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Auteur beurrier

Delvau, 1866 : s. m. Écrivain dont les productions ne se vendent pas en livres, aux lecteurs, mais à la livre, à la fruitière ou à l’épicier, qui en enveloppent leurs produits.

France, 1907 : Auteur malheureux dont les livres ne servent que chez l’épicier ou le marchand de beurre.

Bidonnier

Rossignol, 1901 : Truc importé à Paris par des Lyonnais, qui est maintenant blanchi (connu) ; il n’y en a plus que deux pu trois qui se livrent à ce commerce. Le bidonnier achète trois coupons de 1,10 m de mauvais drap de couleur différente ne valant pas plus de 2 fr. 50 le mètre. Il plie les trois coupons de façon à les intercaler les uns dans les autres, il en parait six du côté apparent ; le derrière est enveloppe dans sa grande blouse bleue, cela constitue le bidon. Il offre sa marchandise pour le prix de 25 francs aux consommateurs à la porte des débits. On le plaisante sur lé prix, c’est ce qu’il cherche, et tout en ayant l’air de se fâcher il répond :

Pourquoi marchander ? vous n’avez pas le sou, je parie que si je vous laisse le paquet pour 12 francs, vous ne le prendrez pas.

Le consommateur se pique d’amour-propre, le marché est conclu, il paye, la marchandise lui est ensuite livrée, c’est alors qu’il s’aperçoit ne pas avoir acheté six coupons, mais trois qui ne valent pas le prix de la façon de trois pantalons ; il est volé, mais il n’y a pas escroquerie, le bidonnier lui a parlé du paquet et non du nombre des coupons.

Hayard, 1907 : Qui vend du bidon.

Bonne (prendre à la)

Larchey, 1865 : Prendre en bonne amitié. — Être à la bonne : Être aimé.

Je ne rembroque que tézigue, et si tu ne me prends à la bonne, tu m’allumeras bientôt caner.

(Vidocq)

Bonne : Bonne histoire.

Ah ! par exemple, en v’là une bonne.

(Cormon)

Bonne-grâce : Toile dans laquelle les tailleurs enveloppent les habits.

Le concierge de l’hôtel dépose qu’il a vu Crozard traverser la cour avec une bonne grâce sous son bras.

(La Correctionnelle)

Bonne grâce

Rigaud, 1881 : Toilette en lustrine à l’usage des tailleurs.

France, 1907 : Toile noire dans laquelle les tailleurs ou les couturières enveloppent les habits qu’ils portent à domicile.

Caricature (faire la)

Rigaud, 1881 : À l’école (des Beaux-Arts), une fois par semaine, les élèves s’assemblent, un d’eux sert de modèle, son camarade le pose et l’enveloppe ensuite d’une pièce d’étoffe blanche, le drapant le mieux qu’il peut ; et c’est ce qu’on appelle « faire la caricature ». (Didier, 1821, Œuvres complètes, cité par Littré.)

Casquer

Vidocq, 1837 : v. a. — Donner aveuglément dans tous les pièges.

Halbert, 1849 : Croire un mensonge.

Delvau, 1864 : Donner de l’argent à use femme galante quand on est miche, à un maquereau quand on est femme galante. Casquer, c’est tendre son casque ; tendre son casque, c’est tendre la main : la fille d’amour tend la main, et l’homme qui bande y met le salaire exigé pour avoir le droit d’y mettre sa queue.

En ai-je t’y reçu de l’argent des menesses !… Oui, elles ont casqué, et dru !…

(Lemercier de Neuville)

Larchey, 1865 : Donner dans un piège. — Mot à mot : tomber tête baissée dans un casque, c’est à dire dans une enveloppe assez épaisse pour ne rien apercevoir. — De là aussi casquer dans le sens de : donner de l’argent sans voir qu’il est escroqué. V. Cavé.

Delvau, 1866 : v. n. Payer, — dans l’argot des filles et des voleurs, qui, comme Bélisaire, vous tendent leur casque, avec prière — armée — de déposer votre offrande dedans.
Signifie aussi : donner aveuglément dans un piège, — de l’italien cascare, tomber, dit M. Francisque Michel.
Ce verbe a enfin une troisième signification, qui participe plus de la seconde que de la première, — celle qui est contenue dans cette phrase fréquemment employée par le peuple : J’ai casqué pour le roublard (je l’ai pris pour un malin).

Rigaud, 1881 : Donner de l’argent de mauvaise grâce. — Allusion au casque de Bélisaire dans lequel les âmes sensibles de l’époque déposaient leurs aumônes. — Celui à qui l’on tire une carotte « casque ».

C’est pas tout ça ! Casques-tu, oui ou non ?

(Vast-Ricouard, Le Tripot)

Boutmy, 1883 : v. intr. Payer plus souvent qu’à son tour : faire casquer un plâtre. Par extension, taquiner.

Merlin, 1888 : Abouler, payer pour les autres.

La Rue, 1894 : Payer. Donner dans un piège. Ne pas casquer, refuser.

Virmaître, 1894 : Payer (Argot des filles). V. Billancher.

Rossignol, 1901 : Payer, croire.

C’est une banne pâte, nous allons le faire casquer d’une tournée. — Il casque ; il croit ce que je lui ai dit.

Hayard, 1907 : Payer.

France, 1907 : Payer ; argot populaire.

Un député, occupant, par suite de circonstances spéciales, une très haute position et disposant, de par sa parenté, d’influences considérables, aurait dit ou fait dire à un aspirant au ruban rouge :
— Si vous voulez la décoration, intéressez-vous dans mes affaires pour une somme de…
L’homme aurait casqué, et… aurait été décoré.

(Le Mot d’Ordre)

— Les femmes, vous le savez, je les estime à leur juste valeur et faut vraiment être un vrai pante pour casquer avec elles… Vous savez aussi si je les aime, les pantes… Pourtant il y a des cas où un homme d’honneur est obligé de faire comme eux…

(Oscar Méténier)

Tranquilles, jouissons,
Mangeons, buvons, pissons,
Vivons sans masque,
Jusqu’à satiété,
Car qui, qui Casque ?
C’est la société !

(Jules Jouy)

Mort aux vaches ! Mort aux fripons !
Ceux qui chassent la bête humaine,
Faut-il donc que l’on se démène
Pour aller coucher sous les ponts !
L’œil au guet et l’oreille ouverte,
On se fout un peu des roussins,
On peut se faire des coussins
Avec des paquets d’herbe verte.
On dort mieux sous le bleu du ciel
Quand les megs ont l’âme romaine :
Pas casquer c’est l’essentiel,
La rue apparait large ouverte,
On rigole loin des roussins
Et les mômes ont des coussins
Pour leur tête sur l’herbe verte.

(Edmond Bourgeois)

anon., 1907 : Payer.

Catin

d’Hautel, 1808 : Une franche Catin. Femme impudique et dévergondée.

Delvau, 1866 : s. m. Un nom charmant devenu une injure, dans l’argot du peuple, qui a bien le droit de s’en servir après Voltaire, Diderot, et Mme de Sévigné elle-même.

Virmaître, 1894 : Fille publique. Catin : petite poupée. Catin : nom d’amitié donné à une maîtresse. (Argot du peuple).

C’est aujourd’hui la St-Crépin
Les savetiers se frisent
Mon cousin ira voir catin.

France, 1907 : Fille de mœurs légères. Ce nom n’a été que récemment employé en mauvaise part. C’est le diminutif de Catherine, du grec kataros, sans tache.

— Pourquoi nommer Cali votre charmante fille ?

(Almanach des Muses)

Vivandière du régiment,
C’est Catin qu’on me nomme :
Je vends, je donne et bois gaiment
Mon vin et mon rogomme.
J’ai le pied leste et l’œil mutin,
Tintin, tintin, tintin, r’tin tintin ;
J’ai le pied leste et l’œil mutin :
Soldats, voilà Catin !

(Béranger)

Ce n’était pourtant que de vulgaires filles, des catins du monde chic, du monde qui ne marchande pas ; il est vrai que l’argent leur coûte si peu ; pourtant la viande était la même que dans les plus borgnes des bals de barrières ; c’est l’histoire des poupées de carton : au bazar de la rue Mouffetard, elles valent cinq sous ; chez Giroux, elles valent cent francs ; c’est une question d’enveloppe.

(Ch. Virmaître, Paris oublié)

Cassagnac, on ne sait comment
Arrive juste à ce moment
Toujours sévère,
Et Gambetta, plus libertin,
Fixe ardemment sur la catin
Son œil de verre.

(Chanson du Père Lunette)

Il existe certainement des couples qui se plaisent et se chérissent, mais combien rares sont-ils ? Dans la haute société, l’homme va de son côté et la femme du sien : lui a des maîtresses, elle des amants, et sans les toilettes dont elles sont parées, elles seraient pareilles à de vulgaires catins, quoique celles-ci n’aient pas l’excuse du bien-être qu’ont les autres. Et cela sous le plus parfait cachet aristocratique, sous la plus pure étiquette mondaine.

(Pierre Kropotkine)

Dans certaines campagnes, les petites filles appellent catin leur poupée.

Catir (se)

France, 1907 : Se vêtir ; s’envelopper.

En sa mignonne poitrine de vierge, son cœur dormait comme une rose de Noël sous la neige. Sa seule joie était de savourer au printemps le réveil de la forêt, de se plonger dans la fraicheur des cépées reverdies, de se griser de l’odeur des muguets et de s’épanouir au grand soleil. Durant l’hiver, ou les jours pluvieux, elle se catissait dans vue limousine, tête basse, et se recroquevillait frileusement près des fourneaux à charbon. La lumière la dégourdissait et elle allait joyeusement vers le soleil levant, comme on va à la fête.

(André Theuriet)

Chaussettes polonaises

Delvau, 1866 : s. f. pl. Morceaux de papier dont les soldats s’enveloppent les pieds.

Chaussettes polonaises ou russes

France, 1907 : Bandes de linge dont les pauvres diables et les soldats, faute de chaussettes, s’enveloppent les pieds.

Ils dormaient, les sans logis, à plat sur le sol, la tête, en guise d’oreiller, un peu haussée par leurs souliers. Leurs pieds blessés, leurs pieds d’errants, s’enveloppaient comme dans un bandage avec les croisés de la chaussette polonaise.

(Hugues Le Roux, Les Larrons)

Il colla, d’une goutte de suif, une chandelle au bout de sa patience dont il introduisit l’autre extrémité sous la pile des vêtements que contenait sa charge, et ayant enlevé ses bottes à la lueur de ce chandelier improvisé, il commença, assis de côté sur son lit, a déligoter ses chaussettes russes.

(Georges Courteline, Le 51e chasseurs)

Chaussettes russes

Merlin, 1888 : À défaut de chaussettes dont le gouvernement n’a jamais songé à les munir, les troubades s’enveloppent tant bien que mal les pieds de morceaux d’étoffes qu’ils découpent principalement dans leurs vieilles culottes. Ces chiffons prennent le nom pompeux de chaussettes russes ou polonaises : serait-ce une invention des Cosaques, ou simplement un nom donné en raison du…. suif dont elles sont imprégnées et qui, affirmait-on jadis, était un régal pour les soldats moscovites ?

Virmaître, 1894 : Être nu-pieds dans ses souliers (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Chiffons dont on s’entortille les pieds en guise de chaussettes. Ce n’est qu’à la rentrée de Crimée en 1851, que j’ai entendu pour la première fois dénommer ces chiffons, dont on faisait à cette époque grand usage dans l’armée, des. chaussettes russes.

Cocodès

Larchey, 1865 : Jeune dandy ridicule. — Diminutif de coco pris en mauvaise part.

Ohé ! ce cocodès a-t-il l’air daim !

(L. de Neuville)

Une physiologie des Cocodès a paru en 1864.

Delvau, 1866 : s. m. Imbécile riche qui emploie ses loisirs à se ruiner pour des drôlesses qui se moquent de lui.
On pourrait croire ce mot de la même date que cocotte : il n’en est rien, — car voilà une vingtaine d’années que l’acteur Osmont la mis en circulation.

France, 1907 : Dandy ridicule qui dépense sottement la fortune que son père ou ses ancêtres lui ont laissée, ce qui rétablit l’équilibre social, en quoi le cocodès a du bon. Ce fut un acteur du nom d’Osmard qui inventa ce mot et le mit en circulation. Il le tira, sans doute, de coco, homme sans consistance, digne de mépris, dans l’argot bourgeois. Cocodès a pour féminin et digne compagne : cocodette. Ses synonymes sont nombreux : petit crevé, gommeux, poisseux, gâteux, boudiné, grelotteux, etc. ; ils peuvent être confondus sous la désignation générale de crétins.

… Les corodès et les petits crevés de l’époque, successeurs des daims, des lions et des gants jaunes qui représentaient alors la classe des élégants, n’étaient que d’affreux bonshommes étiolés, flétris, barbouillés de fard, parfumés, grasseyant et ridicules, dont le costume, pour épatant qu’il fût aux yeux de ces fantoches, n’en était pas moins laid, burlesque et contraire à tout sentiment de correction.

(Octave Uzanne, La Femme et la Mode)

Le cocodès apparut sur l’asphalte parisien vers 1863. Il portait un faux col droit très haut, englobant parfois le menton. Il semblait être né avec un carreau dans l’œil.
Le petit crevé date de 1869. Son nom qui semblerait si bien provenir de l’état d’épuisement où l’ont mis les excès, paraît cependant venir de la mode de la chemise à petits crevés que portait habituellement un élégant de cette époque. Il portait la raie au milieu et deux petites coques plaquées au cosmétique sur le front.
Le gommeux. On prétend que c’est l’ancien petit crevé, qui obséda tellement ses amis du récit de ses campagnes que ceux-ci le comparèrent à la gomme qui colle et dont on ne peut se dépêtrer. C’est à ce sentiment des désagréments de la gomme et de tout ce qui est gluant qu’on doit une variété de l’espèce des gommeux appelée :
Le poisseux. Il a vécu ce que vivent les roses. Puis, comme, en souvenir de la guerre, il avait conservé la capote militaire, qui sur son dos civil paraissait un vêtement d’hôpital lui donnant l’air infirme et maladif, il devint :
Le gâteux, et son manteau, qui descendait jusqu’à la cheville, fut appelé gâteuse, Le pantalon s’élargissait par le bas et tombait de telle sorte sur la chaussure qu’il donnait au pied toute la grâce du pied de l’éléphant. Cet animal avait par sa coiffure une supériorité incontestable sur le gâteux, dont les chapeaux minuscules atteignaient le comble du ridicule sur un corps grossi démesurément par les vêtements. Tout à coup la chrysalide sort de son cocon gâteux, et apparait :
Le boudiné, emprisonné dans des vêtements trop étroits, trop courts et atteignant les dernières limites du collant. Vrai boudin ambulant, menaçant sans cesse de faire craquer son enveloppe. Une variété de boudin, peut-être de seconde qualité, reçoit un nom particulier :
Le petit gras, auquel succéda le vibrion, qui s’effaça à son tour devant :
Le grelotteux. Cet être grelottait sous la bise, grâce aux vêtements étriqués du boudiné.

(Courrier de Vaugelas)

Cosaque

Larchey, 1865 : Brutal, sauvage, maladroit.

Rigaud, 1881 : Poêle à chauffer. En souvenir des bonnets à poils des Cosaques.

France, 1907 : Bonbon enveloppé de papier de métal.

France, 1907 : Homme brutal et mal élevé. Manger en cosaque, manger gloutonnement et malproprement. Un appétit de cosaque, un estomac de cosaque.

Coup de foudre

France, 1907 : Amour à première vue qui frappe soudainement le cœur et explique le dard dont la mythologie armait Cupidon. Les très jeunes gens sont spécialement sujets aux coups de foudre. L’on peut être foudroyé ainsi nombre de fois sans en mourir, ni même sans en être malade.

— À un bal de la sous-préfecture, je rencontrai le capitaine de Langallery… Croyez-vous aux coups de foudre, mon cher abbé ? Vous me direz que cela ne vous regarde pas : mais je vois bien qu’au fond vous n’y croyez point. Eh bien, vous avez tort. J’ai reçu le coup de foudre, moi. Au retour de ce bal où je n’avais dansé qu’une seule fois avec M. de Langallery, j’ai emmené maman dans ma chambre, je me suis jetée dans ses bras et je lui ai dit :
— Ma petite maman chérie, il faut que j’épouse M. de Langallery !
Tête de mère ! Elle me crut folle :
— M. de Langallery ? Qu’est-ce que c’est que M. de Langallerry ?
— Comment, tu ne l’as pas vu ? Le capitaine ?… celui qui a une moustache brune et des yeux noirs, avec de si jolis sourcils ?
Elle ne savait pas ! Elle n’avait rien remarqué, ni les jolis sourcils, ni la moustache brune, ni les yeux noirs ! Elle n’avait pas distingué ce capitaine des autres capitaines. Elle n’avait pas reçu le coup de foudre, elle. Il y a une grâce d’état pour les personnes âgées.

(Marcel Prévost)

— Parlez-moi de l’étincelle, du coupe foudre ! C’est toujours l’inconnu, enveloppé de tout son charme mystérieux, cet idéal, entrevu dans un rêve et qui nous apparait un jour, sous la forme animée et rayonnante d’un brillant cavalier, bien réel, bien vivant et ne demandant qu’à faire notre bonheur.

(Fernand Béroland)

Délivre

France, 1907 : Synonyme vulgaire d’arrière-faix ; le placenta et les enveloppes du fœtus.

(Dr Michel Villemaret, Dictionnaire scientifique de l’amour)

Égosse

France, 1907 : Enveloppe de l’oreiller et du plumon.

Emballuchonner

Halbert, 1849 : Envelopper, mettre en paquet.

Emmitonner

d’Hautel, 1808 : S’envelopper ; se cacher ; se serrer, se couvrir les mains.

France, 1907 : Endormir quelqu’un par des promesses.

Emmitouffler

d’Hautel, 1808 : Jamais chat emmitoufflé ne prit souris. Signifie que pour faire une chose qui demande quelque liberté d’action, il faut avoir les bras et les mains entièrement libres ; ce proverbe est le même que, chat ganté n’a jamais pris de souris.
Il avoit la tête toute emmitoufflée.
Pour dire entièrement enveloppée.
Le peuple dit emmistouffler.

Encensoir

d’Hautel, 1808 : Casser le nez à quelqu’un à coups d’encensoir. Lui donner des louanges outrées, lorsqu’intérieurement on pense le contraire.

Halbert, 1849 : Fressure.

Delvau, 1866 : s. m. Fressure d’animal, — dans l’argot des voleurs, qui ont probablement voulu faire allusion au plexus de graisse qui enveloppe cette partie. Ils l’appelaient autrefois Pire.

France, 1907 : Fressure ; argot des voleurs.

Enfagoter (s’)

d’Hautel, 1808 : Au propre se vêtir ridiculement. Au figuré s’envelopper ; s’éprendre de belle passion pour quelqu’un ou quelque chose.

Envelopper

Delvau, 1866 : v. a. Arrêter les contours d’un dessin, d’une peinture, — dans l’argot des artistes.

France, 1907 : Arrêter les contours d’un dessin ; argot des artistes.

Être né coiffé

France, 1907 : Avoir de la chance, être né sous une bonne étoile. Se dit de quelqu’un à qui tout réussit sans efforts. Les Grecs et les Romains considéraient comme l’augure d’une vie heureuse quand un enfant conservait sur la tête en naissant une portion de l’enveloppe fœtale. Cette superstition comme bien d’autres est venue jusqu’à nous.

Ce n’est pas que frère René
D’aucun mérite soit orné,
Qu’il soit savant, qu’il scache écrire,
Ni qu’il dise le mot pour rire ;
Mais c’est seulement qu’il est né
Coiffé.

(Claude de Malleville)

Flac

M.D., 1844 : Boni quelconque.

un détenu, 1846 : Argent.

Delvau, 1866 : s. m. Sac, — dans l’argot des voleurs, qui ont voulu rendre la flaccidité de cette enveloppe. Flac d’al. Sacoche à argent. Ils disent aussi Flacul.

France, 1907 : Sac.

Vivent le flac,
Le pognon, le fricot, le pèse,
Le plâtre, les pélots, la braise,
Millets en sac !
Vive le flac !
C’est su’ terr’ la seul’ marchandise
Pour qui que l’cœur du vrai barbize
Bat son tic tac,
Vive le flac !
Qu’i’vienn’ d’un gibier qui trimarde
Ou ben encor d’un mômignarde
Qui marne en clac.

(Blédort, Ronde du flac)

Flou

Larchey, 1865 : Douceur, légèreté (fluidus). — C’est un mot de langue romane. V. Roquefort.

Tu as dans le style on ne saurait dire quel moelleux, quelle grâce, quel flou.

(L. Reybaud)

Pris quelquefois adjectivement.

Delvau, 1866 : s. m. Variété de morbidesse, de douceur de touche, de coloris vaporeux, — dans l’argot des artistes. J’aurais volontiers été tenté de croire ce mot moderne et qu’il n’était qu’une onomatopée de l’œil et de l’oreille, si je n’avais pas lu dans François Villon :

Item je donne à Jean Lelou.
Homme de bien et bon marchant,
Pour ce qu’il est linget et flou,
Un beau petit chiennet couchant.

Flou, c’est flo, et flo, c’est faible.
Faire flou.
Dessiner ou peindre sans arrêter suffisamment les contours, en laissant flotter autour des objets une sorte de brume agréable. Se dit aussi à propos de la sculpture ; car Puget ne craignait pas de faire flou.

La Rue, 1894 : Rien. Faire le flou, ne rien trouver.

France, 1907 : Mou, moelleux, vaporeux ; du latin fluidus, l’u se prononçant en latin ou. Vieux mot qu’on trouve dans le testament de François Villon :

Item je donne à Jean Lelou,
Homme de bien et bon marchant,
Pour ce qu’il est linget et flou,
Un beau petit chiennet couchant.

Faire flou, dans l’argot des peintres et des sculpteurs, c’est faire mollement, avoir des contours flottants ou indécis.

— Cette jambe me revient assez, je n’en ai guère connu que deux d’aussi parfaites ; mais comme c’est flou dans l’ensemble ! Elle doit bien être un peu farceuse, la chaste épouse qui vous a posé ça ?

(Clovis Hugues)

Un peintre, si réaliste qu’il soit et quand même il ne serait pas plus ému devant un visage que devant une carotte, à toujours cependant sa façon particulière, spéciale, personnelle, de voir et de sentir la nature. Sans parler des couleurs, qui, à coup sûr, sont différentes pour les yeux de chacun de nous, la forme, non plus, n’est jamais identiquement la même pour tous. Celui-ci voit sec et dur ; celui-là, « flou » et enveloppé. Ajoutons que la part est grande, chez tous les artistes, de la manière, du parti pris, du procédé, de l’habitude, — et chez quelques-uns, chez les plus grands, chez les meilleurs, — de l’idéal. On pourrait presque dire qu’un artiste, quels que soient sa conscience et son amour de la vérité, ne fait jamais que le portrait de son rêve.

(François Coppée)

France, 1907 : Rien. Faire le flou, chercher vainement.

Forage (vol au)

Rigaud, 1881 : Vol qui consiste à enlever une certaine quantité d’or aux bijoux et à la remplacer par du plomb ou du cuivre, en laissant intactes l’enveloppe et les marques du poinçon. — Ce genre de vol est particulier aux chineurs qui lui ont donné le nom de vol à la graisse.

France, 1907 : Il consiste à pratiquer un trou dans le volet d’une boutique et au moyen d’un crochet à enlever l’objet convoité.

Grinchir

Ansiaume, 1821 : Voler.

Il ne veut grinchir que dans les entonnes, pour moi niberg.

Bras-de-Fer, 1829 : Voler, prendre.

Vidocq, 1837 : v. a. — Voler. J’ai réuni dans cet article quelques détails sur divers genres de vols. Quelques-uns se commettent encore tous les jours ; d’autres n’ont été commis que par ceux qui les ont inventés.
Grinchir au boulon. Le Grinchissage au Boulon a été inventé, dit-on, par un individu dont les antécedens sont bien connus, et qui a pour la pêche une passion pour le moins aussi grande que celle de certain député juste-milieu. Au reste, si l’individu dont je parle n’est pas l’inventeur du Grinchissage au Boulon, il a du moins excellé dans sa pratique, comme il excella par la suite dans la pratique des vols à la Tire et au Bonjour.
Pour Grinchir au Boulon, il ne s’agit que de passer par l’un des trous pratiqués dans la devanture des boutiques, pour donner passage aux boulons qui servent à les fermer, un fil de fer ou de laiton, terminé par un crochet qui sert à saisir l’extrémité d’une pièce de dentelle qu’on amène ainsi à l’extérieur avec une grande facilité.
Il ne s’agirait, pour se mettre à l’abri de ce genre de vol, que de boucher à l’intérieur l’entrée des boulons par de petites plaques de fer.
Grinchir à la cire. Un ou plusieurs individus se rendent chez un restaurateur, déjeunent ou dînent, et s’emparent d’une ou de plusieurs pièces d’argenterie qu’ils collent sous la table au moyen d’un emplâtre de cire ou de poix. Si le maître de l’établissement s’aperçoit du vol qui vient d’être commis à son préjudice, les coupables n’ont rien à craindre, quand bien même ils seraient fouillés. Il est inutile de dire qu’un compère vient quelques instans après leur départ, enlever les pièces d’argenterie.
Le Grinchissage à la Cire fut inventé, il y a vingt années environ, par une jeune et jolie personne, qui le pratiquait de concert avec sa mère, qui était chargée de venir prendre l’argenterie. Ces deux femmes exercèrent paisiblement pendant deux ans ; mais enfin elles subirent le sort de tous les voleurs : elles furent arrêtées et condamnées. Elles confessèrent, durant l’instruction de leur procès, deux cent trente-six vols de cette nature.
Grinchir à la limonade. Un individu dont la tournure est celle d’un domestique, se présente chez un limonadier, auquel il commande dix, douze, ou même quinze demi-tasses pour Monsieur un tel, qui demeure toujours dans la même rue que le limonadier auquel il s’adresse, mais à l’extrémité opposée. Cela fait, il prend les devans et va se poster sur la porte de livraison dont il a indiqué le numéro, et, lorsqu’il voit venir le garçon, il va au-devant de lui, prend la corbeille qu’il porte, et le prie d’aller chercher de l’eau-de-vie qu’il a oublié de commander. Le garçon, sans défiance, abandonne sa corbeille, et s’empresse d’aller chercher ce qu’on lui demande. Ce n’est que lorsqu’il arrive avec le flacon d’eau-de-vie qu’il apprend, du portier de la maison indiquée, qu’il vient d’être la victime d’un audacieux voleur.
Les traiteurs qui envoient de l’argenterie en ville sont aussi très-souvent victimes des Grinchisseurs à la Limonade. Il ne faudrait cependant, pour éviter leurs pièges, que monter toujours dans les lieux indiqués les objets demandés, et de prendre, auprès du concierge de la maison, des renseignemens minutieux.
Cette dernière précaution surtout ne devrait jamais être négligée. Souvent des intrigans louent un appartement, le font garnir de meubles appartenant à un tapissier. Ils se font ensuite apporter une ou deux fois à dîner par le restaurateur voisin, puis enfin une troisième. Mais alors le nombre des convives est plus considérable, et, pour ne point donner naissance aux soupçons, celui des Grinchisseurs qui joue le rôle de l’Amphytrion a soin de demander un garçon pour aider son domestique à servir les convives. Le dîner fini, le domestique, qui est une des principales chevilles du complot, prépare l’argenterie et disparaît avec elle au moment convenu. Pendant ce temps les maîtres passent au salon pour prendre le café, et y amusent le garçon jusqu’à ce qu’ils aient, les uns après les autres, trouvé le moyen de s’évader.
Grinchir à la desserte. Le Grinchissage à la Desserte n’est guère pratiqué qu’à Paris. Un individu, vêtu d’un costume de cuisinier, le casque à mèche en tête et le tranche-lard au côté, qui connaît parfaitement la situation de la cuisine et celle de la salle à manger de la maison dans laquelle il veut voler, s’y introduit à l’heure du dîner, et s’il peut arriver dans la salle à manger avant d’avoir été remarqué, il enlève avec dextérité toute l’argenterie que les domestiques ont laissée en évidence, et trouve le moyen de disparaître sans laisser d’autres traces de son passage que le vol qu’il a commis.
Qu’on se figure, s’il est possible, la surprise extrême du maître de logis ; il veut servir le potage et ne trouve point la cuillère, c’est un oubli de la servante ; il la sonne, elle vient, et après bien des pourparlers on trouve le mot de l’énigme.
Ces vols étaient jadis beaucoup plus fréquens qu’aujourd’hui, par la raison toute simple que les plus fameux Grinchisseurs à la Desserte se sont retirés des affaires, et se sont, je crois, amendés ; l’un s’est fait usurier, et l’autre amateur de tableaux.
Grinchir au voisin. Quoique ce vol ne soit pas de création nouvelle, il se commet encore presque tous les jours, et il n’y a pas bien long-temps que la Gazette des Tribunaux entretenait ses lecteurs d’un Grinchissage au Voisin, dont un horloger de la rue Saint-Honoré venait d’être la victime. Un homme vêtu en voisin, c’est-à-dire, suivant la circonstance, enveloppé d’une robe de chambre, ou seulement couvert d’une petite veste, entre chez un horloger et lui demande une montre de prix, qu’il veut, dit-il, donner à sa femme ou à son neveu ; mais, avant d’en faire l’emplette, il désire la montrer à la personne à laquelle elle est destinée. Il prend la montre qu’il a choisie et prie l’horloger de le faire accompagner par quelqu’un auquel il remettra le prix du bijou, si, comme il n’en doute pas, il se détermine à en faire l’acquisition. Il sort, accompagné du commis de l’horloger, et après tout au plus cinq minutes de marche, ils arrivent tous deux devant la porte cochère d’une maison de belle apparence ; le voleur frappe, et la porte est ouverte. « Donnez vous la peine d’entrer, dit-il au commis de l’horloger. — Après-vous, Monsieur, répond celui-ci. — Entrez, je vous en prie, je suis chez moi. — C’est pour vous obéir, » dit enfin le commis qui se détermine à passer le premier ; à peine est-il entré que le voleur tire la porte et se sauve, et lorsque le commis a donné au concierge de la maison dans laquelle il se trouve, les explications propres à justifier sa présence, explications que celui-ci exige avant de se déterminer à tirer le cordon, le voleur est déjà depuis long-temps à l’abri de toute atteinte.
Grinchir aux deux Lourdes. Un individu dont la tournure et les manières indiquent un homme de bonne compagnie, arrive en poste dans une ville, et prend le plus bel appartement du meilleur hôtel ; il est suivi d’un valet de chambre, et aussitôt son arrivée il a fait arrêter un domestique de louage ; ce noble personnage qui mène le train d’un millionnaire, daigne à peine parler aux hôteliers ; il laisse à son valet de chambre le soin de régler et de payer sa dépense ; mais ce dernier, qui n’additionne jamais les mémoires qu’il acquitte, et qui ne prononce jamais le nom de son maître sans ôter son chapeau, remplit de cette commission à la satisfaction générale. Les voies ainsi préparées, l’étranger fait demander un changeur, qui se rend avec empressement à ses ordres, et auquel il montre une certaine quantité de rouleaux qui contiennent des pièces d’or étrangères ; le changeur examine, pèse même les pièces que l’étranger veut échanger contre des pièces de 20 francs ; rien n’y manque, ni le poids, ni le titre ; le prix de change convenu, on prend jour et heure pour terminer. Lorsque le changeur arrive allèché par l’espoir d’un bénéfice considérable, Monsieur le reçoit dans sa chambre à coucher, assis devant un feu brillant, et enveloppé d’une ample robe de chambre ; le changeur exhibe ses pièce d’or ; les comptes faits, le fripon laisse la somme sur une table, et invite le changeur à passer dans son cabinet pour prendre les pièces étrangères qu’il doit recevoir ; durant le trajet de la chambre à coucher au cabinet, l’or du changeur est enlevé par le valet de chambre ; arrivé au cabinet avec le changeur, le noble personnage a oublié la clé de son secrétaire, il s’absente pour aller la chercher, mais au lieu de revenir, il sort par une seconde porte et va rejoindre son valet de chambre.
Ce n’est point toujours à des changeurs que s’adressent les Grinchisseurs aux deux lourdes. C’est ce que prouvera l’anecdote suivante.
Un individu arrive, en 1812 ou 1813, à Hambourg, son domestique ne parle, dans l’hôtel où son maître est descendu, que des millions qu’il possède et du mariage qu’il est sur le point de contracter, mariage qui doit, dit-il, augmenter encore les richesses de cet opulent personnage. La conduite du maître ne dément pas les discours du domestique, il paie exactement, et plus que généreusement ; l’or paraît ne rien lui coûter. Lorsque cet individu crut avoir inspiré une certaine confiance, il fit demander son hôte, et lorsque celui-ci se fut rendu à ses ordres, il lui dit qu’il désirait acheter plusieurs bijoux qu’il destinait à sa future ; mais, que, comme il ne connaissait personne à Hambourg, il le priait de vouloir bien lui indiquer le mieux assorti, le plus honnête des joailliers de la ville. Charmé de cette preuve de confiance, l’hôtelier s’empressa de faire ce que désirait son pensionnaire, et lui indiqua le sieur Abraham Levy. Le fripon alla trouver ce joaillier, et lui commanda pour une valeur de 150,000 fr. de bijoux.
Le jour de la livraison arrivé, le fripon, quoi qu’indisposé, se lève cependant, et vient en négligé recevoir le joaillier dans son salon. Après avoir attentivement examiné les diverses parures, il les dépose dans un des tiroirs d’un magnifique secrétaire à cylindre, qu’il ferme avec beaucoup de soin, mais sur lequel cependant il laisse la clé ; cela fait, il sonne son valet de chambre pour lui demander la clé d’un coffre-fort qui se trouve là. Le domestique ne répond pas, le noble personnage s’impatiente, sonne encore ; le domestique ne donne pas signe de vie ; il sort furieux pour aller chercher lui-même la clé dont il a besoin.
Un quart-d’heure s’est écoulé, et il n’est pas encore revenu. « Il ne revient pas, dit le joaillier au commis dont il est accompagné, cela m’inquiète. » — Cette inquiétude se comprendrait, répond le commis, s’il avait emporté les bijoux avec lui, mais ils sont dans ce secrétaire, nous n’avons donc rien à craindre ; patience, il peut avoir été surpris par un besoin, en allant chercher son domestique. — « Ce que vous dites est vrai, mon cher Bracmann, c’est à tort que je m’alarme, répond Abraham Levy ; mais, cependant, ajoute-t-il en tirant sa montre, voilà trente-cinq minutes qu’il est parti, une aussi longue absence est incompréhensible ; si nous l’appelions ? » Le commis se range à l’avis de son patron, et tous deux appellent monseigneur ; point de réponse. « Mais la clé est restée au secrétaire, dit encore le joaillier, si nous ouvrions ? — Vous n’y pensez pas, M. Abraham, et s’il rentrait et qu’il nous trouvât fouillant dans son secrétaire, cela ferait le plus mauvais effet. » Le joaillier se résigne encore ; mais enfin, n’y pouvant plus tenir, il sonne après trois quarts d’heure d’attente ; les domestiques de l’hôtel arrivent, on cherche le seigneur qu’on ne trouve plus ; enfin, on ouvre le secrétaire. Que le lecteur se représente, si cela est possible, la stupéfaction du pauvre Abraham Levy lorsqu’il vit que le fond du secrétaire et le mur contre lequel il était placé étaient percés, et que ces trous correspondaient derrière la tête d’un lit placé dans une pièce voisine, ce qui avait facilité l’enlèvement des diamans. On courut en vain après les voleurs qui s’étaient esquivés par la seconde porte de l’appartement qu’ils occupaient, et qui étaient déjà loin de Hambourg lorsque le joaillier Abraham Levy s’aperçut qu’il avait été volé. L’un des deux adroits Grinchisseurs aux deux Lourdes dont je viens de parler est actuellement à Paris, où il vit assez paisiblement. Je crois qu’il s’est corrigé.
Quand on échange des pièces d’or, quand on vend des diamans à une personne que l’on ne connaît pas parfaitement, il ne faut pas perdre de vue sa propriété, ni surtout la laisser enfermer.
Les Grinchisseurs aux deux Lourdes escroquent aussi des dentelles de prix. Une adroite voleuse, la nommée Louise Limé, dite la Liégeoise, plus connue sous le nom de la comtesse de Saint-Amont, loua en 1813 ou 1814, l’entresol de la maison sise au coin des rues de Lille et des Saints-Pères. Cet entresol avait deux sorties, l’une sur l’escalier commun, l’autre donnait entrée dans une boutique qui, alors, n’était pas louée. La comtesse de Saint-Amont fit apporter chez elle un nombre de cartons assez grand pour masquer cette seconde entrée. Tout étant ainsi disposé, elle se rendit chez un marchand, auquel elle acheta au comptant pour 36 à 40,000 francs de dentelles. Le lendemain, un commis lui apporte ses emplettes, qu’elle examine avec le plus grand soin ; cela fait, elle prend le carton qui les contient et le place derrière les siens. Un compère, aposté pour cela, l’enlève et s’esquive. Pendant ce temps, la comtesse assise devant un secrétaire compte des écus. Mais, tout-à-coup elle se ravise et dit au commis : « Il est inutile de vous charger, je vais vous payer en billets de banque » Elle remet les écus dans le sac qui les contenait, et passe derrière les cartons. Le commis entend le bruit que fait une clé en tournant dans une serrure ; il croit que c’est la caisse que l’on ouvre. A ce bruit succède un silence de quelques minutes. Le commis suppose que la comtesse compte les billets de banque qu’il va recevoir. Mais enfin, ne la voyant pas revenir, il passe à son tour derrière les cartons, et découvre le pot aux roses. Les recherches de la police, pour découvrir la fausse comtesse de Saint-Amont, furent toutes inutiles ; on n’a jamais pu savoir ce que cette femme était devenue.
Grinchir à Location. On ne saurait prendre, contre les Grinchisseurs à Location, de trop minutieuses précautions, car on peut citer un grand nombre d’assassinats commis par eux. Lacenaire a commencé par Grinchir à Location. Les Grinchisseurs à Location marchent rarement seuls, et, quelquefois, ils se font accompagner par une femme. Ils connaissent toujours le nombre, l’heure de la sortie, des habitans de l’appartement qu’ils veulent visiter. Ils examinent tout avec la plus scrupuleuse attention, et ne paraissent jamais fixés lors d’une première visite, car ils se réservent de voler à une seconde.
Lorsque le moment de procéder est arrivé, l’un d’eux amuse le domestique ou le portier qui les accompagne, tandis que l’autre s’empare de tous les objets à sa convenance. Un Grinchissage à Location réussit presque toujours, grâce à la négligence des serviteurs chargés de montrer aux étrangers l’appartement à louer.
Les Grinchisseurs à Location servent aussi d’éclaireurs aux Cambriolleurs et Caroubleurs. Ils se font indiquer les serrures qui appartiennent au propriétaire, et celles qui appartiennent au locataire ; ils demandent à voir les clés dont ils savent prendre l’empreinte.
Beaucoup de personnes accrochent leurs clés dans la salle à manger, c’est ce qu’elles ne devraient pas faire ; c’est bénévolement fournir aux voleurs le moyen de procéder avec plus de facilité.
Grinchir à la Broquille. Les Grinchisseurs à la Broquille sont, ainsi que les Avale tout cru et les Aumôniers, une variété de Détourneurs ; et, comme eux, ils exploitent les bijoutiers.
Ces derniers donc, s’ils veulent être à l’abri de leurs atteintes, devront avoir les yeux toujours ouverts, et leur montre ou vitrine toujours close ; mais ces précautions, quoique très-essentielles, ne sont que des prolégomènes qui ne doivent pas faire négliger toutes celles dont les evénemens indiqueraient la nécessité. Par exemple : lorsque quelqu’un se présente dans la boutique d’un joaillier pour marchander des bagues ou des épingles, si le marchand ne veut pas courir le risque d’être volé, il ne faut pas qu’il donne à examiner plus de deux bagues à la fois ; si la pratique désire en examiner davantage, il remettra à leur place les premières avant de lui en remettre deux autres ; les baguiers et pelottes devront donc être faits de manière à contenir un nombre déterminé de bagues ou d’épingles.
Malgré l’emploi de toutes ces précautions, le bijoutier peut encore être volé, et voici comme : Un Broquilleur adroit examine du dehors une épingle de prix placée à l’étalage, et il en fait fabriquer une toute semblable par un bijoutier affranchi ; puis après il vient marchander celle qu’il convoite, et comme le prix, quelque modéré qu’il soit, lui paraît toujours trop élevé, il rend au marchand l’épingle qu’il a fait fabriquer, et garde la bonne ; il est inutile de dire que le numéro, la marque, l’étiquette, et jusqu’à la soie qui l’attache, sont parfaitement imités.
D’autres Broquilleurs savent parfaitement contrefaire les anneaux à facettes dont les bijoutiers ont toujours un groupe à la disposition des acheteurs ; l’un d’eux marchande et achète une bague du groupe, dont il sait adroitement faire l’échange ; le bijoutier accroche à sa vitrine un paquet d’anneaux en cuivre, tandis que le voleur s’esquive avec les anneaux d’or.
Souvent encore deux femmes dont la mise est propre, quoiqu’un peu commune, se présentent pour acheter une chaîne, elles sont long-temps à trouver du jaseron dont la grosseur leur convienne, mais lorsqu’elles se sont déterminées elles veulent savoir combien de tours la chaîne devra faire ; pour en prendre la mesure exacte ; l’une d’elles passe plusieurs tours de jazeron autour du col de sa compagne, et avec une petite paire de cisailles, qu’elle tient cachée dans sa main, elle en coupe un morceau plus ou moins long, qui tombe entre la chemisette et le dos. Cela fait, ces femmes conviennent d’en prendre une longueur déterminée, donnent des arrhes et sortent ; elles recommencent plusieurs fois dans la même journée ce vol qu’elles nomment la Détourne à la Cisaille.

un détenu, 1846 : Voler à l’étalage.

Larchey, 1865 : Voler (Vidocq). V. Turbinement, Plan, Douille, Affranchir. — Grinchissage, Vol. V. Parrain.

Delvau, 1866 : v. a. Voler quelque chose. On dit aussi Grincher. Grinchir à la cire. Voler des couverts d’argent par un procédé que décrit Vidocq (p. 205).

Les vingt-huit jours

Virmaître, 1894 : Quand les réservistes partent, ils emportent généralement dans un mouchoir quelques menus objets de toilette. Quand les agents arrêtent un individu, on le conduit au poste de police où on le fouille très minutieusement ; les objets qu’il possède sont enveloppés dans un mouchoir. Quand le lendemain, à 9 heures du matin, on le conduit au bureau du commissaire de police, l’agent qui le tient porte le petit paquet ; comme généralement ils sont huit ou dix à la file, quand ils passent, le peuple dit par allusion : Tiens ! les vingt-huit jours ! (Argot du peuple). N.

Mengin

Delvau, 1866 : s. m. Charlatan politique et littéraire. Encore un nom d’homme devenu un type applicable à beaucoup d’hommes.

France, 1907 : Charlatan ; du nom d’un célèbre charlatan qui vivait sous le second empire, et devenu de type du faiseur de boniments, spirituel et railleur. Il vendait des crayons dorés, du haut d’un somptueux équipage, portant avec lui tout un orchestre. Coiffé d’un casque, vêtu d’une houppelande à ramages, il savait en moins de rien réunir la foule et la retenir par ses amusantes facéties. Avec ses crayons qu’il vendait en grande quantité, il donnait un jeton doré ressemblant à un louis et sur lequel, outre son effigie étaient inscrits ces vers :

Dans ce portrait frappant que chacun examine,
Reconnaissez Mengin et sa barbe aux flots d’or ;
Mais c’est en vain qu’ici chacun vante sa mine,
Celle de ses crayons vaut beaucoup mieux.

Le fait est que ses crayons ressemblaient à la plupart des crayons sans l’enveloppe dorée ; il les tallait avec un sabre et effritait une planche en feignant de taper dessus avec un maillet. Un morceau de ver était naturellement, en ce cas, substitué an crayon. On l’écrit à tort Mangin.

Quand j’dis qu’je l’vends, c’est z’un’ figure,
Entre nous, on n’me l’prend jamais.
Vrai, ya déjà longtemps qu’i’ dure ;
Pourtant, i’ n’est pas pus mauvais
Qu’un aut’, mais ya z’un’ concurrence !!
C’est à qui qui s’ra l’pus filou…
C’qu’i yen a des Mangin en France…
Moi, j’vends mon crayon pour un sou.

(Aristide Bruant)

Messaline (Valérie)

Delvau, 1864 : Impératrice romaine, deuxième femme de Claude. Célèbre par son impudicité et ses étonnantes débauches : la plus fameuse putain de son temps. Après avoir souillé la couche impériale, en y recevant des amants de toutes les conditions, elle osa, du vivant de son époux, épouser publiquement Silius, jeune homme qu’elle aimait éperdûment. Claude, à cette nouvelle, la fit mettre à mort avec tous ses complices, l’an 48 de J.-C. Juvénal, dans ses Satires, s’exprime ainsi, au sujet de cette grande impure :

Quand de Claude assoupi la nuit ferme les yeux,
D’un obscur vêtement sa femme enveloppée,
Seule, avec une esclave, et dans l’ombre échappée,
Préfère à ce palais tout plein de ses dieux,
Des plus viles Phrynés le repaire odieux.
Pour y mieux avilir le nom qu’elle profane,
Elle emprunte à dessein un nom de courtisane :
Son nom est Lisisca ; ces exécrables murs,
La lampe suspendue à ces dômes obscurs,
Des plus affreux plaisirs la trace encor récente,
Rien ne peut réprimer l’ardeur qui la tourmente.
Un lit dur et grossier charme plus ses regards
Que l’oreiller de pourpre où dorment les Césars.
Tous ceux que dans cet antre appelle la nuit sombre,
Du regard les invite et n’en craint pas te nombre.
Son sein nu, haletant, qu’attache un réseau d’or,
Les défie, en triomphe, et les défie encor.
C’est là que, dévouée à d’infâmes caresses,
Des muletiers de Rome épuisant les tendresses,
Noble Britannicus, sur un lit effronté,
Elle étale à leurs yeux les flancs qui t’ont porté.
L’aurore enfin paraît, et sa mine adultère
Des faveurs de la nuit réclame le salaire.
Elle quitte à regret ces immondes parvis,
Ses sens sont fatigués et non pas assouvis.
Elle rentre au palais, hideuse, échevelée.
Elle rentre, et l’odeur autour d’elle exhalée
Va, sous le dais sacré du lit des empereurs,
Révéler de la nuit les lubriques fureurs.

Né coiffé (être)

Delvau, 1864 : C’est-à-dire : être né pour être cocu, comme tant d’autres, ou pour avoir tous les bonheurs.

Il a une chance de cocu.

(Vieux dicton)

De ma vive et juste colère
Pour avoir ainsi triomphé,
Il faut, en vérité, ma chère.
Que votre époux soit né coiffé.

(Ér. Jourdan)

France, 1907 : Avoir de la chance, être très heureux. Cet enfant est né coiffé. Les anciens attachaient un heureux présage à l’enfant qui venait au monde la tête enveloppée de la membrane amnios, vulgairement appelée coiffe, arrière-faix qui enveloppe le fœtus.
Cette superstition a sans doute été introduite par les sages-femmes pour rassurer la mère et les parents effrayés de cette particularité en la donnant comme présage de bonheur.
Voici un rondeau de Malleville qui donne bien le sens de cette expression :

Ce n’est pas que frère René
D’aucun mérite soit orné ;
Qu’il soit docte, qu’il sache écrire,
Ni qu’il dise le mot pour rire ;
Mais c’est seulement qu’il est né
Coiffé.

On dit dans la Saintonge : Il a le diable dans la botte.

Négresse

Vidocq, 1837 : s. m. — Paquet de marchandise enveloppé d’une toile cirée.

Halbert, 1849 : Ballot recouvert de toile cirée.

Larchey, 1865 : Paquet couvert de toile cirée (Vidocq, 1837). — La toile est noire.

Larchey, 1865 : Punaise.

Je sentis bien, quand nous étions couchés, Qu’i ne manquait pas de négresses, Et même de grenadiers.

(Lecart, Ch., 1851)

Allusion à la couleur foncée de la punaise. Quant aux grenadiers, qui représentent les poux de la plus forte taille, il faut se rappeler qu’on appelle grenadiers des soldats d’élite et garnison la vermine qui couvre une tête. Les gros poux sont donc les grenadiers de la garnison.

Delvau, 1866 : s. f. Litre ou bouteille de vin, — dans l’argot des faubouriens. Étouffer ou Éventrer une négresse. Boire une bouteille. On dit aussi Éternuer sur une négresse.

Delvau, 1866 : s. f. Punaise.

Delvau, 1866 : s. f. Toile cirée, — dans l’argot des voyous.

Rigaud, 1881 : Bouteille de vin rouge. — Étouffer, éreinter une négresse, éternuer sur une négresse, boire une bouteille de vin rouge.

Rigaud, 1881 : Ceinturon, — dans l’argot des marins.

Rigaud, 1881 : Paquet recouvert de toile cirée noire.

Rigaud, 1881 : Puce.

J’ sentis bien quand nous étions couchés
Qui n’ manquait pas d’négresses
Et même de grenadiers.

(E. Lecart, Une conquête au Prado, chans)

Qu’il s’ra content le vieux propriétaire
Quand il viendra pour toucher sonloyer,
D’voir en entrant toute la paill’par terre
Et les négress’s à ses jamb’s sautiller.

(Le Déménagement à la sonnette de bois, chans.)

La Rue, 1894 : Paquet enveloppé de toile cirée noire. Bouteille de vin. Punaise. Puce.

Virmaître, 1894 : Bouteille.
— Allons-nous étouffer une négresse de ginglard à Argenteuil ? (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Puce. Allusion de couleur (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Puce.

Hayard, 1907 : Bouteille de vin.

Hayard, 1907 : Puce.

France, 1907 : Bouteille de vin rouge. Allusion à la couleur foncée de la bouteille.

— Allons, la mère, du piccolo ! et deux négresses à la fois, s’il vous plaît !

(Ch. Dubois de Gennes)

Une négresse morte, une bouteille vide.

Le tas de négresses mortes grandissait. Un cimetière de bouteilles.

(Émile Zola, L’Assommoir)

Étouffer une négresse, boire une bouteille de vin.

France, 1907 : Ceinture ; argot des marins.

France, 1907 : Paquet enveloppé d’une toile cirée.

France, 1907 : Puce, Allusion à la couleur noire.

Qu’il s’ra content le vieux propriétaire,
Quand il viendra pour toucher son loyer,
D’voir en entrant toute la paill’ par terre
Et les négress’s à ses jambes sauter !

(La Cloche de bois)

Noir (cabinet)

France, 1907 : Bureau du ministère de l’intérieur où sont envoyées les lettres de toute personne compromise ou réputée hostile au gouvernement. Elles sont ouvertes et, suivant leur contenu, gardées où envoyées au destinataire. Le cabinet noir a fonctionné sous toutes les monarchies ; supprimé à la révolution de juillet 1830, il fut rétabli sous le second empire par le ministre des affaires étrangères, Sébastiani.

Au temps où M. Constans était ministre, le cabinet noir fonctionnait comme il n’a jamais fonctionné depuis. Toutes les lettres y passaient. Un jour, un député trouva dans son courrier une enveloppe grossièrement recollée. Elle contenait une lettre salie, froissée, portant la trace de doigts graisseux. Le député s’empressa de l’adresser au ministre, avec un mot ainsi conçu : « Faites ouvrir mes lettres, si vous voulez, mais recommandez au moins à vos employés de se laver les mains. »
Deux jours après, sa lettre lui était retournée avec cette annotation de la main de M. Constans : « Réclamation trop juste. C’est entendu. »

(Ad. Manière, L’Aurore)

Oignon (vêtu comme un)

France, 1907 : Avoir plusieurs vêtements les uns sur les autres, comme l’oignon qui est enveloppé de plusieurs pelures.

Papier à chandelle

Rigaud, 1881 : Mauvais petit ou grand journal. Mot à mot : papier bon à envelopper de la chandelle.

France, 1907 : Journal insignifiant et éphémère, autrement dit feuille de chou.

Papillotes

Delvau, 1866 : s. f. pl. Billets de banque, — dans lesquels les gens aussi riches que galants enveloppent les dragées qu’ils offrent aux petites dames.

France, 1907 : Billets de banque, allusion à la finesse du papier semblable à celui avec lequel les femmes se font des papillotes.

Paumelle

France, 1907 : Morceau de cuir dont les cordiers se garnissent la main pour filer le chanvre ; outil de bois dont le corroyeur s’enveloppe la paume de la main.

Pèle une figue à ton ami et une péche à ton ennemi

France, 1907 : Ce conseil assez canaille vient de la croyance erronée que l’enveloppe de la figue est un poison et que la pêche est un fruit malsain dont le contrepoison serait la pelure. Cette croyance est partagée par les Italiens, qui se servent du même dicton : All’ amico si pela il fico, al nemico il persico. Aussi, à la personne qu’on estime, dit le Dr Silva, et même dans les grands repas italiens, la maîtresse de maison offre-t-elle parois une figue dépouillée de son enveloppe.

Pilier de boutanche

Vidocq, 1837 : s. m. — Commis de magasin. Il faut le dire, puisque l’expérience l’a prouvé, beaucoup de commis volent leur patron, et de mille manières différentes ; Indiquer leurs ruses et les moyens de les combattre, ce sera, du moins je le pense, rendre aux commerçans et aux commis eux-mêmes un important service.
Beaucoup de commis placés aux rayons des grosses marchandises, volent celles des rayons de leurs camarades, et les sortent du magasin soit dans leur chapeau, soit sous leurs vêtemens.
D’autres s’entendent avec des compères auxquels il donnent dix aunes de marchandises lorsqu’ils n’en déclarent que huit à la caisse ; d’autres cachent des foulards, de la dentelle ou d’autres petits articles dans un rouleau d’indienne. S’il est difficile d’acquérir la certitude de la culpabilité des premiers sans s’exposer à blesser la susceptibilité des acheteurs, on peut facilement éclaircir les doutes que les seconds pourraient avoir inspiré. Il ne faudrait, pour cela, que prendre la partie de marchandise qu’ils viendraient de vendre, comme pour la mieux envelopper, et la dérouler sans affectation. Si la personne que l’on croit de connivence avec le commis est une femme, et qu’elle porte un cabas ou un panier, il faut être empressé, complaisant, placer soi-même les paquets dans le cabas ou panier, et laisser à ses yeux le soin d’en inventorier le contenu.
Pour pouvoir accorder une confiance sans réserve aux commis que l’on emploie, il faut connaître leurs fréquentations, leurs habitudes, la fortune de leurs parens, et les sommes qu’ils en reçoivent.
ll est surtout important de savoir s’ils ont des maîtresses, et à quelle classe appartiennent ces femmes, car c’est souvent chez elles que vont s’engloutir les objets volés par les commis. Souvent même elles vendent ce qu’elles ne peuvent employer. Il ne me serait pas difficile de prouver par des faits ce que j’avance ici.
Les marchands de draps ou de soieries et nouveautés envoient souvent chez leurs cliens quelques pièces de marchandises, dans l’espoir de placer quelques articles. Un voleur se donnant la qualité de garçon de magasin, et qui, très-souvent, n’est que l’émissaire de l’homme qui est employé chez le commerçant, se présente le lendemain pour réclamer les marchandises déposées la veille. La plupart du temps on les lui remet sans difficulté.

Delvau, 1866 : s. m. Commis, — dans l’argot des voleurs. Pilier de paclin. Commis voyageur. Pilier du creux. Patron, maître du logis.

France, 1907 : Boutiquier ; argot des voleurs.

Pingre

d’Hautel, 1808 : Un pingre. Pour dire un avare, un homme parcimonieux et intéressé ; un ladre, un fesse mathieu.

Ansiaume, 1821 : Mendiant.

Il n’entend rien à travailler, c’est un pingre suspect.

Vidocq, 1837 : s. m. — Malheureux, misérable.

Halbert, 1849 : Pauvre, avare. On dit aussi Arca.

Delvau, 1866 : s. et adj. Avare ; homme qui pousse l’économie jusqu’au vice. Argot du peuple. Signifie aussi Voleur.

Virmaître, 1894 : Avare qui rapine sur tout. Le roi des pingres était un nommé Crétin, un des plus riches propriétaires de Lyon ; il déchirait les marges blanches des affiches apposées sur les murs, pour en faire des quittances pour toucher ses loyers. Quand il pleuvait, il lâchait ses poules dans les champs ; elles lui rapportaient à leurs pattes la terre du voisin ! (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Avare.

France, 1907 : Pauvre. Déformation de l’ancien français pigre, misérable, lâche, venant du latin piger, paresseux. Aux yeux du peuple, l’avare possède tous les vices, et il a raison, car, autant que la paresse, l’avarice les engendre. On voit d’ici l’analogie. Nous ne parlons pas, et pour cause, de ceux qui prétendent que pingre vient d’un vieux mot qui signifiait épingle : « Les Juifs, dit Fournier, étaient accusés d’enfoncer des pingres dans la chair des enfants ; de là pingre a passé aux Juifs pour désigner un usurier. »

Comme aussi il n’eût pas voulu — ayant passé l’âge où l’on est parfois aimé pour soi-même — les leurrer de vaines promesses, laisser sans salaire leurs douces complaisances, avoir un mauvais renom de pingre qui compte ses liards avec un émoi de dévot, l’excellent homme avait pris l’habitude de donner à ses maîtresses passagères — grisettes cueillies sous quelque porche, un jour de giboulée, trottins qu’on aide à porter leurs cartons un bout de chemin, bourgeoises qu’on rencontre aux offices du soir, servantes qui sautent du coche et fleurent encore la campagne — une pistole d’or soigneusement enveloppée en du papier de soie, un sac de pastilles à la menthe ou à la bergamote et deux petites cuillères d’argent chiffrées d’une initiale.

(Champaubert)

Pistolet (ous qu’est mon) ?

France, 1907 : Expression faubourienne d’indignation moqueuse.

— Faites donc attention, jeune homme ! Vous allez chiffonner ma robe… c’est du soixante francs le mètre, ça, mon petit ! — Soixante francs le mètre ! que j’lui dis, ous qu’est mon pistolet ? Je ne donnerais pas cent sous de l’enveloppe avec la poupée qu’est dedans.

(Baumaine et Blondelet, Locutions vicieuses)

Porter à la peau

Larchey, 1865 : Exciter le désir.

Delvau, 1866 : v. n. Provoquer à l’un des sept péchés capitaux, — dans l’argot de Breda-Street. On dit aussi Pousser à la peau.

Rigaud, 1881 : Inspirer des désirs amoureux.

La Rue, 1894 : Exciter le désir.

France, 1907 : Exciter les désirs sensuels.

Il s’échappait de l’enveloppe un de ces parfums qui portent à la peau, un parfum léger que Mme de Garlonde avait aussi sur elle, le parfum propre à la femme da monde, qu’elle adopte, qui la fait reconnaître et que l’on connait.

(Edgar Monteil, Études humaines)

Poupée

d’Hautel, 1808 : Une poupée à ressorts. Terme équivoque et satirique qui signifie courtisane, fille de joie, prostituée ; femme galante et de mauvaise vie.
C’est une vraie poupée. Se dit aussi par raillerie d’une petite femme parée d’une manière ridicule.
Faire sa poupée de quelque chose. En faire ses délices ; prendre des soins particuliers à l’orner, à l’embellir.

Vidocq, 1837 : s. m. — Soldat.

Delvau, 1864 : Femme galante avec le cul de laquelle il est permis à tout le monde déjouer, comme Néron avec celui de Poppée.

Je m’en fus rue Saint-Honoré pour y trouver ma poupée. Je lui dis : ma petite femme…

(Vidal)

Larchey, 1865 : Prostituée.

Je m’en fus rue Saint Honoré pour y trouver ma poupée.

(Vidal, 1833)

En 1808, on disait une poupée à ressorts. V. d’Hautel.

Larchey, 1865 : Soldat (Vidocq). — Allusion à la raideur militaire.

Delvau, 1866 : s. f. Concubine, — dans l’argot du peuple, qui sait que ces sortes de femmes se prennent et se reprennent par les hommes comme les poupées par les enfants. C’est la mammet des ouvriers anglais. On dit aussi, — quand il y a lieu : Poupée à ressorts.

Delvau, 1866 : s. f. Morceau de linge dont on enveloppe un doigt blessé. On dit aussi Cathau.

Delvau, 1866 : s. f. Soldat, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Chiffon qui entortille un doigt malade.

Rigaud, 1881 : Fille publique.

Rigaud, 1881 : Soldat, — dans l’ancien argot.

La Rue, 1894 : Soldat. Concubine.

France, 1907 : Femme galante, sans doute à cause de la facilité avec laquelle on peut les déshabiller comme les petites filles font de leur poupée.

France, 1907 : Femme nulle, oisive et sans cervelle qui n’a d’autre souci que celui de sa toilette ; coquette appartenant à la catégorie de ces toquées qui suggèrent par leurs allures la légende d’un dessin de Gavarni : « Que Dieu préserve vos fils de mes filles !»

Il y a parfois, chez les peuples, des heures de folie ; il faut les leur pardonner. Les femmes, faites non pour concevoir des idées, mais des enfants, peuvent bien, elles aussi, par instant, céder au vertige. Elles ne sont pas équilibrées comme nous, et quand parfois, la science fait l’autopsie de ces charmantes poupées à ressorts, elle trouve dans leurs jolies têtes beaucoup plus de poudre de riz que de cervelle.

(Louis Davyl)

France, 1907 : Figure qui se trouve à l’avant des bâtiments à voiles. « Vivre entre poupe et poupée », être en mer ; argot des marins.

France, 1907 : Maîtresse.

Le petit Anatole, garçonnet de six ans, s’est emparé de la poupée de sa sœur et s’amuse à la déshabiller. Survient la maman qui gronde son fils en lui faisant observer que les petites filles seules jouent à la poupée. Anatole ouvre des yeux énormes et reprend :
—- Mais papa y joue bien, lui, à la poupée !
— Comment cela ? que veux-tu dire ?
— J’ai entendu ma bonne qui disais à celle de la voisine : « V’là encore Monsieur qui va jouer avec sa poupée. C’est la deuxième que je lui connais… Et elle lui coûte cher. »

France, 1907 : Petite fille on petit garçon, trop richement habillé, comme les classes riches ont coutume d’accoutrer leurs enfants… pour les rendre sots, maniérés, vaniteux, guindés et augmenter leur mépris du pauvre. Cette ridicule et coupable vanité ne date pas d’hier. Il y a longtemps que Diderot écrivait à Mlle Volland, en lui parlant de son neveu : J’eus le courage de dire hier au soir à Mme Le Gendre qu’elle se donnait bien de la peine pour ne faire de son fils qu’une jolie poupée. Pas trop élever est une maxime qui convient surtout aux garçons : il faut un peu les abandonner à l’énergie de naure. J’aime qu’ils soient violents, étourdis, capricieux. Une tête ébouriffée me plait plus qu’une tête bien peignée. Laissons-les prendre une physionomie qui leur appartienne.
Si j’aperçois à travers leurs sottises un trait d’originalité, je suis content. Nos petits ours mal léchés de province me plaisent cent fois plus que tous vos petits épagneuls si ennuyeusement dressés. Quand je vois un enfant qui s’écoute, qui va la tête bien droite, la démarche bien composée, qui craint de déranger un cheveu de sa figure, un pli de son habit, le père et la mère s’extasient et disent : « Le joli enfant que nous avons là ! » Et moi je dis : « Il ne sera jamais qu’un sot. »
« La Parisienne, dit Gustave Isembert, continue à élever de jolies poupées, de petits épagneuls. Guignol ne rétablit pas l’équilibre, il le rompt, et c’est fort heureux pour Paris que les petits ours mal léchés de province, fortifiés par le grand air, viennent apporter leur sang nouveau au milieu de tant de jolies bêtes nerveuses, anémiées et distinguées. »

Refiler la comète

France, 1907 : Coucher à la belle étoile. On dit aussi renifler la comète. Refiler a ici le sens de suivre, surveiller.

Dans l’avenue, Dupont fendit d’un coup de pouce l’enveloppe (que lui avait remise la duchesse d’Uzès) ; elle contenait un billet de 50 francs. Cet argent a reçu la destination indiquée par la donatrice. 25 francs furent distribués à des copains qui refilaient la comète. Le reste fut envoyé dans les prisons et aux parents des prisonniers.

(Flor O’Squarr, Les Coulisses de l’anarchie)

Rognons couverts (avoir les)

France, 1907 : Être dans l’aisance, bien pourvu, par comparaison au porc bien gras dont les rognons sont enveloppés de graisse. Expression du Centre.

Il estoit ferme des rognons,
Non comme ces petits mignons
Qui font la saincte-nitouche.

(Mathurin Régnier)

Roulotte en salade (grinchir une)

Vidocq, 1837 : Voler tout ou partie des marchandises que contiennent les ballots placés sur une voiture, en coupant l’enveloppe, et sans même défaire les baches.

Roupiller

d’Hautel, 1808 : Se laisser surprendre par le sommeil, dormir.

Ansiaume, 1821 : Dormir.

Il roupille pendant le reluis et travaille à la sorgue.

Vidocq, 1837 : v. a. — Dormir.

Halbert, 1849 : Dormir.

Larchey, 1865 : Dormir. — V. Paumer, Pieu, Rifle.

Il est bien temps de roupiller.

(1750, Monbron, Henriade travestie)

Delvau, 1866 : v. n. Dormir, — dans l’argot des faubouriens, qui emploient ce verbe depuis plus d’un siècle. Signifie aussi Avoir continuellement une roupi au nez.

Rigaud, 1881 : Dormir.

Il roupille comme ça toute la journée : le v’là parti.

(H. Monnier, Scènes populaires)

La Rue, 1894 : Dormir.

Virmaître, 1894 : Dormir. Quand on ne dort que quelques instants, on fait un petit roupillon.
— Il est tellement gouapeur qu’il roupille sur son ouvrage (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Dormir.

France, 1907 : Dormir ; de roupille, qui vient de l’espagnol ropilla, manteau dont nos voisins de l’autre côté des Pyrénées s’enveloppent pour dormir.

— Prenez note de mes paroles. Je ne veux plus toucher un verre d’absinthe si je mens. Croyez, mes enfants, que j’ai mieux à faire que trainer ici mon bancal. J’ai, au pays, une bonne petite place qui m’attend, où je n’aurai plus qu’à battre ma flème, boire, briffer et roupiller. Ça vaut bien notre chien de métier !… Ah ! c’est égal. J’y ai passé de bons quarts d’heure !

(Hector France, L’Homme qui tue)

La nuit, on a des rêves doux
Quand on roupille,
On effeuille des fleurs, le jour,
On cause d’oiseaux et d’amour.

(Jane d’Ys)

anon., 1907 : Dormir.

Russes (bas ou chaussettes)

France, 1907 : Bandes de toile dont on s’enveloppe les pieds ; argot militaire, On dit aussi polonaises.

De bas russes tu garniras
Tes bottes où tu plongeras
Les dix arpions de tes pieds plats.

(Les Commandements du cavalier)

Salonnier

Delvau, 1866 : s. m. Critique d’art, chargé du compte rendu du Salon. Argot des journalistes. Le mot est de création récente.

France, 1907 : Journaliste qui fait la critique des expositions d’art, les salons.

Des poètes, des salonniers ; poètes camarades des peintres, la race en existe ! braves garçons cherchant le chef-d’œuvre, et, d’un rêve sympathique, complétant l’œuvre parfois incomplète de l’ami ; salonniers inquiets rêvant des formules souples, molles — fonds vibrants, horizons ressentis, gris savoureux, que sais-je encore ? — aptes à envelopper, comme on enveloppe de papier d’argent une dragée, leur idée toujours simple au fond et pareille à l’idée de tout le monde : « Tel tableau est bon ou mauvais, il me plaît ou ne me plaît pas. »

(Paul Arène)

Sept

Delvau, 1866 : s. m. Crochet, — dans l’argot des chiffonniers.

Rigaud, 1881 : Chiffonnier. — Crochet de chiffonnier.

Rigaud, 1881 : Tige de fil de fer, enveloppée de coton et revêtue de papier, figurant des queues de fleurs, — dans le jargon des fleuristes. — Faire des sept, enrouler du coton et du papier autour d’un fil de fer ; c’est l’A, B, C du métier de fleuriste.

France, 1907 : Crochet de chiffonnier ; allusion à la forme.

Sofa

France, 1907 : Soldat soudanais.

Soudain des nuées de sofas enveloppèrent le bivouac sur la hauteur, envoyant des balles Winchester ou explosives, des balles que la plupart d’entre nous entendaient siffler à leurs oreilles pour la première fois. C’était de la guerre européenne, et nos soldats tombaient sous des projectiles fabriqués à Londres ou à Capestown.

(Le Siège de Sikasso, récit d’un officier)

Sorte

d’Hautel, 1808 : Plaisanterie, gausse, mensonge, gasconnade, conte fait à plaisir, récit peu digne de foi.
C’est une sorte, une bonne sorte. Pour dire, que ce que dit quelqu’un est controuvé ; que c’est une plaisanterie, un conte en l’air.

Delvau, 1866 : s. f. Mauvaise raison, faux prétexte, balançoire, — dans l’argot des typographes.

Rigaud, 1881 : Mensonge, bourde, mystification, — dans le jargon des typographes. — Au propre, les sortes sont les lettres de même caractère, de même sorte. — Chiquer des sortes, puiser dans la casse du voisin les lettres dont on a besoin.

Boutmy, 1883 : s. f. Quantité quelconque d’une même espèce de lettres. Au figuré, conte, plaisanterie, baliverne. « Conter une sorte », c’est narrer une histoire impossible interminable, cocasse, et que tout le monde raconte à peu près dans les mêmes termes. Les sortes varient à l’infini ; en voici quelques exemples : « Oui, Bidaut » est une réplique qui signifie « Oui, oui, c’est bien, soit ; je n’en crois pas un mot. » — « Il paraît qu’il va passer sur le nouveau labeur : le Rhinocéros. On dit que ça fait au moins 400 feuilles in-144, en cinq mal au pouce, cran sur l’œil. » Ou bien encore : « Le prote va mettre en main l’Histoire de la Chine dont la préface fera à elle seule 45 vol in-12. » C’est une scie qu’on monte aux nouveaux pour leur faire croire que le travail abonde. On dit aussi « Le pape est mort ! » quand on entend remuer l’argent de la banque, parce que ce bruit argentin rappelle celui des cloches qui annoncent la mort du pape. Quand un compositeur veut rompre le silence monotone observé depuis quelque temps, il s’écrie : « Tu disais donc, Matéo, que cette femme t’aimait ? » comme s’il reprenait tout à coup un dialogue commencé. Il y a aussi des sortes en action. Quand un compositeur n’est pas venu travailler, surtout le lundi, ses compagnons prennent sa blouse, la remplissent de maculatures, en font un mannequin qu’ils placent sur un tabouret devant sa casse, lui mettent en main un composteur et lui donnent l’attitude d’un compositeur dans son dur. « Quand un compositeur n’est pas matineux, dit l’auteur de Typographes et gens de lettres, ses compagnons, pendant son absence, lui font une petite chapelle. C’est l’assemblage de mille choses plus disparates les unes que les autres : blouses, vieux souliers, composteurs, galées, bouteilles vides, qu’on dispose artistement en trophée ; puis on allume autour tous les bouts de chandelle que l’on peut trouver. » Voici une autre sorte en action dont la victime s’est longtemps souvenue. C’était dans un atelier voisin du quai des Grands-Augustins. Il y a quelques années se trouvait sur ce quai le marché aux volailles connu sous le nom de la Vallée. Il arrivait parfois aux typographes de s’y égarer et d’acheter à la criée un lot de volailles : des poulets, des pigeons ou des oies. À l’atelier, on se partageait le lot acheté. Chacun contribuait au prorata de la dépense. On faisait des parts ; mais ces parts ne pouvaient jamais être égales : il était impossible, en effet, de disséquer les volatiles. Force était donc de tirer au sort. Il arriva un jour qu’un jeune fiancé gagna à cette loterie d’un nouveau genre une oie superbe, une oie de 15 livres, une oie grasse, blanche et dodue. Joyeux, il l’enveloppe soigneusement dans une belle feuille de papier blanc, à laquelle il adjoint un journal du jour, puis une maculature. Il ficelle le tout et dépose précieusement le paquet sous son rang. Le soir arrive ; notre jeune homme se hâte d’endosser son paletot, prend son paquet sous le bras et court, tout empressé, chez les parents de sa fiancée. « Je viens dîner avec vous », s’écrie-t-il. Puis, discrètement, avec un clignement d’yeux significatif, il remet à la ménagère son précieux fardeau ; c’en était un véritablement. On se met à table, on cause, on boit, on rit. La ménagère, curieuse de faire connaissance avec le cadeau du fiancé, profite d’un moment pour s’esquiver. Elle revient bientôt après, le visage allongé, et s’assied à sa place en grommelant. L’amoureux typo, s’apercevant de la mauvaise humeur de sa future belle-mère, veut en connaître la cause. On l’emmène à la cuisine, et quelle n’est pas sa stupéfaction de voir son oie changée en tiges de bottes moisies, en vieilles savates et autres objets aussi peu appétissants. Un compagnon facétieux avait accompli la métamorphose. L’oie fut mangée le lendemain chez un marchand de vin du voisinage. Le fiancé, dit-on, fut de la fête. Autre sorte en action, à laquelle ne manquent pas de se laisser prendre les novices. On a placé le long du mur, à une hauteur suffisante pour qu’il ne soit pas possible de voir ce qu’il contient, un sabot qui est censé vide. Le monteur de coup s’essaye à jeter une pièce de monnaie ; mais il n’atteint jamais le but. Un plâtre, impatienté de sa maladresse et tout heureux de se distinguer, tire une pièce de deux sous de sa poche, et, après quelques tentatives, la loge dans le sabot. Il est tout fier de son triomphe ; mais il ne veut pas laisser sa pièce. Pour l’avoir, il se hausse sur la pointe des pieds, plonge ses doigts dans le sabot, et les retire remplis… comment dire ? remplis d’ordure. Il existe des milliers de sortes dont beaucoup sont très vieilles et que la tradition a conservées jusqu’à nos jours.

La Rue, 1894 : Mensonge, bourde, mystification.

Virmaître, 1894 : Quand un camarade quitte son rang pour aller raconter à un copain une histoire de brigand inventée de toutes pièces, l’autre lui répond :
— Laisse-moi avec ta sorte.
Pour une mauvaise plaisanterie l’aile à un camarade, la réponse est la même. L’expression sorte vient de ce que, lorsqu’il manque des caractères dans une casse, la sorte est absente.
Sortier, celui qui fait des sortes (Argot d’imprimerie).

France, 1907 : Conte, baliverne, plaisanterie. Conter une sorte, dit Eugène Boutmy, c’est narrer une histoire impossible, interminable, cocasse, et que tout le monde raconte à peu près dans les mêmes termes. Les sortes varient à l’infini ; en voici quelques exemples : « Oui, Bidaut » est une réplique qui signifie : « Oui, oui, c’est bien, soit : je n’en crois pas un mot. » — On dit aussi : « Le pape est mort ! » quand on entend remuer l’argent de la banque, parce que ce bruit argentin rappelle celui des cloches qui annoncent la mort du pape.— Quand un compositeur veut rompre le silence monotone observé depuis quelque temps, il s’écrie : « Tu disais donc, Mateo, que cette femme t’aimait ? » comme s’il reprenait tout à coup un dialogue commencé.

Il y a aussi des sortes en action. Quand un compositeur n’est pas venu travailler, surtout le lundi, ses compagnons prennent sa blouse, la remplissent de maculatures, en font un mannequin qu’ils placent sur un tabouret devant sa casse, lui mettant en main un composteur et lui donnant l’attitude d’un compositeur dans son dur.

(L’Agot des typographes)

Souille d’oreiller

France, 1907 : « Taie, linge qui sert d’enveloppe à un oreiller. Ainsi nommé peut-être parce que c’est une des pièces du lit qui se salit, se souille le plus rapidement, de même que l’on appelle salaud le petit tablier que l’on met aux petits enfants. »

(Jaubert, Glossaire du Centre)

Taie

d’Hautel, 1808 : Une taie d’oreiller. Linge qui sert d’enveloppe à un oreiller ; et non une tête d’oreiller, comme on le dit continuellement.

Tante

Ansiaume, 1821 : Femme concierge de prison.

Ma tante est encore girofle, ma foi, si elle m’ouvroit la lourde.

Vidocq, 1837 : s. m. — Homme qui a les goûts des femmes, la femme des prisons d’hommes. Je dois l’avouer, ce n’est pas sans éprouver un vif sentiment de crainte que je me suis déterminé à donner place dans cet ouvrage, à ce mot que l’ordre alphabétique amène sous ma plume ; mais cet ouvrage n’est destiné ni aux filles, ni aux femmes ; on le trouvera peut-être entre les mains de celles qui assistent, parées comme pour le bal, aux audiences de la cour d’assises lorsque l’acte d’accusation promet des détails sanglans ou critiques, ou qui sont allées par une froide matinée d’hiver, enveloppées de fourrures et nonchalamment étendues sur les coussins moelleux de leur landeau, acheter bien cher une place de laquelle elles pussent voir commodément tomber les têtes de Lacenaire et d’Avril ; mais à celles-là je n’apprendrais rien qu’elles ne sachent déjà, elles savent ce que c’était que la Tante Chardon, c’est tout au plus si la pile galvanique pourrait agacer leurs nerfs, et peut-être que si l’on cherchait sous leur oreiller on y trouverait les ouvrages du marquis de Sade.
Cependant ce n’est point pour -elles que j’écris ; aussi je d’aurais pas publié ces quelques lignes si je n’avais pas cru qu’il en dût résulter quelque bien.
Il ne faut pas croire que la pédérastie soit toujours le résultat d’une organisation vicieuse ; les phrénologistes qui ont trouvé sur notre crâne la bosse propre à chaque amour, n’y ont point trouvé celle de l’amour socratique ; la pédérastie n’est autre chose que le vice de toutes les corporations d’hommes qui vivent en dehors de la société ; les quelques hommes vivant dans le monde que l’on pourrait me citer, sont des êtres anormals qui ne doivent pas plus prouver contre ce que j’avance, que les boiteux, les bossus, les culs de jatte, ne prouvent que la nature de l’homme est d’être boiteux, bossu, ou cul de jatte ; ainsi donc quelques soldats, un peu plus de matelots, et beaucoup de prisonniers, seront atteints de ce vice, et cela, du reste, est facile à concevoir : tous les besoins de la nature sont impérieux, il faut que l’on trompe ceux qu’on ne peut satisfaire.
Il serait souvent plus juste de plaindre que de blâmer celui que l’on voit mal faire, car il est fort rare que l’homme succombe sans avoir combattu ; c’est presque toujours la nécessité qui conduit la main de celui qui commet un premier crime, et peut-être que si à côté des lois répressives de notre Code, le législateur avait placé quelques lois préventives, tel individu qui languit dans un bagne ou dans une maison centrale, posséderait la somme de bien-être à laquelle tous les hommes ont le droit de prétendre, et qui doit être le prix de toutes facultés utilement employées.
Je-ne me suis pas éloigné de mon sujet, ce que je viens de dire doit me servir à constater un fait qui malheureusement n’est que trop prouvé, et qui déjà a été signalé par des hommes vraiment recommandables : c’est que la pédérastie est la lèpre des prisons ; ce vice ignoble, que l’imagination ne peut que difficilement concevoir, est le plus saillant de tous ceux qui infestent des lieux placés aous la surveillance immédiate de l’autorité ; cependant les hommes dont la mission est d’améliorer le régime pénitenciaire, ne daignent pas seulement chercher les moyens de l’extirper.
Il y a plus même, dans les bagnes et dans les prisons, on voit souvent sans peine les voleurs audacieux s’attacher à de jeunes pédérastes, car alors ils ne cherchent plus à s’évader ; les directeurs et surveillans de maison centrale ont même quelquefois souffert que des mariages* fussent célébrés avec une certaine pompe ; cet abus n’existe plus, il est vrai, on se cache aujourd’hui pour faire ce qu’autrefois on faisait ouvertement, mais le mal existe toujours.

* Les prisonniers qui contractaient de semblables mariages ne faisaient, au reste, que ce que fit Henri III qui passa avec Maugiron, celui de ses mignons qu’il aimait le plus, un contrat de mariage que tous ses favoris signèrent, et qui donna naissance à un pamphlet intitulé : La Pétarade Maugiron. J’ai extrait de cet ouvrage le quatrain suivant, destiné à servir d’épitaphe à un des seigneurs de la cour de ce monarque, ainsi qu’à sa famille :
Ci gist Tircis, son fils, sa femme,
Juge passant qui fis le pis,
Tircis prit son fils pour sa femme,
Sa femme eut pour mari son fils.

Comme je l’ai dit plus haut, ce n’est pas sans avoir combattu que l’homme succombe ; mais, comme les mauvaises habitudes ont plus de force que les bonnes, il ne s’est pas plus tôt laissé séduire par l’exemple, qu’il aime ce que d’abord à ne pouvait concevoir, et bientôt son esprit affaibli, du reste, par une nourriture malsaine et insuffisante, et par une tension continuelle, ne lui permet plus de discerner les objets ; alors il croit avoir trouvé ce qu’il désire ; il flatte, il adule, il courtise les malheureux qu’il convoite, et qui, eux aussi, croient souvent être ce que l’autre cherche.
Oh ! il est de ces spectacles qu’il faut avoir vu, pour savoir jusqu’où peut descendre l’homme ; il faut être doué d’une organisation bien vigoureuse, et ne jamais s’être arrêté aux surfaces pour ne pas dire ruca à ses frères, lorsque l’on s’est couché sur le banc d’un bagne ou dans la galiote d’une maison centrale ; car n’est-ce pas un spectacle à dégoûter l’humanité toute entière, que de voir des hommes renoncer aux attributs, aux privilèges de leur sexe, pour prendre le ton et les manières de ces malheureuses créatures qui se vendent au premier venu, de les voir lècher la main de celui qui les frappe, et sourire à celui qui leur dit des injures ? et cela cependant se passe tous les jours, et dans toutes les prisons, sous les yeux de l’autorité qui, disent ses agens, ne peut rien y faire. Vous ne pouvez rien y faire ? dites-vous. Pourquoi donc le peuple paie-t-il grassement des philantropes et des inspecteurs-généraux ? Vous ne pouvez rien, mais il faut pouvoir ; le prisonnier est toujours un membre de la famille : la société qui vous a chargé de le punir, vous a en même temps donné la mission de le rendre meilleur, car s’il n’en était pas ainsi, le recueil de vos lois ne serait qu’un recueil d’absurdités ; la peine qui ne répare rien est une peine inutile. Rendez meilleurs les hommes vicieux, voilà la réparation que la société vous demande.
Les pédérastes, à la ville, ont un signe pour se reconnaître ; il consiste à prendre le revers de l’habit ou de la redingotte avec la main droite, le hausser à la hauteur du menton, et à faire une révérence imperceptible.

Delvau, 1864 : Homme qui sert de femme aux pédérastes actifs.

Enfants, on les appelle mômes ou gosselins ; adolescents, ce sont des cousines ; plus âgés, ce sont des tantes.

(Christophe)

Larchey, 1865 : « Homme qui a des goûts de femmes, la femme des prisons d’hommes. »

(1837, Vidocq)

Pour donner une vague idée du personnage qu’on appelle une tante, il suffira de rapporter ce mot magnifique du directeur d’une maison centrale a feu lord Durham qui visita toutes les prisons pendant son séjour à Paris. Le directeur, après avoir montré toute la prison, désigne du doigt un local en faisant un geste de dégoût : Je ne mène pas là Votre Seigneurie, dit-il, car c’est le quartier des tantes. — Hao ! fit lord Durham, et qu’est-ce ? — C’est le troisième sexe, milord.

(Balzac)

Enfants, on les appelle mômes ou gosselins ; adolescents, ce sont des cousines ; plus âgés, ce sont des tantes.

(Moreau Christophe)

Dans le chapitre détaillé qu’il a consacré à cette espèce de gens, M. Canler reconnaît quatre catégories appartenant à diverses classes sociales : persilleuses, honteuses, travailleuses et rivettes. Cette dernière est seule exploitée par les chanteurs.

Larchey, 1865 : « Tous mes bijoux sont chez ma tante, comme disent mes camarades lorsqu’elles parlent du Mont de Piété. » — Achard. — C’est, comme oncle, un terme ironique à l’adresse de ceux qui croient déguiser la source d’un emprunt en disant qu’ils ont eu recours à leur famille.

Delvau, 1866 : s. f. Individu du troisième sexe, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Tapette.

Rigaud, 1881 : Être hybride que Balzac a nommé le troisième sexe, et Vidocq la femme des prisons d’hommes. — Toutes les tantes ne sont pas des assassins, mais tous les assassins sont des tantes.

Homme ou femme ? On ne sait. Ça rôde, chaque soir,
En tous lieux où le gaz épargne un peu de noir,
Et ça répond au nom de : La Belle Guguste.

(J. Dementhe)

La Rue, 1894 : Individu ignoble. Le troisième sexe. Signifie aussi dénonciateur.

Virmaître, 1894 : Le Mont-de-Piété
— Je porte ma toquante chez ma tante, mon oncle en aura soin (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Pédéraste, homme à double face qui retourne volontiers la tête du côté du mur (Argot du peuple). N.

Rossignol, 1901 : Voir chatte.

Hayard, 1907 : Pédéraste.

France, 1907 : Faux frère ; dénonciateur ; lâche.

Et quand faut suriner un pante
Ej’ reste là… les bras ballants…
I’s ont beau m’dir’ : Va donc… eh ! Tante !
Ej’ marche pas… j’ai les foies blancs.

(Aristide Bruant)

France, 1907 : Individu appartenant au troisième sexe dont était exclusivement composée la légion thébaine. On dit aussi tapette.

Il suffira, dit Balzac, de rapporter ce mot du directeur d’une maison centrale à feu lord Durham, qui visita toutes les prisons pendant son séjour à Paris. Le directeur, après avoir montré toute la prison, désigne du doigt un local en faisant un geste de dégoût : « Je ne mène pas là votre Seigneurie, dit-il, car c’est le quartier des tantes. — Aaoh ! fit lord Durham, et qu’est-ce ? — Le troisième sexe, milord. »

 

Alfred Tennyson, le barde national, étant mort, et sa succession ouverte, Oscar Wilde passait pour l’un de ceux qui devaient y prétendre et pouvaient y appéter. Pour qu’il soit devenu le chantre subventionné de la Grande-Bretagne et des Indes, il ne s’en est fallu peut-être que du lapin trop fort posé à un grand-oncle, je veux dire au père d’une jeune tante. Londres ne demandait au divin que de ne pas étaler sa « divinité », et, pour le reste, elle lui faisait crédit, sur la foi des aèdes antiques, ses maîtres et ses modèles.

(Émile Bergerat)

Temps de demoiselle

Delvau, 1866 : s. m. Quand il ne fait ni pluie ni soleil, ni poussière ni vent.

France, 1907 : Ni pluie, ni vent, ni soleil. Ce vieux dicton, qui peut paraître ridicule, peint cependant en deux lignes la façon puérile et niaise dont les bourgeoises d’autrefois élevèrent leurs filles en en faisant de petites poupées ignorantes, sensitives et veules, enveloppées d’une atmosphère de fadeurs.

Toilette

d’Hautel, 1808 : Faire une toilette à quelqu’un. Le gourmander, le rabrouer, le relancer ; le tancer d’importance.
Plier toilette. Se dit dans le même sens que plier bagage, se sauver, prendre la fuite.

Delvau, 1866 : s. f. Coupe des cheveux et de la barbe des condamnés à mort, — dans l’argot des prisons. On dit aussi Fatale toilette.

Delvau, 1866 : s. f. Morceau de serge verte dans lequel les cordonniers enveloppent les souliers qu’ils portent à leurs pratiques : morceau de percaline noire dans lequel les tailleurs enveloppent les vêtements qu’ils portent à leurs clients.

France, 1907 : Pièce de percaline dans laquelle les tailleurs et les couturières enveloppent les vêtements qu’ils portent aux clients.

Gabrielle, qui portait à la main une ample toilette renfermant la robe d’une cliente, glissa son bras sous celui de sa sœur.

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

Vit

Delvau, 1864 : « La partie qui fait les empereurs et les rois, la garce et le cocu, » dit le vertueux Pierre Richelet. En voici la description, d’après l’auteur du Noviciat d’amour :

Ce tube est le chef-d’œuvre de l’architecture divine qui l’a formé d’un corps spongieux, élastique, traversé dans tous les sens par une ramification de muscles et de vaisseaux spermatiques. Il est, à son extrémité supérieure, surmonté d’une tête rubiconde, sans yeux, sans nez, n’ayant qu’une petite ouverture et deux petites lèvres, couvert d’un prépuce, retenu par un frein délicat qui ne gêne point le mouvement d’action et de rétroaction : au bas de cet instrument précieux sont deux boules ou bloc arrondis, qui sont les réservoirs de la liqueur reproductive, qu’aspire et pompe votre partie dans le mouvement et le frottement du coït, id est, de la conjonction ; ces deux boules enveloppent deux testicules, d’où elles ont pris leur nom, et sont soutenues par le ralphé ; on les nomme plus généralement couilles et couillons…

(Mercier De Compiègne)

On dit de quelqu’un qui rougit de chaleur, de honte, de colère, ou pour toute autre cause : il est rouge comme un vit de noce.

(Dicton populaire)

L’académicien dit : Mon vit.

(L. Protat)

Ah ! je n’y tiens plus ! le cul me démange…,
Qu’on m’aille chercher l’Auvergnat du coin…
Car je veux sentir le vit de cet ange
Enfoncer mon con — comme avec un coin.

(Parnasse satyrique)

Si je quitte le rang de duchesse de Chaulne
Et le siège pompeux qu’on accorde à ce nom,
C’est que Gino a le vit long d’une aune,
Et qu’à mon cul je préfère mon con.

(Collé)

De Madeleine ici gisent les os,
Qui fut des vits si friande en sa vie,
Qu’après sa mort tout bon faiseur supplie
Pour l’asperger lui pisser sur le dos.

(B. Desperriers)

Quand votre vit, à jamais désossé,
Comme un chiffon pendra triste et plissé.

(Chanson d’étudiants)

France, 1907 : Membre viril, du latin vitum, dérivé de vita, vie. C’est en effet, suivant l’expression de Boccace, le bâton avec lequel on plante les hommes et qui perpétue la vie et les espèces. Le mot est aussi vieux que notre langue et nos pères, qui, n’étant pas englués de notre fausse et ridicule pudeur, n’hésitaient pas à le prononcer ni à l’écrire.

Ton vieux couteau, Pierre Martel, rouillé
Semble ton vit jà retrait et mouillé ;
Et le fourreau tant laid où tu l’engaînes,
C’est que toujours as aimé vieilles gaines.
Quant à la corde à quoi il est lié,
C’est qu’attaché seras et marié.
Au manche aussi de corne connoît-on
Que tu seras cornu comme un mouton.
Voilà le sens, voilà la prophétie
De ton couteau, dont je te remercie.

(Clément Marot)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique