Vidocq, 1837 : s. m. — Pain blanc.
(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)
Halbert, 1849 : Pain blanc.
Virmaître, 1894 : Pain blanc. Allusion à la blancheur des farines produites par les moulins de cette ville (Argot des voleurs).
Artie de meulan
Vidocq, 1837 : s. m. — Pain blanc.
(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)
Halbert, 1849 : Pain blanc.
Virmaître, 1894 : Pain blanc. Allusion à la blancheur des farines produites par les moulins de cette ville (Argot des voleurs).
Artie du gros Guillaume
Vidocq, 1837 : s. m. — Pain noir.
(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)
Virmaître, 1894 : Pain abominablement noir qui rappelle celui du siège de Paris, en 1870, qui contenait de tout, excepté de la farine (Argot des voleurs).
Boule de son
M.D., 1844 : Un pain entier.
Halbert, 1849 : Pain bis.
Delvau, 1866 : s. f. Figure marquée de taches de rousseur, — dans l’argot des faubouriens.
Delvau, 1866 : s. f. Pain, — dans l’argot des prisons.
Rigaud, 1881 / Merlin, 1888 : Pain de munition.
Virmaître, 1894 : Pain. Ainsi nommé à cause de sa forme ronde et de sa couleur, car autrement il n’entre pas de son dans la confection du pain de munition, pas plus que dans celui qui se fabrique à la boulangerie centrale de Saint-Lazare pour les prisons de la Seine (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : Pain mêlé de farine, de seigle, de forme ronde, distribue tous les jours aux prisonniers ; on désigne de même le pain des militaires qui, avant 1855, avaient du pain noir mêlé de son.
Hayard, 1907 : Pain de soldat, ou de prisonnier.
France, 1907 : Pain ; argot des soldats et des prisonniers auxquels on donnait primitivement le même pain dit de munition.
On ne peut envisager sans frémir le sort réservé à de pauvres gens qui sont, parfois, obligés d’aller demander au poste de police de les mettre à l’abri avec les malfaiteurs, pour pouvoir, le lendemain, manger la boule de son du prisonnier.
(La Nation)
Chiée
France, 1907 : Abondance, foule, dans le sens injurieux. Une chiée de tripoteurs ; une chiée de dévots sortait de l’église.
C’est en nivôse que les crétins et les jean-foutres de la gouvernance font commencer leur année. Turellement, elle débute par une chiée d’hypocrisies et de menteries. Des birbes de tout calibre s’enfarineront la gueule, pour faire des mamours à des types qu’ils ne peuvent voir en peinture.
(Almanach du Père Peinard, 1894)
Chouette au panier
France, 1907 : Expression de la même farine, tout aussi bête que la précédente [Chouette (faire une)] et avant la même signification.
— Je l’aime comme ça, moi ! Et après ? Est-ce que vous croyez que c’est les plus rupins qui sont les plus chouettes au panier ?
(Montjoyeux)
Dauphin ou dos fin
Delvau, 1866 : s. m. Souteneur de filles ; homme-poisson ad usum Delphinæ, ou toute autre sainte de même farine ou de même charbon.
Descendre de La Courtille
France, 1907 : La Courtille était située au haut du faubourg du Temple, après la barrière de Belleville. Les matins de carnaval, après avoir passé la nuit à danser et à boire, les masques sortaient des bals et des guinguettes de la Courtille et rentraient en masse, ivres, bruyants, crottés dans Paris par la grande rue. C’est ce qui s’appelait la descente de La Courtille.
Une chose très importante, selon nous, dont il faut, en finissant, féliciter Chicard, c’est d’avoir tué pour jamais la descente de la Courtille. Si quelque chose sentait le vulgaire, l’épicier, le rétrospectif, c’est sans contredit cette solennité, qui n’était en définitive qu’une débauche de Debureau, une orgie de farine.
(Taxile Delort)
Désenfariner (se)
France, 1907 : Se dégrossir, sortir des bas rangs sociaux ; changer son nom de vilain contre un nom de gentilhomme. Se dit de tout rustaud enrichi qui, par un moyen quelconque, essaye de faire oublier son origine sans y réussir, car, dit le proverbe : La caque sent toujours le hareng.
Sachant fort bien qu’en France on ne juge parfois du sac que par l’étiquette et qu’avec un titre sur une carte et des armoiries sur sa voiture on fait assez bonne figure dans le monde, nombre de fils de meuniers désireux de se « désenfariner » s’imaginent avoir assez fait pour légaliser l’usurpation de leur titre, lorsqu’ils défrayent, à force d’exploits, la conversation des « copurchics » dans les boudoirs achalandés, ou les sous-entendus des articliers dans la chronique scandaleuse.
(Albert Dubrujeaud)
Ejusdem farinæ
France, 1907 : De même espèce. Latinisme de cuisine. Mot à mot : de même farine. S’emploie en mauvaise part. On dit aussi ejusdem generis.
Le jour où chacun sera et voudra être renseigné, ce jour-là la tâche sera singulièrement facilitée, et j’ajoute qu’alors aussi nous verrons disparaître le reste des guérisseurs, charlatans et autres industriels ejusdem farinæ qui vivent précisément de l’ignorance publique.
(Dr Avoix, La Nation)
Enfariner
d’Hautel, 1808 : Il est venu la gueule enfarinée. Signifie avec empressement ; avec un air capable et vaniteux ; croyant être sûr de son fait.
On dit aussi par dérision d’un homme qui est venu en hâte dans un lieu, à dessein de prendre part à quelque gain auquel il n’a pas été admis, qu’il est venu la gueule enfarinée.
Être enfariné de quelque science ou de quelque chose. N’en avoir qu’une foible teinture.
Farine
d’Hautel, 1808 : Soit en son ou en farine, il faut toujours payer. Signifie que de quelque manière que l’on s’arrange dans un marché, il faut toujours finir par payer.
On dit d’une femme qui, sur le retour, fait la précieuse et la renchérie, qu’après avoir donné la farine, elle veut vendre le son.
Jean farine ; c’est un Jean farine. Cette manière de parler déguise un mot fort grossier dont l’usage est très fréquent parmi le peuple.
Farineux
Delvau, 1866 : adj. Excellent parfait, — dans l’argot des faubouriens, pour qui il n’y a rien au-dessus du pain, si ce n’est la brioche.
France, 1907 : Excellent.
Flonflons
Delvau, 1866 : s. m. pl. Chansons, — dans l’argot du peuple. Faiseur de flonflons. Vaudevilliste.
France, 1907 : Chansons.
Flon-flon est le refrain d’un vaudeville de 1687, changeant de signification à chaque couplet, d’après le sens même du couplet :
Si ta femme est méchante,
Apprens lui la chanson,
Voici comme on la chante
Avec un bon bâton.
Flon-flon, larida dondaine,
Flon-flon-flon, larida dondon.
Vous devenez, Lisette,
Plus jaune que souci,
Savez-vous la recette ?
Lisette, la voici :
Flon-flon, larida dondaine
Flon-flon-flon, larida dondon.
Il suit d’un œil attristé les imprudents qui vont, par couples, du côté des flonflons et des orgues de Barbarie. Voilà si longtemps qu’il les voit défiler dans leurs voiles blancs, les petites communiantes qui ne connaissent pas leur papa qui sortent du Moulin d’Amour et qui, demain, y porteront leur farine.
(Hugues Le Roux)
Gaudes
France, 1907 : Sorte de bouillie que l’on fait en Franche-Comté, dans la Bourgogne et la Bresse, avec de la farine de maïs. On connait l’offre de la paysanne au curé de son village : « Monsieur le curé, voulez-vous des gaudes ? nos cochons n’en veulent plus. »
Ève en pleurant dit à l’enfant têtu :
Que veux-tu, mon fils, que veux-tu ?
Soudain, avec un juron inédit
À faire rougir des ribaudes,
Le jeune Caïn répondit :
Je veux manger des gaudes.
(Alfred L. Marquiset, Rasures et Ramandons)
Gober le merlan
Delvau, 1864 : Sucer un homme jusqu’à l’éjaculation inclusivement, et boire le sperme qui sort de son membre frémissant, — par allusion au merlan roulé dans la farine et à sa forme allongée.
Grenasse
anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Grange.
Vidocq, 1837 : s. f. — Grange.
(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)
Halbert, 1849 : Grange.
Larchey, 1865 : Grenier. — Grenu : Blé. — Grenuche : Avoine. — Grenuse : Farine (Vidocq). — Tous ces mots dérivent de grain, comme les mots usuels de grenier, grenaille, etc. Le choix des désinences est remarquable par une sorte d’harmonie imitative. Grenuche indique bien les petites aspérités de l’avoine, et grenuse fait sentir la douceur de la farine.
Rigaud, 1881 : Grange, — dans l’ancien argot.
Grenu
anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Blé.
Vidocq, 1837 : s. m. — Blé.
(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)
Halbert, 1849 : Blé.
Rigaud, 1881 : Blé. — Grenuche, avoine. — Grenue farine, — dans le jargon des voleurs.
Grenue
anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 / Halbert, 1849 : Farine.
Grenuse
Vidocq, 1837 : s. f. — Farine.
(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)
Grippe-fleur
France, 1907 : Meunier : il agrippe la fleur de farine.
Gru
Clémens, 1840 : Pot.
France, 1907 : Sou de farine.
Gueule
d’Hautel, 1808 : Pour bouche.
Il feroit tout pour la gueule. Se dit d’un homme qui aime excessivement la bonne chère.
Se prendre de gueule. S’injurier, se quereller à la manière des gens du port, des poissardes.
Avoir la gueule morte. Être confondu, ne savoir plus que dire.
Il n’a que de la gueule. Pour, c’est un hâbleur qui ne fait que parler, qui n’en vient jamais au fait quand il s’agit de se battre.
Mots de gueule. Pour, paroles impures, mots sales et injurieux.
La gueule du juge en pétera. Pour dire qu’une affaire amènera un procès considérable.
Il est venu la gueule enfarinée. Voyez Enfariner.
Gueule fraîche. Parasite, grand mangeur, toujours disposé à faire bombance.
Il a toujours la gueule ouverte. Se dit d’un bavard, d’un parleur éternel.
Gueule ferrée ; fort en gueule. Homme qui n’a que des injures dans la bouche.
Larchey, 1865 : Bouche.
Il faudrait avoir une gueule de fer-blanc pour prononcer ce mot.
(P. Borel, 1833)
Gueule fine : Palais délicat.
Un régime diététique tellement en horreur avec sa gueule fine.
(Balzac)
Fort en gueule : Insulteur. — Sur sa gueule : Friand.
L’on est beaucoup sur sa gueule.
(Ricard)
Faire sa gueule : Faire le dédaigneux. — Casser, crever la gueule : Frapper à la tête.
Tu me fais aller, je te vas crever la gueule.
(Alph. Karr)
Gueuler : Crier.
Leurs femmes laborieuses, De vieux chapeaux fières crieuses, En gueulant arpentent Paris.
(Vadé, 1788)
Delvau, 1866 : s. f. Appétit énorme. Être porté sur sa gueule. Aimer les bons repas et les plantureuses ripailles. Donner un bon coup de gueule. Manger avec appétit.
Delvau, 1866 : s. f. Bouche. Bonne gueule. Bouche fraîche, saine, garnie de toutes ses dents.
Delvau, 1866 : s. f. Visage. Bonne gueule. Visage sympathique. Casser la gueule à quelqu’un. Lui donner des coups de poing en pleine figure. Gueule en pantoufle. Visage emmitouflé.
Rigaud, 1881 : Bouche. — Fine gueule, gourmet. — Porté sur la gueule, amateur de bonne chère. — Fort, forte en gueule, celui, celle qui crie des injures. — Gueule de travers, mauvais visage, mine allongée. — Gueule de raie, visage affreux. — Gueule d’empeigne, palais habitué aux liqueurs fortes et aux mets épicés ; laideur repoussante, bouche de travers, dans le jargon des dames de la halle au XVIIIe siècle, qui, pour donner plus de brio à l’image, ajoutaient : garnie de clous de girofle enchâssés dans du pain d’épice. — Gueule de bois, ivresse. — Roulement de la gueule, signal du repas, — dans le jargon du troupier. — Taire sa gueule, se taire. — Faire sa gueule, être de mauvaise humeur, bouder. Se chiquer la gueule, se battre à coups de poing sur le visage. — Crever la gueule à quelqu’un, lui mettre le visage en sang. — La gueule lui en pète, il a la bouche en feu pour avoir mangé trop épicé.
France, 1907 : Bouche.
— Dites-moi, papa, quand je saurai le latin, quel état ne donnerez-vous ? — Fais-toi cuisinier, mon ami : la gueule va toujours. — Mais, s’il y avait encore une révolution ? — Qu’importe !… Fais-toi cuisinier : nous avons vu passer les rois, les princes, les seigneurs, les magistrats, les financiers, mais les gueules sont restées : il n’y a que cela d’impérissable.
(Hoffman)
Dans le quartier Mouffetard :
Monsieur fait une scène horrible à Madame, qui finit par lui dire :
— Veux-tu taire ton bec ?
Alors l’héritier présomptif, qui a jusque-là écouté en silence :
— C’est bien vilain, maman, de dire : ton bec en parlant de la gueule de papa.
Et Grenipille fait souche
De petits Grenipillons.
Adieu les beaux papillons
Qui voltigeaient sur sa bouche
Dont nous nous émerveillions !
Elle aura gueule farouche,
La peau rude en durillons,
Sous les yeux de noirs sillons,
Pauvre mère qui s’accouche
Toute seule en ses haillons,
Ah ! guenilles, guenillons !
Et Grenipille fait souche
De petits Grenipillons.
(Jean Richepin)
— Ainsi, j’ai une vraie princesse pour cliente la fille d’un roi : elle vient chez moi deux fois la semaine, une personne bien distinguée, bien intelligente : malheureusement elle se saoule la gueule, et puis elle a de mauvaises habitudes. Elle faisait l’amour avec un ours, comme je vous le dis, Monsieur, avec un ours tout brun, tout velu : j’avais une peur de c’t’animal ! Je lui avais dit : Ça finira mal, un beau jour il vous mordra ! Ça n’a pas manqué et pas plus tard qu’hier… C’était à prévoir… quand elle se mettait nue, il faisait hou, hou, hou ; de l’antichambre on l’entendait, ça faisait froid.
(Jean Lorrain, Le Journal)
France, 1907 : Visage.
— Contemple encore là, sur le trottoir, devant l’entrée du tribunal civil, je crois, ces bêtes de justice, ces bas clercs d’avoués ou d’hommes d’affaires marrons, les chiens de procédure qui rapportent le papier timbré chez le maître. Hein ! leur trouves-tu assez des gueules de loups-cerviers, des mines de fouines ou des allures de chacals ?
— Ils me dégoûtent trop. Passons de l’autre côté pour ne pas les frôler.
(Félicien Champsaur)
Tas d’inach’vés, tas d’avortons
Fabriqués avec des viand’s veules.
Vos mèr’ avaient donc pas d’tétons
Qu’a’s ont pas pu vous fair’ des gueules ?
(Aristide Bruant)
Pendant qu’sur le bitume
La môm’ fait son turbin,
Chaqu’ gigolo l’allume
Chez le troquet du coin,
Quand elle rentre seule,
N’ayant pas d’monacos,
Ils lui défonc’nt la… gueule,
Les petits gigolos !
(Léo Lelièvre)
— Ah ! sa chiquerie avec Kaoudja a été épatante, c’était à propos d’un môme ! J’y étais et c’est la Goulue qui a écopé… Elle était par-dessous et Kaoudja voulait lui couper le nez avec ses dents. La Goulue criait :
— Ma pauvre gueule ! ma pauvre gueule !
(Oscar Méténier)
Gueule enfarinée
France, 1907 : Physionomie exprimant la confiance en un plaisir immédiat.
Et quand l’office est terminé,
Chaque vieux, gueule enfarinée,
S’assoit devant un bon diner.
(Alfred Marquiset)
Gueule enfarinée (avoir la)
Delvau, 1866 : Être alléché par quelque chose, par une promesse de dîner ou d’amour et se créer par avance une indigestion ou une félicité sans pareilles.
Kwas
France, 1907 : Boisson nationale des Russes et de plusieurs contrées du Nord. La base est la farine de seigle.
Cette boisson fortifie, nourrit, engraisse et préserve des maladies. Les Russes boivent du kwas pour conserver leur santé, et aussi quand ils sont malades pour se guérir… Qu’on interroge les milliers de Français, dit Percy, qui ont été prisonniers de guerre en Russie, ils diront que, s’ils ont eu le bonheur de revoir leur patrie, c’est en grande partie au kwas qu’ils en ont été redevables.
(Dr A.-F. Aulagnier)
Latine
Delvau, 1866 : s. f. maîtresse d’étudiant.
Je suis latine
Gaiment je dîne
Sur le budget de mon étudiant !
dit une chanson moderne.
France, 1907 : Fille du Quartier Latin, maîtresse d’étudiant.
Je suis farine,
Gaiment je dîne
Sur le budget de mon étudiant.
Margoulette
d’Hautel, 1808 : Pour, bouche.
Il feroit tout pour la margoulette. Se dit d’un gourmand à qui on fait faire tout ce que l’on veut, en lui donnant à dîner, en le régalant ; d’un homme : qui met tous ses plaisirs à manger.
Il est venu la margoulette enfarinée. Voyez Gueule.
Larchey, 1865 : Bouche. — Diminutif de marge. Les lèvres forment la marge du palais. Peut être aussi diminutif corrompu du vieux mot gargoule : bouche.
Delvau, 1866 : s. f. La bouche, considérée comme avaloir. Rincer la margoulette à quelqu’un. Lui payer à boire.
Rigaud, 1881 : Visage : — Margoulette de travers, mauvaise mine, mine fatiguée. — Déboiter la margoulette, porter des coups au visage.
La Rue, 1894 : Visage. La bouche.
Virmaître, 1894 : La bouche. Il existe en Bourgogne des vases en terre vernissée qui ont un goulot semblable à la bouche. Pour cette raison, on appelle ces vases des goulettes. Mar a tout simplement été ajouté, déformant le mot primitif pour en former un autre qui a le même sens, car les nourrices disent aux enfants :
— Viens que j’embrasse ta petite goulette.
Rincer la margoulette à un ami, c’est lui payer à boire (Argot du peuple). N.
France, 1907 : Gosier. Rincer la margoulette à quelqu’un, lui payer à boire. Débrider la margoulette, manger. Se dit aussi pour figure, partie inférieure du visage.
Mille bombes, il parle de haut, le chameau ! Faut voir comme il nous traite ; il dit « nos ouvriers » comme on dit « mon chien ou ma pipe ». Turellement faut pas qu’ils bougent nos ouvriers ; sans quoi, gare ! on leur cassera la margoulette.
(Le Père Peinard)
Souvent au milieu de la nuit,
La margoulette enfarinée…
(Festeau)
Merlan
d’Hautel, 1808 : Un merlan à frire. Sobriquet que l’on donne à un perruquier, à cause de la poudre qui couvre ordinairement ses habits.
Larchey, 1865 : « Sobriquet donné à un perruquier à cause de la poudre qui couvre ordinairement ses habits. » — d’Hautel, 1808.
La Peyronie est chef de perruquiers qu’on appelle merlans parce qu’ils sont blancs.
(Journal de Barbier, 1744)
Delvau, 1866 : s. m. Coiffeur, — dans l’argot du peuple, qui emploie cette expression depuis l’invention de la poudre à poudrer, parce qu’alors les perruquiers étaient toujours enfarinés comme prêts à mettre en la poêle à frire. Le Journal de Barbier en fait mention, ce qui lui donne plus d’un siècle de circulation.
Rigaud, 1881 : Surnom donné autrefois à celui qui s’appelle aujourd’hui « artiste en cheveux ».
La Rue, 1894 : Perruquier.
Virmaître, 1894 : Coiffeur perruquier. Quand le perruquier met de la poudre de riz à son client, il l’enfarine comme le merlan avant d’être mis dans la poêle à frire (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Perruquier, coiffeur.
Hayard, 1907 : Coiffeur.
France, 1907 : Coiffeur, perruquier. Ce sobriquet date de l’époque où la mode était de porter des perruques poudrées. Les perruquiers, constamment occupés à poudrer les têtes, se trouvaient enfarinés comme des merlans que l’on va frire.
M. Edmond, le coiffeur de Madame, sollicitait chaque matin l’honneur de renouveler les raies de Mademoiselle : Madeleine acceptait volontiers. Alors, le perfide merlan crêpait, embrouillait, démêlait et remêlait à plaisir l’épaisse chevelure de la jeune fille, afin d’avoir tout le temps possible de lui débuter des sornettes…
(Jules Noriac, Le Grain de sable)
Et donc, je tire mon chapeau
À ces bonnes têtes de canne,
Mais auparavant, dans leur peau,
Que l’immortalité boucane,
Un dernier coup de sarbacane !
À ces bribes, dont le merlan,
Quand ils se font coiffer, ricane,
Je veux offrir leur jour de l’An.
Meunier
Delvau, 1866 : s. m. Receleur de plomb volé.
La Rue, 1894 : Receleur.
Virmaître, 1894 : Receleur qui a la spécialité d’acheter aux mastardiers ou voleurs de gras double, le plomb, l’étain ou le zinc, volés dans les maisons en construction (Argot des voleurs).
France, 1907 : Receleur. En échange des objets volés, il donne la farine, c’est-à-dire la subsistance.
Miséreux
Virmaître, 1894 : Malheureux. Homme qui est dans une profonde misère (Argot du peuple). N.
Rossignol, 1901 : Celui qui est dans la misère.
France, 1907 : Pauvre, nécessiteux.
Combien faut-il que le froid ait fait de martyrs pour que cesse l’inertie administrative ? Y a-t-il un quantum de cadavres à atteindre pour que l’on songe aux miséreux qui déambulent la nuit, le long des rues, échouent dans les postes de police, la faim au ventre, la rage au cœur, ou s’abattent sur les bancs des promenades publiques en exhalant leur dernier râle ?
(Mentor, Le Journal)
Eh bien ! il est temps de dire à ces eunuques du devoir, à ces fourbes de l’humanité, à ces pontifes d’une religion burlo-macaronico-humanitaire, qu’ils ne donnent le change à personne, que nul ne se méprend sur leurs véritables intentions, et que « l’ami des détenus » ne nous intéresse guère plus que sa fangeuse clientèle, et qu’enfin nous réservons notre pitié — la vraie, celle-là — pour les miséreux blancs de conscience et de casiers judiciaires et notre admiration pour les hommes de cœur qui, sans distinction de parti, de religions ou de doctrines, se préoccupent d’améliorer la situation du travailleur.
(P. Peltier d’Hampol, La Nation)
Sinistre sans jamais s’asseoir,
Fuyant les sergots en maraude,
Le miséreux sur le trottoir,
Comme un voleur, dans l’ombre rôde ;
Christ sans haine pour ses bourreaux,
Il s’arrête, ouvrant la narine,
Devant les larges soupiraux
D’où monte une odeur de farine.
(Jules Jouy)
Mouliner
Vidocq, 1837 : v. a. — Parler long-temps, sans raison.
Delvau, 1866 : v. n. Bavarder.
Rigaud, 1881 : Parler beaucoup ; dire des niaiseries.
La Rue, 1894 : Bavarder.
France, 1907 : Bavarder, faire aller sa langue comme une roue de moulin. Ce verbe, comme le substantif précédent, s’applique spécialement à l’incessant bavardage du beau sexe.
France, 1907 : La terre mouline, lorsque divisée, craquelée par la sécheresse, elle se laisse aller comme la farine qui tombe du bluteau. Patois du Centre.
Noces (pain de)
France, 1907 : Chose très agréable dont on se promet ou reçoit grand plaisir. D’après M. Quitard, cette expression nous viendrait des Romains. « Dans le mariage par confarréation, dit-il, les deux époux mangeaient, en signe d’union, un pain ou gâteau fait de la farine de froment rouge. L’usage de ce gâteau s’était conservé dans les noces chrétiennes au moyen âge et de là vient l’expression pain de noces. Nous disons aussi de deux époux qui conservent longtemps l’un pour l’autre des procédés galants et tendres : Ils font durer le pain de noces. » Ce qui s’appelle en d’autres termes la lune de miel. Il faut observer que, dans le Languedoc, le baiser que l’on donne aux nouveaux mariés s’appelle pa de novis, paix de noces.
Le pain de noces coûte cher à qui le mange, vieux dicton peu encourageant non seulement pour les nouveaux époux, mais pour leurs invités. On sait, en effet, que les cadeaux que doivent faire les convives d’un repas de noce dépassent de beaucoup la valeur de leur part au festin.
Les Espagnols disent :
Pan de boda,
Carne de bultrera.
« Pain de noce, chair de piège à vautour. »
Nondelles
France, 1907 : Espèce de pâte d’Italie assez semblable aux vermicelles, faite d’œuf et de farine fine, et mince comme une feuille de papier. On la coupe en filets très fins pour limiter le gros vermicelle. Cet aliment nourrissant et d’excellent goût se consomme beaucoup en Italie.
Omelette
Larchey, 1865 : Mystification militaire en usage à Saint-Cyr.
Voici en quoi consiste le supplice de l’omelette : Au milieu de votre sommeil quatre vigoureux anciens saisissent votre lit et le retournent comme une omelette.
(R. de la Barre)
L’omelette de sac consiste à bouleverser le havre-sac de celui qu’on veut ennuyer.
Delvau, 1866 : s. f. Mystification militaire qui consiste à retourner sens dessus dessous le lit d’un camarade endormi. Omelette du sac. Autre plaisanterie de même farine qui consiste à mettre en désordre tous les objets rangés dans un havre-sac, — ce qui est une façon comme l’autre de casser les œufs et de les brouiller.
France, 1907 : Plaisanterie d’un goût douteux que les anciens font aux conscrits dans les régiments et les écoles militaires et qui consiste à prendre le lit d’un camarade endormi et à le retourner sens dessus dessous.
À l’École polytechnique, c’est le bouleversement complet d’une chambre.
Au milieu du casert, semblable à une immense poêle, tous les meubles ont été renversés ; les lits enchevêtrés les uns dans les autres, les matelas, draps, couvertures, jetés pêle-mêle, tous les ustensiles de toilette, les cuvettes, brisés en mille pièces, les sacs à linge, les boîtes à claque, les bottes, les uniformes en fouillis inextricables, forment une omelette d’un genre tout particulier, sur laquelle toute l’eau de la fontaine a été répandue : telle est l’aimable farce que les anciens se plaisent à faire aux conscrits dans la première semaine de leur arrivée.
(Albert Lévy et G. Pinet, L’Argot de l’X)
L’omelette du sac est une plaisanterie de même farine consistant à bouleverser tous les effets d’un sac. On en fait ou faisait autant des diverses pièces des armes quelques instants avant l’exercice.
Les omelettes donnèrent plus vite le secret du fusil et de son mécanisme que les meilleurs instructeurs ; on se pressa, on lit mal d’abord, mieux, puis bien, et, pour me servir d’une expression de l’École, en se volatilisant.
(E. Billaudel, Les Hommes d’épée)
Queumeu
France, 1907 : Crème composée de lait, d’œufs et de farine dont, dans le Bassigny, on recouvre les tartes. (Arthur Dagain)
Redingoteux
France, 1907 : Fashionable à longue redingote ; synonyme de crevé, gommeux, etc.
Un peuple ne vit pas seulement de pain de farine, mais de toute parole qui tombe, comme la manne des nuages, de la bouche melliflue de ses poètes. L’échange du verbe est sacré, même contre espèces, et la France a droit à ses calembours inimitables. Respect aux produits intellectuels dont s’alimente, dans la Haute, le baccalauréat rentre des redingoteux et, dans la Basse, la semi-instruction obligratuite et républicâtre des pauvres gens.
(É. Bergerat)
Rigolo
Delvau, 1866 : s. et adj. Bon enfant, homme gai. Rigolo-pain-de-seigle ou pain-de-sucre. Extrêmement amusant. On dit aussi d’une chose : C’est rigolo, pour signifier : c’est plaisant, c’est drôle.
Rigaud, 1881 : Chose drôle. Individu amusant. — Être rien rigolo, être très amusant.
Rigaud, 1881 : Fausse clé, pince à effraction.
Le rigolo eut bientôt cassé tout.
(La France, du 13 mars 1879)
Merlin, 1888 : Nom ou adjectif. — Un homme gai, amusant ; ou bien c’est rigolo, c’est drôle, c’est amusant.
Fustier, 1889 : Revolver. Argot du peuple.
Les expulsés furieux cherchèrent à enfoncer la porte (du cabaret). Vacheron sortit armé d’un bâton pour les repousser. À ce moment, l’un des agresseurs dit à Gauthier (un inculpé) : Prends ton rigolo.
(Le Droit, avril 1886)
La Rue, 1894 : Chose drôle. Fausse clé. Revolver. Pince d’effraction. Attaque nocturne. Naïf, bon à voler.
Virmaître, 1894 : Attaque nocturne. L. L. Rigolo : terme employé dans les ateliers pour qualifier un camarade qui rigole sans cesse, qui amuse les autres. Il y eut, en 1866, un mulet qui portait ce nom au Cirque Napoléon ; il fit courir tout Paris, tant il était amusant, rigolo (Argot du peuple). N.
Virmaître, 1894 : Pince. Si elle fait rigoler quelqu’un, ce n’est certainement pas la victime du vol avec effraction. Elle est rigolo pour le voleur, car avec l’argent volé il peut se payer de la rigolade (Argot des voleurs). V. Monseigneur.
Virmaître, 1894 : Sinapisme de farine de moutarde. Rigolo, c’est le nom de l’inventeur. Autrement, cette appellation serait une amère ironie, car un sinapisme n’est pas plus rigolo que d’avoir un clou planté dans les fesses (Argot du peuple). N.
Rossignol, 1901 : Drôlerie, amusement, plaisir.
Je me suis amusé, c’était rigolo.
Rossignol, 1901 : Revolver. Une pince monseigneur est aussi un rigolo.
France, 1907 : Amusant.
— … C’est très éreintant le métier ; et l’hiver surtout ça n’a rien de rigolo quand on piétine dans la neige, le soir, quand on n’a pas le sou pour aller quelque part. Quand on rentre, on tousse ; quand on est seule, ça va bien encore, mais quand par hasard il y a un miché, on se retient pour ne pas l’embêter, ça l’dégoûterait : alors, quand on se retient, ça fait mal…
(Jules Lévy, Les Malheurs d’Irma)
France, 1907 : Fausse clé ; pince à effraction.
France, 1907 : Revolver. Attaque nocturne. Faire le rigolo, attaquer de nuit.
Rouler dans la farine
Delvau, 1866 : v. a. Tromper, jouer un tour, user de finesse envers des gens trop simples.
Saint-André (rêve de la)
France, 1907 : C’est une croyance populaire qui existe en Alsace et dans presque toute l’Allemagne que le 29 novembre, fête de saint André, la jeune fille verra pendant la nuit, en rêve, l’homme qu’elle doit épouser, si, avant de se mettre au lit, elle récite consciencieusement les versets suivants :
Aujourd’hui Saint-André
Dorment tous les gens,
Tous les gens vivant
Entre le ciel et la terre,
À l’exception de l’homme
Qui devra m’épouser.
Dans quelques provinces, la demoiselle pétrit un gâteau de farine, lui donne la forme humaine et le mange. Sa prière est pressante dans les vers qui suivent :
Je vais entrer au lit,
Saint André, je te prie,
Laisse-moi voir mon bien-aimé,
Qu’il soit jeune ou vieux,
Laisse-moi le voir.
Nul doute qu’encouragée par son rêve, la jouvencelle n’aide à sa réalisation dans la mesure de ses moyens.
(Félix Regnault, Folklore)
On dit dans le Midi : À la Saint-André, tue le porc, attache de bœuf.
Soissonnais
Delvau, 1866 : s. m. pl. Haricots, — dans l’argot des voleurs, qui savent que Soissons est la patrie de ce farineux.
Virmaître, 1894 : Des haricots (Argot des voleurs).
Son
d’Hautel, 1808 : Robe de velours, ventre de son. Se dit de ceux qui préfèrent l’éclat de la parure au luxe de la table.
Moitié farine et moitié son. Se dit de toutes choses mêlées, ou faites moitié de gré, moitié de force.
Tape-cul
Larchey, 1865 : Voiture non suspendue.
Font-ils des embarras avec leur mauvais tape-cul !
(Ricard)
Delvau, 1866 : s. m. Planche en équilibre sur laquelle on se balance à deux. Argot des gamins.
Fustier, 1889 : Argot militaire. Manœuvre sans étriers.
France, 1907 : Sorte d’omelette dans laquelle on met de la farine et qu’on fait cuire dans une casserole couverte. En cuisant elle soulève le couvercle, d’où le nom ; expression de l’Ouest.
France, 1907 : Voiture cahotante.
Cependant comme le poète
Le laissait pour quelques écus,
Il en fit quand même l’emplette
Et le mit à son tape-cul.
(Raoul Ponchon)
Par euphémisme, les pudibonds paysans du Centre disent tape-chose.
Dans l’argot militaire, on appelle tape-cul l’exercice que l’on fait faire aux recrues, consistant à monter un cheval sans selle.
Tarte
Vidocq, 1837 : adj. — Qualité d’une chose fausse ou mauvaise.
Larchey, 1865 : Qualité bonne ou mauvaise (Vidocq).
Delvau, 1866 : adj. Qualité bonne ou mauvaise d’une chose, — dans l’argot des voleurs.
La Rue, 1894 : Mauvais, faux.
Virmaître, 1894 : Chose de mauvaise qualité. Les faux-monnayeurs sont des mornifleurs-tarte. Ils écoulent de mauvais argent. Allusion aux tartes faites avec de la vieille graisse et de la farine avariée que l’on vend dans les têtes foraines (Argot des voleurs). N.
Rossignol, 1901 : Gifle.
Hayard, 1907 : Coup.
Thé de la mère Gibou
Delvau, 1866 : s. m. Mélange insensé de choses et de mots ; discours incohérent ; pièce invraisemblable. Argot des coulisses.
France, 1907 : Mélange incohérent, déraisonnable ; soirée ridicule.
L’expression vient d’une pièce des Variétés, jouée en février 1832, intitulée : Madame Gibou et Madame Pochet, ou le Thé chez la ravaudeuse, par Dumarsau. Voici d’ailleurs la scène :
Mme Pochet. — Savez-vous faire du thé, madame Gibou ?
Mme Gibou. — Ma foi, non ; je n’en ai jamais mangé.
Mme Pochet. — C’est un fricot anglais… V’là mon huguenotte d’eau bouillante qui bout ; j’y ai jeté les petites crottes noires que l’épicière m’a données : faut goûter voir si ça a du goût…
Mme Gibou, — Ah ! Dieu ! comme c’est fade !
Mme Pochet. — (Goûtant dans la cuillère à pot.) Oui ! ça ne sent rien… y a pourtant là dedans six sous de thé et un cornet d’cassonade.
Les deux vieilles commères ajoutent un filet d’huile et de vinaigre, du poivre, du sel, deux œufs, une gousse d’ail, de la farine, de l’eau-de-vie. Le résultat est ce qu’on peut imaginer ; les invités font d’horribles grimaces en chantant le couplet suivant :
Ah ! Qu’est-ce que c’est que ça ?
Dieu ! quel goût ça vous a !
Ce thé-là,
Je l’sens là…
Jamais ne passera !
Tricher
Delvau, 1864 : Forcer, par un habile coup de cul, le membre de l’homme à se retirer au moment où il va décharger son sperme, pour ne pas s’exposer à faire d’enfants, — ce qui est peut-être prudent, mais, en tout cas, malhonnête, volant qui triche.
Pour nous, femmes sages,
Hors de nos ménages,
Il faut jouir peu
Ou tricher au jeu.
Tricher ! quelle gêne !
On conçoit sans peine,
Quand on est expert,
Tout ce qu’on y perd.
(Béranger)
Delvau, 1866 : v. a. Moucher la chandelle, — dans l’argot des bourgeois.
Rigaud, 1881 : Suivre l’école matrimoniale de Malthus.
La Rue, 1894 : Suivre la doctrine de Malthus.
Virmaître, 1894 : V. Gêné.
France, 1907 : Éviter d’augmenter la race des bâtards d’Adam ; autrement dit, déposer sa farine à la porte du moulin, sage précaution en ces temps de misère.
Argot classique, le livre • Telegram