Virmaître, 1894 : Vieille femme Au temps de sa jeunesse Théophile Gautier, en compagnie d’un de ses amis, se promenait dans le jardin des Tuileries. Il avisa une vieille femme vêtue d’une robe à ramages qui datait au moins du Directoire. Il s’approcha d’elle, le chapeau à la main.
— Madame, lui dit-il, je raffole des antiquités, voulez-vous me permettre de baiser le bas de votre robe ?
Elle répondit fièrement :
— Si monsieur veut embrasser mon cul, il a vingt cinq ans de plus que ma robe (Argot du peuple).
Antiquité
Cambriole
d’Hautel, 1808 : Pour dire petite chambre.
La cambriole du milord. Signifie, en terme d’argot, la chambre d’une personne riche et fortunée.
Ansiaume, 1821 : Chambre.
Tandis qu’elle est à la fourmillante, il faut faire la cambriole de la girofle madame.
Ansiaume, 1821 : Vol.
Huet et Lozai ne faisoient que la cambriole, ce sont de mauvais pègres.
Bras-de-Fer, 1829 : Chambre.
M.D., 1844 : Une chambre.
Halbert, 1849 : Chambre.
Delvau, 1866 : s. f. Chambre, — dans l’argot des voleurs. Cambriole de Milord. Appartement somptueux. Rincer une cambriole. Dévaliser une chambre.
Fustier, 1889 : Boutique. (Richepin)
La Rue, 1894 : Chambre.
Rossignol, 1901 : Logement.
Hayard, 1907 : Domicile.
France, 1907 : Chambre, boutique ; argot des voleurs. Être maître d’une cambriole, c’est la connaître et savoir comment s’y prendre pour la dévaliser. Rincer une cambriole, enlever les meubles et tout ce qui s’y trouve.
— On voit que pour le quart d’heure tu n’es pas heureux.
— Oh ! oui ; j’ai fièrement besoin de me recaler.
— En ce cas, viens avec moi, je suis maître d’une cambriole que je rincerai ce soir.
(Marc Mario et Louis Launay, Vidocq)
Dégouté (pas)
Larchey, 1865 : Ambitieux.
Se dit en plaisantant d’un homme qui sans avoir l’air de choisir, prend le meilleur morceau.
(d’Hautel, 1808)
« Belle dame, vous êtes joliment jolie ce soir ! je souperais fièrement avec vous. » — « Tu n’es fichtre pas dégoûté. » — Gavarni.
Fièrement
d’Hautel, 1808 : Cet adverbe, ainsi que son adjectif, s’emploie d’une manière bannale, et en a toutes les acceptions.
Il est fièrement farce ; il est fièrement drôle. Pour dire qu’un homme est risible, plaisant et bouffon.
On dit d’une chose de prix, qu’elle est fièrement chère : d’un sot au suprême degré, qu’il est fièrement bête.
Larchey, 1865 : Grandement. — V. Dégoûté, Tomber.
Que demain je lâche ma place, on me tomberait fièrement dessus.
(De Goncourt)
Y aura fièrement de monde. Venez-y.
(Vadé, 1788)
Delvau, 1866 : adv. Beaucoup, étonnamment.
Limace
Ansiaume, 1821 : Chemise.
Il y avoit 2 limaces, 3 blards et 6 loubions.
Vidocq, 1837 : s. f. — Chemise.
Clémens, 1840 / M.D., 1844 / un détenu, 1846 : Chemise.
Delvau, 1864 : Membre viril — qui n’est pas viril ; par exemple, celui des vieillards, qui ne sait plus relever fièrement la tête au premier appel d’une femme, et aspire honteusement a la tombe, comme le nez du père Aubry.
Bien qu’en toi sa limace ait été dégorgée,
Pour toi je bande encore…
(Louis Protat)
Delvau, 1866 : s. f. Chemise, — dans l’argot des voleurs et des vendeurs du Temple.
Delvau, 1866 : s. f. Fille à soldats, — dans l’argot des faubouriens.
Rigaud, 1881 : Prostituée du dernier ordre.
Merlin, 1888 : Chemise, — de l’argot parisien.
La Rue, 1894 : Basse prostituée. Chemise.
Virmaître, 1894 : Chemise (Argot du peuple).
Virmaître, 1894 : V. Rôdeuse.
Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Chemise.
France, 1907 : Chemise ; du vieil argot lime.
Alle avait eun’ robe d’reps noir,
L’matin ça y servait d’peignoir,
La nuit ça y servait d’limace.
(Aristide Bruant)
Par les accrocs de la limace
Qui se donne un air de drapeau,
Le soleil leur chauffe la peau ;Leurs godillots font la grimace.
Il fait bon dehors pour les gueux
Qui battent le pavé des rues,
Sans bidoches et sans morues
À foutre sous leurs doigts rugueux.
Les feuilles servent de limace
Aux va-nu-pieds, aux trottins ;
Est-ce pour vivre de crottins
Que depuis si longtemps on masse ?
(Ed. Bourgeois)
France, 1907 : Fille à soldats. Les Anglais disent haquenée de caserne.
Madame Cardinal
France, 1907 : Mère d’actrice, femme qui trafique des charmes de sa fille, qui la lance dans la prostitution. Ce nom est tiré d’une pièce d’Halévy.
Durant seize ans, cette femme a caressé, dorloté, élevé, instruit sa lignée ; puis, quand l’enfant est devenue une belle fille désirable, taillable et corvéable, la mère pare cette chair fraîche et pure, l’oint et la parfume et l’accompagne fièrement au seuil de l’alcôve où attend quelque pourceau doré. « Travaille bien, ma fille, dit Madame Cardinal, fais ton chemin ; travailler, c’est prier. »
(Henry Bauër)
Marche à terre
Larchey, 1865 : Fantassin.
Quand tu étais dans la cavalerie, tu n’étais pas dans les marche à terre.
(Vidal, 1833)
France, 1907 : Sobriquet donné par les cavaliers aux fantassins, et par les artilleurs à cheval aux artilleurs à pied, les conducteurs aux servants.
Le conducteur, qui comprend l’importance de sa position et apprécie ses vingt sous de paye à leur juste valeur, sait résonner fièrement ses éperons devant le servant, qu’il traite avec dédain de grivier, de marche à terre et de carapata. Le servant, mortifié dans sa dignité d’homme, répond au conducteur en l’appelant crottin. Et l’honneur sauf, chacun demeure dans ses limites respectives.
(A. Foubert, Le 39e d’artillerie)
Nunquam non paratus
France, 1907 : Toujours prêt. Locution latine ; littéralement : jamais non préparé.
Du résultat de cette visite dépendait l’avenir du mari, de tous les siens ; aussi, pour séduire le vieux sénateur, déploya-t-elle tous ses artifices. Coquettement vêtue d’un peignoir aux provocatrices transparences, elle le fit asseoir à ses côtés, et, à demi couchée sur l’ottomane, elle prenait les plus troublantes poses.
Il vit bien la manœuvre, mais se contenta de plonger un regard goulu dans l’échancrure du corsage et soupira.
— Eh bien, quoi ? lui demanda-t-elle à la fin, dépitée.
— Hélas ! Madame, si vous saviez le latin, je vous répondrais que le temps est passé où je disais fièrement aux dames : Nunquam non paratus.
— Je ne sais pas de latin, répliqua-t-elle, mais je comprends que vous voulez dire : « Petit bonhomme ne vit plus. »
(Les Propos du Commandeur)
Pantre
Vidocq, 1837 : s. m. — Homme simple, facile à tromper, paysan.
M.D., 1844 : Paysan.
un détenu, 1846 : Un bourgeois, un individu qui se laisse duper.
Halbert, 1849 : Bête, simple.
Rossignol, 1901 : Innocent, bête, honnête homme.
France, 1907 : Dupe. Abréviation de Pantruchon, Parisien.
— Eh ! oui, buvons ! Qui paiera ? — Les pantres !
(Mémoires de Vidocq)
Le chien, la maîtresse et l’amant
S’en vont tous trois fièrement,
Et haut le ventre,
À la conquête de celui
Qui sera ce soir le mari,
Disons le pantre !
(Chanson du Père Lunette)
Pouce (avoir du)
Delvau, 1866 : Avoir de la vigueur ; être fièrement campé, crânement exécuté, — dans l’argot des artistes.
Pousse
Bras-de-Fer, 1829 : Corps des gendarmes.
Larchey, 1865 : Gendarmerie. Mot ancien. V. Roquefort. Il confirme le sens que nous avons donné à son synonyme Cogne.
Archer, recors, exempts, Et tout ce que la pousse a nourri de vaillants.
(Grandval, 1723)
Delvau, 1866 : s. f. Les gendarmes, — dans l’argot des voleurs.
France, 1907 : Police, gendarmerie.
Cartouche, à ce discours, dit : Nous sommes trahis ;
Allons ! de la vigueur, courage, mes amis,
Tenons ferme. Il descend, s’approche de la porte,
Insulte fièrement leur nombreuse cohorte
« Paroissez, leur dit-il, archers, recors, exempts,
Et tout ce que la pousse a nourri de vaillants. »
(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)
Tomber dessus
Larchey, 1865 : Maltraiter en paroles ou en actions.
Que demain je lâche ma place ! on me tomberait fièrement dessus.
(De Goncourt)
Delvau, 1866 : v. n. Maltraiter en paroles ou en action.
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