d’Hautel, 1808 : On donne vulgairement à ce précieux métal, des noms plus bizarres les uns que les autres. Voici les principaux : de l’Aubert ; du Baume ; de la Mazille ; du Sonica ; des Sonnettes. Tous ces mots servent alternativement à désigner l’or, l’argent, le cuivre, en tant que ces métaux sont monnoyés, et qu’ils ont une valeur nominale.
L’argent est rond c’est pour rouler. Se dit pour excuser les folles dépenses et les prodigalités d’un bélître, d’un dissipateur.
Vous ne faites argent de rien. Reproche obligeant et bourgeois que l’on adresse à un convive qui ne fait pas honneur à la table, ou qui semble ne pas manger de bon appétit.
Manger de l’argent. Expression métaphorique, qui équivaut à dissiper, dépenser avec profusion, se ruiner.
Il a mangé plus gros que lui d’argent. Se dit par exagération d’un homme dépensier et prodigue, dont la jeunesse a été fort déréglée.
Faire argent de tout. C’est-à-dire, faire toutes sortes de commerce ; se procurer de l’argent de tout ce qui tombe sous la main. Se prend aussi en bonne part, et signifie être d’une humeur égale et facile, s’accommoder aux circonstances les plus désagréables.
Il y va bon jeu bon argent. Pour il agit avec franchise et loyauté ; ses intentions sont remplies de droiture.
C’est de l’argent en barre. Et plus communément, C’est de l’or en barre. Se dit pour vanter la Solvabilité de quelqu’un ; et signifie que ses promesses valent de l’argent comptant.
Il est chargé d’argent comme un crapaud de plumes. Façon de parler burlesque, qui signifie qu’un homme est absolument dépourvu d’argent.
Mettre du bon argent contre du mauvais. Faire des dépenses pour une chose qui n’en vaut pas la peine ; plaider contre un insolvable.
Point d’argent point de suisse. C’est-à-dire, rien pour rien.
Bourreau d’argent. Prodigue, dissipateur ; panier percé.
Qui a assez d’argent a assez de parens. Proverbe qui n’a pas besoin d’explication.
Jeter l’argent à poignée, ou par les fenêtres. Le dépenser mal à propos, et sans aucune mesure ; en faire un mauvais usage.
Qui a de l’argent a des pirouettes. C. à d. qu’avec ce maudit métal on obtient tout ce qu’on veut.
Il veut avoir l’argent et le drap. Se dit d’un usurier, d’un homme rapace qui veut tout envahir.
Il a pris cela pour argent comptant. Se dit par raillerie d’un homme simple et crédule que l’on est parvenu à tromper par quelque subterfuge.
Argent comptant porte médecine. Pour dire que l’argent comptant est d’un grand secours dans les affaires.
C’est de l’argent changé. Dicton des marchands, pour persuader aux chalands que la marchandise qu’ils achettent est à très-bon compte, et qu’ils n’y gagnent rien.
Tout cela est bel et bon, mais l’argent vaut mieux. Signifie que de belles paroles, de beaux discours, ne suffisent pas pour remplir les engagemens, que l’on a contractés envers quelqu’un.
N’être point en argent. Gallicisme qui signifie, être gêné, n’avoir point de fonds disponibles.
Argent
Asticoter
d’Hautel, 1808 : Contrarier, tracasser, tourmenter quelqu’un sur de petits détails ; chicaner sur la pointe d’une aiguille.
Delvau, 1866 : v. a. Harceler quelqu’un, le contrarier, le piquer par des injures ou seulement par des épigrammes, ce qui est le forcer à un mouvement vermiculaire désagréable. Argot du peuple.
France, 1907 : Harceler quelqu’un, l’ennuyer, le tracasser sans cesse.
La poésie de T… vous connaissez ça : le couplet graveleux qui dilate les faces niaises des Benjamins du parvis de la Bourse, le rondeau où le naturalisme est bafoué, où Zola et Daudet sont asticotés par cet animalcule. Pourtant, la chose paraît à la rampe. Sa stupéfiante bêtise, sa banalité hurlante navrent les honnêtes gens et ravissent le quantum de sots qui compose un public des premières.
(Henry Bauër, Les Grands Guignols)
Le gouvernement a tort de ne pas le ménager, ce public d’artistes qui ne fait pas de politique, et qu’on amène fatalement à en faire en l’asticotant, trois cent soixante-cinq jours par an, dans ses goûts, ses habitudes, dans sa soif du beau, sa faim d’indépendance, dans son adoration de l’idéal.
(Séverine, Gil Blas)
Avaleur
d’Hautel, 1808 : Terme injurieux. On appelle ainsi celui qui prend plus d’ouvrage qu’il ne peut en faire ; qui montre une ardeur, un intérêt démesurés.
Avaleur de charrettes ferrées. Nom qu’on donne par raillerie, à un bretteur, et généralement, à ces sortes de gens qui font les redoutables et qui menacent continuellement de l’épée ceux qu’ils savent n’être pas habiles à manier cette arme.
Avaleur de pois gris. Parasite écornifleur de dîner ; pique-assiette.
Avoir du fil à retordre
Rossignol, 1901 : Pour mener à bonne fin une affaire difficile, il y a du fil à retordre.
D’une mauvaise femme, pour en faire une bonne, il y a du fil à retordre.
Balader, se balader
Rigaud, 1881 : Marcher, se promener. Ce mot avait, il y a quelques années, le sens de ne rien faire, se croiser les bras. Autrefois on appelait baladinages les danses du peuple.
Balai neuf (faire)
Rigaud, 1881 : Être rempli de zèle ; bien faire son service ; contenter ses maîtres les premiers jours, — en parlant d’un nouveau domestique.
Bande à l’aise
Rigaud, 1881 : Homme mou, sans énergie. Homme froid avec les femmes, celui qui marque 0 au thermomètre, de l’amour. « Non possumus, » voilà leur devise, à eux aussi.
Virmaître, 1894 : N’en prendre qu’à son temps et n’en faire qu’à sa volonté. Dans le peuple on emploie cette expression par ironie vis à vis d’un vieillard qui, au lieu de remiser son fiacre, court après les filles (Argot du peuple). N.
France, 1907 : Personne lente et jamais pressée, qui prend son temps pour toute chose.
Dans le peuple, on emploie cette expression par ironie vis-à-vis d’un vieillard qui, au lieu de remiser son fiacre, court après les filles.
(Ch. Virmaître)
Batterie
Vidocq, 1837 : s. m. ab. — Mensonge, patelinage.
Larchey, 1865 : Mensonge (Vidocq). — Allusion aux batteries d’artillerie dont le jeu est souvent caché. On dit de même usuellement démasquer ses batteries — Un faiseur de batteries s’appelle un batteur. Battre : Contrefaire, mot à mot : faire une batterie. — Ce verbe a un peu le même sens dans l’expression actuelle : battre froid. Battre job, battre comtois : Faire le niais (Vidocq). — V. Job, comtois. — Battre morasse : Crier à l’aide, mot à mot : crier à la mort, à l’assassin. — Battre a un autre sens dans Battre son quart (V. Quart), et Battre sa flème : Ne rien faire. — Il a ironiquement le sens actif.
Delvau, 1866 : s. f. Coups échangés, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Batture.
Delvau, 1866 : s. f. Menterie, — dans le même argot [des faubouriens]. Batterie douce. Plaisanterie aimable.
France, 1907 : Mensonge, même sens que battage : du vieux mot baster, tromper. Batterie de cuisine, les dents, la langue, le palais, le gosier, enfin tout l’attirail qui sert à déguster les mets.
Battre
d’Hautel, 1808 : Quand il n’y a pas de foin au ratelier, les ânes se battent. Voyez Âne.
Ils se battent comme chiens et chats. Pour ils sont toujours à se quereller ; ils vivent dans la plus mauvaise intelligence.
Il vaudroit autant se battre contre un mur. Pour dire que la peine qu’on se donneroit pour faire entendre raison à un obstiné, seroit absolument inutile.
Battre quelqu’un comme plâtre. Le battre fréquemment ; l’abîmer de coups.
Battre le pavé. Mener une vie oisive et vagabonde ; ne faire œuvre de ses dix croigts ; rôder perpétuellement.
Battre le fer. Ferrailler, s’escrimer souvent. On dit d’un homme très-exercé dans une profession, qu’Il y a long-temps qu’il bat le fer.
Battre aux champs. S’esquiver, prendre la fuite, se sauver à toutes jambes.
Il faut battre le fer tandis qu’il est chaud. Signifie qu’il ne faut pas laisser échapper une occasion favorable, lorsqu’elle se présente.
Battre le chien devant le loup. Reprendre d’une faute un subalterne devant un supérieur qui s’en rend fort souvent coupable, à dessein de lui donner indirectement une leçon.
Battre le grand prévôt. Ne savoir que faire ; être d’une apathie, d’une paresse insupportables.
Se battre de l’épée qui est chez le fourbisseur. C. à. d. d’une chose qui est incertaine et éloignée.
Battre la campagne. Avoir le transport ; ne savoir ce que l’on dit ; tenir des propos ridicules.
S’en battre l’œil, les flancs ou les fesses. Se mettre peu en peine du résultat d’une affaire ; n’avoir aucune considération pour quelqu’un ; s’inquiéter nullement de lui être ou non agréable.
Se battre les flancs. Ne savoir que faire, être à charge aux autres et à soi-même.
Battre la semelle. Parcourir les pays étrangers ; voyager, chercher des aventures ; rôder.
Autant vaut bien battu que mal battu. C’est-à-dire qu’il ne faut rien faire à demi, quelle que soit la peine ou le dommage qui doive en résulter.
À battre faut l’amour. Signifie que les mauvais traitemens, les duretés, mettent en fuite l’amour et l’amitié.
Nous avons battu les buissons, et les autres ont pris les oiseaux. Pour dire les autres ont retiré le profit de nos peines et de notre travail. C’est le Sic vos non vobis de Virgile.
Bras-de-Fer, 1829 : Dissimuler.
Rigaud, 1881 : Dissimuler, — dans le jargon des saltimbanques.
France, 1907 : Parler ; argot des voleurs.
— Assez battu, Pâtissier ! dit d’une voix brève Mille-Pattes… il y a assez de Nib-de-Blair dans les environs, il est la Terreur du Pont-de-Flandre, moi l’on me reconnait partout pour la Terreur du Combat, ça suffit avec nous deux… il n’y a pas de place pour toi.
(Ed. Lepelletier, Les Secrets de Paris)
Battre morasse
Bras-de-Fer, 1829 : Crier au secours.
Vidocq, 1837 : v. a. — Crier au voleur.
Delvau, 1866 : v. n. Crier au voleur, pour empêcher le volé d’en faire autant. Argot des prisons.
Baudruche
Delvau, 1864 : Pellicule de boyau de mouton, que l’on neutralise pour en faire des choses très utiles : — des capotes anglaises.
Bécarre
Fustier, 1889 : Cet adjectif qui, il y a trois ans, fit florès dans le monde boulevardier comme synonyme d’élégant, n’est plus guère usité aujourd’hui.
Le parisien, en tant que langue vient de s’enrichir d’un nouveau mot… Le pschuk qui succédait au chic a fait son temps. C’est le bécarre qui gouverne. On est ou on n’est pas bécarre, comme on était jadis ou l’on n’était pas élégant. Il est bécarre de faire telle chose et non bécarre d’en faire telle autre… Bécarre, à tout prendre, ne veut rien dire, à moins que le bécarre qui, en musique, remet la note dans son ton naturel, ne signifie que le ton naturel de Paris est ce qui est élégant, agréable, distingué.
(Illustration, novembre 1885)
France, 1907 : Synonyme de dandy.
En 1885, on était bécarre, comme on avait été raffiné sous Charles IX, libertin sous Louis XV, talon rouge sous la Régence et plus tard incroyable. Le parfait bécarre devait porter des bottes pointues, un pantalon étriqué, le gilet blanc très ouvert, n’avoir qu’un seul gant à la main gauche et surtout paraître très gourmé, très Anglais et très sanglé.
(Frédéric Loliée)
Bien faire (en train de)
Rigaud, 1881 : En train de manger.
À toutes les tables, dans les environs, des soupeurs déjà en train de bien faire.
(F. d’Urville, Les Ordures de Paris)
Blague sous les aisselles !
Delvau, 1866 : Expression de l’argot des ouvriers, pour signifier qu’ils cessent de plaisanter, qu’ils vont parler sérieusement, et pour inviter les interlocuteurs à en faire autant. On dit aussi : Blague dans le coin.
Bleu (être)
Rigaud, 1881 : Éprouver une grande surprise. — Elle est bleue celle-là ! cette nouvelle est difficile à croire. — Faire des bleus, pincer de manière à laisser la signature des doigts sur la chair. — Passer au bleu, avoir perdu un objet, se consoler d’une perte. — En faire voir des bleues, causer des contrariétés. — Colère bleue, violente colère.
Boire
d’Hautel, 1808 : C’est un fameux homme, il boit un verre d’eau sans le mâcher.
Phrase baroque et facétieuse, pour dire qu’un homme est médiocre, en toutes choses ; qu’il fait beaucoup de bruit ; qu’il se donne un grand mouvement pour ne rien faire d’étonnant.
Boire un coup à sec. Signifie en terme populaire, aller se promener sans se rafraîchir ; sans boire un coup.
Boire comme un sonneur. Sabler à plein verre ; faire une grande débauche de vin ; par allusion avec les gens de cette profession qui s’enivrent continuellement. On dit dans le même sens, Boire à-tire-larigot.
Ce n’est pas la mer à boire. C’est-à-dire que malgré qu’une chose offre des difficultés, elles ne sont cependant pas insurmontables, et qu’on espère en venir à bout.
À petit manger bien boire. Signifie qu’à défaut de bonne chère, il faut boire dru et long-temps.
Qui fait la faute la boive. Pour dire que chacun doit porter la peine de son étourderie, de ses erreurs.
Boire comme un trou. C’est boire à excès, de manière à s’enivrer.
Il a plus bu que je ne lui en ai versé. Se dit en voyant un homme que le vin fait trébucher ; qui a totalement perdu l’équilibre.
Donner pour boire. C’est donner une petite récompense à celui qui vous a rendu quelque service : cette locution se prend aussi en mauvaise part, et signifie battre, châtier quelqu’un.
Vin versé faut le boire. Signifie au figuré que quand une affaire est commencée, il faut la terminer.
Qui a bu boira. Vieux proverbe qui n’a pas encore trouvé de contradicteurs ; se dit aussi par extension de certain défaut dont on ne se corrige jamais.
Boire le vin de l’étrier. C’est-à-dire, boire bouteille avant de partir et de se séparer d’un ami.
Il a toute honte bue ; il a passé par devant l’huis d’un pâtissier. Se dit d’un homme audacieux et effronté qui a levé le masque.
Boire le petit coup. Caresser la bouteille ; faire une petite ribotte.
On ne sauroit si peu boire qu’on ne s’en sente. Se dit par ironie de ceux à qui il échappe quelqu’indiscrétion après avoir bu.
Hayard, 1907 : Recevoir des coups.
Bonne
Delvau, 1866 : s. f. Chose amusante ou étonnante, bonne à noter. En dire de bonnes. Raconter des histoires folichonnes. En faire de bonnes. Jouer des tours excessifs.
France, 1907 : Une chose ou une histoire amusante, quand ce n’est pas tout le contraire. Elle est bien bonne ! Quelle bonne plaisanterie ! Elle est bonne, celle-là ! Quelle fâcheuse affaire ! C’est trop fort, on veut me duper. Être à la bonne, être aimé ; être de la bonne, avoir de la chance ; avoir à la bonne, aimer, prendre en amitié ; en dire, en faire de bonnes, dire des plaisanteries salées ou faire des escapades.
Bot
France, 1907 : Très beau ; même sens que bath. Argot des souteneurs et des filles :
Trop giron, trop bot pour rien faire,
C’est naturel qu’y soit feignant :
Pauvr’ chat ! l’turbin c’est pas sa sphère ;
Moi, j’m’en rattrape en persillant ;
J’me balade, quand y pleut j’me mouille :
Y m’attend tranquill’ment au lit,
Et, quand j’y rapporte la douille,
Ah ! faut voir comme il est poli !
(A. Gill, L’éponge à Polyte)
Bourichon (le)
Merlin, 1888 : Monter le bourichon à quelqu’un, se moquer de lui, lui monter une scie ; se monter le bourichon, se tromper sur sa valeur personnelle, s’en faire accroire.
Bousilleuse
Delvau, 1866 : s. f. Femme qui gaspille volontiers ses robes et l’argent qu’elle gagne, — sans rien faire.
France, 1907 : Gaspilleuse.
Brassières
d’Hautel, 1808 : Être en brassières. Signifie être sous la surveillance de quelqu’un, ne pouvoir rien faire de son propre mouvement.
Il va sans bourrelet et sans Brassières. Voyez Bourrelet.
Caler
d’Hautel, 1808 : Être bien ou mal calé. Signifier être bien ou mal dans ses affaires.
On dit aussi d’un homme misérablement vêtu, qu’il est bien mal calé.
Se caler. Se mettre dans ses meubles, sortir de l’état d’indigence où l’on se trouvoit.
Le voilà bien calé. Pour, le voilà bien restauré, il doit être bien satisfait. Se dit ironiquement d’une personne à qui l’on accorde un foible secours pour le dédommager d’une perte considérable.
Delvau, 1866 : v. n. Appuyer sa main droite sur sa main gauche en jouant aux billes, — dans l’argot des enfants.
Delvau, 1866 : v. n. Céder, rabattre de ses prétentions, — ce qui est une façon de baisser les voiles. Argot du peuple.
Delvau, 1866 : v. n. N’avoir pas de besogne, attendre de la copie, — dans l’argot des typographes.
Rigaud, 1881 : Maltraiter, corriger à coups de poing, — dans le jargon des voyous.
Rigaud, 1881 : N’avoir rien à faire, se croiser les bras en attendant de l’ouvrage.
Boutmy, 1883 : v. intr. Rester sans ouvrage. Le typographe cale pour deux raisons : soit parce qu’il manque de copie, soit parce que les sortes font défaut ; quand il n’a pas de disposition au travail, il flème.
La Rue, 1894 : Avoir peur. Chômer. Se caler, manger.
Virmaître, 1894 : On cale un meuble avec un coin de bois. Un homme riche est calé. Les typographes emploient cette expression pour dire qu’ils attendent de la copie, ils calent (Argot du peuple).
Hayard, 1907 : Ne pas travailler.
France, 1907 : Rester sans ouvrage, du provençal calar, cesser de travailler, discontinuer. Caler de l’école, faire l’école buissonnière, paresser.
Si le compositeur n’est pas en train de jaser, il rêve. Sa plus grande jouissance est de caler, c’est-à-dire de ne rien faire : nunc libris, nunc somno.
(Jules Ladimir)
Câler
d’Hautel, 1808 : Câler. Terme typographique. Faire le paresseux ; mener une vie oisive ; rester les bras croisés quand on a de l’ouvrage.
Larchey, 1865 : Ne rien faire.
La plus grande jouissance du compositeur d’imprimerie est de câler.
(Ladimir)
Calino
Larchey, 1865 : Homme ridiculement naïf. — C’est une pièce du vaudeville qui a vulgarisé ce nom et ce type.
L’artiste était fort ennuyé par une espèce de calino.
(Figaro)
Delvau, 1866 : s. m. Nom d’une sorte de Jocrisse introduit par Antoine Fauchery dans un vaudeville, et qui a été appliqué depuis à tous les gens assez simples d’esprit, par exemple, pour s’imaginer avoir vu bâtir la maison où ils sont nés.
France, 1907 : Nom d’une sorte de Jocrisse introduit par Antoine Fanchery dans un vaudeville, vers 1858, et dont la presse s’est emparée pour en faire un nouveau type auquel on attribue toutes les niaiseries et toutes les naïvetés. Le nom vient, du reste, du vieux mot calin (niais) et on le trouve dans Tallemant des Réaux : « L’artiste était fort ennuyé par une espèce de Calino. »
Cependant, s’il faut s’en rapporter à certains étymologistes, ce type de la naïveté burlesque aurait réellement existé.
C’était un garçon fort connu des artistes qui fréquentaient vers 1846 l’ancien café de la Porte Saint-Martin, où il s’était créé une véritable célébrité.
Camisard
France, 1907 : Soldat des compagnies de discipline. On donne quelquefois aussi ce nom à ceux des bataillons d’Afrique composés, comme on le sait, de soldats ayant subi une condamnation.
Le mot vient des Cévenols calvinistes qui se révoltèrent après la révocation de l’édit de Nantes et firent, pendant deux ans, la guerre à Louis XIV. On les appelait camisards à cause de la chemise qu’ils portaient par-dessus leurs vêtements pour se reconnaître, et aussi pour échapper aux représailles. Des bandes irrégulières de catholiques les imitèrent. Il y eut les camisards blancs et les camisards noirs qui commirent tous les excès. Les blancs furent exterminés par le maréchal de Montrevel ; quant aux noirs, déserteurs, vagabonds, repris de justice, galériens fugitifs, ils se barbouillaient le visage de suie pour voler et tuer avec impunité. Jean Cavalier dut en faire pendre ou fusiller un grand nombre.
Canard
d’Hautel, 1808 : Boire de l’eau comme un canard ou comme une Cane. Pour dire boire beaucoup d’eau et coup sur coup, ce qui arrive assez ordinairement à ceux qui ont fait une grande débauche de vin.
Bête comme un canard.
Donner des canards à quelqu’un. Pour lui en faire accroire ; le tromper.
M.D., 1844 : Fausse nouvelle.
Halbert, 1849 : Nouvelle mensongère.
Larchey, 1865 : Fausse nouvelle.
Ces sortes de machines de guerre sont d’un emploi journalier à la Bourse, et on les a, par euphémisme, nommés canards.
(Mornand)
Larchey, 1865 : Imprimé banal crié dans la rue comme nouvelle importante. V. Canardier. autrefois, on disait vendre ou donner un canard par moitié pour mentir, en faire accroire. — dès 1612, dans le ballet du courtisan et des matrones, M. Fr. Michel a trouvé « Parguieu vous serez mis en cage, vous estes un bailleur de canars. » — On trouve « donner des canards : tromper » dans le Dict. de d’Hautel, 1808.
Larchey, 1865 : Récit mensonger inséré dans un journal.
Nous appelons un canard, répondit Hector, un fait qui a l’air d’être vrai, mais qu’on invente pour relever les Faits-Paris quand ils sont pâles.
(Balzac)
Larchey, 1865 : Sobriquet amical donné aux maris fidèles. Le canard aime à marcher de compagnie.
Or, le canard de madame Pochard, s’était son mari !
(Ricard)
Delvau, 1866 : s. m. Chien barbet, — dans l’argot du peuple, qui sait que ces chiens-là vont à l’eau comme de simples palmipèdes, water-dogs.
Delvau, 1866 : s. m. Fausse note, — dans l’argot des musiciens. On dit aussi Couac.
Delvau, 1866 : s. m. Imprimé crié dans les rues, — et par extension, Fausse nouvelle. Argot des journalistes.
Delvau, 1866 : s. m. Journal sérieux ou bouffon, politique ou littéraire, — dans l’argot des typographes, qui savent mieux que les abonnés la valeur des blagues qu’ils composent.
Delvau, 1866 : s. m. Mari fidèle et soumis, — dans l’argot des bourgeoises.
Delvau, 1866 : s. m. Morceau de sucre trempé dans le café, que le bourgeois donne à sa femme ou à son enfant, — s’ils ont été bien sages.
Rigaud, 1881 : Cheval, — dans le jargon des cochers. J’ai un bon canard, bourgeois, nous marcherons vite. Ainsi nommé parce que la plupart du temps, à Paris, à l’exemple du canard, le cheval patauge dans la boue.
Rigaud, 1881 : Mauvaise gravure sur bois, — dans le jargon des graveurs sur bois.
Rigaud, 1881 : Méchant petit journal, imprimé sans valeur.
Ne s’avisa-t-il pas de rimer toutes ses opinions en vers libres, et de les faire imprimer en façon de canard ?
(Ed. et J. de Goncourt)
Rigaud, 1881 : Mensonge, fausse nouvelle. — Au dix-septième siècle, donner des canards à quelqu’un avait le sens de lui enfaire accroire, lui en imposer. (Ch. Nisard, Parisianismes)
Rigaud, 1881 : Morceau de sucre trempé dans du café. Comme le canard, il plonge pour reparaître aussitôt. Rien qu’un canard, un petit canard. On donne aussi ce nom à un morceau de sucre trempé dans du cognac.
Boutmy, 1883 : s. m. Nom familier par lequel on désigne les journaux quotidiens, et quelquefois les autres publications périodiques. Le Journal officiel est un canard, le Moniteur universel est un canard, tout aussi bien que le Journal des tailleurs et que le Moniteur de la cordonnerie ou le Bulletin des halles et marchés.
La Rue, 1894 : Journal. Fausse nouvelle inventée pour relever les Faits-Paris. Imprimé banal crié dans la rue.
Virmaître, 1894 : Mauvais journal. Quand un journal est mal rédigé, mal imprimé, pas même bon pour certain usage, car le papier se déchire, c’est un canard (Argot du peuple et des journalistes).
Virmaître, 1894 : Nouvelle fausse ou exagérée. Ce système est employé par certains journaux aux abois. On pourrait en citer cinquante exemples depuis les écrevisses mises par un mauvais plaisant dans un bénitier de l’église Notre-Dame-de-Lorette et qui retournèrent à la Seine en descendant par les ruisseaux de la rue Drouot ; jusqu’au fameux canard belge. Un huissier à l’aide d’une ficelle pécha vingt canards qui s’enfilèrent successivement, comme Trufaldin dans les Folies Espagnoles de Pignault Lebrun, il fut enlevé dans les airs, mais la ficelle se cassa et il tomba dans un étang ou il se noya. Ce canard fit le tour du monde arrangé ou plutôt dérangé par chacun, il y a à peine quelques années qu’il était reproduit par un journal, mais la fin était moins tragique, l’huissier était sauvé par un membre de la Société des Sauveteurs à qui on décernait une médaille de 1re classe. Pour sauver un huissier on aurait dû lui fourrer dix ans de prison (Argot du peuple).
Virmaître, 1894 : Terme de mépris employé dans les ateliers vis-à-vis d’un mauvais camarade.
— Bec salé, c’est un sale canard (Argot du peuple). N.
Hayard, 1907 : Journal, fausse nouvelle.
France, 1907 : Fausse nouvelle insérée dans un journal pour relever les Faits Divers lorsqu’ils sont pâles. Les filous et les tripoteurs de la Bourse se servent de canards pour faire la hausse ou la baisse. Cette expression est assez ancienne, car, dans le Dictionnaire Comique de Philibert Joseph Le Roux (1735), on trouve à côté du mot l’explication suivante : « En faire accroire à quelqu’un, en imposer, donner des menteries, des colles, des cassades, ne pas tenir ce qu’on avait promis, tromper son attente. »
De là à appeler canard le journal qui ment et, par suite, tous les journaux, il n’y avait qu’un pas ; il a été franchi.
Nous allons lancer un canard, c’est-à-dire, nous allons faire un journal.
France, 1907 : Gravure sur bois.
Terme de mépris employé dans les ateliers vis-à-vis d’un mauvais camarade. Argot populaire.
(Ch. Virmaître)
Chien barbet, argot populaire, à cause du plaisir qu’ont ces chiens de se jeter à l’eau. Bouillon de canard, eau.
Fausse note ; argot des musiciens.
Petit morceau de sucre trempé dans le café ou l’eau-de-vie que l’on donne aux enfants.
Pendant la communion.
Bébé, regardant avec attention le prêtre en aube distribuant les hosties, se décide à tirer maman par la robe.
Maman — Quoi donc ?
Bébé — Je voudrais aller comme tout le monde près du monsieur en chemise.
Maman — Pourquoi faire ?
Bébé — Pour qu’il me donne aussi un canard.
(Gil Blas)
Capital d’une fille
France, 1907 : « Mot qu’Alexandre Dumas fils a employé pour désigner la virginité de la jeune fille, avec la manière de s’en servir et de s’en faire cent mille livres de rentes. Hélas ! qu’il y a de malheureuses qui se le laissent déflorer. »
(Dr Michel Villemont)
Tu possèdes, mignonne, un gentil capital ;
Ne prends pas un caissier pour gérer ta fortune :
Il palperait tes fonds, et, commis déloyal,
Pourrait bien, comme on dit, faire un trou dans la lune.
Caresser
d’Hautel, 1808 : Caresser quelque chose ; en faire souvent usage.
Caresser la bouteille. Pour aimer à boire ; boire souvent ; s’adonner à l’ivrognerie.
Carne
Vidocq, 1837 : s. f. — Viande gâtée.
Halbert, 1849 : Charogne, mauvaise viande.
Larchey, 1865 : Mauvaise femme. — C’est la carogne de Molière.
Je la renfoncerais dedans à coups de souliers… la carne.
(E. Sue)
Larchey, 1865 : Mauvaise viande (Vidocq). — Du vieux mot caroigne : charogne.
Un morceau d’carne dur comme un cuir
(Wado)
Delvau, 1866 : s. f. Viande gâtée, ou seulement de qualité inférieure, — dans l’argot du peuple, qui a l’air de savoir que le génitif de caro est carnis. Par analogie, Femme de mauvaise vie et Cheval de mauvaise allure.
Rigaud, 1881 : Basse viande. — Italianisme. — Sale et méchante femme ; pour carogne.
Ah ! la carne ! voilà pour ta crasse. Débarbouille-toi une fois en ta vie.
(É. Zola)
Virmaître, 1894 : Viande dure. On dit d’un homme impitoyable :
— Il est dur connue une vieille carne.
L’ouvrier qui ne veut rien faire est également une carne (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Viande de mauvaise qualité. Un mauvais cheval est une carne ; une méchante femme est aussi une carne.
France, 1907 : Femme de mauvaises mœurs. Allusion à carne, mauvaise viande.
Elle l’accusait de faire la fière, ne la désignait jamais que par d’ironiques et insultantes épithètes : « cette fille », « cette chipie »… aussi tressaillit-elle de joie à l’aspect cette petite carne qui s’avançait vers elle et avait l’aplomb de venir lui parler.
(Albert Cim, Demoiselles à marier)
France, 1907 : Mauvaise viande ; de l’italien carne, viande.
Il a vagabondé par les rues : à reluquer les pains dorés des boulangers, la belle carne des bouchers, toutes les machines qui se bouffent aux étales des restaurants, il lui venait des envies de foutre le grappin dessus…
(Père Peinard)
anon., 1907 : Cheval.
Carreau
d’Hautel, 1808 : Traiter quelqu’un comme un valet de carreau. Pour dire n’en faire aucun cas ; le malmener ; lui marquer un grand mépris.
Mettre le cœur sur le carreau. Rébus bas et vulgaire, pour dire rejeter les alimens que l’on a pris ; vomir.
Larchey, 1865 : Lorgnon monocle.
M. Toupard, cinquante-deux ans, petite veste anglaise, chapeau capsule, un carreau dans l’œil.
(Mém. d’une Dame du Monde, 1861)
Rigaud, 1881 : Œil, — dans le jargon des voleurs. — Carreau brouillé, œil louche. — Carreau à la manque, borgne. — Affranchir le carreau, surveiller, ouvrir l’œil ; et par abréviation : franchir le carreau.
La Rue, 1894 : Œil. Affranchir le carreau, surveiller, regarder attentivement. Pince d’effraction.
France, 1907 : Fausse clé.
Casser du grain
Delvau, 1866 : v. a. Ne rien faire de ce qui vous est demandé. Argot du peuple.
Rigaud, 1881 : Désobéir, — dans le jargon des voleurs.
Chienlit
Delvau, 1866 : s. m. Homme vêtu ridiculement, grotesquement, — dans l’argot du peuple, qui n’a pas été chercher midi à quatorze heures pour forger ce mot, que M. Charles Nisard suppose, pour les besoins de sa cause (Paradoxes philologiques), venir de si loin.
Remonter jusqu’au XVe siècle pour trouver — dans chéaulz, enfants, et lice, chienne — une étymologie que tous les petits polissons portent imprimée en capitales de onze sur le bas de leur chemise, c’est avoir une furieuse démangeaison de voyager et de faire voyager ses lecteurs, sans se soucier de leur fatigue. Le verbe cacare — en français — date du XIIIe siècle, et le mot qui en est naturellement sorti, celui qui nous occupe, n’a commencé à apparaître dans la littérature que vers le milieu du XVIIIe siècle ; mais il existait tout formé du jour où le verbe lui-même l’avait été, et l’on peut dire qu’il est né tout d’une pièce. Il est regrettable que M. Charles Nisard ait fait une si précieuse et si inutile dépense d’ingéniosité à ce propos ; mais aussi, son point de départ était par trop faux : « La manière de prononcer ce mot, chez les gamins de Paris, est chiaulit. Les gamins ont raison. » M. Nisard a tort, qu’il me permette de le lui dire : les gamins de Paris ont toujours prononcé chit-en-lit. Cette première hypothèse prouvée erronée, le reste s’écroule. Il est vrai que les morceaux en sont bons.
France, 1907 : Personnage ridicule et grotesque.
Être inintelligent, ce n’est qu’une guigne ; mais en faire parade, exhiber sa disgrâce, prétendre s’en faire une arme et un titre à dominer les autres !… Voilà qui est insoutenable et prête a rire ! Voilà qui ameute, contre les chienlits du parlementarisme, tout ce que la France a de graine de bon sens : sa jeunesse, ses artistes, ses plébéiens, et jusqu’aux gamins de ses rues, pépiant et gouaillant, les mains en entonnoir autour du bec, l’œil émerillonné, « reconduisant » les ministres.
(Séverine)
Chiquier
La Rue, 1894 : Nom de l’associé du camelot qui donne l’exemple et engage l’acheteur en achetant lui-même l’objet au moment où le bonisseur vient d’en dire le prix.
France, 1907 : Compère du camelot. C’est lui qui se précipite pour acheter l’objet après le boniment que vient d’en faire le bonisseur.
Chou
d’Hautel, 1808 : Chou chou. Nom amical et carressant que l’on donne aux petits enfans. On dit aussi Mon chou.
Chou pour chou. À la pareille, semblablement.
Aller à travers choux. Agir inconsidérément ; comme un écervelé.
Faire ses choux gras. Faire bien ses affaires ; Se divertir.
Faire ses choux gras de quelque chose. En faire ses délices.
Vous pouvez en faire des choux, des raves. C’est-à-dire, ce que vous voudrez, ce que bon vous semblera.
Ce n’est pas le tout que des choux. Pour dire que l’on n’a fait qu’une partie de ce qui est nécessaire pour venir à bout d’une entreprise.
Il s’y entend comme à planter des choux. Se dit d’un homme qui entreprend un état dont il n’a aucune connoissance.
S’il t’ennuie, envoie-le planter des choux. Équivaut à envoie-le promener.
On dit de quelqu’un qui dispose avec trop de liberté des biens d’autrui, qu’Il en fait comme des choux de son jardin.
Trognon de chou. Sobriquet que l’on donne aux petites personnes laides et contrefaites.
On dit aux enfans qui font des demandes indiscrètes sur leur naissance, qu’ils sont venus sous un chou.
Elle fait bien valoir ses choux. Se dit d’une personne trop prévenue de son mérite et de ses qualités personnelles, et qui met un haut prix à ses services.
Ménager la chèvre et les choux. Voyez Chèvre.
Il ne vaut pas un trognon de chou. Pour il est dénué de toute capacité ; il n’est bon à rien.
Larchey, 1865 : Sobriquet amical.
L’une m’appelle mon chou, mon ange.
(Francis, 1825)
Rigaud, 1881 : Résultat des fouilles nasales, — dans le jargon des collégiens.
Commencer
d’Hautel, 1808 : Il faut commencer par quelque chose. Phrase bannale dont on se sert pour excuser la médiocrité d’un premier établissement, et pour dire qu’avant de faire de grandes opérations, il faut en faire de petites.
Il faut commencer par le commencement et finir par la fin. Phrase explétive et facétieuse qui signifie que l’ordre est nécessaire dans tout ce qu’on entreprend.
Côtier
Fustier, 1889 : Cheval de renfort. Homme qui le conduit.
Plus curieux encore sont les côtiers, c’est-à-dire les chevaux de renfort pour les montées.
(Estafette, 1882)
France, 1907 : Cheval de renfort qui aide les chevaux d’omnibus ou de camion à monter les côtes. L’homme qui le conduit est également appelé côtier.
Psit !… viens ici, viens que j’t’accroche,
V’là l’ommibus, faut démarrer !
Ruhau !… r’cul’ donc, hé ! têt’ de boche !
Tu vas p’têt’ pas t’foute à tirer
Au cul ? T’en as assez d’la côte ?
T’as déjà soupé du métier ?
Mais tu peux pus en faire un autre,
Te v’là comm’ moi, te v’là côtier.
(Aristide Bruant)
Couler douce (se la)
Delvau, 1866 : v. réfl. Vivre sans rien faire, sans souci d’aucune sorte, — dans l’argot du peuple, qui ne serait pas fâché de vivre de cette façon-là, pour changer.
La Rue, 1894 : Mener une vie agréable, ne pas travailler.
Virmaître, 1894 : Faire le moins de travail possible et vivre pour le mieux (Argot du peuple).
Couleurs (en faire voir de toutes les)
Virmaître, 1894 : Mentir, tromper. Faire à quelqu’un tous les tours possibles (Argot du peuple).
France, 1907 : Mentir, duper, jouer tous les tours imaginables quelqu’un. « La coquine lui en fit voir de toutes les couleurs. »
Coup (n’en pas foutre un)
France, 1907 : Fainéanter, ne rien faire.
Cracher sur une chose (ne pas)
France, 1907 : L’aimer, en faire cas. « Il ne crache ni sur la pipe, ni sur la jupe, ni sur la bouteille. »
Cracher sux quelque chose
Delvau, 1866 : v. n. En faire mépris, — dans l’argot du peuple, qui emploie plus ordinairement cette expression avec la négative : Il ne crache pas sur la vendange, c’est-à-dire il aime le vin.
Crever (s’en faire)
France, 1907 : Cette expression est employée ironiquement et dans un sens de refus. Tu l’en ferais crever, c’est-à-dire : tu as beau faire, tu n’obtiendras pas ce que tu désires.
Crever le bocal (s’en faire)
Virmaître, 1894 : Avoir trop mangé. S’être bourré au point que le bocal (ventre) en crève (Argot du peuple).
France, 1907 : Manger trop et gloutonnement.
Cristalliser (se)
Rigaud, 1881 : Ne rien faire, — dans le jargon des troupiers.
France, 1907 : Fainéanter, s’étendre au soleil. Argot des étudiants.
Démarrer
d’Hautel, 1808 : Changer continuellement de place ; être pétulant, vif et léger.
On dit d’un homme très-attaché, très-constant dans ses habitudes, qu’Il ne démarre pas d’un lieu.
Delvau, 1866 : v. n. S’en aller ; quitter une place pour une autre, — dans l’argot du peuple, qui a emprunté ce mot au vocabulaire des marins.
Rigaud, 1881 : Quitter un lieu après une longue station. Les soûlots démarrent péniblement de chez le mastroc, les ivrognes s’en vont avec peine de chez le marchand de vin.
France, 1907 : Partir ; terme venu des gens de mer. Quand on part, on lève l’amarre.
Psit !… viens ici, viens que j’t’accroche,
V’là l’omnibus, faut démarrer !
Rubau !… r’cul’ donc, hé ! têt’ de boche !Tu vas p’têt’ pas t’foute à tirer
Au cul ! T’en a assez d’la côte ?
T’as déjà soupé du métier ?
Mais tu peux pus en faire un aute,
Te v’là comm’ moi, te v’là côtier.
(Aristide Bruant)
Deux
d’Hautel, 1808 : N’en faire ni une ni deux. Ne plus garder de ménagement ; rompre toute mesure ; prendre sur le champ son parti.
Les deux font la paire. Se dit ironiquement de deux personnes qui ont les mêmes inclinations, les mêmes habitudes, les mêmes défauts.
Ils s’entendent tous deux comme larron en foire. Se dit de deux personnes qui forment clique ou coterie ; qui ont une intrigue, un intérêt commun.
Marcher deux à deux comme frères mineurs.
Deux chapons de rente, etc. Voy. Chapons.
Il n’en fit pas à deux fois. Pour, il se détermine promptement.
Doigt
d’Hautel, 1808 : Il y a mis les quatre doigts et le pouce. Signifie, il s’est donné beaucoup de peine pour faire réussir une affaire ; il s’y est employé avec ardeur.
Il a de l’esprit jusqu’au bout des doigts. Pour dire qu’une personne est très-spirituelle.
Ne faire œuvre de ses dix doigts. Se croiser les bras ; ne rien faire de la journée ; être excessivement paresseux.
Mon petit doigt me l’a dit. Voyez. Dire.
Ce sont les deux doigts de la main. Se dit de deux personnes liées d’une étroite amitié, et qui sont inséparables.
Il s’en est léché les doigts. Pour, il a mangé de ce mets avec plaisir ; il en désiroit encore.
Entre l’arbre et l’écorce il ne faut pas mettre le doigt. Pour, il ne faut pas s’initier dans les secrets de ménage.
Il sait cela sur le bout de son doigt. C’est-à dire, il sait cela par cœur.
Je n’en mettrois pas mon doigt au feu. Pour je n’en jurerois pas ; je n’en suis pas bien certain.
Il a mis le doigt dessus. Pour, il a deviné juste.
Avoir l’esprit au bout des doigts. Faire tout ce que l’on veut de ses mains ; être fort industrieux.
Un doigt de vin. Pour dire très-peu de vin.
Il s’en mord les doigts. Se dit de quelqu’un qui regrette de n’avoir pas fait une chose qui lui avoit d’abord été proposée.
Donner sur les doigts. Réprimander, corriger quelqu’un.
Être servi au doigt et à l’œil. Pour dire, à souhait ; au premier commandement.
Être à deux doigts de sa perte. Pour, être dangereusement malade ; sur le point d’être ruiné ; dans un péril éminent.
Les cinq doigts de la main ne se ressemblent pas. Pour dire que rien n’est semblable dans la nature.
Faire aller une montre au doigt et à l’œil. Se dit d’une mauvaise montre qu’on est obligé de toucher souvent pour la remettre à l’heure.
Il n’en a donné qu’à lèche doigt. C’est-à dire, avec parcimonie ; à regret.
Delvau, 1864 : Le membre viril, que nous insinuons si volontiers dans le dé de la femme.
Et moy d’un seul petit coup
J’ay gagné la chaude-pisse,
Et du doigt de quoy je pisse
On m’en a coupé le bout.
(Chansons folâtres)
Il cherche le temps et le lieu
Pour mettre le doigt du milieu
Dans la bague de ta nature.
(Théophile)
Sans y réfléchir j’enfonçai
Ce pauvre doigt jusqu’à la gard
(É. Debraux)
Ma seringue, sans nul obstacle,
Peut seule opérer un miracle :
Pour guérir radicalement.
Prenez un doigt de lavement.
(J. Cabassol)
Ce passe-temps partout d’usage
Favorise plus d’un amant :
La fillette innocente et sage,
Par là s’engage très souvent.
L’amour qui toujours nous partage
A soin que tout soit débrouillé,
Il dissipe plus d’un nuage
En conduisant le doigt mouillé.
(La Goguette du bon vieux temps.)
Donner à la bourbonnaise (la)
Delvau, 1866 : Regarder quelqu’un d’un mauvais œil, — dans l’argot des voleurs.
Virmaître, 1894 : Vouloir du mal à un individu, n’oser lui en faire, ne lui rien dire, mais le regarder d’un mauvais œil.
— Qu’est-ce que tu as donc que tu la donnes à la Bourbonnaise sur le barbauttier ?
— Y m’a foutu huit jornes de franc carreau (Argot des voleurs).
Donner de la salade
Delvau, 1866 : Battre, secouer quelqu’un, — dans l’argot des faubouriens, qui ne se doutent pas que cette expression est une corruption de Donner la salle, c’est-à-dire fouetter un écolier en public. Ils disent aussi Donner une chicorée.
France, 1907 : Secouer quelqu’un. Allusion à la salade que l’on secoue pour en faire écouler l’eau. On dit aussi dans le même sens : donner une chicorée.
Double
d’Hautel, 1808 : Voir double. Être gris n’avoir pas sa raison.
Jouer à quitte ou double. C’est-à-dire, le tout pour le tout.
Double jeûne, double morceau. Signifie que l’abstinence d’une chose vous donne des désirs plus vifs d’en faire usage.
Larchey, 1865 : Sergent-major, maréchal des logis chef. L’insigne de ce sous-officier est un double galon.
Si son double un soir pris d’humeur noire veut tempêter… il n’a pas le dernier.
(Wado)
Delvau, 1866 : s. m. Sergent-major, — dans l’argot des soldats, qui l’appellent ainsi probablement à cause de ses deux galons dorés.
Rigaud, 1881 : Gardien-chef, — dans le jargon des prisons. Le mot est également en usage au régiment pour désigner un sergent-major. Allusion aux doubles galons.
France, 1907 : Sergent-major, ou maréchal des logis-chef, à cause de son double galon.
— C’est là, lui dit le planton : tu vas voir le double… oui, le double ! Le chef, si tu veux ; c’est comme ça qu’on appelle le sergent-major… C’est ici sa chambre et celle du fourrier, là oùsqu’ils font leurs écritures ! En face, c’est la hotte les pieds-de-banc, des sergents, si tu aimes mieux… T’as qu’à remettre ton papier… Ah ! passe-moi encore une sibiche…
(Paul Bonnetain, Le nommé Perreux)
Le plus grand souci du double est de trouver un fourrier qui sache écrire pour deux.
(A. Foubert, Le 39e d’artillerie)
Éclairer
d’Hautel, 1808 : La chandelle qui va devant éclaire mieux que celle qui va derrière. C’est-à dire, qu’il vaut mieux faire du bien de son vivant, que par testament après sa mort.
Larchey, 1865 : Payer d’avance au jeu. — Mot à mot : faire luire (éclairer) sa monnaie.
C’est pas tout ça, l’faut éclairer. C’est six francs.
(Monselet)
Delvau, 1866 : v. n. Montrer qu’on a de l’argent pour parier, pour jouer ou pour faire des galanteries, — dans l’argot de Breda-Street.
Delvau, 1866 : v. n. Payer, — dans l’argot du peuple, qui sait, quand il le faut, montrer pièce d’or reluisante ou pièce d’argent toute battante neuve.
Rigaud, 1881 : Mettre l’argent sur le tapis, — dans le jargon des joueurs. — Payer d’avance, — dans le jargon des filles.
La Rue, 1894 : Mettre l’argent sur le tapis de jeu. Payer d’avance.
Virmaître, 1894 : Payer.
— C’est mon vieux qui tient le flambeau.
Mot à mot qui éclaire.
Rossignol, 1901 : Donner, payer, rendre. Tu me dois 3 francs, éclaire ! As-tu éclairé la dépense ?
Il ne voulait pas me payer. Je l’ai forcé à éclairer.
Hayard, 1907 : Payer.
France, 1907 : Chandelle qui va devant éclaire mieux que celle qui va derrière. Vieux dicton signifiant qu’il vaut mieux faire du bien de son vivant, que l’obliger par testament ses héritiers à en faire quand on est mort.
France, 1907 : Payer ; mettre au jeu l’argent sur le tapis.
— Qu’est-ce que tu as fait aujourd’hui, mignonne ?
— J’ai trotté toute la journée.
— Je la connais ! la couturière, la modiste, le pâtissier… Tu vas encore me coûter les yeux de la tête ce mois-ci. Toujours éclairer, cela devient bête à la fin.
(Albert Dubrujeaud, Écho de Paris)
Depuis quelques mois, la petite Fanny Z… est entretenue par un Brésilien, peu généreux de sa nature, mais, en revanche, jaloux comme un tigre.
Elle disait de lui dernièrement :
— J’ai toujours à me méfier… Il arrive chez moi comme la foudre… Il tonne toujours… mais il éclaire rarement !
(Le Journal)
Une belle petite accompagne jusqu’à l’antichambre un ami sérieux qui vient d’une longue visite.
— Éclairez monsieur, dit-elle à la bonne.
Pendant le dîner, Mlle Lili, jeune personne de six ans, qui a assisté au départ du visiteur, interroge sa mère :
— Pourquoi donc que tu as dit à la bonne d’éclairer ce monsieur, puisque tu disais l’autre jour qu’il faut toujours que les hommes éclairent ?
(Zadig)
En peinture, il y a deux grandes espèces d’amateur : l’amateur éclairé et l’amateur… éclairant.
Effets de cul (faire des)
Delvau, 1864 : Remuer habilement les fesses en marchant devant les hommes, pour les allumer et s’en faire suivre.
Emboîter
Rigaud, 1881 : Constituer le point de dix ou de vingt, au moyen d’une carte tirée, — dans le jargon des joueurs de baccarat. — Exemple : un sept sur un trois, un huit sur un dix et un deux. Être emboîté, avoir pris au tirage une carte qui constitue le point de dix ou de vingt, c’est-à-dire baccarat, zéro, le plus mauvais point.
Rigaud, 1881 : Donner un coup de poing, — dans le jargon des barrières.
Rigaud, 1881 : Gagner les bonnes grâces de quelqu’un, l’engager à faire quelque chose en votre faveur, — dans le jargon du régiment. Y a pas moyen de s’emboîter pour t’en faire payer pour deux sous.
Fustier, 1889 : Insulter. — Se faire emboîter, argot théâtral, être sifflé.
Rossignol, 1901 : Un soldat emboîte le pas à celui qui est devant lui. Emboîté veut aussi dire être puni, mis à la boîte (salle de police). Celui qui reçoit des reproches de son chef se fait emboîter.
France, 1907 : Injurier ; argot des coulisses.
France, 1907 : Serrer de près.
Un sous-lieutenant accablé de besogne
Laissa sa femme emboîtant le pas ;
Elle partit seule pour le bois de Boulogne
Elle s’en revint un dragon sous le bras.
(Vieille chanson)
En faire des choux, des raves
France, 1907 : Se dit d’un objet dont on ne sait que faire. Au lieu des raves, on disait autrefois des pâtés.
— Mais encore en faut-il faire quelque chose ou rien.
— Fais-en des choux ou des pastés, et ne la garde non plus que de la fausse monnoye.
(La Comédie des Proverbes)
Esbrouffe (en faire)
Virmaître, 1894 : Faire des embarras, du vent, de la mousse. Esbrouffe est un vieux mot qui vient d’esbouffer, éclabousser. C’est Théophile Gautier qui a transformé ce mot dans le sens de vent et de mousse. Les escarpes se sont emparés du mot esbrouffer pour désigner un genre de vol assez répandu. Ce vol consiste à bousculer un passant dans la rue, à profiter de sa surprise pour le voler et s’excuser ensuite (Argot des voleurs).
Esbrouffe (faire de l’)
France, 1907 : Faire des embarras, vouloir étonner les imbéciles ou s’en faire admirer. D’après Francisque Michel, se mot viendrait de l’italien sbruffo, gorgée d’eau de vin qu’on rejette ; d’après Charles Nisard, du vieux mot esbouffer, se répandre avec bruit, dérivé lui-même de esbruier, esbrouir, bruire.
Être dans ses petits souliers
Delvau, 1866 : Être embarrassé, gêné par une observation, par une question, en souffrir et en faire la grimace, comme quelqu’un qui serait trop étroitement chaussé. Argot des bourgeois.
France, 1907 : Être gêné, embarrassé.
Être ou n’être pas en train de faire quelque chose
Delvau, 1864 : Avoir ou n’avoir pas envie de baiser ; se sentir ou ne pas se sentir en queue.
Dis donc, chéri, pisq’t’es t’en train de rien faire, moi non plus, si nous tâchions d’ pioncer un peu.
(Henry Monnier)
Faire
d’Hautel, 1808 : Pour tromper, duper, attraper, friponner ; filouter, voler.
Je suis fait. Pour dire attrapé, on m’a trompé.
Faire de l’eau. Pour dire uriner, pisser. Hors de ce cas, c’est un terme de marine qui signifie relâcher en quelqu’endroit pour faire provision d’eau.
Faire de nécessité vertu. Se conformer sans rien dire aux circonstances.
Faire et défaire, c’est toujours travailler. Se dit par ironie à celui qui a mal fait un ouvrage quelconque, et qu’on oblige à le recommencer.
Quand on fait ce qu’on peut, on fait ce qu’on doit. Signifie qu’il faut savoir gré à celui qui marque du zèle et de l’ardeur dans une affaire, lors même qu’elle vient à ne pas réussir.
Paris ne s’est pas fait en un jour. Signifie qu’il faut du temps à un petit établissement pour devenir considérable ; qu’il faut commencer par de petites affaires avant que d’en faire de grandes.
Allez vous faire faire. Pour allez au diable ; allez vous promener, vous m’impatientez. Ce mot couvre un jurement très-grossier.
Le bon oiseau se fait de lui-même. Signifie qu’un bon sujet fait son sort par lui-même.
Faire et dire sont deux. Signifie qu’il est différent de faire les choses en paroles et de les exécuter.
Il n’en fait qu’à sa tête. Se dit d’un homme entier, opiniâtre, qui se dirige absolument d’après sa volonté.
Qui fait le plus fait le moins. Pour dire qu’un homme qui s’adonne à faire de grandes choses, peut sans contredit exécuter les plus petites.
Faire ses orges. S’enrichir aux dépens des autres s’en donner à bride abattue.
Faire le diable à quatre. Signifie faire des siennes, faire des fredaines ; un bruit qui dégénère en tintamare.
Faire les yeux doux. Regarder avec des yeux tendres et passionnés.
Faire son paquet. S’en aller ; sortir précipitamment d’une maison où l’on étoit engagé.
Faire la vie. Mener une vie honteuse et débauchée.
Il en fait métier et marchandise. Se dit en mauvaise part, pour c’est son habitude ; il n’est pas autrement.
Faire la sauce, et plus communément donner une sauce, etc. Signifie faire de vifs reproches à quelqu’un.
Faire d’une mouche un éléphant. Exagérer un malheur ; faire un grand mystère de peu de chose.
L’occasion fait le larron. C’est-à-dire, que l’occasion suffit souvent pour égarer un honnête homme.
Ce qui est fait n’est pas à faire. Signifie que quand on peut faire une chose sur-le-champ, il ne faut pas la remettre au lendemain.
Allez vous faire paître. Pour allez vous promener.
Les première et seconde personnes du pluriel du présent de l’indicatif de ce verbe sont altérées dans le langage du peuple. À la première personne il dit, par une espèce de syncope, nous fons, au lieu de nous faisons ; et à la seconde, vous faisez, au lieu de vous faites.
Larchey, 1865 : Faire la place, commercialement parlant.
De tous les points de Paris, une fille de joie accourait faire son Palais-Royal.
(Balzac)
Je suis heureux d’avoir pris ce jour-ci pour faire la vallée de l’Oise.
(Id.)
Larchey, 1865 : Nouer une intrigue galante.
Est-ce qu’un homme qui a la main large peut prétendre à faire des femmes ?
(Ed. Lemoine)
Dans une bouche féminine, le mot faire indique de plus une arrière-pensée de lucre. C’est l’amour uni au commerce.
Et toi, ma petite, où donc as-tu volé les boutons de diamant que tu as aux oreilles ? As-tu fait un prince indien ?
(Balzac)
Tu as donc fait ton journaliste ? répondit Florine. — Non, ma chère, je l’aime, répliqua Coralie.
(id.)
Larchey, 1865 : Risquer au jeu.
Nous faisions l’absinthe au piquet à trois.
(Noriac)
Faire dans la quincaillerie, l’épicerie, la banque, etc. ; Faire des affaires dans la quincaillerie, etc.
Larchey, 1865 : Voler.
Nous sommes arrivés à faire les montres avec la plus grande facilité.
(Bertall)
Son fils qui fait le foulard à ses moments perdus.
(Commerson)
Delvau, 1866 : s. m. Façon d’écrire ou de peindre, — dans l’argot des gens de lettres et des artistes.
Delvau, 1866 : v. a. Dépecer un animal, — dans l’argot des bouchers, qui font un veau, comme les vaudevillistes un ours.
Delvau, 1866 : v. a. Visiter tel quartier commerçant, telle ville commerçante, pour y offrir des marchandises, — dans l’argot des commis voyageurs et des petits marchands.
Delvau, 1866 : v. a. Voler, et même Tuer, — dans l’argot des prisons. Faire le foulard. Voler des mouchoirs de poche. Faire des poivrots ou des gavés. Voler des gens ivres. Faire une maison entière. En assassiner tous les habitants sans exception et y voler tout ce qui s’y trouve.
Delvau, 1866 : v. n. Cacare, — dans l’argot à moitié chaste des bourgeois. Faire dans ses bas. Se conduire en enfant, ou comme un vieillard en enfance ; ne plus savoir ce qu’on fait.
Delvau, 1866 : v. n. Jouer, — dans l’argot des bohèmes. Faire son absinthe. Jouer son absinthe contre quelqu’un, afin de la boire sans la payer. On fait de même son dîner, son café, le billard, et le reste.
Delvau, 1866 : v. n. Travailler, être ceci ou cela, — dans l’argot des bourgeois. Faire dans l’épicerie. Être épicier. Faire dans la banque. Travailler chez un banquier.
Rigaud, 1881 : Dérober. — Faire le mouchoir, faire la montre. L’expression date de loin. M. Ch. Nisard l’a relevée dans Apulée.
Vous êtes de ces discrets voleurs, bons pour les filouteries domestiques, qui se glissent dans les taudis des vieilles femmes pour faire quelque méchante loque. (Scutariam facitis)
Rigaud, 1881 : Distribuer les cartes, — dans le jargon des joueurs de whist. — Jouer des consommations, soit aux cartes, soit au billard. Faire le café en vingt points, — dans le jargon des piliers de café.
Rigaud, 1881 : Exploiter, duper. — Faire faire, trahir. Il m’a fait faire, — dans le jargon des voleurs.
Rigaud, 1881 : Faire le commerce de ; être employé dans une branche quelconque du commerce. — Faire les huiles, les cafés, les cotons. Mot à mot : faire le commerce des huiles, des cotons, etc.
Rigaud, 1881 : Guillotiner, — dans le langage de l’exécuteur des hautes-œuvres.
M. Roch (le bourreau de Paris) se sert d’une expression très pittoresque pour définir son opération. Les criminels qu’il exécute, il les fait.
(Imbert.)
Rigaud, 1881 : Parcourir un quartier au point de vue de la clientèle, — dans l’argot des filles. Elles font le Boulevard, le Bois, les Champs-Élysées, comme les placières font la place.
Rigaud, 1881 : Séduire.
La puissante étreinte de la misère qui mordait au sang Valérie, le jour où, selon l’expression de Marneffe, elle avait fait Hulot.
(Balzac, La Cousine Bette)
L’artiste qui, la veille, avait voulu faire madame Marneffe.
(Idem)
Faire une femme, c’est mot à mot : faire la conquête d’une femme.
Le temps de faire deux bébés que nous ramènerons souper ; j’ai le sac.
(Jean Rousseau, Paris-Dansant)
Quand une femme dit qu’elle a fait un homme, cela veut dire qu’elle fonde des espérances pécuniaires sur celui qu’elle a séduit, qu’elle a fait une affaire avec un homme. — Les bals publics sont des lieux où les femmes vont faire des hommes, mot à mot : le commerce des hommes.
Rigaud, 1881 : Tuer, — dans le jargon des bouchers : faire un bœuf, tuer un bœuf et le dépecer.
Rigaud, 1881 : Vaincre, terrasser, — dans l’argot des lutteurs.
Il ajouta qu’en se glorifiant d’avoir fait le Crâne-des-Crânes, certains saltimbanques en avaient menti.
(Cladel, Ompdrailles, Le Tombeau des lutteurs.)
Fustier, 1889 : Arrêter. Argot des voleurs. Être fait, être arrêté.
Le lendemain matin, il questionne la Lie-de-Vin… puis il part. Dans l’après-midi il était fait.
(Gil Blas, juin, 1886.)
La Rue, 1894 : Exploiter, duper. Arrêter. Jouer. Trahir. Séduire : faire une femme, faire un homme. Raccrocher. Dérober. Tuer. Vaincre, terrasser. Guillotiner.
Virmaître, 1894 : Les bouchers font un animal à l’abattoir. Faire : tuer, voler. Faire quelqu’un : le lever. Faire : synonyme de fabriquer (Argot du peuple et des voleurs).
France, 1907 : Exploiter.
Elles faisaient les bains de mer et les villes d’eaux, émigrant suivant la saison, comme les bohémiens, comme les hirondelles, des falaises grises de la Manche qu’un gazon plat encapuchonne aux côtes méditerranéennes où la blancheur luit dans l’azur.
(Paul Arène)
France, 1907 : Voler.
Deux filous causent de la future Exposition :
— C’est une bonne affaire pour nous… Ça fournit des occupations…
— Qu’est-ce que tu y faisais en 1869 ?
— Les montres.
(Le Journal)
Il lançait de vastes affaires sur le marché, comme la Caisse d’Algérie, et il ne dédaignait pas de vulgaires filouteries. Ses opérations se trouvèrent ainsi embrasser tous les cercles de la vie de Paris. Il ne dédaignait aucun coup à tenter. Il faisait le million aux riches gogos et le porte-monnaie aux passants.
(Edmond Lepelletier)
Un monsieur, très pressé, court dans la rue.
Un quidam le rejoint, lui frappe sur l’épaule et lui demande impérieusement :
— Où allez-vous ?
— Qu’est-ce que ça peut vous faire ? répond le monsieur furieux.
— Ça me fait beaucoup… on vient de me voler !
— Et vous m’accusez ?
— Oui.
— C’est trop fort !
— N’essayez pas de m’en imposer.
— Mais fouillez-moi, espèce de crétin !
Le quidam fouille le monsieur, et se retire en présentant de plates excuses.
Quand Le monsieur se fouille à son tour, il s’aperçoit qu’on lui a fait sa montre et son porte-monnaie.
(Gil Blas)
À la correctionnelle :
— Alors, dit familièrement le président au prévenu, vous vous vantez de faire la montre aves une remarquable dextérité ?
— Aussi bien que personne ici !
Puis il ajoute courtoisement :
— Soit dit sans vous offenser.
Faire éclater le péritoine (s’en)
Delvau, 1866 : Manger ou boire avec excès, — dans l’argot des étudiants.
France, 1907 : Manger et boire avec excès. On dit aussi : s’en faire péter la sous-ventrière.
Faire péter le cylindre (s’en)
Delvau, 1866 : Se dit, dans l’argot des faubouriens, de toute chose faite avec excès, comme de manger, de boire, etc., et qui pourrait faire éclater un homme, — c’est-à-dire le tuer. On dit aussi S’en faire péter la sous-ventrière.
Faire ses choux gras de quelque chose
Delvau, 1866 : En faire ses délices, s’en arranger, — dans l’argot des bourgeois.
Faire un coup
France, 1907 : Commettre un délit ou un crime.
Le passant. — J’ai pas été heureux, aujourd’hui ; j’aurais mieux fait de rien faire.
La fille. — Comment ça ?
Le passant. — J’croyais faire un bon coup, qui m’semblait marcher tout seul.
La fille. — T’as été surpris ?
Le passant. — Ben mieux ; j’ai peur d’avoir tué un homme !…
La fille. — En v’là de l’ouvrage !… Eh ben, est-y mort ?
Le passant. — J’en sais rien… j’ai pas éyu l’temps d’y d’mander.
(Henry Monnier)
Fancyman
France, 1907 : Amant ou simplement homme pour lequel on éprouve un caprice ; de l’anglais fancy, caprice, fantaisie, et man, homme ; pluriel : fancymen.
— Jamais je n’ai entendu parler de scandales comme j’en entends parler maintenant. Presque toutes ces dames ont des amants, des gigolos, des camarades, des flirts, des fancymen, que sais-je ! D’ailleurs, les maris font tout ce qu’ils peuvent pour en faire des détraquées : ils leur apprennent tout ce qu’ils savent et elles devinent le reste ; elles lisent ce qu’elles veulent, et Dieu sait si on écrit des choses raides depuis dix ans !
(Maurice Donnay, Chère Madame)
Ferlampier
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Prisonnier habile à couper ses fers.
Bras-de-Fer, 1829 : Condamné habile à couper ses fers.
Vidocq, 1837 : s. m. — Homme sans aveu, mendiant, voleur du dernier étage. Terme des argousins.
Halbert, 1849 : Bandit.
Delvau, 1866 : s. m. Homme à tout faire, excepté le bien, — dans l’argot des voleurs, qui ont emprunté là un des vieux mots du vocabulaire des honnêtes gens, en le dénaturant un peu.
Delvau, 1866 : s. m. Pauvre diable, misérable. — dans l’argot du peuple.
Rigaud, 1881 : Pauvre diable ; misérable à perpétuité. — Voleur du plus bas étage. Le ferlampier est au voleur de la haute pègre ce que la pierreuse est à la cocotte. C’est une altération de frélampier ou frère lampier.
Autrefois, celui qui avait la charge d’entretenir et d’allumer les lampes dans les églises s’appelait frère lampier ; et comme cette charge était dévolue à des hommes de bas étage, quand on voulait parler d’un homme de peu, on disait : C’est un frélampier ou un frère lampier.
(Le Roux de Lincv, Le Livre des Proverbes français.)
La Rue, 1894 : Voleur de bas étage. Malheureux. Détenu habile à se déferrer.
Virmaître, 1894 : Homme à qui tous les métiers sont bons. Mendiant, voleur, souteneur (Argot des voleurs).
Hayard, 1907 : Malfaiteur en tout genres.
France, 1907 : Homme à tout faire, pauvre diable, sans argent ni capacité. Corruption le frère lampier, allumeur de lampes, emploi réservé dans les couvents aux frères incapables de rien faire de mieux.
Filet
d’Hautel, 1808 : Il a le filet coupé, ou il n’a pas le filet. Se dit d’un bavard, d’un parleur éternel.
Tomber dans les filets de quelqu’un. Tomber dans les pièges qu’il tend.
D’un seul coup de filet. Pour dire, tout-à-la-fois.
Demeurer au filet. Attendre, demeurer sans rien faire.
Être du filet. Pour, être à table sans avoir de quoi manger.
Larchey, 1865 : Nuance délicate.
Peut-être aussi y a-t-il un filet de concetti shakespearien, mais c’est peu de chose.
(Th. Gautier)
Flêmard, flemmard
France, 1907 : Fainéant, paresseux qui fait son possible pour éviter tout travail et passe ses loisirs couché sur le dos.
Prise en tas, derrière les guichets cadenassés, les registres et les dossiers, la masse des employés de bureau ne devient plus qu’une jolie collection de flemmards, entachés de routine, figés d’entêtement, ayant tous cette devise : « Rien faire et laisser dire. »
(Mentor, Le Journal)
Forger
d’Hautel, 1808 : À forger, l’on devient forgeron. Signifie qu’à force de faire une chose on parvient à la bien faire.
Se forger des chimères. Avoir des visions, faire des châteaux en Espagne.
Rigaud, 1881 : Terme de maréchal-ferrant ; se dit d’un cheval qui, en marchant, frappe les extrémités du fer de devant avec la pointe des pieds de derrière.
Fort en thème
France, 1907 : Jeune naïf qui s’imagine que bien faire les thèmes lui sera de quelque utilité dans la vie.
Forte
Delvau, 1866 : s. f. Chose inouïe, incroyable. En dire de fortes. Raconter des histoires invraisemblables ; mentir. En faire de fortes. Se rendre coupable d’actions délictueuses.
Four (en faire un)
Virmaître, 1894 : Manquer une affaire (Argot du peuple).
Fouteuse
Delvau, 1864 : Femme qui aime à être baisée, ou qui met son art à bien faire jouir les hommes qui la baisent. Tu es une belle fouteuse, ma mie.
(La Popelinière)
Car on peut devenir une bonne fouteuse,
Mais on ne devient pas, il faut naître branleuse.
(L. Protat)
Homme goulu, femme fouteuse
Ne désirent rien de petit.
(Théophile)
Foutimacer
Rigaud, 1881 : Dire des niaiseries ; ne rien faire qui vaille.
Foutimasser
d’Hautel, 1808 : Ne faire rien qui vaille ; agir avec nonchalance ; travailler à contre-cœur ; lambiner ; lanterner.
Delvau, 1864 : Baiser dans un grand con, avec un vit trop petit, ou ne pas assez bander : en somme, ne faire rien qui vaille.
Ton vit plus froid que glace
Reste molasse,
Il foutimasse ;
Quel bougre d’engin !
(Piron)
Un ribaud, quelquefois, trop plein de son objet,
Fatigue, échauffe en vain un aimable sujet ;
Sans cesse auprès de lui, le paillard foutimasse
Et sur ses nudités sa main passe et repasse.
(L’Art priapique)
Loin ces foutimaceurs qui gastent le métier…
Ne foutimacez plus les oreilles des dames.
(Paroles grasses de Caresme-prenant.)
Larchey, 1865 : Ne faire rien qui vaille.
(1808, d’Hautel)
Delvau, 1866 : v. n. Ne rien faire qui vaille.
Virmaître, 1894 : S’applatir sur un ouvrage, le faire traîner en longueur. C’est une corruption de deux mots accouplés foutu, mauvais, masseur, travailleur (Argot du peuple). N.
France, 1907 : Ne faire ou ne dire rien de bon, ni de spirituel.
Quand le vin de vie est tiré,
Lirlonfa malurette ré,
Qu’importe ce qu’on foutimasse
Pour boire avec ou sans grimace ?
Bien ou mal, c’est liron-lire,
Lirlonfa maluré.
(Jean Richepin)
Fricoteur
Larchey, 1865 : Parasite, maraudeur.
Ces mauvais troupiers pillaient tout sur leur passage. On les appelait des fricoteurs.
(M. Saint-Hilaire)
Quant a vos écuyers, chambellans et autres fricoteurs de même espèce.
(Van der Burch)
Delvau, 1866 : s. m. Homme qui aime les bons repas. Signifie aussi Agent d’affaires véreuses.
Le bataillon des fricoteurs. « S’est dit, pendant la retraite de Moscou, d’une agrégation de soldats de toutes armes qui, s’écartant de l’armée, se cantonnaient pour vivre de pillage et fricotaient au lieu de se battre. » (Littré.)
Rigaud, 1881 : Soldat qui aime à faire bombance aux dépens des autres, à manger et à boire avec l’argent des camarades, — dans le jargon des troupiers.
Rigaud, 1881 : Typographe qui prend des lettres dans la casse des autres.
Boutmy, 1883 : s. m. Celui qui fricote, c’est-à-dire qui pille la casse de ses compagnons. Les fricoteurs sont heureusement assez rares.
Merlin, 1888 : Celui qui cherche à bien vivre, à ne rien faire, à éviter les corvées.
Virmaître, 1894 : Agent d’affaires, synonyme de tripoteur. Au régiment, les troupiers qui coupent aux exercices, aux corvées, en un mot au service, sont des fricoteurs (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : L’employé qui fait le moins possible de travail et qui évite les corvées est un fricoteur.
France, 1907 : Noceur, ripailleur peu scrupuleux sur les moyens à employer pour faire bombance. « L’ancienne armée était pleine de fricoteurs. »
En temps de paix, traînant ses grègues le long des routes ou aplatissant son nez contre les vitrines des garnisons, le soldat est comme un canard sans eau, une poule sans poussins… hors de son élément, privé de la tâche qui lui est dévolue.
Je parle du bon soldat, s’entend — ni des couards, ni des fricoteurs !
(Séverine)
Et le fricoteur — espèce précieuse, en campagne, prit du café en grain dans le sac que portait le gros S…, mon compagnon, l’écrasa avec la crosse de son fusil, pendant que d’autres enlevaient les cercles d’une barrique pour faire du feu.
(Sutter-Laumann, Histoire d’un Trente sous)
C’est dans les premières guerres de la Révolution que ce sobriquet fut donné aux soldats de toutes armes qui abandonnent leurs corps pour marauder et piller. Ces mauvais troupiers jetaient leur sac, leur fusil, et armés de poêles à frire, de broches, ayant une marmite sur le dos, pillaient et dévastaient tout sur leur passage ; on les appelait les fricoteurs.
Le visage noirci par la fumée des bivouacs, ils couraient les uns sur les autres, confusément et par soubresauts, comme des moutons harcelés par des chiens. Parfois, une terreur panique s’emparait de ce hideux troupeau ; alors ils s éparpillaient à droite et à gauche, franchissaient haies et fossés, inondaient au loin la plaine et, dès que l’ennemi s’approchait, fuyaient honteusement en finissant toujours par refluer dans les rangs des braves troupiers, soumis aux rigueurs de la discipline ; mais le danger passé, ou leur frayeur dissipée, les fricoteurs isolés se reformaient en peloton et recommençaient leurs excès.
(Physiologie du troupier)
Pendant la retraite de Moscou, ils reparurent en grand nombre, cantonnèrent aussi loin que possible des horions, fricotant au lieu de se battre. Ils étaient connus sous le nom de Bataillon des fricoteurs.
Au temps de Napoléon, on fut pour les fricoteurs d’une sévérité terrible ; on tirait sur eux comme sur l’ennemi, et lorsqu’on pouvait en attraper, on les jugeait et on les fusillait impitoyablement.
(É. Marco de Saint-Hilaire)
Fumiste
Larchey, 1865 : Trompeur, mystificateur, homme qui fait fumer les gens.
Rigaud, 1881 : Mauvais plaisant. — Farce de fumiste, plaisanterie de mauvais goût.
Rigaud, 1881 : Tout individu qui ne porte pas un uniforme, — dans l’argot des polytechniciens. — Être en fumiste, être habillé en civil, avoir endossé des habits de ville.
La Rue, 1894 : Mauvais plaisant. Fumisterie, mauvaise plaisanterie.
Virmaître, 1894 : Farceur, mystificateur, qui cherche toutes les occasions possibles de faire des blagues. Les plus grands fumistes des temps passés furent Romieu et Sapeck. Ils sont remplacés par Lemice-Terrieux. À propos de Sapeck dont la réputation est encore grande au quartier latin ; la fameuse farce des bougies coupées ne lui appartient pas, elle fut faite quarante ans avant lui. On la raconte dans une brochure intitulée : Les mystères de la Tour de Nesles (Paris 1835). (Argot du peuple). N.
Hayard, 1907 : Farceur, mystificateur.
France, 1907 : Bourgeois, civil, synonyme de pékin, dans l’argot polytechnicien, à cause de l’horrible chapeau noir, dit tuyau de poêle, dont tout le monde continue à porter.
Les jours de sortie, quand on a envie de commettre quelque fredaine, on va se mettre en fumiste, se fumister, comme on dit, c’est-à-dire revêtir une tenue bourgeoise…
(L’Argot de l’X)
France, 1907 : Farceur, mystificateur, mauvais plaisant. Farce de fumiste, plaisanterie désagréable.
D’après les Mémoires de M. Claude, cette locution : farce de fumiste, viendrait de la manière d’opérer d’une bande de voleurs, fumistes de profession. Ils s’introduisaient par les cheminées pour dévaliser les appartements déserts et en faire sortir les objets les plus précieux par les toits.
Paul Arène a trouvé une autre explication :
Je crois, dit-il, tenir celle de fumiste que Sarcey, chercheur s’il en fut, chercha vainement néanmoins. Non, maître Sarcey, si l’on dit populairement plaisanterie de fumiste, ce n’est pas à cause de la célèbre note : — « M’être transporté avec un apprenti dans la salle à manger du sieur X…, 2 fr., — Avoir essayé d’empêcher la cheminée de fumer, 3 fr. — N’avoir pas réussi, 5 fr. »
D’abord une note à payer, qu’elle se rattache ou non à la fumisterie, ne saurait en aucun cas être considérée comme plaisante.
Et puis, si dans l’espèce il s’agissait de note, la sagesse des nations pourrait tout aussi bien, et peut-être plus justement dire : plaisanterie de pharmacien, de propriétaire ou de tailleur.
L’origine de l’expression est plus simple. Certain fumiste qui se trouvait au bord d’un toit, occupé à coiffer une cheminée d’un de ces énormes casques de tôle qui n’empêchent jamais les cheminées de fumer, mais possèdent par contre le double avantage de coûter très cher et de grincer abominablement quand le vent souffle, s’imagina, voyant un bourgeois passer dans la rue, de se laisser tomber sur lui de tout son poids en manière de plaisanterie. Il le fit, et la plaisanterie fut trouvée bonne, car ils moururent tous les deux. De là, plaisanterie de fumiste.
(Gil Blas)
Si non vero, non bene trovato !
Les fumistes sont généralement des gens qui ne se soucient guère de compliquer leur plaisir de quelque idée morale. Ce sont des hommes sceptiques toujours, spirituels parfois, qui se préoccupent peu de réformer la société. La gravité quasi pontifiante derrière laquelle ils dissimulent leurs projets de mystificateurs, a pu faire croire à certains qu’ils s’abusent sur le sérieux de leur fonction.
(Francis Chevassu)
— Vous devez être joliment étonné de me revoir, au ministère de l’intérieur, femmes de ministre ! Celui qui m’aurait prédit ça quand nous faisions notre partie an Procope, je l’aurais traité de fumiste de la plus belle eau. Et pourtant ça y est. Je n’en suis pas fâchée. Je m’amuse ! Ah ! que c’est drôle d’être ministre ! C’est vrai, je vous jure. Voir des tas de gens qui vous font des salamalecs et qui me demandent des faveurs quand je leur ai peut-être demandé un bock dans le temps !
(Edgar Monteil, Le Monde officiel)
Gabatine
d’Hautel, 1808 : Fourberie ; subtilité ; menterie ; phrases flatteuses et galantes ; cajoleries.
Donner de la gabatine. Pour dire, tromper quelqu’un ; chercher à lui en faire accroire.
Delvau, 1866 : s. f. Plaisanterie, — dans l’argot du peuple, héritier des anciens gabeurs, dont il a lu les prouesses dans les romans de chevalerie de la Bibliothèque Bleue. Donner de la gabatine. Se moquer de quelqu’un, le faire aller, en s’en moquant.
Rigaud, 1881 : Raillerie, plaisanterie, tromperie ; vieux mot français.
La gabatine est franche et la ruse subtile.
(Le Docteur amoureux, comédie)
Il est vrai, notre nation
Donne souvent la gabatine.
(Scarron. Poésies)
Galans fiéfés, donneurs de gabatine.
(Deshouillères)
La Rue, 1894 : Raillerie.
France, 1907 : Raillerie, plaisanterie ; du vieux français gabe, farce. Donner de la gabatine, railler, tromper.
Ganache
d’Hautel, 1808 : Au propre, la mâchoire inférieure du cheval ; au figuré, perruque vieille et crasseuse.
On dit aussi, et fort injurieusement, d’un homme âgé et radotteur, qui a l’esprit lourd et pesant, c’est une vieille ganache.
Larchey, 1865 : « On dit d’un homme âgé et radoteur : C’est une vieille ganache. » — d’Hautel 1808. — Du vieux mot ganache : grosse mâchoire. V. ce mot.
Le père ganache ou le père dindon, ou bien encore le compère, c’est le nom d’un emploi dans lequel le père Brunet et Lepeintre jeune ont excellé. Ce type du vieillard imbécile et crédule est une création de Térence. On lui a donné le nom de ganache, à cause des efforts que fait la mâchoire pour articuler des sons.
(Duflot)
Larchey, 1865 : Ennemi du progrès.
Il déblatérait contre les ganaches de la Chambre.
(G. Sand)
Larchey, 1865 : Fauteuil de forme basse.
Puis s’étant blottie dans une ganache, elle tendit ses jambes.
(Achard)
Delvau, 1866 : s. f. Homme qui ne sait rien faire ni rien dire ; mâchoire. Dans l’argot des gens de lettres, ce mot est synonyme de Classique, d’Académicien.
Montesquieu toujours rabâche,
Corneille est un vieux barbon ;
Voltaire est une ganache
Et Racine un polisson !
dit une épigramme du temps de la Restauration.
Père Ganache. Rôle de Cassandre, — dans l’argot des coulisses. On dit aussi Père Dindon.
France, 1907 : Fauteuil de forme basse, commode pour les vieillards.
France, 1907 : Vieil imbécile, radoteur.
Ce type du vieillard imbécile et crédule est une création de Térence. On lui a donné le nom de ganache à cause des efforts que fait la mâchoire pour articuler les sons.
(F. Duflot)
Montesquieu toujours rabâche,
Corneille est un vieux barbon,
Voltaire est une ganache
Et Racine un polisson.
(Chant des Hugolâtres)
Gandin
Delvau, 1864 : Imbécile bien mis qui paie les filles pour qu’elles se moquent de lui avec leurs amants de cœur. Il reste une consolation aux gandins qui grappillent dans les vignes amoureuses après ces maraudeurs de la première heure, c’est de se dire :
Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse !
(A. Delvau)
Nous soupions au sortir du bal. Quelques gandins,
Portant des favoris découpés en jardin,
Faisaient assaut d’esprit avec des femmes rousses.
(Th. De Banville)
Larchey, 1865 : Dandy ridicule. Du nom d’un personnage de vaudeville.
L’œillet rouge à la boutonnière, Les cheveux soigneusement ramenés sur les tempes comme deux gâteaux de pommade, le faux-col, les entournures, le regard, les favoris, le menton, les bottes ; tout en lui indiquait le parfait gandin, tout, jusqu’à son mouchoir fortement imprégné d’essence d’idiotisme.
(Figaro, 1858)
Delvau, 1866 : s. m. Amorce, paroles fallaces, — dans l’argot des marchandes du Temple. Monter un gandin. Raccrocher une pratique, forcer un passant à entrer pour acheter.
Delvau, 1866 : s. m. Coup monté ou à monter, — dans l’argot des voleurs. Hisser un gandin à quelqu’un. Tromper.
Delvau, 1866 : s. m. Oisif riche qui passe son temps à se ruiner pour des drôlesses, — et qui n’y passe pas beaucoup de temps, ces demoiselles ayant un appétit d’enfer. Le mot n’a qu’une dizaine d’années. Je ne sais plus qui l’a créé. Peut-être est-il né tout seul, par allusion aux gants luxueux que ces messieurs donnent à ces demoiselles, ou au boulevard de Gand (des Italiens) sur lequel ils promènent leur oisiveté. On a dit gant-jaune précédemment.
Rigaud, 1881 : Dandy dégénéré. Homme à la mise recherchée, prétentieuse et ridicule. D’où vient-il ? Est-ce de gant ? Est-ce de l’ancien boulevard de Gand ? Est-ce du nom d’un des personnages — Paul Gandin — des Parisiens de la Décadence, de Th. Barrière ? Est-ce de gandin, attrape-nigaud, en retournant la signification : nigaud attrapé ? Est-ce de dandy, avec changement du D en G, addition d’un N et réintégration de l’Y en I ? Je ne sais. — Le gandin s’éteignit en 1867, en laissant sa succession au petit-crevé qui creva en 1873, en léguant son héritage au gommeux, qui le léguera à un autre, et ainsi de suite jusqu’à la consommation des siècles.
Rigaud, 1881 : Duperie, attrape-nigaud. Hisser un gandin à un gonse, tromper un individu. — Monter un gandin, — dans le jargon des revendeurs du Temple, signifie chauffer l’article, harceler le client pour lui faire acheter quelque chose.
Rigaud, 1881 : Fort, — dans le jargon des barrières. Il est rien gandin.
Fustier, 1889 : Honnête, convenable, gentil. Argot du peuple.
Autrefois on avait deux sous de remise par douzaine. À présent, on les prend (des pièces de cuivre) chez Touchin. Il ne donne rien, ce muffle-là. Vrai ! c’est pas gandin !
(Fournière, Sans métier)
La Rue, 1894 : Duperie. Coup monté. Riche oisif.
France, 1907 : Riche oisif, jeune fainéant dont le père a travaillé sa vie durant pour qu’il passe la sienne à ne rien faire, parasite social. C’est le successeur et l’imitateur des lions du temps de Louis-Philippe, qui succédèrent eux-mêmes aux dandys et aux fashionables de la Restauration, aux beaux de l’empire, engendrés par les incroyables et les muscadins du Directoire, fils des petits maîtres de la fin du règne de Louis XV, descendants des talons rouges et des roués de la Régence, neveux des marquis de Louis XIV. Le nom de gandin parait pour la première fois en 1854 dans une pièce de Théodore Barrière, Les Parisiens, porté par un élégant ridicule, mais il ne se répandit guère dans le publie avant 1858. Gandin vient-il du boulevard de Gand, devenu le boulevard des Italiens et qui était la promenade habituelle des jeunes et riches oisifs, ou, suivant quelques étymologistes, du patois beauceron gandin, dont les éleveurs de la Beauce désignent le jeune mouton ? La bêtise, la simplicité, la passivité du mouton adolescent qui suit pas à pas celui qui le précède, et les instincts moutonniers, l’épaisse imbécillité de ces jeunes abrutis qui se copient tous en habits, en langage et en gestes offrent quelque créance à la seconde version. Cependant le public parisien ignore le patois de la Beauce, gandin adolescent mouton est inconnu sur le boulevard, et pour cette raison nous nous en rapporterons à la première.
Cigare aux dents, lorgnon dans l’œil,
Chaussé par Fabre, habillé par Chevreuil,
Un de ces élégants dont l’esprit reste en friche,
Nommés gandins hier, cocodès aujourd’hui,
Et qui nonchalamment promènent leur ennui
Depuis la Maison d’Or jusques au Café Riche…
(J.-B. de Mirambeaux)
Adieu, gandins infects, drôlesses éhontées, vous tous, abrutis qui, depuis ma majorité, n’avez cessé de jeter un froid dans mon existence. Je vous lâche !
C’était à l’Ambigu, la jeune X… des Folies Dramatiques se pavanait dans une avant-scène en compagnie de plusieurs crétins, tous gandins, et plus bêtes les uns que les autres, par conséquent.
(Léon Rossignol, Lettres d’un Mauvais jeune homme à sa Nini)
On l’emploie adjectivement dans le sens de beau, élégant.
— Il est pourtant gandin, mon panier, insiste le gitane avec le plus pur accent du faubourg Antoine ; étrennez-moi, Monsieur, ça vaut une thune et à deux balles je vous le laisse.
(Jean Lorrain)
Gentilhomme
d’Hautel, 1808 : C’est un gentilhomme de Beauce, qui reste au lit quand on refait ses chausses. Se dit ironiquement d’un homme pauvre qui fait le gros seigneur.
France, 1907 : Cochon, sans doute parce qu’il ne travaille pas, s’engraisse à ne rien faire. Les Irlandais appellent le cochon « le gentilhomme qui paye la rente ».
Gerber
Ansiaume, 1821 : Condamner.
Ils vont le gerber à dix longes, il a des parains,
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Emprisonner.
Vidocq, 1837 : v. a. — Juger, condamner.
un détenu, 1846 : Condamner, être gerbé, être condamné.
Halbert, 1849 : Condamner.
Larchey, 1865 : Juger (Vidocq). — Mot à mot : réunir tous les actes de la vie passée, en faire une gerbe, un faisceau pour l’accusation. — Gerbement : Jugement. V. Manger. — Gerberie : Tribunal. — Gerbier : Juge.
Delvau, 1866 : v. a. Condamner. Gerber à vioc. Condamner aux travaux forcés à perpétuité. Gerber à la passe ou à conir. Condamner à mort.
La Rue, 1894 : Juger, condamner.
France, 1907 : Juger, condamner. On réunit en gerbe tous les chefs d’accusation.
— Te voilà pris avec cinq vols qualifiés, trois assassinats, dont le plus récent concerne deux riches bourgeois… tu seras gerbé à la passe.
(Balzac)
Gerce
Delvau, 1866 : s. f. Maîtresse, — dans l’argot des voyous pour qui, sans doute, c’est la vermine.
Rigaud, 1881 : Maîtresse, — dans le jargon des voleurs. C’est garce, avec changement d’une lettre.
Virmaître, 1894 : Femme (Argot du peuple).
Hayard, 1907 : Femme.
France, 1907 : Fille, maîtresse ; du patois normand où gerce signifie brebis, ou peut-être de gerce, fente dans la peau, allusion aux organes sexuels, ou peut-être encore de gerce, teigne qui ronge les étoffes.
Quant au choix qu’i’ faut en faire,
Les p’tit’s gerc’s, c’est pus girond ;
Mais ça n’sait qu’l’ap’ de l’affaire
Et ça rent’ quèqu’fois sans l’rond.
(Blédort)
Gniafferie (en faire une)
Virmaître, 1894 : Faire une malpropreté à un camarade. Mot à mot : se conduire vis à vis de lui comme un goujat.
Godiche
Delvau, 1866 : s. et adj. Niais, ou seulement timide. On dit aussi Godichon.
France, 1907 : Niais, nigaud, benêt. Corruption de Claude.
Un jour, elle était revenue au Culot, en robe de velours, des bagues à tous les doigts, si joliment astiquée que le village entier avait processionné devant les fenêtres pour la voir ; même le vieux et la vallée, interloqués par ses airs de grande dame, n’avaient su quoi lui offrir à manger. C’est ça qui s’appelait avoir de la chance ! Elle aurait pu en faire autant si elle avait été moins godiche.
(Camille Lemonnier, Happe-Chair)
— Si, au lieu d’avoir fait de mes deux grandes, de mon Adèle comme de ma Victoire, ce que j’en ai fait, de leur avoir mis à toutes les deux le balai et l’aiguille à la main, j’avais été assez godiche pour leur faire étudier un tas de belles choses comme celles qu’on a enseignées aux princesses d’ici, de la pédagogie qu’elles appellent ça, de la géométrie… de l’anatomie, de la… mythologie, je ne sais plus quoi ! je les aurais encore sur les bras.
(Albert Cim, Demoiselles à marier)
— Si tu crois que c’est amusant d’être là comme une godiche de jeune fille… et de se heurter la cervelle à un tas d’affaires qu’on devine à moitié… et auxquelles on n’ose pas croire tout de même… parce que c’est tellement fort ! tellement fort ! Alors, dans ces moments-là, on pense à ses amies qui sont mariées… on va les trouver ; on les interroge tout doucement, gentiment, comme je le fais… et puis elles, qui savent à présent tout ce qu’on peut savoir et qui en font de toutes les couleurs… puisque ça leur est permis !…
(Henri Lavedan)
…Nous nous sommes regardés profondément… un de ces regards qui déshabillent le corps et fouillent l’âme… Puis, dans ses yeux, un sourire ineffable, car elle s’apercevait que, douze ans après, je la trouvais toujours belle et désirable… Puis, tout à coup, elle devint distraite… Et, à la vue d’un tout jeune homme, à l’air à la fois malin et godiche, qui l’accompagnait, j’ai compris qu’il n’était plus temps de réparer une erreur de ma jeunesse.
(Paul Alexis)
Comme autrefois, l’amour, cachant ses ailes,
Sur son blason met deux cœurs enflammés ;
Comme autrefois, les femmes sont fidèles,
Comme autrefois, les maris sont aimés.
Les amoureux seront toujours godiches ;
Les innocents seront toujours dupés ;
Les daims courront toujours après les biches,
Mais ce sont eux qui seront attrapés.
(La Toile ou mes quat’ sous, Revue de 1859)
Gouapper
Rossignol, 1901 : Flâner, ne rien faire.
Gratte (en faire)
Virmaître, 1894 : Chiper sa patronne en majorant les achats (Argot du peuple). V. Gratter.
Greffe
d’Hautel, 1808 : Tout cela est passé dans son greffe. Se dit lorsqu’un homme retient injustement le salaire d’un autre pour en faire son profit.
Il a pris cela dans son greffe. Signifie, il a inventé, il a forgé ce qu’il débite.
Grinchir
Ansiaume, 1821 : Voler.
Il ne veut grinchir que dans les entonnes, pour moi niberg.
Bras-de-Fer, 1829 : Voler, prendre.
Vidocq, 1837 : v. a. — Voler. J’ai réuni dans cet article quelques détails sur divers genres de vols. Quelques-uns se commettent encore tous les jours ; d’autres n’ont été commis que par ceux qui les ont inventés.
Grinchir au boulon. Le Grinchissage au Boulon a été inventé, dit-on, par un individu dont les antécedens sont bien connus, et qui a pour la pêche une passion pour le moins aussi grande que celle de certain député juste-milieu. Au reste, si l’individu dont je parle n’est pas l’inventeur du Grinchissage au Boulon, il a du moins excellé dans sa pratique, comme il excella par la suite dans la pratique des vols à la Tire et au Bonjour.
Pour Grinchir au Boulon, il ne s’agit que de passer par l’un des trous pratiqués dans la devanture des boutiques, pour donner passage aux boulons qui servent à les fermer, un fil de fer ou de laiton, terminé par un crochet qui sert à saisir l’extrémité d’une pièce de dentelle qu’on amène ainsi à l’extérieur avec une grande facilité.
Il ne s’agirait, pour se mettre à l’abri de ce genre de vol, que de boucher à l’intérieur l’entrée des boulons par de petites plaques de fer.
Grinchir à la cire. Un ou plusieurs individus se rendent chez un restaurateur, déjeunent ou dînent, et s’emparent d’une ou de plusieurs pièces d’argenterie qu’ils collent sous la table au moyen d’un emplâtre de cire ou de poix. Si le maître de l’établissement s’aperçoit du vol qui vient d’être commis à son préjudice, les coupables n’ont rien à craindre, quand bien même ils seraient fouillés. Il est inutile de dire qu’un compère vient quelques instans après leur départ, enlever les pièces d’argenterie.
Le Grinchissage à la Cire fut inventé, il y a vingt années environ, par une jeune et jolie personne, qui le pratiquait de concert avec sa mère, qui était chargée de venir prendre l’argenterie. Ces deux femmes exercèrent paisiblement pendant deux ans ; mais enfin elles subirent le sort de tous les voleurs : elles furent arrêtées et condamnées. Elles confessèrent, durant l’instruction de leur procès, deux cent trente-six vols de cette nature.
Grinchir à la limonade. Un individu dont la tournure est celle d’un domestique, se présente chez un limonadier, auquel il commande dix, douze, ou même quinze demi-tasses pour Monsieur un tel, qui demeure toujours dans la même rue que le limonadier auquel il s’adresse, mais à l’extrémité opposée. Cela fait, il prend les devans et va se poster sur la porte de livraison dont il a indiqué le numéro, et, lorsqu’il voit venir le garçon, il va au-devant de lui, prend la corbeille qu’il porte, et le prie d’aller chercher de l’eau-de-vie qu’il a oublié de commander. Le garçon, sans défiance, abandonne sa corbeille, et s’empresse d’aller chercher ce qu’on lui demande. Ce n’est que lorsqu’il arrive avec le flacon d’eau-de-vie qu’il apprend, du portier de la maison indiquée, qu’il vient d’être la victime d’un audacieux voleur.
Les traiteurs qui envoient de l’argenterie en ville sont aussi très-souvent victimes des Grinchisseurs à la Limonade. Il ne faudrait cependant, pour éviter leurs pièges, que monter toujours dans les lieux indiqués les objets demandés, et de prendre, auprès du concierge de la maison, des renseignemens minutieux.
Cette dernière précaution surtout ne devrait jamais être négligée. Souvent des intrigans louent un appartement, le font garnir de meubles appartenant à un tapissier. Ils se font ensuite apporter une ou deux fois à dîner par le restaurateur voisin, puis enfin une troisième. Mais alors le nombre des convives est plus considérable, et, pour ne point donner naissance aux soupçons, celui des Grinchisseurs qui joue le rôle de l’Amphytrion a soin de demander un garçon pour aider son domestique à servir les convives. Le dîner fini, le domestique, qui est une des principales chevilles du complot, prépare l’argenterie et disparaît avec elle au moment convenu. Pendant ce temps les maîtres passent au salon pour prendre le café, et y amusent le garçon jusqu’à ce qu’ils aient, les uns après les autres, trouvé le moyen de s’évader.
Grinchir à la desserte. Le Grinchissage à la Desserte n’est guère pratiqué qu’à Paris. Un individu, vêtu d’un costume de cuisinier, le casque à mèche en tête et le tranche-lard au côté, qui connaît parfaitement la situation de la cuisine et celle de la salle à manger de la maison dans laquelle il veut voler, s’y introduit à l’heure du dîner, et s’il peut arriver dans la salle à manger avant d’avoir été remarqué, il enlève avec dextérité toute l’argenterie que les domestiques ont laissée en évidence, et trouve le moyen de disparaître sans laisser d’autres traces de son passage que le vol qu’il a commis.
Qu’on se figure, s’il est possible, la surprise extrême du maître de logis ; il veut servir le potage et ne trouve point la cuillère, c’est un oubli de la servante ; il la sonne, elle vient, et après bien des pourparlers on trouve le mot de l’énigme.
Ces vols étaient jadis beaucoup plus fréquens qu’aujourd’hui, par la raison toute simple que les plus fameux Grinchisseurs à la Desserte se sont retirés des affaires, et se sont, je crois, amendés ; l’un s’est fait usurier, et l’autre amateur de tableaux.
Grinchir au voisin. Quoique ce vol ne soit pas de création nouvelle, il se commet encore presque tous les jours, et il n’y a pas bien long-temps que la Gazette des Tribunaux entretenait ses lecteurs d’un Grinchissage au Voisin, dont un horloger de la rue Saint-Honoré venait d’être la victime. Un homme vêtu en voisin, c’est-à-dire, suivant la circonstance, enveloppé d’une robe de chambre, ou seulement couvert d’une petite veste, entre chez un horloger et lui demande une montre de prix, qu’il veut, dit-il, donner à sa femme ou à son neveu ; mais, avant d’en faire l’emplette, il désire la montrer à la personne à laquelle elle est destinée. Il prend la montre qu’il a choisie et prie l’horloger de le faire accompagner par quelqu’un auquel il remettra le prix du bijou, si, comme il n’en doute pas, il se détermine à en faire l’acquisition. Il sort, accompagné du commis de l’horloger, et après tout au plus cinq minutes de marche, ils arrivent tous deux devant la porte cochère d’une maison de belle apparence ; le voleur frappe, et la porte est ouverte. « Donnez vous la peine d’entrer, dit-il au commis de l’horloger. — Après-vous, Monsieur, répond celui-ci. — Entrez, je vous en prie, je suis chez moi. — C’est pour vous obéir, » dit enfin le commis qui se détermine à passer le premier ; à peine est-il entré que le voleur tire la porte et se sauve, et lorsque le commis a donné au concierge de la maison dans laquelle il se trouve, les explications propres à justifier sa présence, explications que celui-ci exige avant de se déterminer à tirer le cordon, le voleur est déjà depuis long-temps à l’abri de toute atteinte.
Grinchir aux deux Lourdes. Un individu dont la tournure et les manières indiquent un homme de bonne compagnie, arrive en poste dans une ville, et prend le plus bel appartement du meilleur hôtel ; il est suivi d’un valet de chambre, et aussitôt son arrivée il a fait arrêter un domestique de louage ; ce noble personnage qui mène le train d’un millionnaire, daigne à peine parler aux hôteliers ; il laisse à son valet de chambre le soin de régler et de payer sa dépense ; mais ce dernier, qui n’additionne jamais les mémoires qu’il acquitte, et qui ne prononce jamais le nom de son maître sans ôter son chapeau, remplit de cette commission à la satisfaction générale. Les voies ainsi préparées, l’étranger fait demander un changeur, qui se rend avec empressement à ses ordres, et auquel il montre une certaine quantité de rouleaux qui contiennent des pièces d’or étrangères ; le changeur examine, pèse même les pièces que l’étranger veut échanger contre des pièces de 20 francs ; rien n’y manque, ni le poids, ni le titre ; le prix de change convenu, on prend jour et heure pour terminer. Lorsque le changeur arrive allèché par l’espoir d’un bénéfice considérable, Monsieur le reçoit dans sa chambre à coucher, assis devant un feu brillant, et enveloppé d’une ample robe de chambre ; le changeur exhibe ses pièce d’or ; les comptes faits, le fripon laisse la somme sur une table, et invite le changeur à passer dans son cabinet pour prendre les pièces étrangères qu’il doit recevoir ; durant le trajet de la chambre à coucher au cabinet, l’or du changeur est enlevé par le valet de chambre ; arrivé au cabinet avec le changeur, le noble personnage a oublié la clé de son secrétaire, il s’absente pour aller la chercher, mais au lieu de revenir, il sort par une seconde porte et va rejoindre son valet de chambre.
Ce n’est point toujours à des changeurs que s’adressent les Grinchisseurs aux deux lourdes. C’est ce que prouvera l’anecdote suivante.
Un individu arrive, en 1812 ou 1813, à Hambourg, son domestique ne parle, dans l’hôtel où son maître est descendu, que des millions qu’il possède et du mariage qu’il est sur le point de contracter, mariage qui doit, dit-il, augmenter encore les richesses de cet opulent personnage. La conduite du maître ne dément pas les discours du domestique, il paie exactement, et plus que généreusement ; l’or paraît ne rien lui coûter. Lorsque cet individu crut avoir inspiré une certaine confiance, il fit demander son hôte, et lorsque celui-ci se fut rendu à ses ordres, il lui dit qu’il désirait acheter plusieurs bijoux qu’il destinait à sa future ; mais, que, comme il ne connaissait personne à Hambourg, il le priait de vouloir bien lui indiquer le mieux assorti, le plus honnête des joailliers de la ville. Charmé de cette preuve de confiance, l’hôtelier s’empressa de faire ce que désirait son pensionnaire, et lui indiqua le sieur Abraham Levy. Le fripon alla trouver ce joaillier, et lui commanda pour une valeur de 150,000 fr. de bijoux.
Le jour de la livraison arrivé, le fripon, quoi qu’indisposé, se lève cependant, et vient en négligé recevoir le joaillier dans son salon. Après avoir attentivement examiné les diverses parures, il les dépose dans un des tiroirs d’un magnifique secrétaire à cylindre, qu’il ferme avec beaucoup de soin, mais sur lequel cependant il laisse la clé ; cela fait, il sonne son valet de chambre pour lui demander la clé d’un coffre-fort qui se trouve là. Le domestique ne répond pas, le noble personnage s’impatiente, sonne encore ; le domestique ne donne pas signe de vie ; il sort furieux pour aller chercher lui-même la clé dont il a besoin.
Un quart-d’heure s’est écoulé, et il n’est pas encore revenu. « Il ne revient pas, dit le joaillier au commis dont il est accompagné, cela m’inquiète. » — Cette inquiétude se comprendrait, répond le commis, s’il avait emporté les bijoux avec lui, mais ils sont dans ce secrétaire, nous n’avons donc rien à craindre ; patience, il peut avoir été surpris par un besoin, en allant chercher son domestique. — « Ce que vous dites est vrai, mon cher Bracmann, c’est à tort que je m’alarme, répond Abraham Levy ; mais, cependant, ajoute-t-il en tirant sa montre, voilà trente-cinq minutes qu’il est parti, une aussi longue absence est incompréhensible ; si nous l’appelions ? » Le commis se range à l’avis de son patron, et tous deux appellent monseigneur ; point de réponse. « Mais la clé est restée au secrétaire, dit encore le joaillier, si nous ouvrions ? — Vous n’y pensez pas, M. Abraham, et s’il rentrait et qu’il nous trouvât fouillant dans son secrétaire, cela ferait le plus mauvais effet. » Le joaillier se résigne encore ; mais enfin, n’y pouvant plus tenir, il sonne après trois quarts d’heure d’attente ; les domestiques de l’hôtel arrivent, on cherche le seigneur qu’on ne trouve plus ; enfin, on ouvre le secrétaire. Que le lecteur se représente, si cela est possible, la stupéfaction du pauvre Abraham Levy lorsqu’il vit que le fond du secrétaire et le mur contre lequel il était placé étaient percés, et que ces trous correspondaient derrière la tête d’un lit placé dans une pièce voisine, ce qui avait facilité l’enlèvement des diamans. On courut en vain après les voleurs qui s’étaient esquivés par la seconde porte de l’appartement qu’ils occupaient, et qui étaient déjà loin de Hambourg lorsque le joaillier Abraham Levy s’aperçut qu’il avait été volé. L’un des deux adroits Grinchisseurs aux deux Lourdes dont je viens de parler est actuellement à Paris, où il vit assez paisiblement. Je crois qu’il s’est corrigé.
Quand on échange des pièces d’or, quand on vend des diamans à une personne que l’on ne connaît pas parfaitement, il ne faut pas perdre de vue sa propriété, ni surtout la laisser enfermer.
Les Grinchisseurs aux deux Lourdes escroquent aussi des dentelles de prix. Une adroite voleuse, la nommée Louise Limé, dite la Liégeoise, plus connue sous le nom de la comtesse de Saint-Amont, loua en 1813 ou 1814, l’entresol de la maison sise au coin des rues de Lille et des Saints-Pères. Cet entresol avait deux sorties, l’une sur l’escalier commun, l’autre donnait entrée dans une boutique qui, alors, n’était pas louée. La comtesse de Saint-Amont fit apporter chez elle un nombre de cartons assez grand pour masquer cette seconde entrée. Tout étant ainsi disposé, elle se rendit chez un marchand, auquel elle acheta au comptant pour 36 à 40,000 francs de dentelles. Le lendemain, un commis lui apporte ses emplettes, qu’elle examine avec le plus grand soin ; cela fait, elle prend le carton qui les contient et le place derrière les siens. Un compère, aposté pour cela, l’enlève et s’esquive. Pendant ce temps, la comtesse assise devant un secrétaire compte des écus. Mais, tout-à-coup elle se ravise et dit au commis : « Il est inutile de vous charger, je vais vous payer en billets de banque » Elle remet les écus dans le sac qui les contenait, et passe derrière les cartons. Le commis entend le bruit que fait une clé en tournant dans une serrure ; il croit que c’est la caisse que l’on ouvre. A ce bruit succède un silence de quelques minutes. Le commis suppose que la comtesse compte les billets de banque qu’il va recevoir. Mais enfin, ne la voyant pas revenir, il passe à son tour derrière les cartons, et découvre le pot aux roses. Les recherches de la police, pour découvrir la fausse comtesse de Saint-Amont, furent toutes inutiles ; on n’a jamais pu savoir ce que cette femme était devenue.
Grinchir à Location. On ne saurait prendre, contre les Grinchisseurs à Location, de trop minutieuses précautions, car on peut citer un grand nombre d’assassinats commis par eux. Lacenaire a commencé par Grinchir à Location. Les Grinchisseurs à Location marchent rarement seuls, et, quelquefois, ils se font accompagner par une femme. Ils connaissent toujours le nombre, l’heure de la sortie, des habitans de l’appartement qu’ils veulent visiter. Ils examinent tout avec la plus scrupuleuse attention, et ne paraissent jamais fixés lors d’une première visite, car ils se réservent de voler à une seconde.
Lorsque le moment de procéder est arrivé, l’un d’eux amuse le domestique ou le portier qui les accompagne, tandis que l’autre s’empare de tous les objets à sa convenance. Un Grinchissage à Location réussit presque toujours, grâce à la négligence des serviteurs chargés de montrer aux étrangers l’appartement à louer.
Les Grinchisseurs à Location servent aussi d’éclaireurs aux Cambriolleurs et Caroubleurs. Ils se font indiquer les serrures qui appartiennent au propriétaire, et celles qui appartiennent au locataire ; ils demandent à voir les clés dont ils savent prendre l’empreinte.
Beaucoup de personnes accrochent leurs clés dans la salle à manger, c’est ce qu’elles ne devraient pas faire ; c’est bénévolement fournir aux voleurs le moyen de procéder avec plus de facilité.
Grinchir à la Broquille. Les Grinchisseurs à la Broquille sont, ainsi que les Avale tout cru et les Aumôniers, une variété de Détourneurs ; et, comme eux, ils exploitent les bijoutiers.
Ces derniers donc, s’ils veulent être à l’abri de leurs atteintes, devront avoir les yeux toujours ouverts, et leur montre ou vitrine toujours close ; mais ces précautions, quoique très-essentielles, ne sont que des prolégomènes qui ne doivent pas faire négliger toutes celles dont les evénemens indiqueraient la nécessité. Par exemple : lorsque quelqu’un se présente dans la boutique d’un joaillier pour marchander des bagues ou des épingles, si le marchand ne veut pas courir le risque d’être volé, il ne faut pas qu’il donne à examiner plus de deux bagues à la fois ; si la pratique désire en examiner davantage, il remettra à leur place les premières avant de lui en remettre deux autres ; les baguiers et pelottes devront donc être faits de manière à contenir un nombre déterminé de bagues ou d’épingles.
Malgré l’emploi de toutes ces précautions, le bijoutier peut encore être volé, et voici comme : Un Broquilleur adroit examine du dehors une épingle de prix placée à l’étalage, et il en fait fabriquer une toute semblable par un bijoutier affranchi ; puis après il vient marchander celle qu’il convoite, et comme le prix, quelque modéré qu’il soit, lui paraît toujours trop élevé, il rend au marchand l’épingle qu’il a fait fabriquer, et garde la bonne ; il est inutile de dire que le numéro, la marque, l’étiquette, et jusqu’à la soie qui l’attache, sont parfaitement imités.
D’autres Broquilleurs savent parfaitement contrefaire les anneaux à facettes dont les bijoutiers ont toujours un groupe à la disposition des acheteurs ; l’un d’eux marchande et achète une bague du groupe, dont il sait adroitement faire l’échange ; le bijoutier accroche à sa vitrine un paquet d’anneaux en cuivre, tandis que le voleur s’esquive avec les anneaux d’or.
Souvent encore deux femmes dont la mise est propre, quoiqu’un peu commune, se présentent pour acheter une chaîne, elles sont long-temps à trouver du jaseron dont la grosseur leur convienne, mais lorsqu’elles se sont déterminées elles veulent savoir combien de tours la chaîne devra faire ; pour en prendre la mesure exacte ; l’une d’elles passe plusieurs tours de jazeron autour du col de sa compagne, et avec une petite paire de cisailles, qu’elle tient cachée dans sa main, elle en coupe un morceau plus ou moins long, qui tombe entre la chemisette et le dos. Cela fait, ces femmes conviennent d’en prendre une longueur déterminée, donnent des arrhes et sortent ; elles recommencent plusieurs fois dans la même journée ce vol qu’elles nomment la Détourne à la Cisaille.
un détenu, 1846 : Voler à l’étalage.
Larchey, 1865 : Voler (Vidocq). V. Turbinement, Plan, Douille, Affranchir. — Grinchissage, Vol. V. Parrain.
Delvau, 1866 : v. a. Voler quelque chose. On dit aussi Grincher. Grinchir à la cire. Voler des couverts d’argent par un procédé que décrit Vidocq (p. 205).
Grise
Delvau, 1866 : s. f. Chose extraordinaire et désagréable, — dans l’argot du peuple. En voir de grises. Peiner, pàtir. En faire voir de grises. Jouer des tours désagréables à quelqu’un.
Rossignol, 1901 : Patrouille, soldat. Avant l’annexion des barrières de Paris, vers 1860, il y avait, à presque toutes les portes, un poste de militaires, même un place de la Bastille, ou se trouve actuellement le bureau des tramways de Charenton. Celui qui voulait du secours criait à la garde, et un caporal venait avec quatre hommes : c’était la grise.
Grises (en faire voir de)
Larchey, 1865 : Se jouer de quelqu’un, lui faire voir des choses qu’il ne peut démêler.
Ma tante Aurélie qui disait l’autre jour à maman qu’elle t’en ferait voir des grises…
(Gavarni)
Grises (en voir de)
France, 1907 : Éprouver des malheurs, passer par de rudes épreuves. Les choses grises ne sont pas gaies.
Elle en a vu de grises dans sa vie, comme elle dit, la vieille femme ! Elle avait autrefois un mari, une maisonnette, un fils et une fille. Son mari, de bonne heure, l’a laissée veuve, sans autre ressource que ses bras. Les Prussiens, pendant la guerre, out brûlé sa maisonnette. Son fils a été tué dans l’affaire du Bourget… Sa fille s’était enfuie, jadis, avec un homme, un mauvais gars, dont elle s’était affolée. On ne savait ce qu’elle était devenue.
(Paul Heuzy, Un coin de la vie de misère)
En faire voir de grises à quelqu’un, c’est le tourmenter, lui mener la vie dure. On dit également, dans le même sens, en voir ou en faire voir de toutes les couleurs.
La jolie petite brunette se flattait d’être tombée sur une bonne place, mais elle comptait sans les lutineries lascives de Monsieur et la féroce jalousie de Madame, qui, tous deux, lui en firent voir de toutes des couleurs.
(Les Propos du Commandeur)
Guigner aux mouches
France, 1907 : Ne rien faire, baguenauder, regarder sans objet de droite et de gauche.
Hardi à la soupe
Delvau, 1866 : adj. Homme doué de plus d’appétit que de courage, — gulo. On dit aussi dans le même sens : N’avoir de courage qu’à la soupe.
Rigaud, 1881 : Qui n’est bon qu’à manger, qui ne sait ou qui ne veut rien faire.
France, 1907 : Sobriquet donné aux individus plus disposés à courir à l’écuelle qu’au travail.
Haut
d’Hautel, 1808 : Gagner le haut. Pour, s’enfuir, s’éclipser, disparoître.
Emporter quelque chose haut la main. L’emporter d’emblée, sans résistance, par la supériorité de son talent ou de sa force.
Il est haut comme le temps. C’est-à-dire, d’une fierté, d’une morgue insoutenables.
Il a le cœur haut et la fortune basse. Se dit d’un homme qui refuse des secours ou de petits emplois, quoiqu’il soit dans l’indigence. Voy. Bas.
Tomber de son haut. Être étonné, stupéfait en apercevant quelque chose.
Il nous donne le carême bien haut. Pour, il prend un terme bien long ; il nous veut bien faire attendre.
Il faut chanter plus haut. Se dit à quelqu’un qui prise une marchandise bien au-dessous de sa valeur. Voy. Chanter.
Traiter, quelqu’un du haut en bas. Le traiter inhumainement et avec beaucoup de hauteur.
Il ne faut pas que la poule chante plus haut que le coq. C’est-à-dire que la femme s’arroge les droits du mari.
Huile de bras
Larchey, 1865 : Vigueur corporelle. — Huile de cotterets : Coup de bâtons (d’Hautel, 1808).
Delvau, 1866 : s. f. Vigueur physique, volonté de bien faire, qui remplace avantageusement l’huile pour graisser les ressorts de notre machine. Argot du peuple. On dit aussi Huile de poignet.
France, 1907 : Force physique, énergie au travail. On dit aussi huile de coude.
Les beaux jours arrivés, plus de jeu, plus de veille ;
Embrasse en te levant ta femme et ta bouteille.
Derrière ta charrue avec tes bœufs bien gras,
Munis-toi dans les champs de bonne huile de bras.
(Alfred L. Marquiset, Rasures et Ramandons)
Jars
d’Hautel, 1808 : Il entend le jars. Se dit pour exprimer qu’un homme est fin, qu’il n’est pas aisé de lui en faire accroire.
Halbert, 1849 : Argot.
Rigaud, 1881 : Argot ; apocope de jargon. — Jaspiner te jars, dévider le jars, parler argot.
La Rue, 1894 : Argot. Dévider le jars, parler argot.
Hayard, 1907 / anon., 1907 : Argot.
Jeu de la petite oie
France, 1907 : Jeu d’amour que les jouvencelles feignent d’ignorer en faisant la petite oie.
…Et tous nos précieux galantins s’empressaient autour des falbalas de l’ambassadrice, méditaient déjà d’en faire le siège selon les règles accoutumées, de se disputer ses faveurs, de lui apprendre en hâte, si d’aventure elle l’ignorait, le jeu de la petite oie, et tout ce qui s’ensuit, pour peu que l’on prenne goût aux leçons, que l’on veuille tenter la vraie bataille après les escarmouches.
(René Maizeroy, Gil Blas)
Jouer aux dames rabattues
France, 1907 : Se livrer aux jeux de Vénus.
Le jeu des dames rabattues est connu. La manière dont on y joue et ce nom ont donné lieu d’en faire ce proverbe, dont on se sert quand des hommes trouvent des femmes qui ne sont pas cruelles, ou quand elles sont de si mauvaise humeur que leurs maris s’emportent à les battre.
(Fleury de Bellingen, Étym. des Prov. franç.)
Jouer le cadavre
France, 1907 : Terme de joueur indiquant qu’on ne joue que lorsque la veine s’est déclarée contre quelqu’un. On prend alors les cartes pour l’achever, en faire au figuré un cadavre.
Argot classique, le livre • Telegram