Rigaud, 1881 : Voleuse à la détourne qui s’attaque aux magasins de nouveautés. Habile à faire tomber un coupon d’étoffe, elle se sert de ses pieds, chaussés de bas en forme de mitaine, pour cacher la marchandise entre ses jambes, quilles, ce qui ne l’empêche ni de marcher, ni même de courir, quand elle sent la police à ses trousses.
Anquilleuse, ou voleuse à la mitaine
Bossus (il y a des)
Rigaud, 1881 : On siffle dans la salle. (Argot des comédiens de l’ancien boulevard du Crime). — V. Les secrets des coulisses de J. Dullot, 1865.
France, 1907 : Argot des coulisses signifiant, lorsqu’une pièce est sifflée, qu’il y a une cabale dans la salle. D’après Joachin Duflot, c’est un vaudeville d’Édouard Brisebarre Les Aventures de Mayeux, qui a donné lieu à ce dicton. La pièce était fortement sifflée et l’auteur, qui de la coulisse entendait ce bruit affligeant, lança cette boutade : Il y a des bossus dans la salle qui se sont donné le mot pour faire tomber la pièce.
Caramboler
Delvau, 1864 : Faire l’acte vénérien, parce que l’homme se sert de sa queue pour jouer au billard amoureux, pour y faire des effets de queue, pour mettre ses billes dans la blouse de la dame.
Larchey, 1865 : Faire d’une pierre deux coups.
Leur père qui carambole, en ruinant son fils et sa fille.
(Balzac)
Larchey, 1865 : Tomber, faire tomber en ricochant. — Carambolage : Chute, choc général.
Delvau, 1866 : v. a. Battre quelqu’un, et surtout plusieurs quelqu’uns à la fois ; faire coup double, au propre et au figuré.
Rigaud, 1881 : Sacrifier à Vénus, — dans le jargon des voyous.
Virmaître, 1894 : Au billard, faire toucher les trois billes (Argot du peuple). N.
Virmaître, 1894 : V. Rouscailler.
France, 1907 : Se heurter ; argot populaire. S’emploie aussi dans le sens que Villon appelait checaulcher, et Rabelais faire la bête à deux dos.
— Voilà une môme que j’aimerais bien caramboler.
Charge
d’Hautel, 1808 : Une charge est le chausse-pied du mariage. Pour dire qu’un homme revêtu d’un emploi trouve facilement à se pourvoir en mariage.
d’Hautel, 1808 : Goguette, farce, bouffonnerie.
Il est chargé. Pour il est plaisant et jovial. Se dit d’un homme qui fait de grands efforts pour divertir les autres. Terme de peinture.
France, 1907 : Caricature.
France, 1907 : Grosse plaisanterie en action.
Tirer brusquement sa chaise à un rapin qui travaille, de façon à le faire tomber à terre, ou bien lui couvrir la figure de couleur et d’huile, ou bien lui barbouiller si bien un dessin quasi achevé qu’il soit obligé de recommencer son ouvrage, telles sont, entre mille autres, les charges qui se pratiquent dans les ateliers.
(J. Chaudesaigues, Le Rapin)
Choper
Vidocq, 1837 : v. a. — Prendre.
un détenu, 1846 : Prendre à l’improviste.
Larchey, 1865 : Voler (Vidocq). — Mot à mot : toucher quelque chose pour le faire tomber. — Roquefort donne choper dans ce sens.
Delvau, 1866 : v. a. Attraper en courant, — dans l’argot des écoliers.
Delvau, 1866 : v. a. Prendre, voler, — dans l’argot des voleurs. Se faire choper. Se faire arrêter.
Rigaud, 1881 : Voler, prendre. — Chopin, vol. — Choper une boîte, arrêter un logement, se loger, — dans le jargon des voleurs.
Merlin, 1888 : Comme chiper, voler. Se faire choper, se faire prendre, arrêter.
Rossignol, 1901 : Voir chipper.
France, 1907 : Prendre, voler ; vieux mot, aphérèse de achopper.
La loi n’est pas faite pour les chiens : à preuve qu’on ne les fourre jamais au violon ; ils peuvent choper de la bidoche à l’étal des bouchers, sans craindre la prison… tout ce qu’ils risquent, c’est un coup de trique ou un coup de soulier…
(Almanach du Père Peinard, 1894)
Ma fleur d’orange, elle est perdue ;
Ell’ se s’ra fait choper dans la rue.
(Paris qui passe)
Après, ce fut un aut’ tabac ;
Comm’ je faisais recette,
J’devais être chopé par Meilhac…
Je suis la gigolette
À Meilhac,
Je suis sa gigolette…
(Le Journal)
France, 1907 : Se heurter, manquer de tomber.
Chuter
Delvau, 1866 : v. n. Tomber, — dans l’argot du peuple. Signifie aussi, et alors ce verbe est actif, Empêcher de réussir, — dans l’argot des coulisses.
Rigaud, 1881 : Pour une demoiselle, c’est tomber… dans les bras d’un amoureux.
France, 1907 : Tomber. Faire chuter, faire tomber un acteur ou une pièce.
Ah ! Je puis faire chuter qui je veux.
(Balzac)
Décrocher
Larchey, 1865 : Faire tomber d’un coup de fusil.
Larchey, 1865 : Retirer du Mont-de-Piété. V. Clou — On dit aussi Déclouer.
Les révolutions m’ont réduite à mettre au clou les diamants de ma famille… faudra que tu me décroches ça, mon chéri.
(Lefils)
M. Auguste s’habille au décroche moi cela ce qui veut dire en français chez le fripier.
(Privat d’Anglemont)
Au Temple, un Décrochez-moi ça est un chapeau de femme d’occasion. — J’ai vu au carré du Palais-Royal (du Temple) des Décrochez-moi ça qu’on eût pu facilement accrocher au passage du Saumon.
(Mornand)
Delvau, 1866 : v. a. Dégager un objet du mont-de-piété, — dans l’argot des ouvriers.
Delvau, 1866 : v. a. Tuer d’un coup de fusil, — dans l’argot des troupiers. Ils disent aussi Descendre.
France, 1907 : Sonner, voler à la tire. Abattre d’un coup de fusil. Se dit aussi pour retirer un objet du mont-de-piété, c’est-à-dire décrocher ce qui est au clou.
Déquiller
France, 1907 : Éstropier. Mot à mot : faire tomber les quilles, c’est-à-dire les jambes.
Les gars dont le cœur battait ferme entre les côtes se foutaient en révolte. Formés en bandes, toujours prêtes aux coups de torchon, ils dévalisaient les diligences, ratiboisaient le pognon de l’État, déquillaient les gendarmes, s’emparaient des villes.
(Almanach du Père Peinard, 1894)
Descendre
d’Hautel, 1808 : Descendre la garde. Expression plaisante et figurée, qui signifie, parmi le peuple, tomber d’un lieu élevé ; s’en aller dans l’autre monde ; laisser ses os dans une affaire, dans une batterie quelconque.
Descendez, on vous demande en bas. V. Bas.
On dit vulgairement descendre en bas, et monter en haut.
Le génie de la langue allemande et de la langue anglaise peut tolérer ces locutions ; mais la langue française les rejette absolument ; il faut dire simplement sans régime, monter et descendre.
Delvau, 1864 : Aller faire la rue, dans l’argot des filles de bordel, qui descendent le plus souvent qu’elles peuvent, afin d’être montées d’autant.
Va t’êt’ onze heures, j’ descends pus… Nous allons nous coucher, dis, veux-tu ?
(Henry Monnier)
Larchey, 1865 : Tuer, faire tomber.
J’ajuste le Prussien et je le descends.
(M. Saint-Hilaire)
Delvau, 1866 : v. a. Tuer, abattre d’un coup de fusil, — dans l’argot des soldats et des chasseurs.
Rigaud, 1881 : Faire tomber ; tuer d’un coup de fusil. — Descendre la garde, mourir.
Fustier, 1889 : Expression théâtrale en usage dans les répétitions. C’est aller dans la direction de la rampe. — Terme de turf ; quand un cheval appelé à courir acquiert une plus value, on dit qu’il descend, parce qu’en effet la proportion dans laquelle on pariait contre lui tombe. Ainsi, un cheval qui hier était coté à 7 contre — 1, et qui est aujourd’hui à 5 contre — 1 est un cheval qui descend (Littré.)
La Rue, 1894 : Mourir. Mettre hors de combat. Tuer.
Hayard, 1907 : Assassiner.
France, 1907 : Tuer.
— Prends le reste des spahis et va explorer le sommet des mamelons sur notre gauche, jusqu’à la plaine. Si tu rencontres des Kabyles, descends-les.
— Oui, mon colonel.
(Hector France, L’Homme qui tue)
Faire tomber le rouge
Delvau, 1866 : Avoir l’inconvénient de la bouche — dans l’argot des comédiens, à qui l’émotion inséparable donne souvent cette infirmité passagère.
Mettre les jambes en l’air
Rossignol, 1901 : Faire tomber quelqu’un en se battant, c’est lui mettre les jambes en l’air ; on dit aussi faire une partie de jambes en l’air, ce qui veut dire rouscailler.
Pendule (coup de la)
France, 1907 : Mettre un homme la tête en bas et le secouer vigoureusement pour faire tomber l’argent et les objets qu’il peut avoir dans les poches. Pour de vigoureux coquins, ce moyen est plus expéditif que celui de fouiller.
Piper
d’Hautel, 1808 : Pour tromper, filouter, escroquer.
Larchey, 1865 : Fumer la pipe.
Il me semble qu’on a pipé ici.
(Gavarni)
Delvau, 1866 : v. n. Fumer la pipe ou le cigare.
Rigaud, 1881 : Fumer la pipe, le cigare ou la cigarette. — Piper, comme un Turc, fumer beaucoup.
Rossignol, 1901 : Fumer.
France, 1907 : Boire à l’aide d’un tuyau de paille.
On pipait là des cock-tails, on sablait du dry, on se coulait des whisky, des gin et des gingember bier. Des femmes nanties d’une rencontre sirotaient des limonades en faisant les accords, subtilisaient des grogs ou s’empiffraient de sandwichs arrosés d’ale et de stout.
(Camille Lemonnier)
France, 1907 : Fumer ; argot populaire.
— Il me semble qu’on a pipé ici.
(Gavarni)
Aussitôt que la ténèbre
Vient dédorer nos coteaux,
Ce gouvernement funèbre
S’occupe de nos complots.
Certes, personne ne pipe
Non plus que s’il était mort
Ou que s’il funait sa pipe.
(Raoul Ponchon)
France, 1907 : Prendre, emprisonner, attraper. Piper un pègre, attraper un voleur. Les synonymes sont nombreux et montrent quelle importance l’action de piper joue dans le monde des coquins : accrocher, agrafer, boucler, coquer, colliger, coltiner, enflaquer, enfourailler, empoigner, emballer, empiauler, encoffrer, encager, enchtiber, enfourner, fourrer dedans, faire tomber malade, fabriquer, grincer, grappiner, gripper ; mettre dedans, à l’ombre, au violon ; mettre le grappin, poisser, poser un gluau, ramasser, souffler, etc.
France, 1907 : Souffler. Ne s’emploie que dans cette expression : ne pas piper mot.
Seulement, tandis que les Orientaux ont réglementé et endigué la polygamie, — cette excellente polygamie qui a l’avantage de substituer l’émulation à la jalousie, — nous, plus hypocrites et en même temps plus roublards, nous n’en avons pipé mot et lui avons laissé carte blanche.
(Albert Cim, Demoiselles à marier)
Ces individualités, prisonnières elles-mêmes du groupe qu’elles dirigent, s’habituent, en un rien de temps, à ne voir dans la vie nationale que le conflit organisé de groupes arbitrairement constitués, sur des programmes où il n’est souvent pas pipé mot de ce qui touche le plus aux intérêts de la nation.
(Nestor, Gil Blas)
France, 1907 : Tromper, attirer dans un piège, allusion au pipeau à l’aide duquel l’oiseleur attire ses victimes dans ses gluaux.
Pleurs de crocodile
France, 1907 : Larmes simulées, factices pour tromper ou faire tomber dans un piège. Cette expression vient de la croyance ancienne qui attribuait au crocodile la faculté d’imiter les gémissements d’un enfant pour attirer sa proie. Les Grecs disaient, en parlant de fausses larmes, peurs de Mégariens. Les environs de Mégare étaient fertiles en ail qui a, comme l’oignon, la propriété d’agir sur les glandes lacrymales. « Il a flairé de l’ail », fait dire Aristophane à l’un de ses personnages, en parlant d’un hypocrite qui simule la douleur.
Puces (secouer les)
Rigaud, 1881 : Battre. Mot à mot : faire tomber les puces à quelqu’un à grands coups de poing.
France, 1907 : Réprimander, et au besoin battre. Secouer ses puces, sortir du lit.
Registre (faire le)
Boutmy, 1883 : v. C’est, en imprimant la retiration, faire tomber exactement les pages l’une sur l’autre. Au figuré, c’est verser le contenu d’une bouteille de façon que chacun ait exactement sa part.
France, 1907 : Faire tomber exactement les pages l’une sur l’autre en imprimant la retiration ; au figuré, c’est verser le contenu d’une bouteille dans des verres de façon que chacun ait une part égale. Argot des typographes.
Rouge (faire tomber le)
Rigaud, 1881 : Avoir l’haleine forte.
Tomber
d’Hautel, 1808 : Cela n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd. Pour dire qu’on a relevé une parole piquante, qu’on y a vivement riposté.
Cela n’est point tombé à terre. Pour dire, sera relevé quand les circonstances le permettront.
Tomber de son haut. Être très-étonné ; ne pouvoir revenir de sa surprise.
Ansiaume, 1821 : Être arrêté.
C’est un lofin, il est tombé deux fois cette année.
Larchey, 1865 : Terrasser, faire tomber. — Tombeur : Lutteur invincible. — Se prend ironiquement au figuré.
Eugène P., le tombeur de Renan, y vient de temps en temps mépriser l’humanité.
(Les Cocottes, 1864)
Delvau, 1866 : v. a. Écraser sous le poids de son éloquence ou de ses injures, — dans l’argot des gens de lettres.
Delvau, 1866 : v. a. Faire tomber ; terrasser ; — dans l’argot des amis du pugilat.
Rigaud, 1881 : Apparaître sur le tapis vert, — dans l’argot des joueurs. — Quand un joueur dit : un louis qui tombe, il annonce qu’il fait un louis au jeu et qu’il va le mettre sur le tableau.
Vingt-cinq louis qui tombent ! cria Servet en quittant le gérant, et en se précipitant à table.
(Vast-Ricouard, Le Tripot)
Rigaud, 1881 : Retourner en prison. — Tombé malade, repris.
Rigaud, 1881 : Séduire ; obtenir les faveurs d’une femme.
Pour lui faire la cour, pour arriver à la tomber, il faut, etc… On tombe sans grand’peine une brune.
(Mémoires de Rigolboche)
Rigaud, 1881 : Vaincre moralement, terrasser moralement son contradicteur ; terme que les journalistes ont emprunté à l’argot des lutteurs.
La Rue, 1894 : Séduire une femme. Vaincre, terrasser. Retourner en prison. Tomber en litharge, être au secret. Tomber en figure, faire une rencontre désagréable. Entrer en scène. Tomber à pic. Bien tomber.
France, 1907 : Vaincre, renverser ; argot des lutteurs.
Son industrie consistait à faire disparaître les gens qui en gênaient d’autres. De là lui était venu son nom. De même que le mot tomber est synonyme de renverser en terme de lutte et qu’on dit : tomber son adversaire, tomber l’ours, on l’avait surnommée la tombeuse d’hommes…
(Félix Remo, La Tombeuse)
Tomber sur le dos
Delvau, 1864 : Se faire baiser.
Tiens ! v’là Victoire qui roule sa bosse.
— Pauvre fille ! si gentille, si sage… car enfin elle ne sort jamais.
— Parbleu ! elle sera tombée dans l’escalier ; c’est là qu’elle aura attrapé ça.
(Souvenirs de carnaval)
Mais aussi qui ne tombe pas
Au premier mot qu’on lui dise.
(Bussy-Rabutin)
Ce sont filets et pièges pour donner le saut et faire tomber à la renverse les femmes et les filles.
(Noël du Fail)
Truqueur
Larchey, 1865 : « On appelle ainsi tous ces gens qui passent leur vie à courir de foire en foire, n’ayant pour toute industrie qu’un petit peu de hasard. » — Privat d’Anglemont. — C’est aussi un homme usant de trucs, dans toutes les acceptions susdites.
Delvau, 1866 : s. m. Homme qui passe sa vie à courir de foire en foire, de village en village, n’ayant pour toute industrie qu’un petit jeu de hasard.
Delvau, 1866 : s. m. Trompeur ; homme qui vit de trucs.
Rigaud, 1881 : Habile, malin.
Rigaud, 1881 : Industriel en plein vent qui exerce toute sorte de petits métiers ; vendeur de montres à dix sous, de chaînes de sûreté, de cartes transparentes, de porte-monnaie, etc., etc. — Individu qui court de foire en foire avec un jeu de hasard.
Fustier, 1889 : Individu du troisième sexe qui vit de son… industrie.
La Rue, 1894 : Malin. Contrefacteur. Individu qui exerce en plein vent un petit métier, un truc.
Virmaître, 1894 : Le truqueur est un filou qui va de village en village et de foire en foire, avec un petit jeu de hasard qu’il exploite habilement. Ce jeu est généralement un chandelier fait avec les débris d’un vieux chapeau ; il met un sou sur le chandelier qui est placé dans une assiette. Il s’agit, au moyen d’une longue baguette d’osier, de faire tomber le chandelier et que le sou reste dans l’assiette. Cela n’arrive jamais, à moins de connaître le truc. Il y a une masse de truqueurs, surtout en cette fin-de-siècle où tout est truc pour gagner sa vie. (Argot du peuple). N.
Hayard, 1907 : Malin.
France, 1907 : Trompeur, contrefacteur.
Des truqueurs, il n’est pas besoin de parler ; ouvrier sans travail, ancien militaire, faux demandeur, maladie, mort, sortie d’hôpital, tout est exploité d’une façon merveilleuse.
(L. Florian-Pharaon)
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