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Araignée du matin

France, 1907 : L’araignée donne le moyen de pronostiquer le temps ; jamais on ne voit une araignée par les matinées de rosée abondante, ce qui est signe de beau temps ; par les matinées sèches et sans rosée, on l’aperçoit dans sa toile ; signe de pluie certaine : « Araignée du matin, chagrin. »
Dans les soirées chaudes, l’araignée sort volontiers de sa toile pour saisir les insectes qui, dans ces conditions atmosphériques, voltigent en grand nombre, présage d’un beau lendemain : « Araignée du soir, espoir ! »
Nous ne parlerons pas ici de l’araignée dans le plafond, qui est du ressort du médecin aliéniste, et qui hante nombre de politiciens.

Autor et d’achar (d’)

Delvau, 1866 : Apocope d’Autorité et d’Acharnement, qu’on emploie, — dans l’argot des faubouriens, — pour signifier : Vivement, sans répliquer, en grande hâte.

Rigaud, 1881 : D’autorité et avec acharnement. Terme employé par les joueurs d’écarté, lorsqu’ils jouent sans aller aux cartes. Jouer d’autor et d’achar. — Faire de l’autor. Prendre des airs autoritaires.

France, 1907 : Achar est l’acopoque d’acharnement. Travailler d’autor et d’achar, se mettre énergiquement à l’œuvre.

Et d’autor et d’achar
Enfonce le jobard.

(Xavier de Montépin)

Badaud de Paris

France, 1907 : Niais qui s’amuse de tout, s’arrête à tout, comme s’il n’avait jamais rien vu.
Un jésuite du siècle dernier, le père Labbe, dit que cette expression de badaud vient peut-être de ce que les Parisiens ont été battus au dos par les Normands, à moins qu’elle ne dérive de l’ancienne porte de Bandage ou Badage. Il faut avoir la manie des étymologies pour en trouver d’aussi ridicules.
Celle que donne Littré et qu’il a prise de Voltaire est plus vraisemblable. Badaud vient du provençal badau (niaiserie), dérivé lui-même du mot latin badare (bâiller). Le badaud, en effet, est celui qui ouvre la bouche en regardant niaisement, comme s’il bâillait, qui baye aux corneilles, enfin.
Mais pourquoi gratifier les Parisiens de cette spécialité ? C’est qu’à Paris, comme dans toute grande ville, une foule d’oisifs cherchent sans cesse des sujets de distraction et s’arrêtent aux moindres vétilles. « Car le peuple de Paris, dit Rabelais, est tant sot, tant badault, et tant inepte de nature, qu’un basteleur, un porteur de rogatons, un mulet avec ses cymbales, un vieilleux au milieu d’un carrefour assemblera plus de gents que ne feroit un bon prescheur évangélicque. »
Et plus loin : « Tout le monde sortit hors pour le voir (Pantagruel) comme vous savez bien que le peuple de Paris est sot par nature, par béquarre et par bémol, et le regardoient en grand ébahissement… »
Avant lui, les proverbes en rimes du XVIIe siècle disent déjà :

Testes longues, enfans de Paris
Ou tous sots ou grands esprits.

Ces badauds prétendus de Paris sont surtout des campagnards et des gens de province. Le badaud se trouve partout où affluent les étrangers, aussi bien à Londres qu’à Rome et à Berlin.
Corneille dit :

Paris est un grand lieu plein de marchands mêlés… Il y croit des badauds autant et plus qu’ailleurs.

Et Voltaire :

Et la vieille badaude, au fond de son quartier,
Dans ses voisins badauds vois l’univers entier.

Et enfin Béranger :

L’espoir qui le domine,
C’est, chez un vieux portier,
De parler de la Chine
Aux badauds du quartier.

(Jean de Paris)

Toute grande ville a sa collection d’imbéciles, car il ne suffit pas à un idiot de Quimper-Corentin ou de Pézenas de vivre à Paris pour devenir spirituel : sa bêtise, au contraire, ne s’y étale que mieux.

Banquet d’homme chiche

France, 1907 : Festin. L’expression est : Il n’est banquet que d’homme chiche. Un avare qui se met en frais dépasse les autres. Un coup de folie de prodigalité le prend ; traitant rarement, il veut, quand il traite, avoir la réputation de faire les choses en grand, avec l’espoir que tout ce qu’il dépense lui rentrera avec usure, d’une façon ou d’une autre.

Blanc

d’Hautel, 1808 : Un mangeur de blanc. Libertin, lâche et parresseux, qui n’a pas honte de se laisser entretenir par les femmes.
Il a mangé son pain blanc le premier. Pour dire que dans un travail quelconque, on a commencé par celui qui étoit le plus agréable, et que l’on a gardé le plus pénible pour la fin.
Se manger le blanc des yeux. Pour se quereller continuellement ; être en grande intimité avec quelqu’un.
Quereller quelqu’un de but en blanc. C’est chercher dispute à quelqu’un sans motif, sans sujet, lui faire une mauvaise querelle.
On dit à quelqu’un en lui ordonnant une chose impossible, que s’il en vient à bout, On lui donnera un merle blanc.
Rouge au soir, blanc au matin ; c’est la journée du pèlerin.
Voyez Pélerin.
S’en aller le bâton blanc à la main. Voyez Bâton.
Il faut faire cette chose à bis ou à blanc. C’est-à-dire, de gré ou de force.

M.D., 1844 : Connu.

Delvau, 1866 : s. m. Légitimiste, — dans l’argot du peuple, par allusion au drapeau fleurdelisé de nos anciens rois.

Delvau, 1866 : s. m. Vin blanc, — dans le même argot [du peuple].

Rigaud, 1881 : Partisan de la monarchie héréditaire. Allusion à la couleur du drapeau des anciens rois de France.

Dans les trois jours de baccanal !
Les blancs n’étaient pas à la noce
Tandis que moi j’étais t’au bal.

(L. Festeau, Le Tapageur)

Rigaud, 1881 : Terme de libraire : livre en feuille non encore broché.

Hayard, 1907 : Argent.

France, 1907 : Eau-de-vie de marc ; pièce d’un franc ; légitimiste, à cause du drapeau blanc des anciens rois de France. Blancs d’Espagne, légitimistes qui considèrent Don Carlos comme l’héritier de la couronne de France. Être à blanc, avoir un faux nom ; expression qui vient de l’habitude qu’on avait autrefois d’inscrire sur les registres des actes de naissances les enfants trouvés sous le nom de « blanc », d’où l’appellation d’enfants blancs.

L’invasion des « blanc » dans l’état civil motiva une circulaire, adressée, le 30 juin 1812, aux préfets par le ministre de l’intérieur, qui blâma cet usage, en invitant les officiers d’état civil à ne plus accepter ces désignations et notamment celle de blanc : « Cette sorte de désignation vague, jointe à un nom de baptême qui lui-même peut être commun à plusieurs individus de la même classe, disait le ministre, ne suffit pas pour les distinguer ; il en résulte que les mêmes noms abondent sur la liste de circonscription, etc. »
Quelle en était l’origine ? Le mot blanc s’emploie souvent à titre négatif, spécialement on dit : « Laissez le nom en blanc », c’est-à-dire n’en mettez pas. Or, l’enfant naturel, né de père et de mère inconnus, n’a pas de nom qu’on puisse inscrire sur son acte de naissance, d’ou probablement le nom blanc qu’on a mis pour en tenir lieu, et comme exprimant l’absence de tout nom patronymique.

(L’Intermédiaire des chercheurs et curieux)

Jeter du blanc, interligner ; argot des typographes.
N’être pas blanc. Se trouver en danger, être sous le coup d’une mauvaise affaire.

France, 1907 : Rondelle de métal que les filles de maisons de prostitution reçoivent de la matrone après une passe et qui représente le tarif ; d’où mangeurs de blancs, pour désigner un individu se faisant entretenir par les prostituées.

Blousard

France, 1907 : Porteur de blouse employé dans un mauvais sens.

Aujourd’hui, les blousards des meetings, les souteneurs immondes qui rêvent de travailler en grand, délaissent leur trottoir pour pérorer dans les cohues.

(René Maizeroy, Coup de clairon)

Bonne (avoir à la)

Vidocq, 1837 : v. p. — Aimer.

Rigaud, 1881 : Avoir en grande estime, faire grand cas de. — Être dans ses bonnes, être de bonne humeur.

Bredouille (chevalier de la)

France, 1907 : Chasseur parisien, qui part généralement le dimanche matin en grand attirail de chasse et qui ne rapporte le plus souvent que du gibier acheté dans la banlieue. Argot populaire

Chacal

Delvau, 1866 : s. m. Zouave, — dans l’argot des soldats d’Afrique, par allusion au cri que poussent es zouzous en allant au feu.

Rigaud, 1881 : « Est un petit nom d’amitié que le maréchal Bugeaud donnait aux zouaves dans ses moments de bonne humeur, et que nous avons gardé, entre nous, comme, signe de ralliement. » (A. Arnault, Les Zouaves, acte 1)

France, 1907 : Zouave. Les régiments de zouaves étaient, dès le début, composés en grande partie d’Arabes, dont l’habitude est de pousser des clameurs sauvages en chargeant l’ennemi. Leurs cris imitaient celui du chacal, d’où leur nom.

Pan, pan, l’arbi,
Les chacals sont par ici.

(Marche des zouaves)

Cierge

d’Hautel, 1808 : Il est droit comme un cierge. Se dit par exagération et raillerie d’un homme qui a un maintien roide, affecté.

Delvau, 1864 : Le membre viril — qui brûle et se fond sur l’autel de la femme. Fondre est mis là, souvent, pour couler.

Mais cela seulement fut suffisant pour l’en dégoûter, disait qu’elle avait vu la mèche qui était si déliée, qu’il n’y avait guère d’apparence que le cierge fût bien gros.

(D’Ouville)

La femme, quelque putain qu’elle soit, est la sainte à qui l’on doit le plus de cierges.

(Lemercier)

Delvau, 1866 : s. m. Sergent de ville en grande tenue, — dans l’argot des marbriers de cimetière.

Rigaud, 1881 : Sergent de ville en faction dans la rue, — dans le jargon des voyous.

La Rue, 1894 : Espion. Agent.

France, 1907 : Espion ou sergent de ville.

Coup de pied de zouave

France, 1907 : Coup de pied appliqué au creux de l’estomac. Les régiments de zouaves étant autrefois composés en grande partie de Parisiens habiles à la savate, on a donné ce nom à ce moyen de défense des voyous de barrières.

Culotte de peau

France, 1907 : Sobriquet donné aux vieux soldats, à cause de la culotte de peau que l’on portait dans la garde impériale et que portent encore les généraux en grand uniforme et les soldats de la garde municipale à cheval.

Débâcler

d’Hautel, 1808 : Venir à l’improviste, et en grande compagnie chez quelqu’un ou l’on n’est pas attendu.
Débâcler la lourde. En terme d’argot, veut dire, ouvrir la porte.

anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Ouvrir.

Rigaud, 1881 : Accoucher.

Rigaud, 1881 : Ouvrir. — Débâcler la guimbarde, ouvrir la porte.

France, 1907 : Accoucher, ouvrir ; corruption de déboucler. Débâcler la roulante, ouvrir une voiture. Débâcler son chouan, ouvrir son cœur. Débâcler la lourde, ouvrir la porte.

Détrousser

d’Hautel, 1808 : Escroquer, voler, dépouiller.
Détrousser les passans sur les grands chemins. Les dévaliser.
Aller chez quelqu’un, robe détroussée. Y aller en grande parure, en pompeuse cérémonie.

Eau

d’Hautel, 1808 : L’eau va toujours à la rivière. Signifie que la fortune favorise presque toujours les gens qui n’en ont pas besoin ; qu’il suffit que l’on soit riche pour que les biens, les dignités, les honneurs viennent en profusion.
Faire de l’eau ; lâcher de l’eau. Pour dire uriner, pisser.
Il n’y a pas de l’eau à boire à être honnête homme. Maxime odieuse, que les fripons, pour le malheur de la société, ne mettent que trop souvent en pratique.
Cette entreprise est tournée en eau de boudin. C’est-à-dire, n’a point réussi ; s’en est allée en fumée.
Donner de l’eau bénite de cour. Flatter, caresser quelqu’un ; lui faire des politesses basses et exagérées.
Mettre de l’eau dans son vin. Devenir plus doux, plus traitable après s’être d’abord très-emporté.
Un médecin d’eau douce. Médecin sans expérience, qui vous inonde de tisannes et de remèdes infructueux.
Les eaux sont basses. Pour dire que l’on est à sec d’argent, ou, que quelque chose, s’épuise, tire à sa fin.
Tout s’en est allé à veau-l’eau. Signifie, toute sa fortune s’est dissipée, dispersée ; a été engloutie, dans de folles dépenses.
Après l’eau, c’est ce qu’il déteste le plus. Pour exprimer le haut degré d’aversion qu’un ivrogne porte à quelque chose.
Nager entre deux eaux. Être dans l’irrésolation et l’incertitude, être de tous les partis.
Il est revenu sur l’eau. Se dit d’un négociant qui étoit ruiné, et que l’on voit reparoître dans le commerce ; d’un homme qui, après avoir été disgracie, reparoit subitement dans des emplois honorables.
Faire venir l’eau au moulin. Pour, faire venir de l’argent à la maison.
Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin elle se casse. Voyez Casser.
Nager en grande eau. Être bien dans ses affaires, après y avoir été fort gêné ; être sur le pinacle ; être en faveur dans les emplois.
Laisser courrir l’eau. Se peu soucier de ce qui se passe, être fort indifférent sur les affaires publiques.
Il est heureux comme le poisson dans l’eau. Signifie qu’un homme a tout ce qui peut le satisfaire.
Il n’y a pas de quoi boire de l’eau. Se dit d’un ouvrage mal payé ; d’un travail pénible et ingrat ; d’un métier qui donne à peine les moyens de subsister à celui qui le professe.
Battre l’eau. Travailler inutilement ; sans fruit.
Gare l’eau ! Cri que l’on fait entendre pour avertir les passans que l’on va jeter quelque chose par les fenêtres.
Il se mettroit dans l’eau jusqu’au cou pour le servir. Se dit d’un homme extrêmement attaché à quelqu’un ; et qui lui est tout-à-fait dévoué.
Il ne trouveroit pas de l’eau à la rivière. Se dit d’un idiot, d’un homme sans capacité, qui ne trouve pas les choses les plus simples ; pour lequel tout devient une affaire.
Pêcher en eau trouble. Profiter des désordres, publics, ou de la discorde d’une famille pour s’enrichir.
Tenir quelqu’un le bec dans l’eau. Lui faire croquer le marmot ; le tenir dans l’incertitude et l’anxiété sur ce qu’on lui fait espérer.
C’est le feu et l’eau. Se dit de deux personnes qui se détestent mutuellement.
Boire de l’eau comme un canard. C’est-à dire en grande quantité.
C’est une goutte d’eau dans la mer. Métaphore qui se dit d’un secours trop foible pour tirer quelqu’un d’un grand embarras.
Il se noyeroit dans un verre d’eau. Pour dire qu’un homme est malheureux dans ses entreprises ; que les choses les plus probables deviennent incertaines pour lui.
Cela lui est aussi facile que de boire un verre d’eau. Signifie que le service qu’on demande à quelqu’un, ne tient absolument qu’à sa bonne volonté, à son obligeance.
Ils, ou elles se ressemblent comme deux gouttes d’eau. Se dit de deux personnes qui ont entr’elles une ressemblance parfaite.
Il n’y a pas de l’eau à boire. Se dit d’un ouvrage auquel on ne peut trouver son compte, même en travaillant beaucoup.
On dit d’un avare, d’un parent intraitable, d’un égoïste, qu’il vous verroit tirer la langue d’un pied, qu’il ne vous donneroit pas un verre d’eau.
Chat échaudé craint l’eau froide.
Signifie que lorsqu’on a éprouvé quelque grande perte ; quelque grand malheur, on se tient sur ses gardes.
Il faut qu’il fasse voir de son eau. Pour, il faut voir ce qu’il sait faire pour que l’on puisse juger de son mérite.
Un buveur d’eau. Nom que les enfans de Noé donnent par mépris à un homme tempérant et flegmatique, qu’ils supposent, par cela même n’être pas habile aux affaires.
Rompre l’eau à quelqu’un. Le contrarier dans ses desseins, dans ses entreprises.
Porter de l’eau à la mer. Faire des cadeaux à des gens fortunés ; à ceux qui n’ont aucun besoin.
Il ne gagne pas beau qu’il boit. Se dit d’un paresseux, d’un mauvais ouvrier, dont le gain est si médiocre qu’il suffit à peine aux premières dépenses.

Eau (nager en grande)

France, 1907 : Avoir une grande fortune ; être revêtu de hautes fonctions. De là les anciennes expressions : rompre l’eau à quelqu’un, apporter un obstacle à sa fortune, entraver ses affaires ; revenir sur l’eau, rétablir ses affaires après avoir été ruiné, remonter au pouvoir après en être descendu ; laisser courir l’eau, ne s’occuper de rien, être indifférent ; nager entre deux eaux, n’oser prendre ouvertement un parti, parler ou se comporter d’une manière ambiguë, paraître tantôt pour l’un, tantôt pour l’autre.

C’est la coutume des intrigants et des roublards de nager entre deux eaux.

Embrouillamini

Delvau, 1866 : s. m. Confusion de choses ou de mots, — embrouillement. Voilà un des mots de notre langue qui ont le plus perdu en grandissant et se sont le plus corrompus en vieillissant. L’auteur du Code orthographique, — fort bon livre d’ailleurs, — prétend qu’il ne faut pas dire embrouillamini, parce que ce mot n’est pas français, mais bien brouillamini, — qui n’est pas plus français, j’ai le regret de le déclarer à M. Hétrel et à l’Académie, son autorité. On a commencé par dire Bol d’Arménie, et le bol d’Arménie était un remède de cheval fort compliqué, fort embrouillé ; de Bol d’Arménie on a fait Brouillamini, puis Embrouillamini : Molière a employé le premier dans son Bourgeois Gentilhomme, et Voltaire s’est servi du second dans sa Lettre à d’Argental. Maintenant, Voltaire et Molière écartés, comment le peuple dit-il, lui, — puisque c’est le Dictionnaire du peuple que je fais ici ? Le peuple prononce Embrouillamini. Cela me suffit.
Embrouillamini du diable. Confusion extrême, embarras dont on ne peut sortir.

France, 1907 : Voir Brouillamini.

Enfant de Dieppe

France, 1907 : Hareng. Dieppe avant autrefois la spécialité du commerce en grand de ce poisson.

Étrangler un perroquet

Rossignol, 1901 : Boire une absinthe pure.

Hayard, 1907 : Boire une absinthe.

France, 1907 : Boire un verre d’absinthe. On dit aussi : étouffer un perroquet.

Le docteur Garnier n’est qu’un farceur. Il était parti en grand attirail à destination du Congo avec une cage en fer pour y passer quarante jours et quarante nuits, en pleine forêt vierge. De ce poste d’observation il devait engager des pourparlers avec ses élèves, en leur donnant du sucre, dont il avait fait ample provision. Aussitôt arrivé, il mit sa cage au garde-meubles et il trouva l’emploi de son sucre dans de nombreuses absinthes. Drôle de façon d’étudier les singes que d’étrangler des perroquets !

(La Nation)

Être heureux

Delvau, 1864 : Jouir en baisant ou en se masturbant, au moment où le sperme part sous l’action du frottement.

Tu vas te soulager, mon chéri, je te le promets ; le roi Louis-Philippe n’aura jamais été aussi heureux que tu vas l’être.

(Lemercier de Neuville)

La douleur qu’il éprouve est quelquefois bien grande ;
Mais il ne se plaint pas : il est heureux… il bande !

(Louis Protat)

Faiseur

d’Hautel, 1808 : C’est du bon faiseur. Se dit d’un ouvrage ou d’une chose quelconque faite par main de maître.

Vidocq, 1837 : s. m. — [Déjà, depuis plusieurs années, j’ai déclaré aux Faiseurs une guerre vigoureuse, et je crois avoir acquis le droit de parler de moi dans un article destiné à les faire connaître ; que le lecteur ne soit donc pas étonné de trouver ici quelques détails sur l’établissement que je dirige, et sur les moyens d’augmenter encore son influence salutaire.]
Lorsqu’après avoir navigué long-temps sur une mer orageuse on est enfin arrivé au port, on éprouve le besoin du repos ; c’est ce qui m’arrive aujourd’hui. Si tous les hommes ont ici-bas une mission à accomplir, je me suis acquitté de celle qui m’était imposée, et maintenant que je dois une honnête aisance à un travail de tous les jours et de tous les instans, je veux me reposer. Mais avant de rentrer dans l’obscurité, obscurité que des circonstances malheureuses et trop connues pour qu’il soit nécessaire de les rappeler ici, m’ont seules fait quitter, il me sera sans doute permis d’adresser quelques paroles à ceux qui se sont occupés ou qui s’occupent encore de moi. Je ne suis pas un grand homme ; je ne me suis (style de biographe) illustré ni par mes vertus, ni par mes crimes, et cependant peu de noms sont plus connus que le mien. Je ne me plaindrais pas si les chansonniers qui m’ont chansonné, si les dramaturges qui m’ont mis en pièce, si les romanciers qui ont esquissé mon portrait m’avaient chansonné, mis en pièce, ou esquissé tel que je suis : il faut que tout le monde vive, et, par le temps qui court, les champs de l’imagination sont si arides qu’il doit être permis à tous ceux dont le métier est d’écrire, et qui peuvent à ce métier

Gâter impunément de l’encre et du papier,

de glaner dans la vie réelle ; mais ces Messieurs se sont traînés à la remorque de mes calomniateurs, voilà ce que je blâme et ce qui assurément est blâmable.
La calomnie ne ménage personne, et, plus que tout autre, j’ai servi de but à ses atteintes. Par la nature de l’emploi que j’ai occupé de 1809 à 1827, et en raison de mes relations antérieures, il y avait entre moi et ceux que j’étais chargé de poursuivre, une lutte opiniâtre et continuelle ; beaucoup d’hommes avaient donc un intérêt direct à me nuire, et comme mes adversaires n’étaient pas de ceux qui ne combattent qu’avec des armes courtoises, ils se dirent : « Calomnions, calomnions, il en restera toujours quelque chose. Traînons dans la boue celui qui nous fait la guerre, lorsque cela sera fait nous paraîtrons peut-être moins méprisables. » Je dois le reconnaître, mes adversaires ne réussirent pas complètement. L’on n’estime, au moment où nous sommes arrivés, ni les voleurs, ni les escrocs, mais grâce à l’esprit moutonnier des habitans de la capitale, le cercle de mes calomniateurs s’est agrandi, les gens désintéressés se sont mis de la partie ; ce qui d’abord n’était qu’un bruit sourd est devenu un crescendo général, et, à l’heure qu’il est, je suis (s’il faut croire ceux qui ne me connaissent pas) un être exceptionnel, une anomalie, un Croquemitaine, tout ce qu’il est possible d’imaginer ; je possède le don des langues et l’anneau de Gygès ; je puis, nouveau Prothée, prendre la forme qui me convient ; je suis le héros de mille contes ridicules. De braves gens qui me connaissaient parfaitement sont venus me raconter mon histoire, dans laquelle presque toujours le plus beau rôle n’était pas le mien. Mon infortune, si infortune il y a, ne me cause pas un bien vif chagrin : je ne suis pas le premier homme qu’un caprice populaire ait flétri ou ridiculisé.
Plus d’une fois cependant, durant le cours de ma carrière, les préjugés sont venus me barrer le chemin ; mais c’est surtout depuis que j’ai fondé l’établissement que je dirige aujourd’hui que j’ai été à même d’apprécier leur funeste influence. Combien d’individus ont perdu des sommes plus ou moins fortes parce que préalablement ils ne sont pas venus me demander quelques conseils ! Et pourquoi ne sont-ils pas venus ? Parce qu’il y a écrit sur la porte de mes bureaux : Vidocq ! Beaucoup cependant ont franchi le rocher de Leucade, et maintenant ils passent tête levée devant l’huis du pâtissier, aussi n’est-ce pas à ceux-là que je m’adresse.
Deux faits résultent de ce qui vient d’être dit : je suis calomnié par les fripons, en bien ! je les invite à citer, appuyé de preuves convenables, un acte d’improbité, d’indélicatesse, commis par moi ; qu’ils interrogent leurs souvenirs, qu’ils fouillent dans ma vie privée, et qu’ils viennent me dire : « Vous avez fait cela. » Et ce n’est pas une vaine bravade, c’est un défi fait publiquement, à haute et intelligible voix, auquel, s’ils ne veulent pas que leurs paroles perdent toute leur valeur, ils ne peuvent se dispenser de répondre.
Les ignorans échos ordinaires de ce qu’ils entendent dire ne me ménagent guère. Eh bien ! que ces derniers interrogent ceux qui, depuis plusieurs années, se sont trouvés en relation avec moi, avec lesquels j’ai eu des intérêts à débattre, et que jusqu’à ce qu’ils aient fait cela ils suspendent leur jugement. Je crois ne leur demander que ce que j’ai le droit d’exiger.
Et qu’ai-je fait qui puisse me valoir la haine ou seulement le blâme de mes concitoyens ? Je n’ai jamais été l’homme du pouvoir ; je ne me suis jamais mêlé que de police de sûreté ; chargé de veiller à la conservation des intérêts sociaux et à la sécurité publique, on m’a toujours trouvé éveillé à l’heure du danger ; payé par la société, j’ai plus d’une fois risqué ma vie à son service. Après avoir quitté l’administration, j’ai fondé et constamment dirigé un établissement qui a rendu au commerce et à l’industrie d’éminents services. Voilà ce que j’ai fait ! Maintenant, que les hommes honnêtes et éclairés me jugent ; ceux-là seuls, je ne crains pas de le dire, sont mes pairs.
Il me reste maintenant à parler des Faiseurs, du Bureau de renseignemens, et du projet que je viens soumettre à l’appréciation de Messieurs les commerçans et industriels.
Je ne sais pour quelles raisons les chevaliers d’industrie, les Faiseurs, les escrocs, comme on voudra les nommer, sont moins mal vus dans le monde que ceux qui se bornent à être franchement et ouvertement voleurs. On reçoit dans son salon, on admet à sa table, on salue dans la rue tel individu dont la profession n’est un secret pour personne, et qui ne doit ni à son travail ni à sa fortune l’or qui brille à travers les réseaux de sa bourse, et l’on honni, l’on conspue, l’on vilipende celui qui a dérobé un objet de peu de valeur à l’étalage d’une boutique ; c’est sans doute parce que les chevaliers d’industrie, les Faiseurs, les escrocs ont des manières plus douces, un langage plus fleuri, un costume plus élégant que le commun des Martyrs, que l’on agit ainsi ; c’est sans doute aussi parce que, braves gens que nous sommes, nous avons contracté la louable habitude de ne jamais regarder que la surface de ce que nous voyons. Les chevaliers d’industrie, les Faiseurs, les escrocs, sont cependant plus dangereux et plus coupables que tous les autres : plus dangereux, parce qu’ils se cachent pour blesser, et échappent presque toujours aux lois répressives du pays ; plus coupables, parce que la plupart d’entre eux, hommes instruits et doués d’une certaine capacité, pourraient certainement ne devoir qu’au travail ce qu’ils demandent à la fraude et à l’indélicatesse.
C’est presque toujours la nécessité qui conduit la main du voleur qui débute dans la carrière ; et, souvent, lorsque cette nécessité n’est plus flagrante, il se corrige et revient à la vertu. Les Faiseurs, au contraire, sont presque tous des jeunes gens de famille qui ont dissipé follement une fortune péniblement acquise, et qui n’ont pas voulu renoncer aux aisances de la vie faishionable et aux habitudes de luxe qu’ils avaient contractées. Ils ne se corrigent jamais, par la raison toute simple qu’ils peuvent facilement et presqu’impunément exercer leur pitoyable industrie.
Ils savent si bien cela, que lorsque j’étais encore chef de la police de la sûreté, les grands hommes de la corporation me défiaient souvent de déjouer leurs ruses. Aussi, jointe à celle d’être utile à mes concitoyens, l’envie d’essayer mes forces contre eux a-t-elle été une des raisons qui m’ont déterminé à fonder le bureau de renseignemens.
« C’est une nécessité vivement et depuis longtemps sentie par le commerce que celle d’un établissement spécial, ayant pour but de lui procurer des renseignemens sur les prétendus négocians, c’est-à-dire sur les escrocs qui, à l’aide des qualifications de banquiers, négocians et commissionnaires, usurpent la confiance publique, et font journellement des dupes parmi les véritables commerçans.
Les écrivains qui se sont spécialement occupés de recherches statistiques en ces matières, élèvent à vingt mille le chiffre des industriels de ce genre. Je veux bien admettre qu’il y ait quelque exagération dans ce calcul… » Les quelques lignes qui précédent commençaient le prospectus que je publiais lors de l’ouverture de mon établissement, et, comme on le voit, j’étais disposé à taxer d’exagération les écrivains qui élevaient à vingt mille le chiffre des industriels ; mais, maintenant, je suis forcé d’en convenir, ce chiffre, bien loin d’être exagéré, n’est que rigoureusement exact. Oui, vingt mille individus vivent, et vivent bien, aux dépens du commerce et de l’industrie. (Que ceux qui ne pourront ou ne voudront pas me croire, viennent me visiter, il ne me sera pas difficile de les convaincre.) Que l’on me permette donc de recommencer sur cette base nouvelle les calculs de mon prospectus. Nous fixons à 10 francs par jour la dépense de chaque individu, ce qui produit pour vingt mille :

Par jour. . . . . 200,000.
Par mois. . . .6,000,000.
Par an . . . . .70,200,000.

C’est donc un impôt annuel de 70,200,000 fr. que le commerce paie à ces Messieurs (et cette fois, je veux bien ne point parler des commissions qui sont allouées aux entremetteurs d’affaires, de la différence entre le prix d’achat et celui de vente.) L’œuvre de celui qui a diminué d’un tiers au moins ce chiffre énorme est-elle une œuvre sans valeur ? Je laisse aux hommes impartiaux et désintéressés le soin de répondre à cette question.
Je ne dois pas le cacher, mes premiers pas dans cette nouvelle carrière furent bien incertains ; tant de fripons avaient ouvert leur sac devant moi, que je croyais tout savoir : Errare hunanum est ! Pauvre homme que j’étais ! J’ai plus appris depuis trois ans que mon établissement existe, que pendant tout le temps que j’ai dirigé la police de sûreté. S’il voulait s’en donner la peine, le Vidocq d’aujoud’hui pourrait ajouter de nombreux chapitres au livre des Ruses des Escrocs et Filous, et jouer par dessous la jambe celui d’autrefois.
Les succès éclatans qui ont couronné mon entreprise, et m’ont engagé à marcher sans cesse vers le but que je voulais atteindre, malgré les clameurs des envieux et des sots, ont donné naissance à je ne sais combien d’agences, copies informes de ce que j’avais fait : Phare, Tocsin, Éclaireur, Gazette de Renseignemens, etc., etc. Il ne m’appartient pas de juger les intentions des personnes qui ont dirigé, ou qui dirigent encore ces divers établissemens, mais je puis constater ce qui n’est ignoré de personne ; le Phare est allé s’éteindre à Sainte-Pélagie, ses directeurs viennent d’être condamnés à une année d’emprisonnement, comme coupables d’escroquerie. Les affiches qui ont été placées à chaque coin de rue, ont permis à tout le monde d’apprécier à sa juste valeur le personnel des autres établissemens.
Pour qu’un établissement comme le Bureau de Renseignemens soit utile, il faut qu’il soit dirigé avec beaucoup de soin. S’il n’en était pas ainsi, les intérêts des tiers seraient gravement compromis ; un renseignement fourni trop tard pouvant faire manquer, au négociant qui l’a demandé, une affaire avantageuse. Si les chefs de l’établissement ne possèdent pas toutes les qualités qui constituent l’honnête homme, rien ne leur est plus facile que de s’entendre avec les Faiseurs, sur lesquels ils ne donneraient que de bons renseignemens. Cela, au reste, s’est déjà fait ; les affiches dont je parlais il n’y a qu’un instant le prouvent.
Pour éviter que de pareils abus ne se renouvellent, pour que les Escrocs ne puissent pas, lorsque je ne serai plus là pour m’opposer à leurs desseins, faire de nouvelles dupes, je donne mon établissement au commerce. Et, que l’on ne croie pas que c’est un présent de peu d’importance : j’ai, par jour, 100 francs au moins de frais à faire, ce qui forme un total annuel de 36,500 francs ; et, cependant, quoique je n’exige de mes abonnés et cliens que des rétributions modérées, basées sur l’importance des affaires qui me sont confiées, il me rapporte quinze à vingt mille francs par année de bénéfice net.
Et, néanmoins, je le répète, je ne demande rien, absolument rien ; je ne vends pas mon baume, je le donne, et cela, pour éviter que les Faiseurs, qui attendent avec impatience l’heure de ma retraite, ne puissent s’entendre avec les directeurs des agences qui seront alors simultanément établies.
Il a certes fallu que les services rendus par moi parlent bien haut, pour que, malgré les obstacles que j’ai dû surmonter, et les préjugés que j’ai eu à vaincre, je puisse, après seulement trois années d’exercice, avoir inscrit, sur mes registres d’abonnement, les noms de près de trois mille négocians recommandables de Paris, des départemens et de l’Étranger. Il n’est venu, cependant, que ceux qui étaient forcés par la plus impérieuse nécessité ; et, je dois en convenir, j’ai eu plus à réparer qu’à prévenir. Tels qui sont venus m’apprendre qu’ils avaient été dépouillés par tel ou tel Faiseur, dont le nom, depuis long-temps, était écrit sur mes tablettes, n’auraient pas échangé leurs marchandises ou leur argent contre des billets sans valeur, si, préalablement, ils étaient venus puiser des renseignemens à l’agence Vidocq.
Pour atteindre le but que je m’étais proposé, il fallait aussi vaincre cette défiance que des gens si souvent trompés, non-seulement par les Faiseurs, mais encore par ceux qui se proposent comme devant déjouer les ruses de ces derniers, doivent nécessairement avoir. Mais, j’avais déjà, lorsque je commençai mon entreprise, fait une assez pénible étude de la vie pour ne point me laisser épouvanter par les obstacles ; je savais que la droiture et l’activité doivent, à la longue, ouvrir tous les chemins. Je commençai donc, et mes espérances ne furent pas déçues ; j’ai réussi, du moins en partie.
A l’heure où nous sommes arrivés, je suis assez fort pour défier les Faiseurs les plus adroits et les plus intrépides de parvenir à escroquer un de mes cliens. Mais, le bien général n’a pas encore été fait ; il ne m’a pas été possible de faire seul ce que plusieurs auraient pu facilement faire. Aussi, il y a tout lieu de croire que les résultats seront plus grands et plus sensibles lorsque le Bureau de Renseignemens sera dirigé par le commerce, dont il sera la propriété.
Et cela est facile à concevoir, les préjugés alors n’arrêteront plus personne, et tous les jours on verra s’augmenter le nombre des abonnés ; car, quel est le négociant, quelque minime que soit son commerce, qui ne voudra pas acquérir, moyennant 20 francs par année, la faculté de pouvoir n’opérer qu’avec sécurité. Mais pourra-t-il compter sur cette sécurité qu’il aura payée, peu de chose, il est vrai, mais que, pourtant, il aura le droit d’exiger ? sans nul doute.
Le nombre des abonnés étant plus grand, beaucoup plus de Faiseurs seront démasqués ; car, il n’est pas présumable que les abonnés chercheront à cacher aux administrateurs le nom des individus par lesquels ils auraient été trompés. Tous les renseignemens propres à guider le commerce dans ses opérations, pourront donc être puisés à la même source, sans perte de temps, sans dérangement, ce qui est déjà quelque chose.
Mais on n’aurait pas atteint le but que l’on se propose, si l’on se bornait seulement à mettre dans l’impossibité de nuire les Faiseurs déjà connus, il faut que ceux qui se présenteraient avec un nom vierge encore, mais dont les intentions ne seraient pas pures, soient démasqués avant même d’avoir pu mal faire.
On ne se présente pas habituellement dans une maison pour y demander un crédit plus ou moins étendu, sans indiquer quelques-unes de ses relations. Celui qui veut acquérir la confiance d’un individu, qu’il se réserve de tromper plus tard, tient à ne point paraître tomber du ciel. Eh bien ! la nature de leurs relations donnera la valeur des hommes nouveaux, et ces diagnostics, s’ils trompent, tromperont rarement. Les chevaliers d’industrie, les Faiseurs, les escrocs forment une longue chaîne dont tous les anneaux se tiennent ; celui qui en connaît un, les connaîtra bientôt tous, s’il est doué d’une certaine perspicacité, et si le temps de monter à la source ne lui manque pas. Il ne faut, pour acquérir cette connaissance, que procéder par analogie et avec patience.
Si ma proposition est acceptée, on ne verra plus, à la honte du siècle, des hommes placés sur les premiers degrés de l’échelle sociale, et qui possèdent une fortune indépendante, servir de compères à des escrocs connus, partager les dépouilles opimes d’un malheureux négociant, et se retirer, lorsqu’arrivent les jours d’échéance, derrière un rideau que, jusques à présent, personne encore n’a osé déchirer. Lorsqu’ils pourront craindre de voir leur nom cloué au pilori de l’opinion publique, ils se retireront, et les Faiseurs auront perdu leurs premiers élémens de succès.
Les Faiseurs, chassés de Paris, exploiteront les départemens et les pays étrangers ? Mais, rien n’empêche que la correspondance déjà fort étendue du Bureau de Renseignemens ne reçoive encore de l’extension, et que ce qui aura été fait pour Paris ne soit fait pour les départemens et l’Étranger. Cela sera plus difficile, sans doute, mais non pas impossible.
En un mot, j’ai la ferme conviction, et cette conviction est basée sur une expérience de plusieurs années, que le Bureau de Renseignemens établi sur une vaste échelle, et placé sous le patronage d’hommes connus et honorables, est destiné à devenir la sauve-garde du commerce et de l’industrie, et doit anéantir à jamais les sangsues qui pompent sa substance.
Je me chargerai avec plaisir de la première organisation ; et, maintenant que le navire est en pleine mer, qu’il n’y a plus qu’à marcher sur une route tracée, il ne sera pas difficile de trouver des hommes intelligents et très-capables de conduire cette machine dont le mécanisme est peu compliqué. Un comité spécial, composé des plus notables abonnés, pourrait, au besoin, être chargé de surveiller la gestion des administrateurs qui seraient choisis. Envisagée sous le rapport des bénéfices qu’elle peut produire, l’opération que je propose ne perd rien de son importance. C’est ce qu’il me serait facile de prouver par des chiffres, si des chiffres étaient du domaine de ce livre.
Je ne sais si je me trompe, mais j’ai l’espérance que ma voix ne sera pas étouffée avant de s’être fait entendre ; j’ai trop franchement expliqué mes intentions pour qu’il soit possible de croire que l’intérêt est ici le mobile qui me fait agir.
Je ne me serais pas, il y a quelque temps, exprimé avec autant d’assurance ; mais, maintenant que l’expérience m’a instruit, je puis, je le répète, défier le premier Faiseur venu, de tromper un de mes abonnés. Aussi ai-je acquis le droit de m’étonner que tout ce qu’il y a en France d’honorables négocians ne soit pas encore abonné.
Depuis que j’exerce, les Faiseurs ont perdu le principal de leurs élémens de succès, c’est-à-dire l’audace qui les caractérisait ; mon nom est devenu pour eux la tête de Méduse, et peut-ètre qu’il suffirait, pour être constamment à l’abri de leurs tentatives et de leurs atteintes, de placer, dans le lieu le plus apparent de son domicile, une plaque à-peu-près semblable à celles des compagnies d’assurances contre l’incendie, sur laquelle on lirait ces mots : Vidocq ! Assurance contre les Faiseurs, seraient écrits en gros caractères.
Cette plaque, j’en ai l’intime conviction, éloignerait les Faiseurs des magasins dans lesquels elle serait placée. Le négociant ne serait plus exposé à se laisser séduire par les manières obséquieuses des Faiseurs ; il ne serait plus obligé de consacrer souvent trois ou quatre heures de son temps à faire inutilement l’article.
Cette plaque, je le répète, éloignerait les Faiseurs. Je ne prétends pas dire, cependant, qu’elle les éloignerait tous ; mais, dans tous les cas, le négociant devrait toujours prendre des renseignemens. Il résulterait donc de l’apposition de cette plaque au moins une économie de temps qui suffirait seule pour indemniser le négociant abonné de la modique somme payée par lui.
Les Faiseurs peuvent être divisés en deux classes : la première n’est composée que des hommes capables de la corporation, qui opèrent en grand ; la seconde se compose de ces pauvres diables que vous avez sans doute remarqués dans l’allée du Palais-Royal qui fait face au café de Foi. Le Palais-Royal est, en effet, le lieu de réunion des Faiseurs du dernier étage. À chaque renouvellement d’année, à l’époque où les arbres revêtent leur parure printanière, on les voit reparaître sur l’horizon, pâles et décharnés, les yeux ternes et vitreux, cassés, quoiques jeunes encore, toujours vêtus du même costume, toujours tristes et soucieux, ils ne font que peu ou point d’affaires, leur unique métier est de vendre leur signature à leurs confrères de la haute.
Les Faiseurs de la haute sont les plus dangereux, aussi, je ne m’occuperai que d’eux. J’ai dit des derniers tout ce qu’il y avait à en dire.
Tous les habitans de Paris ont entendu parler de la maison H… et Compagnie, qui fut établie dans le courant de l’année 1834, rue de la Chaussée d’Antin, n° 11. L’établissement de cette maison, qui se chargeait de toutes les opérations possibles, consignations, expéditions, escompte et encaissement, exposition permanente d’objets d’art et d’industrie, causa dans le monde commercial une vive sensation. Jamais entreprise n’avait, disait-on, présenté autant d’éléments de succès. La Société française et américaine publiait un journal, ordonnait des fêtes charmantes, dont M. le marquis de B… faisait les honneurs avec une urbanité tout-à-fait aristocratique. Il n’en fallait pas davantage, le revers de la médaille n’étant pas connu, pour jeter de la poudre aux yeux des plus clairvoyants. H…, comme on l’apprit trop tard, n’était que le prête-nom de R…, Faiseur des plus adroits, précédemment reconnu coupable de banqueroute frauduleuse, et, comme tel, condamné à douze années de travaux forcés.
Après avoir fait un grand nombre de dupes, R… et consorts disparurent, et l’on n’entendit plus parler d’eux.
Peu de temps après la déconfiture de la maison H… et Compagnie, une maison de banque fut établie à Boulogne-sur-Mer, sous la raison sociale Duhaim Père et Compagnie. Des circulaires et des tarifs et conditions de recouvremens furent adressés à tous les banquiers de la France. Quelques-uns s’empressèrent d’accepter les propositions avantageuses de la maison Duhaim Père et Compagnie, et mal leur en advint. Lorsqu’ils furent bien convaincus de leur malheur, ils vinrent me consulter. La contexture des pièces, et l’écriture des billets qu’ils me remirent entre les mains, me suffit pour reconnaître que le prétendu Duhaim père n’était autre que R... Je me mis en campagne, et bientôt un individu qui avait pu se soustraire aux recherches de toutes les polices de France, fut découvert par moi, et mis entre les mains de la justice. L’instruction de son procès se poursuit maintenant à Boulogne-sur-Mer.
R… est, sans contredit, le plus adroit de tous les Faiseurs, ses capacités financières sont incontestables, et cela est si vrai que, nonobstant ses fâcheux antécédens, plusieurs maisons de l’Angleterre, où il avait exercé long-temps, qui désiraient se l’attacher, lui firent, à diverses reprises, des offres très-brillantes. R… est maintenant pour long-temps dans l’impossibilité de nuire, mais il ne faut pas pour cela que les commerçans dorment sur leurs deux oreilles, R… a laissé de dignes émules ; je les nommerais si cela pouvait servir à quelque chose, mais ces Messieurs savent, suivant leurs besoins, changer de nom aussi souvent que de domicile.
Les Faiseurs qui marchent sur les traces de R… procèdent à-peu-près de cette manière :
Ils louent dans un quartier commerçant un vaste local qu’ils ont soin de meubler avec un luxe propre à inspirer de la confiance aux plus défians, leur caissier porte souvent un ruban rouge à sa boutonnière, et les allans et venans peuvent remarquer dans leurs bureaux des commis qui paraissent ne pas manquer de besogne. Des ballots de marchandises, qui semblent prêts à être expédiés dans toutes les villes du monde, sont placés de manière à être vus ; souvent aussi des individus chargés de sacoches d’argent viennent verser des fonds à la nouvelle maison de banque. C’est un moyen adroit d’acquérir dans le quartier cette confiance qui ne s’accorde qu’à celui qui possède.
Après quelques jours d’établissement la maison adresse des lettres et des circulaires à tous ceux avec lesquels elle désire se mettre en relation ; c’est principalement aux nouveaux négocians qu’ils s’adressent, sachant bien que ceux qui n’ont pas encore acquis de l’expérience à leurs dépens seront plus faciles à tromper que tous les autres. Au reste, jamais le nombre des lettres ou circulaires à expédier n’épouvante un de ces banquiers improvisés. On en cite un qui mit le même jour six cent lettres à la poste.
En réponse aux offres de service du Faiseur banquier, on lui adresse des valeurs à recouvrer, à son tour aussi il en retourne sur de bonnes maisons parmi lesquelles il glisse quelques billets de bricole, les bons font passer les mauvais, et comme ces derniers, aussi bien que les premiers, sont payés à l’échéance par des compères apostés dans la ville où ils sont indiqués payables, des noms inconnus acquièrent une certaine valeur dans le monde commercial, ce qui doit faciliter les opérations que le Faiseur prémédite.
Le Faiseur qui ne veut point paraître avoir besoin d’argent, ne demande point ses fonds de suite, il les laisse quelque temps entre les mains de ses correspondans.
Les Faiseurs ne négligent rien pour acquérir la confiance de leurs correspondans ; ainsi, par exemple, un des effets qu’ils auront mis en circulation ne sera pas payé, et l’on se présentera chez eux pour en opérer le recouvrement, alors ils n’auront peut-être pas de fonds pour faire honneur à ce remboursement imprévu, mais ils donneront un bon sur des banquiers famés qui s’empresseront de payer pour eux, par la raison toute simple que préalablement des fonds auront été déposés chez eux à cet effet.
Lorsque le Faiseur-Banquier a reçu une certaine quantité de valeurs, il les encaisse ou les négocie, et en échange il retourne des billets de bricole tirés souvent sur des êtres imaginaires ou sur des individus qui jamais n’ont entendu parler de lui.
L’unique industrie d’autres Faiseurs est d’acheter des marchandises à crédit. Pour ne point trop allonger cet article, j’ai transporté les détails qui les concernent à l’article Philibert.

Halbert, 1849 : Commerçant.

Larchey, 1865 : « On entend par faiseur l’homme qui crée trop, qui tente cent affaires sans en réussir une seule, et rend souvent la confiance publique victime de ses entraînements. En général, le faiseur n’est point un malhonnête homme ; la preuve en est facile à déduire ; c’est un homme de travail, d’activité et d’illusions ; il est plus dangereux que coupable, il se trompe le premier en trompant autrui. » — Léo Lespès. On connaît la pièce de Balzac, mercadet le faiseur. Son succès a été tel, qu’elle a doté le mot faiseur d’un synonyme nouveau. On dit un mercadet. — pour Vidocq, le faiseur n’est qu’un escroc et un chevalier d’industrie. — on dit aussi c’est un faiseur, d’un écrivain qui travaille plus pour son profit que pour sa gloire.

Delvau, 1866 : s. m. Type essentiellement parisien, à double face comme Janus, moitié escroc et moitié brasseur d’affaires, Mercadet en haut et Robert Macaire en bas, justiciable de la police correctionnelle ici et gibier de Clichy là — coquin quand il échoue, et seulement audacieux quand il réussit. Argot des bourgeois.

Rigaud, 1881 : Terme générique servant à qualifier tout commerçant qui brasse toutes sortes d’affaires, qui se jette à tort et à travers dans toutes sortes d’entreprises. — Exploiteur, banquiste raffiné. Le vrai faiseur trompe en général tout le monde ; il fait argent de tout ; un jour il est à la tête du pavage en guttapercha, le lendemain il a obtenu la concession des chemins de fer sous-marins ou celles des mines de pains à cacheter. Les gogos sont les vaches laitières des faiseurs. Dans la finance, ils sont les saltimbanques de la banque. Ils font des affaires comme au besoin ils feraient le mouchoir. Il existe des faiseurs dans tous les métiers qui touchent au commerce, à l’art, à l’industrie, à la finance.

Il a été dernièrement commandé à Lélioux un roman par un faiseur ; j’y travaille avec lui.

(H. Murger, Lettres)

On a l’exemple de faiseurs parvenus à la fortune, à une très grande fortune : décorés, administrateurs de chemin de fer, députés, plusieurs fois millionnaires. Féroce alors pour ses anciens confrères, le faiseur les traite comme Je sous-officier qui a obtenu l’épaulette traite le soldat, comme traite ses servantes la domestique qui a épousé son maître.

La Rue, 1894 : Exploiteur. Escroc.

Hayard, 1907 : Escroc.

France, 1907 : Chevalier d’industrie, banquiste, brasseur d’affaires plus ou moins louches, Alfred Delvau dit que le faiseur est un type essentiellement parisien ; il est certain que Paris est la ville du monde qui contient le plus de faiseurs. Le mot n’est pas moderne. Le général Rapp, dans ses Mémoires, le met dans la bouche de Napoléon :

Il travaillait avec Berthier. Je lui appris les succès du grand-duc et la déroute de Tauenzien.
— Tauenzien ! reprit Napoléon, un des faiseurs prussiens ! C’était bien la peine de tant pousser à la guerre !

Fouetter un homme

Delvau, 1864 : afin d’amener l’érection de son membre.

Si son vit impuissant n’a pas encor bandé…
On saisit le bouquet de verges à deux mains.
On fustige le vieux sur la chute des reins :
La douleur qu’il éprouve est quelquefois bien grande,
Mais il ne se plaint pas, il est heureux… il bande !

(Louis Protat)

Fricoteur

Larchey, 1865 : Parasite, maraudeur.

Ces mauvais troupiers pillaient tout sur leur passage. On les appelait des fricoteurs.

(M. Saint-Hilaire)

Quant a vos écuyers, chambellans et autres fricoteurs de même espèce.

(Van der Burch)

Delvau, 1866 : s. m. Homme qui aime les bons repas. Signifie aussi Agent d’affaires véreuses.
Le bataillon des fricoteurs. « S’est dit, pendant la retraite de Moscou, d’une agrégation de soldats de toutes armes qui, s’écartant de l’armée, se cantonnaient pour vivre de pillage et fricotaient au lieu de se battre. » (Littré.)

Rigaud, 1881 : Soldat qui aime à faire bombance aux dépens des autres, à manger et à boire avec l’argent des camarades, — dans le jargon des troupiers.

Rigaud, 1881 : Typographe qui prend des lettres dans la casse des autres.

Boutmy, 1883 : s. m. Celui qui fricote, c’est-à-dire qui pille la casse de ses compagnons. Les fricoteurs sont heureusement assez rares.

Merlin, 1888 : Celui qui cherche à bien vivre, à ne rien faire, à éviter les corvées.

Virmaître, 1894 : Agent d’affaires, synonyme de tripoteur. Au régiment, les troupiers qui coupent aux exercices, aux corvées, en un mot au service, sont des fricoteurs (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : L’employé qui fait le moins possible de travail et qui évite les corvées est un fricoteur.

France, 1907 : Noceur, ripailleur peu scrupuleux sur les moyens à employer pour faire bombance. « L’ancienne armée était pleine de fricoteurs. »

En temps de paix, traînant ses grègues le long des routes ou aplatissant son nez contre les vitrines des garnisons, le soldat est comme un canard sans eau, une poule sans poussins… hors de son élément, privé de la tâche qui lui est dévolue.
Je parle du bon soldat, s’entend — ni des couards, ni des fricoteurs !

(Séverine)

Et le fricoteur — espèce précieuse, en campagne, prit du café en grain dans le sac que portait le gros S…, mon compagnon, l’écrasa avec la crosse de son fusil, pendant que d’autres enlevaient les cercles d’une barrique pour faire du feu.

(Sutter-Laumann, Histoire d’un Trente sous)

C’est dans les premières guerres de la Révolution que ce sobriquet fut donné aux soldats de toutes armes qui abandonnent leurs corps pour marauder et piller. Ces mauvais troupiers jetaient leur sac, leur fusil, et armés de poêles à frire, de broches, ayant une marmite sur le dos, pillaient et dévastaient tout sur leur passage ; on les appelait les fricoteurs.
Le visage noirci par la fumée des bivouacs, ils couraient les uns sur les autres, confusément et par soubresauts, comme des moutons harcelés par des chiens. Parfois, une terreur panique s’emparait de ce hideux troupeau ; alors ils s éparpillaient à droite et à gauche, franchissaient haies et fossés, inondaient au loin la plaine et, dès que l’ennemi s’approchait, fuyaient honteusement en finissant toujours par refluer dans les rangs des braves troupiers, soumis aux rigueurs de la discipline ; mais le danger passé, ou leur frayeur dissipée, les fricoteurs isolés se reformaient en peloton et recommençaient leurs excès.

(Physiologie du troupier)

Pendant la retraite de Moscou, ils reparurent en grand nombre, cantonnèrent aussi loin que possible des horions, fricotant au lieu de se battre. Ils étaient connus sous le nom de Bataillon des fricoteurs.
Au temps de Napoléon, on fut pour les fricoteurs d’une sévérité terrible ; on tirait sur eux comme sur l’ennemi, et lorsqu’on pouvait en attraper, on les jugeait et on les fusillait impitoyablement.

(É. Marco de Saint-Hilaire)

Gargot

Delvau, 1866 : s. m. Petit restaurant où l’on mange à bon marché et mal. On dit aussi Gargote.

Rigaud, 1881 : Entrepreneur d’abatage pour bouchers et charcutiers. Celui qui débite de la viande aux bouchers et aux charcutiers.

Rigaud, 1881 : Restaurant de bas étage.

France, 1907 : Petit restaurant. Abréviation de gargotte, du latin gargustium, mauvaise hôtellerie. Le Duchat fait venir ce mot de l’allemand Garküche, cuisine toujours prête.

Elle tenait un gargot
À Maisons-Laffitte,
Chez elle le cheminot
Trouvait table et gîte.

(Jules Célès)

On appelle aussi gargot le restaurateur.

Un autre fourbi qui se pratique en grand dans les prisons de la Seine, c’est ce qu’on pourrait appeler « le truc des quartiers d’hiver ».
Quand le frio s’amène, le pauvre bougre qui se trouve sans feu ni lieu se fait poisser pour une couillonnade quelconque. Habituellement, le type s’en va dans une gargotte, s’appuie un bon gueuleton et, quand vient le quart d’heure de Rabelais, il appelle le patron et le prie d’aller quérir les sergots.
Si le purotin est par hasard tombé sur un bon frère qui l’envoie se faire pendre ailleurs, il en est quitte pour recommencer chez le gargot d’à côté. La muflerie commerçante est si répandue qu’il est rare que l’empileur ait besoin de s’y reprendre à trois fois.

(La Sociale)

Gilet en cœur

Rigaud, 1881 : Élégant. Le surnom a été donné aux élégants qui portaient, vers 1865-66, des gilets très échancrés dits « gilets en cœur », boutonnés à deux boutons et qui montraient la chemise en grand étalage sur la poitrine. Le mot a passé, mais non la mode. Aujourd’hui les gilets en cœur bâillent sur la poitrine des gommeux.

France, 1907 : Élégant, à cause du ridicule gilet ouvert jusqu’au nombril, affectant la forme d’un cœur, à la mode depuis quelques années.

Gros légume

Rigaud, 1881 : Officier supérieur.

France, 1907 : Haut fonctionnaire.

L’antichambre du directeur du personnel, celle d’un sous-directeur, les abords des bureaux de tous les gros légumes, des demi-gros, de tout ce qui possédait un brin d’autorité ou d’influence, étaient toujours encombrés de commises en grand tralala, fardées, poudrerizées, astiquées, pomponnées, exhalant tous les parfums de l’Arabie — empestant tous les locaux à deux cents pas à la ronde — et toujours munies de dessous bien blancs, irréprochables.

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

Il était venu un inspecteur de Nouméa faire la visite du pénitencier. Ce fonctionnaire avait l’air très doux et tous nos surveillants se faisaient petits garçons devant lui. Il portait une belle casquette galonnée et semblait être un très gros légume.

(Edmond Lepelletier, Les Secrets de Paris)

On dit aussi grosse légume.

À 11 heures du matin, on l’a saqué en lui disant : « Vous ne pouvez pas vous dégrouiller ; allez chercher du travail ailleurs. »
Et le pauvre fieu est parti… pour où ?
C’est ce dont les grosses légumes qui lui ont abimé la santé en l’expédiant à Madagascar se foutent comme de leur première crapulerie.

(Le Père Peinard)

Comme les autres grosses légumes de l’État qui folichonnent aux quatre coins de la France, confiants sur les assurances du Temps lui-même que tout marche mieux en leur absence, l’Auverpin s’en est allé avec sa famille.

(Rochefort)

Gros-cul

Rigaud, 1881 : Chiffonnier à son aise. Les gros-culs possèdent un âne et une petite voiture pour les besoins de leur industrie. Ils habitent en grande partie le passage Saint-Charles à Levallois.

France, 1907 : Chiffonnier aisé.

Haricot vert

Halbert, 1849 : Mauvais voleur.

La Rue, 1894 : Voleuse émérite.

Virmaître, 1894 : Voleur en grande réputation dans le monde des prisons (Argot des voleurs).

Hayard, 1907 : Voleur jeune et hardi.

France, 1907 : Voleur, maladroit.

Homard

Delvau, 1866 : s. m. Soldat de la ligne, — dans l’argot des faubouriens, qui, sans connaître l’anglais, imitent cependant les malfaiteurs de Londres appelant les soldats de leur pays lobsters, à cause de la couleur rouge de leur uniforme. Signifie aussi : Suisse ; domestique en grande livrée.

Rigaud, 1881 : Surnom donné aux spahis en raison de leur burnous rouge. (A. Camus)

France, 1907 : Suisse d’église ; domestique en grande livrée, soldat de la ligne ; spahi, à cause du burnous rouge.

Il n’y a de femme chaste que celle qui ne trouve pas d’amant

France, 1907 : Cette locution proverbiale a mis en grande fureur l’excellent M. Quitard dans son recueil de Proverbes sur les femmes : « Que deviendrait la famille, — dit-il — que deviendrait la société, que deviendrait tout ce qu’il y a de plus sacré dans le genre humain, si cette infâme doctrine pouvait être accréditée ? Les libertins qui la professent mériteraient d’être punis ! » Elle n’est pas neuve cependant ; sans remonter à la plus haute antiquité, on la trouve exprimée dans le premier livre des Amours d’Ovide : « Casta est quam nemo rogacit. » « Est chaste celle que nul n’a sollicitée. » Mathurin Regnier en dit autant dans une de ses Satires :

Celle est chaste, sans plus, qui n’en est point priée.

La même idée est exprimée par Jehan de Meung, dans le Roman de la Rose, et nombre de poètes de tous les pays et de tous les temps l’ont répétée. Mais de tous, Montesquieu, dans ses Lettres Persanes, a le mieux rendu l’idée générale : « Il est des femmes vertueuses ; mais elles sont si laides, si laides, qu’il faudrait être un saint pour ne pas haïr la vertu. » Nous qui ne sommes pas saints, laissons leur vertu aux chastes laiderons, pour qu’elles en fassent hommage au Père Éternel :

Après an demi-siècle à peu près révolu,
Je conserve en mourant le trésor du bel âge
Mon Dieu ! Je vous en fais hommage…
Les hommes n’en ont point voulu.

Kwas

France, 1907 : Boisson nationale des Russes et de plusieurs contrées du Nord. La base est la farine de seigle.

Cette boisson fortifie, nourrit, engraisse et préserve des maladies. Les Russes boivent du kwas pour conserver leur santé, et aussi quand ils sont malades pour se guérir… Qu’on interroge les milliers de Français, dit Percy, qui ont été prisonniers de guerre en Russie, ils diront que, s’ils ont eu le bonheur de revoir leur patrie, c’est en grande partie au kwas qu’ils en ont été redevables.

(Dr A.-F. Aulagnier)

Loi et les prophètes (c’est la)

France, 1907 : Cette expression s’emploie quand on veut faire entendre qu’une chose est en grande considération, d’une autorité indiscutable, comme pour les croyants la loi et les prophètes juifs.

Louis quinze

France, 1907 : Prostituée. « Nom donné, dit M. Richepin, à cause de la poudre de riz et des mouches à la mode dans la toilette des filles de maisons » (Lorédan Larchey). On sait que pendant le règne de l’amant de la Dubarry, la poudre et les mouches étaient en grande faveur à la cour et à la ville.

Mac

Vidocq, 1837 : s. m. — Amant et souteneur d’une fille publique. Il s’est opéré une telle fusion dans nos mœurs, que plusieurs types se sont effacés sans laisser la moindre trace de leur existence. Bientôt le Mac sera un de ceux-là ; il est déjà fossile, bientôt il sera anté-diluvien. Mais cela ne prouve rien en faveur de nos mœurs ; notre belle jeunesse d’aujourd’hui ne vaut guère mieux que celle d’autrefois ; les dehors sont sans doute moins repoussans, mais l’intérieur est le même, et la seule conclusion qu’il soit possible de tirer de ce qui se passe, c’est que le nombre des êtres vicieux est plus grand. Le métier de Mac, autrefois, n’était guère exercé que par des voleurs ou des mouchards. Ces messieurs étaient jadis les seuls sultans des harems publics ; maintenant les prêtresses de Vénus Callipyge ont pour amans des jeunes gens de famille, ils ne volent personne, ils ne rendent aucun service à la préfecture de police, ils ont même de l’honneur ! Ce qui ne les empêche pas d’envoyer leur femme au vague, et d’avoir conservé toutes les traditions du métier, hormis celles qui pouvaient les compromettre. Que l’on ne croie pas cependant que les filles de joie ont gagné à cet échange ; il y avait autrefois entre elles et leurs amans une certaine conformité de périls et d’infortunes qui rendait la communauté plus douce, communauté qui n’existe plus maintenant. Cependant celui qui s’est fait le despote d’une courtisane, à la charge par lui de la défendre envers et contre tous, s’il n’est ni voleur ni mouchard, est bien prêt de devenir tout cela.
Le monde des Macs était autrefois un monde à part. On voyait ces Messieurs, réunis dans les bouges de la Grève et des environs, prêts, au premier signal, à aller jeter par la fenêtre le malheureux qui, pour son malheur, était entré dans un des mauvais lieux qui, à cette époque, infestaient les rues de la Tannerie, de la Vieille-Lanterne, de la Vieille-Place-aux-Veaux, de la Mortellerie.
Les Macs de l’ancien régime étaient tous costumés de la même manière ; grand chapeau à cornes, cravate d’une ampleur démesurée, veste très-courte, pantalon large, bas à coins de couleur, et chaussure des magasins de la mère Rousselle. Une chique énorme et un bâton long et noueux leur servaient de signes de reconnaissance.
Les filles étaient chargées de pourvoir aux besoins et aux plaisirs de MM. les Macs, et, à cet effet, chacune d’elles avait un compte ouvert chez Dupuis, la mère Bariol, la mère Sans-Refus, taverniers en grande renommée à cette époque. Chaque Mac inscrivait sur une ardoise sa dépense, que sa femme était chargée de payer. L’éponge passée sur une ardoise servait de quittance générale. (Voir Rutière).

Delvau, 1864 : Abréviation de maquereau.

Ça m’ fera peut-être rigoler un brin, de changer d’rôle, et de mac devenir miché.

(Lemercier de Neuville)

Après tout, ce n’est pas si bête
D’avoir fait quatre cents binettes.
D’hommes de lettr’s, de peintr’s et de mac ?

(A. Pothey)

Delvau, 1866 : s. m. Apocope de Maquereau, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Apocope de maquereau, souteneur de filles ; et mecque avec changement de l’a en e. — De maque, marchand ; d’où maquignon.

Virmaître, 1894 : Diminutif de maquereau. Quelques-uns écrivent mec, d’autres mecque. C’est mac qui est le vrai mot (Argot des souteneurs).

Rossignol, 1901 : Individu qui vit du produit d’un labeur vaginal.

Hayard, 1907 : Souteneur.

France, 1907 : Abréviation de maquereau.

Masse

d’Hautel, 1808 : C’est une grosse masse. Se dit par mépris d’une femme toute ronde, sans grace ni tournure.

Delvau, 1866 : s. f. Grande quantité de gens ou de choses, — dans l’argot du peuple. En masse. En grand nombre, en grande quantité.

La Rue, 1894 : Travail. Masser, travailler dur.

France, 1907 : Produit du travail d’un condamné qu’on lui remet à sa sortie de prison.

Avec les quelques louis de sa masse, il s’acheta des vêtements convenables, — pas de luxe inutile, des habits qui passent sans qu’on les voie, — partit pour l’Allemagne, se trouva, quatre jours après le levé d’écrou, aux environs d’Ober-Ursel, attendit le soir dans une auberge de la route.

(Catulle Mendès, La Vie et la Mort d’un clown)

France, 1907 : Somme placée par un joueur sur le tapis.

Quatre coups, masse en avant, il gagna, et fit sauter la banque qui, d’ailleurs, n’était pas considérable. Sans plus attendre, il se leva, empocha son gain et prit la porte : mais, sur son passage, il eut le temps d’entendre Philippe Marnier, le banquier décavé, qui murmurait rageusement : « Il est cocu, cet oiseau-là ! »

(Maurice Montégut)

Croupier, au lieu d’bourrer ta pipe,
Si le banquier est un bon type,
Bourre le trou, ta valade aussi,
Surtout sans fair’ bonnir un cri…
Si ton voisin battait morasse,
Plaque-lui deux sigs dans sa masse,
S’y r’naude envoie-le lascailler,
Cesse d’bourrer pour… étouffer.

(Hogier-Grison, Pigeons et Vautours)

France, 1907 : Somme versée autrefois au compte du soldat. Avoir la masse complète, posséder une bourse bien garnie ; expression militaire.

Mengin

Delvau, 1866 : s. m. Charlatan politique et littéraire. Encore un nom d’homme devenu un type applicable à beaucoup d’hommes.

France, 1907 : Charlatan ; du nom d’un célèbre charlatan qui vivait sous le second empire, et devenu de type du faiseur de boniments, spirituel et railleur. Il vendait des crayons dorés, du haut d’un somptueux équipage, portant avec lui tout un orchestre. Coiffé d’un casque, vêtu d’une houppelande à ramages, il savait en moins de rien réunir la foule et la retenir par ses amusantes facéties. Avec ses crayons qu’il vendait en grande quantité, il donnait un jeton doré ressemblant à un louis et sur lequel, outre son effigie étaient inscrits ces vers :

Dans ce portrait frappant que chacun examine,
Reconnaissez Mengin et sa barbe aux flots d’or ;
Mais c’est en vain qu’ici chacun vante sa mine,
Celle de ses crayons vaut beaucoup mieux.

Le fait est que ses crayons ressemblaient à la plupart des crayons sans l’enveloppe dorée ; il les tallait avec un sabre et effritait une planche en feignant de taper dessus avec un maillet. Un morceau de ver était naturellement, en ce cas, substitué an crayon. On l’écrit à tort Mangin.

Quand j’dis qu’je l’vends, c’est z’un’ figure,
Entre nous, on n’me l’prend jamais.
Vrai, ya déjà longtemps qu’i’ dure ;
Pourtant, i’ n’est pas pus mauvais
Qu’un aut’, mais ya z’un’ concurrence !!
C’est à qui qui s’ra l’pus filou…
C’qu’i yen a des Mangin en France…
Moi, j’vends mon crayon pour un sou.

(Aristide Bruant)

Nager en grandes eaux

France, 1907 : Être dans l’abondance ; aller largement, se trouver en grandes occasions d’avancer ses affaires. Allusion aux eaux qui, plus elles sont grandes et profondes, plus elles offrent de facilité au nageur.

Non-lieu

France, 1907 : Individu plus ou moins louche, et plus ou moins fripon, qui a bénéficié d’une ordonnance de non-lieu. L’expression date des scandales de Panama.

Allez un jour à la Chambre, et faites-vous-y nommer les députés qui vous sembleront le mieux chez eux, ceux qui vous feront l’effet d’y avoir leurs pantoufles. Vous entendrez des noms que vous vous rappellerez comme de vieux airs de musique, sans compter les airs nouveaux. « Un tel ? vous direz-vous comme à un vieux refrain… Mais c’est un acquitté ! » Ou bien : « C’est un ancien non-lieu ! » Ou bien : « C’est un dossier complet !… C’est un Panama !… C’est un Chemins de fer du Sud !… » Et les anciens « non-lieu », les « acquittés », les « Panama », les « Chemins de fer du Sud » et les « dossiers complets » Ne manquent pas en effet dans la maison.

(Maurice Talmeyr, Le Figaro)

N’est-il pas digne de remarque que les ennemis les plus acharnés du général Boulanger sont en grande partie devenus des non-lieu ?

Pantalon

d’Hautel, 1808 : Bouffon, batteleur, qui amusé les autres par des farces et des plaisanteries.
À la barbe de pantalon. Pour dire au nez, à la barbe, en présence et en dépit de celui que la chose intéresse le plus.

Fustier, 1889 : Faire pantalon, dans le langage des écrivains, c’est ne pas atteindre le bas de la feuille de papier sur laquelle on écrit.

France, 1907 : Sobriquet donné aux Vénitiens à cause de saint Pantalone ou Pantaleone qu’ils ont en grande vénération. Le grotesque vêtement en usage depuis près d’un siècle est ainsi appelé parce que la mode nous en vient des Vénitiens. ll existait chez les Gaulois sous le nom de braies.

Papa

d’Hautel, 1808 : Mot d’enfant, que l’on conserve cependant dans un âge plus avancé, par amitié ; pour dire père.
Papa, beau-Père,
expression comique et burlesque dont on se sert en parlant à un homme avec lequel on est en grande familiarité.
On dit aussi papa, en adressant la parole à un homme d’un âge mûr.
À la papa. Façon de parler adverbiale, tirée d’une chanson populaire pour dire à l’aise, sans gêne, sans contrariété, sans peine, sans embarras.
Vivre à la papa. Pour dire tranquillement et avec, aisance.
Faire quelque chose à la papa. C’est-à-dire, sans se gêner, sans se presser le moins du monde. Cette locution est fort à la mode parmi le peuple de Paris.

Delvau, 1866 : s. m. Père, — dans l’argot des enfants, dont ce mot est le premier bégaiement. Bon-papa. Grand-père.

Rigaud, 1881 : Cocher de tramway, — dans le jargon des voyous, qui sont assez mélomanes pour s’être aperçus que la trompe dont jouent les cochers de tramway avec leurs pieds produit une série de pa pa pa pa.

Parti

d’Hautel, 1808 : Prendre son parti en grand capitaine. Se dit en plaisantant, lorsqu’on se détermine après avoir hésité long-temps à quelque chose, soit au jeu, soit à une affaire de peu d’importance.
Jouer un mauvais parti à quelqu’un. Lui faire de mauvais tours, le friponner, l’attraper.

Larchey, 1865 : Ivre, endormi.

Allons, les voilà partis, dit Vautrin en remuant la tête du père Goriot et celle d’Eugène.

(Balzac)

Pavoiser (se)

Larchey, 1865 : Faire toilette. V. Astiquer.

Delvau, 1866 : S’endimancher. Argot des marins. S’endimancher, pour les faubouriens, a un double sens : il signifie d’abord mettre ses habits les plus propres ; ensuite s’amuser, c’est-à-dire boire, comme ils en ont l’habitude à la fin de chaque semaine.

France, 1907 : Faire toilette, se mettre en grande tenue ; terme de marine, allusion au navire qu’on pavoise.

Petit bleu

Rigaud, 1881 : Vin rouge au litre, mauvais vin rouge.

France, 1907 : Nom que les ouvriers donnent au vin, surtout celui de mastroquet qui lorsque suffisamment falsifié au bois de campêche, a des teintes bleuâtres.

Il paraîtrait — les savants l’affirment — que, enfant, on aime le jaune ; en grandissant c’est le rouge que l’on préfère, puis, au moment où le cœur parle, on rêve du bleu ; enfin, une fois adulte et marié, le jaune ne compte plus de partisan.
Adulte, adultère, cela n’a pas besoin d’explication.
Le bleu continue d’avoir des partisans, et combien y en a-t-il qui chantent le Petit Bleu !

(Gil Blas)

Brisson, ton erreur n’est pas mince :
Tu te mets les dix doigts dans l’œil
Quand tu déclares que j’en pince
Pour le petit bleu d’Argenteuil,
M’as-tu pas déjà que j’use
Sans broncher de douteux mégots ;
Tu veux aussi que je m’abuse
Sur des petits bleus visigoths ?…
C’en est trop, sans me crier gare,
Sache ceci : de même que
J’en tiens pour le parfait cigare,
Il me faut du vrai vin, morbleu !

(Raoul Ponchon)

France, 1907 : Télégramme expédié par tube pneumatique.

Pharos

anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Gouverneur d’une ville.

Vidocq, 1837 : s. m. — Gouverneur de ville ou de province.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Halbert, 1849 : Gouverneur d’une ville.

Rigaud, 1881 : Gouvernement. — Ministre. — Préfet et, en général, tous les hauts fonctionnaires ! de l’État, qui, en grand uniforme, sont éblouissants comme des phares, — dans le jargon des voleurs.

France, 1907 : Chef ; argot des voleurs.

L’ancien abbé éleva sa lumière à hauteur de son visage, et, éclatant de rire :
— Allons, taffeurs, ne renaudez pas ! fit-il ; me prenez-vous pour un raille ou le rabouin ?
Alors, tout à coup, ce fut une explosion de cris, d’exclamations de joie et de surprise :
— Le grand pharos !
— Le grand meck !
— Le grand dab !
Et les yeux étincelants, la figure enluminée par une douce émotion, agitant leurs bonnets, aspirant à lui serrer la main, tous se précipitèrent, l’entourèrent, le pressèrent, l’acclamèrent.

(Edmond Ladoucette, Le Petit Caporal)

Piquage

France, 1907 : Faire un piquage, c’est soutirer un liquide, vin, alcool, huile, en pratiquant au moyen d’un foret un trou dans un fût laissé en consigne au dépôt des marchandises des gares, ou attendant la mise en grande ou petite vitesse. Les facteurs des gares de marchandises font un piquage incessant et journalier au su de leurs chefs impuissants à réprimer ces voleries.

Planquer des sortes

Boutmy, 1883 : v. Cacher les lettres ou sortes qui entrent en grande quantité dans un travail en cours d’exécution. L’ouvrier qui planque des sortes cause un préjudice à tous ses compagnons, qui ne trouvent plus celles qui devraient être dans des casses ou bardeaux d’un usage commun.

France, 1907 : « Cacher les lettres ou sortes qui entrent en grande quantité dans un travail en cours d’exécution. L’ouvrier qui planque des sortes cause un préjudice à tous ses compagnons, qui ne trouvent plus celles qui devraient être dans des casses ou bardeaux d’un usage commun. »

(Eug. Boutmy, Argot des typographes)

Plantureusement

d’Hautel, 1808 : Abondamment, largement, en grande quantité.

Poker

France, 1907 : Jeu de cartes importé d’Amérique où il est en grande faveur. Jeu de café, on le jouait beaucoup il y a quinze ou vingt ans au café des Variétés puis il eut son heure dans les brasseries de Montmartre. Maintenant on le joue un peu partout.

Après les dés, dont l’origine se perd dans la nuit des temps, et qui ont passionné tout le moyen âge, il y a eu le lansquenet, qui florissait sous Louis XIII et mourut d’un accès de sagesse du bonhomme Colbert ; puis le pharaon, cet égyptien corrigé par les Grecs, qui a l’honneur d’avoir donné naissance au décevant paroli ; puis le baccara, puis le poker. Amusant et passionnant, il fait au hasard la part qu’il faut, mais laisse place à toutes les combinaisons, à toutes les inspirations, à toutes les finesses.
Long à apprendre, difficile à pratiquer, il s’empare du débutant, dès le premier engagement, et je connais des affaiblis du baccara qui s’y sont réveillés pleins d’ardeur, infatigables, passant les nuits comme aux beaux temps, dans les palpitantes ivresses du flush et du straight.

(Montjoyeux)

Pontificat

d’Hautel, 1808 : Marcher en grand pontificat. Se carrer en marchant, affecter une grande pompe, un grand éclat.

Poulaine

Fustier, 1889 : Cabinets d’aisance. Argot du bagne.

On s’entassait à la poulaine (lieux d’aisance) où une pompe, installée tout exprès, fournissait en grande abondance l’eau nécessaire à ces ablutions.

(Humbert, Mon bagne)

La Rue, 1894 : Lieux d’aisances.

France, 1907 : Lieux d’aisances ; argot des marins passé dans celui du bagne. Cet endroit est appelé ainsi parce que, sur les navires, il se trouve à l’avant du vaisseau, appelé poulaine.

Quatre

d’Hautel, 1808 : Il lui a fait descendre les escaliers quatre à quatre. Se dit de quelqu’un que l’on a chassé ignominieusement, et auquel on a fait descendre les escaliers avec précipitation.
Quatre à quatre, et le reste en gros. Se dit en plaisantant lorsqu’on ordonne à quelqu’un de faire une chose en grande hâte.
Se faire tenir à quatre. C’est-à-dire, vouloir faire absolument une chose défendue ; signifie aussi faire le difficile dans un accommodement.
Se mettre en quatre. Employer ses moyens, sa fortune et son crédit pour servir quelqu’un.
Faire le diable à quatre. Faire beaucoup de bruit ; se tourmenter, se démener pour faire réussir une affaire.
Elle est toujours tirée à quatre épingles. Se dit d’une personne parée, ajustée d’une manière affectée ; d’une propreté outrée.

Ramastique ou ramastiqueur

Vidocq, 1837 : s. — Les Ramastiques, comme beaucoup d’autres fripons, ne doivent leurs succès qu’à la cupidité des dupes.
Ce qui suit est un petit drame qui, malgré les avertissemens répétés de la Gazette des Tribunaux, se joue encore tous les jours dans la capitale, tant il est vrai que rien n’est plus facile que de tromper les hommes lorsque l’on caresse la passion qui les domine tous : la soif de l’or.
La scène se passe sur la place publique. Les acteurs principaux examinent avec soin les allans et venans. Enfin apparaît sur l’horizon l’individu qu’ils attendent ; sa physionomie, son costume, décèlent un quidam aussi crédule qu’intéressé. L’un des observateurs l’aborde et lui adresse quelques-unes de ces questions dont la réponse doit révéler à l’interrogateur l’état des finances de l’interrogé. Si les renseignemens obtenus lui paraissent favorables, il fait un signe, alors l’un de ses compagnons prend les devans et laisse tomber de sa poche une petite boîte ou un petit paquet, de manière cependant à ce que l’étranger ne puisse faire autrement que de remarquer l’objet, quel qu’il soit, c’est ce qui arrive en effet ; et au moment où il se baisse pour ramasser la boîte ou le petit paquet, sa nouvelle connaissance s’écrie : « Part à deux. » On s’empresse d’ouvrir le paquet ou la boîte ; à la grande joie du Sinve, on y trouve ou une bague, ou une épingle magnifique ; un écrit accompagne l’objet, et cet écrit est la facture d’un marchand joaillier qui reconnaît avoir reçu d’un domestique une somme assez forte pour le prix de l’objet qu’il envoie à M. le marquis ou à M. le comte un tel. « Nous ne rendrons pas cela, dit le fripon ; un marquis, un comte, a bien le moyen de perdre quelque chose, et nous serions de bien grands niais si nous ne profitions pas de la bonne aubaine que le ciel nous envoie. » Le Sinve ne pense pas autrement ; il ne reste donc plus qu’à vendre l’objet, voilà le difficile. Le Ramastique fait observer que cela ne serait peut-être pas prudent ; que l’objet, sans doute, est déjà signalé aux marchands joailliers. Comment faire ? « Écoutez, dit enfin le fripon, vous me paraissez un honnête garçon, et je vais vous donner une marque de confiance dont vous vous montrerez digne, je l’espère. Je vais laisser l’objet entre vos mains ; mais comme j’ai absolument besoin d’argent, vous me ferez l’avance de quelques centaines de francs, mais j’exige que vous me donniez votre adresse. » Le Sinve, qui déjà est déterminé à garder pour lui seul toute la valeur de l’objet trouvé, s’empresse d’accepter la proposition, et dans son for intérieur il se moque de la simplicité de son compagnon ; il ne cesse de rire à ses dépens que lorsqu’il a fait estimer la trouvaille par un joaillier qui lui apprend que le bijou qu’il possède vaut tout au plus 15 ou 20 francs.
Les Ramastiques sont presque tous des juifs. Chacun d’eux est vêtu d’un costume propre au rôle qu’il doit jouer. Celui qui accoste est presque toujours vêtu comme un ouvrier ; le perdant se distingue par la largeur de son pantalon, dont une des jambes sert de conducteur à l’objet pour le faire arriver jusqu’à terre. Quelques femmes exercent ce genre d’industrie, mais comme il est facile de le présumer, elles ne s’adressent qu’à des personnes de leur sexe.
Sur vingt individus trompés par les Ramastiques, dix-huit au moins donnent un faux nom et une fausse adresse. S’il est vrai que l’intention doive être punie comme le fait, je demande s’il ne serait pas juste d’infliger aux Sinves une punition capable de leur servir de leçon.
Ne soyez jamais assez sot pour vouloir partager avec un homme qui trouve un objet quelconque, surtout si pour cela il faut dénouer les cordons de votre bourse.

Ravageurs

Larchey, 1865 : « Ils travaillent un instant après la pluie. Alors l’eau a charrié dans les rigoles ménagées par le pavé tous les morceaux de clous et de ferraille qu’elle a pu emporter en passant… La besogne faite, ils vendent un sou la livre leur misérable butin. »

(Berthaud, 1846)

La police a fait cesser cette exploitation. — Les Mystères de Paris montrent cette industrie s’exerçant en grand sur les ports de la Seine :

S’avançant dans l’eau aussi loin qu’il peut aller, le ravageur puise à l’aide d’une longue drague le sable de rivière sous la vase, puis il le lave comme un minerai et en retire une grande quantité de parcelles métalliques.

(E. Sue)

Ruraux

France, 1907 : Sobriquet donné par les Parisiens aux membres de la Chambre des députés qui, en 1871, signèrent le désastreux traité de paix. Cette Chambre était composée en grande partie de députés conservateurs de la province.

Une Chambre se réunit en grande partie formée par les soins et sous les menaces et la pression des Prussiens, avec mandat de traiter de la paix : aussi, quelle Chambre !!! jamais on n’en vit une pareille, c’est la plus complète collection de palmipèdes qui se puisse voir ; recrutée en dépeuplant les basses-cours des fermes des départements. Ces oies ne furent même pas les oies du Capitole. On les baptisa du nom, à mon avis bien anodin et bien poli, de ruraux ; ils sont, certes, les cryptogames du fumier électoral, et des plus vénéneux encore.

(C. Matel, Les Étrivières)

Serinette

d’Hautel, 1808 : La serinette. Nom que les imprimeurs donnent à leur presse, dont la manivelle ressemble en grand à celle d’une serinette.

Delvau, 1866 : s. f. Homme qui fait chanter d’autres hommes, — dans l’argot des voleurs.

Virmaître, 1894 : Jouer un air de serinette à quelqu’un (Argot des voleurs). V. Maîtres chanteurs.

France, 1907 : Chanteur on chanteuse qui répète des airs, sans y mettre d’expression. Enfant qui récite par cœur ses leçons sans les comprendre.

France, 1907 : Sodomiste passif.

Tenue (rentrer en grande)

Merlin, 1888 : Avec son pompon, gris.

Tolstoïsme

France, 1907 :

Ayons le courage de le dire et même de le crier, sans nous émouvoir d’une phalange de dévots obstinés…
M. Tolstoï est devenu le plus sinistre raseur moralisant et le prédicant le plus insupportable que la terre ait produit depuis Jean-Jacques Rousseau (de Genève)…
Je n’insiste pas ; il s’agit d’expliquer le tolstoïsme.
D’une façon générale, cette doctrine, ou plutôt cette religion, est une sorte de christianisme humanitaire mâtiné de socialisme et de fouriérisme, tel qu’il fleurissait en France vers 1848. On se figure que les livres de Tolstoï qui nous parviennent ont été écrits récemment ; si beaucoup, au contraire, sont assez vieux et les premiers, les plus curieux, les autobiographies, remontent à 1852. L’Europe, à ce moment, sortait à peine de la crise sentimentale ; elle venait, pendant plusieurs années, de rêver de bonheur et de fraternité ; on prêchait l’union des classes et l’union des peuples : des ouvriers, en pleurant, embrassaient le curé qui jetait son eau bénite (et un mauvais sort avec) sur l’arbre de la Liberté. Partout régnait une considérable mais attendrissante niaiserie. Nul doute que cet universel état d’esprit n’ait influé sur l’âme de Tolstoï, et que nos pseudo-réformateurs français n’aient été les inspirateurs de sa foi nouvelle. N’est-ce pas à Fourier qu’il a emprunté sa théorie du travail agréable ?
Mais les idées de Tolstoï qui ont fait connaître son nom sont plus récentes ; elles touchent principalement à l’amour et elles sont comme le résumé et la conclusion des théories sociales ou religieuses qu’il avait exposées antérieurement.
Voici donc la grande découverte morale de Tolstoï : la loi de l’homme, l’amour, est une aspiration au bien des autres ; mais il faut que cette aspiration altruiste soit constante et universelle ; il faut aimer non un seul être, mais tous les êtres : l’amour particulier est un vol fait à l’amour universel…
C’est faire un bien grand détour pour revenir à la doctrine de saint Paul et des premiers moralistes chrétiens, et c’est aussi une grande naïveté que de s’imaginer que l’on va captiver les hommes, et surtout les femmes, avec de pareilles formulettes. On peut, le christianisme primitif l’a prouvé, diriger l’idéal humain vers le renoncement, mais on ne pourra jamais l’orienter dans cette voie douloureuse au nom d’entités aussi ridiculement vagues que l’amour universel.
Cela est absurde. Amour universel, mot vif, parole vaine ! L’amour est particulier ; il n’y a pas d’amour sans objet, — et aimer tout et tous, c’est n’aimer rien et personne. Un tel sentiment, s’il était possible, se confondrait absolument, par l’identité des contraires, avec le pur et simple égoïsme.

(Rémy de Gourmont)

Touche (sainte)

Rigaud, 1881 : La paye, le jour de la paye, — dans le jargon des ouvriers. Une sainte en grande vénération, parmi le peuple.

Tralala

Larchey, 1865 : Appareil.

La fougue, l’audace et tout le grand tralala de l’excentricité féminine.

(Monselet)

Delvau, 1866 : s. m. Embarras, cérémonies ; luxe de toilette. — dans l’argot du peuple. Se mettre sur son tralala ou sur son grand tralala. S’habiller coquettement, superbement.

France, 1907 : Bataille, synonyme de danse au sens métaphorique.

On s’apprête pour le départ dans la direction de Verdun ; tous mes braves sont bien reposés, et l’un d’eux me demande gaiment : « Est-ce pour aujourd’hui le grand tralala, mon capitaine ? — Peut-être… Par le flanc droit, arrrche ! »

(Lieut.-col. Meyret, Carnet d’un prisonnier de guerre)

Il importe beaucoup que la
Chose ne soit pas sue
Avant le final tralala,
C’est mon coup de massue.

(Raoul Ponchon)

France, 1907 : Déploiement de toilette, grand appareil ; expression populaire.

Il revint à l’Ermitage où il tomba sur la bande, grossie d’une nuée de petites femmes, parmi lesquelles il reconnut Suzanne en grand tralala.

(André Desroches, L’Éternelle illusion)

Se dit aussi pour grand apparat, réception luxueuse.

… Soit parce qu’un instant elle avait été modèle chez le sculpteur Pierre Ferras, s’était alors accoutumée aux paresseuses flâneries dans l’atelier tiède, aux tranquilles impudeurs que reflète une haute psyché, soit parce qu’elle avait dans la peau rose et dorée des braisillements de soleil provençal, que le frôlement des batistes et des surahs les plus légers l’importunait et l’énervait, ou peut-être aussi parce qu’elle y trouvait son compte, étant fûtée, libertine et savante en l’art d’allumer un homme comme pas une, Noële Désir gardait cette habitude de se dévêtir des pieds à la tête pour un oui, pour un non, n’était jamais aussi heureuse que toute nue et dans son alcôve tendue de satin noir, et en cabinet particulier, et même quand elle recevait, en grand tralala, le samedi.

(René Maizeroy)

Trotter (se)

Rigaud, 1881 : Déguerpir, — dans le jargon des soldats de cavalerie.

La Rue, 1894 : Aller. Aller vite. Partir. S’enfuir.

France, 1907 : S’en aller, s’enfuir, ou simplement marcher.

Mélie, un bout de femme pâlotte, aux joues piquetées de taches de rousseur, aux lèvres friandes, d’une joliesse de petite bouquetière vicieuse et qui, dans sa robe nuptiale, avait l’air de s’être déguisée pour quelque chahut de mi-carême plutôt que de revenir de l’église, s’était tranquillement trottée en même temps que le trombone de l’orchestre, un solide garçon dont la tête faisait penser aux images qui ornent les romances sentimentales.

(Champeaubert, Le Journal)

Se dépêcher.

Quand je sors, c’est avec orgueil
Que je me mets en grand’ tenue ;
Les p’tits tendrons me font de l’œil,
J’vous avou’ qu’mon cœur éternue,
Mais sitôt rentré, cré mâtin !
Faut qu’aux écuri’s je me trotte,
Et quand je lav’ le cul d’Cocotte,
Pour l’amour j’n’ai plus de béguin !

(Rosario)

Tuteur

France, 1907 : Souteneur, protecteur d’une fille.

Le « Bal Duvert » fut jadis en grande réputation parmi le monde interlope des barrières ; depuis vingt ans il était devenu le rendez-vous de prédilection de tous les tuteurs et de toutes les filles de bas étage qui y pullulaient : des poings d’hercule, une grande adresse dans l’art de suriner un homme sans le faire crier, une connaissance approfondie de l’argot donnaient seuls droit à l’affection des femmes de l’endroit et au respect des habitués.

(Ch. Virmaître, Paris oublié)

Vaisselle

d’Hautel, 1808 : Remuer la vaisselle. Exécuter quelqu’un par autorité de justice.
Prenez garde à votre vaisselle. C’est-à-dire, prenez garde à vous ; examinez bien ce que vous ferez dans cette affaire.

Merlin, 1888 : Décorations. — Lorsqu’un vieux soldat se met en grande tenue et porte toutes ses décorations, les loustics prétendent qu’il met sa vaisselle à l’air.

France, 1907 : Décorations ; argot populaire. Étaler sa vaisselle, porter toutes ses décorations. On dit aussi batterie de cuisine.

Vieille barbe

France, 1907 : Sobriquet donné aux hommes qui ont pris part à la révolution de 1848 et qui furent en grande partie condamnés à la déportation par la haute cour de justice de Bourges et amnistiés en 1859. Avec Albert Martin, connu sous le nom de « l’ouvrier Albert », mort à Mello (Oise) en mai 1895, à l’âge de quatre-vingts ans, disparut la dernière vieille barbe de 48.

Cette histoire si proche de nous a été la plus fausse, la plus dénaturée, la plus absurdement interprétée par tous les poux de la vieille barbe. Et ce qu’il y a de plus écœurant, c’est que la vieille barbe n’était pas sincère. Elle convoitait tout bonnement, cette vieille barbe, la succession des « tyrans » et des « sbires ». Elle maudissait et dénonçait les hommes d’argent parce qu’elle avait à son tour un vif besoin d’argent et le désir de faire des affaires.

(Léon Daudet, Les deux Frances)

Les illustrations du passé qu’on appelait dans l’intimité les vieilles barbes, les vieux bonzes et même les vieilles bêtes…

(Hector France, Mes petits papiers)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique