,
De Charybde tombés en Scylle,
C’est tomber de fièvre en chaud mal.

(Scarron, Virgile travesti)

Tranquille comme Baptiste

Delvau, 1866 : adj. Extrêmement sage, calme, tranquille, — dans l’argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Très tranquille.

France, 1907 : Indifférent, indolent, apathique. Dans les anciennes farces, les niais étaient désignés sous le nom de Baptiste ; mais d’après l’Intermédiaire des chercheurs et curieux, cette locution ne remonterait qu’aux premières années de la République, de 1793 à 1795, époque où un acteur comique, nommé Baptiste, se faisait applaudir de tout Paris.

Acteur du théâtre Montansier, puis de celui de la République, ce célèbre comédien avait admirablement réussi dans les niais et par son calme seul il provoquait le fou rire. À cette époque, l’agitation était à son apogée à Paris, la fièvre politique avait envahi toutes les classes de la société et causait d’épouvantables ravages ; les ministères n’étaient pas seuls à tomber, les têtes tombaient aussi ; et cependant, alors comme aujourd’hui, les théâtres étaient combles… Mais le lendemain, lorsque la voix d’Hébert se faisait entendre dans le Père Duchesne, plus d’un Parisien s’écriait : « Ah ! quand serons-nous tranquilles comme Baptiste ?# » De là de dicton si populaire.

(Intermédiaire des chercheurs et curieux)

… Tranquill’ comm’ Baptiste,
J’envisage tout de l’œil le plus froid ;
Droit est-ce une force ? Et force est-ce un droit ?
Qui vivra verra… Je suis j’m’en-foutiste.

(Paul Paillette, Tablettes d’un lézard)

Trapignon, trapillon

France, 1907 : Petite trappe ; argot théâtral.

S’arracher à l’enivrement d’une salle enfiévrée, ne plus sentir les puanteurs des coulisses, ne plus respirer le goût fade qui monte de partout, ne plus marcher grelottante, à demi nue, parée d’oripeaux et constellée de diamants, évitant les trapillons, coudoyée par la cotte graisseuse du machiniste, et dévorée par l’œil émerillonné du pompier de service, sont, parait-il, choses au-dessus des forces humaines.

(Pompon, Gil Blas)

Tremblante

Clémens, 1840 : Fièvre.

Rigaud, 1881 : Fièvre, — dans le jargon des voleurs. — Il a la tremblante : v’là huit jours qu’il ne décolle pas du pieu.

La Rue, 1894 : La fièvre.

France, 1907 : Fièvre ; argot faubourien.

Tremblerie

France, 1907 : Tremblement.

Quand un malade est pris de fièvres, avec tremblerie, on doit faire une neuvaine à saint Alexis. Le neuvième jour on coupe — sans en perdre un morceau — les ongles des pieds et des mains au fiévreux ; il n’y a plus qu’à les enfouir au pied d’un tremble en récitant des prières consacrées. Par la volonté du saint l’arbre prend le frisson du malade, des feuilles s’agitent, ses branches craquent à se briser…

(Gaston Bussy et Gaston Lèbre, Le Mahatma)

Tremblote

Rossignol, 1901 : La fièvre. Avoir la fièvre, c’est avoir la tremblote.

Tremblotte

Virmaître, 1894 : La fièvre. Allusion au tremblement qu’elle produit. On dit d’un homme qui a peur de la moindre des choses : il a la tremblotte. C’est aussi un truc employé par les mendiants pour exciter la charité publique ; ils font semblant de trembler. Mot à mot : de grelotter (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Fièvre. Nous ne savons pourquoi l’Académie n’a pas adopté ce mot, substantif régulier et logique du verbe trembloter comme tremblement est celui de trembler. Une lacune que les écrivains d’ailleurs comblent sans la permission de la docte vieille ; et la langue ne s’en porte pas plus mal.

Tous les ministres, sans exception, ont le droit de consulter l’opinion, de tâter d’où vient le vent, d’écouter la presse, tous — sauf le ministre de la guerre ! Celui-là ne doit avoir ni hésitations, ni détours, ni atermoiements ni reculades ; il doit être ou soldat-citoyen on un citoyen-soldat, comme on voudra, mais jamais un politicien. Ce qu’on exige de lui, ce n’est pas la tremblotte, c’est la décision.

(Jacqueline, Gil Blas)

Allons bon, v’là mes dents qui claquent !
J’sais pas c’que j’ai, c’est épatant :
J’entends les os d’mes jamb’s qui plaquent
Cont’ les parois d’mon culbutant,
J’suis foutu si j’ai la tremblotte :
J’suis pus daufier, j’suis pas dauphin,
J’peux pas m’soigner… ah ! c’que j’grelotte,
C’est-i’ la fiève ou ben la faim ?

(Aristide Bruant)

Veau (fièvre de)

France, 1907 : Ivresse ; vieille expression.

Il a la fièvre de veau, il tremble quand il est saoul.

Vert (se mettre au)

Rigaud, 1881 : S’asseoir à une table de jeu, — dans le jargon des grecs.

France, 1907 : Se ranger, se soumettre à un régime rafraîchissant ; aller en villégiature ; se délivrer pour quelque temps des soucis et des fièvres de la ville.


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