Entrez le mot à rechercher :
  Mots-clés Rechercher partout 


Chicanou

France, 1907 : Avocat, avoué, homme d’affaires.

Enfin, j’aurais pu ajouter à ceux-ci une foule d’autres chicanous subalternes, parmi lesquels il faut bien nous garder d’oublier l’avocat que sa profession a repoussé ; pauvre diable tué par la concurrence, et qui, après avoir. sans succès, étalé dans le bazar des Pas-Perdus sa loquèle au rabais, tombe, de chute en chute, jusque dans l’humble poussière de quelque greffe, ou bien sous l’échoppe de l’écrivain public, à moins toutefois que le patronage administratif ne s’empare de cette incapacité si bien éprouvée.

(Old Nick, L’Avocat)

C’est les enjuponnés, les marchands d’injustice : chats fourrés, grippe-minauds, chicanous, avocats bêcheurs, et toute la vermine qui vit de leur maudit métier.

(Almanach du Père Peinard, 1894)

Enjuponné

Hayard, 1907 : Juge.

France, 1907 : Magistrat ou prêtre.

Qui dit accusé, dit condamné, — grâce à la racaille des marchands d’Injustice : turellement, ceci ne s’adresse qu’aux pauvres bougres, car chacun sait que les enjuponnés n’ont pas l’habitude de condamner les richards.

(Père Peinard)

Enjuponner (s’)

France, 1907 : Se mettre sous le joug d’une femme.

Nous aimions l’omnibus
Pour son impériale,
Et la femme — notre égale —
En à fait le blocus !
Au diable les jupons !
Elle aime mieux nos frusques ;
C’est nous, pauvres mollusques,
Qui nous enjuponnons !!

(Henri Buguet)

Faire à la pose (la)

France, 1907 : Poser ; vouloir se faire passer pour plus qu’on ne vaut. C’est le fait des imbéciles ou des intrigants de la faire à la pose.

Brouh ! ça vous fout la frousse : parce que quelques salopiots d’enjuponnés voudront la faire à la pose, ils vont m’expédier au bagne ou, chose plus emmerdante, me faire couper le coup.

(Père Peinard)

J’antipathis’ les bourgeois qui nous r’prochent
D’fair’ turbiner nos femm’s, sœurs et bell’s-sœurs.
Tandis qu’nous ons les deux mains dans les poches
Pour honorer le glorieux nom d’sout’neurs.
Tous ces muff’s-là qui la font à la pose,
S’ils regardaient autour d’eux, je n’dout’ pas
Qu’ils r’connaîtraient qu’il n’y a guère aut’ chose
Que des sout’neurs ; y en a des tas, des tas !!

(Édouard Maubert)

Frisons

Delvau, 1866 : s. m. pl. Boucles de cheveux frisés à la chien, que les femmes à la mode portent aujourd’hui sur les tempes. Ces cheveux-là au moins leur appartiennent tandis que les frisons en soie qu’elles portent en chignon ne leur ont jamais appartenu.

France, 1907 : Boucles de cheveux sur les tempes ou la nuque.

Mes frisons, à moi, sont les frisons du flâneur, et, si vous voulez les étudier en dehors du silence du cabinet, dans la rue mouvementée ou sur le boulevard méliniteux, faisons ensemble une sortie de flâneurs, au moment charmant et psychologique où les ouvrières vont à l’atelier, les femmes d’employés au marché, les bourgeoises au bain et les grandes mondaines au Bois.
Et nous analyserons, nous détaillerons, nous admirerons les nuques, presque toujours ornées de frisons voluptueux, de tout ce joli monde enjuponné qui compose le véritable peuple souverain, la tête de ligne, la classe dirigeante de l’humanité en marche.

(E. Domerc)

Gueule (faire la)

France, 1907 : Prendre des airs importants ou simplement ne pas paraître satisfait.

La bourgeoisie âpre et bégueule
Dont les plus beaux jours sont comptés,
D’ici peu fera triste gueule
Devant nos faubourgs révoltés.

(Georges Baillet)

Les quotidiens ont raconté, ces jours-ci, sans le plus léger commentaire, qu’à Londres, en plein tribunal, un prolo a réclamé le bagne, affirmant qu’il préférait vivre en prison qu’en liberté.
Le pauvre bougre en question, James Kendrick, fut arrêté sur le tas, il y a deux ans, en train de fracturer une porte. Son affaire paraissait si claire que, sans ajuster leurs bésicles, ni défriser leurs perruques d’étoupes blanches, les enjuponnés administrèrent à l’accusé trois ans de servitude pénale.
C’était justement ce que désirait Kendrick ! Tout au plus aurait-il renaudé parce que la dose n’était pas assez forte.
Gai ct content, notre condamné fut expédié au bagne de Portland ; jovial comme pas un, le type se fit gober de tout le monde, aussi bien des gardes-chiourme que des autres détenus. C’était un prisonnier modèle, aussi s’empressa-t-on de le fiche en liberté conditionnelle.
Kendrick fit bien un peu la gueule, mais il avait 102 francs de masse à palper et il se dit qu’il lui serait facile de se faire refoutre dedans, puisqu’il n’était qu’en liberté conditionnellement.

(La Sociale)

Mouscaille

Vidocq, 1837 : s. f. — Matière fécale.

Clémens, 1840 : Excréments.

Delvau, 1866 : s. f. Le résultat de la digestion, — dans l’argot des voleurs.

La Rue, 1894 : Gadoue. Excréments.

Virmaître, 1894 : La marchandise que l’on abandonne avec satisfaction dans les châlets de nécessité. Mouscailler : faire ses besoins (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Déjections.

France, 1907 : Excréments ; argot des prisons.

Cette semaine on vient de découvrir deux superbes pots aux roses — où les roses sont remplacées par de la fine fleur de mouscaille — qui prouvent surabondamment que si on veut trouver de la justice quelque part, c’est pas dans la turne où règnent les enjuponnés qu’il faut s’égarer.

(Le Père Peinard)

Foutre, non ! Parmi les socialos politicards, il peut y avoir des cocos qui ont de l’honnêteté, mais qué que ça prouve ? Rien, sinon qu’ils manquent de flair. Y a des types qui pourraient écraser 36.000 étrons, pétrir la mouscaille de leurs dix doigts… parce qu’ils ne sentiront rien, c’est-y une preuve que ça ne pue pas ?

(Almanach du Père Peinard, 1894)

Paumer

Vidocq, 1837 : v. a. — Perdre.

un détenu, 1846 : Prendre, saisir, empoigner.

Larchey, 1865 : Empoigner. V. Du Cange. — Du vieux mot paumoier. — V. Cigogne.

Rends-moi la bourse, ou sinon je te paume.

(le Rapatriage, parade, dix-huitième siècle)

Larchey, 1865 : Perdre.

Je ne roupille que poitou ; je paumerai la sorbonne si ton palpitant ne fade pas les sentiments du mien.

(Vidocq)

Delvau, 1866 : v. a. Empoigner, prendre — avec la paume de la main. S’emploie au propre et au figuré. Être paumé. Être arrêté. Être paumé marron. Être pris en flagrant délit de tricherie, de vol ou de meurtre.

Delvau, 1866 : v. a. Perdre, — dans l’argot des voleurs. Paumer la sorbonne. Devenir fou, perdre la tête.

Rigaud, 1881 : Arrêter, appréhender au corps. Se faire paumer ; mot à mot : se faire mettre la paume de la main au collet.

Rigaud, 1881 : Dépenser, — dans le jargon des ouvriers. Paumer son fade, dépenser l’argent de sa paye.

Rigaud, 1881 : Perdre, — dans le jargon des voleurs. — Paumer l’atout, perdre courage.

La Rue, 1894 : Perdre. Dépenser. Empoigner. Arrêter. Se paumer, s’égarer.

Virmaître, 1894 : Perdre.
— Tu fais une drôle de gueule.
— J’avais deux sigues d’affure et j’en paume quatre, y a de quoi.
— Fallait pas jouer (Argot des voleurs). N.

Rossignol, 1901 : Perdu. — « J’ai paumé ma bourse. » — « J’ai paumé au jeu. » — Celui qui a de la perte a de la paume.

Rossignol, 1901 : Prendre, surprendre, arrêter. — « J’ai été paumé par ma mère au moment où je fouillais dans sa bourse. » — « Le môme Bidoche a été paumé en volant à l’étalage. »

Hayard, 1907 : Perdre.

France, 1907 : Dérober, détourner adroitement quelque chose, mettre la paume de la main sur un objet.

France, 1907 : Donner, lancer. « Paumer la gueule à un roussin », donner un coup de poing sur la figure d’un agent. Argot des voyous.

France, 1907 : Manger avec avidité.

France, 1907 : Prendre, arrêter, saisir ; littéralement, tenir dans la paume de la main, Argot populaire.

Il y a trois ans, les enjuponnés cherchaient les assassins d’un paysan et de sa femme ; ils en avaient déjà deux dans les griffes, il leur manquait un troisième.
Au hasard, ils paumèrent un pauvre bougre qui n’était pour rien dans l’affaire.

(Le Père Peinard)

Paumer sur le tas, arrêter en flagrant délit. Paumé dans le dos, flambé, perdu.

— Faut gicler, les gonzesses, on va vous paumer su’l’tas.

(A. Bruant, Les Bas-fonds de Paris)

Smart

France, 1907 : Élégance, bel air, recherches de manières et de décors, distinction d’allure, dandysme, fashion ; néologisme venu de l’anglais.

En 1885, on était bécarre, comme on avait été raffiné sous Charles IX, libertin sous Louis XV, talon rouge sous la Régence et plus tard incroyable. Le parfait bécarre devait porter des bottes pointues, un pantalon étriqué, le gilet blanc très ouvert, n’avoir qu’un seul gant à la main gauche et surtout paraître très gourmé, très Anglais et très sanglé. Hier, nous avions des snobs d’essence particulière, dont la colonie fréquente de préférence aux environs de l’Are de l’Étoile. On les reconnaissait à leur costume prétentieux, enjuponnés qu’ils étaient, rapporte la chronique de 1896, de longues redingotes, le col enfoncé dans des collets en velours, les épaules remontées presque un niveau des oreilles par le relief des manches, et s’efforçant en leur démarche d’avoir un air 1830. Maintenant, nous avons les petits jeunes très modernes, très envoyés, à qui le smart américain vient de jeter son dernier cri.

(Frédéric Loliée)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique