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Bouisbouis

Larchey, 1865 : Marionnette. — Onomatopée imitant le cri de Polichinelle.
Bouisbouis : Petit théâtre, tripot. — Vient de Bouis : cloaque, maison de boue. V. d’Hautel.

Le bouisbouis est le café-concert qui a pour montre un espalier de femmes. Le théâtre qui en étale est un bouisbouis.

(1861, Dunay)

Espalier

Larchey, 1865 : Réunion de figurantes chargées d’animer un décor comme un espalier garnit un mur. — V. Bouisbouis.

Les petites filles qui se destinent à être danseuses et qui figurent dans les espaliers, les lointains, les vols, les apothéoses.

(Th. Gautier)

Delvau, 1866 : s. m. Figurante, — dans l’argot des coulisses.

Delvau, 1866 : s. m. Galérien, — dans l’ancien argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Figurant, figurante. Celui, celle qui, dans un théâtre, contribue à l’aspect général de la mise en scène. Les chanteuses de cafés-concerts, assises en fer-à-cheval au fond de la scène, s’appellent « espaliers. » — C’était autrefois : espalier d’opéra.

Elle était alors simple espalier d’opéra, c’est-à-dire chanteuse et danseuse de chœurs.

(La Gazette noire, 1789)

Par allusion aux arbres plantés en espalier.

France, 1907 : Figurant, dans l’argot des théâtres. Les jeunes personnes qui remplissent l’emploi de figurantes sont en effet rangées autour de la scène comme des espaliers.

Fort comme un Turc

France, 1907 : La force extraordinaire des matelots et des portefaix de Constantinople a de tous temps frappé les voyageurs.
« Les Turcs, écrit Blaise de Montluc (Commentaires, liv. I) à propos de l’assaut qu’unis aux Provenceaux ils donnèrent en 1543 à Venise, les Turcs méprisaient fort nos gens : aussi crois-je qu’ils nous battraient à forces pareilles ; ils sont plus robustes, obéissants et patients que nous, mais je ne crois pas qu’ils soient plus vaillants ; ils ont un advantage, c’est qu’ils ne songent qu’à la guerre. » Quelques écrivains ont attribué au croisement des races, aux alliances des Turcs avec les Géorgiennes et les Circassiennes cette vigueur qui les a toujours caractérisés.
Au XVIe siècle, pour fournir le service des galères, le nombre de forçats n’étant pas toujours suffisant, il fallait à tout prix des rameurs ; et à Gênes, à Venise, à Naples, en Sicile, on recrutait la chiourme sur les côtes du Grand Seigneur, s’emparant de tout ce qui tombait sous la main, Turcs ou Grecs, que l’on mettait aussitôt à la chaîne. Mais les Turcs étaient plus recherchés que les Grecs à cause de leur force et de leur résistance à supporter les horribles fatigues des bancs de galères.
En 1570, dit l’amiral Jurien de la Gravière, le sénateur Zane général de la flotte vénitienne, ne remplaça pas autrement les rameurs qu’il avait perdus. Il détacha, pendant qu’il hivernait dans les ports de Candie, le provéditeur Marco Quirini avec une division de choix vers les îles de l’Archipel. Marco Quirini s’acquitta de sa mission avec une activité et un zèle qui lui méritèrent les éloges du Sénat : il est vrai que les Grecs des Cyclades se souviennent encore de son passage.
Nos rois furent plus honnêtes que les doges et les amiraux de Venise : ils ne volèrent pas les esclaves, ils les achetèrent. Un Turc se payait au XVIIe siècle de 400 à 450 livres, argent comptant. « Ces esclaves disait-on alors, sont extrêmement vigoureux, très endurcis à la fatigue, fort grands, infiniment plus propres pour cette raison que les forçats à servir d’espaliers et de vogue-avant. » C’est très probablement des galères de Louis XIV que nous est venue l’expression : fort comme un Turc. Les Anglais disent dans le même sens : fort comme un Tartare.

Loir

d’Hautel, 1808 : Dormir comme un loir. Dormir profondément.

Delvau, 1866 : s. m. Homme paresseux, dormeur, ami de ses aises. — dans l’argot du peuple, qui sait que cette sorte de gens, comme le mus nitela, mange les meilleurs fruits des espaliers et de la vie : d’où le vieux verbe loirer, pour dérober, voler.

France, 1907 : Dormeur, fainéant.

France, 1907 : Prison.

Rameneuse

Delvau, 1866 : s. f. Petite dame dont la spécialité est de faire espalier à la porte des cafés du boulevard, vers l’heure de la fermeture, afin d’y nouer connaissance avec quelque galant homme.

Rigaud, 1881 : Fille, femme ou veuve qui n’aime pas rentrer seule chez elle, le soir, pour une cause quelconque.

Virmaître, 1894 : Fille publique qui ramène les hommes qu’elle raccroche à son garni.
— J’ai une chouette gosse, hier elle a ramené dix fois (Argot des souteneurs).

France, 1907 : Prostituée qui racole sur la voie publique, qui ramène les clients chez elle.

Soupeuse

Delvau, 1866 : s. f. Femme galante qui a pour spécialité de lever les hommes au souper, — c’est-à-dire de faire espalier avec d’autres à la porte des cafés du boulevard, vers les onze heures du soir, afin d’être priée à souper par les gens qui n’aiment pas à rentrer seuls chez eux. La soupeuse aune prime par chaque tête de bétail qu’elle amène au restaurant.

France, 1907 : Demi-mondaine qui fréquente la gomme et soupe avec les viveurs.

Il est rare que la soupeuse soit en carte. Il faut pour cela qu’un accident lui soit arrivé, qu’elle ait été prise dans une rafle, par hasard, au sortir d’une orgie de chez Baratte ou de chez Bordier. Rentrée chez elle à huit ou neuf heures du matin, elle se lève pour dîner à six heures, et ne sort qu’à dix pour aller directement dans un café connu d’elle où elle pourra attendre le moment du labeur quotidien.

(Le Matin)

Tortillante

Rigaud, 1881 : Vigne, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Vigne.

Virmaître, 1894 : Le cep de vigne qui pousse en espalier devant les maisons dans les campagnes. Allusion au bois qui se tortille de mille façons. Claude Tillier a écrit dans un de ses pamphlets :
— Nos pères étaient faits de ce bois noueux et tortillé dont on fait les forts (Argot du peuple).

France, 1907 : Vigne ; argot des voleurs, qui disent aussi bois tortu.

Urge

Delvau, 1866 : s. m. Mot de l’argot des petites dames, qui s’en servent entre elles pour coter un homme devant lui-même sans qu’il s’en doute.
Ainsi un gandin passe d’un air dégagé sur le boulevard, lorgnant les femmes qui font espalier à la porte des cafés. Trois urges ! diront celles-ci en l’apercevant. Trois urges, c’est-à-dire ; « Ce monsieur n’est pas généreux, il gante dans les numéros bas. » Si, au contraire, elles disent : Six urges ! ou huit urges ! ou dix urges ! oh ! alors, c’est un banquier mexicain qui passe là, elles le savent, il leur en a donné des preuves la veille ou l’avant-veille. L’échelle n’a que dix échelons : le premier urge s’emploie à propos des pignoufs ; le dixième urge seulement à propos des grands seigneurs.

Virmaître, 1894 : Expression de convention entre les filles qui fréquentent les restaurants de nuit et certains bals publics pour coter un homme. Un homme qui ne donne que trois urges est un miché de carton, celui qui donne six urges est pour le moins un prince russe (Argot des filles).

France, 1907 : Expression par laquelle les filles cotent la valeur monétaire d’un homme.

Ainsi un gandin passe d’un air dégagé sur le boulevard, lorgnant les femmes qui font espalier à la porte des cafés. Trois urges ! diront celles-ci en l’apercevant. Trois urges, c’est-à-dire : « Ce Monsieur n’est pas généreux, il gante dans les numéros bas. » Si, au contraire, elles disent six urges ! ou huit urges ! ou dix urges, Oh !, alors c’est un banquier mexicain… elles le savent, il leur en a donné des preuves la veille ou l’avant-veille. L’échelle n’a que dix échelons : le premier urge s’emploie à propos des pignoufs ; le dixième urge à propos des grands seigneurs.

(Alfred Delvau)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique