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Attrape-science

Delvau, 1866 : s. m. Apprenti, — dans l’argot des typographes.

Rigaud, 1881 : Apprenti cordonnier. Pour laver la tête à l’apprenti, les ouvriers la lui plongent plus d’une fois dans le baquet de science, le baquet où trempent les cuirs.

Boutmy, 1883 : s. m. Nom ironique par lequel les ouvriers désignent quelquefois un apprenti compositeur. L’attrape-science est l’embryon du typographe ; la métamorphose demande trois à quatre ans pour s’accomplir ; vers seize ou dix-sept ans, la chrysalide est devenue papillon, et le gamin s’est fait ouvrier. À l’atelier, il a une certaine importance : c’est le factotum des compositeurs ; il va chercher le tabac et fait passer clandestinement la chopine ou le litre qui sera bu derrière un rang par quelque compagnon altéré. Il va chez les auteurs porter les épreuves et fait, en général, plus de courses que de pâté. Quand il a le temps, on lui fait ranger les interlignes ou trier quelque vieille fonte ; ou bien encore il est employé à tenir la copie au correcteur en première, besogne pour laquelle il montre d’ordinaire une grande répugnance. Parfois victime des sortes de l’atelier, il en est aussi le complice ou le metteur en œuvre. Il nous revient en mémoire une anecdote dont le héros fut un apprenti. Ses parents habitant dans un faubourg, notre aspirant Gutenberg apportait à l’atelier sa fripe quotidienne, dont faisait souvent partie une belle pomme. Le gaillard, qui était un gourmet, avait soin de la faire cuire en la plaçant sur un coin du poële. Mais plus d’une fois, hélas ! avant d’être cuite, la pomme avait disparu, et notre apprenti faisait retentir les échos de ses plaintes amères : « Ma pomme ! on a chipé ma pomme ! » La chose s’étant renouvelée plus souvent que de raison, l’enfant s’avisa d’un moyen pour découvrir le voleur. Un beau jour, il apporta une maîtresse pomme qu’il mit cuire sur le poêle. Comme le gamin s’y attendait, elle disparut. Au moment où il criait à tue-tête : « On a chipé ma pomme ! » on vit un grand diable cracher avec dégoût ; ses longues moustaches blondes étaient enduites d’un liquide noirâtre et gluant, et il avait la bouche remplie de ce même liquide. C’était le chipeur qui se trouvait pris à une ruse de l’apprenti : celui-ci avait creusé l’intérieur de sa pomme et avait adroitement substitué à la partie enlevée un amalgame de colle de pâte, d’encre d’imprimerie, etc. L’amateur de pommes, devenu la risée de l’atelier, dut abandonner la place, et jamais sans doute il ne s’est frotté depuis à l’attrape-science. Certains apprentis, vrais gamins de Paris, sont pétris de ruses et féconds en ressources. L’un d’eux, pour garder sa banque (car l’attrape-science reçoit une banque qui varie entre 1 franc et 10 francs par quinzaine), employa un moyen très blâmable à coup sûr, mais vraiment audacieux. Il avait eu beau prétendre qu’il ne gagnait rien, inventer chaque semaine de nouveaux trucs, feindre de nouveaux accidents, énumérer les nombreuses espaces fines qu’il avait cassées, les formes qu’il avait mises en pâte, rien n’avait réussi : la mère avait fait la sourde oreille, et refusait de le nourrir plus longtemps s’il ne rapportait son argent à la maison. Comment s’y prendre pour dîner et ne rien donner ? Un jour d’été qu’il passait sur le pont Neuf, une idée lumineuse surgit dans son esprit : il grimpe sur le parapet, puis se laisse choir comme par accident au beau milieu du fleuve, qui se referme sur lui. Les badauds accourent, un bateau se détache de la rive et le gamin est repêché. Comme il ne donne pas signe de vie, on le déshabille, on le frictionne, et, quand il a repris ses sens, on le reconduit chez sa mère, à laquelle il laisse entendre que, de désespoir, il s’est jeté à l’eau. La brave femme ajouta foi au récit de son enfant, et jamais plus ne lui parla de banque. Le drôle avait spéculé sur la tendresse maternelle : il nageait comme un poisson et avait trompé par sa noyade simulée les badauds, ses sauveurs et sa mère. — Nous retrouverons cet attrape-science grandi et moribond à l’article LAPIN. À l’Imprimerie nationale, les apprentis sont désignés sous le nom d’élèves. Il en est de même dans quelques grandes maisons de la ville.

France, 1907 : Apprenti, dans l’argot des typographes.

Coq en pâte (comme un)

France, 1907 : « Un coq en pâte est un coq mis à la retraite, qu’on engraisse avec force pâtée, et qu’on tient captif à cet effet sous un panier. C’est pour lui faire l’honneur de le manger qu’on en prend tant de soin… »

(Charles Nisard, Curiosités de l’étymologie française)

On disait autrefois coq au panier.

Galette

Vidocq, 1837 : s. m. — Homme maladroit, dépourvu d’intelligence.

Larchey, 1865 : Homme nul et plat ; contre-épaulette portée autrefois par les soldats du centre.

Pour revêtir l’uniforme et les galettes de pousse-cailloux.

(La Bédollière)

Aux écoles militaires, une sortie galette est une sortie dont tous les élèves profitent, même ceux qui sont punis.

Delvau, 1866 : s. f. Imbécile, homme sans capacité, sans épaisseur morale. Argot du peuple.

Delvau, 1866 : s. f. Matelas d’hôtel garni.

Rigaud, 1881 : Argent. Boulotter sa galette, manger son argent, — dans le jargon des voyous.

Rigaud, 1881 : Grand, complet, — dans le jargon des Saint-Cyriens.

Rigaud, 1881 : Individu sans intelligence.

Rigaud, 1881 : Mauvais petit matelas aplati comme une galette.

Fustier, 1889 : Petit pain rond et plat qu’on sert dans certains restaurants.

La Rue, 1894 : Matelas. Imbécile. Mauvais soulier. Monnaie.

Virmaître, 1894 : Argent (Argot du peuple). V. Aubert.

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Argent.

France, 1907 : Argent.

—Les femmes, ça sert à quelque chose ou ça sert à rien. Si ça sert à rien, fourrez-les dedans, mais ne vous en servez pas. Non ! ces Messieurs veulent bien rigoler ; puis, quand ils ont casqué, qu’ils en ont eu pour leur argent, ils se plaignent… On dirait qu’ils regrettent leur galette. Faudrait peut-être les prendre à l’œil ! Ça serait pas à faire !… Et le commerce donc !

(Oscar Méténier)

Ô sainte Galette dorée
Devant qui l’on est à genoux,
Par toute la terre adorée,
Bonne sainte, priez pour nous !
Telle est votre toute-puissance
Aux yeux avides des mortels,
Que même en pâte on vous encense
Et qu’on vous dresse des autels.

(Jacques Rédelsperger)

Le lendemain de la fête des Rois, un marmot demande à un autre :
Y avait-il un bébé, hier, dans ta galette ?…
L’autre répond :
— Ah ! ouiche, rien du tout, et j’ai même entendu la nuit, papa qui disait à maman : « Avant d’avoir le bébé, faudrait avoir la galette ! »

(Le Charivari)

Embrassons-nous, ma gigolette,
Adieu, sois sage et travaill’ bien,
Tâch’ de gagner un peu d’galette
Pour l’envoyer à ton pauv’ chien ;
Nous r’tourn’rons su’ l’bord de la Seine,
À Meudon, cueillir du lilas,
Après qu’j’aurai fini ma peine
À Mazas.

(Aristide Bruant)

Bouffer la galette de quelqu’un, manger son argent, le ruiner.

Solange avait à elle environ quatre cents francs d’économies couchés sur un livret de la Caisse d’épargne postale ; de son côté, Camille, pour ne pas être en reste, ni accusé un jour de lui avoir bouffée sa galette, s’ingénia, parvint à tirer une carotte de cinq cents francs à sa famille, peu aisée pourtant et souvent déjà tapée dans les grands prix.

(Paul Alexis)

On dit aussi bonne galette.

Angèle se tenait derrière sa porte. Vous la voyez d’ici : des bas à fleurs, un peigne rose, ouvert du haut en bas, sur des chairs écroulées, et qui se gonflait au courant d’air. Une âcre odeur de musc flottait autour de ses aisselles ; ses cheveux étaient rougis par le fer, et la ligne blanche du maquillage, arrêtée à son cou, faisait paraitre sa graisse plus jaune.
— C’est vrai, me dit-elle, mon mignon, que tu veux m’apporter ta bonne galette ?

(Hugues Le Roux)

France, 1907 : Fête, dans l’argot des saint-cyriens. Sortie galette, sortie générale, sortie de fête.

France, 1907 : Homme sans valeur, caractère plat comme une galette.

France, 1907 : Matelas très mince et dur.

France, 1907 : Mauvais acteur.

… Il est donc très avantageux pour le correspondant de traiter avec des galettes semblables, qui, sans cesse à l’affut de nouveaux engagements, sont obligés d’avoir recours à son entremise.

(Charles Friès, Le Correspondant dramatique)

France, 1907 : Mauvais soulier.

France, 1907 : Nom donné par les saint-cyriens à la contre-épaulette de sous-lieutenant. Il y a une chanson intitulée : La Galette, dont voici une strophe qui donnera l’idée du reste.

Notre galette que ton nom
Soit immortel en notre histoire,
Qu’il soit embelli par la gloire
D’une brillante promotion !

On dit aussi : fine galette.
Autrefois les soldats du centre portaient tous des galettes en guise d’épaulettes.

Hereux comme un coq en pâte

France, 1907 : Vivre dans l’abondance, n’avoir ni souci ni contrariété. Mais pourquoi cette expression coq en pâte ? « Les Manceaux — dit Ch. Ferrand — pourraient nous répondre, car dans leur campagnes on engraisse admirablement les poulardes et les poulets, à l’aide de pâtées substantielles dont les bestioles se gavent tellement qu’elles n’ont pas le temps de songer aux misères de ce monde. »

L’opération de mettre les coqs à la pâtée s’appelle empâter. Un coq empâté est un coq soumis au régime de l’engraissement. On voit de suite comment s’est formé le dicton. Coq empâté s’est transformé en coq en pâte.

(Dictionnaire des Curieux)

Mettre en pâte

Delvau, 1866 : v. a. Renverser un ou plusieurs paquets en les transportant ou en imposant, — dans l’argot des typographes. On dit aussi Tomber en pâte.

Virmaître, 1894 : Les compositeurs lient les paquets de caractères avec une ficelle. Quand le paquet est mal lié ou que le bout de la ficelle est emprisonné, le metteur en pages met le paquet en pâte, c’est-à-dire que les caractères se mélangent et qu’il faut recomposer. Quand, dans le paquet, Il y a des lettres qui ne sont pas du corps, ou que le paquet n’a pas été assez mouillé, en le déliant, si les lettres tournent, on appelle cela : faire un soleil (Argot d’imprimerie). N.

France, 1907 : Renverser plusieurs paquets de composition ; argot des typographes.

À cette dernière et brillante transformation de son idée, le rêveur n’y tient plus, il fait un mouvement comme pour prendre la coupe, et dans ce mouvement, sa composition, retenue par une simple ficelle, tombe avec bruit et se met en pâte, c’est-à-dire que toutes les lettres sont éparpillées, mêlées, amalgamées, répandues dans une confusion horrible.

(Jules Ladimir, Le Compositeur typographe)

Papyrolithe

France, 1907 : Papier-pierre. Néologisme. Aux États-Unis, l’on construit des maisons entières en papier. Ce papier est réduit en pâte, puis comprimé. Un inventeur allemand préconise le papyrolithe pour la confection de planchers qui, ne présentant pas de rainures, seraient exempts de poussière et par conséquent de microbes. Il existe déjà depuis quelques années dans les services auxiliaires de l’armée française des ambulances de campagne démontables, en carton comprimé, d’une étanchéité et d’une solidité absolues. Du reste, un constructeur américain proposait récemment de bâtir une cathédrale en papyrolithe.

Pâte (mettre en)

Boutmy, 1883 : v. Laisser tomber sa composition ou sa distribution. Quelquefois, une forme entière mal serrée est mise en pâte quand on la transporte. Remettre en casse les lettres tombées, c’est faire du pâté. Par extension, on dit de quelqu’un qu’il s’est mis en pâte, quand il a fait une chute. Être mis en pâte, Recevoir dans une rixe quelque horion ou quelque blessure.

France, 1907 : C’est, dans l’argot des typographes, laisser tomber sa composition. Au figuré, être mis en pâte, c’est recevoir des horions dans une rixe.

Pâte (tomber en)

Rigaud, 1881 : Renverser un ou plusieurs paquets composés. — Forme tombée en pâte, forme qui se renverse pendant le trajet de l’atelier de composition à l’imprimerie, forme qui n’est pas assez serrée et dont les caractères s’éparpillent et tombent, — en terme de typographe.

Ranger

d’Hautel, 1808 : C’est un garçon rangé… des voitures. Addition maligne et facétieuse, pour faire entendre qu’un homme ne mène pas une conduite bien régulière.

Rigaud, 1881 : Mettre en pâte, par ironie.

Lorsqu’un homme de conscience laisse échapper de ses mains un compartiment de casse, un paquet de distribution ou tout autre objet, les compagnons charitables ne manquent pas de s’écrier en appuyant sur le dernier mot : Ce n’est rien, c’est la conscience qui range

(Boutmy)

Boutmy, 1883 : v. a. Mettre en pâte. Ce mot est employé ironiquement et par antiphrase. Lorsqu’un homme de conscience laisse échapper de ses mains un compartiment de casse, un paquet de distribution ou tout autre objet, les compagnons charitables ne manquent pas de s’écrier, en appuyant sur le dernier mot : Ce n’est rien ; c’est la conscience qui range !

France, 1907 : Mot employé ironiquement et par antiphrase dans l’argot typographique pour signifier mettre en pâte, c’est-à-dire laisser tomber sa composition ou un paquet de caractères.

Lorsqu’un homme de conscience (Voir ce mot) laisse échapper de ses mains un compartiment de casse, un paquet de distribution ou tout autre objet, les compagnons charitables ne manquent pas de s’écrier, en appuyant sur le dernier mot : « Ce n’est rien, c’est la conscience qui range ! »

(Eugène Boutmy)

Soleil

d’Hautel, 1808 : Avoir son coup de soleil. Avoir une pointe de vin, être en gaieté.
Le soleil luit pour tout le monde. La plupart des aubergistes et marchands de vins prennent ce proverbe pour enseigne.

Halbert, 1849 : Exposition au carcan.

Rigaud, 1881 : Mise en pâte d’un paquet, — dans le jargon des typographes. Le paquet ordinairement se crève au milieu et présente, avec un peu de bonne volonté, l’aspect d’un soleil, au moins d’un soleil de feu d’artifice. La variante est : Pâté.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique