France, 1907 : Nom donné en Basse-Bretagne aux embouchures de quelques cours d’eau formant une échancrure de rivage favorablement disposée pour offrir un abri aux navires. C’est de ce nom qu’on a fait havre.
(E. Peiffer)
Aber
France, 1907 : Nom donné en Basse-Bretagne aux embouchures de quelques cours d’eau formant une échancrure de rivage favorablement disposée pour offrir un abri aux navires. C’est de ce nom qu’on a fait havre.
(E. Peiffer)
Araignée
d’Hautel, 1808 : Main d’araignée ; Pate d’araignée ; Doigts d’araignée. Main sèche, étique et décharnée ; doigts longs, fluets et maigres.
Delvau, 1864 : Faire patte d’araignée. Action de prendre les couilles et le vit de l’homme de manière à chatouiller le tout à la fois en allant de la tête du vit au périnée et au trou du cul, de haut en bas, à droite et à gauche et retour, en y joignant des coups de langue au filet du vit décalotté, le tout jusqu’à jouissance complète. — Voir patte d’araignée.
Rigaud, 1881 : Voiture montée sur roues très-hautes et pourvue seulement d’un siège. Elle a des airs de faucheux ; d’où son nom. Elle sert spécialement aux maquignons pour essayer les chevaux.
Fustier, 1889 : Vélocipède à deux roues dont l’une, celle de devant, est très grande, et l’autre, celle de derrière, d’un diamètre très petit.
France, 1907 : Femme maigre et mal bâtie, Araignée de comptoir. Signifie aussi prostituée, Araignée de bastringue, de trottoir :
Elle attend les flâneurs qui passent, l’Araignée ;
Qu’il fasse ou non soleil, qu’il fasse chaud ou froid,
Elle est à la fenêtre ; en regardant, on voit
Aux rideaux entr’ouverts sa tête mal peignée.
(Jérôme Monti, Le Traquenard)
Avoir une araignée dans le plafond, avoir une idée fixe, ou un grain de folie.
Auber ou aubert
France, 1907 : Argent ; argot des voleurs. Ce mot date de loin et ne serait qu’un jeu de mots du moyen âge où la maille était une monnaie et le haubert une cotte de mailles. Avoir de l’aubert était donc, comme dit Charles Nisard, être couvert de mailles ou d’argent. Le nombre de mots pour désigner le « vil métal » est considérable et prouve le rôle important qu’il joue dans le monde d’en bas comme dans celui d’en haut. Nous avons : achetoires, beurre, bille, braise, carle, cercle, cigale, cuivre, dale, douille, face, galette, graisse, huile, jaunet, médaille, métal, mitraille, monacos, monarque, noyaux, patard, pèze, philippe, picaillon, pimpion, quantum, quibus, rond, roue de derrière, roue de devant, sine qua non, sit nomen, sonnette, thune, vaisselle de poche, etc.
Plus d’aubert nestoit en fouillouse.
(Rabelais)
Aujourd’hui, demain
France, 1907 : Ces deux adverbes se trouvent ensemble dans une série de dictons du XVe siècle d’une haute portée philosophique. J’en donne quelques-uns ici :
Aujourd’hui ami, demain ennemi.
— marié, — marri.
— en fleur, — en pleur.
— en chère, — en bière.
— roy, — rien.
— grand, — petit.
— maistre, — valet.
— trompeur, — trompé.
— chaud, — froid.
— en terre. — enterré.
— en verdure, — en pourriture.
— devant, — derrière.
— à moy, — à toy.
— en haut, — en bas.
— créditeur, — débiteur.
Autan
Vidocq, 1837 : s. m. — Grenier.
Larchey, 1865 : Grenier (Vidocq). — Vient du vieux mot hautain : élevé !, en bas latin altanus. V. Roquefort. — Un grenier occupe toujours le haut de la maison.
Baiser
d’Hautel, 1808 : Baiser le cul de la vieille. Signifie en terme de jeu, ne pas prendre un point dans toute la partie ; et en terme de commerce, ne pas étrenner de la journée.
Il devroit baiser les pas par où elle passe. Se dit d’un homme ingrat, qui cherche à dénigrer une personne à laquelle il a de grandes obligations.
Baiser à la pincette. C’est pincer avec les doigts les deux joues de la personne que l’on veut embrasser sur la bouche ; ce que les enfans appellent Baiser à la godinette.
Delvau, 1864 : Verbe excessivement actif, que l’humanité passa son temps à conjuguer depuis le premier jour du monde, et qu’Adam et Ève savaient dans tous ses modes avant les conseils libertins du serpent. C’est le to leacher des Anglais, le far l’atto venereo des Italiens et le basiare des latins. — Quant à son étymologie, elle est d’une clarté éblouissante même pour un aveugle. Agnès la devinerait. Baiser, verbe, vient de Baiser, substantif, car la conjonction d’en haut précède toujours la conjonction d’en bas, et il est impossible à une femme dont les petites lèvres ont été touchées par une bouche, de ne pas laisser toucher ses grandes lèvres par une pine. De ceci vient cela, dirait Hugo.
…Et l’homme marié
Baise tout simplement, quand il peut, sa moitié.
(Protat)
…Le galant, en effet,
Crut que par là baiserait la commère.
(La Fontaine)
Parbleu, qu’un autre la baise.
J’aime mieux baiser mes sœurs.
(Collé)
Chaud de boisson, certain docteur en droit,
Voulant un jour baiser sa chambrière,
Fourbit très bien d’abord le bon endroit.
(Piron)
Balinstringuer
France, 1907 : Jeter de haut en bas, d’une fenêtre ou d’un mur. Assassiner. Réunion fantaisiste des deux verbes balancer et dinguer.
Bas
d’Hautel, 1808 : Un petit bas du cul. Terme de mépris. Bambin, marmouset ; homme extrêmement petit de taille, qui fait le j’ordonne et l’entendu.
Déchirez-vous les jambes, vous aurez des bas rouges. Baliverne usitée en parlant à un homme oisif et désœuvré, qui se plaint continuellement de ne savoir que faire.
Descendez, on vous demande en has. Se dit par raillerie lorsque quelqu’un monte sur une échelle ou sur un arbre, vient à tomber par terre.
Il a le cœur haut et la fortune basse. Se dit d’un homme qui veut prendre un ton au-dessus de ses moyens, et faire des libéralités quand il n’a pas lui-même de quoi subsister.
Les eaux sont basses. Pour, dire qu’on n’a presque plus d’argent ; que les moyens et les ressources sont presqu’épuisées.
À bas couvreur, la tuile est cassée. Se dit pour faire descendre quelqu’un d’un lieu élevé.
À bas la motion. Cri d’improbation qui, des assemblées révolutionnaires, est passé dans la conversation du peuple ; et qui signifie qu’une chose proposée doit être rejetée sans appel. On dit à peu-près dans le même sens, À bas la cabale.
Il y a du haut et du bas dans son esprit, dans sa conduite, dans son humeur. Signifie qu’un homme est inconstant et rempli d’inégalités.
Il est bien bas percé. Pour il est dans un grand dénûment. Se dit aussi en parlant d’un malade, pour faire entendre qu’il est en très-grand danger.
Les hirondelles volent basses. Un usage vicieux fait continuellement employer l’adjectif féminin pour l’adverbe bas, dans cette locution. Il faut dire pour bien parler, Les hirondelles volent bas.
Bouche d’en bas (la)
Delvau, 1864 : La nature de la femme, — si éloquente dans son langage muet.
D’autres femmes y a-t-il, qui ont la bouche de là si pâle, qu’on dirait qu’elles y ont la fièvre.
(Brantôme)
Pour récompenser mon mérite,
Arrachant les dents bien à point,
Permettez que je vous visite
Votre bouche qui n’en a point.
(Cabinet satyrique)
Casse
d’Hautel, 1808 : Donner de la casse. Supplanter quelqu’un ; le déposséder de son emploi ; signifie aussi parmi les soldats l’action de licencier un régiment ou un corps.
Delvau, 1866 : s. f. Ce que l’on casse. Argot des garçons de café.
Boutmy, 1883 : s. f. Ensemble des deux compartiments qui contiennent les diverses sortes de lettres. La casse se divise en deux parties : le bas de casse et le haut de casse ; la première renferme les lettres minuscules, les cadrats, les cadratins, les signes de ponctuation, etc. ; la seconde, les majuscules, les petites capitales, les lettres accentuées et diverses autres sortes moins usitées que celles du bas de casse. Au figuré, Fond de casse, reste d’une barbe de la veille.
France, 1907 : Ce que les garçons ou servantes de cafés, d’hôtels ou de restaurants sont supposés casser et pour laquelle le patron s’empare d’une partie des pourboires. « Dans beaucoup de villes, dit A. Luchet, le maître d’hôtel marié prend des pourboires, une part pour sa femme, une part pour ses enfants, une part pour la casse. » On appelle aussi casse les rognures et débris de pâtisserie vendus à bas prix aux pauvres gens.
C’est aussi, en bas langage rémois, un poêlon de cuivre pour boire.
Caviar
Fustier, 1889 : Ce mot, sans doute trouvé dans un restaurant à la mode, avait la prétention de détrôner V’lan, Pschutt et Bécarre, tous vocables aussi idiots d’ailleurs et synonymes d’élégance, de chic. Comme ses aînés, Caviar n’a point eu de succès ; il est mort en bas-âge.
On dit d’une demoiselle ultra-chic qu’elle est on ne peut plus Caviar.
(Charivari, 1886)
Chamberter
Virmaître, 1894 : S’amuser. Quant les troupiers mettent les lits en bascules, qu’ils chahutent toute la chambrée, ils chambertent les camarades (Argot du troupier).
France, 1907 : Trop parler, commettre des indiscrétions. C’est aussi s’amuser, dans l’argot militaire. Corruption de chambarder.
Chaussettes
Merlin, 1888 : Gants. Pour le civil, pour le pékin, le gant est un vêtement de luxe ; pour les soldats, c’est la chaussette ; rien donc d’étonnant à ce qu’ils affublent l’un de la dénomination de l’autre.
France, 1907 : Gants, dans l’argot des troupiers, dont cet accessoire ressemble en effet par la coupe et l’élégance à une paire de chaussettes.
Le tourlourou Ratichon, qui descendait de garde, fit une toilette flambante, s’astiqua du haut en bas et, reluisant comme la visière immense des képis du petit lieutenant Troumadames, sortit du quartier, ayant fourré ses mains dans des chaussettes d’une immaculée blancheur.
(La Baïonnette)
Chiffe (vol à la)
France, 1907 : On appelle ainsi un vol que les couturières commettent sur leurs clientes en prélevant une certaine quantité d’étoffe sur celle qu’on leur fournit. D’après Hogier-Grison, ce vol irait jusqu’à quatre mètres sur vingt, ce qui est assez important pour peu que ce soit une étoffe de luxe. « Si la couturière, ajoute-t-il, a des filles en bas âge, ce vol peut devenir des plus importants, car il est de règle dans le commerce parisien que jamais une entrepreneuse n’achète un pouce d’étoffe pour habiller sa progéniture. »
Consommer le sacrifice
Delvau, 1864 : Faire l’acte copulatif depuis A jusqu’à Z, depuis le premier baiser qui joint les lèvres d’en haut, jusqu’au dernier spasme qui distend les lèvres d’en bas.
… Dès que le sacrifice
Est consommé, l’on se tourne le dos.
(Louis Protat)
Coucou
Bras-de-Fer, 1829 : Montre.
Vidocq, 1837 : s. f. — Montre. Terme des Floueurs.
Delvau, 1864 : Oiseau jaune, de la race des cocus, aussi féconde que celle des mirmidons.
Les coucous sont gras,
Mais on n’en tue guère ;
Les coucous sont gras,
Mais on n’en tue pas ;
La crainte qu’on a de manger son père,
Son cousin germain, son oncle ou son frère.
Fait qu’on n’en tue guère,
Fait qu’on n’en tue pas.
(Vieille chanson)
Larchey, 1865 : Cocu.
Une simple amourette Rend un mari coucou.
(Chansons. impr. Chassaignon, 1851)
En 1350, un mari trompé s’appelait déjà en bas latin cucullus (prononcez coucoullous), et, en langue romane, cous. V. Du Cange.
Delvau, 1866 : s. m. Cocu, — par antiphrase. Faire coucou. Tromper un homme avec sa femme. On dit aussi Faire cornette, quand c’est la femme qui est trompée.
Delvau, 1866 : s. m. Montre, — dans l’argot des voleurs, qui confondent à dessein avec les horloges de la Forêt-Noire. Ils disent mieux Bogue.
France, 1907 : Ancienne voiture des environs de Paris où grisettes et commis se faisaient véhiculer à la campagne, le dimanche, au bon temps des romans de Paul de Kock, L. Couailhac, dans Les Français peints par eux-mêmes, a ainsi décrit cette humble boîte à compartiments que trainait un cheval poussif :
On y est si bien pressé, si bien serré, si bien étouffé ! Elle rappelle si bien l’époque où les Des Grieux des gardes françaises et de la basoche allaient manger une matelote à la Râpée avec les Manon Lescaut des piliers des Halles. Comme tout ce bon attirail de cheval et de voiture unis ensemble respire le parfum de la galanterie joyeuse, vive et folle du bon temps, du temps ou les grisettes portaient les jupes courtes, faisaient gaiement claquer leurs galoches sur le pavé, se décolletaient comme des marquises et se moquaient de tout avec Madelon Friquet ! Oh ! la charmante voiture ! comme le coude touche le coude, comme le genou presse le genou, comme la taille des jeunes filles est abandonnée sans défense aux entreprises des audacieux !
On appelle aussi coucou, par ironie, la machine à vapeur.
France, 1907 : Cocu. Faire coucou, tromper un mari avec sa femme.
Il y a des syllabes qui portent en elles une vertu magique de rire ou de larmes, comme les plantes que les nécromanciens recueillent au clair de lune empoisonnent où guérissent. Ce petit mot de cocu, plein et sonore comme une tierce de clairon, sonne pour notre race une fanfare toujours joyeuse.
(Hugues Le Roux)
France, 1907 : Montre. Allusion aux horloges de bois fabriquées en Suisse et appelées ainsi à cause du petit oiseau qui les surmonte et chante coucou à toutes les heures.
Descendre
d’Hautel, 1808 : Descendre la garde. Expression plaisante et figurée, qui signifie, parmi le peuple, tomber d’un lieu élevé ; s’en aller dans l’autre monde ; laisser ses os dans une affaire, dans une batterie quelconque.
Descendez, on vous demande en bas. V. Bas.
On dit vulgairement descendre en bas, et monter en haut.
Le génie de la langue allemande et de la langue anglaise peut tolérer ces locutions ; mais la langue française les rejette absolument ; il faut dire simplement sans régime, monter et descendre.
Delvau, 1864 : Aller faire la rue, dans l’argot des filles de bordel, qui descendent le plus souvent qu’elles peuvent, afin d’être montées d’autant.
Va t’êt’ onze heures, j’ descends pus… Nous allons nous coucher, dis, veux-tu ?
(Henry Monnier)
Larchey, 1865 : Tuer, faire tomber.
J’ajuste le Prussien et je le descends.
(M. Saint-Hilaire)
Delvau, 1866 : v. a. Tuer, abattre d’un coup de fusil, — dans l’argot des soldats et des chasseurs.
Rigaud, 1881 : Faire tomber ; tuer d’un coup de fusil. — Descendre la garde, mourir.
Fustier, 1889 : Expression théâtrale en usage dans les répétitions. C’est aller dans la direction de la rampe. — Terme de turf ; quand un cheval appelé à courir acquiert une plus value, on dit qu’il descend, parce qu’en effet la proportion dans laquelle on pariait contre lui tombe. Ainsi, un cheval qui hier était coté à 7 contre — 1, et qui est aujourd’hui à 5 contre — 1 est un cheval qui descend (Littré.)
La Rue, 1894 : Mourir. Mettre hors de combat. Tuer.
Hayard, 1907 : Assassiner.
France, 1907 : Tuer.
— Prends le reste des spahis et va explorer le sommet des mamelons sur notre gauche, jusqu’à la plaine. Si tu rencontres des Kabyles, descends-les.
— Oui, mon colonel.
(Hector France, L’Homme qui tue)
Déshabillé
France, 1907 : Terme de boucherie, synonyme d’écorcher, dépouiller. On déshabille un mouton ou un bœuf en lui enlevant la peau.
Les aides mettaient la main au couteau. En une seconde, la gorge était ouverte, la robe fendue du mufle aux mamelles, la bête déshabillée ; et sur le sol où ruisselait le sang, la peau traînait à terre, comme, après un bain, un peignoir foulé. Puis par les deux pieds de derrière, un treuil élevait le bœuf au-dessus du sol, la tête en bas.
(Hugues Le Roux, Les Larrons)
Détraqué, détraquée
France, 1907 : Personne fantasque et que les nerfs surexcités poussent à toutes les extravagances.
Certes, il y a parmi nous des romanesques et des détraquées, mais alors celles-là s’adonnent entièrement à leur passion, sans réflexion, sans calcul : elles seront toujours sorties — et pour cause, — elles ne s’occuperont pas de leur intérieur, les enfants seront élevés à la grâce de Dieu par les gouvernantes, et le ménage ira à la diable.
(Colombine, Gil Blas)
Une des plus grandes détraquées de notre temps et qui n’est pas la première venue, en une heure d’abandon, a dit à un ami : « Vous voulez savoir pourquoi je suis qui je suis ? demandez-le à l’homme de ma famille qui m’a violée quand j’avais treize ans ! »
(Colombine)
Du haut en bas de l’échelle, les ferments cérébraux travaillent et décomposent l’argile humaine, depuis les grandes dames jusqu’aux filles ; et, du salon à l’atelier, le même travail de démoralisation s’accomplit dans les esprits. Les grandes détraquées et les grandes névrosées se touchent à travers les trop franchissables hiérarchies sociales.
(Arsène Houssaye)
Étaler sa bidoche
Virmaître, 1894 : Se décolleter par en haut. Raccourcir ses jupes par en bas. Mot à mot : étaler sa viande. Les filles appellent cette manière de s’habiller ou plutôt de se déshabiller l’éloquence de la chair car elles ne pratiquent pas le proverbe : À bon vin pas d’enseigne (Argot du peuple). N.
Faffiot, fafiot
France, 1907 : Même sens que faffe. Fafiot femelle, billet de cinq cents francs ; fafiot mâle, billet de mille ; fafiot en bas âge, billet de cent francs.
Quelque malheureux officier, pauvre sans doute, qui, aux abois, à la veille de passer pour dettes devant un conseil de discipline, de perdre les galons si durement payés par des années de continuel labeur, d’austères privations, de périls surhumains, seul, sans protections, sans fortune, sans ces amitiés qu’on appelle à son aide lorsqu’on se sent perdu, avait écouté les histoires fabuleuses de banque qui saute, de fafiots bleus qui affluent soudain vers les doigts extasiés.
(René Maizeroy, Âmes tendres)
Pour affiner fafiots et carme
Chassons loin du mess, du gendarme.
(Hogier-Grison, Maximes des tricheurs)
Le billet de mille francs est un fafiot mâle, le billet de cinq cents francs le fafiot femelle.
(Balzac)
Fafiot garaté
Rigaud, 1881 : Billet de banque, — dans le jargon des voleurs. Mot à mot : papier de Garat, l’un des signataires des billets de banque. — Fafiot mâle, billet de banque de mille francs. — Fafiot femelle, billet de banque de cinq cents francs. — Fafiot en bas âge, billet de banque de cent francs.
Faiseur
d’Hautel, 1808 : C’est du bon faiseur. Se dit d’un ouvrage ou d’une chose quelconque faite par main de maître.
Vidocq, 1837 : s. m. — [Déjà, depuis plusieurs années, j’ai déclaré aux Faiseurs une guerre vigoureuse, et je crois avoir acquis le droit de parler de moi dans un article destiné à les faire connaître ; que le lecteur ne soit donc pas étonné de trouver ici quelques détails sur l’établissement que je dirige, et sur les moyens d’augmenter encore son influence salutaire.]
Lorsqu’après avoir navigué long-temps sur une mer orageuse on est enfin arrivé au port, on éprouve le besoin du repos ; c’est ce qui m’arrive aujourd’hui. Si tous les hommes ont ici-bas une mission à accomplir, je me suis acquitté de celle qui m’était imposée, et maintenant que je dois une honnête aisance à un travail de tous les jours et de tous les instans, je veux me reposer. Mais avant de rentrer dans l’obscurité, obscurité que des circonstances malheureuses et trop connues pour qu’il soit nécessaire de les rappeler ici, m’ont seules fait quitter, il me sera sans doute permis d’adresser quelques paroles à ceux qui se sont occupés ou qui s’occupent encore de moi. Je ne suis pas un grand homme ; je ne me suis (style de biographe) illustré ni par mes vertus, ni par mes crimes, et cependant peu de noms sont plus connus que le mien. Je ne me plaindrais pas si les chansonniers qui m’ont chansonné, si les dramaturges qui m’ont mis en pièce, si les romanciers qui ont esquissé mon portrait m’avaient chansonné, mis en pièce, ou esquissé tel que je suis : il faut que tout le monde vive, et, par le temps qui court, les champs de l’imagination sont si arides qu’il doit être permis à tous ceux dont le métier est d’écrire, et qui peuvent à ce métier
Gâter impunément de l’encre et du papier,
de glaner dans la vie réelle ; mais ces Messieurs se sont traînés à la remorque de mes calomniateurs, voilà ce que je blâme et ce qui assurément est blâmable.
La calomnie ne ménage personne, et, plus que tout autre, j’ai servi de but à ses atteintes. Par la nature de l’emploi que j’ai occupé de 1809 à 1827, et en raison de mes relations antérieures, il y avait entre moi et ceux que j’étais chargé de poursuivre, une lutte opiniâtre et continuelle ; beaucoup d’hommes avaient donc un intérêt direct à me nuire, et comme mes adversaires n’étaient pas de ceux qui ne combattent qu’avec des armes courtoises, ils se dirent : « Calomnions, calomnions, il en restera toujours quelque chose. Traînons dans la boue celui qui nous fait la guerre, lorsque cela sera fait nous paraîtrons peut-être moins méprisables. » Je dois le reconnaître, mes adversaires ne réussirent pas complètement. L’on n’estime, au moment où nous sommes arrivés, ni les voleurs, ni les escrocs, mais grâce à l’esprit moutonnier des habitans de la capitale, le cercle de mes calomniateurs s’est agrandi, les gens désintéressés se sont mis de la partie ; ce qui d’abord n’était qu’un bruit sourd est devenu un crescendo général, et, à l’heure qu’il est, je suis (s’il faut croire ceux qui ne me connaissent pas) un être exceptionnel, une anomalie, un Croquemitaine, tout ce qu’il est possible d’imaginer ; je possède le don des langues et l’anneau de Gygès ; je puis, nouveau Prothée, prendre la forme qui me convient ; je suis le héros de mille contes ridicules. De braves gens qui me connaissaient parfaitement sont venus me raconter mon histoire, dans laquelle presque toujours le plus beau rôle n’était pas le mien. Mon infortune, si infortune il y a, ne me cause pas un bien vif chagrin : je ne suis pas le premier homme qu’un caprice populaire ait flétri ou ridiculisé.
Plus d’une fois cependant, durant le cours de ma carrière, les préjugés sont venus me barrer le chemin ; mais c’est surtout depuis que j’ai fondé l’établissement que je dirige aujourd’hui que j’ai été à même d’apprécier leur funeste influence. Combien d’individus ont perdu des sommes plus ou moins fortes parce que préalablement ils ne sont pas venus me demander quelques conseils ! Et pourquoi ne sont-ils pas venus ? Parce qu’il y a écrit sur la porte de mes bureaux : Vidocq ! Beaucoup cependant ont franchi le rocher de Leucade, et maintenant ils passent tête levée devant l’huis du pâtissier, aussi n’est-ce pas à ceux-là que je m’adresse.
Deux faits résultent de ce qui vient d’être dit : je suis calomnié par les fripons, en bien ! je les invite à citer, appuyé de preuves convenables, un acte d’improbité, d’indélicatesse, commis par moi ; qu’ils interrogent leurs souvenirs, qu’ils fouillent dans ma vie privée, et qu’ils viennent me dire : « Vous avez fait cela. » Et ce n’est pas une vaine bravade, c’est un défi fait publiquement, à haute et intelligible voix, auquel, s’ils ne veulent pas que leurs paroles perdent toute leur valeur, ils ne peuvent se dispenser de répondre.
Les ignorans échos ordinaires de ce qu’ils entendent dire ne me ménagent guère. Eh bien ! que ces derniers interrogent ceux qui, depuis plusieurs années, se sont trouvés en relation avec moi, avec lesquels j’ai eu des intérêts à débattre, et que jusqu’à ce qu’ils aient fait cela ils suspendent leur jugement. Je crois ne leur demander que ce que j’ai le droit d’exiger.
Et qu’ai-je fait qui puisse me valoir la haine ou seulement le blâme de mes concitoyens ? Je n’ai jamais été l’homme du pouvoir ; je ne me suis jamais mêlé que de police de sûreté ; chargé de veiller à la conservation des intérêts sociaux et à la sécurité publique, on m’a toujours trouvé éveillé à l’heure du danger ; payé par la société, j’ai plus d’une fois risqué ma vie à son service. Après avoir quitté l’administration, j’ai fondé et constamment dirigé un établissement qui a rendu au commerce et à l’industrie d’éminents services. Voilà ce que j’ai fait ! Maintenant, que les hommes honnêtes et éclairés me jugent ; ceux-là seuls, je ne crains pas de le dire, sont mes pairs.
Il me reste maintenant à parler des Faiseurs, du Bureau de renseignemens, et du projet que je viens soumettre à l’appréciation de Messieurs les commerçans et industriels.
Je ne sais pour quelles raisons les chevaliers d’industrie, les Faiseurs, les escrocs, comme on voudra les nommer, sont moins mal vus dans le monde que ceux qui se bornent à être franchement et ouvertement voleurs. On reçoit dans son salon, on admet à sa table, on salue dans la rue tel individu dont la profession n’est un secret pour personne, et qui ne doit ni à son travail ni à sa fortune l’or qui brille à travers les réseaux de sa bourse, et l’on honni, l’on conspue, l’on vilipende celui qui a dérobé un objet de peu de valeur à l’étalage d’une boutique ; c’est sans doute parce que les chevaliers d’industrie, les Faiseurs, les escrocs ont des manières plus douces, un langage plus fleuri, un costume plus élégant que le commun des Martyrs, que l’on agit ainsi ; c’est sans doute aussi parce que, braves gens que nous sommes, nous avons contracté la louable habitude de ne jamais regarder que la surface de ce que nous voyons. Les chevaliers d’industrie, les Faiseurs, les escrocs, sont cependant plus dangereux et plus coupables que tous les autres : plus dangereux, parce qu’ils se cachent pour blesser, et échappent presque toujours aux lois répressives du pays ; plus coupables, parce que la plupart d’entre eux, hommes instruits et doués d’une certaine capacité, pourraient certainement ne devoir qu’au travail ce qu’ils demandent à la fraude et à l’indélicatesse.
C’est presque toujours la nécessité qui conduit la main du voleur qui débute dans la carrière ; et, souvent, lorsque cette nécessité n’est plus flagrante, il se corrige et revient à la vertu. Les Faiseurs, au contraire, sont presque tous des jeunes gens de famille qui ont dissipé follement une fortune péniblement acquise, et qui n’ont pas voulu renoncer aux aisances de la vie faishionable et aux habitudes de luxe qu’ils avaient contractées. Ils ne se corrigent jamais, par la raison toute simple qu’ils peuvent facilement et presqu’impunément exercer leur pitoyable industrie.
Ils savent si bien cela, que lorsque j’étais encore chef de la police de la sûreté, les grands hommes de la corporation me défiaient souvent de déjouer leurs ruses. Aussi, jointe à celle d’être utile à mes concitoyens, l’envie d’essayer mes forces contre eux a-t-elle été une des raisons qui m’ont déterminé à fonder le bureau de renseignemens.
« C’est une nécessité vivement et depuis longtemps sentie par le commerce que celle d’un établissement spécial, ayant pour but de lui procurer des renseignemens sur les prétendus négocians, c’est-à-dire sur les escrocs qui, à l’aide des qualifications de banquiers, négocians et commissionnaires, usurpent la confiance publique, et font journellement des dupes parmi les véritables commerçans.
Les écrivains qui se sont spécialement occupés de recherches statistiques en ces matières, élèvent à vingt mille le chiffre des industriels de ce genre. Je veux bien admettre qu’il y ait quelque exagération dans ce calcul… » Les quelques lignes qui précédent commençaient le prospectus que je publiais lors de l’ouverture de mon établissement, et, comme on le voit, j’étais disposé à taxer d’exagération les écrivains qui élevaient à vingt mille le chiffre des industriels ; mais, maintenant, je suis forcé d’en convenir, ce chiffre, bien loin d’être exagéré, n’est que rigoureusement exact. Oui, vingt mille individus vivent, et vivent bien, aux dépens du commerce et de l’industrie. (Que ceux qui ne pourront ou ne voudront pas me croire, viennent me visiter, il ne me sera pas difficile de les convaincre.) Que l’on me permette donc de recommencer sur cette base nouvelle les calculs de mon prospectus. Nous fixons à 10 francs par jour la dépense de chaque individu, ce qui produit pour vingt mille :
Par jour. . . . . 200,000.
Par mois. . . .6,000,000.
Par an . . . . .70,200,000.
C’est donc un impôt annuel de 70,200,000 fr. que le commerce paie à ces Messieurs (et cette fois, je veux bien ne point parler des commissions qui sont allouées aux entremetteurs d’affaires, de la différence entre le prix d’achat et celui de vente.) L’œuvre de celui qui a diminué d’un tiers au moins ce chiffre énorme est-elle une œuvre sans valeur ? Je laisse aux hommes impartiaux et désintéressés le soin de répondre à cette question.
Je ne dois pas le cacher, mes premiers pas dans cette nouvelle carrière furent bien incertains ; tant de fripons avaient ouvert leur sac devant moi, que je croyais tout savoir : Errare hunanum est ! Pauvre homme que j’étais ! J’ai plus appris depuis trois ans que mon établissement existe, que pendant tout le temps que j’ai dirigé la police de sûreté. S’il voulait s’en donner la peine, le Vidocq d’aujoud’hui pourrait ajouter de nombreux chapitres au livre des Ruses des Escrocs et Filous, et jouer par dessous la jambe celui d’autrefois.
Les succès éclatans qui ont couronné mon entreprise, et m’ont engagé à marcher sans cesse vers le but que je voulais atteindre, malgré les clameurs des envieux et des sots, ont donné naissance à je ne sais combien d’agences, copies informes de ce que j’avais fait : Phare, Tocsin, Éclaireur, Gazette de Renseignemens, etc., etc. Il ne m’appartient pas de juger les intentions des personnes qui ont dirigé, ou qui dirigent encore ces divers établissemens, mais je puis constater ce qui n’est ignoré de personne ; le Phare est allé s’éteindre à Sainte-Pélagie, ses directeurs viennent d’être condamnés à une année d’emprisonnement, comme coupables d’escroquerie. Les affiches qui ont été placées à chaque coin de rue, ont permis à tout le monde d’apprécier à sa juste valeur le personnel des autres établissemens.
Pour qu’un établissement comme le Bureau de Renseignemens soit utile, il faut qu’il soit dirigé avec beaucoup de soin. S’il n’en était pas ainsi, les intérêts des tiers seraient gravement compromis ; un renseignement fourni trop tard pouvant faire manquer, au négociant qui l’a demandé, une affaire avantageuse. Si les chefs de l’établissement ne possèdent pas toutes les qualités qui constituent l’honnête homme, rien ne leur est plus facile que de s’entendre avec les Faiseurs, sur lesquels ils ne donneraient que de bons renseignemens. Cela, au reste, s’est déjà fait ; les affiches dont je parlais il n’y a qu’un instant le prouvent.
Pour éviter que de pareils abus ne se renouvellent, pour que les Escrocs ne puissent pas, lorsque je ne serai plus là pour m’opposer à leurs desseins, faire de nouvelles dupes, je donne mon établissement au commerce. Et, que l’on ne croie pas que c’est un présent de peu d’importance : j’ai, par jour, 100 francs au moins de frais à faire, ce qui forme un total annuel de 36,500 francs ; et, cependant, quoique je n’exige de mes abonnés et cliens que des rétributions modérées, basées sur l’importance des affaires qui me sont confiées, il me rapporte quinze à vingt mille francs par année de bénéfice net.
Et, néanmoins, je le répète, je ne demande rien, absolument rien ; je ne vends pas mon baume, je le donne, et cela, pour éviter que les Faiseurs, qui attendent avec impatience l’heure de ma retraite, ne puissent s’entendre avec les directeurs des agences qui seront alors simultanément établies.
Il a certes fallu que les services rendus par moi parlent bien haut, pour que, malgré les obstacles que j’ai dû surmonter, et les préjugés que j’ai eu à vaincre, je puisse, après seulement trois années d’exercice, avoir inscrit, sur mes registres d’abonnement, les noms de près de trois mille négocians recommandables de Paris, des départemens et de l’Étranger. Il n’est venu, cependant, que ceux qui étaient forcés par la plus impérieuse nécessité ; et, je dois en convenir, j’ai eu plus à réparer qu’à prévenir. Tels qui sont venus m’apprendre qu’ils avaient été dépouillés par tel ou tel Faiseur, dont le nom, depuis long-temps, était écrit sur mes tablettes, n’auraient pas échangé leurs marchandises ou leur argent contre des billets sans valeur, si, préalablement, ils étaient venus puiser des renseignemens à l’agence Vidocq.
Pour atteindre le but que je m’étais proposé, il fallait aussi vaincre cette défiance que des gens si souvent trompés, non-seulement par les Faiseurs, mais encore par ceux qui se proposent comme devant déjouer les ruses de ces derniers, doivent nécessairement avoir. Mais, j’avais déjà, lorsque je commençai mon entreprise, fait une assez pénible étude de la vie pour ne point me laisser épouvanter par les obstacles ; je savais que la droiture et l’activité doivent, à la longue, ouvrir tous les chemins. Je commençai donc, et mes espérances ne furent pas déçues ; j’ai réussi, du moins en partie.
A l’heure où nous sommes arrivés, je suis assez fort pour défier les Faiseurs les plus adroits et les plus intrépides de parvenir à escroquer un de mes cliens. Mais, le bien général n’a pas encore été fait ; il ne m’a pas été possible de faire seul ce que plusieurs auraient pu facilement faire. Aussi, il y a tout lieu de croire que les résultats seront plus grands et plus sensibles lorsque le Bureau de Renseignemens sera dirigé par le commerce, dont il sera la propriété.
Et cela est facile à concevoir, les préjugés alors n’arrêteront plus personne, et tous les jours on verra s’augmenter le nombre des abonnés ; car, quel est le négociant, quelque minime que soit son commerce, qui ne voudra pas acquérir, moyennant 20 francs par année, la faculté de pouvoir n’opérer qu’avec sécurité. Mais pourra-t-il compter sur cette sécurité qu’il aura payée, peu de chose, il est vrai, mais que, pourtant, il aura le droit d’exiger ? sans nul doute.
Le nombre des abonnés étant plus grand, beaucoup plus de Faiseurs seront démasqués ; car, il n’est pas présumable que les abonnés chercheront à cacher aux administrateurs le nom des individus par lesquels ils auraient été trompés. Tous les renseignemens propres à guider le commerce dans ses opérations, pourront donc être puisés à la même source, sans perte de temps, sans dérangement, ce qui est déjà quelque chose.
Mais on n’aurait pas atteint le but que l’on se propose, si l’on se bornait seulement à mettre dans l’impossibité de nuire les Faiseurs déjà connus, il faut que ceux qui se présenteraient avec un nom vierge encore, mais dont les intentions ne seraient pas pures, soient démasqués avant même d’avoir pu mal faire.
On ne se présente pas habituellement dans une maison pour y demander un crédit plus ou moins étendu, sans indiquer quelques-unes de ses relations. Celui qui veut acquérir la confiance d’un individu, qu’il se réserve de tromper plus tard, tient à ne point paraître tomber du ciel. Eh bien ! la nature de leurs relations donnera la valeur des hommes nouveaux, et ces diagnostics, s’ils trompent, tromperont rarement. Les chevaliers d’industrie, les Faiseurs, les escrocs forment une longue chaîne dont tous les anneaux se tiennent ; celui qui en connaît un, les connaîtra bientôt tous, s’il est doué d’une certaine perspicacité, et si le temps de monter à la source ne lui manque pas. Il ne faut, pour acquérir cette connaissance, que procéder par analogie et avec patience.
Si ma proposition est acceptée, on ne verra plus, à la honte du siècle, des hommes placés sur les premiers degrés de l’échelle sociale, et qui possèdent une fortune indépendante, servir de compères à des escrocs connus, partager les dépouilles opimes d’un malheureux négociant, et se retirer, lorsqu’arrivent les jours d’échéance, derrière un rideau que, jusques à présent, personne encore n’a osé déchirer. Lorsqu’ils pourront craindre de voir leur nom cloué au pilori de l’opinion publique, ils se retireront, et les Faiseurs auront perdu leurs premiers élémens de succès.
Les Faiseurs, chassés de Paris, exploiteront les départemens et les pays étrangers ? Mais, rien n’empêche que la correspondance déjà fort étendue du Bureau de Renseignemens ne reçoive encore de l’extension, et que ce qui aura été fait pour Paris ne soit fait pour les départemens et l’Étranger. Cela sera plus difficile, sans doute, mais non pas impossible.
En un mot, j’ai la ferme conviction, et cette conviction est basée sur une expérience de plusieurs années, que le Bureau de Renseignemens établi sur une vaste échelle, et placé sous le patronage d’hommes connus et honorables, est destiné à devenir la sauve-garde du commerce et de l’industrie, et doit anéantir à jamais les sangsues qui pompent sa substance.
Je me chargerai avec plaisir de la première organisation ; et, maintenant que le navire est en pleine mer, qu’il n’y a plus qu’à marcher sur une route tracée, il ne sera pas difficile de trouver des hommes intelligents et très-capables de conduire cette machine dont le mécanisme est peu compliqué. Un comité spécial, composé des plus notables abonnés, pourrait, au besoin, être chargé de surveiller la gestion des administrateurs qui seraient choisis. Envisagée sous le rapport des bénéfices qu’elle peut produire, l’opération que je propose ne perd rien de son importance. C’est ce qu’il me serait facile de prouver par des chiffres, si des chiffres étaient du domaine de ce livre.
Je ne sais si je me trompe, mais j’ai l’espérance que ma voix ne sera pas étouffée avant de s’être fait entendre ; j’ai trop franchement expliqué mes intentions pour qu’il soit possible de croire que l’intérêt est ici le mobile qui me fait agir.
Je ne me serais pas, il y a quelque temps, exprimé avec autant d’assurance ; mais, maintenant que l’expérience m’a instruit, je puis, je le répète, défier le premier Faiseur venu, de tromper un de mes abonnés. Aussi ai-je acquis le droit de m’étonner que tout ce qu’il y a en France d’honorables négocians ne soit pas encore abonné.
Depuis que j’exerce, les Faiseurs ont perdu le principal de leurs élémens de succès, c’est-à-dire l’audace qui les caractérisait ; mon nom est devenu pour eux la tête de Méduse, et peut-ètre qu’il suffirait, pour être constamment à l’abri de leurs tentatives et de leurs atteintes, de placer, dans le lieu le plus apparent de son domicile, une plaque à-peu-près semblable à celles des compagnies d’assurances contre l’incendie, sur laquelle on lirait ces mots : Vidocq ! Assurance contre les Faiseurs, seraient écrits en gros caractères.
Cette plaque, j’en ai l’intime conviction, éloignerait les Faiseurs des magasins dans lesquels elle serait placée. Le négociant ne serait plus exposé à se laisser séduire par les manières obséquieuses des Faiseurs ; il ne serait plus obligé de consacrer souvent trois ou quatre heures de son temps à faire inutilement l’article.
Cette plaque, je le répète, éloignerait les Faiseurs. Je ne prétends pas dire, cependant, qu’elle les éloignerait tous ; mais, dans tous les cas, le négociant devrait toujours prendre des renseignemens. Il résulterait donc de l’apposition de cette plaque au moins une économie de temps qui suffirait seule pour indemniser le négociant abonné de la modique somme payée par lui.
Les Faiseurs peuvent être divisés en deux classes : la première n’est composée que des hommes capables de la corporation, qui opèrent en grand ; la seconde se compose de ces pauvres diables que vous avez sans doute remarqués dans l’allée du Palais-Royal qui fait face au café de Foi. Le Palais-Royal est, en effet, le lieu de réunion des Faiseurs du dernier étage. À chaque renouvellement d’année, à l’époque où les arbres revêtent leur parure printanière, on les voit reparaître sur l’horizon, pâles et décharnés, les yeux ternes et vitreux, cassés, quoiques jeunes encore, toujours vêtus du même costume, toujours tristes et soucieux, ils ne font que peu ou point d’affaires, leur unique métier est de vendre leur signature à leurs confrères de la haute.
Les Faiseurs de la haute sont les plus dangereux, aussi, je ne m’occuperai que d’eux. J’ai dit des derniers tout ce qu’il y avait à en dire.
Tous les habitans de Paris ont entendu parler de la maison H… et Compagnie, qui fut établie dans le courant de l’année 1834, rue de la Chaussée d’Antin, n° 11. L’établissement de cette maison, qui se chargeait de toutes les opérations possibles, consignations, expéditions, escompte et encaissement, exposition permanente d’objets d’art et d’industrie, causa dans le monde commercial une vive sensation. Jamais entreprise n’avait, disait-on, présenté autant d’éléments de succès. La Société française et américaine publiait un journal, ordonnait des fêtes charmantes, dont M. le marquis de B… faisait les honneurs avec une urbanité tout-à-fait aristocratique. Il n’en fallait pas davantage, le revers de la médaille n’étant pas connu, pour jeter de la poudre aux yeux des plus clairvoyants. H…, comme on l’apprit trop tard, n’était que le prête-nom de R…, Faiseur des plus adroits, précédemment reconnu coupable de banqueroute frauduleuse, et, comme tel, condamné à douze années de travaux forcés.
Après avoir fait un grand nombre de dupes, R… et consorts disparurent, et l’on n’entendit plus parler d’eux.
Peu de temps après la déconfiture de la maison H… et Compagnie, une maison de banque fut établie à Boulogne-sur-Mer, sous la raison sociale Duhaim Père et Compagnie. Des circulaires et des tarifs et conditions de recouvremens furent adressés à tous les banquiers de la France. Quelques-uns s’empressèrent d’accepter les propositions avantageuses de la maison Duhaim Père et Compagnie, et mal leur en advint. Lorsqu’ils furent bien convaincus de leur malheur, ils vinrent me consulter. La contexture des pièces, et l’écriture des billets qu’ils me remirent entre les mains, me suffit pour reconnaître que le prétendu Duhaim père n’était autre que R... Je me mis en campagne, et bientôt un individu qui avait pu se soustraire aux recherches de toutes les polices de France, fut découvert par moi, et mis entre les mains de la justice. L’instruction de son procès se poursuit maintenant à Boulogne-sur-Mer.
R… est, sans contredit, le plus adroit de tous les Faiseurs, ses capacités financières sont incontestables, et cela est si vrai que, nonobstant ses fâcheux antécédens, plusieurs maisons de l’Angleterre, où il avait exercé long-temps, qui désiraient se l’attacher, lui firent, à diverses reprises, des offres très-brillantes. R… est maintenant pour long-temps dans l’impossibilité de nuire, mais il ne faut pas pour cela que les commerçans dorment sur leurs deux oreilles, R… a laissé de dignes émules ; je les nommerais si cela pouvait servir à quelque chose, mais ces Messieurs savent, suivant leurs besoins, changer de nom aussi souvent que de domicile.
Les Faiseurs qui marchent sur les traces de R… procèdent à-peu-près de cette manière :
Ils louent dans un quartier commerçant un vaste local qu’ils ont soin de meubler avec un luxe propre à inspirer de la confiance aux plus défians, leur caissier porte souvent un ruban rouge à sa boutonnière, et les allans et venans peuvent remarquer dans leurs bureaux des commis qui paraissent ne pas manquer de besogne. Des ballots de marchandises, qui semblent prêts à être expédiés dans toutes les villes du monde, sont placés de manière à être vus ; souvent aussi des individus chargés de sacoches d’argent viennent verser des fonds à la nouvelle maison de banque. C’est un moyen adroit d’acquérir dans le quartier cette confiance qui ne s’accorde qu’à celui qui possède.
Après quelques jours d’établissement la maison adresse des lettres et des circulaires à tous ceux avec lesquels elle désire se mettre en relation ; c’est principalement aux nouveaux négocians qu’ils s’adressent, sachant bien que ceux qui n’ont pas encore acquis de l’expérience à leurs dépens seront plus faciles à tromper que tous les autres. Au reste, jamais le nombre des lettres ou circulaires à expédier n’épouvante un de ces banquiers improvisés. On en cite un qui mit le même jour six cent lettres à la poste.
En réponse aux offres de service du Faiseur banquier, on lui adresse des valeurs à recouvrer, à son tour aussi il en retourne sur de bonnes maisons parmi lesquelles il glisse quelques billets de bricole, les bons font passer les mauvais, et comme ces derniers, aussi bien que les premiers, sont payés à l’échéance par des compères apostés dans la ville où ils sont indiqués payables, des noms inconnus acquièrent une certaine valeur dans le monde commercial, ce qui doit faciliter les opérations que le Faiseur prémédite.
Le Faiseur qui ne veut point paraître avoir besoin d’argent, ne demande point ses fonds de suite, il les laisse quelque temps entre les mains de ses correspondans.
Les Faiseurs ne négligent rien pour acquérir la confiance de leurs correspondans ; ainsi, par exemple, un des effets qu’ils auront mis en circulation ne sera pas payé, et l’on se présentera chez eux pour en opérer le recouvrement, alors ils n’auront peut-être pas de fonds pour faire honneur à ce remboursement imprévu, mais ils donneront un bon sur des banquiers famés qui s’empresseront de payer pour eux, par la raison toute simple que préalablement des fonds auront été déposés chez eux à cet effet.
Lorsque le Faiseur-Banquier a reçu une certaine quantité de valeurs, il les encaisse ou les négocie, et en échange il retourne des billets de bricole tirés souvent sur des êtres imaginaires ou sur des individus qui jamais n’ont entendu parler de lui.
L’unique industrie d’autres Faiseurs est d’acheter des marchandises à crédit. Pour ne point trop allonger cet article, j’ai transporté les détails qui les concernent à l’article Philibert.
Halbert, 1849 : Commerçant.
Larchey, 1865 : « On entend par faiseur l’homme qui crée trop, qui tente cent affaires sans en réussir une seule, et rend souvent la confiance publique victime de ses entraînements. En général, le faiseur n’est point un malhonnête homme ; la preuve en est facile à déduire ; c’est un homme de travail, d’activité et d’illusions ; il est plus dangereux que coupable, il se trompe le premier en trompant autrui. » — Léo Lespès. On connaît la pièce de Balzac, mercadet le faiseur. Son succès a été tel, qu’elle a doté le mot faiseur d’un synonyme nouveau. On dit un mercadet. — pour Vidocq, le faiseur n’est qu’un escroc et un chevalier d’industrie. — on dit aussi c’est un faiseur, d’un écrivain qui travaille plus pour son profit que pour sa gloire.
Delvau, 1866 : s. m. Type essentiellement parisien, à double face comme Janus, moitié escroc et moitié brasseur d’affaires, Mercadet en haut et Robert Macaire en bas, justiciable de la police correctionnelle ici et gibier de Clichy là — coquin quand il échoue, et seulement audacieux quand il réussit. Argot des bourgeois.
Rigaud, 1881 : Terme générique servant à qualifier tout commerçant qui brasse toutes sortes d’affaires, qui se jette à tort et à travers dans toutes sortes d’entreprises. — Exploiteur, banquiste raffiné. Le vrai faiseur trompe en général tout le monde ; il fait argent de tout ; un jour il est à la tête du pavage en guttapercha, le lendemain il a obtenu la concession des chemins de fer sous-marins ou celles des mines de pains à cacheter. Les gogos sont les vaches laitières des faiseurs. Dans la finance, ils sont les saltimbanques de la banque. Ils font des affaires comme au besoin ils feraient le mouchoir. Il existe des faiseurs dans tous les métiers qui touchent au commerce, à l’art, à l’industrie, à la finance.
Il a été dernièrement commandé à Lélioux un roman par un faiseur ; j’y travaille avec lui.
(H. Murger, Lettres)
On a l’exemple de faiseurs parvenus à la fortune, à une très grande fortune : décorés, administrateurs de chemin de fer, députés, plusieurs fois millionnaires. Féroce alors pour ses anciens confrères, le faiseur les traite comme Je sous-officier qui a obtenu l’épaulette traite le soldat, comme traite ses servantes la domestique qui a épousé son maître.
La Rue, 1894 : Exploiteur. Escroc.
Hayard, 1907 : Escroc.
France, 1907 : Chevalier d’industrie, banquiste, brasseur d’affaires plus ou moins louches, Alfred Delvau dit que le faiseur est un type essentiellement parisien ; il est certain que Paris est la ville du monde qui contient le plus de faiseurs. Le mot n’est pas moderne. Le général Rapp, dans ses Mémoires, le met dans la bouche de Napoléon :
Il travaillait avec Berthier. Je lui appris les succès du grand-duc et la déroute de Tauenzien.
— Tauenzien ! reprit Napoléon, un des faiseurs prussiens ! C’était bien la peine de tant pousser à la guerre !
Fille
d’Hautel, 1808 : Une fille de joie. Fille de mauvaise vie, d’un commerce débauché ; coureuse, gourgandine.
C’est la fille au vilain, qui en donnera le plus l’aura. Se dit d’une fille que l’on veut marier à celui qui aura plus de fortune ; d’une chose que l’on met à l’enchère.
Delvau, 1864 : Mot injurieux pour désigner une femme qui fait métier et marchandise de l’amour.
Le mot fille signifie, ad libitum, ce qu’il y a de plus pur, ce qu’il y a de plus doux, ce qu’il y a de plus bas, ce qu’il y a de plus vil dans le sexe féminin. — Il est sage et timide comme une fille. — Il aime tendrement sa fille. — En quittant l’auberge, il a donné quelque chose à la fille. — Il a eu l’imprudence de se montrer au spectacle avec une fille.
(E. Jouy)
Prenez les intérêts des filles de Cypris,
Et ne permettez pas qu’on en fasse mépris.
(La France galante)
Le ramage des filles est cent fois préférable à l’argot des boursiers.
(A. Delvau)
Nos ingénues à sentiments,
En fait d’amants,
Ruin’nt plus d’jeun’s gens
En quinze jours,
Qu’une fille en douze ans.
(É. Debraux)
Delvau, 1866 : s. f. Femme folle de son corps, — dans l’argot du peuple. Fille d’amour. Femme qui exerce par goût et qui n’appartient pas à la maison où elle exerce. Fille en carte. Femme qui, par l’autorisation de la préfecture de police, exerce chez elle ou dans une maison. Fille à parties. Variété de précédente. Fille soumise. Fille en carte. Fille insoumise. Femme qui exerce en fraude, sans s’assujettir aux règlements et aux obligations de police, — une contrebandière galante.
Delvau, 1866 : s. f. Femme qui vit maritalement avec un homme, — dans l’argot des bourgeoises, implacables pour les fautes qu’elles n’ont pas le droit de commettre.
Delvau, 1866 : s. f. Servante, — dans l’argot des bourgeois.
Rigaud, 1881 : Dans le jargon des joueurs de rams, ce sont les cartes du talon qui restent sur le tapis à la disposition du premier en cartes. — Quand un ramseur échange son jeu contre celui qui est sur le tapis, il a coutume de dire :
Voyons le cul de la fille ou voyons le derrière de la fille.
La Rue, 1894 : Bouteille. Fillette, demi-bouteille.
France, 1907 : Bouteille. La demi-bouteille est la fillette.
France, 1907 : Paquet de cartes.
Je connais un monsieur qui joue aux cartes tous les soirs. Il y a sur la table une fille, c’est-à-dire un jeu secret, avec lequel on peut changer le sien si l’on en est mécontent. À tout moment, j’entends mon monsieur crier : « Je prends encore la fille une fois, mais, si elle ne me réussit pas, ce sera la dernière. » Cela ne lui réussit pas, ce qui n’empêche qu’un quart d’heure après, il la prend de nouveau, en répétant : « Je prends encore la fille une fois, mais, si elle ne me réussit pas, ce sera la dernière. »
(Henry Maret, Le Radical)
France, 1907 : Prostituée. Dans l’argot bourgeois, ce mot a remplacé garce, qui lui-même veut dire jeune fille (féminin de gars).
— Nous ne sommes pas des pieds-de-mufles. Je laisse nos sœurs en dehors. Beaux bijoux d’amour, gentilles biquettes, les sœurs à nous, les filles à maman ! Non, je parle des autres, du tas. Sérieusement, qu’est-ce que vous pouvez trouver d’amusant à ces faux mammifères ? C’est gauche, et laid.
— Il y en a de ravissantes !
— Non. C’est pas formé, ça court encore après la gorge et ses hanches, et, au moral, de deux choses l’une : c’est bête comme un lapin de choux ou effronté comme une guenou. Quand ça ne fait pas la petite fille, ça fait la fille. Pas de milieu.
(Henri Lavedan)
Et c’est coquet, et ça vous dévisage un homme
Du haut en bas, avec un regard polisson.
Ah ! ces gamines… c’est tout de suite grand comme
La botte, et c’est déjà — fille — comme chausson.
(André Gill, La Muse à Bibi)
Frotteur
Fustier, 1889 : Argot de Police.
Maniaques qui suivent la foule pour se frotter à elle ; pour toucher d’une main frémissante les femmes de toutes catégories qui se pressent autour d’eux.
(Giffard : Les grands bazars)
France, 1907 : Maniaque sadique qui se frotte aux jupes des femmes.
Il est souvent difficile de distinguer un pickpocket d’un… frotteur, car dans une foule leur façon de procéder est la même. Je dois ajouter que certains individus à passions honteuses deviennent, à la longue, des pickpockets de profession. Ils commencent par un mouchoir de dame, objet de leur convoitise érotique ; puis ils arrivent à enlever aussi le porte-monnaie qu’ils sentent sous ce mouchoir… On les reconnait à leur regard plongeant de haut en bas, et qu’ils dirigent vers l’échancrure des robes pour voir la gorge des femmes. Leur choix fait dans un but obscène, ils frôlent la femme, l’obsèdent des heures entières, allument, entretiennent leurs désirs en chiffonnant sa robe.
(G. Macé, Un Joli Monde)
Galette
Vidocq, 1837 : s. m. — Homme maladroit, dépourvu d’intelligence.
Larchey, 1865 : Homme nul et plat ; contre-épaulette portée autrefois par les soldats du centre.
Pour revêtir l’uniforme et les galettes de pousse-cailloux.
(La Bédollière)
Aux écoles militaires, une sortie galette est une sortie dont tous les élèves profitent, même ceux qui sont punis.
Delvau, 1866 : s. f. Imbécile, homme sans capacité, sans épaisseur morale. Argot du peuple.
Delvau, 1866 : s. f. Matelas d’hôtel garni.
Rigaud, 1881 : Argent. Boulotter sa galette, manger son argent, — dans le jargon des voyous.
Rigaud, 1881 : Grand, complet, — dans le jargon des Saint-Cyriens.
Rigaud, 1881 : Individu sans intelligence.
Rigaud, 1881 : Mauvais petit matelas aplati comme une galette.
Fustier, 1889 : Petit pain rond et plat qu’on sert dans certains restaurants.
La Rue, 1894 : Matelas. Imbécile. Mauvais soulier. Monnaie.
Virmaître, 1894 : Argent (Argot du peuple). V. Aubert.
Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Argent.
France, 1907 : Argent.
—Les femmes, ça sert à quelque chose ou ça sert à rien. Si ça sert à rien, fourrez-les dedans, mais ne vous en servez pas. Non ! ces Messieurs veulent bien rigoler ; puis, quand ils ont casqué, qu’ils en ont eu pour leur argent, ils se plaignent… On dirait qu’ils regrettent leur galette. Faudrait peut-être les prendre à l’œil ! Ça serait pas à faire !… Et le commerce donc !
(Oscar Méténier)
Ô sainte Galette dorée
Devant qui l’on est à genoux,
Par toute la terre adorée,
Bonne sainte, priez pour nous !
Telle est votre toute-puissance
Aux yeux avides des mortels,
Que même en pâte on vous encense
Et qu’on vous dresse des autels.
(Jacques Rédelsperger)
Le lendemain de la fête des Rois, un marmot demande à un autre :
Y avait-il un bébé, hier, dans ta galette ?…
L’autre répond :
— Ah ! ouiche, rien du tout, et j’ai même entendu la nuit, papa qui disait à maman : « Avant d’avoir le bébé, faudrait avoir la galette ! »
(Le Charivari)
Embrassons-nous, ma gigolette,
Adieu, sois sage et travaill’ bien,
Tâch’ de gagner un peu d’galette
Pour l’envoyer à ton pauv’ chien ;
Nous r’tourn’rons su’ l’bord de la Seine,
À Meudon, cueillir du lilas,
Après qu’j’aurai fini ma peine
À Mazas.
(Aristide Bruant)
Bouffer la galette de quelqu’un, manger son argent, le ruiner.
Solange avait à elle environ quatre cents francs d’économies couchés sur un livret de la Caisse d’épargne postale ; de son côté, Camille, pour ne pas être en reste, ni accusé un jour de lui avoir bouffée sa galette, s’ingénia, parvint à tirer une carotte de cinq cents francs à sa famille, peu aisée pourtant et souvent déjà tapée dans les grands prix.
(Paul Alexis)
On dit aussi bonne galette.
Angèle se tenait derrière sa porte. Vous la voyez d’ici : des bas à fleurs, un peigne rose, ouvert du haut en bas, sur des chairs écroulées, et qui se gonflait au courant d’air. Une âcre odeur de musc flottait autour de ses aisselles ; ses cheveux étaient rougis par le fer, et la ligne blanche du maquillage, arrêtée à son cou, faisait paraitre sa graisse plus jaune.
— C’est vrai, me dit-elle, mon mignon, que tu veux m’apporter ta bonne galette ?
(Hugues Le Roux)
France, 1907 : Fête, dans l’argot des saint-cyriens. Sortie galette, sortie générale, sortie de fête.
France, 1907 : Homme sans valeur, caractère plat comme une galette.
France, 1907 : Matelas très mince et dur.
France, 1907 : Mauvais acteur.
… Il est donc très avantageux pour le correspondant de traiter avec des galettes semblables, qui, sans cesse à l’affut de nouveaux engagements, sont obligés d’avoir recours à son entremise.
(Charles Friès, Le Correspondant dramatique)
France, 1907 : Mauvais soulier.
France, 1907 : Nom donné par les saint-cyriens à la contre-épaulette de sous-lieutenant. Il y a une chanson intitulée : La Galette, dont voici une strophe qui donnera l’idée du reste.
Notre galette que ton nom
Soit immortel en notre histoire,
Qu’il soit embelli par la gloire
D’une brillante promotion !
On dit aussi : fine galette.
Autrefois les soldats du centre portaient tous des galettes en guise d’épaulettes.
Haut
d’Hautel, 1808 : Gagner le haut. Pour, s’enfuir, s’éclipser, disparoître.
Emporter quelque chose haut la main. L’emporter d’emblée, sans résistance, par la supériorité de son talent ou de sa force.
Il est haut comme le temps. C’est-à-dire, d’une fierté, d’une morgue insoutenables.
Il a le cœur haut et la fortune basse. Se dit d’un homme qui refuse des secours ou de petits emplois, quoiqu’il soit dans l’indigence. Voy. Bas.
Tomber de son haut. Être étonné, stupéfait en apercevant quelque chose.
Il nous donne le carême bien haut. Pour, il prend un terme bien long ; il nous veut bien faire attendre.
Il faut chanter plus haut. Se dit à quelqu’un qui prise une marchandise bien au-dessous de sa valeur. Voy. Chanter.
Traiter, quelqu’un du haut en bas. Le traiter inhumainement et avec beaucoup de hauteur.
Il ne faut pas que la poule chante plus haut que le coq. C’est-à-dire que la femme s’arroge les droits du mari.
Il faut tirer l’échelle (après lui)
France, 1907 : Se dit de quelqu’un qu’on ne peut surpasser, qui est le premier dans sa profession, qui mérite le prix. Cette expression vient du temps où la potence se dressait en maints carrefours. L’échelle en question est celle de la plate-forme patibulaire. L’usage était, quand il y avait plusieurs condamnés, de pendre le plus coupable le dernier, comme on le pratique encore pour la guillotine. Après le dernier pendu, on retirait l’échelle, dont on n’avait plus besoin. Ce dicton, désignant d’abord le plus criminel, s’appliqua à quiconque surpassait les autres, soit en mal, soit en bien. « C’est un maître paillard que le curé de Saint-Marlou : après lui, il faut tirer l’échelle ! » ou bien : « M. le sénateur Bérenger est un homme d’une haute vertu ; après lui, il faut tirer l’échelle ! »
De retour à Paris, las de tant de combats,
Je régale mes gens d’un splendide repas,
Lesquels me font présent d’une très riche épée,
Où tout au long ma vie étoit développée ;
L’art y brilloit partout du haut jusques en bas ;
Surprise, guerre ouverte, embuscades, combats,
Ruse, fuite, retour, mariage, amourettes,
Délibérations, tentatives, retraites,
Quel chef-d’œuvre ! Il falloit tirer l’échelle après,
Le bouclier d’Achille étoit guenille auprès.
(Nicolas Racot de Grandval, Cartouche)
Interviewer
Fustier, 1889 : Encore un mot d’importation anglaise qui joue chez nous le double rôle de verbe et de substantif. Il signifie selon le cas, interroger, questionner ou reporter, courriériste. Ex. ;
Félicie L… est passée de vie à trépas, sans accompagnement de chroniqueur. Aucun reporter n’est allé interviewer la regrattière d’en bas, ou la repasseuse du cinquième.
(L. Chapron)
Je vous dérange, mademoiselle, mille excuses ! Blowitz, interviewer… le grand interviewer Blowitz… C’est ma spécialité de tirer les vers du nez aux personnalités en vue.
(P. Ferrier)
France, 1907 : Entrevoir, interroger ; argot des journalistes. Mot d’importation américaine où l’interview est devenu l’élément le plus important du journalisme. C’est notre mot entrevue revenu déformé par son passage dans la langue anglaise. L’interview est un tête-à-tête entre deux personnes dont l’une est une célébrité quelconque, ou simplement une notoriété d’un instant, et la seconde un représentant de la presse qui l’interroge sur un fait destiné à intéresser le public. À l’époque des scandales du Panama, le fameux docteur Herz fut assailli par les reporters des deux mondes et se refusa à tout interview.
Quand le rédacteur d’un journal a interviewé un amateur où un spécialiste quelconque, il devrait, avant de livrer à l’impression un récit à peine entendu dans un lieu public, au milieu des conversations, le relire à celui qui en aura la responsabilité. C’est ce que fait le greffier après la déposition de l’accusé et des témoins assignés. Quand l’intéressé a rectifié des phrases dont le sens a été modifié où dénaturé par la rédaction, le juge lui demande : Voulez-vous signer votre déposition ainsi ramenée à son sens exact ?
(Aurélien Scholl)
France, 1907 : Journaliste chargé des entrevues.
Lâcher son gaz
Virmaître, 1894 : Éternuer bruyamment par en bas. Quand cela arrive à quelqu’un dans la rue, les gamins lui disent :
— Dieu vous bénisse ! (Argot du peuple). N.
Larbin
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Mendiant.
Clémens, 1840 : Domestique.
un détenu, 1846 : Domestique, valet.
Delvau, 1866 : s. m. Domestique, — dans l’argot des faubouriens, qui ont emprunté ce mot à l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Domestique.
Nous avons perdu le domestique, nous avons créé le larbin. Le larbin est an domestique ce que le cabotin est au comédien.
(N. Roqueplan)
Le mot avait primitivement le sens de mendiant. C’est ainsi qu’il est expliqué dans le glossaire d’argot des Mémoires d’un forçat ou « Vidocq dévoilé ». — D’ailleurs les domestiques se livrent plus ou moins à la mendicité vis-à-vis de leurs maîtres.
La Rue, 1894 : Domestique. Suce-larbin, bureau de placement.
Virmaître, 1894 : Domestique (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Domestique.
France, 1907 : Domestique, valet. Corruption de lardin, en bas latin lardinus, gras à lard. Le peuple a appliqué par raillerie ce vocable aux laquais de bonne maison, gens d’ordinaire luisants de santé, bien nourris, bien vêtus et fainéants.
Le mot larbin, dit Dervilliers dans l’Écho du Public, me parait avoir pour origine un nom propre attribué à un personnage de comédie ou de roman populaire et personnifiant le laquais fainéant et insolent des maisons riches, tels que gavroche, gamin de Paris, et pipelet, concierge, types créés par de célèbres écrivains et dont les noms sont restés dans la langue courante synonymes des personnages qu’ils désignent.
Ancien valet de pied aux Tuileries, il laissait voir le hideux larbin qu’il était, âpre au gain et à la curée.
(A. Daudet, Les Rois en exil)
Nombre de femmes, et des plus huppées, éprouvent la même sensation de plaisir à se sentir désirée par le jeune et beau homme qui respectueusement leur ouvre la portière de leur voiture que par les freluquets et les roquentins qui fréquentent ses salons. C’est au siècle dernier surtout que l’amour des gens de maison fit des ravages, et l’on pourrait citer, si l’on consultait les chroniques de l’Œil-de-Bœuf, les noms de pas mal de nos plus fiers gommeux dont l’ancêtre fut un larbin.
Devant l’larbin qui s’esclaff’ d’aise,
Aux camaros grinchis la braise.
(Hogier-Grison)
Lettres de Jérusalem
Vidocq, 1837 : Les évènemens de notre première révolution ont donné naissance aux Lettres de Jérusalem ainsi qu’aux Vols à la Graisse et à plusieurs autres. De la fin de 1789 à l’an VI de la république, des sommes très-considérables, résultats de Lettres de Jérusalem, sont entrées dans les diverses prisons du département de la Seine, et notamment à Bicêtre. En l’an VI, il arriva dans cette dernière prison, et dans l’espace de deux mois, plus de 15,000 francs.
Voici quelle était la manière de procéder des prisonniers qui voulaient faire un arcat, c’est-à-dire escroquer de l’argent à une personne au moyen d’une Lettre de Jérusalem. Ils se procuraient les adresses de plusieurs habitans des départemens, et, autant que possible, ils choisissaient ceux qui regrettaient l’ancien ordre de choses, et qu’ils croyaient susceptibles de se laisser séduire par l’espoir de faire une opération avantageuse ; on adressait à ces personnes une lettre à-peu-près semblable à celle-ci.
Monsieur,
Poursuivi par les révolutionnaires, M. le vicomte de ***, M. le comte de ***, M. le marquis de ***, (on avait le soin de choisir le nom d’une personne connue et récemment proscrite), au service duquel j’étais en qualité de valet de chambre, prit le parti de se dérober par la fuite à la rage de ses ennemis ; nous nous sauvâmes, mais suivis pour ainsi dire à la piste, nous allions être arrêtés lorsque nous arrivâmes à peu de distance de votre ville ; nous fûmes forcés d’abandonner notre voiture, nos malles, enfin tout notre bagage ; nous pûmes cependant sauver un petit coffre contenant les bijoux de Madame, et 30 000 fr. en or ; mais, dans la crainte d’être arrêtés nantis de ces objets, nous nous rendîmes dans un lieu écarté et non loin de celui où nous avions été forcés de nous arrêter ; après en avoir levé le plan, nous enfouîmes notre trésor, puis ensuite nous nous déguisâmes, nous entrâmes dans votre ville et allâmes loger à l’hôtel de ***. Nous nous informâmes en soupant d’une personnes à laquelle on pût, au besoin, confier des sommes un peu fortes ; nous voulions charger cette personne de déterrer notre argent, et de nous l’envoyer par petites parties au fur et à mesure de nos besoins, mais la destinée en ordonna autrement. Vous connaissez sans doute les circonstances qui accompagnèrent l’arrestation de mon vertueux maître, ainsi que sa triste fin. Plus heureux que lui, il me fut possible de gagner l’Allemagne, mais bientôt assailli par la plus affreuse misère, je me déterminai à rentrer en France. Je fus arrêté et conduit à Paris ; trouvé nanti d’un faux passeport, je fus condamné à la peine des fers, et maintenant, à la suite d’une longue et cruelle maladie, je suis à l’infirmerie de Bicêtre. J’avais eu, avant de rentrer en France, la précaution de cacher le plan en question dans la doublure d’une malle qui, heureusement, est encore en ma possession. Dans la position cruelle où je me trouve, je crois pouvoir, sans mériter le moindre blâme, me servir d’une partie de la somme enfouie près de votre ville. Parmi plusieurs noms que nous avions recueillis, mon maître et moi, à l’hôtel, je choisis le vôtre. Je n’ai pas l’honneur de vous connaître personnellement, mais la réputation de probité et de bonté dont vous jouissez dans votre ville, m’est un sûr garant que vous voudrez bien vous acquitter de la mission dont je désire vous charger, et que vous vous montrerez digne de la confiance d’un pauvre prisonnier qui n’espère qu’en Dieu et en vous.
Veuillez, Monsieur, me faire savoir si vous acceptez ma proposition. Si j’étais assez heureux pour qu’elle vous convint, je trouverais les moyens de vous faire parvenir le plan, de sorte qu’il ne vous resterait plus qu’a déterrer la cassette ; vous garderiez le contenu entre vos mains ; seulement vous me feriez tenir ce qui me serait nécessaire pour alléger ma malheureuse position.
Je suis, etc.
P. S. Il n’est pas nécessaire de vous dire qu’une affaire semblable à celle que je vous propose doit être faite avec la plus grande discrétion ; ainsi, dans votre réponse, qui devra passer par le greffe de la prison avant de m’être remise, bornez-vous, seulement à me répondre, oui, ou non.
Toutes les Lettres de Jérusalem étaient calquées sur le même modèle, et tous les jours il en sortait, des prisons de la Seine, une très-grande quantité ; sur dix, sur vingt même, une tombait entre les mains d’un individu qui, par bonté d’ame, ou dans l’espoir de s’approprier tout ou partie du trésor, voulait bien se charger de la commission, et qui répondait au prisonnier. (C’est ici le lieu de faire remarquer que ce n’était jamais à celui qui avait monté l’arcat que la réponse était adressée ; un autre prisonnier était chargé de figurer, c’est-à-dire, de représenter, au besoin, le domestique infortuné du comte ou du marquis.)
Lorsque la réponse du Pantre était parvenue à l’Arcasineur, il s’empressait de lui écrire qu’il bénissait le ciel qui avait bien voulu permettre que la première personne à laquelle il s’était adressé, fût assez bonne pour compâtir à ses peines ; il était prêt, disait-il, à lui envoyer le plan qui devait le guider dans ses recherches ; mais pour le moment cela lui était impossible, attendu que, pour subvenir à ses premiers besoins, il avait été forcé de mettre sa malle, et tout ce qu’elle contenait, entre les mains d’un infirmier, en garantie d’une somme de… (la somme était toujours en rapport avec la fortune présumée de l’individu auquel on s’adressait.) Mais pourtant, ajoutait en terminant l’Arcasineur, si vous voulez avoir l’extrême complaisance de m’envoyer la somme due par moi à l’infirmier, je vous enverrai de suite le plan, et toutes les indications qui vous seraient nécessaires. La cupidité exerce un tel empire sur la plupart des hommes, que, presque toujours, le prisonnier recevait la somme qu’il avait demandée ; il arrivait même que, par excès de complaisance ou de précaution, le Sinve l’apportait lui-même, ce qui ne l’empêchait pas de subir le sort du commun des martyrs.
Les Lettres de Jérusalem ne sont pas mortes avec les circonstances qui les avaient fait naître ; tous les jours encore, des arcats sont montés dans les prisons, et l’audace des Arcasineurs est si grande, qu’ils ne craignent pas de s’adresser à des individus qui doivent, par le fait seul de leurs relations antérieures, connaître leurs us et coutumes ; cela est si vrai, qu’un Arcasineur m’adressa, il y a peu de temps, la lettre suivante :
Toulon, le 14 novembre 1835.
Monsieur,
J’ai fait du bien ; qu’il est doux, ce mot ! Ce mot renferme des pages entières, des volumes même. Un bienfait n’est jamais perdu. Quoi ! le bienfaiteur désintéressé a-t-il besoin de récompense ? Non ! Il est trop payé, s’il est humain et généreux, par cette satisfaction qui énivre les ames sensibles après un bienfait.
Telle j’étais, Monsieur, à votre égard, lors de votre évasion de Toulon, et votre nom m’eût été toujours inconnu, sans mon petit-fils, dans les mains duquel se trouvait votre biographie en me faisant le récit de cette aventure, me mit à même de connaître le nom de l’individu auquel je m’étais intéressée. Il me restait cependant le doute que vous ne fussiez tel que je le souhaitais, ce qui aurait pu attirer sur moi la divine réprobation et l’exécration des hommes. Mais l’aveugle confiance que vous eûtes en moi en était un sûr garant ; et je me disais : le coupable endurci n’aime que la nuit, le grand jour l’épouvante. Enfin le ciel même parut me l’attester, quand il vint lui-même à votre secours, et vous offrit, par le moyen de l’enterrement, la voie de salut que vous me demandâtes, et que, par un excès d’humanité, je vous promis. Pourquoi donc, Monsieur, après votre aveu et votre prière : Sauvez-moi, ame sensible, Dieu vous on tiendra bon compte, ne continuâtes-vous pas à me dire : Vous sauvez un malheureux qui n’a pas trempé dans le crime dont il a été accusé, et qui l’a plongé dans l’abîme dont il est si difficile, mais non impossible de se relever ! Cette déclaration aurait redoublé en moi l’intérêt qui me portait à vous aider, et aurait laissé en moi cette sécurité, et cette satisfaction que l’on éprouve à la suite d’un bienfait qui est ignoré de tout le monde. Mais, hélas ! comme les temps sont changés, depuis lors, pour nous ! Vous, en butte alors à la plus cruelle destinée, manquant de tout, obligé à fuir la société des hommes, et moi qui menais une vie paisible, quoique veuve d’un maître marin mort au service du roi Louis XVI, par le moyen d’un modique commerce, et une conscience pure, qui me mettait, ainsi que mes deux demoiselles en bas âge, à l’abri des premiers besoins.
Depuis que cette faible ressource m’a manqué, n’en ayant pas d’autres, je n’ai fait que languir.
Atteinte une des premières par le choléra je croyais toucher à la fin de mes maux, mais le ciel en a disposé autrement. La volonté de Dieu soit faite. Dieu a voulu m’épargner en prolongeant mon existence ; Dieu y pourvoira.
Je souhaite, Monsieur, que Dieu continue à prospérer vos affaires, et que vous soyez toujours le soutien des malheureux.
Agréez, Monsieur, les sentimens de ma considération, avec lesquels je suis,
Votre dévouée servante,
Geneviève Peyron, Ve Diaque.
Rue du Pradel, 19.
Voici en quels termes je répondis à cette lettre ; car, quoique bien convaincu qu’elle n’émanait pas de la personne qui m’avait rendu l’important service de favoriser mon évasion, mais bien de quelque Arcasineur pensionnaire du bagne de Toulon, qui avait appris la circonstance qu’il me rappelait, par mes Mémoires, je ne voulais pas, si contre toute attente mes prévisions étaient fausses, m’exposer à manquer de reconnaissance.
« Je serais mille fois heureux, Madame, si le hasard me faisait retrouver la femme qui m’a si généreusement aidé, à Toulon, lors de mon évasion ; je suis tout prêt à reconnaître, comme je le dois, ce qu’elle a fait pour moi, mais je ne veux point m’exposer à être dupe.
Ce que vous me dites, Madame, me prouve jusqu’à l’évidence que vous n’êtes pas la femme généreuse qui me procura les moyens de sortir de la ville de Toulon, et que vous ne connaissez cette circonstance de ma vie que par la lecture de mes Mémoires. Au reste, si vous êtes réellement la personne en question, vous pouvez aisément m’en donner la preuve, en me rappelant un incident qui m’arriva lorsque j’étais chez vous ; incident que la mémoire la moins locale ne peut avoir oublié ; si vous pouvez faire ce que je vous demande, je suis prêt à vous envoyer 500 fr., et même plus, etc., etc. »
L’Arcasineur ne se tint pas pour battu, et il me répondit en ces termes :
Toulon, le 30 novembre 1815.
Monsieur,
Il sied à la bienséance de répondre à une honnête missive, mais il n’est pas permis d’humilier les personnes.
Née dans une classe médiocre, appartenant à des parens dont l’honneur et la probité ont été les idoles, j’ai su répondre à leur attente, et me mériter, par une conduite toujours exempte de blâme, l’estime publique. Quoique illettrée, la nature m’a douée de ce tact qui tient lieu d’éducation soignée, et qui nous met à même de juger du procédé d’une personne. Mon petit-fils, né dans un siècle plus heureux que le mien, quant à l’instruction, a été choisi par moi pour être l’organe de mes pensées, et l’interprète de mes sentimens.
Oui, monsieur, je l’avouerai sans réserve, la tournure de votre lettre, et vos phrases ont tellement blessé mon amour-propre, que j’en ai été indignée. Vous eussiez beaucoup mieux fait de ne pas répondre que de m’offenser, et réserver votre manière de rédiger pour des ames basses et vénales. Cependant, un seul de vos paragraphes a mérité toute mon attention, et m’a paru être le plus fondé : c’est la crainte d’être trompé. J’ai apprécié vos doutes, et je les ai même admis. Mais, d’ailleurs, m’examinant attentivement, comment admettre en moi de pareilles idées, et supposer en moi un subterfuge, m’écriai-je au fond de l’ame, m’attachant à la ligne au contenu de ma lettre ! Demandait-elle une reconnaissance pécuniaire ? Contenait-elle un emprunt ? Exigeait-elle un sacrifice ? Non ! rien de tout cela. Elle ne contenait que l’épanchement sincère d’une ame sensible en apprenant l’heureux changement de votre sort ; et si la comparaison de nos destinées en différentes époques a été interprétée pour une demande quelconque, je la repousse de toutes mes forces, et hautement je m’écrie : mieux vaut mourir que s’humilier.
Quant à la preuve convaincante que vous me demandez, afin de reconnaître si je suis la personne en question, je répugnerais à la donner, précisément parce qu’elle a pour but la proposition d’une somme, si ce n’était une satisfaction personnelle. Je vous observerai donc que, soit vous, soit un autre individu auquel soit arrivé un pareil accident, vous ne fûtes jamais chez moi, n’ayant pu faire, sans me compromettre ; que le court entretien dans lequel je vous fis espérer les moyens de sortir, eut lieu publiquement, et que la circonstance et l’incident dont vous me parlez, me sont aussi inconnus que le Phénix. Et qu’enfin, n’ayant jamais joué, pendant ma vie, quoique orageuse, que des rôles honorables, je ne commencerai pas à l’hiver de mon âge à démentir mes sentimens.
J’ai l’honneur d’être,
Monsieur
Votre servante,
Genièvre Peyron, Ve Diaque.
Je ne voulus point prendre la peine de répondre à cette seconde missive. J’engage toutes les personnes qui en recevraient de semblables à suivre mon exemple.
Meulard
Vidocq, 1837 : s. m. — Veau.
Larchey, 1865 : Veau (Vidocq). V. Pavillonner. — Allusion au mugissement du veau.
Delvau, 1866 : s. m. Veau, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Veau, — dans le jargon des voleurs.
La Rue, 1894 : Veau.
Virmaître, 1894 : Veau. Allusion à la mollesse de la viande. On dit aussi : un bœuf en bas âge (Argot du peuple). N.
Hayard, 1907 : Veau.
Mitan
Delvau, 1866 : s. m. Milieu, — dans l’argot du peuple.
Hayard, 1907 : Milieu.
France, 1907 : Milieu, moitié. Provincialisme ; du latin medietas, moitié. Au mitan, au milieu, dans l’Est et la plupart des provinces. En tudesque, on écrit mittau ; en bas breton, mittain. La mer du mitan, la Méditerranée.
Le boufon qui vist cela dit : Et moi je voudrois estre au beau mitan.
(Brantôme)
Ai fai tremblai les quatre quarres
Et le mitan de l’univers.
(Noël bourguignons)
Jadis on disait mer du mitan, pour mer Méditerranée.
D’autre part, il voyait monter de la Bretagne
Grand nombre de vaisseaux sur l’ondeuse campagne,
Aux armes des François, et la mer du mitan
Ses galères conduire ès eaux de l’Océan.
(Jacques Corbin, La Sainte Franciade)
Mortels, glissez, n’appuyez pas
France, 1907 : « N’insistez pas sur les sujets scabreux. » Ce vers, cité proverbialement, est de la facture d’un pauvre diable de poète nommé Roy, qui, vers 1730, dit Édouard Fournier, eut plus d’esprit que de succès et fut plus sifflé et même bâtonné qu’applaudi. Il terminait un quatrain placé en bas d’une de ces gravures représentant les saisons, communes au commencement du XVIIIe siècle et représentant l’hiver sous la figure d’un groupe de patineurs :
Sur un mince cristal l’hiver conduit leurs pas.
Le précipice est sous la glace.
Telle est de vos plaisirs la légère surface :
Mortels, glissez, n’appuyez pas.
Nature de la femme (la)
Delvau, 1864 : Messire le Con, qui, comme son seigneur et maître le vit, ne manque pas de prénoms. Ainsi : L’abricot fendu, l’affaire, l’angora, l’anneau d’Hans Carvel, l’atelier, l’autel de Vénus, l’avec, la bague, le baquet, le bas, les basses marches, le bassin, le bénitier, le bijou, le bissac, la blouse, le bonnet a poil, le bonnet de grenadier, la bouche d’en bas, la bourse à vit, la boutique, le brasier, la brèche, le cabinet, le cadran, la cage, le calendrier, le calibistri, le calibre, le cas, la cave, la caverne, ça, le Céleste-Empire, le centre, le champ, le chandelier, le chapeau, le chat, le chaudron, le chemin du paradis, la cheminée, le chose, la cité d’amour, le clapier, le cœur, la coiffe, le combien, le concon, le connin, le connusse, le conneau, le cornichon, le conil, la coquille, le corridor d’amour, la crevasse, le dédale, le devant, la divine ouverture, l’écoutille, l’écrevisse, l’empire du Milieu, l’entonnoir, l’entremise, l’entre-deux, l’entresol, l’éteignoir, l’éternelle cicatrice, l’étoffe à faire la pauvreté, l’étui, la fondasse, la fente, la figue, le formulaire, le fruit d’amour, le golfe, la guérite, le harnois, le hérisson, l’hiatus divin, l’histoire, le jardin d’amour, la lampe amoureuse, la lampe merveilleuse, la lanterne, la latrine (un vieux con), le machin, le mal joint, la marchandise, messire Noc, le mirliton, le mortier, le moule à pine, le moulin-à-eau, la moniche, le noir, l’objet, les Pays-Bas, le petit lapin, Quoniam bonus, le réduit, le salon du plaisir, le Sénégal, la serrure, le tabernacle, le temple de Cypris, la tirelire, le trou chéri, le trou de service, le trou madame, le trou mignon, le trou par où la femme pisse, le trou velu, le vagin, etc., etc.
La risée des femmes fut grande, quand ils virent la femme de Landrin lui montrer sa nature.
(P. de Larivey)
Et je crois que votre nature
Est si étroite à l’embouchure,
Qu’on n’y pourrait mettre deux doigts.
(Théophile)
Passant les doigts entre les poils qui sont dessus la motte, laquelle il empoigna aussi, faisant par ce moyen entr’ouvrir la fente de ma nature.
(Mililot)
Mais le monstre, avec joie inspectant ma nature,
Semblait chercher comment et de quelle façon
J’allais être foutue ; en cul, con ou téton :
Qu’il regardait déjà comme étant sa pâture.
(Louis Protat)
Pagaie (mettre en)
Rigaud, 1881 : Farce qu’au régiment les anciens font aux conscrits, qui trouvent leurs lits arrangés en bascule ; d’où des culbutes et des occasions de se divertir aux dépens des bleus. C’est-à-dire mettre un camarade aux prises avec une plaisanterie qui n’est pas gaie pour lui.
Parler en bas-relief
Delvau, 1866 : v. n. À voix basse, entre ses dents. Argot des artistes.
France, 1907 : Parler à voix basse ; argot des sculpteurs.
Pendule (coup de la)
France, 1907 : Mettre un homme la tête en bas et le secouer vigoureusement pour faire tomber l’argent et les objets qu’il peut avoir dans les poches. Pour de vigoureux coquins, ce moyen est plus expéditif que celui de fouiller.
Pet d’un âne mort
France, 1907 : Rien ou peu de chose. Pet ne serait-il pas une défiguration de pe, peau, abréviation de pel, du latin pellis ? Pet se prononçait pé.
Du haut en bas du gouvernement, en long et en large, tout le monde ment, ne songe qu’à son intérêt personnel, qu’à tirer les marrons du feu, les épingles du jeu, les pets d’un âne mort, personne ne pense à la patrie, aux nobles réformes, et très peu même, dégoûtés de tout et du reste, hurlent en pleine indépendance.
(Léon Daudet)
— Tout ce que tu diras, c’est des pets d’âne mort, et on va y aller de la fin de son rouleau.
(Georges d’Esparbès)
Pied bleu
Larchey, 1865 : Conscrit portant encore les guêtres bleues du paysan.
Le pied bleu ne prête pas longtemps à rire par sa gaucherie.
(La Bédollière)
Delvau, 1866 : s. m. Conscrit, — dans l’argot des troupiers.
France, 1907 : Conscrit. On dit plus généralement pied. Engueuler quelqu’un comme un pied, c’est-à-dire comme un conscrit.
Il prend un air digne, toise l’infirmier de haut en bas, et te l’engueule comme un pied.
(Georges Courteline)
Piètre
d’Hautel, 1808 : Mesquin, chétif, triste, abattu, harrassé ; tout ce qui est d’une qualité ou d’une condition médiocre.
Clémens, 1840 : Jeannot, niais, dont se servent les tireurs de cartes.
Rigaud, 1881 : Ancien sujet de la Cour des Miracles. Le piètre jouait le rôle de faux boiteux dans la grande comédie des infirmités pour rire. On dit encore en Basse-Normandie piètre, pour boiteux.
La Rue, 1894 : Compère des tireurs de cartes. Faux estropié.
France, 1907 : Faux estropié ; argot des voleurs.
Pleuvoir
d’Hautel, 1808 : Il dépense de l’argent comme s’il en pleuvoit. Se dit d’un dissipateur, d’un prodigue, d’un homme qui fait des dépenses inutiles et folles.
Quand il pleuvroit des hallebardes la pointe en bas. Se dit par exagération, pour, quelque mauvais temps qu’il puisse faire.
Des écoute s’il pleut. Des promesses vaines, des espérances incertaines, des projets hasardés.
Ila bien plu sur sa fripperie. Se dit de quelqu’un qui a fait une forte maladie, ou dont la fortune a été bouleversée.
Il en pleut. Se dit aussi des choses qui sont fort abondantes, et qu’on trouve communément,
Rigaud, 1881 : Uriner, — dans le jargon des troupiers ; Aller pleuvoir. — Si tu savais comme tu me fais pleuvoir !
Fustier, 1889 : Être abondant.
Plus fine (la)
France, 1907 : Excrément humain. Marcher dans la plus fine porte, dit-on, bonheur.
Un jour le diable ayant trouvé
Saint Antoine sur un privé
Qui récitait tout haut matine :
— Voilà, dit-il, un sacré lieu !
Ne crains-tu pas d’empester Dieu
De tes Paters à la plus fine ?
Lors le bon moine lui repart :
Que cela ne te mette pas en peine ;
Ce qui monte en haut, Dieu le prenne !
Ce qui tombe en bas soit ta part.
Pourfendre
d’Hautel, 1808 : Fendre un homme de haut en bas d’un coup de sabre.
Prou
France, 1907 : Assez, beaucoup. Vieux mot qui ne s’emploie que dans ces expressions : peu ou prou, ni peu ni prou. Il est encore usité en Béarn.
… Voler, c’est bientôt dit, et, au jour d’aujourd’hui, qu’est-ce qui ne vole pas peu ou prou ?… Il y en a qui volent en trompant sur la marchandise, il y en a qui volent la femme de leur prochain… Le monde n’est qu’une volerie du haut en bas. Le tout est de ne pas se laisser pincer.
(André Theuriet)
Les anniversaires, c’est — souvent — une occasion pour se réunir autour de quelques litres et s’envoyer du picolo dans le trou du cou.
Y a pourtant autre chose dans un anniversaire ! On doit, en ruminant peu ou prou sur le passé, tâcher d’y pêcher un enseignement pour l’avenir.
Et c’est pour ça que le 18 mars est une date qu’il ne faut pas négliger.
(Le Père Peinard)
Quiqui
Delvau, 1866 : s. m. Abatis de toutes sortes de choses, têtes de chats, os de lapins, cous d’oies, etc., — dans l’argot des chiffonniers, qui vendent cela aux gargotiers, lesquels « en font de fameux potages ».
Rigaud, 1881 : Poulet et, en général, toute sorte de volaille, — dans le jargon des chiffonniers. — Par extension tout ce qu’ils trouvent bon pour leur casserole ou pour celle du gargotier, morceaux de choix tels que : épaves de pâtés, restes de poissons, manche de gigot encore fourni de viande, etc.
La Rue, 1894 : Cou. Abattis, os et débris de volaille ramassés dans les ordures et dont les gargotiers font du bouillon.
Virmaître, 1894 : Rognures de viandes ramassées par les chiffonniers dans les ordures. Ils les revendent aux Borgias à 1 fr. 15 qui en font des potages (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Le cou.
France, 1907 : Le con : on écrit aussi kiki.
France, 1907 : Poulet.
— Hein ? tu fais la traînée, bougre de trognon ! Je t’ai entendue danser d’en bas. Allons, avance ! Plus près, nom de Dien ! et en face : je n’ai pas besoin de renifler ton moutardier. Est-ce que je te touche, pour trembler comme un quiqui ?
(Émile Zola, L’Assommoir)
France, 1907 : Rognures de viandes, détritus ramassés par les chiffonniers dans les ordures et revendus aux restaurateurs à bon marché qui en confectionnent des potages fort appréciés de leur clientèle. Ce nom vient évidement de quiqui, cou, morceau généralement peu estimé et qu’on trouve plus souvent que les cuisses ou les ailes sur les tas d’ordures.
Raccrocher
d’Hautel, 1808 : Raccrocher quelqu’un. L’arrêter en passant, l’accoster librement ; il ne se dit, guères que des prostituées qui arrêtent les passans dans les rues.
Se raccrocher aux branches. Regagner en tout ou en partie les avantages que l’on avoit perdus.
Delvau, 1864 : Arrêter un homme sur le trottoir, la nuit, et l’inviter à monter pour baiser et jouir.
J’ai été un an à l’hôpital. Une autre que moi, en sortant de là, aurait raccroché.
(Rétif de la Bretonne)
Delvau, 1866 : v. a. Se promener sur le trottoir en robe décolletée et en bas bien tirés, — dans l’argot du peuple.
La Rue, 1894 : Appeler les hommes dans la rue, dans l’argot des filles.
France, 1907 : Arrêter les hommes pour les convier à fêter Vénus.
La prostituée qui raccroche sur les bancs, la femme adultère où la concubine qui trompent soit le mari, soit l’amant, et la courtisane de haute marque qui descend de cheval à l’avenue des Poteaux, se fait trainer au Bois dans son équipage ou assiste à toutes les premières dans l’avant-scène de gauche, toutes ces créatures sont du même monde, du même acabit et finiront toutes par puer le même relent.
(Louis Davyl)
Ramona
d’Hautel, 1808 : Pour ramoneur, celui qui ramone les cheminées. C’est sans doute pour imiter la manière des petits savoyards qui ont habitude de s’annoncer dans les rues en criant : Ramona la chemina du haut en bas.
Delvau, 1866 : s. m. Petit Savoyard, qui, aux premiers jours d’automne, s’en vient crier : haut en bas, par les rues des villes, barbouillé de suie, raclette à la ceinture et sac au dos. C’est parfois un petit Auvergnat.
Roulade
d’Hautel, 1808 : Faire une roulade. Pour dire débouler, rouler du haut en bas.
Salé (morceau de)
Rigaud, 1881 : Enfant en bas âge.
Saute en bas
France, 1907 : Veston de canotage.
Scionner
un détenu, 1846 : Assassiner avec un couteau.
Delvau, 1866 : v. a. Battre quelqu’un, le bâtonner.
Delvau, 1866 : v. a. Tuer, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Tuer à coups de couteau.
Nous ferons joliment notre beurre et tu pourras le scionner après.
(F. du Boisgobey)
La Rue, 1894 : Tuer à coups de scion (couteau).
Virmaître, 1894 : Tuer quelqu’un avec un couteau (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : Frapper à coups de couteau.
France, 1907 : Tuer à coups de couteau.
Et quand i’veut r’piquer au tas
Ou quand i’veut gueuler je l’scionne…
J’y crèv’ la peau, je l’fous en bas ;
Des fois, pour m’amuser, je l’sonne…
Ben oui, je l’sonne ! Et pis après ?
J’attrap’ les deux oreill’s du gonce
Et pis j’y cogn’ la têt’ su’l’grès,
Pas su’l’pavé d’bois… ça s’enfonce.
(Aristide Bruant, Dans la Rue)
Souteneur
d’Hautel, 1808 : Terme de mépris. Homme de mauvaises mœurs ; celui qui entretient des femmes galantes.
Delvau, 1864 : Homme sans préjugés qui, en cas de quelque attaque, doit servir de défenseur aux putains. En retour, il exige d’elles une bonne partie de l’argent qu’elles gagnent à la sueur de leur con. — Le souteneur est le mari modèle. Il est cocu, c’est convenu d’avance avec sa femme. Mais il ne doit pas songer à la faire cornette. Il doit la monter régulièrement une ou deux fois par semaine, mais dans l’intervalle, il ne faut pas qu’il s’avise de penser même à une autre femme, encore moins d’en approcher. Malheureusement, chez les souteneurs, c’est comme chez les maris : il en est peu de vraiment honnêtes et sur qui une femme puisse compter sans réserve.
Je suis le roi des souteneurs !
Je connais la savate !
Au billard, faut m’ voir, j’épate
Les vrais amateurs.
(Lemercier de Neuville)
Delvau, 1866 : s. m. Homme qui vit aux dépens des filles, — dans l’argot du peuple.
La Rue, 1894 : Homme qui vit aux dépens d’une prostituée.
Virmaître, 1894 : Individu qui vit des filles qui se livrent à la prostitution, fainéant, voleur et assassin si l’occasion se présente ; on le trouve en haut comme en bas de l’échelle sociale (Argot du peuple).
Ticquage
Rigaud, 1881 : Mouvement de haut en bas exécuté avec la main qui tient les cartes et aussitôt réprimé. — Le ticquage indique aux autres joueurs que celui qui l’a fait a pris le point sept au baccarat pour le point de huit.
France, 1907 : Signe fait par un grec à un compère à la façon dont il manipule ses cartes.
Traiter du haut en bas
Delvau, 1866 : Parler à quelqu’un avec colère, — et même avec mépris.
Trognard
France, 1907 : Individu au visage coloré par une ivresse chronique, un porteur de trogne.
Mais soudain, sur la plus haute marche de l’escalier, apparurent les plus infirmes, ceux des recoins de chambres, dix, trente, cinquante venus d’en haut, d’en bas, dégringolés de leurs litières ou de leurs lits de camp : des trognards de six pieds, bamboches divertis d’aller crever en plein air, d’affreux nains qui rampaient, affamés de mort, sur leurs pattes criblées de plomb, rauquaient à pleine poitrine, et disloquaient les bras vers la porte, vers la bataille.
(Georges d’Esparbès)
Væ victis
France, 1907 : Malheur aux vaincus. Locution latine. C’est la menace que fit Brennus à la capitulation de Rome en jetant sa lourde épée dans la balance où le tribun Sulpicius faisait peser les mille livres d’or pour la rançon de Rome.
En bas comme en haut, l’âme humaine est pleine de laideur. Le væ victis est partout la consigne. Le faible et le chétif sont éternellement bafoués. Populace ou soldatesque, les mêmes bas instincts les guident. Femmes du monde ou femmes du ruisseau ont au cœur les mêmes lâchetés. La différence est dans le plus ou moins d’épaisseur du plâtrage jeté sur leurs gangrènes !
(Hector France, L’Homme qui tue)
Voix d’en bas
Delvau, 1866 : s. f. Le peditum de Catulle, ou plutôt son leve petitum, — dans l’argot facétieux des faubouriens qui ignorent que Savinien Lapointe a publié sous ce titre un recueil de poésies fort estimables.
Yeux de carpe
France, 1907 : Yeux pâmés, yeux vides de pensée, comme on en voit sur les images de saints ou de saintes fondus dans l’amour divin.
J’avais vu à Paris des peintures italiennes fort agréables : mais je crois que le signor Bussofanti a fait la gageure de réunir toutes les horreurs inspirées aux peintres ultramontains par le fanatisme religieux le plus féroce. Ce ne sont que supplices raffinés et épouvantables ; saints mis sur le gril, crucifiés la tête en bas, écorchés vifs, hachés comme chair à pâté, brûlés à petit feu ou tirés à quatre chevaux ; ce ne sont que solitaires maigres comme des coucous et roulant devant des têtes de mort leurs gros yeux de carpes pâmées ; ce ne sont que nonnains en prières, moinillons en convulsions, Père Éternel à grande barbe blanche et Saint-Esprit prêts à se mettre à la casserole. Pouah !… il me tardait de sortir de cette galerie, tant tout cela me causait d’horreur…
(Simon Boubée, La Jeunesse de Tartufe)
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