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Araignée

d’Hautel, 1808 : Main d’araignée ; Pate d’araignée ; Doigts d’araignée. Main sèche, étique et décharnée ; doigts longs, fluets et maigres.

Delvau, 1864 : Faire patte d’araignée. Action de prendre les couilles et le vit de l’homme de manière à chatouiller le tout à la fois en allant de la tête du vit au périnée et au trou du cul, de haut en bas, à droite et à gauche et retour, en y joignant des coups de langue au filet du vit décalotté, le tout jusqu’à jouissance complète. — Voir patte d’araignée.

Rigaud, 1881 : Voiture montée sur roues très-hautes et pourvue seulement d’un siège. Elle a des airs de faucheux ; d’où son nom. Elle sert spécialement aux maquignons pour essayer les chevaux.

Fustier, 1889 : Vélocipède à deux roues dont l’une, celle de devant, est très grande, et l’autre, celle de derrière, d’un diamètre très petit.

France, 1907 : Femme maigre et mal bâtie, Araignée de comptoir. Signifie aussi prostituée, Araignée de bastringue, de trottoir :

Elle attend les flâneurs qui passent, l’Araignée ;
Qu’il fasse ou non soleil, qu’il fasse chaud ou froid,
Elle est à la fenêtre ; en regardant, on voit
Aux rideaux entr’ouverts sa tête mal peignée.

(Jérôme Monti, Le Traquenard)

Avoir une araignée dans le plafond, avoir une idée fixe, ou un grain de folie.

Ardent

Delvau, 1866 : s. m. Chandelle, — dans l’argot des voleurs, qui ont emprunté cette expression, avec tant d’autres, à l’argot des Précieuses.

Rigaud, 1881 : Chandelle, — dans l’ancien argot. — Ardents, yeux.

La Rue, 1894 : Chandelle, lumière. L’œil.

France, 1907 : Chandelle ; argot des voleurs qui appellent les mouchettes fauche-ardents.
Se dit également des yeux : les ardents.

Balançon

Ansiaume, 1821 : Barreau de fer.

Il faut deux plombes pour faucher les balançons.

Delvau, 1866 : s. m. Marteau de fer, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Marteau de fer, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Marteau de fer.

Virmaître, 1894 : Marteau. Pour frapper vigoureusement il faut balancer son marteau par le manche (Argot des voleurs). N.

Hayard, 1907 : Marteau.

France, 1907 : Marteau de fer.

Bastringue

d’Hautel, 1808 : Nom donné primitivement à une contredanse qui a été long-temps on vogue à Paris ; ce mot a reçu depuis une grande extension : le peuple, à qui il a plu, s’en est emparé, et l’a appliqué à des choses de nature différente.
Un bastringue signifie tantôt un bal mal composé ; tantôt un mauvais joueur de violon ; puis une maison en désordre ; un mauvais lieu.
Un bastringue est aussi une petite mesure qui équivaut à peu-près à ce que les buveurs appeloient autrefois un canon, dont la capacite répondoit à celle d’un verre moyen.
Boire un bastringue signifie donc vulgairement, boire un verre de vin.

Ansiaume, 1821 : Lime fine.

N’oublie pas la bastringue pour faucher les balançons.

Vidocq, 1837 : s. m. — Étui de fer-blanc, d’ivoire, d’argent, et quelquefois même d’or, de quatre pouces de long sur environ douze lignes de diamètre, qui peut contenir des pièces de vingt francs, un passe-port, des scies et une monture, que les voleurs cachent dans l’anus. La facilité qu’ils trouvaient à dérober cet étui à tous les yeux, et la promptitude avec laquelle ils coupaient les plus forts barreaux et se débarrassaient de leurs chaînes, a long-temps fait croire qu’ils connaissaient une herbe ayant la propriété de couper le fer ; l’herbe n’était autre chose qu’un ressort de montre dentelé, et parfaitement trempé.

Halbert, 1849 : Scie pour scier le fer.

Larchey, 1865 : Étui conique en fer d’environ quatre pouces de long sur douze lignes de diamètre, contenant un passe-port, de l’argent, des ressorts de montres assez dentelés pour scier un barreau de fer, un passe-port, de l’argent, etc. — Vidocq — Les malfaiteurs, sur le point d’être pris, cachent dans leur anus cette sorte de nécessaire d’armes, mais il doit être introduit par le gros bout. Faute de cette précaution, il remonte dans les intestins et finit par causer la mort. Un prisonnier périt il y a quelques années de cette manière, et les journaux ont retenti du nombre prodigieux d’objets découverts dans son bastringue, après l’autopsie.

Delvau, 1866 : s. m. Bruit, vacarme, — comme on en fait dans les cabarets et dans les bals des barrières.

Delvau, 1866 : s. m. Guinguette de barrière, où le populaire va boire et danser les dimanches et les lundis.

Delvau, 1866 : s. m. Scie à scier les fers, — dans l’argot des prisons, où l’on joue volontiers du violon sur les barreaux.

Rigaud, 1881 : Lime, scie. — Étui dans lequel les récidivistes serrent les outils nécessaires à leur évasion, tels que lime, scie, ressort de montre. De là l’habitude qu’on a dans les prisons, lors de la visite, au moment de l’arrivée du prévenu ou du condamné, de le faire complètement déshabiller et de lui administrer une forte claque sur le ventre, dans le but de s’assurer s’il a un bastringue sous lui.

Rigaud, 1881 : Vacarme. — Faire du bastringue.

La Rue, 1894 : Lime, scie, outils d’évasion renfermés dans un étui. Guinguette et bal de barrière.

Virmaître, 1894 : Bal de bas étage où se donne rendez-vous la canaille du quartier dans lequel il est situé. Bastringue, faire du bruit, du tapage. Quand l’homme rentre au logis, un peu humecté et qu’il casse la vaisselle, la ménagère, furieuse, lui dit :
— T’as pas bientôt fini ton bastringue, sale chameau ? (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Bal de bas étage.

Rossignol, 1901 : Étui en ivoire ou en argent que les voleurs tiennent constamment caché dans leurs intestins et qui peut contenir jusqu’a 800 francs en or ; ainsi, lors qu’ils se trouvent arrêtés, ils ne sont jamais sans argent. Il y a des bastringues qui contiennent tournevis, scies et monture. Avec une scie semblable, votre serviteur a scié un barreau de la grosseur de ceux des prisons en trente-six heures. Cet étui est bien connu dans les prisons centrales, mais il est difficile de le trouver, le voleur le retire le soir de sa cachette pour le remettre le matin où il reste toute la journée. Il y a une chanson sur les prisons centrales où il est dit :

Un surveillant vous fait regarder à terre En vous disant : Baissez-vous à moitié ; Il vous palpe et regarde le derrière, Dans la maison, c’est l’usage de fouiller.

Hayard, 1907 : Bal de bas étage.

France, 1907 : Bal de barrière.

Mademoiselle, voulez-vous danser ?
V’là le bastringue.
V’là le bastringue !
Mademoiselle, voulez-vous danser ?
Le bastringue va commencer.

(Vieille chanson)

On appelle aussi bastringue, dans l’argot des prisons, une scie à scier le fer ; c’est également un étui conique, d’environ quatre pouces de long sur douze lignes de diamètre, qui sert à renfermer cette scie et d’autres objets utiles aux prisonniers.

Les malfaiteurs arrêtés cachent dans leur anus cette sorte de nécessaire d’armes, qui doit être introduit par le gros bout. Faute de cette précaution, il remonte dans les intestins et finit par causer la mort. Un détenu périt, il y a quelques années, de cette manière, et les journaux ont retenti du nombre prodigieux d’objets découverts dans son bastringue, après l’autopsie.

(Lorédan Larchey.)

Boussole

d’Hautel, 1808 : Pour le chef, la tête.
Est-ce que tu perds la boussole ? Pour est-ce que tu perds la tête ; se dit à quelqu’un qui fait des propositions ou qui tient des discours étranges.

Ansiaume, 1821 : Teste.

Il lui a fauché la boussole avec une souris.

Vidocq, 1837 : s. m. — Tête.

Larchey, 1865 : Cerveau. — Le cerveau dirige l’homme comme la boussole dirige le navire.

J’ai ça dans la boussole. Ainsi ne m’en parlez plus.

(Vidal, 1833)

Boussolle de refroidi : Fromage de Hollande (Vidocq). — Mot à mot : tête de mort. Allusion à la forme de ce fromage qui est celle d’une boule assez grosse.

Delvau, 1866 : s. f. Tête, — dans l’argot du peuple, qui sait aussi bien que personne que c’est là que se trouve l’aiguille aimantée appelée la Raison. Perdre la boussole. Devenir fou.

Rigaud, 1881 : Tête, cervelle. — Perdre la boussole, déraisonner, devenir fou.

Au moyen âge les médecins comparaient la tête de l’homme à un vaisseau dont le sinciput était la proue et l’occiput la poupe. La tête représentant un navire, la cervelle fut prise pour la boussole, pour guide.

(Ch. Nisard)

Virmaître, 1894 : Tête. La tête, comme la boussole, dirige (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : La tête.

Tu divagues, tu perds la boussole.

On dit aussi la boule.

Hayard, 1907 : Tête.

France, 1907 : Tête, cerveau. Perdre la boussole, devenir fou.

Comme ils pensaient avoir besoin de leur tête pour un peu plus tard, et que déjà un épais brouillard s’amoncelait sous la voûte osseuse qui couvre le souverain régulateur de leurs actions, afin de ne pas perdre la boussole, ils cessèrent insensiblement de faire de leur bouche un entonnoir, et ne l’ouvrirent plus que pour jaboter.

(Marc Mario et Louis Launay)

Calino

Larchey, 1865 : Homme ridiculement naïf. — C’est une pièce du vaudeville qui a vulgarisé ce nom et ce type.

L’artiste était fort ennuyé par une espèce de calino.

(Figaro)

Delvau, 1866 : s. m. Nom d’une sorte de Jocrisse introduit par Antoine Fauchery dans un vaudeville, et qui a été appliqué depuis à tous les gens assez simples d’esprit, par exemple, pour s’imaginer avoir vu bâtir la maison où ils sont nés.

France, 1907 : Nom d’une sorte de Jocrisse introduit par Antoine Fanchery dans un vaudeville, vers 1858, et dont la presse s’est emparée pour en faire un nouveau type auquel on attribue toutes les niaiseries et toutes les naïvetés. Le nom vient, du reste, du vieux mot calin (niais) et on le trouve dans Tallemant des Réaux : « L’artiste était fort ennuyé par une espèce de Calino. »
Cependant, s’il faut s’en rapporter à certains étymologistes, ce type de la naïveté burlesque aurait réellement existé.

C’était un garçon fort connu des artistes qui fréquentaient vers 1846 l’ancien café de la Porte Saint-Martin, où il s’était créé une véritable célébrité.

Calinot

Rigaud, 1881 : Type du naïf, petit fils de La Palisse et frère de Jocrisse. Découvert par MM. Ed. et J. de Goncourt dans : Une Voiture de Masques, Calino a été mis en pièce par MM. Barrière et Fauchery. L’orthographe primitive de MM. de Goncourt donne Calinot par un t aujourd’hui l’on écrit Calino sans t, probablement par économie, puisque Calinot a fait calinotades.

Chouette

d’Hautel, 1808 : Malin comme une chouette. Pour dire sans finesse, sans esprit, gauche et dépourvu d’industrie.

Vidocq, 1837 : ad. — Excellent.

Clémens, 1840 : Jolie, belle.

un détenu, 1846 : Quelque chose de bien. Largue chouette, femme qui est bien. Cela est chouette.

Halbert, 1849 : Beau, remarquable.

Delvau, 1866 : adj. Superlatif de Beau, de Bon et de Bien, — dans l’argot des ouvriers. On dit aussi Chouettard et Chouettaud, — sans augmentation de prix.

Rigaud, 1881 : Beau, excellent. Chouette, alors ! — très bien alors ! Femme chouette, belle femme. Repas chouette, bon repas.

Rigaud, 1881 : Malin.

(Le Sublime)

— Faire la chouette, jouer à l’écarté, à l’impériale, seul contre plusieurs adversaires qui prennent les cartes à tour de rôle et qui parient de concert.

La Rue, 1894 : Beau, joli. Jolie prostituée.

Virmaître, 1894 : Superlatif de tout ce qu’il y a de plus beau, le suprème de l’admiration. Chouette (être fait) : être arrêté par les agents. Ce n’est pas chouette : ce n’est pas bien. Elle n’est pas chouette : elle est laide (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Beau, belle, bien, bon, bonne.

Hayard, 1907 : Beau, bien.

France, 1907 : A aussi la signification de chic.

— Pas étonnant, reprend le pantalon percé, si les gens chouettes deviennent rosses, on fait tout pour les dégoûter de donner.
— Les gens chouettes, répond le titi, t’en connais, toi, des gens chouettes ? Regarde un peu à Saint-Eustache, c’était ouvert dès le matin et on pouvait aller s’y chauffer en sortant d’ici. Ben, maintenant, on nous fout à la porte.

(Guy Tomel, Le Bas du Pavé parisien)

Dans l’aube qui naissait, chétive silhouette,
La « veuve » lui semblait piteuse et pas chouette,
Et cabotin hideux, peut-être à son insu,
Polyte murmurait : « Non, vrai ! si j’avais su… »

(Paul Nagour)

France, 1907 : Joli, agréable.

De cent métiers en mon pouvoir
J’ai choisi le plus chouette :
Adèle faisait le trottoir
Et m’offrait la galette.

(Georges Prud’homme)

Beaujean, assez épris de l’étroite banlieue, n’aimait pas beaucoup la province ; même la grande ceinture paraissait arriérée à son parisianisme aigu. Et il se plaint d’être ainsi relégué, pour son dernier acte, hors de son cadre et de son milieu habituel : « Ce qui m’embête, c’est d’être fauché à Versailles. J’aurais préféré place de la Roquette : au moins, là, on a une chouette galerie et l’on peut reconnaître des copains… »

(Séverine)

J’crach’ pas sur Paris, c’est rien chouette,
Mais comm’ j’ai une âme d’poête,
Tous les dimanch’s j’sors de ma boîte,
Et j’m’en vais, avec ma compagne,
À la campagne !

(Paul Verlaine)

Ce mot s’emploie ironiquement : Nous sommes chouettes ! Nous voilà bien lotis.

— Ah ! la riche idée qu’il a eue, l’idiot, d’introduire des femmes chez nous, des femmes au rabais ! de leur faire faire concurrence aux hommes et d’avilir ainsi le prix du travail… Toutes les souffrances, les larmes, les hontes, les désespoirs, les vices et les crimes de toutes ces pauvres petites s’élèvent contre lui, l’accablent et le maudissent. Quand il aurait si bien pu, en donnant à son personnel mâle plus d’argent en échange de plus de travail, l’encourager à se marier, à ne pas laisser vieillir, se faner et s’avilir toutes ces filles de petits bourgeois et d’ouvriers ! Ah ! le monstre ! Mais ce n’est même pas un bordel qu’il nous a légué, ce misérable, c’est un égorgeoir et un dépotoir ! Ah ! c’est superbe ! chouette, le résultat !

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

Être chouette, dans l’argot des voleurs, c’est être pris. Faire une chouette, jouer seul contre deux : terme de billard.

anon., 1907 : Beau, belle.

Colas

d’Hautel, 1808 : Un grand Colas. Terme de raillerie qui a la même signification que grand dadais, nigaud, badaud, homme d’une extrême simplicité d’esprit.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Le cou. Faire suer le colas, égorger, couper le cou.

Halbert, 1849 : Le cou.

Delvau, 1866 : s. m. Cou, — dans le même argot [des voleurs]. Faucher le colas. Couper le cou. On dit aussi le colin.

Delvau, 1866 : s. m. Imbécile, ou seulement homme timide, — dans l’argot du peuple, qui aime les gens dégourdis. Grand Colas. Nigaud, qui a laissé échapper une bonne fortune.

France, 1907 : Niais, benêt de village. Faire bailler le colas, couper la gorge. Allusion soit au cou, soit au mot Colas, la victime étant, aux yeux de l’assassin, toujours un niais, c’est-à-dire un pante.

Colas, colin

Larchey, 1865 : (Vidocq) — diminutif de col. — faucher le colas, couper le cou.

Donner de l’air (se)

Bras-de-Fer, 1829 : Se sauver.

Delvau, 1866 : v. réfl. S’en aller de quelque part, non parce qu’on y étouffe, mais parce qu’on s’y ennuie, ou parce qu’il est l’heure de se retirer.

La Rue, 1894 : Partir, s’enfuir. Donner un pont à faucher, tendre un piège. Donner un redoublement de fièvre, charger un accusé d’un nouveau méfait.

France, 1907 : S’enfuir.

Elle partit à pied pour Périgueux, à 120 kilomètres de Bordeaux, sans argent et sans s’inquiéter de ses effets. Il était sept heures du soir, elle arriva à minuit à Libourne et se présenta à la gare de chemin de fer. Un employé lui fournit un lit. Le lendemain, elle mit son châle « en plan » pour cinq francs. Elle partit de Libourne dans la soirée avec un commis-voyageur. Le cinquième jour, elle était de retour crottée, harassée, affamée, et se faisait enrôler dans une autre maison. Elle s’était donné de l’air.

(Dr Jeannel, La Prostitution au XXe siècle)

Donner un pont

France, 1907 : Tendre un piège. Donner un pont à faucher, se moquer de quelqu’un.

Donner un pont à faucher

Halbert, 1849 : Tendre un piège.

Delvau, 1866 : v. a. Tendre un piège, — dans l’argot des voleurs.

Douilles

Ansiaume, 1821 : Cheveux.

Le cardeuil a fait faucher les douilles de tous les amis.

anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Cheveux.

Vidocq, 1837 : s. m. — Cheveux.

Clémens, 1840 / Halbert, 1849 : Cheveux.

Delvau, 1866 : s. f. pl. Cheveux, — dans le même argot [des voleurs et des faubouriens]. Douilles savonnées. Cheveux blancs.

Merlin, 1888 : Cheveux.

Virmaître, 1894 : Cheveux (Argot du peuple). V. Alfa.

Rossignol, 1901 : Cheveux ; celui qui en a beaucoup est riche en douilles.

Hayard, 1907 : Cheveux.

France, 1907 : Cheveux. Douilles savonnées, cheveux blancs. On dit aussi douillards.

Viv’ la gaité ! J’ai pas d’chaussettes ;
Mes rigadins font des risettes ;
Mes tas d’douillards m’servent d’chapeau.

(Jean Richepin, Chanson des Gueux)

anon., 1907 : Cheveux.

Échotier

Delvau, 1866 : s. m. Faiseur ou collecteur d’échos.

France, 1907 : Journaliste qui rédige les échos.

Indépendamment de la loge de Fauchery, il y a celle de la rédaction, de la direction et de l’administration, une baignoire pour son soiriste, une autre pour son échotier, quatre fauteuils pour ses reporters.

(Paul Mahalin)

Embaumé

Fustier, 1889 : Jeune homme élégant dans le jargon parisien. L’embaumé est le descendant direct du faucheur qui, lui-même, succédait au bécarre qui descendait des boudinés, grelotteux et autres pschutteux. Embaumé qui donnait assez bien l’idée du jeune élégant pommadé, mais exsangue, fit fureur pendant la saison d’été 1885-1886 et a été détrôné à son tour par de nouveaux vocables.

De la Bastille à la Madeleine, l’embaumé règne en maître absolu.

(Voltaire, décembre 1885.)

Farcher, faucher dans le pont

Rigaud, 1881 : Tomber dans un piège. Mot à mot : couper dans le pont.

Fauchant, faucheux

Larchey, 1865 : Ciseaux (Vidocq). — Les ciseaux fauchent. — Fauche-ardent : Mouchettes. — Mot à mot : coupe-lumière.

Fauchants

Halbert, 1849 : Ciseaux.

Delvau, 1866 : s. m. pl. Ciseaux, — dans l’argot des voleurs. Ils disent aussi Faucheux.

La Rue, 1894 : Ciseaux.

Virmaître, 1894 : Les ciseaux (Argot des voleurs).

Hayard, 1907 : Ciseaux.

Fauchants, faucheux

Rigaud, 1881 : Ciseaux, — dans l’ancien argot.

France, 1907 : Ciseaux.

Fauché

La Rue, 1894 : Pauvre.

Virmaître, 1894 : Guillotiné. Par allusion au supplicié qui est sans tête, on dit d’un homme sans le sou, qui n’a pas de faces dans ses poches :
— Il est fauché (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Celui qui perd tout son argent au jeu s’est fait faucher. Fauché veut aussi dire ne plus rien posséder.

Hayard, 1907 : Sans le sou.

Fauché (être)

Halbert, 1849 : Être mis à mort.

Delvau, 1866 : Être guillotiné au bagne.

France, 1907 : Être guillotiné. Il y a de nombreux synonymes : être buté, être glaivé, être mécanisé, être raccourci, épouser la veuve, éternuer dans le son ou dans de sac, embrasser Charlot, mettre la tête à la fenêtre, jouer à la main chaude, monter à l’abbaye de Monte-à-regret, mouflonner son mufle dans le son, passer sa bille au glaive, passer à la voyante, tirer sa crampe avec la veuve, faucher le colas.

France, 1907 : N’avoir pas d’argent ; jeûner.

anon., 1907 : N’avoir pas d’argent.

Fauche-ardant

Vidocq, 1837 : s. f. — Mouchette.

Rigaud, 1881 : Mouchettes, — dans l’ancien argot.

Fauche-ardent

Delvau, 1866 : s. m. Mouchettes, — dans l’argot des voleurs.

Fauche-ardents

Virmaître, 1894 : Les mouchettes. Les mouchettes coupent, en effet, la mèche de la chandelle (Argot des voleurs).

Fauchemann

Virmaître, 1894 : Fauché.
— Je suis fauchemann (Argot des souteneurs). N.

Faucher

d’Hautel, 1808 : Faucher le grand pré. Ramer sur les galères ; faire le métier de galérien.

Ansiaume, 1821 : Couper.

Il a fallu faucher 4 balançons et aller de l’avant.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Couper. Être fauché, être guillotiné. Faucher le pré, être aux galères.

Bras-de-Fer, 1829 : Guillotiner.

Vidocq, 1837 : v. a. — Couper.

Clémens, 1840 : Couper.

M.D., 1844 : Guillotiner.

un détenu, 1846 : Tuer, guillotiner.

Larchey, 1865 : Couper.

Faucher, dans leur langage veut dire l’exécution de la peine de mort.

(Balzac)

V. Colas. Terrer. — Faucher dans le pont : Couper dans le pont. V. ce mot. — Faucheur : Voleur coupant (fauchant) les chaînes de montre. — Faucheur : Bourreau.

Delvau, 1866 : v. a. Couper, — dans le même argot [des voleurs], où on emploie ce verbe au propre et au figuré. Faucher le colas. Couper le cou. Faucher dans le pont. Donner aveuglément dans un piège. Faucher le grand pré. Être au bagne.

Rigaud, 1881 : Guillotiner. — Couper. — Faucher le grand pré, être aux galères, — dans l’ancien argot.

Rigaud, 1881 : Tromper ; voler, — dans l’argot des camelots et des truqueurs. Le mec est fauché, l’individu est dépouillé.

La Rue, 1894 : Guillotiner. Couper. Tromper, voler. Être au bagne.

Rossignol, 1901 : Guillotiner. Un supplicié a été fauché.

Rossignol, 1901 : Voler.

France, 1907 : Guillotiner.

anon., 1907 : Voler.

Faucher dans le pont

Vidocq, 1837 : v. a. — Donner aveuglément dans tous les pièges. Se laisser tromper aux jeux de cartes. (Voir Pont.)

France, 1907 : Tomber dans le piège.

Faucher le colas

Clémens, 1840 : Couper le col.

Faucher le grand pré

France, 1907 : Subir sa peine au bagne. Cette expression vient des anciens forçats qui ramaient sur les galères de l’État ; leurs rames étaient comparées à une faux et la mer à un pré.
On trouve dans le Gil Blas de Lesage : « émoucher la mer avec un éventail de vingt pieds ».

Faucher le persil

Delvau, 1866 : v. a. Se promener, en toilette « esbroufiante », sur les trottoirs les plus et les mieux fréquentés. Argot des filles et de leurs souteneurs. On dit aussi Cueillir le persil, Aller au persil, et Persiller.

France, 1907 : Raccrocher les hommes dans la rue. On dit également : aller au persil, cueillir le persil, ou, simplement, persiller.

Faucher les brèmes

Clémens, 1840 : Préparer un jeu de cartes propre à tromper.

Faucher les douilles

Clémens, 1840 : Couper les cheveux.

Faucher une valade

Clémens, 1840 : Couper une poche.

Fauchettes

France, 1907 : Ciseaux.

Faucheur

Bras-de-Fer, 1829 / Halbert, 1849 : Bourreau.

Delvau, 1866 : s. m. Le bourreau, — dans l’argot des prisons où l’allégorie du Temps est une sinistre réalité.

Rigaud, 1881 : Bourreau. — Coupe-bourse, — dans l’ancien argot. — La faucheuse, la guillotine, — dans l’argot moderne.

Fustier, 1889 : Type de l’homme à la mode qui a fleuri en l’an de grâce 1885. Ça a été le successeur du grelotteux.

Paris a eu ses dandys, ses lions, ses gommeux, ses pschutteux. Il a maintenant un type nouveau qui s’appelle le faucheur. Le faucheur est cet individu, situé entre vingt et vingt-cinq ans, que vous rencontrez sur les boulevards une canne à la main et qui représente à vos yeux la quintessence du chic parisien. Le faucheur est ainsi nommé à cause de sa façon de marcher et surtout de porter sa canne. Il la tient par le petit bout, laissant traîner la pomme à terre ; le bras droit qui se balance énergiquement de gauche à droite ou bien du nord-ouest au sud-est, rappelle l’allure des gens de la campagne fauchant les blés murs et les foins odorants. De là le sobriquet.

(Figaro, 1885.)

Virmaître, 1894 : Le bourreau (Argot des voleurs).

France, 1907 : Le bourreau.

France, 1907 : Voleur qui coupe les chaînes de montre.

Faucheur (le)

Hayard, 1907 : Le bourreau.

Faucheuse

France, 1907 : La guillotine.

Faucheux

d’Hautel, 1808 : Espèce d’araignée qui a le corps petit et les jambes fort grandes.
Beaucoup de personnes croyent bien parler, en appelant cet insecte faucheur, mais c’est à tort ; il faut dire faucheux.
Un faucheur
est l’ouvrier qui fauche, qui coupe les foins.

Vidocq, 1837 : s. m. — Ciseaux.

Delvau, 1866 : s. m. Homme à jambes longues et grêles comme les pattes du Phalangium, — dans l’argot du peuple, qui ne laisse passer devant lui aucune infirmité grave ou légère, sans la saluer d’une injure ou tout au moins d’une épigramme.

Faucheux (des)

M.D., 1844 : Des ciseaux.

Feignant

Delvau, 1866 : s. et adj. Fainéant, — dans l’argot du peuple, qui parle plus correctement qu’on ne serait tenté à première vue, de le supposer, feignant venant du verbe feindre, racine de fainéantise, qu’on écrivait autrefois faintise. Signifie aussi Poltron, lâche, et c’est alors une suprême injure, — l’ignavus de Cicéron, Barbarisme nécessaire, car fainéant ne rendrait pas du tout la même idée, parce qu’il n’a pas la même énergie et ne contient pas autant de mépris.

Virmaître, 1894 : Propre à rien. Lâche, poltron, paresseux.

Descends-donc de ton cheval, eh ! Feignant !

Apostrophe d’un voyou charitable à Henri IV sur le Pont-Neuf pour lui offrir un canon. On dit également feignasse (Argot du peuple).

France, 1907 : Fainéant, poltron, lâche. Ce n’est pas, comme on pourrait le croire, une corruption de fainéant, mais le participe présent du verbe feindre. Le feignant feint de travailler.

Deux pâles voyous errent autour de la Roquette, et ils n’ont que faire, si ce n’est que d’être enfermés, si on le voulait bien.
Gugusse a des pleurs dans les yeux.
Bibi, son camarade, le pousse du coude.
— Eh bien ! qu’est-ce qui te prend ?
Gugusse, très mélancolique et très shakespearien :
— Nous sommes des feignants, des propres à rien… à notre âge, Barré et Lebiez avaient déjà été fauchés.

(Écho de Paris)

Mille pétards ! Celle-là me dépasse. Sacrés gobeurs, rendez-vous compte que la Sociale a justement pour but de supprimer les feignants. La cause de nos mistoufles, c’est que la société actuelle en est bondée. La racaille de la haute : gouvernants, richards, curés… bouffe-galette de tout calibre, que sont-ils, sinon la crème des feignants ?

(Père Peinard)

Mais ceux dont la bourse se ferme
Et qui conservent leur argent
Pour mieux pouvoir payer leur terme,
Ça c’est des feignants !

(Caran d’Ache, Les Chevaliers du Travail)

Flancher

Vidocq, 1837 : v. a. — Jouer franchement.

un détenu, 1846 : Blaguer, parler, etc.

Delvau, 1866 : v. n. Jouer franchement.

Delvau, 1866 : v. n. Se moquer, — dans l’argot des voyous.

Rigaud, 1881 : Faiblir, reculer, avoir peur.

Tu flanches, pitchou !

(L. Cladel, Ompdrailles)

Rigaud, 1881 : Jouer aux cartes.

Est-ce que des pantes à la manque ont flanché au bègue avec ces brèmes ? Est-ce que de faux honnêtes joueurs ont joué au bezigue avec ces cartes ?

(A. de Caston, Les Tricheurs)

Rigaud, 1881 : Plaisanter. — Parles-tu sérieusement ou flanches-tu ?

Virmaître, 1894 : Avoir peur (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Jouer sur les places publiques au bouchon (radin) on à l’anglaise (monac). En général de tous jeux on dit flancher (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Jouer aux cartes ou à tout autre jeu. Flancher veut aussi dire plaisanter.

Ce que tu me dis est une plaisanterie, tu flanches.

Flancher veut aussi dire : avoir peur, ne pas oser faire une chose.

Tu hésites, tu flanches.

Hayard, 1907 : Avoir peur.

France, 1907 : Jouer.

France, 1907 : Reculer, faiblir, avoir peur.

— … Nomme seulement ceux qui ont fait le coup et tu es sauvé. — Toujours sur la défensive, il riposta très sombre : Il ne s’agit pas de savoir si je serai fauché, mais si j’suis un homme. Ils m’ont attaché les mains l’autre jour… ils me ligotteront les pieds… ils me couperont les cheveux… ils m’arracheront le col de ma chemise… ils ne me feront pas dire ce que je ne veux pas dire. Personne ne contera jamais qu’Orlando a flanché.

(Hugues Le Roux, Les Larrons)

C’est un vrai zig, not’ député,
Mais faut pas qui flanche !
C’est moi que j’suis son comité
Et j’ai carte blanche.
Aussi, chaqu’ soir, après dîner,
Je r’lis son programme ;
Et quand il a mal turbiné :
V’là ! j’y vote un blâme.

(V. Meusy, Chansons d’hier et d’aujourd’hui)

anon., 1907 : Avoir peur.

Gazon de la femme

Delvau, 1864 : Les poils de sa motte.

Nature t’a fourni un corsage bien fait,
Mais un con renfrogné, dont l’ouverture ronde
Assise est platement et sans aucun gazon.

(Théophile)

Mais nos peintres, tondant leurs toiles
Comme des marbres de Paros,
Fauchent sur les beaux corps sans voiles
Le gazon où s’assied Eros.

(Th. Gautier)

Jobarder

Delvau, 1866 : v. a. Tromper, se moquer ; duper. Se faire jobarder. Faire rire à ses dépens.

Rigaud, 1881 : Duper, mystifier, rire aux dépens de.

France, 1907 : Tromper, mystifier. Se faire jobarder, faire rire à ses dépens.
Le nombre de vocables et d’expressions désignant le fait de duper son prochain est très considérable, ce qui prouve combien cet art est devenu commun. Citons-en quelques-uns : affûter, amarrer, allumer, bouler, battre l’antif, conter des mistoufles, donner un pont à faucher, emblèmer, empaumer, enfoncer, entortiller, faire la barbe, faire la queue, faire voir le tour, faire à l’oseille (la), flancher, gourrer, hisser un gandin, juiffer, mener en bateau, monter un bateau, mettre dedans, promener quelqu’un, pigeonner, refaire, refaire au même, rouster, etc.

Longe

Ansiaume, 1821 : Année.

Il est gerbé de 12 longes pour deux coups de lingré à une gothon.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Année. J’ai fauché le pré cinq longes, j’ai été aux galères pendant cinq ans.

Vidocq, 1837 : s. f. — Année.

Clémens, 1840 : Année.

Larchey, 1865 : Année (Vidocq). — Forme de longue. Une année est souvent longue à passer.

Delvau, 1866 : s. f. Année, — dans l’argot des voleurs, qui tirent volontiers dessus lorsqu’ils sont en prison.

Rigaud, 1881 : Année, an. — Tirer une longe, faire un an de prison.

La Rue, 1894 : Année.

Virmaître, 1894 : V. Berge.

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Année.

Hayard, 1907 : Couteau.

France, 1907 : Année ; corruption de longue. Argot des forçats, qui trouvent en effet longues les années passées au bagne.

Moissonneur

Virmaître, 1894 : Le commissaire de police. En effet, il moissonne ceux qui sont amenés à son burlingue. Mot à mot : il les fauche comme des blés mûrs… pour la prison (Argot des voleurs). V. Quart d’œil.

Mouiller les pieds (se)

Fustier, 1889 : Aller à Nouméa.

Interrogé, il s’écria : Vous me ferez faucher le pré, mais je ne veux pas que les camarades se mouillent les pieds.

(Événement, 1882)

Nouvelle (la)

Virmaître, 1894 : Le bagne. Abréviation de Nouvelle Calédonie. Autrefois, quand les bagnes étaient à Brest et à Toulon, on disait le grand pré.
— Il est sapé à faucher le grand pré à perpète (Argot des voleurs).

Hayard, 1907 : La Nouvelle-Calédonie.

Passer à gauche

France, 1907 : Être frustré de sa part de vol ; argot des grecs.

Que le gérant lorsque l’on fauche
Ne passe pas trop à gauche.

(Hogier-Grison)

Passer à l’as

Rossignol, 1901 : Si dans une affaire ou partage on n’a rien pour soi, on passe à l’as.

France, 1907 : Être pris.

Rameneur, donne de ton claque
Au pigeon une contremarque,
Fais-le nettoyer chiquement
Pour affurer ton cinq pour cent.
Si par hasard le grec qui l’fauche
Voulait te fair’ passer à gauche,
Dis : « Si tu m’fais passer à l’as,
J’te bidonn’, tu poiss’ras Mazas. »

(Hogier-Grison, Pigeons et Vautours)

Passer l’arme à gauche

Delvau, 1866 : v. a. Mourir, — dans l’argot des troupiers et du peuple. On dit aussi Défiler la parade.

Virmaître, 1894 : Mourir (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Mourir.

France, 1907 : Mourir.

— Il est mort ?
— Oui, passé l’arme à gauche ce matin, et comme il était déjà pas mal faisandé, il parait qu’il trouillote, aussi c’est demain qu’on le porte au jardin des claqués. Monte à la chambre, on t’en dira des nouvelles.

(Hector France, L’Homme qui tue)

Encore un que la mort fauche
Sans se lasser de faucher,
Un qui passe l’arme à gauche,
Sans pourtant être gaucher.

(Raoul Ponchon, Gazette rimée)

Pélot

France, 1907 : Sou. Voir Pelaud.

Ça l’a mis quasiment à sec ; comme il n’avait pas l’œil chez un bistrot, il s’est trouvé fauché, vanné en un rien de temps : plus un pélot en poche !…

(Le Père Peinard)

Vrai… y a des mois qu’on n’a pas d’veine ;
Quand j’dis des mois, j’sais pas c’que j’dis :
J’m’ai toujours connu dans la peine,
Sans un pélot, sans un radis…
Ça s’rait pas trop tôt que j’boulotte,
J’vas tomber malade à la fin ;
I’fait chaud et pourtant j’grelotte…
C’est-i’ la fièvre ou ben la faim ?

(Aristide Bruant, Dans la Rue)

Petit crevé

France, 1907 : Petit jeune homme élégant, oisif et nul.
Ces parasites sociaux ont existé de tout temps. L’antiquité grecque et romaine après les Medes, les Perses et les Égyptiens a fourni ses contingents de jeunes riches inutiles. On trouve chez les Grecs, dit le Courrier de Vaugelas dans son étude sur les Métamorphoses du fat à travers les âges, le kinaïdos ou mignon, qui s’épilait les jambes ; le kelidonios, aux joues enduites de vermillon, aux yeux peints, au regard mobile ; le hierogamos, paré pour les noces sacrées ; le kalos, genre Alcibiade ; le néanios ou neaniskos, petit jeune homme.
Les Romains avaient, eux, les bene barbati ou belles barbes, portant des gants et des tuniques longues jusqu’au talon ; les barbatuli, blancs-becs, dont s’entourait Catilina ; les formosuli, jeunes gens bien tournés qui marchent sur la plante des pieds, effleurant à peine le sol ; les forosi, élégants adorateurs de leur propre ventre ; les delicati, les précieux ; les gloriosi, les fanfarons ; les lepidi, les agréables ; les comatuli, les cincionatuli, les petits bouclés, les petits frisés ; les cirrati, les pommadins ; les calamistrati ; les trossuli ou petits-maîtres, dont la vague dura plus de trois cents ans.
On voit que nos petits crevés, nos boudinés, nos faucheurs ne proviennent pas d’une génération spontanée. En cela comme pour beaucoup de choses nous ne faisons que recommencer l’antiquité.

Pendant qu’aristos et millionnaires, mâles et femelles, godaillaient au bazar de la Charité, étalant leurs falbalas et se foutant du pauvre monde autant qu’un poisson d’un parapluie, voilà que la fatalité s’abat sur eux !
L’incendie les mange !
Et alors, dans ce grand bazar d’où, avec de la présence d’esprit, y aurait en mèche de sortir sans grands avaros, voilà que les petits crevés de la haute se sont fichus à cogner dur sur les femmes, à coups de canne, afin de leur passer sur le corps.

(Le Père Peinard)

Pinçants

Delvau, 1866 : s. m. pl. Ciseaux, — dans le même argot [des voleurs].

La Rue, 1894 : Ciseaux.

France, 1907 : Ciseaux ; vieil argot. On dit aussi fauchants, fauchettes.

Poigne

France, 1907 : Main.

Qu’importe donc au pouvoir cette « vile multitude » de laquelle il se croit le maître ; et dont les excès de désespoir semblent, jusqu’ici, seulement le servir et le consolider ! Il s’imagine que sa poigne est assez puissante, son glaive assez large pour faucher le champ ; y coucher pêle-mêle l’ivraie et le froment. Mais, comme Tarquin, il vise à la tête — et la tête ce sont les remueurs d’idées !

(Séverine)

Pont à faucher

France, 1907 : Piège.

Pré

d’Hautel, 1808 : Il seroit mieux en terre qu’en pré. Se dit d’un homme qui est atteint d’une maladie de langueur, qui mène une vie indigente et pénible, et signifie qu’il seroit plus heureux mort que vivant.
Verd comme pré. Pour dire gaillard, frais, vigoureux.
Épargne de bouche vaut rente de pré. Pour dire que l’économie et la sobriété rendent l’homme aisé, et par allusion aux prés, dont les revenus sont certains.
Aller souvent sur le pré. Pour dire se battre fréquemment.

Ansiaume, 1821 : Galère.

Me voilà planqué pour 20 longes au pré.

Bras-de-Fer, 1829 : Bagne.

Vidocq, 1837 : s. m. — Bagne.

Clémens, 1840 : Bagne.

un détenu, 1846 : Galères. Être au pré : aller aux galères.

Delvau, 1866 : s. m. Bagne, — dans l’argot des voleurs. On dit aussi le Grand pré. Aller au pré. Être condamné aux travaux forcés. On dit aussi : Aller faucher au pré.

France, 1907 : Bagne ; argot des voleurs, qui disent aussi pré des fagots, grand pré.

— C’est égal, t’as beau coquer, tu rappliqueras au pré.

(Marc Mario)

Aller au bagne, c’est faucher le grand pré.

Quand on a fauché le grand pré, on fauche un homme sûrement.

(Edmond Ladoucette)

Cayenne est appelé le pré des fagots.

Pré (le)

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Le bagne. Faucher le pré, être au bagne.

M.D., 1844 / Rossignol, 1901 / anon., 1907 : Le bagne.

Pré, grand pré

Larchey, 1865 : Travaux forcés.

Ne crains pas le pré que je brave.

(Vidocq)

On dit aussi le grand pré.

Du grand pré tu te cramperas pour rabattre à Pantin lestement.

(Id.)

Aller faucher au pré quinze ans : Avoir quinze ans de galères. — Le mot est imagé et doit être fort ancien, car le grand pré est ici la mer dont les anciens galériens coupaient en cadence de leurs longs avirons les ondes verdâtres, comme des faucheurs rangés dans une prairie. On sait qu’autrefois tous les condamnés ramaient sur les galères du Roi.

Rigaud, 1881 : Bagne ; maison de secours aujourd’hui disparue.

La Rue, 1894 : Bagne. Faucher le grand pré, aller au bagne.

Raccourcir

d’Hautel, 1808 : Mot révolutionnaire, qui signifie trancher la tête à quelqu’un, lui faire subir le supplice de la guillotine.

Larchey, 1865 : Guillotiner — La perte de la tête raccourcit. Mot de création républicaine ainsi que les synonymes ci-joints :

La louve autrichienne va être à la fin raccourcie… — Jusqu’à ce qu’ils aient tous craché dans le son… — Pour faire mettre promptement la tête à la fenêtre à la louve autrichienne… — Ses bons avis à la Convention pour qu’elle fasse promptement jouer le général Moustache à la main-chaude… — Qu’il fasse promptement passer sous le rasoir national le traître Bailly.

(1793, Hébert)

Le rasoir national est le fatal couperet. — cracher dans le sac montre la tête coupée sautant avec un jet de sang dans le sac de son. Mettre la tête à la fenêtre et jouer à la main-chaude font allusion à l’attitude du supplicié. — La fenêtre, c’est la lunette où passe la tête du supplicié qui à genoux, mains liées derrière le dos, attend le cou comme à la main-chaude.

Delvau, 1866 : v. a. Guillotiner, — dans l’argot des voleurs. On disait autrefois Raccourcir d’un pied, ce qui est une longueur de tête. On dit aussi Rogner.

Rigaud, 1881 : Guillotiner. Le mot date de la première République française, époque où l’on vit la guillotine s’élever à la hauteur d’une institution. — Dans un rapport adressé au Directoire par le conventionnel Dumont de la Sarthe, on lit :

J’ai fait lier, incarcérer le partisan de Louis le raccourci.

La Rue, 1894 : Guillotiner.

Virmaître, 1894 : Se dit d’un condamné à mort à qui on coupe la tête. Il est en effet raccourci d’autant. Le mot est vieux ; il date de Martinville. Il était devant le tribunal révolutionnaire. Fouquier-Tinville lui dit :
— Citoyen de Martinville, qu’as-lu à répondre,
— Je ne suis pas ici pour qu’on m’allonge, mais pour qu’on me raccourcisse (Argot des voleurs).

France, 1907 : Guillotiner ; argot populaire.

Entre pensionnaires de la Grande Roquette :
— Qu’est-ce qui ressemble le plus à la guillotine ?
— C’est une hache.
— Pas du tout. C’est les jours d’hiver, parce qu’ils raccourcissent.

On dit aussi : raccourcir d’un pied du côté de la tête, faucher, rogner, cracher dans le sac, mettre la tête à la fenêtre, passer sous le rasoir national.

Soubrette de Charlot

France, 1907 : Valet de bourreau.

Maintenant je capis cette lazagne dans la boîte au sel à la Roquette en compagnie d’un mouton ; le maugrée ne m’a pas fait mettre la ligotante de riffle et le ratichon me rend visite en attendant d’être fauché par le bince à l’abbaye de Monte-à-regret où je jouerai à la main chaude avec les soubrettes de Charlot, j’éternuerai dans le son et on me conduira ensuite au champ des navets avec une escorte de chardonnerets.

(Delesalle, Autobiographie d’un malfaiteur)

Soude

Ansiaume, 1821 : Poche.

J’ai fauché sa soude pour grinchir sa filoche.

Terrer

Larchey, 1865 : Tuer. — Mot à mot : enterrer.

Dans dix ans je reviendrai pour te terrer, dussé-je être fauché.

(Balzac)

Delvau, 1866 : v. a. Tuer, — dans l’argot des voleurs, pour qui c’est une façon de mettre en terre les gens qui les gênent. Le patois normand a Terrage pour Enterrement.

Rigaud, 1881 : Guillotiner.

La Rue, 1894 : Tuer. Guillotiner.

Virmaître, 1894 : Tuer. Mot à mot : préparer les gens pour la terre. C’est cette expression qui a donné naissance au mot enfouissage pour les libre-penseurs qui ne passent pas par l’église (Argot des voleurs et du peuple). N.

France, 1907 : Tuer ; guillotiner.

— On va terrer Théodore… Il morfile sa dernière bouchée.

(Balzac)

Tref, treffe

France, 1907 : Tabac. Déformation de trèfle.

Puis… mal fringué… fauché… sans treffe,
J’os’rais seul’ment pas y causer ;
Donc un béguin, c’est comm’ des nèfes,
Quant au lapin… c’est tout posé !

(Jehan Rictus, Les Soliloques du Pauvre)

Venternier

Vidocq, 1837 : s. m. — Voleur qui s’introduit dans l’intérieur des appartemens par les croisées laissées ouvertes.
Les premiers vols à la venterne furent commis, à Paris, en 1814, lors de la rentrée en France des prisonniers détenus sur les pontons anglais ; ceux de ces prisonniers qui précédemment avaient été envoyés aux Îles de Ré et de Saint-Marcou, étaient pour la plupart d’anciens voleurs ; aussi, à leur retour, ils se formèrent en bandes et commirent une multitude de vols ; dans une seule nuit plus de trente vols commis à l’aide d’escalade vinrent effrayer les habitans du faubourg Saint-Germain, mais peu de temps après celte nuit mémorable, je mis entre les mains de l’autorité judiciaire trois bandes de Venterniers fameux ; la première, composée de trente-deux hommes, la seconde de vingt-huit, et la troisième de seize ; sur ce nombre total de soixante-seize, soixante-sept furent condamnés à des peines plus ou moins fortes.
Il serait facile de mettre les Venterniers dans impossibilité de nuire ; il suffirait pour cela de fermer à la tombée de la nuit, et même durant les plus grandes chaleurs, toutes les fenêtres, pour ne les ouvrir que le lendemain matin.
Les savoyards de la bande des fameux Delzaives frères, étaient pour la plupart d’adroits et audacieux Venterniers.
Un vol à la venterne n’est quelquefois que les préliminaires d’un assassinat. Des Venterniers voulaient dévaliser un appartement situé à l’entresol d’une maison du faubourg Saint-Honoré ; l’un d’eux entre par la fenêtre, visite le lit, ne voit personne, bientôt il est suivi par un de ses camarades, et tous deux se mettent à chercher ce qu’ils espéraient trouver, mais bientôt ils aperçurent une jeune dame endormie sur un canapé ; elle avait au col une chaîne et une montre d’or ; elle roupille, dit à son compagnon, l’un des Venterniers Delzaives, surnommé l’Écrevisse, il faut pesciller le bogue et la bride de jonc (il faut prendre la chaîne et la montre d’or) ; mais si elle crible (crie), répond le second Venternier, le nommé Mabou, dit l’Apothicaire ; si elle crible dit encore l’Écrevisse, on lui fauchera le colas (on lui coupera le col). La jeune dame qui paraissait endormie, et qui entendait, sans en comprendre le sens, les paroles que prononçaient les voleurs, eut assez de prudence et de courage pour feindre de toujours dormir profondément ; aussi il ne lui arriva rien.
Le receleur de fa bande dont Delzaives, dit l’Écrevisse, était le chef, se nommait Métral, et était frotteur de l’impératrice Joséphine. On trouva chez lui des sommes considérables.
J’ai fait aux voleurs de la bande de Delzaives une guerre longue et incessante, et je suis enfin parvenu à les faire tous condamner.

Delvau, 1866 : s. m. Voleur qui s’introduit dans les maisons par la fenêtre au lieu d’y entrer par la porte.

Veuve (la)

Delvau, 1866 : La guillotine, — dans l’argot des voleurs qui se marient quelquefois avec elle sans le vouloir. Épouser la veuve. Être guillotiné.

Rigaud, 1881 : Guillotine, — dans l’argot classique des voleurs. — Épouser la veuve, être guillotiné. — Crosser chez la veuve, monter sur l’échafaud.

Virmaître, 1894 : La guillotine (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Guillotine. Le guillotiné épouse la veuve.

Hayard, 1907 : La guillotine.

France, 1907 : Commandant en Second de l’École navale ; argot du Borda.

France, 1907 : La guillotine.

Voici encore une tête de tombée, et rien n’est changé pour cela ! La Veuve n’est plus, de loin, qu’un épouvantail à moineaux ; de près, qu’un piédestal, une tribune, un calvaire !
En vérité, je vous le dis, le remède est usé, le remède est infructueux ! Si l’on essayait d’autre chose ; d’un état social plus humain, plus juste ; de concessions à la faim des pauvres ; d’une répartition moins arbitraire des biens — de ce que Jésus le subversif, Jésus le supplicié, appelait simplement l’amour du prochain…

(Séverine)

La Veuve est là, qui guette mon cou lisse…
Par ses cousins je suis déjà saisi,
De froid moins que par la frousse transi,
Je tremble en face la rouge charpente…
Attention ! les aminches, voici
Qu’on va faucher la tête à Mort-au-Pante.

(Tibon, Ballade du Raccourci)


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