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Compliment

d’Hautel, 1808 : Rengaîner son compliment. Pour s’abstenir de le faire ; se retirer sans avoir exécuté ce que l’on avoit prémédité.
Un compliment bien troussé. Pour dire bien tourné, fait gracieusement et avec esprit.

Delvau, 1864 : L’acte copulatif.

Nous avons un grand homme,
Arrivé depuis peu
Dans ce lieu,
Qui fait, quand on l’en somme,
Six compliments par jour
À l’amour.

(Collé)

En amour, dans ma jeunesse,
J’eus des succès étonnants ;
Je fis à mainte Lucrèce
D’innombrables compliments.

(Émile Debraux)

Engainer

Delvau, 1864 : Baiser, la nature de la femme servant de gaine au couteau de l’homme.

Si elle n’ouvre pas bien les cuisses, il est impossible qu’il la puisse bien engaîner.

(Mililot)

Puis Martin juche et lourdement engaîne.

(Cl. Marot)

De sorte que quand il voulut engaîner.

(Moyen de parvenir)

La belle crie, il pousse, à la fin il engaîne.

(Piron)

Enquiquiner

Rigaud, 1881 : Ennuyer, agacer, porter sur le système nerveux.

France, 1907 : Ennuyer. C’est aussi une expression de mépris. Je vous enquiquine, allez au diable, je me moque de vous.

— Oh ! zut ! fit Zéozia. Tu sais, il faut lâcher ta politique ! elle m’embête, ta politique ! Quand tu me faisais travailler pour elle et que je sauvais la République, c’était encore drôle ; mais, à présent qu’elle est sauvée, ça devient une rengaine ; elle m’enquiquine.

(Edgar Monteil, Le Monde officiel)

Ficelé

Rigaud, 1881 : Habillé. Bien ficelé, mal ficelé, bien mis, mal mis ; par allusion à la ficelle qui habille les saucissons.

Virmaître, 1894 : Se dit de quelqu’un bien habillé, tiré à quatre épingles (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Celui qui est correctement vêtu est bien ficelé.

France, 1907 : Habillé. Être bien ou mal ficelé. Ficelé comme l’as de pique ou l’as de trèfle, être mis d’une façon négligée ou ridicule.

Palmyre. — Je vous conseille de vous plaindre. Seulement, vous m’attrapez, parce que je suis une petite couturière avec laquelle vous marchandez… Vous iriez chez Larossi ou chez Commpoivre, vous n’oseriez pas réclamer à cause des cocottes qui sont là, vous payeriez ce qu’on vous demanderait, et vous seriez ficelées comme l’as de trèfle.

(Maurice Donnay)

Nous sommes tous fort laids même en habit de fête ;
Boutonnés, ficelés, et traînant notre ennui,
Les pieds dans deux tuyaux, un tuyau sur la tête,
Les deux bras engainés, le corps dans un étui
Que fabrique un tailleur pour les preux d’aujourd’hui.

(Aurélien Scholl)

Gueuler

d’Hautel, 1808 : Crier à tue-tête, hurler à la manière des bêtes.

Delvau, 1866 : v. n. Crier, gronder. Signifie aussi Parler.

France, 1907 : Crier, invectiver.

Le drôle parlait de me faire passer au conseil pour refus de service. Il gueulait à faire crouler les murs. Des sergents vinrent, je m’expliquai, et tout rentra dans l’ordre.

(Sutter-Laumann, Histoire d’un Trente sous)

— Deux litres tout de suite, chacun le sien ! gueula Jésus-Christ.

(Émile Zola, La Terre)

Et quand il sut jacter nature,
L’entraver comme un marloupin,
Il fit de la littérature ;
Et l’on entendit Montépin
Et Collas et d’autres rengaines
Hurler, crier, sur tous les tons,
Et gueuler comme des baleines…
… Et ce que nous nous en foutons !…

(Aristide Bruant)

Guitare

Larchey, 1865 : Rengaine. — Terme inventé par les Romantiques qui voulurent réagir contre l’école des Troubadours classiques de 1820. Chaque volume de vers était alors précédé du portrait de l’auteur drapé dans un manteau à grand collet et faisant vibrer son luth (guitare classique) au milieu de ruines éclairées par la lune.

On désigne au théâtre sous le nom de guitare une sorte de plainte incessante, revenant comme une mélopée, le son monotone d’une guitare modulant un rythme triste et sans fin

(Duflot)

Delvau, 1866 : s. f. Rengaine ; plainte banale, blague sentimentale, — dans l’argot des artistes et des gens de lettres, reconnaissants à leur manière envers les beaux vers des Orientales de Victor Hugo.

Rigaud, 1881 : Redite, rabâchage, doléances. — Jouer de la guitare, rabâcher. — Pincer, jouer de la guitare, être en prison.

Virmaître, 1894 : Soufflet dont se servent les plombiers. Allusion de forme (Argot du peuple).

France, 1907 : Rengaine, blague sentimentale, allusion aux joueurs de guitare qui jouent toujours les mêmes airs.

— Résumons, fit le président, vous parlez trop, et nullement à votre avantage. Les promesses que vous avez faites à l’accusée étaient donc mensongères ?
— Oh ! mensonges forcés ! Ça se promet toujours, le mariage. S’il fallait épouser toutes femmes auxquelles on chante cette guitare, on serait plus polygame qu’un Turc !

(Gazette des Tribunaux)

— Assez, je connais cette guitare, on me la chante trop souvent… Nous n’avons qu’un but, c’est d’avoir des louis, beaucoup de louis, tout plein de louis ! et la chasse que nous leur faisons possède le charme que vous pouvez trouver à celle des bécasses.

(Ces Dames du Casino, 1862)

France, 1907 : Soufflet, à cause de sa forme.

Jeu (vieux)

Rigaud, 1881 : Vieille école, ancien régime, vieux système. — L’écrivain qui emploie dans un livre des moyens usés, des rengaines pour charmer ses lecteurs : vieux jeu. — L’auteur dramatique dont les procédés scéniques, le dialogue rappellent soit l’exagération des romantiques, soit la monotonie des classiques : vieux jeu. — L’avocat, l’orateur qui effeuille à la barre, à la tribune, les vieilles fleurs desséchées de la rhétorique, celui qui dit : « Nos modernes Hétaïres, le vaisseau de l’État conduit par d’habiles pilotes, l’honorable organe du ministère public, l’hydre de l’anarchie ose relever la tête… » vieux jeu. — Celui qui appelle sa femme « sa moitié » ; celui qui, en quittant un ami, le prie de « mettre ses respectueux hommages aux pieds de madame » ; vieux jeu, vieux jeu.

France, 1907 : Anciennes habitudes hors de cour, usages passés de mode, plaisanteries rabattues.

Quand, vers la trentaine, le comte Sosthène d’Apremont, après une éducation provinciale et vieux jeu sous les jupons maternels, devenu grand gas balourd et hobereau savantasse, décoré du pape, avait eu, comme il convient, l’idée du mariage…

(Gaëtan de Meaulne)

Marloupin

Virmaître, 1894 : Jeune marlou qui fait son apprentissage dans les bals publics. On dit aussi goussepin : petit vagabond dont la première étape est la petite Roquette et la dernière souvent, la grande. Goussepin gouspiné : voler (Argot des voleurs).

Hayard, 1907 : Jeune marlou.

France, 1907 : Jeune marlou.

Quand on paie en monnaie d’singe
Nous aut’ marloupins,
Les sal’s michetons qu’a pas d’linge,
On les pass’ chez paings.

(Jean Richepin)

Et quand il sut jacter nature,
L’entraver comme un marloupin,
Il fit de la littérature,
Et l’on entendit Montépin
Et Collas et d’autres rengaines
Hurler, crier, sur tous les tons,
Et gueuler comme des baleines,
… Et ce que nous nous en foutons !…

(Aristide Bruant)

Orreries

France, 1907 : Bijoux.

— Assez jaspiné, assez « pissé de l’œil », comme ils disent au faubourg… Au lieu de toujours débagouliner la même rengainée, viens un peu m’aider à retourner cette vieille, là-bas. C’est une richarde, je suis sûr qu’elle est couverte d’orreries.

(Hector France, Les Mystères du monde)

Patati-patata

France, 1907 : Onomatopée, dont on se sert pour exprimer un bavardage ennuyeux qui n’en fini pas, une suite de rengaines sur un air connu.

— Depuis longtemps, il m’adorait. Nos âmes sœurs ! Cruelle énigme ! et patati et patata… J’affectai de rire pour geler un peu son éloquence…

(Paul Adam)

Plis (des) !

Delvau, 1866 : Exclamation faubourienne de la même famille que Des navets ! du flan !

Rigaud, 1881 : Des bêtises ! Rengaine de la famille de : « des navets ! des nèfles ! » — Le mot comporte l’idée d’un sous-entendu obscène à l’adresse du sieur podex.

France, 1907 : Expression de refus ; argot populaire. Synonyme de Des néfles !

Poil

d’Hautel, 1808 : Avoir un poil dans la main. Être disposé à ne rien faire, se laisser gagner par l’oisiveté.
Il y a laissé son poil. Se dit en parlant d’un homme qui dans une affaire a eu du dessous, ou un grand désavantage.
Poil de Judas. Cheveux ou barbe rousse.
Être au poil et à la plume. Être bon et habile à plusieurs choses.
Un brave à trois poils. Fanfaron, homme qui dit plus qu’il n’en fait.
C’est un gaillard à poil, un luron à poil. Se dit d’un homme fort, vigoureux, et bien taillé ; ou fin, habile et rusé.
Il a de beaux poils. Se dit par ironie de quel qu’un qui n’a pas de beaux cheveux.
Reprendre du poil de la bête. Se remettre au travail, reprendre ses travaux accoutumés après plusieurs jours de féerie.
Un poil ne passe pas l’autre. Se dit d’un homme ajusté, vêtu avec recherche.
Il se laisseroit arracher la barbe poil à poil. Se dit d’un poltron, qui souffre et passe sous silence les offenses les plus graves.

Larchey, 1865 : Réprimande.

Delvau, 1866 : s. m. Courage, — dans l’argot du peuple, qui, sans croire, comme les Anciens, aux gens qui naissent avec des poils sur le cœur (V. Pline, Histoire naturelle), a raison de supposer que les gens velus de corps sont plus portés à l’énergie que ceux à corps glabre. D’où les deux expressions : Avoir du poil, c’est-à-dire du courage, et Être à poils, c’est-à-dire résolu.

Delvau, 1866 : s. m. Paresse, envie de flâner, — dans le même argot [du peuple]. Avoir un poil dans la main, ou tout simplement le poil. N’avoir pas envie de travailler. Nos pères disaient d’un homme fainéant : « Il est né avec un poil dans la main, et on a oublié de le lui couper. »

Delvau, 1866 : s. m. Réprimande, objurgation, — dans l’argot des ouvriers paresseux.

La Rue, 1894 : Paresse. Avoir un poil dans la main. Réprimande. Courage. Faire le poil, surpasser, tromper. Tomber sur le poil, battre.

France, 1907 : Réprimande. « Recevoir un poil. »

— Comment être sûr que celle-ci ou celle-là, à qui je devrais adresser des observations, flanquer un poil, sur la manière dont elle s’acquitte de son service, ne… fréquente pas les genoux d’un député ou d’un sénateur, aussi amoureux qu’influent ? Dans le doute, je préfère rengainer mon speech et supprimer mon poil !

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

Raplapla

France, 1907 : Rengainé, chose cent fois redite. Onomatopée, imitant le raplapla du tambour.

La définition de Dumas : « Les affaires, c’est l’argent des autres », cette définition, qui paraissait hardie et même cynique, il y a cinquante ans, est devenue rococo, raplapla. Car, il ne faut pas nous le dissimuler, aujourd’hui, les affaires, ce n’est plus seulement l’argent, mais c’est le nom, l’honneur et la vie même des autres. C’est admis, c’est reconnu.

(Maurice Donnay)

Rengaîne

Delvau, 1866 : s. f. Phrases toutes faites à l’usage des apprentis journalistes ou vaudevillistes, — telles que « l’étoile de l’honneur, la croix de ma mère, l’épée de mon père, le nom de mes aïeux », etc., etc.

Rengainer

La Rue, 1894 : Rentrer.

Rengaîner

d’Hautel, 1808 : Rengaîner son compliment. Supprimer, ou ne pas achever ce qu’on avoit envie de dire.
Rengaînez. Pour dire à quelqu’un qui a dégainé de remettre son arme dans le fourreau.

Rengainer son chiffon

Rigaud, 1881 : Se taire. Mot à mot : rentrer sa langue.

Rengainer son compliment

Virmaître, 1894 : Faire du plat à une femme, elle vous envoie à l’ours, il faut rengainer son compliment. Être en tête-à-tête avec une femme mariée pour la première fois ; au moment psychologique, le mari arrive… il faut rengainer son compliment (Argot du peuple). N.

Rengaîner son compliment

Delvau, 1866 : v. a. Se taire, — dans l’argot du peuple. Signifie aussi, par extension, Mourir.

Rengainer son compliment ou son objet

Delvau, 1864 : Remettre son membre dans sa culotte ; ne pas pousser plus loin l’aventure.

J’entends quelqu’un venir…
Rengaine ton objet…

(Louis Protat)

Rengainer son compliment, son chiffon

France, 1907 : Se taire : argot populaire.

Rengainer un compliment

France, 1907 : Retenir un compliment qu’on se préparait à faire, parce qu’on s’aperçoit qui serait mal venu ou que les circonstances ont cessé d’être opportunes. On trouve pour la première fois cette expression dans le Mariage forcé de Molière, Sganarelle répond à Alcidas, qui lui propose, sous forme de compliment de se couper la gorge ensemble : « Eh ! Monsieur, rengainez ce compliment. »

Rengainer, renquiller

Rigaud, 1881 : Rentrer. — Renquiller son compliment, ne pas achever ce qu’on avait à dire.

Scie

d’Hautel, 1808 : Terme équivoque et satirique, qui signifie bernement, brocard, dérision, lardon, persiflage, sarcasme, gausserie.
Voilà la scie qui va. Se dit quand on se moque finement de quelqu’un.
C’est une scie de longueur. Pour dire que l’on se moque depuis long-temps de quelqu’un.
Scie se prend aussi pour ennuyeux, rude, pénible, épineux, obscur, embrouillé.
C’est une scie que cet ouvrage. Pour, c’est un ouvrage de patience, rude, embarrassant, ennuyeux.

Larchey, 1865 : Tourment, mystification répétée d’autant plus de fois qu’elle paraît agacer l’auditeur. — Allusion à la scie qui revient toujours en grinçant sur elle-même.

Les femmes, c’est la scie pour les domestiques.

(Ricard)

Les scies les plus farouches l’avaient trouvé inébranlable.

(Murger)

Scier, scier le dos : Tourmenter.

Pourquoi boire ? — Pour s’étourdir, pour oublier ce qui vous scie.

(E. Sue)

Laisse-moi, Cadet, tu me scies.

(Rousseliana, 1805)

Delvau, 1866 : s. f. Ennui, contre-temps fâcheux.

Delvau, 1866 : s. f. Femme légitime. Porter sa scie. Se promener avec sa femme au bras.

Delvau, 1866 : s. f. Mystification, plaisanterie agaçante, — dans l’argot des artistes. Le chef-d’œuvre du genre, c’est :

Il était quatre jeunes gens du quartier,
Eh ! eh ! eh ! eh ! Ils étaient tous les six malades,
Ade ! ade ! ade ! ade ! On les mit tous sept dans un lit,
Hi ! hi ! hi ! hi ! Ils demandèrent du bouillon,
On ! on ! on ! on ! Qui n’était ni salé ni bon,
On ! on ! on ! on ! C’est l’ordinair’ de la maison,
On ! on ! on ! on ! Ça commence à vous embêter,
Eh ! eh ! eh ! eh ! Et bien je vais recommencer,
Eh ! eh ! eh ! eh !

Et l’on recommence en effet jusqu’à ce que l’importun que l’on scie ainsi comprenne et s’en aille. Faire ou Monter une scie. Imaginer une mystification contre quelqu’un.

Rigaud, 1881 : Ennui profond causé par un travail monotone, par un travail fait à contre-cœur. — Rengaine agaçante. — Monter une scie, faire des scies. Lucrèce a dit : Serrœ stridentis acerbus horror.

Virmaître, 1894 : Femme légitime. Quand un ouvrier menuisier porte sa scie, les voyous lui disent :
— Tu trimballes la légitime.
Scier
quelqu’un : l’ennuyer, le raser (Argot du peuple).

France, 1907 : Ennui, rengaine. Porter sa scie, sortir avec sa femme ; argot des ouvriers. Monter une scie, mystifier.

— Vous allez me faire une déclaration ! ça se voit dans votre œil gauche. Quelle scie ! quelle scie !… vous étiez le seul non crétinisé, le seul avec qui je pouvais parler de tout, vos réalisiez pour moi l’idéal du camarade… comprenez-vous tout ce qu’il y a de flatteur dans cette manière de vous classer ?… maintenant vous allez aussi commencer à faire des yeux de poisson bouilli.… oh ! n’essayez pas de protester, tous les hommes font des yeux de poisson bouilli quand ils sont amoureux…

(Aug. Ricard, Cristal fêlé)

Sœur (et ta) ?

Rigaud, 1881 : Réplique grossière, gouailleuse, qui, pendant un certain temps, a couru du faubourg dans le monde des filles et dans les ateliers d’artistes. Rengaine débitée à tout propos. Mot à mot : ta sœur est-elle heureuse ? Allusion à une trop fameuse chanson populacière, chantée sur l’air de la valse de la Fille du régiment :

Et ta sœur est-elle heureuse ?
A-t-ell’ z’évu beaucoup d’enfants,
Fait-elle toujours la gueuse
Pour la somme de trois francs ?

C’était une façon de dire à quelqu’un : « Je me moque de ce que vous me dites. Si nous parlions d’autre chose ? » — Suivant certains étymologistes, l’expression ne serait que la parodie de cette phrase banale et cérémonieuse usitée parmi les bourgeois : « Et madame, comment va-t-elle ? et votre fille, et votre sœur ? » — Peut-être, et c’est notre opinion, la réplique suivante de l’Aïeule de MM. d’Ennery et Charles Edmond a-t-elle inspiré et la chanson citée plus haut et, par contre, la si populaire rengaine.

Jeanne. — Et ta sœur ?
La douairière. — Ta sœur… ta sœur…

Tirer

d’Hautel, 1808 : Tirer la latte, la ligousse. Pour dire se battre à coup de sabre ou avec une arme quelconque.
Faire tirer bouteille Aller au cabaret, se faire apporter une bouteille de vin.
Tirer sa révérence. Se retirer d’un lieu.
On dit dans le même sens, rengaîner son compliment.
Tirer au mur.
Expression basse et triviale, qui signifie être obligé de se passer d’une chose sur laquelle on faisoit fonds, comme lorsqu’on a été oublié dans une distribution.
Tirer son pied. Marcher avec peine, être fatigué.
Tirer le poil. Pour dire, faire financer quelqu’un, lui excroquer de l’argent.
Cette comparaison est tirée aux cheveux. Pour dire n’est pas naturelle, est forcée.
Être à couteau tiré avec quelqu’un. Pour, être continuellement en querelle, avoir de l’animosité contre lui.

Delvau, 1864 : Baiser une femme.

Et dans les bois, je savait la tirer.

(É. Debraux)

Aimes tu mieux en gamine
Tirer le coup du macaron ?

(Saunière)

Montrez à ma mère
Tout votre savoir,
Elle va vous faire
Tirer dans le noir.

(Les Archers de l’amour.)

À ce prix-là, dans toute la boutique
De faire un choix j’eus la permission,
Et je montai pour tirer une chique…

(Chanson anonyme moderne)

— Je vais tirer mon coup, ma crampe, ou bien ma chiqué,
Dit un futur Gerbier.

(L. Protat)

Réclamant aux vieillards libidineux ses gants,
Et tirant tous les jours des coups extravagants.

(A. Glatigny)

J’ vois que vous y prenez goût.
Mais je n’ tir’ jamais qu’un coup.

(F. De Calonne)

Delvau, 1866 : v. a. Peindre, spécialement le portrait, — dans l’argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Avoir peu de temps à rester au régiment. Mot à mot : tirer à la fin du service militaire.

Rigaud, 1881 : Subir une condamnation. — Combien que tu tires ? par abréviation pour : combien tires-tu de longes ?

Rigaud, 1881 : Tirer à la conscription, — dans le jargon du peuple.

Rigaud, 1881 : Tirer une carte ou demander une carte au jeu de baccarat.

Rigaud, 1881 : Voler à la tire.

Boutmy, 1883 : v. intr. Mettre sous presse, imprimer. Ce mot, en ce sens, vient sans doute de l’opération nécessitée par l’impression au moyen des presses manuelles, opération dans laquelle l’imprimeur tire, en effet, le barreau.

Hayard, 1907 : Faire, (se) partir.

France, 1907 : Faire.

M. Lucien Descaves, qui a tiré cinq ans, comme on dit, a souffert de la vie de caserne jusqu’au plus intime de lui-même et il a exhalé, dans un livre douloureux, grave à la manière noire, ses colères, ses rancunes et ses rancœurs longtemps comprimées.

(Georges Forgues, La Nation)

À tirer, à faire. Temps à tirer, temps à faire.

Les images guerrières, chromolithographies ou souvenirs des derniers Salons, habillaient ses évocations de leurs réminiscences signées de Neuville, signées Detaille. Toutefois il s’en voulait, se jugeait bête. Qu’est-ce que cela lui faisait ? Il allait s’emballer, pas vrai, trouver ça empoignant ? Oh ! l’imbécile !… Et ses cinq ans à tirer ?… Cinq ans !

(Paul Bonnetain, Le nommé Perreux)

Se tirer, se passer, s’accomplir.

Ainsi, douc’ment le congé se tire ;
Il passe ensuit’ sergent-major,
Son successeur, pas b’soin d’le dire,
Ratiboisera plus encor.

(Griolet)

France, 1907 : Photographier ; argot populaire.

Le festin s’fit chez l’pèr’ Latrouilles,
Un restaurant des mieux notés ;
On a mangé vingt-cinq andouilles,
Autant d’andouill’s que d’invités.
Après l’repas, le photographe
Nous tire en groupe… Ah ! quel tableau !
À sa vue on s’tord, on s’esclaffe ;
Ah ! Minc’ que’c’était rigolo !

(Jeanne Bloch)

Se faire tirer, se faire photographier. Les ouvriers et les campagnards emploient cette expression pour toute espèce de portraits.

Jean-Yves portait an cou, avec son scapulaire, un portrait de Maria. C’était une de ces photographies larges comme deux ongles que des opérateurs forains exécutent à la minute sur des petites plaques de métal. Maria s’était fait tirer le jour du Pardon.

(Hugues le Roux)

Turlutaine

Delvau, 1866 : s. f. Fantaisie, caprice, lubie.

France, 1907 : Baliverne.

Au premier choc, au moindre frôlement, à l’attaque d’une phrase équivoque, d’une prière libertine, elle avait une façon de dévisager les gens de ses prunelles calmes, emplies comme de l’eau morte et limoneuse d’une mare, de sourire comme si on lui eût murmuré de l’hébreu, de retirer doucement ses mains des doigts qui essayaient de les emprisonner, de parler aussitôt de n’importe quelle turlutaine qui retournait les plus téméraires, qui les rendait soudainement respectueux.

(René Maizeroy)

France, 1907 : Toquade, rengaine ; argot populaire.

Je pense comme M. de Rémusat, quand il disait qu’un gouvernement n’à guère rien de mieux à faire que de jouer le même air de flute que le gouvernement précédent, mais à condition de le jouer mieux ; et c’est ma turlutaine de vouloir qu’on ne remplace définitivement un pouvoir qu’en lui empruntant quelque chose et même beaucoup de ses traditions.

(Henry Fouquier)

Tuyau de poêle

Larchey, 1865 : Chapeau rond, botte à l’écuyère. — Allusion de forme.

Il donna un coup de poing dans son tuyau de poêle, jeta son habit à queue de morue.

(Th. Gautier, 1833)

Delvau, 1866 : s. m. Chapeau rond, qui semble, en effet, plus destiné à coiffer des cheminées que des hommes. Ce sont les romantiques, Théophile Gautier en tête, qui l’ont ainsi baptisé.

Rigaud, 1881 : Chapeau haute forme. — Pantalon des soldats d’infanterie de ligne, — dans le jargon des troupiers.

Merlin, 1888 : Dans le langage familier, on désigne ainsi un chapeau de haute forme ; dans l’argot militaire, c’est une botte.

La Rue, 1894 : Chapeau haut de forme. Soulier dont l’extrémité est béante.

Virmaître, 1894 : Chapeau haut de forme. Allusion juste, car il a la forme et la couleur d’un tuyau (Argot du peuple).

France, 1907 : Chapeau haut de forme appelé ainsi parce qu’il fait ressembler celui qui le porte à quelqu’un coiffé d’un tuyau de poêle tronqué. Il faut être, comme nous le sommes, habitués à cette grotesque coiffure pour ne pas en voir tout le ridicule. Cette abomination nous vient comme tant d’autres modes de la Grande-Bretagne. Ce fut un chapelier anglais, John Hetherington qui, désirant se faire une réclame monstre, s’en coiffa le premier. Il l’inaugura le 15 janvier 1797 — notez cette date mémorable dans les fastes de l’imbécillité publique — en se promenant dans les rues principales de Londres, où il provoqua un véritable scandale. Bien que fervents admirateurs de tout ce qui est excentrique, les Anglais trouvèrent que ce chapeau dépassait les bornes du laid. Le chapelier fut hué ; il y eut des bousculades ; Hetherington tint bon et reparut le lendemain et les jours suivants aves son grotesque couvre-chef, dont il avait orné de pareils sa vitrine. Le scandale ne discontinua pas et finalement son auteur fut poursuivi devant le tribunal du lord-maire sous l’inculpation d’avoir troublé la paix publique. Il déclara pour sa défense qu’un citoyen anglais avait le droit de se coiffer comme bon lui semblait. Le Times lui donna raison et dès lors l’opinion fut en sa faveur.
Quelques jeunes fashionables s’affublèrent par plaisanterie du nouveau chapeau, un membre de la famille royale le trouva à son goût et dès lors la gentry l’adopta. De l’Angleterre, il passa sur le continent, et traversant les frontières, les monts et les mers, il est allé coiffer jusqu’aux têtes des rois nègres.

La perfidie du chapeau haut de forme, dit George Auriol, est du reste indéniable. Il est fatal aux crânes les plus endurcis. Il recèle le microbe de la migraine et propage le bacille de l’abrutissement. Il exige des soins constants. Dès qu’on oublie de le lisser, de le polir, de le caresser et de le lécher, — il se rebiffe !
Moi qui vous parle, lorsque par hasard je m’encombre d’un chapeau tube, je suis le plus malheureux des hommes. À peine l’horrible tuyau est-il sur ma tête, qu’il s’horripile de lui-même malgré toutes les précautions que je prends, si bien qu’au bout d’une demi-heure il ressemble à un hérisson longtemps battu par la tempête.

 

Nous sommes tous fort laids même en habits de fête :
Boutonnés, ficelés et traînant notre ennui,
Les pieds dans deux tuyaux, un tuyau sur la tête,
Les deux bras engainés, le corps dans un étui
Que fabrique un tailleur pour les preux d’aujourd’hui.
Aussi prêtons-nous mal à la mélancolie,
Et la belle qui rêve et veut l’émotion
Ne peut guère trouver que par une folie
L’emblème du monsieur qui fait sa passion.

(Aurélien Scholl)

Vit

Delvau, 1864 : « La partie qui fait les empereurs et les rois, la garce et le cocu, » dit le vertueux Pierre Richelet. En voici la description, d’après l’auteur du Noviciat d’amour :

Ce tube est le chef-d’œuvre de l’architecture divine qui l’a formé d’un corps spongieux, élastique, traversé dans tous les sens par une ramification de muscles et de vaisseaux spermatiques. Il est, à son extrémité supérieure, surmonté d’une tête rubiconde, sans yeux, sans nez, n’ayant qu’une petite ouverture et deux petites lèvres, couvert d’un prépuce, retenu par un frein délicat qui ne gêne point le mouvement d’action et de rétroaction : au bas de cet instrument précieux sont deux boules ou bloc arrondis, qui sont les réservoirs de la liqueur reproductive, qu’aspire et pompe votre partie dans le mouvement et le frottement du coït, id est, de la conjonction ; ces deux boules enveloppent deux testicules, d’où elles ont pris leur nom, et sont soutenues par le ralphé ; on les nomme plus généralement couilles et couillons…

(Mercier De Compiègne)

On dit de quelqu’un qui rougit de chaleur, de honte, de colère, ou pour toute autre cause : il est rouge comme un vit de noce.

(Dicton populaire)

L’académicien dit : Mon vit.

(L. Protat)

Ah ! je n’y tiens plus ! le cul me démange…,
Qu’on m’aille chercher l’Auvergnat du coin…
Car je veux sentir le vit de cet ange
Enfoncer mon con — comme avec un coin.

(Parnasse satyrique)

Si je quitte le rang de duchesse de Chaulne
Et le siège pompeux qu’on accorde à ce nom,
C’est que Gino a le vit long d’une aune,
Et qu’à mon cul je préfère mon con.

(Collé)

De Madeleine ici gisent les os,
Qui fut des vits si friande en sa vie,
Qu’après sa mort tout bon faiseur supplie
Pour l’asperger lui pisser sur le dos.

(B. Desperriers)

Quand votre vit, à jamais désossé,
Comme un chiffon pendra triste et plissé.

(Chanson d’étudiants)

France, 1907 : Membre viril, du latin vitum, dérivé de vita, vie. C’est en effet, suivant l’expression de Boccace, le bâton avec lequel on plante les hommes et qui perpétue la vie et les espèces. Le mot est aussi vieux que notre langue et nos pères, qui, n’étant pas englués de notre fausse et ridicule pudeur, n’hésitaient pas à le prononcer ni à l’écrire.

Ton vieux couteau, Pierre Martel, rouillé
Semble ton vit jà retrait et mouillé ;
Et le fourreau tant laid où tu l’engaînes,
C’est que toujours as aimé vieilles gaines.
Quant à la corde à quoi il est lié,
C’est qu’attaché seras et marié.
Au manche aussi de corne connoît-on
Que tu seras cornu comme un mouton.
Voilà le sens, voilà la prophétie
De ton couteau, dont je te remercie.

(Clément Marot)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique