Entrez le mot à rechercher :
  Mots-clés Rechercher partout 


Abélardiser

Delvau, 1866 : v. a. Mutiler un homme comme fut mutilé par le chanoine Fulbert le savant amant de la malheureuse Héloïse.
C’est un mot du XIIIe siècle, que quelques écrivains modernes s’imaginent avoir fabriqué ; on l’écrivait alors abaylarder, — avec la même signification, bien entendu.

France, 1907 : Infliger à quelqu’un l’opération que le chanoine Fulbert fit subir à l’amant de sa nièce Héloïse, ce que le pieux Lamartine indique par une singulière périphrase : « Les portes de la maison d’Abélard s’ouvrirent une nuit par la complicité achetée de ses serviteurs. Des bourreaux, guidés et soldés par Fulbert, le surprirent pendant son sommeil ; ils l’accablèrent d’outrages, et le laissèrent baigné dans son sang et dégradé par son châtiment. » Et tout cela au lieu de dire simplement : « Ils lui firent l’ablation des testicules. »
Il y a quelques mois, un jeune vicaire de l’Église anglicane fut abélardisé par le mari d’une dame que le révérend comblait de ses célestes faveurs. Ce mari médecin se servit du vieux subterfuge des maris trompés, auquel femmes et amants se laissent toujours prendre. Il feignit un voyage et rentra subito au moment où on l’attendait le moins. Les coupables dormaient dans une douce quiétude, et le docteur les chloroformisa l’un et l’autre sans esclandre. Puis il procéda à l’opération du monsieur, fit le pansement dans les règles et se retira. On devine la mutuelle surprise au lendemain matin, à l’heure des adieux. Le révérend dut se faire transporter à domicile plus penaud qu’il n’était venu. Mais le trait caractéristique, c’est qu’après guérison il assigna le mari, lui demandant des dommages et intérêts pour blessure ayant occasionné une incapacité de travail.
Le mot date du XIIIe siècle ; on l’écrivait alors abaylardiser, puis plus tard abailardiser :

D’un colonel vous courtisez la femme,
S’il vous surprend, il vous abailardisera.

(Pommereul)

Ardent (buisson)

France, 1907 : La touffe soyeuse de poils qui ombrage la partie du bas du ventre de la femme. Le très galant duc de Bourgogne créa l’ordre de la toison d’or en l’honneur du buisson ardent de la belle Marie de Crumbrugge.

La baronne de Santa-Grue,
Sous les baisers de son amant
— Qui ne s’oublie en tel moment ? —
Émit une note incongrue.

L’amoureux en reste bredouille
Et tout aussitôt s’interrompt ;
Puis s’incline, courbe le front
Et dévotement s’agenouille.

Mais elle, payant de toupet,
Lui dit, comme s’il se trompait :
— Qu’est-ce, m’amour ? — Vive l’Église !

Je crois, tel miracle m’aidant ;
J’entends sortir, nouveau Moïse,
Une voix du buisson ardent.

Arguche

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Argot. Jaspiner arguche, parler argot.

Vidocq, 1837 : s. m. abst. — Argot. Jargon des voleurs et des filous, qui n’est compris que par eux seuls ; telle est du moins la définition du Dictionnaire de l’Académie. Cette définition ne me paraît pas exacte ; argot, maintenant, est plutôt un terme générique destiné à exprimer tout jargon enté sur la langue nationale, qui est propre à une corporation, à une profession quelconque, à une certaine classe d’individus ; quel autre mot, en effet, employer pour exprimer sa pensée, si l’on veut désigner le langage exceptionnel de tels ou tels hommes : on dira bien, il est vrai, le jargon des petits-maîtres, des coquettes, etc., etc., parce que leur manière de parler n’a rien de fixe, d’arrêté, parce qu’elle est soumise aux caprices de la mode ; mais on dira l’argot des soldats, des marins, des voleurs, parce que, dans le langage de ces derniers, les choses sont exprimées par des mots et non par une inflexion de voix, par une manière différente de les dire ; parce qu’il faut des mots nouveaux pour exprimer des choses nouvelles.
Toutes les corporations, toutes les professions ont un jargon (je me sers de ce mot pour me conformer à l’usage général), qui sert aux hommes qui composent chacune d’elles à s’entendre entre eux ; langage animé, pittoresque, énergique comme tout ce qui est l’œuvre des masses, auquel très-souvent la langue nationale a fait des emprunts importans. Que sont les mots propres à chaque science, à chaque métier, à chaque profession, qui n’ont point de racines grecques ou latines, si ce ne sont des mots d’argot ? Ce qu’on est convenu d’appeler la langue du palais, n’est vraiment pas autre chose qu’un langage argotique.
Plus que tous les autres, les voleurs, les escrocs, les filous, continuellement en guerre avec la société, devaient éprouver le besoin d’un langage qui leur donnât la faculté de converser librement sans être compris ; aussi, dès qu’il y eut des corporations de voleurs, elles eurent un langage à elles, langage perdu comme tant d’autres choses.
Il n’existe peut-être pas une langue qui ait un point de départ connu ; le propre des langues est d’être imparfaites d’abord, de se modifier, de s’améliorer avec le temps et la civilisation ; on peut bien dire telle langue est composée, dérive de telles ou telles autres ; telle langue est plus ancienne que telle autre ; mais je crois qu’il serait difficile de remonter à la langue primitive, à la mère de toutes ; il serait difficile aussi de faire pour un jargon ce qu’on ne peut faire pour une langue ; je ne puis donc assigner une date précise à la naissance du langage argotique, mais je puis du moins constater ces diverses époques, c’est l’objet des quelques lignes qui suivent.
Le langage argotique n’est pas de création nouvelle ; il était aux quatorzième, quinzième et seizième siècles celui des mendians et gens de mauvaise vie, qui, à ces diverses époques, infestaient la bonne ville de Paris, et trouvaient dans les ruelles sombres et étroites, alors nommées Cour des Miracles, un asile assuré. Il n’est cependant pas possible d’en rien découvrir avant l’année 1427, époque de la première apparition des Bohémiens à Paris, ainsi l’on pourrait conclure de là que les premiers élémens de ce jargon ont été apportés en France par ces enfans de la basse Égypte, si des assertions d’une certaine valeur ne venaient pas détruire cette conclusion.
Sauval (Antiquités de Paris, t. 1er) assure que des écoliers et des prêtres débauchés ont jeté les premiers germes du langage argotique. (Voir Cagoux ou Archi-suppôt de l’argot.)
L’auteur inconnu du dictionnaire argotique dont il est parlé ci-dessus, (voir Abbaye ruffante), et celui de la lettre adressée à M. D***, insérée dans l’édition des poésies de Villon, 1722, exemplaire de la Bibliothèque Royale, pensent tous deux que le langage argotique est le même que celui dont convinrent entre eux les premiers merciers et marchands porte-balles qui se rendirent aux foires de Niort, de Fontenay et des autres villes du Poitou. Le docteur Fourette (Livre de la Vie des Gueux) est du même avis ; mais il ajoute que le langage argotique a été enrichi et perfectionné par les Cagoux ou Archi-Suppôts de l’Argot, et qu’il tient son nom du premier Coësré qui le mit en usage ; Coësré, qui se nommait Ragot, dont, par corruption, on aurait fait argot. L’opinion du docteur Fourette est en quelque sorte confirmée par Jacques Tahureau, gentilhomme du Mans, qui écrivait sous les règnes de François Ier et de Henri II, qui assure que de son temps le roi ou le chef d’une association de gueux qu’il nomme Belistres, s’appelait Ragot. (Voir Dialogues de Jacques Tahureau, gentilhomme du Mans. À Rouen, chez Martin Lemesgissier, près l’église Saint-Lô, 1589, exemplaire de la Bibliothèque Royale, no 1208.)
La version du docteur Fourette est, il me semble, la plus vraisemblable ; quoi qu’il en soit, je n’ai pu, malgré beaucoup de recherches, me procurer sur le langage argotique des renseignemens plus positifs que ceux qui précèdent. Quoique son origine ne soit pas parfaitement constatée, il est cependant prouvé que primitivement ce jargon était plutôt celui des mendians que celui des voleurs. Ces derniers, selon toute apparence, ne s’en emparèrent que vers le milieu du dix-septième siècle, lorsqu’une police mieux faite et une civilisation plus avancée eurent chassé de Paris les derniers sujets du dernier roi des argotiers.
La langue gagna beaucoup entre les mains de ces nouveaux grammairiens ; ils avaient d’autres besoins à exprimer ; il fallut qu’ils créassent des mots nouveaux, suivant toujours une échelle ascendante ; elle semble aujourd’hui être arrivée à son apogée ; elle n’est plus seulement celle des tavernes et des mauvais lieux, elle est aussi celle des théâtres ; encore quelques pas et l’entrée des salons lui sera permise.
Les synonymes ne manquent pas dans le langage argotique, aussi on trouvera souvent dans ce dictionnaire plusieurs mots pour exprimer le même objet, (et cela ne doit pas étonner, les voleurs étant dispersés sur toute l’étendue de la France, les mots, peuvent avoir été créés simultanément). J’ai indiqué, toutes les fois que je l’ai pu, à quelle classe appartenait l’individu qui nommait un objet de telle ou telle manière, et quelle était la contrée qu’il habitait ordinairement ; un travail semblable n’a pas encore été fait.
Quoique la syntaxe et toutes les désinences du langage argotique soient entièrement françaises, on y trouve cependant des étymologies italiennes, allemandes, espagnoles, provençales, basques et bretonnes ; je laisse le soin de les indiquer à un philologue plus instruit que moi.
Le poète Villon a écrit plusieurs ballades en langage argotique, mais elles sont à-peu-près inintelligibles ; voici, au reste, ce qu’en dit le célèbre Clément Marot, un de ses premiers éditeurs  : « Touchant le jargon, je le laisse exposer et corriger aux successeurs de Villon en l’art de la pince et du croc. »
Le lecteur trouvera marqué d’un double astérisque les mots extraits de ces ballades dont la signification m’était connue.

Delvau, 1866 : s. m. Argot. Arguche, arguce, argutie. Nous sommes bien près de l’étymologie véritable de ce mot tant controversé : nous brûlons, comme disent les enfants.

Rigaud, 1881 : Argot, avec changement de la dernière syllabe.

Rigaud, 1881 : Niais, — dans le jargon des voleurs.

France, 1907 : Argot du vieux mot argu, ruse, finesse, dont on a fait argutie.

Bas-bleu

Delvau, 1866 : s. m. Femme de lettres, — dans l’argot des hommes de lettres, qui ont emprunté ce mot (blue stocking) à nos voisins d’outre-Manche.
Alphonse Esquiros (Revue des Deux Mondes, avril 1860) donne comme origine à cette expression le club littéraire de lady Montague, où venait assidûment un certain M. Stillingfleet, remarquable par ses bas bleus. D’un autre côté, M. Barbey d’Aurevilly (Nain jaune du 6 février 1886) en attribue la paternité à Addison. Or, le club de lady Montague ne date que de 1780, et Addison était mort en 1719. Auquel entendre ?

France, 1907 : Nom donné aux femmes de lettres, traduction littérale de l’anglais Blue stocking. Alphonse Esquiros raconte que cette expression prit naissance dans le club littéraire de la célèbre lady Montague qui vivait au commencement du XVIIIe siècle. Dans sa résidence de Twickenham, près de Londres, elle réunit toutes les célébrités littéraires du temps, Pope, Addison, Steele, Young, etc., et dans le nombre se trouva un certain Stillingfleet, auteur ignoré aujourd’hui, qui avait l’habitude de porter des bas bleus. Quantité de femmes de lettres ou aspirant à le devenir fréquentaient le salon de lady Montague, et le public railleur appela ces réunions le club des Bas bleus, nom qui fut bientôt donné à chacune des habituées.
D’après Barbey d’Aurevilly, ce serait Addison qui aurait baptisé le club.
Mills, dans son History of Chivalry, raconte d’autre part qu’il se forma à Venise, en 1400, une société littéraire sous le nom de Société du Bas (Società della Calza) et dont tous les membres devaient, comme signe distinctif, chausser des bas bleus. Cette société fut connue plus tard en Angleterre, et c’est sans doute à elle qu’Addison fit allusion en baptisant de ce nom celle de Lady Montague. Quoi qu’il en soit, la provenance est bien anglaise, et c’est en Angleterre que pullule, plus qu’en aucun pays du monde, cette variété excentrique de la race humaine.
Dans tous les temps et dans toutes les nations, les femmes savantes ont excité les railleries, et, les hommes s’étant attribué l’universelle toute-puissance, nombreux sont les proverbes à l’adresse de celles qui essayent de se tailler une part de la masculine souveraineté.
Nos pères surtout se sont égayés à ce sujet :

La femme qui parle latin,
Enfant qui est nourri de vin,
Soleil qui luisarne au matin,
Ne viennent pas à bonne fin.
C’est une chose qui moult me déplait,
Quand poule parle et coq se tait.

(Jean de Meun)

« Femme qui parle comme homme, geline qui chante comme coq, ne sont bonnes à tenir. »

Ne souffre à ta femme pour rien
De mettre son pied sur le tien,
Car lendemain la pute beste
Le vouloit mettre sur ta teste.

(G. Meurier, Trésor des sentences)

Qui n’a qu’une muse pour femme faict des enfans perennels.

(Adages français, XVIe siècle)

Napoléon Ier qui ne se piquait pas de galanterie et qui avait des idées particulières sur les femmes au point de vue de leur rôle social, avait coutume de dire :
« Une femme a assez fait quand elle a allaité son fils, ravaudé les chaussettes de son mari et fait bouillir son pot-au-feu. »
Aussi aimait-il peu les bas-bleus ; les femmes s’occupant de littérature lui paraissaient des monstres.
À une soirée des Tuileries, Mme de Staël demandait à l’empereur :
— Quelles femmes préférez-vous, sire ?
— Celles qui ont beaucoup d’enfants, répondit brutalement Napoléon.
Oui, mais elles ruinent leur mari.
En aucun pays du monde on aime les bas-bleus, que ce soit en France, en Chine ou au Japon.
Lorsque la poule chante, dit un proverbe japonais, la maison marche à sa ruine. Je suppose que chanter signifie, en ce cas, écrire des poèmes.
Si vous êtes coq, disent les Persans, chantez ; si vous êtes poule, pondez.
Et les Russes : Ça ne va jamais bien quand la poule chante.
Les Chinois : Une femme bruyante et une poule qui chante ne sont bonnes ni pour les Dieux ni pour les hommes.
Terminons par ce verset tiré du Talmud, et saluons, car c’est le meilleur :

Dieu n’a pas tiré la femme de la tête de l’homme, afin qu’elle le régisse ; ni de ses pieds afin qu’elle soit son esclave ; mais de son côté, afin qu’elle soit plus près du cœur.

Mais le dernier mot et le plus féroce sur les bas-bleus a été dit par Barbey d’Aurevilly, dans la Revue critique :

Ces bas-bleus ne le sont plus jusqu’aux jarretières. Ils le sont par-dessus la tête ! Leurs bas sont devenus une gaine. Les femmes maintenant sont bleues de partout et de pied en cap ; égales de l’homme, férocement égales, et toutes prêtes à dévorer l’homme demain… Vomissantes gargouilles de déclarations bêtes ou atroces, elles sont bleues jusqu’aux lèvres, qu’elles sont bleues comme de vieilles négresses !

Albert Cim a écrit un volume très documenté sur les bas-bleus.

Bataclan (tout le)

France, 1907 : Tout ce qui s’ensuit ; argot populaire.

J’ai vu de petits commerçants (nous laissons de côté, n’est-ce pas, les vagabonds, mendiants, miséreux, ouvriers, et autre populo suspect de partialité), j’ai vu de modestes négociants condamnés en trois minutes, à la correctionnelle, sur le témoignage de sergots dont le serment faisait loi.
— Il vous a appelé ci et ça ?
— Parfaitement, monsieur le président !
Un marmonnement de cheminée gorgée de suie… Et ça y était : un mois, deux mois de prison, l’amende, le casier judiciaire — et tout le bataclan, comme disait je ne sais quel magistrat folichon !

(Séverine)

Bidet

d’Hautel, 1808 : Pousser son bidet. S’immiscer dans les affaires d’autrui à dessein d’en tirer profit ; se lancer dans le monde ; achever hardiment une entreprise.

Vidocq, 1837 : s. m. ab. — Le Bidet est un moyen de correspondance très-ingénieux, et cependant fort simple, qui sert aux prisonniers, qui pour une raison quelconque ont été séparés, à correspondre entre eux de toutes les parties du bâtiment dans lequel ils sont enfermés ; une corde passée à travers les barreaux de leur fenêtre, et qu’ils font filer suivant le besoin en avant ou en arrière, porte une lettre et rapporte la réponse ; il est inutile de dire que ce n’est que la nuit qu’ils se servent de ce moyen de correspondance.

Delvau, 1864 : 1o Cuvette de forme ovale, ordinairement enchâssée dans un tabouret de même forme, au-dessus de laquelle la femme se place à califourchon pour se laver — après le coït. — Ce meuble indispensable, essentiel, était connu des Romains, qui se lavaient post rem veneream, et quasi religiose. Sa forme était à peu près la même qu’aujourd’hui.

Des coups de Pincecul, quelques coups de bidet.
Enlèveront bientôt, et la trace, et l’effet.

(Louis Protat)

Femme prudente se sauve,
À dada sur son bidet.

(A. Jacquemart)

2o Le membre viril, dada que les femmes enfourchent pour aller au bonheur.

Il est d’une vigueur que rien ne peut abattre
Que ce drôle était bien mon fait !
Trois fois sans débrider il poussa son bidet.

(Les Plaisirs du cloître)

À dada, à dada,
À dada sur mon bidet.

(Jacquemart)

Il la jeta d’abord sur sa couchette,
Lui présenta son pétulant bidet.

(Le Cosmopolite)

Chaque père en voyant cette jeune fillette,
Sent son bidet tout prêt à rompre sa gourmette.

(Piron)

Larchey, 1865 : Ficelle transportant la correspondance des prisonniers enfermés à des étages différents (Vidocq). — C’est leur bidet de poste.

Delvau, 1866 : s. m. « Moyen très ingénieux, dit Vidocq, qui sert aux prisonniers à correspondre entre eux de toutes les parties du bâtiment dans lequel ils sont enfermés ; une corde passée à travers les barreaux de leur fenêtre, et qu’ils font filer suivant le besoin en avant ou en arrière, porte une lettre et rapporte la réponse. »

Rigaud, 1881 : Ficelle qui sert à transporter d’un étage à l’autre la correspondance clandestine des prisonniers.

La Rue, 1894 : Ficelle transportant la correspondance clandestine des prisonniers enfermés à des étages différents.

Virmaître, 1894 : La ficelle qui sert aux prisonniers pour se transmettre leurs correspondances d’étages en étages. Allusion au bidet de poste (Argot des voleurs). V. Postillon.

Virmaître, 1894 : Vase intime que l’on rencontre dans les cabinets de toilette un peu chics. Bidet, ainsi nommé par allusion au bidet sur lequel monte le cavalier ; madame se met à cheval dessus, et généralement l’eau ne pourrait servir qu’à faire du Thé de la Caravane (Argot des filles). N.

France, 1907 : « Moyen très ingénieux, dit Vidocq, qui sert aux prisonniers à correspondre entre eux de toutes les parties du bâtiment dans lequel ils sont enfermés ; une corde passée à travers les barreaux de leur fenêtre, et qu’ils font filer suivant le besoin en avant ou en arrière, porte une lettre et rapporte la réponse. »

France, 1907 : Vase de toilette des dames, appelé ainsi parce qu’elles l’enfourchent pour s’en servir.

Bidonnier

Rossignol, 1901 : Truc importé à Paris par des Lyonnais, qui est maintenant blanchi (connu) ; il n’y en a plus que deux pu trois qui se livrent à ce commerce. Le bidonnier achète trois coupons de 1,10 m de mauvais drap de couleur différente ne valant pas plus de 2 fr. 50 le mètre. Il plie les trois coupons de façon à les intercaler les uns dans les autres, il en parait six du côté apparent ; le derrière est enveloppe dans sa grande blouse bleue, cela constitue le bidon. Il offre sa marchandise pour le prix de 25 francs aux consommateurs à la porte des débits. On le plaisante sur lé prix, c’est ce qu’il cherche, et tout en ayant l’air de se fâcher il répond :

Pourquoi marchander ? vous n’avez pas le sou, je parie que si je vous laisse le paquet pour 12 francs, vous ne le prendrez pas.

Le consommateur se pique d’amour-propre, le marché est conclu, il paye, la marchandise lui est ensuite livrée, c’est alors qu’il s’aperçoit ne pas avoir acheté six coupons, mais trois qui ne valent pas le prix de la façon de trois pantalons ; il est volé, mais il n’y a pas escroquerie, le bidonnier lui a parlé du paquet et non du nombre des coupons.

Hayard, 1907 : Qui vend du bidon.

Bien

d’Hautel, 1808 : Vous serez le bien venu et le mal reçu. Antithèse par laquelle on fait entendre à quelqu’un que sa visite ne sera pas agréable.
Cet homme sent son bien. Pour dire qu’il a les manières nobles, qu’il a reçu une bonne éducation, qu’il est bien né.
En tout bien et tout honneur. C’est-à-dire comme il convient, suivant les règles de la bienséance ; à bonne intention ; à bonne fin.

Larchey, 1865 : D’apparence distinguée.

Elle aime à causer, surtout avec les messieurs bien.

(Privat d’Anglemont)

Être bien : Être gris. Éprouver le bien-être factice causé par un commencement d’ivresse.
Bien mis : Fashionable.

Ohé ! ce bien mis, il vient faire sa tête, parce qu’il a du linge en dessous.

(E. Sue)

Delvau, 1866 : adj. et s. Distingué, — dans l’argot des petites dames.

Delvau, 1866 : s. m. Mari ou femme, — dans l’argot du peuple, qui a tout dit quand il a dit Mon bien. C’est plus énergique que ma moitié.

Biribi

La Rue, 1894 : Médaillon. Le bataillon de discipline.

Rossignol, 1901 : Compagnies de discipline. À la suite d’un certain nombre de punitions, le militaire est envoyé après conseil de corps à biribi ; si là il se conduit mal, il est expédié dans une compagnie coloniale que l’on nomme les Cocos. À biribi il n’a rien de la tenue militaire, il porte veste, pantalon et képi en drap noir, il a les cheveux courts et la figure entièrement rasée ; c’est la différence qu’il y a entre le militaire envoyé aux travaux publics à la suite d’un conseil de guerre, car celui-ci porte toute sa barbe et a la tête entièrement rasée, de là le nom de « tête-de-veau ». Le travail du disciplinaire consiste à casser des cailloux et à faire du terrassement, mais tous trouvent la terre trop basse et qu’il serait plus facile de la travailler si elle était sur un billard. Ils feraient certainement autant de travail si on leur faisait botteler du sable ou piler du liège.

Rossignol, 1901 : Jeu qui se joue dans le genre du bonneteau, mais avec trois quilles creuses, trois coquilles de noix, ou encore trois dés à coudre et une petite boule de liège. À ce jeu bien connu des Arabes, il y a toujours escroquerie puisque la boule que l’on croit être sous une des coquilles, qu’il faut découvrir pour gagner, reste le plus souvent entre les doigts du teneur.

Hayard, 1907 : Les compagnies de discipline.

France, 1907 : Compagnie de discipline.

Un auteur, encouragé sans doute par les succès de Descaves, profita de son passage involontaire aux compagnies de discipline pour faire un livre à sensation. Il se plaint avec fracas du régime auquel on l’a soumis, et s’étonne que certains sous-officiers aient pu se départir vis-à-vis de lui de la plus exquise politesse. Biribi, à l’en croire, est un enfer effroyable où, sous le couvert de l’uniforme et avec la permission de l’État, des hommes peuvent impunément supplicier d’autres hommes et exercer leur pouvoir sans contrôle avec des raffinements de cruauté chinoise.

(Marzac, Gil Blas)

Y en a qui font la mauvais’ tête
Au régiment ;
I’s tir’ au cul, i’s font la bête
Inutil’ment ;
Quand i’s veul’nt pus fair’ l’exercice
Et tout l’fourbi,
On les envoi’ fair’ leur service
À biribi.

(Aristide Bruant)

Bougre

Delvau, 1864 : Pédéraste, — en souvenir des hérétiques albigeois et bulgares qui, en leur qualité d’ennemis, étaient chargés d’une foule d’iniquités et de turpitudes par le peuple, alors ignorant — comme aujourd’hui.

Des soins divers, mais superflus,
De Fiévée occupent la vie :
Comme bougre il tache les culs,
Comme écrivain il les essuie.

(Anonyme)

Larchey, 1865 : Mot à noter comme ayant perdu sa portée antiphysique. Ce n’est plus qu’un synonyme de garçon. On dit : un bon bougre.
Bougrement : Très. — Pris en bonne comme en mauvaise part.

Delvau, 1866 : s. m. Homme robuste, de bons poings et de grand cœur, — dans l’argot du peuple, qui ne donne pas à ce mot le sens obscène qu’il a eu pendant longtemps. Bon bougre. Bon camarade, loyal ami. Bougre à poils. Homme à qui la peur est inconnue. Mauvais bougre. Homme difficile à vivre.

La Rue, 1894 : Brave homme sur lequel on peut compter. Se dit aussi en mauvaise part : bougre d’animal.

France, 1907 : Nous écartons l’idée primitivement obscène attachée à ce mot dérivé des Bulgares adonnés à certaine passion commune dans l’Orient et même en Occident, pour nous renfermer dans ses significations purement populaires. « Le berger Corydon brûlait d’amour pour le bel Alexis » (Églogues de Virgile). Bon bougre, excellent camarade, aimable garçon ; mauvais ou sale bougre, vilain personnage, mauvais coucheur ; bougre à poil, homme solide et courageux. Il précède généralement, dans l’argot populaire, tous les substantifs injurieux : bougre d’animal, bougre d’âne, bougre de cochon.
M. Louis Besson, au sujet de bougre, a jeté sur le caractère et les mœurs du grand Condé un jour très particulier en citant un fragment de la correspondance de la duchesse d’Orléans, mère du Régent, daté du 5 juin 1816 :

Lorsque le grand Condé était amoureux de Mlle d’Épernon, il alla à l’armée en compagnie de jeunes cavaliers ; quand il revint, il ne pouvait plus souffrir les dames ; il donna pour excuse qu’il était tombé malade et qu’on lui avait tiré tant de sang, qu’on lui avait ôté toute force et tout amour. La dame, qui aimait sincèrement le prince, ne se paya pas de cette réponse ; elle chercha à savoir ce qui en était, et, lorsqu’elle connut la véritable raison de cette indifférence, elle en éprouva un tel désespoir qu’elle se retira au couvent des Grandes-Carmélites, renonça entièrement au monde et se fit religieuse.

« Le bougre qu’il est, et je le maintiens bougre sur les saintes Évangiles », disait le marquis de Coligny… « Je prétexte devant Dieu que je n’ai jamais connu une âme si terrestre, si vicieuse, ni un cœur si ingrat, ni si traitre, ni si malin. » Cette particularité du grand Condé était commune, d’ailleurs, à Alexandre le Grand, César et au grand Frédéric. Je ne veux pas citer Henri III parmi ces noms illustres.

Boulotter

un détenu, 1846 : Aller lentement. Exemple : Les affaires boulottent.

Halbert, 1849 : Manger.

Larchey, 1865 : Vivre à l’aise. Mot à mot : rouler sans peine dans la vie. — Diminutif de bouler.

Ils boulottaient l’existence, sans chagrin de la veille, sans souci du lendemain.

(De Lynol)

Boulotter : Assister (Vidocq).

Delvau, 1866 : v. a. Manger. Argot du peuple.

Delvau, 1866 : v. n. Aller doucement, faire de petites affaires. Argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Manger. — boulotter de l’argent, manger de l’argent.

Rigaud, 1881 : N’aller ni bien ni mal, marcher doucement, en parlant de la santé, des affaires. — Ça boulotte.

Boutmy, 1883 : v. intr. Manger. Aller boulotter, c’est aller prendre son repas. Cette expression est commune à d’autres argots.

La Rue, 1894 : Manger. Boulottage, mangeaille.

Virmaître, 1894 : Faire ses petites allaires. Quant ça va bien on dit : ça boulotte à la douce, comme le marchand de cerises. On sait que ce dernier pour annoncer sa marchandise crie :
— À la douce, à la douce (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Manger (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Manger ; on dit aussi lorsque ça va bien : ça boulotte.

France, 1907 : S’emploie aussi, dans l’argot des voleurs, pour aider un camarade.

France, 1907 : Vivre à l’aise sans trop se faire de bile, aller doucement, réaliser de petits bénéfices. Boulotter l’existence, vivre tranquillement, être eu bonne santé.

Ils boulottaient l’existence sans chagrin de la veille, sans souci du lendemain.

(Lynol)

Se dit aussi pour manger :

Quand y a plus rien à boulotter,
On va là où qu’on vous invite.

(Ch. Saint-Heant)

Boulotter de la galette, dépenser de l’argent.

Et tout le monde se disperse, vivement, excepté les trois compères et le môme, qui rentrent d’un pas tranquille dans Paris pour y fricoter l’argent des imbéciles, y boulotter la galette des sinves.

(Richepin)

Boutique (et toute la)

Rigaud, 1881 : Et tout le reste, et tout le monde. Envoyer promener toute la boutique.

Calino

Larchey, 1865 : Homme ridiculement naïf. — C’est une pièce du vaudeville qui a vulgarisé ce nom et ce type.

L’artiste était fort ennuyé par une espèce de calino.

(Figaro)

Delvau, 1866 : s. m. Nom d’une sorte de Jocrisse introduit par Antoine Fauchery dans un vaudeville, et qui a été appliqué depuis à tous les gens assez simples d’esprit, par exemple, pour s’imaginer avoir vu bâtir la maison où ils sont nés.

France, 1907 : Nom d’une sorte de Jocrisse introduit par Antoine Fanchery dans un vaudeville, vers 1858, et dont la presse s’est emparée pour en faire un nouveau type auquel on attribue toutes les niaiseries et toutes les naïvetés. Le nom vient, du reste, du vieux mot calin (niais) et on le trouve dans Tallemant des Réaux : « L’artiste était fort ennuyé par une espèce de Calino. »
Cependant, s’il faut s’en rapporter à certains étymologistes, ce type de la naïveté burlesque aurait réellement existé.

C’était un garçon fort connu des artistes qui fréquentaient vers 1846 l’ancien café de la Porte Saint-Martin, où il s’était créé une véritable célébrité.

Calot

Larchey, 1865 : Dé à coudre, coquille de noix (Vidocq). — Comparaison de ces objets à la calotte qui est de même forme. — Calot : Teigneux. Mot à mot : ayant une calotte de teigne.

Delvau, 1866 : s. m. Dé à coudre, — dans l’argot des voleurs. Signifie aussi coquille de noix.

Delvau, 1866 : s. m. Grosse bille avec laquelle on cale en jouant, — dans l’argot des enfants.

Rigaud, 1881 : Dé à coudre, parce qu’il a la forme d’une calotte microscopique.

Rigaud, 1881 : Képi, — dans le jargon de Saint-Cyr.

Récompense honnête à qui rapportera le calot 3118.

(La Vie moderne, 30 août 1879)

Rigaud, 1881 : Vieillard, vieille femme ridicule, — dans l’ancien jargon des clercs de notaire.

Quant aux farces d’étude, c’est ordinairement sur de vieilles ganaches, sur ce que les clercs appellent des calots, qu’ils les exercent.

(Le Peintre des coulisses, 1822)

Dans le jargon moderne des commis de la nouveauté, un calot désigne un acheteur qui borne ses achats à un objet de peu d’importance, à une paire de gants à 29 sous par exemple.

Fustier, 1889 : Argot des commis de nouveautés : acheteur difficile, ennuyeux à servir.

Dans notre argot, nous appelons la femme qui nous énerve, un calot.

(P. Giffard)

V. Delvau. Suppl. Madame Canivet.

La Rue, 1894 : Dé à coudre. Coquille de noix. Œil saillant. Officier supérieur.

Virmaître, 1894 : Grosse bille avec laquelle les enfants jouent à la poucette (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Synonyme de jeu de biribi.

France, 1907 : Dé à coudre, coquille de noix ; diminutif de calotte. Se dit aussi pour la calotte d’écurie que portent les militaires.

France, 1907 : Œil. Boiter des calots, loucher. Reluquer des calots, regarder.

France, 1907 : Sorte de jeu où le joueur est toujours volé. En voici l’explication par Hogier-Grison :

Le bonneteau n’est pas le seul jeu tenu par les croupiers de barrières. Ils en ont une série d’autres dont le fonctionnement ostensible est aussi simple et dont le truc caché est aussi dangereux.
Voici, par exemple, le calot, plus terrible encore que le bonneteau. Il se compose de trois quilles creuses, sous l’une desquelles le teneur place une petite boule appelée le mouton.
Il exige un personnel de quatre comtes ou compères, parmi lesquels un comte en blanc qui ne joue jamais, mais qui est chargé du rapport.
C’est un peu le jeu des gobelets et de la muscade ; le teneur s’installe ; il met le mouton sur une petite table, et le recouvre d’une quille :
— La boulette ! dit-il, elle passe, la boulette’… la boulette’… la boulette… Et, en même temps, il change les quilles de place, les faisant passer tour à tour à droite, à gauche, au milieu, en les glissant sur la table de telle sorte que la boulette ne puisse sortir. Il s’arrête :
— Un louis à qui désigne la quille où se trouve la boulette ! crie-t-il.
Un des « comtes » montre un des calots :
— Elle est là, répond-il.
Le teneur soulève la quille, la boulette n’y est pas.
— Farceur, dit un autre « comte », la voici.
Et il soulève le calot sous lequel est le mouton.
— C’est bien simple, ajoute-t-il ; vous n’avez donc pas suivi le mouvement du joueur ? la boulette est toujours sous la même quille ; il y a qu’à ne pas perdre la quille de vue…
Bientôt le public s’en mêle ; le jeu change. Le teneur pose la boulette sur la table, la recouvre d’une quille, fait passer les deux autres, et tout en faisant ce double mouvement, il roule la boulette jusque dans ses doigts, où elle reste cachée, de façon qu’il n’y a plus de boulette du tout. Le pigeon peut ponter sur n’importe quelle quille, il a toujours perdu.

(Le Monde où l’on triche)

Cambriole

d’Hautel, 1808 : Pour dire petite chambre.
La cambriole du milord. Signifie, en terme d’argot, la chambre d’une personne riche et fortunée.

Ansiaume, 1821 : Chambre.

Tandis qu’elle est à la fourmillante, il faut faire la cambriole de la girofle madame.

Ansiaume, 1821 : Vol.

Huet et Lozai ne faisoient que la cambriole, ce sont de mauvais pègres.

Bras-de-Fer, 1829 : Chambre.

M.D., 1844 : Une chambre.

Halbert, 1849 : Chambre.

Delvau, 1866 : s. f. Chambre, — dans l’argot des voleurs. Cambriole de Milord. Appartement somptueux. Rincer une cambriole. Dévaliser une chambre.

Fustier, 1889 : Boutique. (Richepin)

La Rue, 1894 : Chambre.

Rossignol, 1901 : Logement.

Hayard, 1907 : Domicile.

France, 1907 : Chambre, boutique ; argot des voleurs. Être maître d’une cambriole, c’est la connaître et savoir comment s’y prendre pour la dévaliser. Rincer une cambriole, enlever les meubles et tout ce qui s’y trouve.

— On voit que pour le quart d’heure tu n’es pas heureux.
— Oh ! oui ; j’ai fièrement besoin de me recaler.
— En ce cas, viens avec moi, je suis maître d’une cambriole que je rincerai ce soir.

(Marc Mario et Louis Launay, Vidocq)

Camus

d’Hautel, 1808 : Qui a le nez court et plat.
Le voilà bien camus. Se dit, par raillerie, d’un homme confus, penaud et tout honteux de n’avoir pas réussi dans une affaire dont il disoit être certain.
Rendre camus. Réprimer la hardiesse, le langage audacieux de quelqu’un.

Delvau, 1866 : adj. Étonné, confus, comme quelqu’un qui viendrait de « se casser le nez », — dans l’argot du peuple.

Cardinales (les)

Delvau, 1864 : Les menstrues, qui teignent en rouge la chemise des femmes. — On disait même autrefois : « Le cardinal est logé à la motte », pour signifier : « Cette femme a ses menstrues. »

La jeune fille un peu pâle et tout éplorée,
À son amant chéri dit cet aveu fatal
Qu’elle avait pour neuf mois perdu son cardinal.

(Tour du Bordel)

Carottes

d’Hautel, 1808 : Tirer des carottes à quelqu’un. Locution basse et tout-à-fait populaire, qui signifie sonder quelqu’un avec adresse ; le faire jaser, le tourner en tout sens, afin de savoir ce qu’il n’a pas dessein de révéler ; ce que l’on appelle d’une manière moins triviale, Tirer les vers du nez.
Il ne mange que des carottes. Pour dire qu’un homme vit misérablement ; qu’il fait maigre chère.

Case

Delvau, 1864 : La nature de la femme, — dans laquelle se trémousse si agréablement le petit oiseau à longue queue que les savants appellent penis et les ignorants, pine.

Des autres perroquets il diffère pourtant,
Car eux fuient la cage, et lui, il l’aime tant,
Qu’il n’y est jamais mis qu’il n’en pleure de joie.

(Cabinet satyrique)

Elle le prit de sa main blanche,
Et puis dans sa cage le mit.

(Regnard)

Lisette avait dans un endroit
Une cage secrète :
Lucas l’entrouvrit, et tout droit
D’abord l’oiseau s’y jette.

(Collé)

Delvau, 1866 : s. f. Maison, logement quelconque, — dans l’argot du peuple, qui parle latin sans le savoir. Le patron de la case. Le maître de la maison, d’un établissement quelconque ; le locataire d’une boutique, d’un logement.

France, 1907 : Habitation, lieu où l’on demeure : du latin casa. Le patron de la case, le chef de l’établissement.
C’est aussi, au masculin, l’abréviation de casino.

Travaille dans les rups bastringues,
Au case avec tes belles fringues,
Monte vite un chaud reversy…
Pour si peu t’auras pas Poissy…

(Hogier-Grison, Pigeons et vautours)

Casse-poitrine

Larchey, 1865 : « Cette boutique est meublée de deux comptoirs en étain où se débitent du vin, de l’eau-de-vie et toute cette innombrable famille d’abrutissants que le peuple a nommés, dans son énergique langage, du Casse-Poitrine. »

(Privat d’Anglemont)

Ces demoiselles n’ont plus la faculté de se faire régaler du petit coup d’étrier, consistant en casse-poitrine, vespetro, camphre et autres ingrédients.

(Pétition des filles publiques de Paris, Paris, 1830, in-8)

Delvau, 1866 : s. m. pl. Individus voués aux vices abjects, qui manustupro dediti sunt, dit, le docteur Tardieu.

Delvau, 1866 : s. m. Eau-de-vie poivrée, — dans l’argot du peuple.

Virmaître, 1894 : Mauvaise eau-de-vie. En effet, elle casse rudement la poitrine de ceux qui en boivent (Argot du peuple). V. Eau d’aff.

France, 1907 : Eau-de-vie. On appelle aussi de ce nom ceux voués à l’amour grec, ou socratique.
« Qui manustupro dediti sunt, casse-poitrine appellantur, » dit le docteur A. Tardieu.

J’ai pu juger par moi-même, dans trop de circonstances, de l’aspect misérable, de la constitution appauvrie et de la pâleur maladive des prostitués pédérastes : j’ai trop bien reconnu la justesse sinistre de cette expression de casse-poitrine réservée à quelques-uns d’entre eux, pour méconnaître que cet abus de jouissances honteuses mine et détruit la santé…

(Léo Taxil, La Prostitution contemporaine)

Centre

Vidocq, 1837 : s. m. — Nom propre.

M.D., 1844 : Nom.

Delvau, 1864 : La nature de la femme, qui est en effet l’ombilic du monde ; tout part de là, et tout y est ramené, — On dit aussi, mais c’est une superfétation : Centre de délices.

D’un seul coup, Rose rejeta la couverture ; il ne s’attendait pas à nous voir totalement nues, et nos mains placées au centre de la volupté.

(Rideau levé.)

Celle des deux qui triomphait par ses gestes et sa débauche, voyait tout à coup sa rivale éperdue fondre sur elle, la culbuter, la couvrir de baisers, la manger de caresses, la dévorer — jusqu’au centre la plus secret des plaisirs, se plaçant toujours de manière à recevoir les mêmes attaques.

(Gamiani)

Larchey, 1865 : Nom. — Centre à l’estorgue : faux nom. V. Estorgue. — Coquer son centre : Donner son nom. (Vidocq). — V. Ravignolé.

Delvau, 1866 : s. m. Nom, — dans l’argot des voleurs, qui savent que le nom est en effet le point où convergent les investigations de la police, et qui, à cause de cela, changent volontiers de centre. Centre à l’estorgue. Faux nom, sobriquet. Centre d’altèque. Nom véritable.

Rigaud, 1881 : Nom. — Centre à l’estorgue, faux centre, faux nom, sobriquet, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Nom. Taroquer son centre. Signer son nom. Centre à blanc. Faux nom.

Virmaître, 1894 : Nom. Quant une personne donne un faux nom, c’est un centre à l’estorgue (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Nom. Celui qui est arrêté et qui donne un faux nom a donné un faux centre.

Hayard, 1907 : Nom.

France, 1907 : Nom ; argot des voleurs. Centre à blanc ou à l’estorgue ou sous la neige, faux nom. Centre d’altèque, véritable nom. Coquer son centre, donner son propre nom. C’est aussi l’état civil.

Chahutoir

France, 1907 : Bastringue, lieu public où l’on danse le chahut.

Le chahut et les chahutoirs, ces immenses rendez-vous d’ennuyés et de filles, la Goulue en est l’étoile : l’étoile de Montmartre levée au chair de lune du Pierrot de Willette au-dessus des buttes du Sacré-Cœur, et des ailes fantômes des défunts moulins, gloire cynique faite à la lois de caprice et de boue, fleur de cuvette prise dans un jet de lumière électrique et tout à coup adoptée par la mode ; et la vogue, la vogue, cette aveugle quelquefois guérie, qui pendant dix ans a passé, sans rien voir, devant les affiches de Chéret et ne découvre une femme qu’une fois roulée dans les vagues de la prostitution.

(Écho de Paris)

Chameau

Delvau, 1864 : Fille de mauvaises mœurs, nommée ainsi par antiphrase sans doute, le chameau étant l’emblème de la sobriété et de la docilité, et la gourgandine, l’emblème de l’indiscipline et de la gourmandise.

L’autre dit que sa gorge a l’air d’un mou de veau,
Et toutes sont d’accord que ce n’est qu’un chameau.

(Louis Protat)

Suivre la folie
Au sein des plaisirs et des ris,
Oui, voilà la vie
Des chameaux chéris
À Paris.

(Justin Cabassoc)

Larchey, 1865 : Femme de mauvaise vie. — On dit aussi : Chameau d’Égypte, chameau à deux bosses, ce qui paraît une allusion a la mise en évidence de certains appas.

Qu’est-ce que tu dis là, concubinage ? coquine, c’est bon pour toi. A-t-on vu ce chameau d’Égypte !

(Vidal, 1833)

Cette vie n’est qu’un désert, avec un chameau pour faire le voyage et du vin de Champagne pour se désaltérer.

(F. Deriège, 1842)

Delvau, 1866 : s. m. Compagnon rusé, qui tire toujours à lui la couverture, et s’arrange toujours de façon à ne jamais payer son écot dans un repas ni de sa personne dans une bagarre.

Delvau, 1866 : s. m. Fille ou femme qui a renoncé depuis longtemps au respect des hommes. Le mot a une cinquantaine d’années de bouteille.

Rigaud, 1881 : Homme sans délicatesse. — Terme de mépris à l’adresse d’une femme. — Femme de mauvaise vie qui roule sa bosse comme le chameau la sienne. « La femme est un chameau qui nous aide à traverser le désert de la vie » a dit un insolent dont le nom m’échappe.

France, 1907 : Sale individu, homme sur lequel on ne peut compter, plus disposé à exploiter qu’à aider ses camarades. Encore une bizarrerie de langage à laisser étudier aux étymologistes, car le chameau est un animal utile et fort exploité et sur la sobriété duquel repose le salut des caravanes.

M’est avis que d’entrer en relations avec les pestailles, lez jugeurs et les piliers de prison, ça vous donne le dégoût de ces chameaux, et ça augmente votre haine contre les horreurs sociales.

(Le Père Peinard)

France, 1907 : Substantif masculin employé au féminin pour désigner une vieille ou jeune personne de morale relâchée. D’où peut venir cette expression ? Ce n’est certainement pas des protubérances naturelles au beau sexe. Faut-il voir dans cette singulière appellation une comparaison avec la docilité qu’a le chameau de se coucher pour recevoir sa charge, et celle de la fille qui subit le client ?

Mais ce déballage de honte, cette exhibition de crève-la-faim, cela soulève le cœur des catins de la haute, des salopes bourgeoises, les rivales, ces chameaux vêtues de soie et de fourrures, qui ont des amants dans tous leurs tiroirs, sans avoir, comme toi, l’excuse, la suprême excuse de la faim.

(La Révolte)

Un certain soir, des biches de la haute
Festoyaient dans un restaurant ;
De nous griser ne faisons pas La faute,
Dit l’une, et tenons notre rang !
Alors que nous sommes en noces,
Ne luttons que de gais propos,
Car, si nous nous faisions des bosses…
On nous prendrait pour des chameaux.

Cheveu

d’Hautel, 1808 : C’est arrangé comme des cheveux sur la soupe. Pour dire, mal disposé, arrangé en dépit du sens commun, dans le plus grand désordre ; se dit aussi d’un ouvrage fait à la hâte, sans soin et sans précaution.
Il a de beaux cheveux. Se dit figurément, et par mépris de toutes choses en mauvais état, usées, et dont on ne peut guère tirer parti.
Il ne s’en faut pas de l’épaisseur d’un cheveu. Hyperbole qui signifie, il s’en faut de si peu de chose que cela ne vaut pas la peine d’en parler ; il est impossible d’en approcher de plus près.
Il couperoit un cheveu en quatre. Se dit d’un homme ménage et parcimonieux jusqu’à l’avarice.
Tirer quelque chose par les cheveux. Pour dire, amener quelque chose d’une manière gauche et forcée.
Prendre l’occasion aux cheveux. Saisir promptement le moment favorable, lorsqu’il se présente.
Il ne regarde pas à un cheveu près. Signifie, il est désintéressé, coulant en affaire.

Larchey, 1865 : Inquiétude, souci aussi tourmentant qu’un cheveu avalé l’est pour le gosier.

Veux-tu que je te dise, t’as un cheveu. — Eh bien ! oui, j’ai un cheveu.

(Monselet)

Delvau, 1866 : s. m. Embarras subit, obstacle quelconque, plus ou moins grave, — dans l’argot du peuple.
Je regrette de ne pouvoir donner une étymologie un peu noble à ce mot et le faire descendre soit des Croisades, soit du fameux cheveu rouge de Nisus auquel les Destins avaient attaché le salut des Mégariens ; mais la vérité est qu’il sort tout simplement et tout trivialement de la non moins fameuse soupe de l’Auvergnat imaginé par je ne sais quel farceur parisien.
Trouver un cheveu à la vie. La prendre en dégoût et songer au suicide. Voilà le cheveu ! C’est une variante de : Voilà le hic !

Rigaud, 1881 : Entrave, obstacle. — Lorsqu’une affaire ne marche pas bien, l’on dit : « il y a un cheveu, » — Avoir un cheveu dans son existence, avoir un chagrin qu’on ne saurait oublier. — Avoir un cheveu pour quelqu’un, ressentir un caprice pour quelqu’un.

Elle a un cheveu pour lui, voilà tout… comme cela se dit dans notre monde.

(A. Delvau, Le Grand et le petit trottoir)

Boutmy, 1883 : s. m. Travail qui offre des difficultés ou qui est ennuyeux et peu lucratif.

Fustier, 1889 : Argot des coulisses. Mot dit pour un autre quand la langue vous fourche : « Majesté, votre sire est bien bonne ! » — Travail difficile, ennuyeux. — Voilà le cheveu ; voilà la difficulté.

France, 1907 : Ennui, peine, difficulté. Avoir un cheveu dans son existence, allusion au cheveu trouvé dans le potage, qui, quelque bon que soit celui-ci, suffit pour vous en dégoûter.

Je suis dégoûté de la m…
Depuis que j’y ai trouvé un cheveu.

Avoir au cheveu pour quelqu’un, se sentir un béguin pour un homme. Se faire des cheveux, se tourmenter. Avoir mal aux cheveux, avoir mal à la tête au lendemain de trop fortes libations. Trouver, chercher des cheveux, trouver, chercher à redire à tout.

Chibre

Vidocq, 1837 : s. m. — Membre viril.

Delvau, 1864 : Un des mille noms du dieu de Lampsaque. — Le mot nous vient des marins, qui appellent le nez guibre surtout lorsqu’il est un peu fort. D’où le proverbe : gros nez, gros — chibre.

J’y vois le brutal vent du Nord
Qui son énorme chibre agite
Pour enfiler dame Amphitrite.

(P. J)

Tu me disais alors que pour pouvoir te plaire,
Une femme devait vous dire et savoir faire
Toutes les saletés et toutes les horreurs ;
Que cela ranimait le chibre fouteurs.

(Louis Protat)

France, 1907 : Membre viril ; argot populaire.

Chicanou

France, 1907 : Avocat, avoué, homme d’affaires.

Enfin, j’aurais pu ajouter à ceux-ci une foule d’autres chicanous subalternes, parmi lesquels il faut bien nous garder d’oublier l’avocat que sa profession a repoussé ; pauvre diable tué par la concurrence, et qui, après avoir. sans succès, étalé dans le bazar des Pas-Perdus sa loquèle au rabais, tombe, de chute en chute, jusque dans l’humble poussière de quelque greffe, ou bien sous l’échoppe de l’écrivain public, à moins toutefois que le patronage administratif ne s’empare de cette incapacité si bien éprouvée.

(Old Nick, L’Avocat)

C’est les enjuponnés, les marchands d’injustice : chats fourrés, grippe-minauds, chicanous, avocats bêcheurs, et toute la vermine qui vit de leur maudit métier.

(Almanach du Père Peinard, 1894)

Cliché

Larchey, 1865 : Invariable. — Synon. de Stéréotypé et emprunté comme lui à certains procédés d’impression.

Tel est le discours cliché que le vénérable baron Taylor a en réserve pour toutes les circonstances.

(Figaro)

Delvau, 1866 : s. m. Phrase toute faite, métaphore banale, plaisanterie usée, — dans l’argot des gens de lettres.

Rigaud, 1881 : Diarrhée. — Avoir la cliché. Le petit vin d’Argenteuil donne la cliché.

Boutmy, 1883 : s. m. Réplique ou propos qui est toujours le même. Tirer son cliché, c’est avoir toujours la même raison à objecter ou dire constamment la même chose.

France, 1907 : Banalité ressassée à la tribune ou dans la presse. Tirer son cliché, répéter toujours la mème chose.

Un paquet tout fait, que chacun se repasse de confiance, sans avoir jamais eu l’indiscrétion de l’ouvrir. C’est le paletot, l’écaille du lieu commun.

(Dr Grégoire, Turlutaines)

Qu’est-ce qui a jamais su ce que c’était, au fond, qu’un honnête homme ? On condamne, tous les jours, en police correctionnelle, des gens arrivés à la limite de la vie et qui, la veille encore de l’arrêt, passaient pour « d’honnêtes gens ! » Ainsi des « femmes fidéles » dont la vertu n’attend que la découverte de l’adultère : ainsi des « amies dévouées » dont une trahison ferait déchirer le masque demain ; ainsi des « politiques habiles » qui sont toujours à la veille de faire quelque abominable sottise. Autant de clichés qui ne demandent qu’à être démentis par les événements. Feuilles mortes, feuilles mortes que le vent emporte sur les allées humides du bois, vous êtes l’image de toutes ces choses, dans le fragile néant où nous sommes nous mêmes emportés.

(Armand Silvestre)

Cloche (étonné, triste ou sot comme un fondeur de)

France, 1907 : La fonderie des cloches est une opération très délicate. Seul de tous les ouvriers, le fondeur de cloches dépense son temps, sa peine et son combustible sans être sûr de réussir : la moindre paille, le plus léger accident, et tout est à refaire. Il est donc sans cesse inquiet, préoccupé et ne peut être gai. D’où fondre la cloche, c’est arriver à l’exécution d’une affaire longtemps agitée.
Dans son Dictionnaires des Proverbes, Guitard cite plusieurs fondeurs de cloches morts de douleur de n’avoir pas réussi, et d’autres morts de joie de leur succès.

Conséquent

d’Hautel, 1808 : Ce mot, depuis quelques années surtout, est continuellement employée d’une manière vicieuse, et tout-à-fait opposée au sens qui lui est propre. En effet, veut-on exprimer que quelqu’un a une fortune considérable, on dit : il a une fortune conséquente ; qu’il a fait une grande perte, il a fait une perte conséquente ; qu’un objet ou un emploi quelconque est important, il est conséquent. Enfin, ce mot sert indistinctement à désigner tout ce qui est grand, important, et d’une valeur extraordinaire.
On ne sauroit trop fixer l’attention sur ces grossiers barbarismes, qui semblent pour ainsi dire consacrés, par l’emploi qu’en font journellement des gens que la fortune sembleroit avoir voulu mettre au-dessus du vulgaire.

Coule (être à la)

Delvau, 1866 : Être d’un aimable caractère, d’un commerce agréable, doux, coulant, — dans l’argot du peuple. Signifie aussi : Savoir tirer son épingle du jeu ; être dupeur plutôt que dupé ; préférer le rôle de malin à celui de niais, celui de marteau à celui d’enclume.

Rigaud, 1881 : Ne pas avoir de préjugés, tout savoir et tout connaître en fait de ruses. — Être au courant d’un métier, d’une chose. Mettre à la coule, mettre au courant.

Boutmy, 1883 : v. Être bien au fait d’un travail, être rompu aux us et coutumes de l’imprimerie. Cette locution a passé dans d’autres argots.

Merlin, 1888 : Voyez Connaître dans les coins.

La Rue, 1894 : Être malin, roué.

Virmaître, 1894 : Malin qui croit que personne ne peut le tromper. On dit : Il la connaît dans les coins ; pas moyen de lui introduire : il est à la coule (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Être malin, au courant.

France, 1907 : Connaître les ruses et les détours du métier. Ne pas se laisser tromper. Mettre quelqu’un à la coule, le mettre au courant des affaires où des roueries du métier.

Le nouvel ami de Gilbert vivait à l’aide de ces petites industries que Paris offre à ceux qu’effraye un travail régulier.
Henri, enseignant ce qu’il savait à Gilbert, le mit à la coule, suivant son expression.

(William Busnach, Le Petit Gosse)

Coupé (être)

Rigaud, 1881 : Être sans argent, — dans le jargon des typographes.

Boutmy, 1883 : v. Être sans argent.

France, 1907 : Être à court d’argent, ce qui vous coupe en effet toutes choses, même les amitiés.

Coupe-choux

Delvau, 1866 : s. m. Sabre de garde national, — dans l’argot du peuple, qui suppose cette arme inoffensive et tout au plus bonne à servir de sécateur.

Merlin, 1888 : Le sabre-baïonnette, qui, en campagne, sert à bien des usages.

Cric ! crac !

France, 1907 : Interjection usitée dans les chambrées pour s’assurer que personne ne dort quand on raconte une de ces mirobolantes histoires telles que celle du caporal La Ramée, ou celle de la princesse amoureuse du gendarme. Lorsqu’un narrateur se doute qu’un des membres de son auditoire dort, il s’interrompt pour crier cric ! et tous de répondre : crac ! Celui qui ne répond pas est mis à l’amende. Le Petit Piou-piou en donne un amusant exemple :

« Cric ! crac ! sabot, cuillère à pot, sous-pied de guêtre !… marche avec ! a force de marcher, on fait beaucoup de chemin, surtout si on ne tombe pas dans la m…élasse, on n’a pas la peine de se débarbouiller. Je traverse un fossé où il y avait cent pieds de moutarde ; on prenait la respiration par la première boutonnière de la guêtre. Je passe une Forêt où il n’y avait pas d’arbres et j’arrive dans un village où il n’y avait pas de maisons ; je frappe à la porte, tout le monde me répond. — Pan pan ! — Qui est là ? — C’est moi, ma petite Fanchon. — Attends que je fiche mon mari à la porte et que je tire le cordon. La place est chaude, viens donc. Veux-tu du poulet ou du dindon, du lard ou du cochon, de la soupe ou du bouillon, du saucisson, un oignon, où simplement une boule de son ? — Non, non, je suis bon garçon, et je me contente de baiser ton joli piton, tes petits pétons, et tes deux amours de tétons. — C’est bon ! maintenant vas-y et conte donc ! » Alors Brisquart commence. Un jour, il dit les farces de La Ramée, un autre, Aladin ou la Lampe merveilleuse, puis les trois poils du… du diable, car il en a un véritable sac, et toutes plus tordantes les unes que les autres. Écoutez et ne ronflez pas surtout, on n’aime pas le son de l’orgue. Soyez prêt lorsqu’il criera cric ! afin de voir si on ne dort pas, à répondre crac ! car ce n’est pas gai de conter pour les gamelles et les bidons.

Damer le pion

France, 1907 : Gagner, l’emporter sur quelqu’un ; le supplanter. Terme du jeu d’échecs.

En fait d’hypocrisie, Mlle Thérèse Ancelin eût pu rendre des points à M. le commis-voyageur Saulnoy, lui damer le pion, à lui et toute la terre. Elle avait fort bien vu où tendait le manège de l’entreprenant boute-en-train, fort bien su d’avance comment la petite fête se terminerait.

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

Dégobiller

d’Hautel, 1808 : Vomir les viandes, que l’on a prises avec excès ; regorger le vin dont on s’est enivré.

Delvau, 1866 : v. a. et n. Avoir une indigestion.

Virmaître, 1894 : Vomir (Argot du peuple). V. Mettre du cœur sur le carreau.

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Vomir.

France, 1907 : Vomir : de gobiller, fréquentatif de gober.

Lors je fis mettre le couvert
Sous un rocher creux et couvert
De quantité d’arbres sans nombre,
Où l’on pouvoit manger à l’ombre,
Aussi tost que l’on eut servy,
Tout aussi-tost tout fut ravy
Par ces franches escornifleuses :
O bon Dieu ! les braves mangeuses !
Le chancre près d’elles n’est rien,
Quoy qu’un chancre mange très bien,
Mais les porques dégobillèrent
Et toutes nos napes souillèrent.

(Scarron, Le Virgile travesti)

Déralinguer

Larchey, 1865 : Mourir. — Terme de marine.

Delvau, 1866 : v. n. Mourir, — dans l’argot des marins d’eau salée et d’eau douce.

France, 1907 : Mourir ; argot des marins.

Au temps des coquelicots d’État, il n’y en a que pour leurs boutonnières (les peintres). Et tout ça, parce qu’au moment précis ils ont su donner le banquet voulu à un Maître. Pendant ce temps, nous autres, épars et déralingués, nous nous courons les uns après les autres, et nous f… le camp devant le Scandinave.

(Émile Bergerat)

Diligence (la) de Lyon

Delvau, 1864 : C’est une des postures (voir ce mot) les plus curieuses et les plus rares. Nombre de grands amateurs de Vénus sont morts sans la connaître ; c’est que, pour l’exécuter, il faut trouver une femme qui réunisse deux qualités rares : l’ardeur, d’abord. Nombre de femmes feignent d’être ardentes pour plaire à l’homme qu’elles veulent séduire, mais ne sont au fond que de simples patients et non des agents, et ici il faut que la femme soit agent et que l’homme soit patient. Ensuite, il faut qu’elle ne soit pas neutralisée par une sotte pudeur, résultat de la tyrannie des hommes exercée continuellement jusqu’ici sur les femmes. Quand une femme donc est ardente et libre, elle prend un homme qui lui plaise sous tous les rapports ; elle le met nu comme un ver, l’étend sur un lit en lui mettant des coussins sous la tête et sous les reins, et toute nue elle-même, elle se met à cheval à cru sur lui, s’embrochant sur le pivot naturel, c’est-à-dire sur son vit. Alors, elle fait comme le postillon sur un des chevaux des anciennes diligences de Lyon. S’appuyant un peu sur les épaules de son amant, elle s’avance en chevauchant et le vit se relève près du ventre de l’homme. Elle recule et le vit se renfonce dans son con jusqu’à la garde. Elle s’anime ; elle va de plus fort en plus fort, comme si la diligence parcourait un chemin raboteux. Ses yeux s’égarent, ses cheveux se dénouent. Elle jouit, elle jouit, mais elle va toujours ; elle va jusqu’à ce qu’elle soit tout à fait exténuée de décharge spermatique ; car il faut remarquer que l’homme, étendu sur ses coussins, ne pouvant pas bouger, bande de plus en plus, jusqu’à la fin, mais ne décharge pas. La femme tombe alors comme morte dans les bras de son amant, lequel, tout enflammé, finit de son côté comme il peut.

Je serai bien aimable, je me mettrai toute nue, dit-elle insidieusement. — Passe ton chemin, répond le fidèle époux, ayant encore présente à la pensée l’image des charmes de sa jeune moitié. — Je te ferai le grand jeu ! — Non — Feuille de rose ! — Non. — Le tire-bouchon américain ? — Connu… tu m’ennuies. — Eh bien, tiens, tu me plais, viens, tu ne payeras pas et nous ferons la diligence de Lyon…

(Fantaisiste, I, 177.)

Discutailler

France, 1907 : Discuter mollement.

C’en était un, en effet, mais un bon : un type qui n’a qu’un tort, c’est d’en trop pincer pour Guesde, Vaillant, et toute la légumerie. Que voulez-vous, on n’est pas parfait ! Quoique ça, on peut causer avec lui, d’autant plus facilement qu’il n’a pas pour deux liards d’ambition. Illico, il s’affale sur une chaise et on continue à discutailler.

(Père Peinard)

Docteur (le)

Delvau, 1864 : Le vit, — qui sert en même temps de remède.

Vieilles, jeunes, laides, belles,
Toutes aiment le docteur,
Et toutes lui sont fidèles…
Toutes ? non, c’est une erreur :
On dit qu’il en est entre elles,
Dans la crainte d’un malheur,
Qui se passent du docteur.

Donner une affaire

Larchey, 1865 : Céder les renseignements propres à commettre un vol.

France, 1907 : Céder à un compère tous les renseignements et toutes les indications pour faire un coup.

Employé dans les eaux grasses

Merlin, 1888 : Employé des ordinaires et tout autre comptable qu’on semble ainsi accuser de pécher en eau trouble.

France, 1907 : Commis militaire.

Enfoncer

Larchey, 1865 : « Lorsqu’on réussit à perdre un journal à force de le décrier, ou un théâtre à force de blâmes, cela s’appelle enfoncer la feuille rivale ou le théâtre ennemi. »

(Biogr. des Journalistes, 1826)

Larchey, 1865 : Dominer.

Vous n’êtes pas de force au piquet ; je vous enfonce.

(Gavarni)

Larchey, 1865 : Duper.

Il m’apprenait la vie qu’il fallait mener pour ne pas être enfoncé.

(E. Sue)

Delvau, 1866 : v. a. Tromper, faire fort, duper. Signifie aussi Surpasser.

Rigaud, 1881 : Tromper.

Papa vous a bien enfoncé dans l’affaire des suifs.

(Gavarni)

Surpasser, être supérieur à.

Une telle imitation du vent enfonce cruellement les fameuses gammes chromatiques de la Pastorale de Beethoven.

(H. Berlioz, Les Grotesques de la musique.)

Rossignol, 1901 : Tromper quelqu’un est l’enfoncer, synonyme de enturer.

Rossignol, 1901 : Voir appuyer.

France, 1907 : Tromper, duper, surpasser.

S’il quitte fréquemment son ouvrage, c’est pour régaler un ami ; s’il passe des journées entières entre les cartes et la bouteille, c’est pour ne pas se séparer de ses amis ; s’il met toute son attention à diriger une queue de billard, c’est pour enfoncer un ami.

(Jules Ladimir, Le Compositeur typographe)

Examinomanie

France, 1907 : Maladie nouvelle et contagieuse qui depuis quelques années a atteint le sexe. Retournons vite au pot-au-feu de nos sages grand’ mères.

La contagion de l’exemple aidant, la Faculté des lettres pourra damer le pion à la Faculté de médecine et fournir à la comédie contemporaine un type épisodique et tout à fait nouveau de doctoresse.
En effet, voici dix ans tout au plus qu’on peut relever de doux prénoms, dans le martyrologue de la Sorbonne. Jusque-là, le fléau qui existe à l’état endémique dans tous les runs centres universitaires, l’examinomanie, puisqu’il faut l’appeler par son nom, n’avait choisi ses victimes que parmi des jeunes sens bien doués, præditi, lauréats de concours généraux et forts en thème.

(Marasc, Gil Blas)

Faire chanter

France, 1907 : Voir Chanter.

Lorsque Antoine eut versé à Mme Stéphanoise Dubochet toutes les ivresses de son cœur généreux et tendre, il se rappela qu’il était fin de siècle, qu’il était assoiffé d’argent, et que, somme toute, l’heure avait sonné de faire chanter les deux singes.

(Marc Anfossi)

Faire des poivrots, des gavés

Rigaud, 1881 : Dévaliser des ivrognes. La variante est : La faire au père François. Les voleurs secouent l’ivrogne endormi sur un banc. Ils l’appellent « père François. » — « Hé ! père François, réveillez-vous. » Et tout en lui parlant, ils le dépouillent.

Fesse-Mathieu

d’Hautel, 1808 : Avare ; égoïste, intéressé.
Cette affaire ne va que d’une fesse. Pour dire va lentement, sans activité.
Il en a eu dans les fesses. Se dit de quel qu’un qui a fait une grosse perte.

Delvau, 1866 : s. m. Avare, usurier, — dans l’argot du peuple.

France, 1907 : Sobriquet donné aux usuriers, aux avares, aux prêteurs sur gage.
Quelques étymologistes, Bescherelle entre autres, prétendent que fesse-mathieu est une altération de face de Mathieu en souvenir de l’apôtre Mathieu, grand usurier avant de devenir grand saint. Or, comme les usuriers portent généralement le cachet de leur profession gravé en marque indélébile sur leur visage, on disait d’un avare où d’un prêteur à la petite semaine : Il à une face de Mathieu.
D’un autre côté, l’auteur anonyme des Illustres Proverbes affirme que l’on disait au XVIIe siècle, non pas : « Il a une face de Mathieu », mais bien : « Il fesse Mathieu », locution qu’il explique ainsi : « C’est un abus du terme qui s’est glissé par ignorance, car on devrait dire comme on a dit dès le commencement : Il fait saint Mathieu, ou comme saint Mathieu. »
Noël du Fail — et Littré se range à son opinion — donne une interprétation toute différente : « Fesser Mathieu, dit-il, c’est battre saint Mathieu, lui tirer de l’argent. »
Tout cela est tiré par les cheveux et c’est chercher midi à quatorze heures.
C’est fête-Mathieu que l’on devrait dire, fesse étant une altération de feste : individu qui fête Mathieu, et voici pourquoi. Saint Mathieu, qui, avant de s’asseoir à la droite du Père Éternel, était de sa profession usurier et prêteur sur gages, devint naturellement le patron des honorables membres de cette corporation qui, le jour de sa fête, lui brûlaient des cierges, étaient en un mot leur patron. Le peuple les désigna sous le nom de feste-Mathieu, sobriquet qui se transforma, soit par ignorance, soit par malice, en celui de fesse-mathieu. Cette expression, souvent employée par Molière, est ancienne. On la trouve dans les Contes d’Eutrapel, ouvrage d’un gentilhomme breton du XVIe siècle, Noël du Fail, qui fait allusion à la profession du saint :

Et fut bruit commun que ce pauvre misérable avaricieux de père, usurier tout le saoûl et tant qu’il pouvait (à Rennes, on l’eût appelé Fesse-Mathieu, comme qui dirait batteur de saint Mathieu, qu’on croit avoir été changeur), en mourut de dépit, de rage et tout forcené d’avoir perdu ce monceau d’argent et trompé par ses propres entrailles,

« Ajoutons, dit le Radical, que les huissiers de Paris, dont la réputation est déjà fort ancienne, étaient de toute antiquité connus pour leur rapacité et leur ladrerie. Or, ces basochiens infiniment trop âpres au gain ne se mettaient en dépense qu’à l’occasion de deux solennités : la première était la cavalcade annuelle du lendemain de la Trinité, la seconde, la fête de Saint-Mathieu. »
Voilà comment les usuriers fessent leurs clients, et plus particulièrement Mathieu, lequel désigne le pauvre peuple anonyme connu aussi sous le nom de Jacques Bonhomme et, de nos jours, sous le pseudonyme de Tartempion.
Signalons pour mémoire — et surtout pour n’être point taxé de négligence — une autre étymologie empruntée à Béroalde.
« Il n’y a rien, dit-il, qui sangle si fort et qui donne de plus vilaines fessées que d’emprunter de l’argent à gros intérêts »
Malgré l’autorité de Béroalde, je me range sans hésitation à la première étymologie.
Donc, les usuriers et les grippe-sous festent saint Mathieu et ne le fessent point.

— Vous êtes la fable et la risée de tout le monde et jamais on ne parle de vous que sous les noms d’avare, de ladre, de vilain et de fesse-mathieu.

(Molière)

— Vous avez, dit-on, même, acquis en plus d’un lieu
Le titre d’usurier et de fesse-mathieu.

(Regnard)

— Eh bien ! alors vous devez savoir que c’est un fameux fesse-mathieu. mais, faut être juste, honnête et dévot… tous les dimanches à la messe et à vêpres, faisant ses pâques et allant à confesse ; s’il fricote, ne fricotant jamais qu’avec des prêtres, buvant l’eau bénite, dévorant le pain bénit… un saint homme, quoi !

(Eugène Sue, Les Mystères de Paris)

Flingot, flinque

France, 1907 : Fusil ; du provençal flinga, frapper. C’est avec le fusil qu’on frappe l’ennemi. C’est aussi le couteau des bouchers.

À la date du 13 novembre, le rejet de l’armistice qui écartait tout espoir de ravitaillement et qui affola Paris inspire à M. Blum de fines plaisanteries, dont la meilleure serait sifflée à Déjazet, et la mobilisation des gardes nationaux, armés de flingots hors d’usage, traînant leurs souliers sans semelles dans les rues boueuses, nous vaut sur son carnet un scénario dont il est bien capable de se servir un soir, contre le public !

(Mentor, Le Journal)

J’eus à entendre pas mal de gouailleries au sujet de mon fusil, à écouter vanter la supériorité des flèches et des dards, mas j’avais plus de confiance en mon vieux flingot qu’en leurs javelots et tout leur appareil ; et je crois qu’ils partageaient au fond mon avis, car, lorsque par plaisanterie je m’amusais à les mettre en joue, ils couraient comme des diables.

(Hector France, Chez les Indiens)

Fouillon

d’Hautel, 1808 : Sobriquet que l’on donne à quelqu’un qui met tout en désordre ; dont les propres affaires sont sens dessus dessous, ou qui fouille indiscrètement dans celles des autres.

Fourbi

Vidocq, 1837 : s. m. — Toute espèce de jeu qui cache un piège.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Clémens, 1840 : Poste, emploi ; on le dit assez aussi quand on a un mauvais jeu : Quel mauvais fourbi !

Delvau, 1866 : s. m. Piège ; malice, — dans l’argot du peuple, qui ne sait pourtant pas que le fourby (le Trompé) était un des 214 jeux de Gargantua. Connaître le fourbi. Être malin. Connaître son fourbi. Être aguerri contre les malices des hommes et des choses.

Rigaud, 1881 : Petite filouterie ; peccadille ; maraudage ; pour fourberie. — Connaître le fourbi, connaître une foule de petites ficelles, de trucs à l’usage des militaires peu scrupuleux, — en terme de troupiers.

Merlin, 1888 : Du vieux mot français fourby, espèce de jeu. Fourbi a deux acceptions : tantôt il veut dire : détournement, gain illicite ; tantôt : choses, travaux, matériel, etc.

La Rue, 1894 : Piège, malice. Métier. Jeu. Ficelle. Truc. Petit bénéfice plus ou moins licite.

Virmaître, 1894 : Piège, malice. A. D. C’est une erreur. Cette expression très usitée vient du régiment, où le caporal chargé de l’ordinaire gratte sur la nourriture des hommes. Fourbi signifie bénéfice (Argot du peuple). N.

Rossignol, 1901 : Ce que l’on possède.

J’ai mis tout mon fourbi dans une malle.

Hayard, 1907 : Voir flambeau et flanche.

France, 1907 : Affaire, travail. Connaître le fourbi, être malin, habile.

Oui, ça prouve, nom de Dieu ! que quoi qu’on dise, les idées ont marché. Le populo en a plein le cul, de turbiner pour les richards, il voudrait à son tour flânocher un brin. Seulement il s’y prend mal ; sale fourbi que celui de huit heures.
Comprends-moi bien, petit : je ne suis pas contre. Foutre non ! moins les pauvres bougres bûcheront, plus il leur restera de temps pour ruminer sur leur sort.

(Père Peinard)

Y en a qui font la mauvais’ tête,
Au régiment ;
I’s tir’ au cul, i’s font la bête
Inutil’ment ;
Quand i’s veul’nt pus fair’ l’exercice
Et tout l’fourbi,
On les envoi’ fair’ leur service
À Biribi.

(Aristide Bruant)

France, 1907 : Petit larcin, volerie, rapine : mot rapporté par les soldats d’Afrique.

— Dans les hospices ils s’entendent bien pour faire du fourbi aux dépens des malades ! dit Peau-de-Zébi sentencieusement, renversant en arrière sa chéchia comme pour accentuer son opinion.

(Edmond Lepelletier)

Les fourriers qui, en faisant la distribution de vin ou d’eau-de-vie, mettent leur pouce dans le quart distributeur, commettent un petit fourbi.
Mais il en est de gros et ils ont des conséquences graves. Je pourrai citer l’exemple des godillots à semelles de carton qu’on donna à plusieurs régiments pendant la malheureuse guerre de 1870 ; mais ces temps sont encore trop proches ; qu’il me suffise de raconter celui que rapporte le Mémorial de Sainte-Hélène pendant la campagne d’Égypte.

C’était l’apothicaire en chef de l’armée. On lui avait accordé cinq chameaux pour apporter du Caire les médicaments nécessaires pendant l’expédition de Syrie. Cet infâme eut la scélératesse de les charger de vin, de sucre, de café, de comestibles qu’il vendit dans le désert à des prix très élevés. Quand le général Bonaparte sut la fraude, il devint furieux, et le misérable fut condamné à être fusillé. C’était beaucoup trop d’honneur, il devait mourir sous la bastonnade pour assassinats prémédités, car il avait spéculé sur la vie des malades. Des centaines d’entre eux ont péri faute de médicaments. On leur donnait une boisson nauséabonde, faite avec des feuilles, pour leur faire croire qu’ils prenaient quelque remède…

(A. Longuet, Méditations de caserne)

Fourrager

Delvau, 1864 : Patiner une femme ; essayer d’introduire son membre dans son aimable hiatus.

Eh bien ! eh bien ! ou vas-tu comme ça ?… Qu’est-ce que tu fourrages là-dedans.

(Henry Monnier)

Delvau, 1866 : v. a. et n. Chiffonner de la main la robe d’une femme, — sa doublure surtout. Argot des bourgeoises.

Rigaud, 1881 : Chiffonner… la collerette.

France, 1907 : Palper, fouiller de la main les seins ou les dessous d’une femme.

Il s’échappait dans le plus strict incognito de sa capitale, seul, sans domestique, sans aide de camp, s’exilait en quelque bourg lointain de ses chères Alpes, et tout lui était bon alors : les servantes d’auberge qu’on jette d’une poussée brutale sur le lit, qui se débattent, qui insultent et qui griffent avant de demander grâce ; les robustes et rouges paysannes qu’on heurte au détour de quelque chemin creux, qu’on lutine, qu’on fourrage d’audacieuses caresses, qui s’abandonnent passives bestiales, parmi l’embaumement des herbes et des feuilles ; les filles précoces qui rêvent le pêché, qui donnent leurs rendez-vous au fond des granges ou des églises, qu’apprivoisent un carré de soie voyante ou une bague d’or.

(Champaubert)

Gant jaune

Larchey, 1865 : « Il n’y a plus que deux classes d’hommes en France… ceux qui portent des gants jaunes et ceux qui n’en portent pas. Quand on dit d’un homme qu’il porte des gants jaunes, qu’on l’appelle un gant jaune, c’est une manière concise de dire un homme comme il faut. C’est en effet tout ce qu’on exige pour qu’un homme soit réputé comme il faut. » — Alph. Karr, 1841.

Rigaud, 1881 : Fashionable de 1840.

France, 1907 : Homme distingué, monsieur chic, celui qui tente les filles. C’était, sous Louis-Philippe, le suprême bon ton de porter des gants jaunes.

Mais voici que, tout à coup, ce jeune homme métamorphose ses mœurs et amende la coupe de ses habits : il devient gant jaune, casse intrépidement l’angle de son faux col et se permet à la boutonnière l’œillet rouge républicain.

(Arnould Frémy)

Gentille au dodo (être bien)

Delvau, 1864 : Promesse que vous fait une fille en vous raccrochant ; cela consiste à vous faire jouir comme jamais vous n’avez joui avec aucune femme, soit en vous suçant, soit en vous branlant, soit en se laissant enculer par vous, soit en vous faisant postillon pendant que vous la foutez, — et tout cela pour arriver à vous faire tirer un pauvre petit coup de deux liards qui ne vous remue pas autant que le premier baiser de votre première bonne amie.

Gosseline

M.D., 1844 / Delvau, 1866 : Petite fille.

France, 1907 : Féminin de gosselin ; fillette, jeune fille.

Treize ans, pas plus, appas naissants,
Les traits moins jolis qu’agaçants,
La gosseline,
Cynique, frolant les passants,
Prend de petits airs languissants,
Déjà féline.

(Pierre Trimouillat)

… des gosselines qui n’ont pas encore de la poudre de riz sur leurs joues roses et fermes, qui ne savent pas leur métier et jetèrent, le printemps passé, leur vertu par-dessus le vieux moulin de là Galette.

(Mora, Gil Blas)

Elle lui plaisait, cette mignonne poupée, cette mince et frêle gosseline, à lui qui avait pour épouse et ordinaire accoutumé une sorte de mastodonte, une puissante, massive et énorme Cybèle.

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

Et la séance terminée, elle s’en retournait tranquille, toujours pressée, l’air ingénu, déconcertant d’une gosseline qui a enfin gagné sa journée et tout à l’heure, sa prière faite, s’endormira, les paupières à peine fermées dans son petit lit étroit.

(René Maizeroy)

Grelottage

France, 1907 : Le dessus du panier de cancrerie boulevardière ; le monde des petits imbéciles dont l’art de mettre sa cravate est une des importantes préoccupations.

… S’imaginer qu’une jeune et jolie femme qui avait sa loge à toutes les premières et que toute la gomme et tout le grelottage parisien accompagnaient à la sortie des coulisses, allait se laisser séquestrer dans une maison située à Poitiers où tout le monde est couché à 9 heures du soir et où une femme qui se mettrait à la fenêtre pour respirer un peu serait arrêtée pour outrage aux mœurs ?

(Grimsel, Gil Blas)

Grisette

d’Hautel, 1808 : Terme injurieux et de mépris. Petite ouvrière à mise simple et bourgeoise. Fille de moyenne vertu, qui prête l’oreille aux discours des garçons.

Virmaître, 1894 : Jeune fille, ouvrière plumassière, fleuriste, modiste ou polisseuse qui fit la joie de nos pères et le désespoir des leurs. Depuis qu’elle a passé les ponts, ce n’est plus qu’une vulgaire cocotte.

Type charmant, grisette sémillante,
Au frais minois, sous un piquant bonnet
Où donc es-tu, gentille étudiante
Reine sans fard de nos bals sans apprêts.

Ainsi s’exprime la chanson en vogue autrefois au quartier latin (Argot du peuple).

France, 1907 : Fauvette grise, appelée aussi syriot, et, en Provence, passerine.

France, 1907 : Jeune ouvrière galante, appelée ainsi de la petite étoffe légère de ce nom que portaient les jeunes filles du peuple.
Le mot est vieux de près de trois siècles. On le rencontre souvent dans La Fontaine :

Sous les cotillons des grisettes
Peut loger autant de beauté
Que sous les jupes des coquettes,
D’ailleurs, il n’y faut point faire tant de façons.

(Joconde)

Une grisette est un trésor ;
Car sans se donner de la peine,
Et sans qu’aux bals on la promène,
On en vient aisément à bout ;
On lui dit ce qu’on veut, bien souvent rien du tout.

(Ibid.)

Ce type charmant et essentiellement parisien, célébré dans les romans de Paul de Kock et qui est maintenant complétement disparu, à été magistralement décrit par Jules Janin :

De tous les produits parisiens, le produit le plus parisien sans contredit, est la grisette. Voyagez tant que vous voudrez dans les pays lointains, vous rencontrerez des arcs de triomphe, des jardins royaux, des musées, des cathédrales, des églises plus ou moins gothiques ; comme aussi, chemin faisant, partout où vous conduira votre humeur vagabonde, vous coudoierez des bourgeois et des altesses, des prélats, et des capitaines, des manants et des grands seigneurs ; mais nulle part, ni à Londres, ni à Saint-Pétersbourg, ni à Berlin, ni à Philadelphie, vous ne rencontrerez ce quelque chose si jeune, si gai, si frais, si fluet, si fin, si leste, si content de peu, qu’on appelle la grisette. Que dis-je, en Europe ? vous parcourriez toute la France que vous ne rencontreriez pas dans toute sa vérité, dans tout son abandon, dans toute son imprévoyance, dans tout son esprit sémillant et goguenard, la grisette de Paris.
Les savants (foin des savants !), qui expliquent toute chose, qui trouvent nécessairement une étymologie à toute chose, se sont donné bien de la peine pour imaginer l’étymologie de ce mot-là : la grisette. Ils nous ont dit, les insensés ! qu’ainsi se nommait une mince étoile de bure à l’usage des filles du peuple, et ils en ont tiré cette conclusion : « Dis-moi l’habit que tu portes, et je te dirai qui tu es ! »…
Pour se vêtir, pour se nourrir, pour se loger, pour cultiver le parterre qui est devant sa fenêtre, pour le mouron de l’oiseau qui chante dans sa cage, pour le bouquet de violettes qu’elle achète chaque matin, pour cette chaussure si luisante et si bien tenue, pour cette élégance soutenue des pieds à la tête, dont serait fière plus d’une reine de préfecture, la grisette parisienne gagne à peine de quoi fournir chaque jour au déjeuner d’un surnuméraire du ministère de l’intérieur. Et cependant avec si peu, si peu que rien, elle est bien plus que riche, elle est gaie, elle est heureuse ; elle ne demande en son chemin qu’un peu de bienveillance, un peu d’amour.

 

Il est ainsi des œuvres — les seules vraiment populaires — assez banales et veules pour se prostituer aux lubies du lecteur. Celle de Murger s’affirma complaisante jusqu’à l’invraisemblance. Rien de plus étrange que la déformation de sa Mimi. Le livre la montre avide et coquette, infidèle et cruelle, torturant Rodolphe, exposant le vicomte Paul. De tendresse, pas un témoignage ; de charme, de poésie, nul indice. Si elle s’attendrit enfin, c’est sur elle-même, lorsque, dévorée par la phtisie elle agonise sur un lit d’hôpital. Eh bien ! de cette créature odieuse et lamentable, de cette fille banale entre toutes, le publie à fait la grisette, — sa grisette, la femme en qui il met toutes ses complaisances, maîtresse idéale de l’étudiant et du calicot, compagne élue des cœurs secs de la vingtième année. Rire et sourire, esprit et joliesse, elle a tous les petits charmes qui attirent sans retenir. Et que d’autres avantages ! Un regard la conquiert, un geste la congédie, un ruban l’habille. Elle s’en va si elle lasse, revient dès qu’on la rappelle, jamais ne coûte ni n’encombre. Et, lorsque sonne pour le jeune homme l’heure grave de l’établissement et du mariage, elle disparaît, pour toujours cette fois, discrète jusqu’au mystère, sans laisser le souci de ce qu’elle va devenir, sa vie avant le frêle et le vague du destin d’un oiseau.

(Joseph Caraguel)

— Et moi ! dit un grave professeur de philosophie, comment n’ai-je pas pleuré sur la dernière lettre que m’a écrite l’unique femme que j’aie adorée. C’était une grisette aussi, que je trahissais pour deux marquises. Je crois que je me souviendrai d’elle à mon dernier jour, et que je la regretterai dans l’autre monde. Cette lettre, que je conserve tendrement, elle se terminait ainsi : « Adieu, Monsieur, vous êtes un cochon. » Et il y avait en prost-scriptum : « Ah ! Gustave, je te croyais le cœur plus sensible. »

(H. de Latouche, Grangeneuve)

Les garçons de ces cafés — de mon temps du moins, hier — étaient des filles, plaisantes quelquefois, avatars de la grisette métamorphosée en tireuse de bocks.
Les grisettes, que sont-elles devenues ? Je sais bien une Parisienne, jolie, fine, essentiellement artiste, qui prétend avoir, à l’occasion, une âme de grisette, sans adresse, oui, si celle y tient, mais si mondanisée et si spirituelle qu’elle semble plutôt une reine de Petit-Trianon. — Que sont devenues les vraies grisettes, celles que les amoureux d’antan serrèrent dans leurs bras ? Où sont les jeunes créatures qui faisaient leur bonheur des feuilles qui leur tremblaient sur la tête, dans les charmilles de Fontenay-aux-Roses, des saladiers où bleuissait le vin des barrières, des rayons de soleil où dansent les papillons, d’un brin de chèvrefeuille arraché à la haie du chemin, et d’un baiser sonore cueilli sur la pourpre de leurs lèvres où sur la printanière fraicheur de leurs joues doucement teintées ?

— Te voilà veuf pendant une semaine,
Lui dit-il ; viens, nous dînerons ce soir
En devisant des heures envolées,
De ce beau temps où nous étions garçons,
Où nous laissions mille folles chansons
Jaillir sans fin de nos lèvres brûlées
Par les baisers de ces démons d’amour
Qu’on appelait, en ces temps, des grisettes,
Viens ! nous ferons au passé des risettes ;
Soyons garçons et libres pour un jour !

(A. Glatigny)

Guenippe

Delvau, 1864 : Femme de mauvaise vie ; guenon.

Mais présentement que l’on grippe,
Et Lise, et toute autre guenippe.

(La France Galante)

Sus donc, gentilles guenippes,
Prenez vos plus belles nippes,
Sans vos attiffets laisser…
Et vous faites enchâsser.

(Le Sr de Sygognes)

Gueuler

d’Hautel, 1808 : Crier à tue-tête, hurler à la manière des bêtes.

Delvau, 1866 : v. n. Crier, gronder. Signifie aussi Parler.

France, 1907 : Crier, invectiver.

Le drôle parlait de me faire passer au conseil pour refus de service. Il gueulait à faire crouler les murs. Des sergents vinrent, je m’expliquai, et tout rentra dans l’ordre.

(Sutter-Laumann, Histoire d’un Trente sous)

— Deux litres tout de suite, chacun le sien ! gueula Jésus-Christ.

(Émile Zola, La Terre)

Et quand il sut jacter nature,
L’entraver comme un marloupin,
Il fit de la littérature ;
Et l’on entendit Montépin
Et Collas et d’autres rengaines
Hurler, crier, sur tous les tons,
Et gueuler comme des baleines…
… Et ce que nous nous en foutons !…

(Aristide Bruant)

Hanneton

d’Hautel, 1808 : (l’h s’aspire).
Ils se tiennent par le cul comme des hannetons. Se dit des gens qui font clique et coterie ; qui sont toujours ensemble.
Il est étourdi comme un hanneton. Se dit d’un jeune écervelé, d’un homme qui agit inconsidérément.
Le peuple n’aspire point l’h, et dit au pluriel, des zannetons.

Delvau, 1866 : s. m. Manie quelconque, idée fixe, — dans l’argot de Breda-Street, où les hannetons hommes viennent d’eux-mêmes s’attacher le fil à la patte. Avoir un hanneton dans le plafond. Être fou de quelqu’un ou de quelque chose. Les voyous anglais ont une expression analogue : To have a bee in his bonnet (avoir une abeille dans son chapeau), disent-ils.

Rigaud, 1881 : Monomanie, idée fixe. On dit de quelqu’un qui est tourmenté d’une idée aussi fixe que saugrenue : « Encore son hanneton qui le travaille ». Celui qui a un hanneton dans le plafond est hannetonné, c’est-à-dire qu’il a la tête fêlée.

Boutmy, 1883 : s. m. Idée fixe et quelquefois saugrenue. Avoir un hanneton dans le plafond, c’est avoir le cerveau un peu détraqué. On dit aussi, mais plus rarement Avoir une sauterelle dans la guitare et une araignée dans la coloquinte. Le hanneton le plus répandu parmi les typographes c’est, nous l’avons déjà dit, la passion de l’art dramatique. Dans chaque compositeur il y a un acteur. Ce hanneton-là, il ne faut ni le blâmer ni même plaisanter à son sujet ; car il tourne au profit de l’humanité. Combien de veuves, combien d’orphelins, combien de pauvres vieillards ou d’infirmes doivent au hanneton dramatique quelque bien-être et un adoucissement à leurs maux ! Mais il en est d’autres dont il est permis de rire. Ils sont si nombreux et si variés, qu’il serait impossible de les décrire ou même de les énumérer ; comme la fantaisie, ils échappent à toute analyse. On peut seulement en prendre quelques-uns sur le fait. Citons, par exemple, celui-ci : Un bon typographe, connu de tout Paris, d’humeur égale, de mœurs douces, avait le hanneton de l’improvisation. Quand il était pris d’un coup de feu, sa manie le talonnant, il improvisait des vers de toute mesure, de rimes plus ou moins riches, et quels vers ! Mais la pièce était toujours pathétique et l’aventure tragique ; il ne manquait jamais de terminer par un coup de poignard, à la suite duquel il s’étendait lourdement sur le parquet. Un jour qu’il avait improvisé de cette façon et qu’il était tombé mort au milieu de la galerie de composition, un frère, peu touché, se saisit d’une bouteille pleine d’eau et en versa le contenu sur la tête du pseudo Pradel. Le pauvre poète se releva tout ruisselant et prétendit à juste raison que « la sorte était mauvaise ». C’est le hanneton le plus corsé que nous ayons rencontré et on avouera qu’il frise le coup de marteau. Un autre a le hanneton de l’agriculture : tout en composant, il rêve qu’il vit au milieu des champs ; il soigne ses vergers, échenille ses arbres, émonde, sarcle, arrache, bêche, plante, récolte. Le O rus, quando ego te aspiciam ? d’Horace est sa devise. Parmi les livres, ceux qu’il préfère sont la Maison rustique et le Parfait Jardinier. Il a d’ailleurs réalisé en partie ses désirs. Sa conduite rangée lui a permis de faire quelques économies, et il a acquis, en dehors des fortifications, un terrain qu’il cultive ; malheureusement ce terrain, soumis à la servitude militaire, a été saccagé par le génie à l’approche du siège de Paris. Vous voyez d’ici la chèvre ! Un troisième a une singulière manie. Quand il se trouve un peu en barbe, il s’en va, et, s’arrêtant à un endroit convenable, se parangonne à l’angle d’un mur ; puis, d’une voix caverneuse, il se contente de répéter de minute en minute : « Une voiture ! une voiture ! » jusqu’à ce qu’un passant charitable, comprenant son désir, ait fait approcher le véhicule demandé. Autre hanneton. Celui-ci se croit malade, consulte les ouvrages de médecine et expérimente in anima sua les méthodes qu’il croit applicables à son affection. Nous l’avons vu se promener en plein soleil, au mois de juillet, la tête nue, et s’exposer à une insolation pour guérir des rhumatismes imaginaires. — Actuellement, son rêve est de devenir… cocher. Un de nos confrères, un correcteur celui-là, a le hanneton de la pêche à la ligne. Pour lui, le dimanche n’a été inventé qu’en vue de ce passe-temps innocent, et on le voit dès le matin de ce jour se diriger vers la Seine, muni de ses engins. Il passe là de longues heures, surveillant le bouchon indicateur. On ne dit pas qu’il ait jamais pris un poisson. En revanche, il a gagné, sur les humides bords des royaumes du Vent, de nombreux rhumes de cerveau.

France, 1907 : Idée baroque, saugrenue on simplement idée fixe, dans l’argot des typographes. Le hanneton est ce que, dans l’argot de tout le monde, on appelle le dada.

À la suite de l’exposé de ce hanneton qui a produit le plus grand effet, une discussion bruyante, raisonnée, mais peu raisonnable, s’engage entre les diverses parties de l’atelier.

(Décembre-Alonnier, Typographes et gens de lettres)

France, 1907 : Personne étourdie, qui va donner tête baissée et sans réfléchir dans tous les potins et toutes les aventures. Maladroit sans réflexion.

Nous disons volontiers de certaines personnes dont les façons étourdies ne nous agréent pas : « C’est un hanneton ! Ce n’est qu’un hanneton ! » En politique, cette espèce de hanneton est très répandue. Les moins mauvais parmi les boulangistes étaient des hannetons. Que de fois on a dit, en parlant de MM. Turquet et Laur : « Pas méchants, mais quels hannetons ! »

(Léon Bernard-Derosne, Gil Blas)

Avoir un hanneton dans le plafond, être un peu timbré.

Home

France, 1907 : Le foyer domestique et tout ce qu’il comporte dans son acception la plus plaisante et la plus douce. Mot d’importation anglaise. Nos voisins ont fait de l’amour du home une sorte de religion. La fameuse romance Home, sweet home (Foyer, doux foyer), dont l’auteur John Howard Payne était consul américain, est chantée dans toutes les familles de langue britannique.

Je retrouve mes bibelots, mes bronzes, mes saxes, mes tables de coin avec le livre préféré, tout ce qui crée le charme du home, tous ces petits riens qui, par leur accoutumance, constituent, en somme, le confort du foyer.

(Colombine, Gil Blas)

Certes, prétendre que la vertu est impossible sur les planches serait ridicule, — puisqu’il est reconnu que le rêve de la comédienne est d’aspirer au mariage, au home, à la famille. — Mais le théâtre n’étant pas précisément un coin de forêt vierge où l’on tient école de virginité, on a le droit de penser que celles qui s’y consacrent ont mille chances contre une pour subir, au moment où elles s’y attendront le moins, l’inévitable surprise des sens.

(Arsène Houssaye)

Homicide

Halbert, 1849 : Hiver.

Delvau, 1866 : s. m. L’hiver, — dans l’argot des vagabonds, pour qui cette saison est en effet meurtrière.

Rigaud, 1881 : Hiver. Il tue bien des pauvres diables.

France, 1907 : L’hiver. Il tue les pauvres gens.

Quand l’homicide fut venu, père, mère et toute la nichée, garçons et filles, se serrèrent sur le même grabat. C’est le lot des pauvres diables, et l’on s’étonne ensuite de la précocité des enfants des miséreux !

(Les Propos du Commandeur)

Hommasse

Delvau, 1866 : adj. Femme que son embonpoint exagéré rapproche trop de l’homme, — dans l’argot du peuple.

France, 1907 : Qui sent l’homme, qui tient de l’homme. Expression prise en mauvaise part et appliquée aux femmes. Chacun doit être de son sexe et tout ce qui heurte la nature est une anomalie quand ce n’est pas une monstruosité. Il est aussi ridicule, en effet, à une femme d’avoir un caractère d’homme qu’il l’est à un homme d’avoir un caractère féminin. Suum cuique. C’est pourquoi les désexés sont si haïssables.

Il serait impossible aujourd’hui d’apprécier avec exactitude les raisons pratiques pour lesquelles l’empereur voulut mettre son gouvernement hors de la portée du salon de Mme de Staël… Mais quand on lit les « Dix années d’exil », ou « Les Considérations sur la Révolution Française », écrits ternes, lourds, un peu hommasses, où l’on trouve le stylet de l’ennemi, sans y trouver le style de la femme, on cherche en vain à reconstruire, à l’aide de ses écrits, l’esprit alerte, fin, prime-sautier, attribué par les contemporains à la conversation de l’auteur de Coriane…

(A. Granier de Cassagnac)

Homme à femmes

Delvau, 1864 : Grand fouteur, après lequel courent toutes les femmes, et qui court lui-meme apres toutes.

un homme aimable, un homme à femmes
si il veut être l’homme du jour
si il veut avoir toutes nos dames
Ne doit jamais avoir d’amour.

Colle.

Delvau, 1866 : s. m. Homme de galante humeur, — dans l’argot du peuple.

France, 1907 : Bellâtre ou individu qui, doué de certaines qualités extérieures ou secrètes, réussit près des femmes et se fait aimer d’elles. Le célèbre assassin Pranzini était un homme à femmes.

Jacques était ce qu’on appelle à Paris un homme à femmes, mais sans la sottise de bellâtre qui s’attache généralement à cette dénomination. Il n’avait pas la beauté niaise et efféminée des don Juans du boulevard ; il n’avait pas les grâces un peu compromettantes des beaux gars de salons ; ce n’était pas un mondain insignifiant, qui met toute sa cervelle dans son nœud de cravate. Dans sa mâle assurance d’homme recherché, jalousé, il possédait un charme infini, indiscutable, et son visage, un peu ravagé par les veilles et par les baisers, lui assurait le bénéfice de ce charme.

(Félicien Champsaur, Le Mandarin)

Horreurs (dire des)

Delvau, 1864 : Être libre en paroles ; tenir des discours d’une grande lubricité, — pour pousser à l’accomplissement de l’acte vénérien. — Faire des horreurs. Se porter à des votes de fait agréables envers les femmes, leur prendre le cul, les tétons et le reste. — Horreurs est une antiphrase comme Euménides, — mais dans le sens contraire.

Qu’une femme devait et dire et savoir faire
Toutes les saletés et toutes les horreurs ;
Que cela ranimait le chibre des fouteurs.

(Louis Protat)

Illico

Larchey, 1865 : De suite.

En se promettant bien de l’envoyer illico.

(Balzac)

Latinisme.
Illico : Grog d’alcool, d’eau et de sucre en usage dans les pharmacies d’hôpital. — Allusion à un terme de formulaire.

Delvau, 1866 : adv. Sur-le-champ, tout de suite, — dans l’argot du peuple.

Delvau, 1866 : s. m. Potion improvisée, — dans l’argot des pharmaciens, qui composent ordinairement ce garus de teinture de cannelle, de sucre et d’alcool.

France, 1907 : Grog confectionné en fraude dans les hôpitaux, avec l’alcool destiné aux compositions pharmaceutiques. C’est sans doute la rapidité avec laquelle on le confectionne et on l’avale qui lui a fait donner ce nom.

France, 1907 : Immédiatement, de suite. Latinisme.

Y en aurait long à dégoiser sur ce qu’on ne fit pas, et sur ce qu’on aurait dû faire en 1871.
Et d’abord, on ne marcha pas sur Versailles et on respecta la Banque.
Si, illico, les Parisiens avaient foncé sur Versailles, ils auraient pigé leurs ennemis sans défense et tout désorientés. C’eût été l’écrabouillage complet de la réaction !

(Le Père Peinard)

Je l’ai connu poirier

France, 1907 : Se dit d’un parvenu élevé à une haute position, soit financière, soit sociale, et que l’on a connu dans une position infime. Combien de gros pontifes qui se prélassent aujourd’hui au Sénat et dans les ministères et que l’on a connus poiriers ! L’origine que l’on donne à cette expression, que l’on trouve dans les Mémoires du duc de Saint-Simon, est assez amusante : Un curé de village avait dans son église un saint Jean en bois qui excitait la vénération de ses ouailles et attirait les pèlerins de dix lieues à la ronde. On lui attribuait toutes sortes de merveilleuses guérisons. Mais le saint était vieux, le bois vermoulu tombait en poussière. Le bon curé jugea utile de le remplacer. À cet effet, il fit couper le plus beau poirier de son jardin et confia à un artiste de la ville voisine le soin de lui confectionner un saint nouveau sur le modèle de l’ancien ; et bientôt l’église de village eut son saint Jean tout neuf et tout brillant de dorures et de fraîches couleurs. Mais les paysans n’y allèrent plus porter leurs offrandes, les pèlerins cessèrent de venir le prier. Le curé, désolé autant que stupéfait, interrogea l’un des plus zélés dévots d’autrefois, lui demandant raison de sa froideur à l’égard du grand saint Jean : « Un saint, ça ? répondit dédaigneusement le paysan. Allons donc ! Je l’ai connu poirier ! »

Jeter un froid

Delvau, 1866 : v. a. Commettre une incongruité parlée, dire une inconvenance, faire une proposition ridicule qui arrête la gaieté et met tout le monde sur ses gardes.

Virmaître, 1894 : Au milieu d’une soirée joyeuse, raconter une histoire macabre. L’invité au maître de la maison :
— Quelle est donc cette horrible femme, laide, vieille, sèche et revêche qui fait tapisserie.
— C’est ma sœur.
Voilà qui s’appelle jeter un froid (Argot du peuple).

Jeu de la petite oie

France, 1907 : Jeu d’amour que les jouvencelles feignent d’ignorer en faisant la petite oie.

…Et tous nos précieux galantins s’empressaient autour des falbalas de l’ambassadrice, méditaient déjà d’en faire le siège selon les règles accoutumées, de se disputer ses faveurs, de lui apprendre en hâte, si d’aventure elle l’ignorait, le jeu de la petite oie, et tout ce qui s’ensuit, pour peu que l’on prenne goût aux leçons, que l’on veuille tenter la vraie bataille après les escarmouches.

(René Maizeroy, Gil Blas)

Lantimèche

Delvau, 1866 : s. m. Imbécile ; jocrisse, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Nom d’amitié, sobriquet tout intime. — Père Lantimèche, mère Lantimèche. — Les concierges des deux sexes se donnent volontiers entre eux « du Lantimèche ».

France, 1907 : Imbécile, jocrisse. Allumeur de bec de gaz. Jeu de mot. C’est l’antimèche qu’il faudrait écrire. Se dit aussi pour appeler quelqu’un : « Eh ! Lantimèche ! »

Large

d’Hautel, 1808 : Il n’est pas long, mais il est diablement large. Se dit d’un homme qui est très-long dans ses opérations ; qui fait attendre long-temps après lui.
Il est large, mais c’est des épaules. Voy. Épaules.
Tout du long et tout du large. Pour dire, à son aise.
Gagner le large. Pour, se sauver, s’enfuir.

Delvau, 1866 : adj. Généreux, qui ne regarde pas à la dépense, — dans l’argot du peuple, qui parle comme écrivait Clément Marot :

Ils sçavent bien
Que vostre père est homme large ;
À souper l’auront, à la charge
Pour dix buveurs maistres passez.

(Traduction du Colloque d’Erasme)

France, 1907 : Généreux.

Légumes

Delvau, 1866 : s. m. pl. Oignons, œils de perdrix, durillons des pieds, — dans l’argot des faubouriens. J’en ai entendu un s’écrier : « Oui, quand il poussera des légumes entre les doigts de pied de Louis XIV ! » On dit aussi Champignons.

France, 1907 : Oignons, durillons, œils-de-perdrix et toutes sortes d’excroissances occasionnées par notre chaussure antihygiénique ; argot des faubouriens.

Lettres de Jérusalem

Vidocq, 1837 : Les évènemens de notre première révolution ont donné naissance aux Lettres de Jérusalem ainsi qu’aux Vols à la Graisse et à plusieurs autres. De la fin de 1789 à l’an VI de la république, des sommes très-considérables, résultats de Lettres de Jérusalem, sont entrées dans les diverses prisons du département de la Seine, et notamment à Bicêtre. En l’an VI, il arriva dans cette dernière prison, et dans l’espace de deux mois, plus de 15,000 francs.
Voici quelle était la manière de procéder des prisonniers qui voulaient faire un arcat, c’est-à-dire escroquer de l’argent à une personne au moyen d’une Lettre de Jérusalem. Ils se procuraient les adresses de plusieurs habitans des départemens, et, autant que possible, ils choisissaient ceux qui regrettaient l’ancien ordre de choses, et qu’ils croyaient susceptibles de se laisser séduire par l’espoir de faire une opération avantageuse ; on adressait à ces personnes une lettre à-peu-près semblable à celle-ci.

Monsieur,
Poursuivi par les révolutionnaires, M. le vicomte de ***, M. le comte de ***, M. le marquis de ***, (on avait le soin de choisir le nom d’une personne connue et récemment proscrite), au service duquel j’étais en qualité de valet de chambre, prit le parti de se dérober par la fuite à la rage de ses ennemis ; nous nous sauvâmes, mais suivis pour ainsi dire à la piste, nous allions être arrêtés lorsque nous arrivâmes à peu de distance de votre ville ; nous fûmes forcés d’abandonner notre voiture, nos malles, enfin tout notre bagage ; nous pûmes cependant sauver un petit coffre contenant les bijoux de Madame, et 30 000 fr. en or ; mais, dans la crainte d’être arrêtés nantis de ces objets, nous nous rendîmes dans un lieu écarté et non loin de celui où nous avions été forcés de nous arrêter ; après en avoir levé le plan, nous enfouîmes notre trésor, puis ensuite nous nous déguisâmes, nous entrâmes dans votre ville et allâmes loger à l’hôtel de ***. Nous nous informâmes en soupant d’une personnes à laquelle on pût, au besoin, confier des sommes un peu fortes ; nous voulions charger cette personne de déterrer notre argent, et de nous l’envoyer par petites parties au fur et à mesure de nos besoins, mais la destinée en ordonna autrement. Vous connaissez sans doute les circonstances qui accompagnèrent l’arrestation de mon vertueux maître, ainsi que sa triste fin. Plus heureux que lui, il me fut possible de gagner l’Allemagne, mais bientôt assailli par la plus affreuse misère, je me déterminai à rentrer en France. Je fus arrêté et conduit à Paris ; trouvé nanti d’un faux passeport, je fus condamné à la peine des fers, et maintenant, à la suite d’une longue et cruelle maladie, je suis à l’infirmerie de Bicêtre. J’avais eu, avant de rentrer en France, la précaution de cacher le plan en question dans la doublure d’une malle qui, heureusement, est encore en ma possession. Dans la position cruelle où je me trouve, je crois pouvoir, sans mériter le moindre blâme, me servir d’une partie de la somme enfouie près de votre ville. Parmi plusieurs noms que nous avions recueillis, mon maître et moi, à l’hôtel, je choisis le vôtre. Je n’ai pas l’honneur de vous connaître personnellement, mais la réputation de probité et de bonté dont vous jouissez dans votre ville, m’est un sûr garant que vous voudrez bien vous acquitter de la mission dont je désire vous charger, et que vous vous montrerez digne de la confiance d’un pauvre prisonnier qui n’espère qu’en Dieu et en vous.
Veuillez, Monsieur, me faire savoir si vous acceptez ma proposition. Si j’étais assez heureux pour qu’elle vous convint, je trouverais les moyens de vous faire parvenir le plan, de sorte qu’il ne vous resterait plus qu’a déterrer la cassette ; vous garderiez le contenu entre vos mains ; seulement vous me feriez tenir ce qui me serait nécessaire pour alléger ma malheureuse position.
Je suis, etc.
P. S. Il n’est pas nécessaire de vous dire qu’une affaire semblable à celle que je vous propose doit être faite avec la plus grande discrétion ; ainsi, dans votre réponse, qui devra passer par le greffe de la prison avant de m’être remise, bornez-vous, seulement à me répondre, oui, ou non.

Toutes les Lettres de Jérusalem étaient calquées sur le même modèle, et tous les jours il en sortait, des prisons de la Seine, une très-grande quantité ; sur dix, sur vingt même, une tombait entre les mains d’un individu qui, par bonté d’ame, ou dans l’espoir de s’approprier tout ou partie du trésor, voulait bien se charger de la commission, et qui répondait au prisonnier. (C’est ici le lieu de faire remarquer que ce n’était jamais à celui qui avait monté l’arcat que la réponse était adressée ; un autre prisonnier était chargé de figurer, c’est-à-dire, de représenter, au besoin, le domestique infortuné du comte ou du marquis.)
Lorsque la réponse du Pantre était parvenue à l’Arcasineur, il s’empressait de lui écrire qu’il bénissait le ciel qui avait bien voulu permettre que la première personne à laquelle il s’était adressé, fût assez bonne pour compâtir à ses peines ; il était prêt, disait-il, à lui envoyer le plan qui devait le guider dans ses recherches ; mais pour le moment cela lui était impossible, attendu que, pour subvenir à ses premiers besoins, il avait été forcé de mettre sa malle, et tout ce qu’elle contenait, entre les mains d’un infirmier, en garantie d’une somme de… (la somme était toujours en rapport avec la fortune présumée de l’individu auquel on s’adressait.) Mais pourtant, ajoutait en terminant l’Arcasineur, si vous voulez avoir l’extrême complaisance de m’envoyer la somme due par moi à l’infirmier, je vous enverrai de suite le plan, et toutes les indications qui vous seraient nécessaires. La cupidité exerce un tel empire sur la plupart des hommes, que, presque toujours, le prisonnier recevait la somme qu’il avait demandée ; il arrivait même que, par excès de complaisance ou de précaution, le Sinve l’apportait lui-même, ce qui ne l’empêchait pas de subir le sort du commun des martyrs.
Les Lettres de Jérusalem ne sont pas mortes avec les circonstances qui les avaient fait naître ; tous les jours encore, des arcats sont montés dans les prisons, et l’audace des Arcasineurs est si grande, qu’ils ne craignent pas de s’adresser à des individus qui doivent, par le fait seul de leurs relations antérieures, connaître leurs us et coutumes ; cela est si vrai, qu’un Arcasineur m’adressa, il y a peu de temps, la lettre suivante :

Toulon, le 14 novembre 1835.

Monsieur,
J’ai fait du bien ; qu’il est doux, ce mot ! Ce mot renferme des pages entières, des volumes même. Un bienfait n’est jamais perdu. Quoi ! le bienfaiteur désintéressé a-t-il besoin de récompense ? Non ! Il est trop payé, s’il est humain et généreux, par cette satisfaction qui énivre les ames sensibles après un bienfait.
Telle j’étais, Monsieur, à votre égard, lors de votre évasion de Toulon, et votre nom m’eût été toujours inconnu, sans mon petit-fils, dans les mains duquel se trouvait votre biographie en me faisant le récit de cette aventure, me mit à même de connaître le nom de l’individu auquel je m’étais intéressée. Il me restait cependant le doute que vous ne fussiez tel que je le souhaitais, ce qui aurait pu attirer sur moi la divine réprobation et l’exécration des hommes. Mais l’aveugle confiance que vous eûtes en moi en était un sûr garant ; et je me disais : le coupable endurci n’aime que la nuit, le grand jour l’épouvante. Enfin le ciel même parut me l’attester, quand il vint lui-même à votre secours, et vous offrit, par le moyen de l’enterrement, la voie de salut que vous me demandâtes, et que, par un excès d’humanité, je vous promis. Pourquoi donc, Monsieur, après votre aveu et votre prière : Sauvez-moi, ame sensible, Dieu vous on tiendra bon compte, ne continuâtes-vous pas à me dire : Vous sauvez un malheureux qui n’a pas trempé dans le crime dont il a été accusé, et qui l’a plongé dans l’abîme dont il est si difficile, mais non impossible de se relever ! Cette déclaration aurait redoublé en moi l’intérêt qui me portait à vous aider, et aurait laissé en moi cette sécurité, et cette satisfaction que l’on éprouve à la suite d’un bienfait qui est ignoré de tout le monde. Mais, hélas ! comme les temps sont changés, depuis lors, pour nous ! Vous, en butte alors à la plus cruelle destinée, manquant de tout, obligé à fuir la société des hommes, et moi qui menais une vie paisible, quoique veuve d’un maître marin mort au service du roi Louis XVI, par le moyen d’un modique commerce, et une conscience pure, qui me mettait, ainsi que mes deux demoiselles en bas âge, à l’abri des premiers besoins.
Depuis que cette faible ressource m’a manqué, n’en ayant pas d’autres, je n’ai fait que languir.
Atteinte une des premières par le choléra je croyais toucher à la fin de mes maux, mais le ciel en a disposé autrement. La volonté de Dieu soit faite. Dieu a voulu m’épargner en prolongeant mon existence ; Dieu y pourvoira.
Je souhaite, Monsieur, que Dieu continue à prospérer vos affaires, et que vous soyez toujours le soutien des malheureux.
Agréez, Monsieur, les sentimens de ma considération, avec lesquels je suis,

Votre dévouée servante,
Geneviève Peyron, Ve Diaque.
Rue du Pradel, 19.

Voici en quels termes je répondis à cette lettre ; car, quoique bien convaincu qu’elle n’émanait pas de la personne qui m’avait rendu l’important service de favoriser mon évasion, mais bien de quelque Arcasineur pensionnaire du bagne de Toulon, qui avait appris la circonstance qu’il me rappelait, par mes Mémoires, je ne voulais pas, si contre toute attente mes prévisions étaient fausses, m’exposer à manquer de reconnaissance.
« Je serais mille fois heureux, Madame, si le hasard me faisait retrouver la femme qui m’a si généreusement aidé, à Toulon, lors de mon évasion ; je suis tout prêt à reconnaître, comme je le dois, ce qu’elle a fait pour moi, mais je ne veux point m’exposer à être dupe.
Ce que vous me dites, Madame, me prouve jusqu’à l’évidence que vous n’êtes pas la femme généreuse qui me procura les moyens de sortir de la ville de Toulon, et que vous ne connaissez cette circonstance de ma vie que par la lecture de mes Mémoires. Au reste, si vous êtes réellement la personne en question, vous pouvez aisément m’en donner la preuve, en me rappelant un incident qui m’arriva lorsque j’étais chez vous ; incident que la mémoire la moins locale ne peut avoir oublié ; si vous pouvez faire ce que je vous demande, je suis prêt à vous envoyer 500 fr., et même plus, etc., etc. »
L’Arcasineur ne se tint pas pour battu, et il me répondit en ces termes :

Toulon, le 30 novembre 1815.

Monsieur,
Il sied à la bienséance de répondre à une honnête missive, mais il n’est pas permis d’humilier les personnes.
Née dans une classe médiocre, appartenant à des parens dont l’honneur et la probité ont été les idoles, j’ai su répondre à leur attente, et me mériter, par une conduite toujours exempte de blâme, l’estime publique. Quoique illettrée, la nature m’a douée de ce tact qui tient lieu d’éducation soignée, et qui nous met à même de juger du procédé d’une personne. Mon petit-fils, né dans un siècle plus heureux que le mien, quant à l’instruction, a été choisi par moi pour être l’organe de mes pensées, et l’interprète de mes sentimens.
Oui, monsieur, je l’avouerai sans réserve, la tournure de votre lettre, et vos phrases ont tellement blessé mon amour-propre, que j’en ai été indignée. Vous eussiez beaucoup mieux fait de ne pas répondre que de m’offenser, et réserver votre manière de rédiger pour des ames basses et vénales. Cependant, un seul de vos paragraphes a mérité toute mon attention, et m’a paru être le plus fondé : c’est la crainte d’être trompé. J’ai apprécié vos doutes, et je les ai même admis. Mais, d’ailleurs, m’examinant attentivement, comment admettre en moi de pareilles idées, et supposer en moi un subterfuge, m’écriai-je au fond de l’ame, m’attachant à la ligne au contenu de ma lettre ! Demandait-elle une reconnaissance pécuniaire ? Contenait-elle un emprunt ? Exigeait-elle un sacrifice ? Non ! rien de tout cela. Elle ne contenait que l’épanchement sincère d’une ame sensible en apprenant l’heureux changement de votre sort ; et si la comparaison de nos destinées en différentes époques a été interprétée pour une demande quelconque, je la repousse de toutes mes forces, et hautement je m’écrie : mieux vaut mourir que s’humilier.
Quant à la preuve convaincante que vous me demandez, afin de reconnaître si je suis la personne en question, je répugnerais à la donner, précisément parce qu’elle a pour but la proposition d’une somme, si ce n’était une satisfaction personnelle. Je vous observerai donc que, soit vous, soit un autre individu auquel soit arrivé un pareil accident, vous ne fûtes jamais chez moi, n’ayant pu faire, sans me compromettre ; que le court entretien dans lequel je vous fis espérer les moyens de sortir, eut lieu publiquement, et que la circonstance et l’incident dont vous me parlez, me sont aussi inconnus que le Phénix. Et qu’enfin, n’ayant jamais joué, pendant ma vie, quoique orageuse, que des rôles honorables, je ne commencerai pas à l’hiver de mon âge à démentir mes sentimens.
J’ai l’honneur d’être,
Monsieur

Votre servante,
Genièvre Peyron, Ve Diaque.

Je ne voulus point prendre la peine de répondre à cette seconde missive. J’engage toutes les personnes qui en recevraient de semblables à suivre mon exemple.

Lichonnerie

France, 1907 : Vol de friandise.

Le polisson ouvre les placards et commet toutes sortes de lichonneries.

Mandrin

d’Hautel, 1808 : Nom d’un voleur, d’un brigand insigne, qui est devenu commun à tout voleur, escroc ; filou ; et que l’on donne généralement aux gens sans foi, sans probité.

Delvau, 1866 : s. m. Bandit, homme capable de tout, à quelque rang de la société qu’il appartienne, sur quelque échelon qu’il se soit posé. Cette expression — de l’argot du peuple — est dans la circulation depuis longtemps. On dit aussi Cartouche, — ces deux coquins faisant la paire.

France, 1907 : Vaurien, scélérat, mauvais sujet. Du nom d’un célèbre coupeur de bourses qui fut roué à Valence, le 26 mai 1755, après avoir terrorisé longtemps les bourgades du Midi, à la tête d’une bande désignée d’après lui sous le nom de les Mandrins. En décembre 1754, Louis Mandrin, à la tête de soixante-cinq bandits, contraignait la mairie et la ferme des sels d’Autun à lui donner 20.000 livres. Le lendemain, il résistait avec succès à un détachement de hussards et de chasseurs commandé par le colonel Fisher, mais cet officier avant reçu du renfort, Mandrin fut complètement battu à Guénand, près Brion, dans le baillage d’Autun. D’autres disent que ce furent des volontaires du Dauphiné qui s’emparèrent de lui au bourg de la Sauvelat en Velay.

Sur ces entrefaites, des marchands de bon sens populaire, dégonfleurs d’outres et propagateurs de Libre examen, eurent la curiosité de se pencher sur la vie des plus illustres diplomates et en particulier sur celle de ce Talleyrand qui en est le type consacré, et ils virent que cette vie n’en laissait rien, pour le crime, l’infamie, de mensonge, les trahisons et toutes les hontes aux existences abominables des Mandrin des Cartouche et des exemplaires les plus abjects de la bête humaine.

(Émile Bergerat)

Manger

d’Hautel, 1808 : Manger l’ordre. Perdre mémoire de ce dont on avoit été chargé ; oublier totalement une commission.
Quand on est trop bon, le loup vous mange. Signifie que rien n’est plus pernicieux que l’excès de la bonté.
Elle mange comme un moineau. Se dit d’une femme qui fait la petite bouche, la sobre, ou qui est réellement d’une très-petite dépense sur la nourriture.
Cela se laisse manger. Pour dire qu’une chose sans être excellente, est fort agréable au goût.
Il en mangeroit deux comme lui. Pour marquer la supériorité d’une personne, et abaisser le mérite de quelqu’un qui exerce la même profession.
Il a mangé son pain blanc le premier. Pour dire que quelqu’un a fait l’ouvrage le plus facile en premier : que le commencement de sa vie a été plus heureux que n’est la suite.
Manger dans la main de quelqu’un. Pour, abuser de la bonté, de la complaisance de quelqu’un.
Manger de la vache enragée. Éprouver les angoisses de la faim, de la soif, et toutes les douleurs de la misère et de la fatigue ; apprendre à être sage à ses dépens.
N’as-tu pas peur qu’il te mange. Pour qu’as-tu à craindre ? pourquoi ne lui parlerois-tu pas ?
Se manger l’ame ; ou le blanc des yeux. Pour, se quereller ; vivre en mauvaise intelligence ; se disputer sans cesse sur des riens.
Manger quelqu’un des yeux. Le regarder avec affectation.
Manger quelqu’un de caresses. Lui faire de grandes amitiés ; le cajoler, lui faire des complimens à n’en plus finir.
Manger la moitié de ses mots. Bredouiller ; ne pas prononcer d’une manière intelligible ; serrer les dents en parlant.
Cela ne mange point de pain. Se dit de bijoux, ou d’effets quelconques dont on fait l’acquisition, afin de ne pas mal employer son argent ; pour faire entendre que ces objets ne coûtent rien à garder, et qu’on trouvera bien moyen d’en tirer parti au besoin. Se dit aussi, et dans le même sens, des papiers que l’on regarde comme inutiles, mais que quelques circonstances peuvent rendre nécessaires.
Manger son pain à la fumée du rôt. Voy. Fumée.
Manger son pain dans sa poche. Vivre heureux ; vivre dans l’aisance, sans y faire participer qui que ce soit.
Manger son blé en herbe, ou vert. Manger avance le bénéfice d’une affaire ou d’une spéculation ; vivre sur le crédit d’une succession qui n’est pas encore ouverte ; dépenser avec prodigalité, et généralement faire un mauvais usage de sa fortune.
Voilà ce que les rats n’ont pas mangé. Se dit ironiquement en montrant quelque chose que l’on avoit gardé secrètement.
Il sait bien son pain manger. Pour, il a soin de sa personne ; il sait vivre.

Ansiaume, 1821 : Révéler, déposer.

Mon camarade d’affaires ne mangera pas, mais j’ai le taff.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Dénoncer, avouer. Manger le morceau, avouer le crime.

Delvau, 1866 : v. a. Subir, avoir, faire, — dans l’argot du peuple. Manger de la misère. Être besogneux, misérable. Manger de la prison. Être prisonnier. Manger de la guerre. Assister à une bataille.

La Rue, 1894 : Faire chanter. Mangeur, maître chanteur (V. Chanter). Faire manger, faire profiter du produit d’une filouterie.

Maquereau

d’Hautel, 1808 : Libertin, homme pervers, qui fait l’infâme métier de prostitution.

Delvau, 1864 : Défenseur de beautés faciles qui le payent ; entremetteur.

Le roi fit choix du conseiller Bonneau,
Confident sûr et très bon Tourangeau.
Il eut l’emploi, qui certes n’est pas mince,
Et qu’à la cour où tout se peint en beau,
Nous appelons être l’ami du prince ;
Mais qu’à la ville, et surtout en province,
Les gens grossiers ont nommé maquereau.

(Voltaire, La Pucelle)

Delvau, 1866 : s. m. Souteneur de filles, ou plutôt Soutenu de filles, — dans l’argot du peuple.
II est regrettable que Francisque Michel n’ait pas cru devoir éclairer de ses lumières philologiques les ténèbres opaques de ce mot, aussi intéressant que tant d’autres auxquels il a consacré des pages entières de commentaires. Pour un homme de son érudition, l’étymologie eût été facile à trouver sans doute, et les ignorants comme moi n’en seraient pas réduits à la conjecturer. Il y a longtemps qu’on emploie cette expression ; les documents littéraires dans lesquels on la rencontre sont nombreux et anciens déjà ; mais quel auteur, prosateur ou poète, l’a employée le premier et pourquoi l’a-t-il employée ? Est-ce une corruption du mæchus d’Horace (« homme qui vit avec les courtisanes, » mœcha, fille) ? Est-ce le μακρός grec, conservé en français avec sa prononciation originelle et son sens natif (grand, fort) par quelque helléniste en bonne humeur ? Est-ce une contraction anagrammatisée ou une métathèse du vieux français marcou (matou, mâle) ? Est-ce enfin purement et simplement une allusion aux habitudes qu’ont eues de tout temps les souteneurs de filles de se réunir par bandes dans des cabarets ad hoc, par exemple les tapis-francs de la Cité et d’ailleurs, comme les maquereaux par troupes, par bancs dans les mers du Nord ? Je l’ignore, — et c’est précisément pour cela que je voudrais le savoir ; aussi attendrai-je avec impatience et ouvrirai-je avec curiosité la prochaine édition des Études de philologie de Francisque Michel.
Au XVIIIe siècle, on disait Croc de billard, et tout simplement Croc, — par aphérèse.

Virmaître, 1894 : Les uns croient que ce mot vient de l’hébreu machar, qui signifie vendre, parce que c’est le métier de ces sortes de gens de vendre les faveurs des filles. D’autres font dériver cette expression d’aquarius ou d’aquariolas, parce que chez les Romains les porteurs d’eau étaient les intermédiaires de la prostitution, d’où nous avons fait, en ajoutant la lettre M, Maquariolus. et que de là s’est formé le nom de maquereau. D’autres encore affirment que ce mot vient du latin macalarellus, parce que dans les anciennes comédies, à Rome, les proxénètes de la débauche portaient des habits bizarres, et ils étayent leur opinion sur ce que ce nom n’a été donné à l’un de nos poissons de mer que parce qu’il est mélangé de plusieurs couleurs dans le dos (Dessessart, Dictionnaire de police, Bulenger opuscul.) Quoi qu’il en soit, la signification du mot maquereau est de vivre aux dépens de quelqu’un, mais l’expression s’applique plus généralement à ceux qui vivent de la prostitution des femmes. Souteneur, qui vit des filles publiques, ou mari qui laisse sa femme se prostituer, lequel est un maquereau légitime (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Celui qui vit aux dépens des autres.

Hayard, 1907 : Souteneur.

France, 1907 : Individu qui vit d’une femme ou de la prostitution d’une ou de plusieurs femmes. Nous disons sans ambages que l’homme sans le sou qui épouse une femme riche, quelle qu’elle soit, est un maquereau.
L’étymologie de ce mot est assez douteuse. D’après les uns, il viendrait de l’hébreu machar, vendre, le maquereau vendant ou trafiquant des faveurs des filles ; d’après d’autres, dit Ch. Virmaître, cette expression viendrait d’aquarius ou d’aquariolus, parce que chez les Romains les porteurs d’eau étaient les intermédiaires de la prostitution, d’où nous avons fait, en ajoutant la lettre M, maquariolus, d’où l’abréviation maquereau.
Dessessart, dans son Dictionnaire de polices, et Bulenger affirment que ce mot vient du latin macalarellus, bariolé, parce que, dans les anciennes comédies, les proxénètes portaient des vêtements bizarres, et que, d’après eux, le nom de maquereau a été donné au poisson de mer bien connu, parce qu’il est mélangé, bigarré de plusieurs couleurs sur le dos.

Venez tous, vrais maquereaux
De tous estats, vieux et nouveaux.

(François Villon)

On dit qu’une reine de Crète,
Dont Dédale fut macquereau,
D’une passion indiscrète
Brûla jadis pour un taureau,
Je le crois, certes, puisque Jeanne
Soupire aujourd’hui pour un âne.

(Le sieur Ménard)

On a chanté dans le monde des marlous. Souteneurs à rouflaquettes, soutenus en gris perle ont été de la fête. Ils ont dansé en l’honneur de leur patron ; l’absinthe a eu sur les zincs des éclats d’émeraude, le champagne aurait pu perler dans les coupes de Bohême des grandes prostituées et sur les tables de quelques nobles dames. Depuis toujours il y a eu des poissons dans tous les mondes, des poissons à dos vert et à ventre blanc. Oh ! marlous pour marlous, c’est encore des alphonses. Qu’on l’avoue ou qu’on s’en cache, que ce soit à la Villette, que ce soit à l’Étoile, le rôle est le même si le décor change ; la honte est égale pour le rastaquouère et pour le maquereau.

(Fin de Siècle)

Pour en finir avec ce mot, citons un passage tiré d’un curieux livre, Noel Borguignon, de Gui Barozai, pseudonyme de Bernard de La Monnoye, imprimé à Dijon en 1720 : « Maquereau, injure qu’on apprend aux oiseaux qui parlent ; sur quoi certain curé disait un jour dans son prône qu’il vaudroit bien mieus leur apprendre de bons oremus. On trouve dans Villebardouin qu’en 1200 un des ambassadeurs de Baudouin, comte de Flandre et de Hainaut pour la guerre sainte, avoit nom Alard Maqueriaus. M. Huet qui a trouvé que Paillard, nom de famille, étoit originairement un nom propre corrompu de Paul, dont on avoit d’abord fait Paulard, ensuite Pauliard et enfin Paillard, n’hésiterait pas à dire que maqueriaus étoit de même originairement un nom propre corrompu de Macaire, dont on avoit fait le diminutif macaireau, prononcé depuis maqueriaus » — ajoutons maquereau.

Marseillaise

Larchey, 1865 : Pipe courte et poreuse fabriquée à Marseille.

Et tout en parlant ainsi, il chargeait et allumait sa marseillaise.

(Luchet)

Delvau, 1866 : s. f. Pipe courte, dont le fourneau est à angle droit avec le tuyau.

Rigaud, 1881 : Pipe en terre fabriquée à Marseille.

La pipe dite marseillaise a eu longtemps les sympathies exclusives de tous les fumeurs sincères et convaincus.

(Paris-Fumeur)

Elle est un peu délaissée aujourd’hui ; il paraît que les fumaillons trouvent qu’elle ne culotte pas assez vite. Albert Flocon, l’ancien membre du gouvernement provisoire en 1848, ne fumait que dans des « marseillaises ». Il contribua beaucoup à en propager la mode dans les clubs.

France, 1907 : Courte jupe fabriquée à Marseille. Avoir une Marseillaise dans le kiosque, être timbré.

Enfin, pour sûr, la politique lui aura tourné la tête. Il a une Marseillaise dans le kiosque.

(Baumaine et Blondelet)

Il ne s’agit pas, dans l’exemple ci-dessus, de courte pipe, mais du célèbre chant trop ressassé de Rouget de Lisle.

Mettre sur le dos

France, 1907 : Attribuer à quelqu’un une faute qu’il n’a pas commise. Se décharger sur autrui d’un méfait.

Je veux parler de l’épisode
Où la fille chaste, oh ! combien !
Cache un enfant dans sa commode !
C’est vécu… c’est tout à fait bien !
Et cette mère de famille
Qui, surprise par son époux,
Met tout sur le dos de sa fille,
Afin d’apaiser le jaloux !

(Jacques Rédelsperger)

Mikel

Vidocq, 1837 : s. m. — Je conçois fort bien que l’on accorde à celui qui montre à travers les verres d’une lanterne magique, monsieur le Soleil, madame la Lune et le palais de l’Empereur de la Chine, qui avale des barres de fer et des lames de poignard, qui danse sur la corde ou exécute des tours de souplesse, le droit d’exercer son industrie sur la place publique : il ne fait de mal à personne, et quelquefois il amuse les badauds de la bonne ville ; mais ce que je ne puis concevoir, c’est qu’une police bien organisée accorde à certains individus le droit de voler impunément à la face du soleil. Il n’y a, je crois, que deux genres d’industrie, celles qui servent à l’utilité et à l’amusement, et celles qui ne servent absolument à rien ou plutôt qui ne sont que les moyens dont se servent quelques individus pour escroquer de l’argent aux niais : c’est évidemment dans cette dernière classe que doivent être rangées celles qui sont exercées par ces marchands de pommade propre à faire croître les cheveux, de baume propre à guérir les cors aux pieds. Si les charlatans qui débitent ces spécifiques sont dangereux, combien sont plus dangereux encore ces devins et devineresses en plein vent, qui prédisent au Jean-Jean qu’un jour il sera colonel, à la servante d’un homme seul que son maître la couchera sur son testament, à la fille publique qu’elle trouvera un entreteneur.
Lorsque vous passerez dans la rue de Tournon, arrêtez-vous au numéro 5, et entrez chez mademoiselle Lenormand, vous trouverez toujours dans le salon plusieurs individus des deux sexes, de tout âge et de toutes conditions, attendant avec impatience l’instant d’être admis dans l’antre de la pythonisse ; allez vous promener sur les boulevards, sur la place du Châtelet ; arrêtez-vous au milieu du cercle qui entoure le sieur Fortuné, ou tout autre « élève favori du célèbre Moreau, qui a eu l’honneur de tirer les cartes à sa majesté Napoléon, » et vous verrez toutes les mains tendues lorsque le Pitre offrira aux amateurs la carte révélatrice.
Les individus qui vont demander des conseils aux tireurs de cartes sont des imbéciles, sans doute, mais il ne doit cependant pas être permis de les exploiter ; aussi, je le répète, je ne comprends pas l’indulgence de la police.
L’établissement d’un tireur de cartes se compose ordinairement d’une petite table, de trois gobelets de fer-blanc, de quelques petites boules de liège ou muscades, de plusieurs jeux de cartes, et d’un Pitre ou paillasse ; c’est dans un quartier populeux et à proximité d’un marchand de vin que l’Éteilla moderne exerce ; le Pitre commence ordinairement la séance par quelques lazzis de mauvais goût, ou quelques chansons plus que grivoises ; c’est lui, qui, en termes du métier, est chargé de faire abouler le trèpe, lorsque la foule est assez grande pour promettre une bonne recette, le devin arrive et débite son boniment ; le Pitre distribue les cartes et reçoit la rétribution fixée ; cela fait, le devin explique à voix basse et hors du cercle, la dame de carreau ou l’as de pique ; si parmi les individus qui ont pris, moyennant deux sols, une carte du petit jeu ou jeu de piquet, il s’en trouve un qui écoute avec plus de recueillement que les autres les vagues explications auxquelles sa carte donne lieu, et qui paraisse ajouter une foi entière aux discours du devin, celui-ci propose de lui faire le grand jeu ; si l’individu accepte, un signe du devin avertit le Pitre qui sait très-bien s’acquitter de la tâche qui lui est imposée. Il va trouver le Mikel, et tout en buvant une chopine avec lui, il lui tire adroitement les vers du nez, et bientôt il sait ce qu’il est, d’où il vient, où il va et ce qu’il espère ; il rapporte à son maître ce qu’il vient d’apprendre, et celui-ci est pris pour un grand homme par le Mikel, qui ne se doute jamais qu’il ne fait que lui répéter ce que lui-même disait il n’y a qu’un instant, et il ne regrette pas ce qu’il a payé pour se faire expliquer une ou deux cartes du jeu du tarot. Après le jeu du tarot il se fait faire le jeu égyptien, puis encore d’autres jeux qu’il trouve plus merveilleux les uns que les autres ; si bien, qu’il quitte le devin plus pauvre de quelques pièces de cinq francs, mais bien convaincu que dans peu de temps il n’aura plus de souhaits à former.
Si les tireurs de cartes bornaient à cela leur industrie, cette industrie, il est vrai, ne serait rien moins que délicate, mais au moins elle ne serait pas dangereuse, et si l’on voulait bien être très-indulgent elle serait même bonne à quelque chose, ne fût-ce qu’à donner à de pauvres diables ce qui ne saurait être payé trop cher : l’espérance ; mais il n’en est pas ainsi, les devins ne se contentent pas toujours de faire naître, moyennant finances, l’espérance dans le cœur du Mikel, ils veulent bien se charger de la réaliser. Lorsqu’ils ont trouvé un niais de force à croire qu’ils peuvent le faire aimer d’une femme, gagner à la loterie, ou découvrir un trésor caché, ils puisent à poignées dans sa bourse ; ce sont tous les jours des consultations, qui alors ne se donnent plus pour deux sous, mais qui sont payées fort cher ; ce sont des présens qu’il faut faire au génie familier du sorcier, etc., etc. Il arrive souvent, très-souvent même, que le Mikel n’est désabusé que lorsqu’il est complètement ruiné.
On mit un jour sous les yeux de M. Anglès, alors préfet de police, une pétition qui relatait toutes les ruses mises en œuvre par le sorcier que j’ai nommé plus haut, le sieur Fortuné, pour dépouiller un Mikel ; M. Anglès indigné écrivit en marge de cette pétition : « Si cet escamoteur ne rend pas ce qu’il a escroqué, je l’escamote à Bicêtre. » L’escamoteur rendit, pour ne pas être escamoté ; ce qui pourtant ne l’empêcha pas de faire de nouvelles dupes.

Larchey, 1865 : Dupe (Vidocq). — C’est le nom de Michel dont le diminutif michon signifiait autrefois sot. V. Roquefort.

Delvau, 1866 : s. m. Dupe, — dans l’argot des saltimbanques.

Mistouflier

France, 1907 : Malheureux, misérable.

Cette garce d’Assistance publique a été remise sur le tapis…
On lui en a envoyé de toutes les couleurs : on lui a seriné qu’en fait de secours elle n’en aboule qu’aux amis recommandés — et qui n’en ont pas besoin — et, qu’à bien voir, les seuls types réellement assistés sont les gratte-papiers et toute la kyrielle d’employés de son administration ; on lui a prouvé qu’au lieu d’empêcher les mistoufliers de crever la faim et au lieu de soigner les malades elle prend plaisir à voir pâtir et crampser les uns et les autres.

(Le Père Peinard)

Si nous sommes mistoufliers en diable, c’est que nous turbinons de trop : on s’abrutit et on n’a plus la force de foutre un pain aux salopiots de la haute qui vous manquent de respect.

(Le Père Peinard)

Monôme polytechnicoprotestant

France, 1907 : Entente spontanée de tous les protestants pour cacher les histoires scabreuses qui surgissent dans leur parti. L’on sait en effet que rien n’est plus moral que les protestants ; ce sont eux qui sont à la tête de toutes les sociétés pour l’extinction du vice ! Cependant c’est surtout dans les pays protestants, témoin l’Angleterre et l’Allemagne, qu’il semble fleurir le plus, mais il se cache… ce qui n’empêche pas les scandales comme ceux de la Pall Mall Gazette et celui des petits télégraphistes d’éclater quelquefois. Le pudibond Bérenger, le pasteur Dide, et le pieux Jules Simon, tous sénateurs, faisaient partie du monôme polytechnicoprotestant.

Toujours le monôme polytechnicoprotestant !… si… l’accident fût arrivé à… à la femme d’un officier catholique par exemple… ça n’eût pas fait tant d’histoires, et toute cette boue, — comme vous dites, — n’eût pas été remuée… mais ici il s’agit d’une protestante !… une protestante, songez donc ! est-ce qu’une protestante peut faillir ?… (il n’y a qu’à Mme de Staël que ça a été permis… et il y a si longtemps…) une protestante !… allons donc !… et tous les protestants, orthodoxes ou pas, se dressent comme un seul homme… on évoque l’ombre des illustrations du parti… tout le monde est fourré dans l’affaire, depuis Luther jusqu’à Guizot… en passant par Mélanchthon, Wolf, Leibniz, Schelling, Fichte, etc., etc…

(Gil Blas)

Nénés, nénets ou nénais

France, 1907 : Seins de femme.

Ce M. du Plastron n’était pas insensible aux séductions éternelles de la jupe, et point fâché de le prouver ; pour s’assurer sans doute que les nénés de la particulière étaient bien à leur place, il risqua de ce côté une reconnaissance qui n’avait rien de commun avec celles du Mont-de-Piété.

(Jean Deslilas, Fin de Siècle)

Soyez blond’s, brun’s, grass’s, maigres même,
Soyez grand’ dame ou m’nu trottin,
Vous avez tout’s la grâc’ suprême,
Et toutes la peau de satin,
Si l’une a le teint lys et rose,
Une autre a d’merveilleux nénés ;
Une troisièm’, c’est autre chose,
Brill’ par la taille ou les mollets.

(Henri Bachman)

Mignarde, amoureuse, replète,
Le néné ferme et rondelet,
Tout en sa personne me plaît
— Hormis son goût pour la toilette.

(Armand Silvestre)

Nep

Vidocq, 1837 : Nom des voleurs juifs qui exercent le truc dont je vais parler, et qui consiste à vendre très-cher une croix d’ordre, garnie de pierreries fausses. Deux individus s’entendent ensemble pour duper un aubergiste, un épicier ou un marchand de tabac ; et voici comment ils s’y prennent pour atteindre le but qu’ils se sont proposé. L’un d’eux, qui se fait passer pour un marchand joaillier retiré, se met en relation avec la personne qui doit être dupée, et il ne néglige rien pour acquérir sa confiance. Il sonde le terrain et cause beaucoup afin de parvenir à savoir quel est le plus crédule, du mari ou de la femme, quel est celui des deux qui tient les clés de la caisse. Celui des deux fripons qui s’est chargé de ce rôle est liant, communicatif, et son extérieur annonce presque toujours un homme rond et aisé. Quand il n’a plus rien à apprendre, et que la place ne lui paraît pas invulnérable, il avertit son compagnon, et au jour et à l’heure convenus entre eux, un individu, vêtu d’un costume problématique, mais qui peut, à la rigueur, être pris pour celui d’un Russe ou d’un Polonais, se présente chez la dupe en herbe. Il entre d’un air mystérieux et craintif, se fait servir un verre de vin ou de liqueur, qu’il boit en laissant tomber quelques larmes qui arrosent une croûte de pain dur et noir. S’il est remarqué, la moitié de la besogne est faite. Comme la curiosité est le plus commun de tous les défauts, le maître ou la maîtresse de la maison ne manque pas de demander au pauvre homme le sujet de ses peines. Il ne répond que par le silence aux premières interrogations, mais il verse de nouvelles larmes. Le joaillier retiré, qui est doué d’une extrême sensibilité, et ne peut supporter une scène aussi attendrissante, sort pour quelques instans. L’étranger, qui semblait attendre sa sortie pour se montrer plus communicatif, raconte alors son histoire. Son langage est presque inintelligible ; mais grâce à l’attention avec laquelle il l’écoute, son auditeur finit par parfaitement comprendre tout ce qu’il dit. L’étranger est le dernier rejeton d’une illustre famille polonaise. Tous ses parens ont été tués au siège de Varsovie ou à celui de Praga, ad libitum. Pour lui, il fut blessé dangereusement, fait prisonnier et envoyé en Sibérie. Grâce à la force de sa constitution, il fut bientôt guéri. Mais, dans l’espoir de mettre en défaut la vigilance de ses gardes, il feignit d’être toujours malade et souffreteux. Cette ruse eut un plein succès ; ses gardes, croyant qu’il était incapable de faire seulement deux lieues, ne le surveillèrent plus. Cette négligence lui facilita les moyens de s’évader, ce qu’il ne manqua pas de faire à la première occasion. Après avoir supporté toutes les peines et toutes les fatigues possibles, il atteignit enfin la frontière de France ; mais la route longue et pénible qu’il vient de faire l’a beaucoup fatigué, et il se sent incapable d’aller plus loin.
Arrivé à cet endroit de son récit, le polonais dit qu’il aurait pu se procurer quelques soulagemens en vendant un bijou précieux qu’il a sauvé du pillage, au moment où son infortuné père est tombé sous les baïonnettes russes ; mais pour vendre ce bijou il aurait fallu qu’il se découvrit, ce qu’il ne pouvait faire ; mais, ajoute-t-il pour terminer son discours, aujourd’hui que je suis à l’abri de toutes craintes, je suis décidé à me séparer de ce bijou ; mais je n’ose cependant le vendre moi-même, car je ne crains rien tant que d’être forcé de me réunir aux autres réfugiés polonais. Après avoir achevé son discours, le malheureux proscrit baise mille fois le précieux bijou qui vaut, dit-il, 100,000 francs au moins ; 100,000 francs ! ces trois mots éveillent la cupidité de celui ou de celle auquel il parle ; le bijou est examiné avec soin ; c’est, le plus souvent, une étoile de Rose-Croix semblable à celles dont se parent les Francs-Maçons, et qui peut bien valoir 60 à 80 francs. On en est là lorsque le joaillier retiré entre ; on lui présente la croix, il la prend et à peine l’a-t-il entre les mains qu’il jette un cri d’admiration  : « Voilà, dit-il, un bijou magnifique ; que ces diamans sont beaux ! ces rubis sont d’une bien belle eau ; ces émeraudes sont parfaites. » La dupe émerveillée lui raconte à l’oreille ce qui vient de se passer entre elle et l’étranger ; alors un nouvel examen a lieu, et il est accompagné de nouvelles exclamations.
Pendant que tout cela se passe, le polonais n’a pas cessé de pleurer ; il prévoit, le malheureux, qu’il est sur le point de se séparer de son bijou chéri ; il baise encore une fois la croix, et enfin il offre de la donner pour 5 ou 6,000 fr. ; nouvel examen du joaillier, qui soutient à la dupe que cet objet vaut au moins 30,000 fr. ; il regrette de n’avoir sur lui que 4 ou 500 fr., et de n’avoir pas le temps d’aller chez lui chercher de l’argent, car il ne manquerait pas une aussi bonne affaire ; il engage alors la dupe à faire cette affaire de compte à demi avec lui, il lui donne à cet effet les 4 ou 500 francs qu’il a dit avoir sur lui. On s’empresse de remettre au Polonais la somme demandée par lui ; le joaillier laisse la croix entre les mains de la dupe et ne revient plus.
Des fermiers, des vignerons, chez lesquels celui des deux fripons qui est chargé de préparer les voies se présente pour acheter de l’avoine ou du vin, sont quelquefois les victimes des Neps ; c’est toujours lorsque le marché vient d’être conclu, et au moment où son compère donne des arrhes aux vendeurs, que le Polonais se présente.
On peut conclure de ce qui précède que l’on ne fait pas toujours une bonne affaire lorsque, cherchant à profiter de la position d’un malheureux, on achète un bijou beaucoup au-dessous de sa valeur.

Larchey, 1865 : Voleur brocantant de fausses décorations (Vidocq).

Virmaître, 1894 : Rastaquouère vendant aux imbéciles des décorations exotiques (Argot des voleurs).

Hayard, 1907 : Intermédiaire pour la vente de décorations.

France, 1907 : Brocanteur de faux bijoux.

Nerf

d’Hautel, 1808 : Tirer le nerf. S’échapper, s’évader, s’esquiver, s’enfuir, disparoître ; se retirer à petit bruit ; se débarrasser d’une mauvaise affaire ; éviter une fâcheuse rencontre.

Delvau, 1864 : Le membre viril, qui est en effet tout nerf dans l’ardeur vénérienne.

Il me troussa incontinent et, sans parler, me renversa là sur le lit, me le fit là sur-le-champ et me fit tater son gros nerf, qui était extrêmement dur.

(Mililot)

Noces de mai, noces mortelles

France, 1907 : La superstition qui fait considérer les mariages en mai sous de défavorables auspices nous vient des Romains. Le mois de mai était consacré chez eux au culte des tombeaux, et toute union conjugale contractée pendant ce mois devait tourner mal et entraîner la mort de l’épouse. C’est, on le voit, une superstition toute païenne, comme d’ailleurs la plupart de nos superstitions, et qui existe encore en certaines provinces, notamment ans le Midi. « Ce sont des malheureuses celles qui se marient au mois de mai », dit Ovide dans ses Fastes.

Numéro (gros)

France, 1907 : Lupanar, à cause du numéro de grandes dimensions que sert à le distinguer des maisons voisines.

— Nous arrivons, dit la salutiste, à la place que le gentleman nous avait indiquée. La maison avait une belle apparence et tout à fait respectable, mais tous les volets étaient fermés, sans doute à cause du soleil… C’est extraordinaire comme les Parisiens craignent le grand air et le soleil… Il n’y avait pas écrit sur la porte : « Pension de famille », mais il y avait un très gros numéro qu’on pouvait voir de très loin.
— C’est là ! me dit le révérend Jobson.
Nous sonnons, continua la salutiste, et une servante à la mine effrontée nous ouvre et paraît un peu surprise de nous voir, moi particulièrement ; elle n’avait sans doute jamais vu de salutistes.
— Qu’est-ce que vous désirez ? demanda-t-elle.
— Deux chambres à coucher, répondit le révérend.
L’effrontée nous regarde comme si nous arrivions de la lune et se met à rire, probablement de l’accent de mon compagnon. Les Français sont toujours prêts à se moquer des Anglais et ça me donnait sur les nerfs, les rires de cette méchante fille, parce que je voyais les passants s’arrêter derrière nous et rire aussi comme des imbéciles, peut-être à cause de mon saint uniforme… C’est un peuple si léger ! Et j’entendais derrière moi :
— Elle est bien bonne ! Voici un Angliche et sa femme qui vont chercher une chambre dans un gros numéro !

(Hector France, La Vierge russe)

Oreilles de chien

France, 1907 : Un des sobriquets donnés aux petits jeunes gens appartenant à la jeunesse, dite dorée, du Directoire.

Au commencement de l’an III, quand les patriotes furent écrases et qu’il n’y eut plus qu’à piétiner sur les vaincus, les crevés sortirent de leurs trous et promenèrent dans les sections leurs faces blêmies par la débauche et la peur, cette peur implacable du lâche et du corrompu ; ils se joignirent aux petits émigrés cachés chez les filles, aux élégants de contrebande travestis en aristocrates sous le sobriquet de jeunesse dorée… et toute cette canaille élégante régna sur Paris, au nom de la modération et du bâton plombé, assommant les patriotes quand ils étaient vingt contre un, et fouettant leurs femmes, aux applaudissements des nymphes… Dès cette époque, et bien avant déjà, la petite coterie s’était renforcée de l’élément plébéien dans une forte proportion ; car les petits du bourgeois ont toujours aimé jouer au gentilhomme. Cette coalition forma ce bataillon de singes qu’on a tour à tour nommés : muscadins, jeunes gens, jeunesse dorées, cadenettes, peignes retroussés, incroyables, merveilleux, oreilles de chien, et, sous le Directoire, pourris (ce mot-ci est bien aussi pittoresque que les nôtres).

(Louis Combes, Curiosités révolutionnaires)

Orge (à Lagny combien vaut l’)

France, 1907 : Lagny est une petite ville de l’ancienne province de l’Île-de-France, dans le département de Seine-et-Marne, et voici, d’après Le Roux de Lincy, ce qui a donné lieu à cet ironique dicton : « En 1544, les moines de l’abbaye et les habitants se révoltèrent contre les troupes du roi, qui y envoya le capitaine Lorges pour les soumettre ; mais ils se défendirent courageusement. Lorges, indigné de leur résistance, pressa vivement les attaques, donna assaut sur assaut, et parvint à s’emparer de la ville. Le soir même, il invita toutes les dames à une fête qu’il donna, au milieu de laquelle il fit fermer toutes les portes, et dans un instant tous les hommes capables de porter les armes furent massacrés, et toutes les femmes, sans distinction, livrées à la brutalité des soldats. Cette action produisit bientôt une nouvelle génération qui repeupla la ville ; aussi les habitants actuels ne peuvent-ils souffrir qu’on leur rappelle leur origine : c’est ce qui fait qu’on ne peut y demander sur le marché : Combien vaut l’orge, sans avoir la main dans le sac, sinon ils croient qu’on veut faire allusion au capitaine Lorges. »

Paquet (avoir son)

France, 1907 : Être ivre. Risquer le paquet, s’aventurer ; faire ou préparer le paquet, arranger un jeu de cartes pour tricher ; attraper son paquet, être réprimandé, tancé ; recevoir son paquet, être renvoyé ; faire son paquet, se préparer à la mort ; lâcher de paquet, avouer.

Les faux amours, l’hypocrisie,
Il met tout au même baquet :
Le Faubourg et la Bourgeoisie,
Chacun attrape son paquet.

(Jacques Rédelsperger)

Para, parar

France, 1907 : Apprêter, embellir, parer, disposer. « Ourbi la bousse e para l’esquie », ouvrir la bourse et tendre l’échine (payer l’impôt et tout subir).

Patachonneux

France, 1907 : Scandaleux, déréglé.

Avant d’être marié, et avec la plus charmante femme qui soit au monde, Paul Bourget avait mené une vie patachonneuse et toute de bâtons de chaises. Je le tiens de lui-même. Sa jeunesse ne fut qu’une orgie.

(Émile Bergerat, Mon Journal)

Pays de cocagne

France, 1907 : Pays où tout abonde, où l’on fait grande chère, où l’on vit bien sans travailler.
On n’est pas d’accord sur l’étymologie de ce nom. Le savant évêque Daniel Huet, qui fut adjoint à Bossuet pour l’éducation du Dauphin, prétend que c’est une corruption de gogaille, gogue, goguette. La Monnoye, l’auteur de la célèbre chanson de M. de la Palisse, philologue érudit, le fait venir de Merlin Coccaio, qui, dans sa manière macaronée, décrit une contrée qui serait un paradis pour les gastrolâtres. Mais bien avant le moine Théophile Falengo, caché pendant la première moitié du XVIe siècle sous le pseudonyme de Merlin Coccaie, on trouve le mot cocagne dans les vieux fabliaux. Un d’eux, écrit au XIIIe siècle, a même pour titre : C’est li fabliou de Coquaigne. Il est fort curieux et débute ainsi :

Li païs a nom Coquaigne,
Qui plus y dort, plus y gaaigne ;
Cil qui dort jusqu’a miedi,
Gaaigne cinc sols et demi,
De bars, de saumons et d’aloses
Sont toutes les maisons encloses ;
Li chevrons y sont d’esturgeons,
Les couvertures de bacons (jambons)
Et les lates sont de saucisses…
Par les rues vont rostissant
Les crasses oes (les grasses oies) et tornant
Tout par elles (d’elles-mêmes) et tout ades
Les suit la blanche aillie (sauce à l’ail) après.

C’est ce qui a fait croire à Geruzez et à Littré après lui que cocagne venait de coquina (cuisine) ou de coquere (cuire) en passant par le catalan coca.
Voilà bien de l’érudition et c’est remonter à bien des sources quand l’étymologie se trouvait, c’est le cas de le dire, sous la main.
Cocagne vient de coquaigne, justement comme on le trouve écrit dans de fabliau du recueil de Méon, et coquaigne est un pain de pastel du Languedoc. Comme la vie y était facile, la terre fertile, les fruits en abondance et le climat charmant, on appelait ce pays, pays de Coquaigne, c’est-à-dire où les habitants mangeaient d’excellents petits gâteaux à très bon marché, buvaient de bon vin à peu de frais, enfin ne travaillaient guère.
Legrand, dans le Roi de Cocagne, a donné de ce merveilleux pays un tableau qui est loin de valoir celui du fabliau du XIIIe siècle :

Veut-on manger, les mets sont épars dans les plaines ;
Les vins les plus exquis coulent de nos fontaines ;
Les fruits naissent confits dans toutes les saisons ;
Les chevaux tout sellés entrent dans les maisons ;
Le pigeonneau farci, l’alouette rôtie,
Vous tombent ici-bas du ciel comme la pluie.

Terminons par cette fin de la satire de Boileau :

Paris est pour le riche un pays de Cocagne ;
Sans sortir de la ville, il trouve la campagne ;
Il peut, dans son jardin tout peuplé d’arbres verts,
Recéler le printemps au milieu des hivers ;
Et, foulant le parfum de ses plantes fleuries,
Aller entretenir ses douces rêveries,
Mais moi, grâce au destin, qui n’ai ni feu ni lieu,
Je me loge où je puis, et comme il plaît à Dieu.

Père des mouches

France, 1907 : Dieu ; argot faubourien.

Dans les temps anciens, le pauvre monde endurait la mistoufle sur terre, et il prenait patience, convaincu qu’un de ces quatre matins le Père des mouches, à califourchon sur les nues, s’amènerait pour chambarder la vieille société et établir le paradis de l’Apocalypse.
Et le populo coupait, se roulant les pouces, croupissant dans la misère et se dispensant d’agir !…
Un jour vint où cette bourde idiote de la révolution opérée, grâce à l’intervention divine, ne fut plus de saison : le populo trouvait enfin la couleuvre trop dure à avaler.
Jusque-là les ratichons et toute l’engeance qui se posait comme représentant Dieu sur la terre y avaient seuls trouvé leur bénef : ces salops avaient fait leurs choux gras de la bêtise humaine.
Hélas, le populo n’avait pas fini de croire !
Il ne sortait d’une erreur que pour piquer la tête dans une autre : désormais toute la puissance, toute la force, tous les espoirs qu’il avait accumulés sur cette vesse-de-loup baptisée « Dieu », il allait les reporter sur une abstraction terrestre, — une sorte de Dieu visible : l’État.
C’est l’État qui allait faire les miracles que le Père des mouches avait été impuissant à réaliser.

(Le père Peinard)

Perruquier de la sérieuse

France, 1907 : Le bourreau. Il procède à la dernière toilette.

— Ouvrez donc, bistro de malheur !… J’ai une soif carabinée, et tout est fermé dans ce sacré pays… C’est un désert depuis Clichy !… Ouvres-tu ? puisqu’il y a de la lumière, c’est que tu es encore là…
À présent le tenace consommateur tambourinait le volet avec les poings.
— Si je le laisse dehors, pensa l’assassin, il va ameuter les environs… des gendarmes faisant leur ronde peuvent passer, et ils s’informeront… et alors gare au perruquier de la sérieuse… Non ! je ne me laisserai pas comme ça rafraîchir les douilles…

(Edmond Lepelletier, Les Secrets de Paris)

Persil

d’Hautel, 1808 : Grêler sur le persil. Exercer son autorité, son pouvoir, son crédit, sa critique contre des gens foibles, ou sur des sujets de nulle importance.

Rigaud, 1881 : Exercice de la promenade au point de vue de la prostitution.

C’était la grande retape, le persil au clair soleil, le raccrochage des catins illustres.

(É. Zola, Nana)

Virmaître, 1894 : Faire le persil, aller au persil : raccrocher. On n’est pas fixé sur l’origine et la valeur de cette expression. Francisque Michel la fait venir de pesciller ; Delvau dit qu’elle a pour motif que les filles raccrochent dans les terrains vagues où pousse le persil ; le peuple, qui ne connaît ni l’un ni l’autre, applique cette expression aussi bien aux filles de la rue qu’à celles du boulevard, parce que la fille trotte dans la boue et qu’elle a les pieds sales ; or, depuis plus de cinquante ans, on dit d’une fille qui a les pieds malpropres :
— Elle a du persil dans les pieds ; de là : faire son persil (Argot des souteneurs).

Rossignol, 1901 : Une fille publique fait son persil, lorsqu’elle fait les cent pas dans la rue à la recherche de michets.

France, 1907 : Le monde des cocottes, le commerce de la prostitution. Ce mot a dû être importé à Paris par les filles du midi de la France, où persil signifie argent, à moins qu’il ne vienne du latin percilum, œillade.

C’est le grand jour du Cirque, jour du persil et du gratin ; le jour des demoiselles qui se respectent et qui sont seules, du reste, à remplir cette fonction, et des messieurs dont la boutonnière se fleurit d’un gardénia acheté un louis à la bouquetière du cercle.

(Paul Mahalin, Mesdames de Cœur-Volant)

Aller au persil, faire son persil, travailler dans de persil, autant d’expressions courantes pour signifier raccrocher les hommes ; aussi dénomme-t-on les raccrocheuses Mesdames du Persil. Une partie très fréquentée du bois de Boulogne est appelée le Persil depuis la transformation et l’embellissement du bois, sous le second empire, à cause du nombre de filles galantes qu’on y rencontre soit à pied, soit en voiture.

Yen a des tas, yen a d’partout :
De la Bourgogne et du Poitou,
De Nanterre et de Montretout,
Et d’la Gascogne ;
De Pantin, de Montmorency,
De là d’où, d’ailleurs et d’ici,
Et tout ça vient fair’ son persil
Au bois d’Boulogne.

(Aristide Bruant)

Petite Provence

France, 1907 : « Il y a, dans le jardin du Luxembourg, derrière l’ancienne Orangerie, aujourd’hui arrangée en Musée des artistes vivants, une allée large, bien sablée, sans arbres, et doucement baignée de soleil, dans les heures, trop rares, où il daigne sourire aux Parisiens. Le long du bâtiment, règne une série de bancs de pierre encastrés dans la muraille, exposés en plein midi, abrités du vent froid et tout de suite tiédis par le moindre rayon. On trouve des coins semblables dans la plupart des promenades publiques, et tous ont reçu, comme celui-ci, le nom de Petite Provence. Les nourrices et les bonnes d’enfants s’y donnent, naturellement, rendez-vous et l’on y rencontre aussi quelques vieilles gens qui viennent là distraire leur tristesse oisive et chauffer leurs rhumatismes. »

(François Coppée)

Pianeuse

France, 1907 : Tapoteuse de piano, la peste des maisons parisiennes et autres.

Aussi, je vous le dis sans fard, laissons les pauvres bas-bleus à leur marotte inoffensive et exterminons la pianeuse. La grande maladie de la femme, c’est la gamme. Tout son malheur vient de là, et tout son crime. Rendons le piano à la musique et les enfants à leurs mères.

(É. Bergerat)

Pique (dame de)

France, 1907 : Le jeu de cartes en général. On dit d’un joueur qu’il cultive la dame de pique. Jean Richepin a, sur les amateurs de la dame de pique, écrit ces beaux vers :

La dame de pique à l’œil faux de catin,
Je fus l’amant prodigue et tout ensemble avide,
Ô nuits de jeu, jusqu’à sept heures du matin !
On a la tête lourde, et qui pourtant se vide,
Les reins raidis, les os séchés ; du tapis vert
Le vert semble monter à votre peau livide,
Mais quel coup dans le cœur, chaque coups découvert !
Angoisse toujours neuve aux banques obstinées !
Être là, comme un Dieu, dont le geste entr’ouvert
Jette au noir du néant l’éclair des destinées !

 

La Dame de pique est sortie :
C’est le jeu, de crime et le vol,
Puis l’on vous échancre le col,
Et c’est la fin de la partie !
Tournez la Dame au jeu d’amour !
Tournez la Dame ! À qui le tour ?

(Maurice Boukay)

Pompier

Larchey, 1865 : Ouvrier tailleur travaillant à la journée.

Les pompiers réunis forment la pompe. Il y a la grande et la petite pompe : la grande, pour les habits et redingotes ; la petite, pour les pantalons et gilets.

(Roger de Beauvoir)

Delvau, 1866 : s. m. Ivrogne, — dans l’argot des faubouriens.

Delvau, 1866 : s. m. Mouchoir, — dans l’argot des voyous.

Delvau, 1866 : s. m. Ouvrier chargé de faire les poignards, — dans l’argot des tailleurs. Pompière. Ouvrière qui a la même spécialité pour les petites pièces.

Delvau, 1866 : s. m. Scie chantée à certaines fêtes de l’École polytechnique. Pompier d’honneur. Scie musicale, spécialement chantée le jour des élections du bureau de bienfaisance de l’École, au commencement du mois de mai.

Rigaud, 1881 : Élève qui se prépare au baccalauréat, — dans le jargon du collège. — Ainsi dénommé à cause de la masse des connaissances que ses examens le forcent d’absorber. (Albanès)

Rigaud, 1881 : Mélange de vermout et de cassis, boisson très appréciée des voyageurs de commerce.

Rigaud, 1881 : Mouchoir. — Pompier de service, mouchoir très sale.

Rigaud, 1881 : Ouvrier tailleur chargé de retoucher les vêtements.

Il y a la grande et la petite pompe : la grande pour les habits et redingotes, la petite pour les pantalons et les gilets.

(R. de Beauvoir, cité par L. Larchey)

Rigaud, 1881 : Tapage organisé et accompagné de chants, — dans l’argot de l’École. Piquer un pompier, se livrer à une bruyante manifestation. (L. Larchey)

Fustier, 1889 : Dans l’argot spécial des marchands de vin le pompier est une boisson apéritive composée de vermouth et de cassis.

Fustier, 1889 : Membre de l’Institut de France.

Des jeunes gens riaient en apercevant là-bas le profil de quelque professeur de l’Institut. Au feu ! au feu ! Voilà un pompier.

(J. Claretie, Le Million)

La Rue, 1894 : Mouchoir. Ivrogne. Bruyante manifestation.

France, 1907 : Ivrogne. Il pompe. Argot populaire.

France, 1907 : Mélange de vermouth et de cassis ; argot des mastroquets.

France, 1907 : Membre de l’Institut.

France, 1907 : Mouchoir de poche.

France, 1907 : Ouvrier tailleur employé aux réparations des vêtements mal confectionnés.

France, 1907 : Peintre de la vieille école académique, appelé ainsi à cause des casques dont sont coiffés les héros de la Grèce et de Rome ; argot des ateliers. Par extension, on appelle ainsi en littérature un auteur attaché aux vieux modèles, un classique.

Je me suis laissé appeler pompier. Pour peu que l’argot des ateliers et du boulevard vous soit familier, il ne vous échappera pas que c’est là un qualificatif accablant. Pompier, dans son énergique concision, signifie que j’aime comme une ganache, et que j’exprime avec un lyrisme de savetier certaines idées vieillottes, dont n’est pas dupe le dilettantisme tout à fait supérieur du penseur qui me traitait ainsi.

(George Duruy, Le Figaro)

On emploie aussi ce mot adjectivement.

Racine, un grand poète ! Ç’a l’air pompier, d’écrire cette vérité. Ce ne l’est pas. Rappelez-vous le jugement frivole et féminin par lequel Mme de Sévigné condamnait Racine à cultiver de peu vivaces caféiers, le mot railleur de La Bruyère : « Racine est un poète et Corneille est Corneille » ; et, sans aller si loin, songez à l’époque où Racine fut déclaré par les poètes romantiques : un « sale polisson ».

(Le Journal)

France, 1907 : Terme injurieux appliqué dans les régiments aux conscrits maladroits et d’un mauvaise tournure ; allusion non aux sapeurs-pompiers de Paris, corps d’élite, mais aux pompiers de Nanterre et autres localités de province où la tenue et la correction laissent à désirer et que la chanson et l’image ont caricaturés.

— Appuyez à droite, appuyez ! hurlait le sous-officier de semaine. Le sept, le huit, le neuf, le dix, le onze et le douze, en arrière ! Et toute la bande, là-bas, demandez-moi ce qu’ils fabriquent. Voulez-vous appuyer, tonnerre ! Encore ! Encore, donc !… Pompiers, va ! Là ! c’est bien ! Assez ! ne bougez plus.

(Georges Courteline)

Pompon (avoir son)

France, 1907 : Être gris. Synonyme d’être pompette.

Tout le monde avait bu comme un
Trou la laïtou, trou la laïtou !
On avait son petit pompon,
Et zon, zon, zon !

(Jules Jouy)

J’avais mon pompon
En r’venant d’Suresnes,
Et tout l’long d’la Seine
J’sentais qu’j’étais rond !

Potache

Delvau, 1866 : s. m. Camarade ridicule et bête comme un pot, — dans l’argot des lycéens. Voir dans un autre sens Potasseur. On dit aussi Pot-à-chien.

Rigaud, 1881 : Collégien.

La Rue, 1894 : Collégien. Camarade.

France, 1907 : Collégien, lycéen. Abréviation de pot à chien, nom du chapeau de soie porté dans les collèges avant l’adoption de la casquette, remplacée sous l’empire par le képi. D’autres donnent comme étymologie le verbe potasser, travailler, argot des écoles militaires.

Mais un potache n’est jamais qu’un potache, n’est-ce pas, c’est-à-dire un petit bougre très vicieux, et tout assoiffé de connaître précisément ce qu’on veut lui cacher.

(Jean Richepin)

Que ce soit sur le premier, le second, le dixième ou le dernier échelon de l’échelle sociale ; qu’il s’agisse des gavroches du ruisseau, des potaches de la bourgeoisie ou des précoces grelotteux du monde, l’enfant est maintenant un être détraqué avant l’âge, insolent, railleur, mal embouché, aimant à prendre le ton et l’attitude qui peuvent le mieux détruire tout ce qui devrait nous séduire et nous charmer en lui.

(Maxime Boucheron)

Lorsque devant moi se détache,
Le soir de rentrée au bahut,
La silhouette d’un potache,
Je lui décoche un grand salut
Avec sa mine déconfite
Sous son képi tout biscornu,
Il va subir, ce néophyte,
Le sort navrant d’un détenu.

(Jacques Rédelsperger)

Depuis la création des lycées de jeunes filles, le mot s’emploie au féminin.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique