Virmaître, 1894 : Être grand, fort, d’une taille à dominer. — Il a de l’abattage, il peut frapper fort (Argot du peuple). N.
Abattage (en avoir)
Abbé
d’Hautel, 1808 : Pour un moine, on ne laisse pas de faire un abbé. Signifie la même chose que, Faute d’un moine l’abbaye ne manque pas.
On l’attend comme les moines font l’abbé. C’est-à-dire nullement ; qu’on dîne ou qu’on soupe sans attendre quelqu’un qui ne se rend pas à table à l’heure convenue.
Abbé de Sainte-Espérance. On appelle ainsi par dérision celui qui prend la qualité d’abbé sans en avoir le titre, et plus souvent de celui qui n’a aucun bénéfice. On donne néanmoins le nom d’abbé à tout homme qui porte l’habit ecclésiastique, quoiqu’il n’ait ni bénéfice, ni abbaye.
Le moine répond comme l’abbé chante. Signifie que les inférieurs règlent ordinairement leurs discours sur ceux de leurs supérieurs.
Aide-mari
Delvau, 1864 : Amant, — qui aide en effet l’époux dans sa besogne conjugale, mais à son insu, bien entendu.
Il est assez égal que les enfants qu’elle pourra donner à son époux soient de lui ou du plus fécond des aide-mari qu’elle favorise.
(A. de Nerciat)
Virmaître, 1894 : L’amant. Il aide à la besogne conjugale, sans en avoir les désagréments. On dit aussi l’autre. Pour les omnibus traînés par trois chevaux, on dit : ménage à trois. Allusion à ce qu’ils tirent les uns après les autres (Argot du peuple). N.
Aile
d’Hautel, 1808 : Cela ne va que d’une aile ; et plus communément encore, Cela ne va que d’une fesse. Pour exprimer qu’une affaire est embarrassée par quelque circonstance cachée ; qu’un ouvrage est mené mollement et avec une grande nonchalance.
Rogner les ailes. Diminuer le crédit, l’autorité, la fortune de quelqu’un.
En avoir dans l’aile. Pour dire, être amoureux, être vivement épris.
Il ne bat plus que d’une aile. Se dit d’un homme qui perd tous les jours de son crédit, et dont les affaires sont très-dérangées.
Tirer pied ou aile de quelqu’un ou de quelque chose. Rattraper ce que l’on peut d’un débiteur insolvable, d’une mauvaise créance.
Il veut voler avant que d’avoir des ailes. Se dit d’une personne qui fail des entreprises au-dessus de ses forces, et dans un temps peu opportun.
Autant qu’en couvriroit l’aile d’une mouche. Hyperbole, qui signifie en très-petite quantité.
Baisser l’aile. Déchoir de sa condition ; être triste, mélancolique.
Vidocq, 1837 : s. m. — Bras.
Delvau, 1866 : s. f. Bras, — dans l’argot des faubouriens, l’homme étant considéré par eux comme une oie. On dit aussi Aileron.
Rigaud, 1881 : Bras. Attrapez mon aile pour la ballade ! Donnez-moi le bras pour la promenade.
Aile, aileron
Larchey, 1865 : Bras.
Appuie-toi sur mon aile, et en route pour Châtellerault.
(Labiche)
Je suis piqué à l’aileron, tu m’as égratigné avec tes ciseaux.
(E. Sue)
La Rue, 1894 : Bras.
France, 1907 : Bras. En avoir dans l’aile, être frappé d’impuissance ; mot à mot : avoir reçu du plomb dans l’aile, ne plus pouvoir voler. (Lorédan Larchey)
Amoché
Rossignol, 1901 : Avoir reçu des coups ou en avoir donné.
Qu’as-tu sur la figure ? — J’ai été amoché.
Hayard, 1907 : Abimé, blessé.
France, 1907 : Qui a reçu des taloches.
— Dis donc, hé, vieux ! retire donc ton pif que je voie la gonzesse qui se fait peloter par l’amoché, derrière toi.
(Marc Mario et Louis Launay, Vidocq)
Anses (panier à deux)
Larchey, 1865 : Homme qui se promène avec une femme à chaque bras. — De ce terme imagé découle l’expression offrir son anse : offrir son bras.
Rigaud, 1881 : Homme qui se promène avec une femme pendue à chacun de ses bras, et qui doit regretter de ne pas en avoir une troisième, tant il semble heureux et fier. Les militaires non gradés et nos bons villageois font souvent le panier à deux anses.
Appétit
d’Hautel, 1808 : Changement de viande met en appétit. Manière proverbiale d’exprimer le dégoût que l’on conçoit pour les choses dont on fait un usage journalier.
L’appétit vient en mangeant. Signifie que plus on a de bien, plus on veut en avoir.
Un cadet de haut appétit. Pour dire un gros mangeur ; un gouliafre, un glouton.
Un appétit de femme grosse. C’est-à-dire un appétit bizarre et déréglé.
Avoir mare
France, 1907 : Être fatigué de quelqu’un ou d’une chose, en avoir des nausées ; argot des escarpes.
J’en ai mare de ce mec-là, tu sais, Coque ! Veille à ce qu’y ne me pue pas trop au nez à force d’entendre tes chansons !
(Charles-Henry Hirsch)
Avoir son plaisir
Delvau, 1864 : Employé dans un sens obscène pour faire l’acte vénérien.
Et sachez bien que je mourusse
Si mon plaisir de lui n’eusse.
(Anciens Fabliaux)
Mais Marguerite eut de moi son plaisir.
(Maroy)
Polyxène, sans être vue de personne, tira le prêtre en sa maison pour en avoir son plaisir.
(P. De Larivey)
Balloches
Delvau, 1864 : Les testicules. — Ce mot vient, soit du verbe ballocher — qui, en argot, veut dire tripoter — soit du fruit du Bélocier, qui portait autrefois le même nom, ou à peu près le même nom, et qui présente en effet une certaine analogie avec la forme des couilles.
Un médisant dit que l’abbé auquel elle vouloit boire, — qui, à la vérité, avait en ses jeunes ans perdu ses deux témoins instrumentaires… en descendant d’un bellocier, c’est un prunier sauvage, — s’appelait monsieur de Non Sunt.
(Contes d’Eutrapel)
Rossignol, 1901 : Il y a quarante ans, avant que les magasins des Phares de la Bastille n’existassent et que le canal Saint-Martin ne fût couvert, il y avait sur la place des saltimbanques, prestidigitateurs et marchands de chansons. Il y en avait un, entre autres, qui, à chaque loterie qu’il faisait, ne manquait jamais de dire, lorsqu’il lui restait deux numéros à placer :
J’en ai deux ; qui veut mes deux. Madame, prenez mes deux, j’aimerais être comme Abélard, ne plus en avoir.
Bergerie
d’Hautel, 1808 : Enfermer le loup dans la bergerie. C’est enfermer le mal avec la cause qui le produit ; fermer une plaie avant que d’en avoir fast sortir toute la matière nuisible.
Beurre dans les épinards (en avoir ou en mettre)
Virmaître, 1894 : Bourgeois qui augmente sa fortune par tous les moyens possibles. On sait que les cuisiniers appellent les épinards la mort au beurre, parce qu’ils en absorbent considérablement. L’allusion est facile à comprendre (Argot du peuple).
Bidault
Delvau, 1864 : Vieux mot hors d’usage employé dans un sens obscène pour désigner : 1o Le membre viril.
Celle-là vouloit bien avoir de vous autre chose que le bidault.
(P. De Larivey)
2o La nature de la femme.
Si j’avois vu votre bidault,
Je serois guéri, ce me semble,
Mais pour voir un peu s’il ressemble
À celui de ma ménagère.
(Farces et Moralités)
Boudin
d’Hautel, 1808 : Clair comme du boudin. Se dit d’une affaire obscure effort embrouillée.
Faire du boudin. Minauder, bouder, faire l’enfant ; signifie aussi dormir la grasse matinée.
Cette affaire tournera en eau de boudin. Pour dire qu’elle n’aura aucun succès.
Souffleur de boudin. Homme qui a un gros visage, une figure grotesque.
Vidocq, 1837 : s. m. — Verrou.
(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)
Larchey, 1865 : Verrou (Vidocq). — Allusion à la forme des verrous ronds qui ferment les grandes portes.
Delvau, 1866 : s. m. Verrou, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Doigt épais et rouge.
Rigaud, 1881 : Verrou.
La Rue, 1894 : Verrou. Estomac.
France, 1907 : Verrou, estomac. En avoir plein le boudin. Sac à boudin, ventre. L’expression est vieille, on la trouve dans Scarron :
Énéas de sa grande épée,
Plus fier que ne fut un Pompée,
Éventa le sac à boudin
De ce désespéré blondin.
(Le Virgile travesti)
Boudin ou boudin blanc
Delvau, 1864 : Le membre viril, — dont toutes les femmes voudraient bien avoir dix aunes dans le corps.
Qu’est-ce que vous voulez faire du boudin de son mari. N’avez-vous pas assez du votre ?
(D’Ouville)
Il se retourna vers moi et me fit voir comme un bout de boudin blanc qui était assez long, dont je m’émerveillai que je n’en avais point de pareil.
(Mililot)
Bougon, bougonne
France, 1907 : Grognon, bourru. D’après Alfred Delvau, ce mot serait une onomatopée de bugones, abeilles, tandis que Lorédan Larchey le fait dériver de bouquer, gronder, qui pourrait bien avoir la même origine :
Car toujours madame Bougon
Fait carrillon
Et le torchon
Brûle en tous temps dans ma pauvre maison.
(Les vrais Rigolos)
Bretelles
d’Hautel, 1808 : En avoir par-dessus les bretelles. Signifie être fatigué, impatienté de quelque chose ; être encombré de mauvaises affaires.
Brisant
Vidocq, 1837 : s. m. — Vent.
Larchey, 1865 : Vent. — Vidocq. — Diminutif de brise.
Briser (se la) : S’enfuir. — Mot à mot : se laisser aller à la brise.
Dans le beau monde on ne dit pas : Je me la casse, ou : Je me la brise.
(Labiche)
Briseur : « Les briseurs sont tous Auvergnats et se prétendent commerçants. Ils s’entendent pour inspirer toute confiance à des fabricants qu’ils trompent pour une grosse somme, après leur en avoir payé plusieurs petites. Les marchandises brisées sont revendues à 40 p. 100 de perte, et le produit de la brisure est placé en Auvergne. » — Vidocq. — Même étymologie que les mots précédents. Un briseur est un homme qui se la brise dès qu’il a fait son coup.
France, 1907 : Vent ; argot des voleurs.
Briseur
Delvau, 1866 : s. m. Variété d’escrocs dont parle Vidocq.
France, 1907 : Variété d’escroc. En voici la définition que donne Vidocq : « Les briseurs sont tous Auvergnats et se prétendent commerçants. Ils s’entendent pour inspirer la confiance à des fabricants qu’ils trompent pour une grosse somme, après leur en avoir payé plusieurs petites. Les marchandises brisées sont revendues à 40 pour 100 de perte, et le produit de la brisure est placé en Auvergne. »
Brûler
d’Hautel, 1808 : Brûler le jour. Signifie faire usage de lumière en plein midi.
Faire brûler quelqu’un à petit feu. Le tourmenter, l’inquiéter, lui faire endurer toutes sortes de mauvais traitemens.
Il leur a brûlé le cul. Se dit de quelqu’un qui a abandonné sans mot dire la-société où, il se trouvoit ; de celui qui s’est esquivé d’un lieu où il étoit retenu malgré lui.
Se brûler. Signifie se méprendre, se tromper, s’abuser dans ses spéculations.
Se brûler à la chandelle. Découvrir soi-même, sans le vouloir, les fautes dont on s’est rendu coupable ; se laisser entraîner malgré soi dans un piège que l’on avoit d’abord évité.
Le tapis brûle. Signifie, il n’y a pas de temps à perdre ; se dit pour exciter des joueurs à doubler leur jeu.
Delvau, 1866 : v. a. Dépasser une voiture, — dans l’argot des cochers qui se plaisent à ce jeu dangereux, malgré les conseils de la prudence et les règlements de la police.
Delvau, 1866 : v. n. Approcher du but, être sur le point de découvrir une chose, — dans l’argot des enfants et des grandes personnes, qui devinent, les uns qui savent à quoi on s’expose en s’approchant du feu.
Rigaud, 1881 : Retirer de la main en les jetant au panier, après en avoir annoncé le nombre, une ou plusieurs cartes avant de commencer une partie de baccarat en banque. Ce droit du banquier ne s’exerce plus que dans les cercles de bas étage.
France, 1907 : Dénoncer, vendre.
La République est un régime de lumière et de loyauté qui n’a que faire d’une police secrète. Rappelons-nous toujours que la police secrète a été instituée par Louis XIV et développée outre mesure par les deux Bonaparte. Louis XIV et les Bonaparte ne sont certainement pas des modèles à suivre pour nous. Je ne puis me désoler, quant à moi, parce qu’un mouchard vient de brûler ses patrons.
(Germinal)
Les filles qui dénoncent les malfaiteurs se fiant à elles sont plus rares qu’on ne le pense. Gloria est une exception ; c’est pourquoi je ne tiens pas à la brûler (faire connaître).
(G. Macé, Un Joli monde)
Brûler, approcher du but, être sur le point de deviner une chose, dépasser une voiture.
Brûler les planches, jouer avec beaucoup de feu et d’art ; argot des coulisses. Brûler la politesse, s’esquiver sans rien dire ; — le pégriot, faire disparaître la trace d’un vol ; — à la rampe, jouer comme si l’on était seul pour attirer sur soi l’attention, sans avoir égard au jeu de ses camarades ; argot des coulisses ; — du sucre, recevoir des applaudissements ; — sa chandelle par les deux bouts, dissiper sa fortune, sa santé ou son cerveau de toutes les façons ; argot des bourgeois.
Caisse (se taper sur la)
Rigaud, 1881 : Ne rien avoir à manger. Les ouvriers disent dans le même sens : Se taper sur la baraque.
Charibotée
Virmaître, 1894 : En avoir sa charge. Cela veut aussi dire beaucoup.
— Elle a une charibotée d’enfants (Argot du peuple). V. Tiolée.
France, 1907 : Charge complète, quantité.
Charretée (en avoir une)
Fustier, 1889 : Être complètement ivre.
Chateaubriand
Rigaud, 1881 : Bifteck très épais, bifteck à triple étage, — dans le jargon des restaurants. — Un Chateaubriand aux pommes.
France, 1907 : Transformation du beef-steack sur la note du restaurateur. Une maison qui se respecte ne sert aux clients que des chateaubriands. Le publie bénévole paye le baptême. Pourquoi ce nom célèbre à un morceau de bœuf ? Théodore de Banville raconte qu’il voulut en avoir le cœur net :
Enfin, je n’y tins plus, je voulus absolument le savoir, et j’interrogeai Magny. À ce qu’il m’apprit, le chateaubriand fut baptisé ainsi, parce qu’il avait été inventé sous les auspices de… M. de Chabrillan ! N’est-ce pas là l’origine commune des histoires et des légendes qui, sauf de rares exceptions, sont toutes nées d’une faute de langue ou d’une faute d’orthographe ?
Il est vrai qu’il reste à ce grand écrivain, à ce philosophe morose, la popularité, énorme, permanente, la gloire en billon circulant du bouillon Duval au cabaret du Lyon d’Or, d’avoir servi de patron à un beefsteack renommé — lui qui n’en mangeait jamais et ne se nourrissait que de laitage, d’encens et de souvenirs. Ô ironie ! ô reconnaissance des peuples ! Un beefsteack aux pommes, voilà peut-être tout ce qui restera un jour d’un Atlas de la pensée, d’un Archimède de la philosophie. Il portait un monde dans son vaste cerveau, il rêvait d’en soulever un autre avec sa plume, et le résultat de tout cela : un nom qu’on crayonne sur un menu de restaurant. C’est ça la gloire !
(E. Lepelletier)
On vient d’installer à la Bibliothèque nationale un petit buffet, très commode pour les travailleurs. L’un de ceux-ci y pénètre dernièrement :
Que désire monsieur ?
— Qu’est-ce qu’on peut bien manger dans celte cité des lires ? Donnez-moi un Chateaubriand.
— Voilà, monsieur.
— Grand format, surtout.
Chiée (en avoir une)
Virmaître, 1894 : Avoir une chiée d’enfants. Avoir une chiée d’ennuis à ne savoir où donner de la tête (Argot du peuple). N.
Cierge est éteint à Saint-Jean de Belleville (le)
Rigaud, 1881 : Les ouvriers qui habitent Belleville se servent de cette expression lorsqu’en jouant aux cartes ils n’ont pas d’as dans leur jeu. — Pour en avoir, il faut faire brûler un cierge à saint Jean-Baptiste.
(Le Sublime)
Claque (en avoir sa)
Rigaud, 1881 : En avoir sa charge ; en avoir assez.
La Rue, 1894 : En avoir assez.
France, 1907 : Être las.
Claquer du bec
Virmaître, 1894 : Avoir faim et ne rien avoir à se mettre sous la dent. La faim donne la fièvre, les dents claquent (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Jeûner. Ne pas avoir de quoi déjeuner.
Hayard, 1907 : Avoir faim.
Clef
d’Hautel, 1808 : Pour bien comprendre quelque chose, il faut en avoir la clef. Signifie qu’il faut avant tout en prendre une connoissance parfaite.
Jeter les clefs sur la fosse de quelqu’un. C’est renoncer à sa succession.
Donner la clef des champs. C’est donner vacance à quelqu’un, le rendre libre.
Prendre la clef des champs. Prendre son essor, voler de ses propres ailes, faire une excursion, à la campagne.
On dit par plaisanterie à un jeune homme qui est encore sous la férule des précepteurs, qui ne peut disposer de ses volontés, qu’il n’a pas encore la clef de ses fesses.
Couche (en avoir une)
Fustier, 1889 : Sous-entendu, de bêtise. Être inintelligent.
Virmaître, 1894 : Être bête à manger du foin. Allusion à la couche de fumier que mettent les maraîcheirs dans leurs châssis pour faire hâtivement pousser les melons ; plus la couche est épaisse, meilleur est le résultat (Argot du peuple). N.
Rossignol, 1901 : Être bête, naïf.
France, 1907 : Sous-entendu : de bêtise.
Couler en douceur
France, 1907 : Faire entendre à quelqu’un, sans en avoir l’air ou sans se fâcher, des choses désagréables.
— Moi, vois-tu, je suis trop carré, je ne connais pas les ménagements, je lui collerais l’affaire tout net au nez. Tandis que toi, je te connais, tu lui couleras ça en douceur.
(Camille Lemonnier)
Se faire avorter.
— Si elle avait été aussi ficelle que d’autres que nous connaissons, pas vrai, m’sieu Porphvre ? elle se serait fait couler ça en douceur…
— Chez m’ame Tiremôme !
(Albert Cim)
Crânement
Larchey, 1865 : Supérieurement.
J’ai été maître d’armes… et je puis dire que je tirais crânement.
(Méry)
Elle prenait la brosse chez un peintre, la maniait par raillerie, et faisait une tête assez crânement.
(Balzac)
Je suis crânement contente de vous voir.
(E. Sue)
Delvau, 1866 : adv. Beaucoup, supérieurement, fortement. Avoir crânement de talent. En avoir beaucoup.
France, 1907 : Supérieurement.
Cresson sur le caillou (n’en plus en avoir)
Virmaître, 1894 : Homme chauve (Argot du peuple).
Dabesse
Delvau, 1866 : s. f. Reine.
Rigaud, 1881 : Reine.
Hayard, 1907 : Mère.
France, 1907 : Reine, mère, patronne ; maîtresse de souteneur.
— Je ne te demande rien, Roland, je respecte tes secrets, fit-elle d’une voix douce, quoique entre nous il ne devrait pas y en avoir. Ne suis-je pas ta gonzesse, ta dabesse, ta femme enfin… ?
(Hector France, La Vierge Russe)
Danser devant le buffet
Larchey, 1865 : N’avoir rien à manger.
Tu bois et négliges ta besogne, Tu me fais danser devant le buffet.
(Aubry, Chansons)
Nous faudra danser sans musique devant le buffet, aux heures des repas.
(Chansons, Clermont, 1835)
Delvau, 1866 : v. n. N’avoir pas de quoi manger, — dans l’argot du peuple.
Rigaud, 1881 : N’avoir rien à se mettre sous la dent. — Pour égayer la situation on danse devant le buffet, comme David dansait devant l’arche.
Rossignol, 1901 : Ne rien avoir à manger.
France, 1907 : Jeûner par force, n’avoir rien à se mettre sous la dent.
Qu’on me nomme : alors plus de danses folles !
Adieu la bourrée et les farandoles !…
Ce sera bien fait !
On pourra, d’un air décent et sévère,
Danser seulement, quand je serai maire,
Devant le buffet !
(Daniel, Le Grelot)
Déferrer
d’Hautel, 1808 : Il se déferre aisément. Pour, il se déconcerte au premier mot ; il devient confus, muet, à la plus petite observation.
Être déferré d’un œil. Pour, en avoir perdu un ; être éborgné.
Déflorer une fille
Delvau, 1864 : Lui enlever son pucelage, — une rose diablement épineuse.
Si fut-il admiré pour masle très-puissant
D’en avoir une nuit défloré demi-cent.
(J. De Schélandre)
Dent
d’Hautel, 1808 : Une vieille sans-dents. Surnom injurieux que l’on donne à une vieille femme qui ne fait que radoter.
Avoir une dent de lait contre quelqu’un. Lui garder rancune.
Brèche dent. Mot railleur dont on se sert pour désigner un homme à qui il manque quelques dents sur le devant de la bouche.
Il n’en a pas pour sa dent creuse. Se dit en mauvaise part d’un dissipateur à qui on semble ne jamais donner assez ; et d’un ouvrier peu soigneux qui mène l’ouvrage grand train.
Rire du bout des dents. Sans en avoir envie ; malgré soi.
Ne pas desserrer les dents. Être de mauvaise humeur ; ne dire mot ; garder un morne silence.
Montrer les grosses dents. Faire menace ; prendre un ton dur et sévère.
Il n’a rien à mettre sous la dent. Pour, il est réduit à la mendicité ; il est dénué de toutes ressources.
Il ment comme un arracheur de dents. Voyez Arracheur.
Il n’en perd pas un coup de dents. Se dit de quelqu’un qui, quoique très occupé, ou indisposé, ne laisse pas que de bien manger.
Il n’en croquera que d’une dent. Pour, il ne viendra pas tout-à-fait à bout de ce qu’il désire.
Malgré lui, malgré ses dents. C’est-à-dire, quelqu’obstacle qu’il puisse mettre à cette affaire.
Tomber sur les dents. Être harassé de fatigue ; n’en pouvoir plus.
Il lui vient du bien quand il n’a plus de dents. Se dit d’une personne qui fait un héritage dans un âge très-avancé, où il ne lui est pas possible d’espérer d’en jouir long-temps.
Avoir la mort entre les dents. Être dangereusement malade ; être à l’agonie.
On dit, pour empêcher les enfans de toucher à un couteau ou à quelque chose de nuisible, que cela mord, que cela a des dents.
Prendre le mors aux dents. Briser les freins de subordination ; commettre de grands excès. Se dit aussi pour, travailler avec une grande ardeur, après avoir fait des siennes.
Il y a long-temps qu’il n’a plus mal aux dents. Se dit d’un homme mort depuis long-temps, et dont on demande des nouvelles.
Le vin trouble ne casse point les dents. Maxime bachique, qui signifie que le vin, quelque médiocre qu’il soit, est toujours bon à boire.
Avoir les dents longues. Être réduit aux dernières ressources, et dans une indigence affreuse ; ou être à jeun.
Savant jusqu’aux dents. Amplification, pour dire un pédant érudit, un sot docteur.
Donner un coup de dent à quelqu’un. Le mettre en pièces dans ses propos ; tenir des discours satiriques, offensans sur son compte.
Pour empêcher les enfans de manger des bonbons, des sucreries, on leur dit que cela casse les dents.
Dent creuse (ne pas en avoir pour sa)
Rigaud, 1881 : Avoir très peu de chose à manger ; avoir une très petite portion sur son assiette. (Oudin.) Un pilon de volaille, merci, j’en ai seulement pas pour ma dent creuse. N’a pas cessé d’être usité.
Dessus
d’Hautel, 1808 : Par-dessus l’épaule ; tu l’auras par-dessus l’épaule. Expression métaphorique qui veut dire, point du tout, jamais.
En avoir cent pieds par-dessus la tête. Être fatigué, dégoûté de quelque chose.
Il a des affaires par-dessus les yeux. Pour, il est accablé d’occupations.
Halbert, 1849 : Amant en titre.
France, 1907 : Amant payant. Celui qu’on montre.
Dos (en avoir plein le)
France, 1907 : Être fatigué d’une chose ou d’une personne. En avoir assez.
Au bout de quelques années de mariage, les maris ont généralement pleins le dos de leur femme et vice-versa.
— Ils se sont séparés avant-hier soir. Y avait longtemps que ça clochait, faut vous dire. Il en avait plein le dos ! Elle est allée se mettre dans un hôtel pas loin d’ici, hôtel du Puy-de-Dôme, au coin de la rue des Feuillantines.
(Albert Cim, Demoiselles à marier)
Dos (scier le)
Larchey, 1865 : Importuner. V. Scier.
Moi, ça me scie le dos.
(Rétif, 1782)
Rigaud, 1881 : Ennuyer. — En avoir plein le dos, manière d’exprimer son mécontentement, lorsque quelqu’un ou quelque chose vous ennuie énormément.
France, 1907 : Importuner. Assommer moralement.
Ah ! les femmes parfaites, les petites bourgeoises modèles, dignités du foyer, elles me scient le dos ! Elles sont terribles de douceur résignée, avec leurs yeux mourants levés au ciel, leur impeccabilité forcée et leurs occupations oiseuses et stériles ; des économies de bouts de chandelle dans leur intérieur et la moitié du budget conjugal jeté chez la couturière…
(Les Propos du Commandeur)
Écopeur
Rigaud, 1881 : Fine mouche qui arrive chez les autres à l’heure du dîner. Le véritable écopeur, sans jamais rien demander, ne sort jamais d’une maison sans avoir retiré un petit profit de sa visite. Il a un flair particulier pour arriver aux bons moments. L’écopeur porte un coup à ceux qu’il va voir et l’on n’ose pas l’éconduire.
France, 1907 : Individu qui s’arrange de façon à tirer de petits avantages de quelqu’un sans en avoir l’air.
Embarquer
d’Hautel, 1808 : Il ne faut pas s’embarquer sans biscuit. Pour, il ne faut rien entreprendre sans en avoir les moyens.
En avoir
France, 1907 : Avoir le pubis garni.
— En v’là assez, elle en a !
Une clameur accueillit cette affirmation. Il l’avait donc vue, il avait couché avec ? Mais il s’en défendit formellement, en se tapant sur la poitrine. On peut bien voir sans toucher. Il s’était arrangé pour ça, un jour que l’idée d’éclaircir la chose le tourmentait. Comment ? ça ne regardait personne.
— Elle en a, parole d’honneur !
(É. Zola, La Terre)
En avoir dans la caboche
France, 1907 : Être entêté, obstinément stupide, avoir le cerveau fêlé.
Le proverbe vient d’un nominé Caboche, boucher de Paris, qui fut un des principaux chefs de tous les autres bouchers qui se mutinèrent sous le règne de Charles VI. Pendant la démence de ce prince, ceste canaille tenoit le party de Jean de Bourgogne, pour lequel ils estoient si zélés, et leur insolence alla si loin qu’ils forcèrent Charles, Dauphin de France, de prendre le chaperon blanc, qui estoit la marque et la livrée de leur faction, et tuèrent et firent périr plusieurs personnes de distinction qui estoient du party contraire au duc de Bourgogne. De la folie et de l’entestement de Caboche est venu ce proverbe, que l’on a appliqué à ceux qui ont la teste blessée.
(Histoire de France, par Duhaillan)
En avoir dans le toquet
Larchey, 1865 : Être ivre. — Ce terme correspond exactement à celui de Casquette. — Même étymologie.
Chez Dénoyer j’entre, Un peu dans le toquet.
(Decourcelle, Ch., 1839)
En avoir dans le ventre
Delvau, 1864 : Être enceinte.
En avoir plein l’dos
Rossignol, 1901 : (R.) son pied, ou plein son sac, c’est être fatigué, rassasié d’une chose et ne plus en vouloir.
En avoir plein le dos
Larchey, 1865 : Être assommé d’ennui.
Tu sais que j’ai de la maison plein le dos ?
(Désaugiers)
Delvau, 1866 : Être excessivement ennuyé de quelque chose ou par quelqu’un. — Argot du peuple.
France, 1907 : En être fatigué comme si l’on portait un fardeau sur ses épaules.
Enfariner
d’Hautel, 1808 : Il est venu la gueule enfarinée. Signifie avec empressement ; avec un air capable et vaniteux ; croyant être sûr de son fait.
On dit aussi par dérision d’un homme qui est venu en hâte dans un lieu, à dessein de prendre part à quelque gain auquel il n’a pas été admis, qu’il est venu la gueule enfarinée.
Être enfariné de quelque science ou de quelque chose. N’en avoir qu’une foible teinture.
Être dans le lac
Rossignol, 1901 : Être fichu, ne plus rien avoir à espérer.
Être près de ses pièces
Delvau, 1866 : N’avoir pas d’argent ou en avoir peu. Argot du peuple.
France, 1907 : Voir le fond de sa bourse.
Excès
Delvau, 1864 : Abus des plaisirs.
Les excès…— Je n’en connais point, Madame : on n’a jamais assez de plaisir. — Je ne suis pas de cet avis. On peut en avoir trop et perdre par là le charme du désir, plus précieux que le plaisir lui-même.
(A. de Nerciat) (Le Diable au corps.)
Fadé (être)
Rigaud, 1881 : Être soûl. Mot à mot : avoir son compte, sa charge de boisson.
France, 1907 : En avoir son compte ; être ivre ou battu. Me voilà bien fadé ! Je suis dans un bel état !
Pendant un instant, on ne put rien distinguer dans cet enchevêtrement des deux corps… Tout à coup, on vit les deux bras de Clair-de-Lune se détendre et sa tête retomber en arrière.
— Ça y est ! cria-t-elle, je suis fadée !
— Halte ! fit l’un des témoins.
On sépara les combattants.
Nini, déchirée, dépeignée, essuya avec son mouchoir son visage silonné de coups de griffe. Clair-de-Lune tendit son poignet, d’où coulait un filet de sang.
(Oscar Méténier)
Faire Charlemagne
Delvau, 1866 : Se retirer du jeu après y avoir gagné, sans vouloir donner de revanche, — dans l’argot des joueurs, qui savent ou ne savent pas leur histoire de France. « Charlemagne (dit Génin en ses Récréations philologiques) garda jusqu’à la fin toutes ses conquêtes, et quitta le jeu de la vie sans avoir rien rendu du fruit de ses victoires ; » le joueur qui se retire les mains pleines fait comme Charlemagne : il fait Charlemagne :
Se non è vero… Je ne demande pas mieux d’en croire Génin, mais jusqu’ici il m’avait semblé que Charlemagne n’avait pas autant fait Charlemagne que le dit le spirituel et regrettable érudit, et qu’il y avait, vers les dernières pages de son histoire, une certaine défaite de Roncevaux qui en avait été le Waterloo. Et puis… Mais le chevalier de Cailly avait raison !
France, 1907 : À l’explication donnée au mot Charlemagne il faut ajouter celle-ci :
C’est une allusion à Charlemagne qui sut garder toutes ses conquêtes et qui quitta le jeu des batailles sans en avoir perdu une seule. Voici pourquoi on dit du joueur qui se retire les mains pleines : Il a fait charlemagne, comme, si l’on disait : Il a fait comme Charlemagne on bien encore il a fait le Charlemagne.
(Didier Loubens)
Faire four
France, 1907 : Échouer dans une entreprise ; éprouver un insuccès. Cette expression vient de l’habitude qu’avaient autrefois les comédiens de certains théâtres de refuser de jouer quand la recette ne couvrait pas les frais. Ils renvoyaient les spectateurs et éteignaient les lumières, faisaient four, disaient-ils, c’est-à-dire rendaient la salle noire comme un four. Cette locution date du milieu du XVIIe siècle. Un acteur qui vent avertir un de ses camarades qu’il joue mal, ou va se faire siffler, dit : Monsieur Dufour ou le vicomte Dufour est dans la salle.
À force d’être roulé par les camaraderies, les camarillas, les partis pris de dénigrement ou de louange, le public a fini par en avoir assez, et s’est habitué à juger seul. Constatez donc, rien qu’en ces trois dernières années, les bévues des jugeurs de théâtre. Tel four de première est devenu un colossal succès, tel triomphe de compte rendu a échoué piteusement au bout d’une semaine.
(Séverine)
Le hasard, qui est beaucoup plus spirituel que la plupart des hommes (et il n’a pas grand’-peine pour cela), a voulu que la comédie de Nîmes fût représentée le même jour que le Tartarin sur les Alpes au théâtre de la Gaité. Les deux pièces ont, parait-il, fait four.
(Henry Maret, Le Radical)
— Tu as donc fait four ?
— Ne m’en parle pas, j’ai la guigne.
— Four complet ?
(Marc Mario et Louis Launay)
Fanal
Larchey, 1865 : Estomac. — Comparaison de l’estomac à une lanterne.
Ces deux dames se fourraient par le fanal Petit vin, superbe hareng.
(Chansonnier, impr. Stahl)
Se bourrer le fanal de bouillon de rata.
(Wado)
On dit de même : Mettre de l’huile dans la lampe.
Delvau, 1866 : s. m. La gorge, — dans l’argot des faubouriens. S’éclairer le fanal. Boire un verre de vin ou d’eau-de-vie. On dit aussi Fanon, afin qu’aucune injure ne soit épargnée à l’homme par l’homme.
Virmaître, 1894 : La gorge.
— Viens-tu nous arroser le fanal. L’ivrogne, en buvant son premier verre de vin, s’écrie :
— Place-toi bien, mon vieux, il y aura foule ce soir (Argot du peuple). N.
Rossignol, 1901 : Ventre. Ne pas avoir de quoi manger est ne rien avoir à se mettre dans le fanal.
France, 1907 : Gosier. S’éclairer, se rincer le fanal, boire. Se coller quelque chose dans le fanal, boire ou manger.
Farce
d’Hautel, 1808 : Être le dindon d’une farce. Être dupé dans une affaire, en supporter toutes les charges sans en avoir eu les bénéfices.
Faire ses farces. Se divertir, faire ses fredaines, s’amuser aux dépens de quelqu’un.
Voilà encore de ses farces. Pour voilà un tour de sa façon.
Tirez le rideau, la farce est jouée. Pour dire que le tour que l’on vouloit jouer a réussi ; qu’une affaire est terminée.
On dit aussi d’une personne qui trouve à redire à tout ; d’une chose ridicule ou plaisante : Il est farce celui-là. C’est farce.
Larchey, 1865 : Comique.
C’est farce ! Mais vous faites de moi ce que vous voulez.
(E. Sue)
Delvau, 1866 : adj. Amusant, grotesque, — dans l’argot du peuple. Chose farce. Chose amusante. Homme farce. Homme grotesque. Être farce. Avoir le caractère joyeux ; être ridicule.
Delvau, 1866 : s. f. Plaisanterie en paroles ou en action, — dans l’argot du peuple, qui a été souvent la victime de farces sérieuses de la part de farceurs sinistres.
France, 1907 : Comique, amusant, grotesque. Être farce, être comique. Pour deux sous on en verra la farce, on peut se procurer cet objet ou ce plaisir pour dix centimes. Une farce de fumiste, une plaisanterie brutale ou de mauvais goût. Voir Fumiste.
Faire des farces. Se dit d’une personne qui s’amuse, d’une fille qui jette son bonnet par-dessus les moulins où d’une femme qui trompe son mari.
Farceuse
Delvau, 1864 : Gourgandine, femme dont, le métier est de faire des farces aux hommes, c’est-à-dire de prendre leur argent et leur queue, et de se foutre d’eux après en avoir été foutue.
Larchey, 1865 : Femme galante.
Lorsqu’une farceuse voudra me séduire, je lui dirai : Impossible !
(Amours de Mahieu, chanson, 1832)
Delvau, 1866 : s. f. Femme ou fille qui ne prend au sérieux rien ou personne, pas plus l’amour que la vertu, pas plus les hommes que les femmes, et qui se dit, comme Louis XV : « Après moi le déluge ! »
France, 1907 : Fille ou femme qui joue avec ses serments de fidélité et d’amour.
Fil à la patte (en avoir un)
Virmaître, 1894 : Être gêné par quelqu’un. Être entravé dans ses affaires, n’avoir pas ses coudées franches. Une femme crampon est un rude fil à la patte (Argot du peuple).
Fiole (soupé de la)
France, 1907 : En avoir assez de quelqu’un ; être dégoûté d’une personne ; la prendre en grippe.
Mais j’ai mon plan, ej’ suis mariolle :
Quand les jug’ auront assez d’moi
Et qu’ils auront soupé d’ma fiole,
Faura ben qu’i’s m’appliqu’nt la loi ;
Vous savez ben, la loi nouvelle
Qui condamne l’gouvernement
À m’envoyer à la Nouvelle…
V’là porquoi que j’cherche un log’ment.
(Aristide Bruant)
Se payer la fiole de quelqu’un, s’en moquer.
Et si quelqu’un a l’air
De nous r’garder d’traviole,
Nous mettons sabre au clair
Pour pas qu’on s’pay’ not’ fiole.
(Blédort)
Flambeau (en avoir un)
Virmaître, 1894 : Je connais le flambeau, c’est-à-dire je connais la chose. Faire une belle invention c’est avoir un chouette flambeau.
— Tu ne me monteras pas le coup, mon vieux, je sais ou est le flambeau.
Être très habile dans un métier c’est avoir le flambeau. Flambeau, dans le peuple, veut dire être supérieur aux gens de sa profession.
Francisque Sarcey, Bouguereau, Ambroise Thomas, Clovis Hugues, sont des flambeaux. Émile de Girardin, Victor Hugo, Lamartine, Diaz, etc., étaient des flambeaux (Argot du peuple). N.
Flanocher
Delvau, 1866 : v. n. Flâner timidement, sans en avoir le droit, à une heure qui devrait être consacrée au travail. Argot des ouvriers. On dit aussi Flanotter.
Flirt
France, 1907 : Action de flirter, de coqueter, de badiner avec le sexe différent. Vieux mot revenu dans notre langue après avoir passé par l’anglais.
Qu’est-ce donc que le flirt ? — Un mot, un simple mot si freluquet d’apparence, si inoffensif d’allure, qu’on ne songeait pas même à s’en méfier… Aussi a-t-il fait son chemin dans le monde et aujourd’hui, établi dans notre vocabulaire, installé dans nos boudoirs, blotti dans nos canapés, il règne en maître dans nos salons après en avoir chassé l’amour, son concurrent et son rival, dont il est la contrefaçon : le flirt n’est ni aveugle, ni meurtrier, un monocle a remplacé le classique bandeau de Cupidon et un jeu d’épingles le carquois aux flèches traîtresses. Comme de caporal on devient général, le flirt de substantif est passé verbe et désormais on le conjugue à tous les temps et à toutes les personnes.
(Le Journal)
— Mais ce n’était pas de l’amour, Laurette, il ne manquerait plus que ce fût de l’amour, je n’aurais aujourd’hui qu’à prendre le deuil… Un flirt, un simple flirt qui m’occupait, qui me plaisait, qui durant… Vous ne comprenez pas très bien cela, vous autres, vous n’avancez pas suffisamment ou vous vous lancez trop loin…
(René Maizeroy, Âmes tendres)
Je me souviens qu’entre douze et quatorze ans, j’eus un fort béguin pour la grand’mère d’un de mes petits amis.
Afin d’effacer tout de suite ce que cet aveu pourrait avoir de scabreux, j’ajouterai qu’à l’époque de notre flirt, l’excellente dame était morte depuis dix ans.
(Fernand Vandérem)
— Je vous disais donc que depuis deux mois que vous flirtez avec moi, vous devez juger dans quel état d’âme je suis.
— Je l’ai deviné, votre état d’âme… il était assez visible.
— Il faut pourtant que ça finisse, que je sache à quoi m’en tenir.
— Vous êtes trop impatient… il faut toujours commencer par le flirt. Le flirt est la leçon que prend une femme avec des fleurets mouchetés avant d’aller sur le terrain avec des épées véritables.
— Oui, mais si elle va sur le terrain avec un autre… sans compter que c’est la plupart du temps ce qui arrive !
(Maurice Donnay)
— Et j’ai bien senti, en ce long après-midi d’attente et d’angoisse, que ce flirt tournait à l’amour et au sentiment, que je me mentais à moi-même, que je suis pris et bien pris.
(Champaubert)
Fol amant
France, 1907 : Nom que les petites ouvrières et les demi-ingénues donnent à leur amoureux.
— Alors, la petite Poilard lui a demandé : « Qu’est-ce qui t’a donné ces brillants ? » La grande a répondu d’abord : « Ça ne regarde pas une petite puce comme toi ! » Et puis, elle s’est ravisée et elle a dit : « C’est mon fol amant ! » La petite Poilard a répété en se moquant : « C’est son fol amant ! » Tout le monde a ri. « Riez, a dit la grande ; n’empêche que vous voudriez bien avoir un fol amant comme le mien, qui me paie tout ce que je veux. » Vous voyez bien que puisque vous me donnez ce que je demande, c’est que vous êtes mon fol amant.
(Edgar Monteil, La Jambe)
Fuite de gaz (en avoir une)
Virmaître, 1894 : Laisser échapper un pet en sourdine ; si on ne l’entend pas, on le sent. Allusion à l’odeur insupportable du gaz, quand un conduit est crevé (Argot du peuple).
Galoubet (en avoir)
Virmaître, 1894 : Posséder une belle voix ou crier bien fort. On dit d’un chanteur émérite :
— Il a un rude galoubet.
Garder
d’Hautel, 1808 : Est-ce que j’ai gardé les cochons un avec vous. Se dit à quelqu’un qui prend une trop grande familiarité ; qui vous tutoie sans en avoir le droit.
Garder une poire ou une pomme pour la soif. Ménager quand on est riche quelque chose pour le besoin qui peut venir.
Je lui en garde une bonne. Pour, j’attends l’occasion de me venger.
Chacun son métier, les vaches sont bien gardées. Signifie qu’il ne faut jamais se mêler d’une profession à laquelle le sort ne nous a point appelés.
Delvau, 1866 : v. n. Être près du bouchon ou de l’une des pièces tombées. Argot des gamins.
Gens
d’Hautel, 1808 : C’est la crême des honnêtes gens. V. Crême.
Gens de sac et de corde. Pour dire filous, voleurs qui méritent la corde.
À gens de village trompette de bois. Voyez Bois.
De fines gens. Des personnes adroites, rusées, dont il faut se méfier.
Nous prenez-vous pour des gens au — delà de l’eau. C’est-à-dire, pour des gens qui ne savent rien, auxquels on peut aisément en conter.
d’Hautel, 1808 : Ce n’est pas pour de si bonnes gens, c’est pour mon père et ma mère. Se dit en badinant, lorsque l’on fait à la grosse quelque chose pour soi, et à dessein de faire entendre que l’on ne craint pas d’en avoir des réprimandes.
Nous sommes gens de revue. Se dit pour marquer la confiance que l’on a dans une personne avec laquelle on a contracté quelqu’obligation ; se dit aussi d’une affaire que l’on remet à un autre moment.
Il y a gens et gens. Pour dire que tous les hommes ne se ressemblent pas, qu’ils ont des mœurs différentes.
Vous moquez-vous des gens ? C’est se moquer des gens. Espèce d’apostrophe que l’on fait à quelqu’un qui fait des propositions déraisonnables.
Grandes lèvres
Delvau, 1864 : Orifice du vagin de la femme ; tentacules s’emparant de tout priape qui vient regarder à l’entrée et ne le rendant à la liberté qu’après en avoir exprimé toute la moelle.
Herbe des sorcières
France, 1907 : On appelait ainsi autrefois une sorte de liqueur faite de décoction de plantes soporifiques et aphrodisiaques qui plongeaient ceux qui en buvaient dans le délire érotique et dont se servaient les sorcières, qui s’imaginaient, après en avoir bu, assister aux scènes diaboliques du sabbat. On l’appelait aussi herbe aux magiciens.
Onofrio avait accepté de son étrange amie un petit flacon contenant une liqueur faite avec cette célèbre herbe des sorcières, grâce à laquelle on peut se rendre au sabbat — tout en restant dans son lit — c’est-à-dire que l’on s’y rend en la personne de ce que nos modernes occultistes appellent le « périsprit » ou le « corps astral. »
(Simon Boubée, La Jeunesse de Tartufe)
Houspillon
France, 1907 : Demi-verre de vin ou de liqueur que l’on se verse après en avoir vidé un plein. Vieux mot qui répond à notre argot rincette.
Jugeotte (en avoir)
Virmaître, 1894 : Bien juger les choses, avoir un jugement sain (Argot du peuple).
Kyrielle
Delvau, 1866 : s. f. Suite ou procession de gens ; famille nombreuse, — dans l’argot du peuple. Avoir des kyrielles d’enfants. En avoir beaucoup.
Lac (être dans le)
La Rue, 1894 : Être pris, perdu, tomber dans l’embarras ou dans la misère.
Virmaître, 1894 : Être pendu. L. L. Être dans le lac, c’est ne plus rien avoir à espérer, être aussi bas que possible. Lac, ici, est synonyme de lacet, être enlacé, pris par la misère, enserré dans les filets d’une femme ou d’un usurier, comme le pauvre oiseau dans le lac du braconnier (Argot du peuple). N.
Hayard, 1907 : Être perdu, roulé.
France, 1907 : Se trouver dans l’embarras, la gêne. Mettre dans le lac, perdre son argent.
Un ponte perd un louis à la roulette.
— Allons, dit-il d’un air résigné, encore vingt francs dans le lac !
Lettres de Jérusalem
Vidocq, 1837 : Les évènemens de notre première révolution ont donné naissance aux Lettres de Jérusalem ainsi qu’aux Vols à la Graisse et à plusieurs autres. De la fin de 1789 à l’an VI de la république, des sommes très-considérables, résultats de Lettres de Jérusalem, sont entrées dans les diverses prisons du département de la Seine, et notamment à Bicêtre. En l’an VI, il arriva dans cette dernière prison, et dans l’espace de deux mois, plus de 15,000 francs.
Voici quelle était la manière de procéder des prisonniers qui voulaient faire un arcat, c’est-à-dire escroquer de l’argent à une personne au moyen d’une Lettre de Jérusalem. Ils se procuraient les adresses de plusieurs habitans des départemens, et, autant que possible, ils choisissaient ceux qui regrettaient l’ancien ordre de choses, et qu’ils croyaient susceptibles de se laisser séduire par l’espoir de faire une opération avantageuse ; on adressait à ces personnes une lettre à-peu-près semblable à celle-ci.
Monsieur,
Poursuivi par les révolutionnaires, M. le vicomte de ***, M. le comte de ***, M. le marquis de ***, (on avait le soin de choisir le nom d’une personne connue et récemment proscrite), au service duquel j’étais en qualité de valet de chambre, prit le parti de se dérober par la fuite à la rage de ses ennemis ; nous nous sauvâmes, mais suivis pour ainsi dire à la piste, nous allions être arrêtés lorsque nous arrivâmes à peu de distance de votre ville ; nous fûmes forcés d’abandonner notre voiture, nos malles, enfin tout notre bagage ; nous pûmes cependant sauver un petit coffre contenant les bijoux de Madame, et 30 000 fr. en or ; mais, dans la crainte d’être arrêtés nantis de ces objets, nous nous rendîmes dans un lieu écarté et non loin de celui où nous avions été forcés de nous arrêter ; après en avoir levé le plan, nous enfouîmes notre trésor, puis ensuite nous nous déguisâmes, nous entrâmes dans votre ville et allâmes loger à l’hôtel de ***. Nous nous informâmes en soupant d’une personnes à laquelle on pût, au besoin, confier des sommes un peu fortes ; nous voulions charger cette personne de déterrer notre argent, et de nous l’envoyer par petites parties au fur et à mesure de nos besoins, mais la destinée en ordonna autrement. Vous connaissez sans doute les circonstances qui accompagnèrent l’arrestation de mon vertueux maître, ainsi que sa triste fin. Plus heureux que lui, il me fut possible de gagner l’Allemagne, mais bientôt assailli par la plus affreuse misère, je me déterminai à rentrer en France. Je fus arrêté et conduit à Paris ; trouvé nanti d’un faux passeport, je fus condamné à la peine des fers, et maintenant, à la suite d’une longue et cruelle maladie, je suis à l’infirmerie de Bicêtre. J’avais eu, avant de rentrer en France, la précaution de cacher le plan en question dans la doublure d’une malle qui, heureusement, est encore en ma possession. Dans la position cruelle où je me trouve, je crois pouvoir, sans mériter le moindre blâme, me servir d’une partie de la somme enfouie près de votre ville. Parmi plusieurs noms que nous avions recueillis, mon maître et moi, à l’hôtel, je choisis le vôtre. Je n’ai pas l’honneur de vous connaître personnellement, mais la réputation de probité et de bonté dont vous jouissez dans votre ville, m’est un sûr garant que vous voudrez bien vous acquitter de la mission dont je désire vous charger, et que vous vous montrerez digne de la confiance d’un pauvre prisonnier qui n’espère qu’en Dieu et en vous.
Veuillez, Monsieur, me faire savoir si vous acceptez ma proposition. Si j’étais assez heureux pour qu’elle vous convint, je trouverais les moyens de vous faire parvenir le plan, de sorte qu’il ne vous resterait plus qu’a déterrer la cassette ; vous garderiez le contenu entre vos mains ; seulement vous me feriez tenir ce qui me serait nécessaire pour alléger ma malheureuse position.
Je suis, etc.
P. S. Il n’est pas nécessaire de vous dire qu’une affaire semblable à celle que je vous propose doit être faite avec la plus grande discrétion ; ainsi, dans votre réponse, qui devra passer par le greffe de la prison avant de m’être remise, bornez-vous, seulement à me répondre, oui, ou non.
Toutes les Lettres de Jérusalem étaient calquées sur le même modèle, et tous les jours il en sortait, des prisons de la Seine, une très-grande quantité ; sur dix, sur vingt même, une tombait entre les mains d’un individu qui, par bonté d’ame, ou dans l’espoir de s’approprier tout ou partie du trésor, voulait bien se charger de la commission, et qui répondait au prisonnier. (C’est ici le lieu de faire remarquer que ce n’était jamais à celui qui avait monté l’arcat que la réponse était adressée ; un autre prisonnier était chargé de figurer, c’est-à-dire, de représenter, au besoin, le domestique infortuné du comte ou du marquis.)
Lorsque la réponse du Pantre était parvenue à l’Arcasineur, il s’empressait de lui écrire qu’il bénissait le ciel qui avait bien voulu permettre que la première personne à laquelle il s’était adressé, fût assez bonne pour compâtir à ses peines ; il était prêt, disait-il, à lui envoyer le plan qui devait le guider dans ses recherches ; mais pour le moment cela lui était impossible, attendu que, pour subvenir à ses premiers besoins, il avait été forcé de mettre sa malle, et tout ce qu’elle contenait, entre les mains d’un infirmier, en garantie d’une somme de… (la somme était toujours en rapport avec la fortune présumée de l’individu auquel on s’adressait.) Mais pourtant, ajoutait en terminant l’Arcasineur, si vous voulez avoir l’extrême complaisance de m’envoyer la somme due par moi à l’infirmier, je vous enverrai de suite le plan, et toutes les indications qui vous seraient nécessaires. La cupidité exerce un tel empire sur la plupart des hommes, que, presque toujours, le prisonnier recevait la somme qu’il avait demandée ; il arrivait même que, par excès de complaisance ou de précaution, le Sinve l’apportait lui-même, ce qui ne l’empêchait pas de subir le sort du commun des martyrs.
Les Lettres de Jérusalem ne sont pas mortes avec les circonstances qui les avaient fait naître ; tous les jours encore, des arcats sont montés dans les prisons, et l’audace des Arcasineurs est si grande, qu’ils ne craignent pas de s’adresser à des individus qui doivent, par le fait seul de leurs relations antérieures, connaître leurs us et coutumes ; cela est si vrai, qu’un Arcasineur m’adressa, il y a peu de temps, la lettre suivante :
Toulon, le 14 novembre 1835.
Monsieur,
J’ai fait du bien ; qu’il est doux, ce mot ! Ce mot renferme des pages entières, des volumes même. Un bienfait n’est jamais perdu. Quoi ! le bienfaiteur désintéressé a-t-il besoin de récompense ? Non ! Il est trop payé, s’il est humain et généreux, par cette satisfaction qui énivre les ames sensibles après un bienfait.
Telle j’étais, Monsieur, à votre égard, lors de votre évasion de Toulon, et votre nom m’eût été toujours inconnu, sans mon petit-fils, dans les mains duquel se trouvait votre biographie en me faisant le récit de cette aventure, me mit à même de connaître le nom de l’individu auquel je m’étais intéressée. Il me restait cependant le doute que vous ne fussiez tel que je le souhaitais, ce qui aurait pu attirer sur moi la divine réprobation et l’exécration des hommes. Mais l’aveugle confiance que vous eûtes en moi en était un sûr garant ; et je me disais : le coupable endurci n’aime que la nuit, le grand jour l’épouvante. Enfin le ciel même parut me l’attester, quand il vint lui-même à votre secours, et vous offrit, par le moyen de l’enterrement, la voie de salut que vous me demandâtes, et que, par un excès d’humanité, je vous promis. Pourquoi donc, Monsieur, après votre aveu et votre prière : Sauvez-moi, ame sensible, Dieu vous on tiendra bon compte, ne continuâtes-vous pas à me dire : Vous sauvez un malheureux qui n’a pas trempé dans le crime dont il a été accusé, et qui l’a plongé dans l’abîme dont il est si difficile, mais non impossible de se relever ! Cette déclaration aurait redoublé en moi l’intérêt qui me portait à vous aider, et aurait laissé en moi cette sécurité, et cette satisfaction que l’on éprouve à la suite d’un bienfait qui est ignoré de tout le monde. Mais, hélas ! comme les temps sont changés, depuis lors, pour nous ! Vous, en butte alors à la plus cruelle destinée, manquant de tout, obligé à fuir la société des hommes, et moi qui menais une vie paisible, quoique veuve d’un maître marin mort au service du roi Louis XVI, par le moyen d’un modique commerce, et une conscience pure, qui me mettait, ainsi que mes deux demoiselles en bas âge, à l’abri des premiers besoins.
Depuis que cette faible ressource m’a manqué, n’en ayant pas d’autres, je n’ai fait que languir.
Atteinte une des premières par le choléra je croyais toucher à la fin de mes maux, mais le ciel en a disposé autrement. La volonté de Dieu soit faite. Dieu a voulu m’épargner en prolongeant mon existence ; Dieu y pourvoira.
Je souhaite, Monsieur, que Dieu continue à prospérer vos affaires, et que vous soyez toujours le soutien des malheureux.
Agréez, Monsieur, les sentimens de ma considération, avec lesquels je suis,
Votre dévouée servante,
Geneviève Peyron, Ve Diaque.
Rue du Pradel, 19.
Voici en quels termes je répondis à cette lettre ; car, quoique bien convaincu qu’elle n’émanait pas de la personne qui m’avait rendu l’important service de favoriser mon évasion, mais bien de quelque Arcasineur pensionnaire du bagne de Toulon, qui avait appris la circonstance qu’il me rappelait, par mes Mémoires, je ne voulais pas, si contre toute attente mes prévisions étaient fausses, m’exposer à manquer de reconnaissance.
« Je serais mille fois heureux, Madame, si le hasard me faisait retrouver la femme qui m’a si généreusement aidé, à Toulon, lors de mon évasion ; je suis tout prêt à reconnaître, comme je le dois, ce qu’elle a fait pour moi, mais je ne veux point m’exposer à être dupe.
Ce que vous me dites, Madame, me prouve jusqu’à l’évidence que vous n’êtes pas la femme généreuse qui me procura les moyens de sortir de la ville de Toulon, et que vous ne connaissez cette circonstance de ma vie que par la lecture de mes Mémoires. Au reste, si vous êtes réellement la personne en question, vous pouvez aisément m’en donner la preuve, en me rappelant un incident qui m’arriva lorsque j’étais chez vous ; incident que la mémoire la moins locale ne peut avoir oublié ; si vous pouvez faire ce que je vous demande, je suis prêt à vous envoyer 500 fr., et même plus, etc., etc. »
L’Arcasineur ne se tint pas pour battu, et il me répondit en ces termes :
Toulon, le 30 novembre 1815.
Monsieur,
Il sied à la bienséance de répondre à une honnête missive, mais il n’est pas permis d’humilier les personnes.
Née dans une classe médiocre, appartenant à des parens dont l’honneur et la probité ont été les idoles, j’ai su répondre à leur attente, et me mériter, par une conduite toujours exempte de blâme, l’estime publique. Quoique illettrée, la nature m’a douée de ce tact qui tient lieu d’éducation soignée, et qui nous met à même de juger du procédé d’une personne. Mon petit-fils, né dans un siècle plus heureux que le mien, quant à l’instruction, a été choisi par moi pour être l’organe de mes pensées, et l’interprète de mes sentimens.
Oui, monsieur, je l’avouerai sans réserve, la tournure de votre lettre, et vos phrases ont tellement blessé mon amour-propre, que j’en ai été indignée. Vous eussiez beaucoup mieux fait de ne pas répondre que de m’offenser, et réserver votre manière de rédiger pour des ames basses et vénales. Cependant, un seul de vos paragraphes a mérité toute mon attention, et m’a paru être le plus fondé : c’est la crainte d’être trompé. J’ai apprécié vos doutes, et je les ai même admis. Mais, d’ailleurs, m’examinant attentivement, comment admettre en moi de pareilles idées, et supposer en moi un subterfuge, m’écriai-je au fond de l’ame, m’attachant à la ligne au contenu de ma lettre ! Demandait-elle une reconnaissance pécuniaire ? Contenait-elle un emprunt ? Exigeait-elle un sacrifice ? Non ! rien de tout cela. Elle ne contenait que l’épanchement sincère d’une ame sensible en apprenant l’heureux changement de votre sort ; et si la comparaison de nos destinées en différentes époques a été interprétée pour une demande quelconque, je la repousse de toutes mes forces, et hautement je m’écrie : mieux vaut mourir que s’humilier.
Quant à la preuve convaincante que vous me demandez, afin de reconnaître si je suis la personne en question, je répugnerais à la donner, précisément parce qu’elle a pour but la proposition d’une somme, si ce n’était une satisfaction personnelle. Je vous observerai donc que, soit vous, soit un autre individu auquel soit arrivé un pareil accident, vous ne fûtes jamais chez moi, n’ayant pu faire, sans me compromettre ; que le court entretien dans lequel je vous fis espérer les moyens de sortir, eut lieu publiquement, et que la circonstance et l’incident dont vous me parlez, me sont aussi inconnus que le Phénix. Et qu’enfin, n’ayant jamais joué, pendant ma vie, quoique orageuse, que des rôles honorables, je ne commencerai pas à l’hiver de mon âge à démentir mes sentimens.
J’ai l’honneur d’être,
Monsieur
Votre servante,
Genièvre Peyron, Ve Diaque.
Je ne voulus point prendre la peine de répondre à cette seconde missive. J’engage toutes les personnes qui en recevraient de semblables à suivre mon exemple.
Manche
d’Hautel, 1808 : Branler dans le manche. Voyez Branler.
Jeter le manche après la Cognée. Voyez Cognée.
Se moucher sur la manche. Proverbe qui vient de ce qu’autrefois on mettoit un mouchoir sur sa manche pour se moucher.
Se moucher sur sa manche, signifie aussi être novice, sans expérience, d’une grande simplicité.
Ne pas se moucher sur la manche. Être hardi, courageux, entreprenant, n’avoir pas l’air, emprunté dans le monde. Ne pas se laisser faire la loi.
Avoir quelqu’un dans sa manche. Être sûr de ses bons offices ; être en droit d’en disposer à son gré.
Il ne se fait pas tirer la manche. Pour il fait cette chose de bonne volonté, d’une manière gracieuse.
C’est une autre paire de manches. Pour c’est une affaire tout à fait différente.
Avoir la conscience large comme la manche d’un cordelier. Pour n’être ni délicat, ni scrupuleux sur le point d’honneur.
Il en mettroit deux comme celui-ci dans sa manche. Se dit pour abaisser le mérite d’un homme, et élever à ses dépens celui d’une autre personne.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Quête. Faire la manche, quêter.
Bras-de-Fer, 1829 : Quête.
Delvau, 1866 : s. f. Partie, — dans l’argot des joueurs. Manche à (sous-entendu : Manche). Se dit quand chacun des joueurs a gagné une partie et qu’il reste à faire la belle.
Delvau, 1866 : s. f. Quête ; aumône, — dans l’argot des saltimbanques. Faire la manche. Quêter, mendier.
Rigaud, 1881 : Partie de cartes, — dans le jargon des joueurs.
Rigaud, 1881 : Patron. Un mot que le journal le Tam-Tam a lancé dans la circulation et qu’il pourrait bien avoir créé. Le mot lui plaît, car il n’y a pas de numéros où il ne se trouve répété plusieurs fois.
Rigaud, 1881 : Quête. — Faire la manche, faire la quête, attraper le public en faisant la quête, — dans le jargon des saltimbanques.
La Rue, 1894 : Partie, au jeu. Mendicité. Quête. La manche, le monde des mendiants. Coup de manche, mendicité à domicile.
Rossignol, 1901 : Maladroit. Il est maladroit comme un manche à bastos.
France, 1907 : E. Blédort, dans ses Chansons de faubourg, donne les diverses significations argotiques de ce mot. En voici quelques extraits :
Un mot souvent déconcertant,
Pour l’exotique qui l’entend,
C’est « manche »,
Avec « une » ou bien avec « un »,
Les deux genr’s ont son sens chacun
Dans « Manche »,
César, escomptant l’avenir,
De certain balai croyait t’nir
Le manche.
…
Sentant son patron s’amener,
L’arpett’ crie, en cessant d’flâner :
« V’là l’manche ! »
Du maladroit ou du croquant
Gavroche dit en se moquant :
« Quel manche ! »
Quand il a produit son effet,
L’artiste en plein vent vite fait
La manche.
…
Sans le voir aussi court qu’ils l’ont,
Des gens se croi’nt le bras plus long
Qu’la manche.
…
Si, chez vous, un sang français bout
Et qu’un’ main franche soit au bout
D’vot’ manche,
Jamais ne vous déconcertez,
Après la cogné’ ne jeter
Pas l’manche.
Quand on a perdu l’premier point,
Gardez l’espoir de n’perdre point
L’aut’ manche…
Qu’on cit’ Cambronne à l’Alsacien,
Aussitôt il répond : « Eh pien,
Doi, manche ! »
(É. Blédort)
France, 1907 : Le pénis.
En me tâtant le pouls au manche, elle me prédisait la santé.
(Cabinet satirique)
N’est plus guère employé dans ce sens.
France, 1907 : Mendicité, quête.
Manger des briques
Rossignol, 1901 : Ne rien avoir à manger, c’est bouffer des briques à la sauce cailloux.
France, 1907 : Se mal nourrir.
Honnête ouvrier des fabriques,
Sois toujours humble et toujours bon ;
Le travailleur mange des briques,
Le patron suce du bonbon.
Pour l’aimer, pour le satisfaire,
Redouble d’efforts empressés :
Jamais tu n’en pourras trop faire,
Tu n’en feras jamais assez !
(Jules Jouy)
Manière
d’Hautel, 1808 : Cela frise un peu la manière. Pour, est trop affecté.
Il a été étrillé de la bonne manière. Pour, il a été bien maltraité ; il a beaucoup perdu dans cette entreprise.
Par manière d’acquit. Négligemment ; sans avoir l’air d’y toucher.
Delvau, 1864 : Se dit du faire particulier aux femmes galantes qui, souvent, ont autant de manières que les plus illustres artistes, — première manière, seconde manière, etc.
Changer de masque, c’est fort mal
Quand on n’est plus dans l’ carnaval,
P’t-être aussi qu’ vous changez d’ manière
Et qu’aux femmes vous voulez plaire ;
Ce s’rait deux bons goûts à la fois.
J’ vous crois fait’ pour en avoir trois.
(Béranger)
Delvau, 1866 : s. f. Façon de se conduire avec les hommes, — dans l’argot des drôlesses habiles, qui ont ainsi comme les grands artistes, leur première, leur seconde, leur troisième manière. Le cynisme en paroles et en actions peut être la première manière d’une courtisane, et la pudicité, voire l’honnêteté, sa troisième manière, — la plus remarquable et la plus dangereuse.
Mare
Rossignol, 1901 : Avoir assez d’une chose ou d’une femme, c’est en avoir son mare.
Marer
La Rue, 1894 : Être blasé. Avoir maré, en avoir assez. Marez, assez ! arrêtez !
Marmelade
d’Hautel, 1808 : Avoir le derrière en marmelade. Pour avoir les fesses meurtries ; comme il arrive quand on va à cheval, sans en avoir l’habitude, ou que l’on voyage dans une mauvaise voiture, qui cahote continuellement.
On dit aussi d’une chose quelconque qu’elle est en marmelade, pour dire qu’elle est écachée, brisée en morceaux.
France, 1907 : Misère : on dit aussi panade.
Un jeune paysan naïf et candide va consulter une somnambule extra-lucide, à qui il demande des éclaircissements sur le sort qui lui est réservé.
La pythonisse de répondre :
— Mon pauvre garçon, vous resterez dans la marmelade jusqu’à votre âge mûr.
— Et après ?
— Après ? Vous y serez habitué.
Marre
France, 1907 : Amusement. Être à la marre, se sentir en train de s’amuser. En avoir pris une marre, s’être bien amusé ; d’où le verbe se marrer, s’amuser, se réjouir.
Marré
Virmaître, 1894 : En avoir assez, s’ennuyer d’être en prison.
— Je vais me marrer pendant cinq berges (Argot des voleurs).
France, 1907 : Assez ! Arrêtez !
— Vieille saloperie, va !… Vieille ordure !
— Ordure toi-même.
— Marré ! Marré ! Tu répètes toujours la même chose.
(Georges Courteline)
Marre (en avoir)
anon., 1907 : En avoir assez.
Marré (être)
France, 1907 : Être blasé, en avoir assez.
Aussi, sûr que c’est ben fini,
C’est ben marré, c’est n, i, ni…
J’en veux pus d’marlous, ça m’bassine ;
Et pis quand ej’ me f’rai chopper,
J’aurai personne à m’occuper
Si j’me faisais foute à Lourcine.
(Aristide Bruant)
Mets des dieux
France, 1907 : C’est ainsi que Néron appelait en riant les champignons, faisant allusion à ceux que sa mère Agrippine fit servir à l’empereur Claude, qui mourut après en avoir mangé. Or, comme les empereurs romans étaient, après leur mort, honorés de l’apothéose, le plat qui avait tué Claude et l’avait mis dans l’Olympe au rang des immortels était, suivant Néron, un mets divin. La vengeance était aussi un mets des dieux.
Miseloque
Vidocq, 1837 : s. m. — Théâtre.
France, 1907 : Le monde des gens de théâtre, acteurs, chanteurs, danseurs et leurs congénères féminins ; tout ce monde qui s’affuble de loques. Jean Richepin explique ce terme d’argot dans une spirituelle ballade :
Croire que l’on a du génie,
Et même en avoir, et pourtant
Rester de la race honnie
Que jusqu’en nos jours va fouettant
L’envie ou le rire insultant
Du bourgeois faisant l’Archiloque
Contre ceux qui l’amusent tant,
Voilà, c’est ça la misloque.
…
Prince ou larbin, en en sortant
Devenir une triste loque
Que l’oubli tout entier attend,
Voilà, c’est ça la misloque.
Jouer la misloque, jouer la comédie.
Monté (être bien ou mal)
Delvau, 1864 : Avoir un membre viril d’une belle longueur, ou d’une exiguïté fâcheuse.
Elis en fut quitte pour faire élection des plus gros montés, qui se pouvaient trouver.
(Brantôme)
C’est que t’as l’air d’en avoir pour deux… T’es bien monté… mâtin.
(Lemercier de Neuville)
Mouchailler
anon., 1827 : Regarder.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Écouter, épier.
Bras-de-Fer, 1829 : Regarder.
Vidocq, 1837 : v. a. — Regarder.
Halbert, 1849 : Regarder.
Delvau, 1866 : v. n. Regarder, observer sans en avoir l’air, — dans l’argot des voyous.
Rigaud, 1881 : Regarder à la dérobée, regarder en dessous.
La Rue, 1894 : Regarder à la dérobée.
France, 1907 : Regarder.
— Eh ! dis donc, petite gaupe, qu’est-ce que tu as à mouchailler comme ça les sous-offs au lieu de reluquer tes casseroles ?
(Les Joyeusetés du régiment)
Muffée
Fustier, 1889 : Argot du peuple pour qui ce mot est synonyme de verrée.
D’ temps en temps, un’ pauv’ muffée au Caveau ou chez les bistros de la Révolte.
(Mirliton, journal, octobre 1885)
Rossignol, 1901 : Être bien ivre, c’est en avoir une muffée.
France, 1907 : Ivresse. Avoir une muffée, être complètement ivre.
Muffée (en avoir une vraie)
Fustier, 1889 : Être gris, en état d’ivresse.
Muffée (en avoir une)
Virmaître, 1894 : S’être empiffré jusqu’à en étouffer. Avoir une soulographie numéro un. Muffée : n’en plus pouvoir (Argot du peuple). N.
Murgériste
Delvau, 1866 : s. et adj. Qui appartient à l’école de Murger, qui en a les défauts sans en avoir les qualités.
Ne rien avoir dans le fusil
Virmaître, 1894 : Avoir le ventre vide. L’allusion est facile à saisir : J’sens l’paquet d’tripes qui s’cavale. (Argot du peuple).
Niffer (en avoir)
France, 1907 : N’en plus vouloir ; en avoir assez, renoncer.
À Auteuil ej’ faisais l’bonn’teau,
Mais c’est maint’nant eun’ sale affaire
Et j’ai plaqué l’flanch’ subito
Depuis qu’eun’ fois je m’suis fait faire,
J’en ai niffé des jeux d’argent :
On est trop filé d’la r’naclette…
Aujourd’hui je m’fais presque autant
En f’sant masser ma gigolette !
(É. Blédort)
Noix (en avoir)
Virmaître, 1894 : Avoir beaucoup de bijoux (Argot des voleurs).
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