d’Hautel, 1808 : Quand l’un dit tue, l’autre dit assomme. Pour exprimer que deux personnes enchérissent l’une sur l’autre de sévérité et de dureté dans les punitions qu’ils infligent à leurs subordonnés.
On dit grossièrement et méchamment des femmes qui sont parvenues à un âge avancé, et qui semblent promettre une longue vieillesse, que Pour qu’elles mourussent, il faudroit les assommer.
Assommer se prend aussi, par exagération, pour fatiguer, ennuyer, accabler. On dit d’un bavard, d’un importun, qu’Il assomme par la longueur et l’ennui de ses discours.
Assommer
Bâton
d’Hautel, 1808 : C’est un bâton merdeux, on ne sert par où, le prendre. Locution, basse et grossière pour dire qu’un homme est revêche et acariâtre ; qu’on ne peut l’aborder sans en recevoir quelques duretés, quelques malhonnêtetés.
Le tour du bâton. Espèce de correctif que l’on aux monopoles, aux exactions, aux friponneries que se permettent certaines gens dans leur emploi. L’homme probe a en horreur le Tour du bâton.
Faire quelque chose à bâtons rompus. C’est-à-dire, après de fréquentes interruptions.
S’en aller le bâton blanc à la main. Se ruiner dans une entreprise, dans une spéculation ; se retirer sans aucune ressource.
C’est son bâton de vieillesse. Pour dire le soutien de ses vieux jours.
Martin bâton. Bâton avec lequel on frappe les ânes.
Avoir le bâton haut à la main. C’est-à-dire être pourvu d’une grande autorité, d’un grand pouvoir.
C’est un aveugle sans bâton. Se dit d’un homme inhabile dans son métier, ou qui manque des choses nécessaires à sa profession.
Tirer au court bâton. Disputer, contester quelque chose avec vigueur et opiniâtreté ; ne céder qu’à la dernière extrémité.
Il crie comme un aveugle qui a perdu son bâton. Voy. Aveugle.
Delvau, 1864 : Le membre viril, à cause de ses fréquentes érections qui lui donnent la dureté du bois — dont on fait les cocus. Les femmes s’appuient si fort dessus qu’elles finissent par le casser.
Vous connaissez, j’en suis certaine,
Derrière un petit bois touffu,
Dans le département de l’Aisne,
Le village de Confoutu.
Par suite d’un ancien usage
Qui remonte au premier humain,
Tout homme y fait pèlerinage,
La gourde et le bâton en main.
(Eugène Vachette)
Virmaître, 1894 : Juge de paix (Argot des voleurs). N.
Battre
d’Hautel, 1808 : Quand il n’y a pas de foin au ratelier, les ânes se battent. Voyez Âne.
Ils se battent comme chiens et chats. Pour ils sont toujours à se quereller ; ils vivent dans la plus mauvaise intelligence.
Il vaudroit autant se battre contre un mur. Pour dire que la peine qu’on se donneroit pour faire entendre raison à un obstiné, seroit absolument inutile.
Battre quelqu’un comme plâtre. Le battre fréquemment ; l’abîmer de coups.
Battre le pavé. Mener une vie oisive et vagabonde ; ne faire œuvre de ses dix croigts ; rôder perpétuellement.
Battre le fer. Ferrailler, s’escrimer souvent. On dit d’un homme très-exercé dans une profession, qu’Il y a long-temps qu’il bat le fer.
Battre aux champs. S’esquiver, prendre la fuite, se sauver à toutes jambes.
Il faut battre le fer tandis qu’il est chaud. Signifie qu’il ne faut pas laisser échapper une occasion favorable, lorsqu’elle se présente.
Battre le chien devant le loup. Reprendre d’une faute un subalterne devant un supérieur qui s’en rend fort souvent coupable, à dessein de lui donner indirectement une leçon.
Battre le grand prévôt. Ne savoir que faire ; être d’une apathie, d’une paresse insupportables.
Se battre de l’épée qui est chez le fourbisseur. C. à. d. d’une chose qui est incertaine et éloignée.
Battre la campagne. Avoir le transport ; ne savoir ce que l’on dit ; tenir des propos ridicules.
S’en battre l’œil, les flancs ou les fesses. Se mettre peu en peine du résultat d’une affaire ; n’avoir aucune considération pour quelqu’un ; s’inquiéter nullement de lui être ou non agréable.
Se battre les flancs. Ne savoir que faire, être à charge aux autres et à soi-même.
Battre la semelle. Parcourir les pays étrangers ; voyager, chercher des aventures ; rôder.
Autant vaut bien battu que mal battu. C’est-à-dire qu’il ne faut rien faire à demi, quelle que soit la peine ou le dommage qui doive en résulter.
À battre faut l’amour. Signifie que les mauvais traitemens, les duretés, mettent en fuite l’amour et l’amitié.
Nous avons battu les buissons, et les autres ont pris les oiseaux. Pour dire les autres ont retiré le profit de nos peines et de notre travail. C’est le Sic vos non vobis de Virgile.
Bras-de-Fer, 1829 : Dissimuler.
Rigaud, 1881 : Dissimuler, — dans le jargon des saltimbanques.
France, 1907 : Parler ; argot des voleurs.
— Assez battu, Pâtissier ! dit d’une voix brève Mille-Pattes… il y a assez de Nib-de-Blair dans les environs, il est la Terreur du Pont-de-Flandre, moi l’on me reconnait partout pour la Terreur du Combat, ça suffit avec nous deux… il n’y a pas de place pour toi.
(Ed. Lepelletier, Les Secrets de Paris)
Bourrade
d’Hautel, 1808 : Au propre, coups de crosse de fusil : au figuré, dureté, rebuffades, mauvais accueil, refus désobligeant.
Bricheton
Rigaud, 1881 : Pain, — dans le jargon des ouvriers. — Bricheton d’attaque, pain de quatre livres.
Merlin, 1888 : Pain. — Bricheton est sans doute une corruption des mots brique, briquette. On dit encore : Brignolet.
Rossignol, 1901 : Pain.
France, 1907 : Pain : de l’italien bricioletto, petite miette, chapelure par euphémisme, en raison de la dureté des anciens pains de munition. Bricheton d’attaque, pain de deux kilos.
Quand on a le fusil vide et que les boyaux battent la générale, qu’entre deux affaires, tout noirs de poudre, on voit s’amener les boulangers, escortant le bricheton et la bidoche, le tafia et le cafiot, on ne les blague plus les épaulettes blanches, surtout si, dans la bagarre, le sang vaillamment versé en a rougi quelques-unes…
On se disait ces choses, dans les chambrées, pour se remettre du dédain des civils et du mépris des camarades, les combattants.
(Germinal, Mot d’Ordre)
Carillonner
d’Hautel, 1808 : Carillonner quelqu’un. Le gourmander ; le blâmer hautement ; le traiter avec une grande dureté.
Delvau, 1864 : Baiser une femme, en frappant les parois de sa cloche avec le battant priapesque.
Et il carillonne à double carillon de couillons.
(Rabelais)
N’est-ce pas un sujet de rire, lorsqu’on est sur le point de carillonner à ma paroisse.
(D’Ouville)
Duresse
France, 1907 : Dureté, insensibilité.
Duret (du)
M.D., 1844 : Du cuivre.
Duriner
Delvau, 1866 : v. a. Ferrer, — dans l’argot des voleurs.
Virmaître, 1894 : Ferrer. Allusion à la dureté des chaînes avec lesquelles autrefois on ferrait les forçats (Argot des voleurs).
France, 1907 : Ferrer.
Enlevé comme un corps saint
France, 1907 : Enlevé brutalement et sans ménagement. Ce dicton, encore en usage dans certaines provinces, n’a aucune signification orthographié ainsi. C’est corsin ou caursin qu’il faudrait dire, ainsi que l’explique Le Roux de Lincy : « À plusieurs époques du moyen âge, mais principalement au moment des croisades, différentes compagnies de marchands italiens s’établirent en France et s’enrichirent en faisant l’usure. Ces compagnies furent appelées Couercins, Caorcins, Cahorsins, soit, comme le veulent quelques-uns, parce que les principaux d’entre eux venaient de Florence et appartenaient à la famille des Corsini, soit parce qu’une des plus considérables de ces compagnies avait été s’établir à Cahors. La dureté avec laquelle ces commerçants agirent envers leurs débiteurs, et aussi le désir de s’emparer des richesses considérables amassées par eux, furent cause qu’à plusieurs reprises on les enleva pour les expatrier. »
Il faut se rappeler que les Italiens, et particulièrement les Lombards, se partagèrent avec les juifs la grande usure au moyen âge. Encore maintenant, les préteurs sur gages en Angleterre, les pawnbrokers, ont pour enseigne trois boules de cuivre, les armes des Lombards. Lombard a été longtemps synonyme d’usurier. On trouve dans le Trésor des sentences du XVIe siècle :
Dieu me garde de quatre maisons,
De la taverne, du Lombard,
De l’hospital, de la prison.
Foutro
France, 1907 : Jeu en vogue dans les hôpitaux militaires. Un mouchoir tordu d’une façon fort serrée et d’une dureté extrême est étendu sur une table ou un banc. C’est M. Lefoutro. Les joueurs assis autour doivent observer certaines règles dont l’infraction est punie par trois coups vigoureux de M. Lefoutro sur la main du coupable.
— Un jour que l’idée m’était venue de me mêler à la partie, un coup de foutro me cassa net une bague que j’avais au doigt et à laquelle je tenais beaucoup. C’était la première fois que je jouais au foutro ; ce fut également la dernière.
(G. Courteline, Les Gaietés de l’escadron)
Goupiner
Ansiaume, 1821 : Travailler.
L’affaire est bonne, mais il y a à goupiner.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Faire quelque chose.
Bras-de-Fer, 1829 : Travailler.
Vidocq, 1837 : v. a. — Travailler.
Clémens, 1840 : Travailler.
un détenu, 1846 : Faire quelque chose. Un objet bien goupiné est un objet bien fait.
Larchey, 1865 : Voler. V. Estourbir, Butter.
Voilà donc une classe d’individus réduite à la dure extrémité de travailler sur le grand trimar, de goupiner
(Cinquante mille voleurs de plus à Paris, Paris, 1830, in-8)
J’ai roulé de vergne en vergne pour apprendre à goupiner.
(Vidocq)
Delvau, 1866 : v. a. Voler, — dans le même argot [des voleurs]. Goupiner les poivriers. Dévaliser les ivrognes endormis sur la voie publique.
Rigaud, 1881 : Voler, s’ingénier à faire le mal.
En goupinant seul et dans un pays étranger, on n’a à craindre ni les moutons ni les reluqueurs.
(J. Richepin, l’Assassin nu)
Goupiner les poivriers, voler les ivrognes.
La Rue, 1894 : Voler. Travailler.
Virmaître, 1894 : Voler. On applique également ce mot à quelqu’un de mal habillé.
— Est-il goupiné ? (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : Travailler.
Hayard, 1907 : Arranger, apprêter un vol.
France, 1907 : Travailler.
— La largue est fine, et que goupine-t-elle ?
— Elle est établie, elle gère une maison.
(Balzac)
France, 1907 : Voler.
En roulant de vergue en vergue
Pour apprendre à goupiner.
(Vidocq)
Allumés de toutes ces largues
Et du trèpe rassemblé ;
Et de ces charlots bonsdrilles,
Lonfa malura dondaine !
Tous aboulant goupiner,
Lonfa malura dondé !
(Chanson de l’argot)
Dès lors arrivent les politesses d’usage ; c’est un verre de plus qu’il faut.
Jean-Louis déplore la dureté des temps.
Il se plaint de ne pouvoir goupiner ; on se plaint mutuellement.
(Marc Mario et Louis Launay)
Hacher ou hacher de la paille
France, 1907 : Parler avec difficulté. Mutiler la langue. Parler allemand ; allusion à la dureté de cette langue.
Joncs
Delvau, 1866 : s. m. pl. Lit de prison, à cause de la paille qui en compose les matelas. Être sur les joncs. Être arrêté ou condamné pour un temps plus ou moins long — toujours trop long ! — « à pourrir sur la paille humide des cachots ».
Virmaître, 1894 : Lit des prisonniers. Allusion à la dureté de la paille des matelas (Argot des voleurs). V. Plumes de beauce.
France, 1907 : Lit de prison. Coucher sur des joncs, c’est-à-dire sur la paille.
Pieu
d’Hautel, 1808 : Roide comme un pieu. Se dit d’une personne qui a de la roideur dans son maintien, dans ses manières, entièrement dépourvue de graces.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Lit.
Vidocq, 1837 : s. m. — Lit.
M.D., 1844 : Un lit.
un détenu, 1846 / Halbert, 1849 : Lit.
Larchey, 1865 : Lit. — Allusion à la dureté des lits de bagne, de prison et de corps-de-garde.
On peut enquiller par la venterne de la cambriolle de la larbine qui n’y pionce quelpoique, elle roupille dans le pieu du raze.
(Vidocq)
Delvau, 1866 : s. m. Lit, couchette, — dans l’argot des faubouriens. Aller au pieu. Aller se coucher. Se coller dans le pieu. Se coucher. Être en route pour le pieu. S’endormir.
Rigaud, 1881 : Lit ; barre ; traverse. — Rivé au pieu, passionnément épris d’une fille, d’une femme galante ; c’est-à-dire rivé au lit.
Ce mot terrible, dont l’argot a baptisé le lit des sales amours.
(Ed. et J. de Goncourt, Le Vieux Monsieur)
Merlin, 1888 : Lit. — Le lit militaire n’a, en effet, rien à envier à la dureté du pieu.
La Rue, 1894 : Lit.
Virmaître, 1894 : Le lit. Se fourrer au pieu. Se coller dans le pieu. Allusion à ce que l’on s’y enfonce comme le pieu s’enfonce dans la terre (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Lit.
France, 1907 : Lit ; argot populaire et militaire. Ce mot ne vient pas de ce que le lit de troupe ou celui du pauvre est dur comme un pieu, mais du vieux français piautre, paillasse, dont l’argot du voleur a fait piaucer, dénaturé en pioncer par l’argot populaire.
— À peine était-elle fourrée au pieu que j’allais l’y rejoindre. Ah ! mes enfants, si vous aviez entendu ses petits cris étouffes ! « Allez-vous-en ! me disait-elle. Vous avez encore un rude aplomb, vous ! Allez-vous-en, ou j’appelle maman ! — Appelle si tu l’oses. — Oui, je vais oser. — Ose donc ! » Il n’y avait pas de danger. J’étais trop sûr de mon affaire, et je continuais à me glisser dans le petit pieu.
(Les Joyeusetés du régiment)
A’s ont pus d’pain
Car le chopin
N’est pas rupin…
C’est du lapin.
A’s ont pus d’feu,
A’s pri’nt l’bon Dieu,
Qu’est un bon fieu,
D’chauffer leur pieu.
(Aristide Bruant)
Être rivé au pieu, être attaché passionnément a une femme.
anon., 1907 : Lit.
Pivert
Delvau, 1866 : s. m. Scie faite d’un ressort de montre, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Ressort de montre dont les prisonniers se servent en guise de lime. Allusion à la dureté du bec du pivert.
France, 1907 : Petite scie faite avec un ressort de montre et dont les prisonniers se servent pour scier les barreaux de leur cellule. Allusion à la finesse du bec de l’oiseau de ce nom.
Tête de pioche
Virmaître, 1894 : Individu à la tête dure qui ne veut rien apprendre. Allusion à la dureté de l’acier trempé de la pioche (Argot du peuple). N.
Rossignol, 1901 : Voir tête carrée.
France, 1907 : Personne à l’intelligence rétive, au cerveau aussi dur que la terre qu’on pioche.
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