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Baba

Rigaud, 1881 : Pour ébahi, — dans le jargon du peuple ; en ôtant la première et les deux dernières lettres et doublant la syllabe BA.

Rossignol, 1901 : Étonné, surpris, ne savoir quoi répondre.

Il était tellement épaté, qu’il en est resté baba.

France, 1907 : Ébahi, stupéfait. Rester baba, rester bouche bée. Baba, en russe, veut dire vieille. Peut-être ce mot a-t-il été rapporté de la campagne de Russie, où les vieilles, sur leurs portes, regardaient d’un air ahuri passer nos soldats.

Donner du travail aux ouvriers, ce n’est pas bien difficile. Il suffirait, pour cela, d’une poussé de générosité, d’un élan du cœur, chez les marchands de paroles, là-bas, au bout du pont de la Concorde.
Vous m’objecterez que ce serait la première fois, depuis plus de vingt ans, qu’ils s’occuperaient sérieusement du pauvre monde et que nous en resterions tous baba.

(François Coppée)

Boubouille

Rigaud, 1881 : Cuisine sans prétention. La véritable boubouille se fait sur un fourneau en terre, placé, le plus souvent, sur le carré de l’escalier. C’est le dernier mot delà cuisine du pauvre et de la pauvre cuisine.

France, 1907 : Cuisine faite sur un fourneau portatif ; corruption de pot-bouille.

Cabotin

d’Hautel, 1808 : Sobriquet injurieux, qui signifie histrion, batteleur ; comédien ambulant, indigne des faveurs de Thalie.

Delvau, 1866 : s. m. Mauvais acteur, — le Rapin du Théâtre, comme le Rapin est le Cabotin de la Peinture.

France, 1907 : Acteur ; argot populaire.
Edmond Garnier a esquissé en quelques vers les traits du pauvre cabotin :

Au café, riche… en espérance !
Il raconte avec assurance
Ses succès à Chose, à Machin,
Au beau temps ainsi qu’à l’orage
Opposant un même visage,
Joyeux il nargue le destin,
Juif errant de l’art, très utile,
Il va partout, de ville en ville,
Sans nul souci du lendemain,
Au bourgeois bête, qui le blâme,
Il sait montrer qu’il a de l’âme…
Quoique bouffon du genre humain.

Ce cabot, que Paris évince,
Un beau jour s’éteint en province
Sans ai qui pleure sa fin.
Mais tous les ans, dame Nature
Revient parer, de sa verdure,
L’humble tombe du cabotin.

Café (fort de), fort de chicorée, fort de moka

Larchey, 1865 : Excessif, peu supportable.

On dit : C’est un peu fort de café, pour exprimer que quelque chose passe les bornes.

(d’Hautel, 1808)

Oh ! Oh ! dirent Schaunard et Marcel, ceci est trop fort de moka.

(Murger)

S’unir à un autre ! C’est un peu fort de chicorée.

(Cormon)

On sait quelle irritation le café trop fort cause dans le système nerveux. La chicorée jouit des honneurs peu mérités du synonyme. Il semble qu’ici, comme dans le café du pauvre, elle tienne à entrer en fraude. En revanche, on sait que le moka tient le haut de l’échelle.

Cul de vilain

France, 1907 : Bourse de cuir où d’étoffe dont on se servait autrefois et qui se fermait par une coulisse. Dans son Glossaire français du moyen âge, M. de Laborde donne l’explication du mot en deux lignes :

La culotte du pauvre est souvent percée et laisse voir le contenu,
Une bourse de satanin à cul de vilain.

(Inventaire de Charles V)

Grinchir

Ansiaume, 1821 : Voler.

Il ne veut grinchir que dans les entonnes, pour moi niberg.

Bras-de-Fer, 1829 : Voler, prendre.

Vidocq, 1837 : v. a. — Voler. J’ai réuni dans cet article quelques détails sur divers genres de vols. Quelques-uns se commettent encore tous les jours ; d’autres n’ont été commis que par ceux qui les ont inventés.
Grinchir au boulon. Le Grinchissage au Boulon a été inventé, dit-on, par un individu dont les antécedens sont bien connus, et qui a pour la pêche une passion pour le moins aussi grande que celle de certain député juste-milieu. Au reste, si l’individu dont je parle n’est pas l’inventeur du Grinchissage au Boulon, il a du moins excellé dans sa pratique, comme il excella par la suite dans la pratique des vols à la Tire et au Bonjour.
Pour Grinchir au Boulon, il ne s’agit que de passer par l’un des trous pratiqués dans la devanture des boutiques, pour donner passage aux boulons qui servent à les fermer, un fil de fer ou de laiton, terminé par un crochet qui sert à saisir l’extrémité d’une pièce de dentelle qu’on amène ainsi à l’extérieur avec une grande facilité.
Il ne s’agirait, pour se mettre à l’abri de ce genre de vol, que de boucher à l’intérieur l’entrée des boulons par de petites plaques de fer.
Grinchir à la cire. Un ou plusieurs individus se rendent chez un restaurateur, déjeunent ou dînent, et s’emparent d’une ou de plusieurs pièces d’argenterie qu’ils collent sous la table au moyen d’un emplâtre de cire ou de poix. Si le maître de l’établissement s’aperçoit du vol qui vient d’être commis à son préjudice, les coupables n’ont rien à craindre, quand bien même ils seraient fouillés. Il est inutile de dire qu’un compère vient quelques instans après leur départ, enlever les pièces d’argenterie.
Le Grinchissage à la Cire fut inventé, il y a vingt années environ, par une jeune et jolie personne, qui le pratiquait de concert avec sa mère, qui était chargée de venir prendre l’argenterie. Ces deux femmes exercèrent paisiblement pendant deux ans ; mais enfin elles subirent le sort de tous les voleurs : elles furent arrêtées et condamnées. Elles confessèrent, durant l’instruction de leur procès, deux cent trente-six vols de cette nature.
Grinchir à la limonade. Un individu dont la tournure est celle d’un domestique, se présente chez un limonadier, auquel il commande dix, douze, ou même quinze demi-tasses pour Monsieur un tel, qui demeure toujours dans la même rue que le limonadier auquel il s’adresse, mais à l’extrémité opposée. Cela fait, il prend les devans et va se poster sur la porte de livraison dont il a indiqué le numéro, et, lorsqu’il voit venir le garçon, il va au-devant de lui, prend la corbeille qu’il porte, et le prie d’aller chercher de l’eau-de-vie qu’il a oublié de commander. Le garçon, sans défiance, abandonne sa corbeille, et s’empresse d’aller chercher ce qu’on lui demande. Ce n’est que lorsqu’il arrive avec le flacon d’eau-de-vie qu’il apprend, du portier de la maison indiquée, qu’il vient d’être la victime d’un audacieux voleur.
Les traiteurs qui envoient de l’argenterie en ville sont aussi très-souvent victimes des Grinchisseurs à la Limonade. Il ne faudrait cependant, pour éviter leurs pièges, que monter toujours dans les lieux indiqués les objets demandés, et de prendre, auprès du concierge de la maison, des renseignemens minutieux.
Cette dernière précaution surtout ne devrait jamais être négligée. Souvent des intrigans louent un appartement, le font garnir de meubles appartenant à un tapissier. Ils se font ensuite apporter une ou deux fois à dîner par le restaurateur voisin, puis enfin une troisième. Mais alors le nombre des convives est plus considérable, et, pour ne point donner naissance aux soupçons, celui des Grinchisseurs qui joue le rôle de l’Amphytrion a soin de demander un garçon pour aider son domestique à servir les convives. Le dîner fini, le domestique, qui est une des principales chevilles du complot, prépare l’argenterie et disparaît avec elle au moment convenu. Pendant ce temps les maîtres passent au salon pour prendre le café, et y amusent le garçon jusqu’à ce qu’ils aient, les uns après les autres, trouvé le moyen de s’évader.
Grinchir à la desserte. Le Grinchissage à la Desserte n’est guère pratiqué qu’à Paris. Un individu, vêtu d’un costume de cuisinier, le casque à mèche en tête et le tranche-lard au côté, qui connaît parfaitement la situation de la cuisine et celle de la salle à manger de la maison dans laquelle il veut voler, s’y introduit à l’heure du dîner, et s’il peut arriver dans la salle à manger avant d’avoir été remarqué, il enlève avec dextérité toute l’argenterie que les domestiques ont laissée en évidence, et trouve le moyen de disparaître sans laisser d’autres traces de son passage que le vol qu’il a commis.
Qu’on se figure, s’il est possible, la surprise extrême du maître de logis ; il veut servir le potage et ne trouve point la cuillère, c’est un oubli de la servante ; il la sonne, elle vient, et après bien des pourparlers on trouve le mot de l’énigme.
Ces vols étaient jadis beaucoup plus fréquens qu’aujourd’hui, par la raison toute simple que les plus fameux Grinchisseurs à la Desserte se sont retirés des affaires, et se sont, je crois, amendés ; l’un s’est fait usurier, et l’autre amateur de tableaux.
Grinchir au voisin. Quoique ce vol ne soit pas de création nouvelle, il se commet encore presque tous les jours, et il n’y a pas bien long-temps que la Gazette des Tribunaux entretenait ses lecteurs d’un Grinchissage au Voisin, dont un horloger de la rue Saint-Honoré venait d’être la victime. Un homme vêtu en voisin, c’est-à-dire, suivant la circonstance, enveloppé d’une robe de chambre, ou seulement couvert d’une petite veste, entre chez un horloger et lui demande une montre de prix, qu’il veut, dit-il, donner à sa femme ou à son neveu ; mais, avant d’en faire l’emplette, il désire la montrer à la personne à laquelle elle est destinée. Il prend la montre qu’il a choisie et prie l’horloger de le faire accompagner par quelqu’un auquel il remettra le prix du bijou, si, comme il n’en doute pas, il se détermine à en faire l’acquisition. Il sort, accompagné du commis de l’horloger, et après tout au plus cinq minutes de marche, ils arrivent tous deux devant la porte cochère d’une maison de belle apparence ; le voleur frappe, et la porte est ouverte. « Donnez vous la peine d’entrer, dit-il au commis de l’horloger. — Après-vous, Monsieur, répond celui-ci. — Entrez, je vous en prie, je suis chez moi. — C’est pour vous obéir, » dit enfin le commis qui se détermine à passer le premier ; à peine est-il entré que le voleur tire la porte et se sauve, et lorsque le commis a donné au concierge de la maison dans laquelle il se trouve, les explications propres à justifier sa présence, explications que celui-ci exige avant de se déterminer à tirer le cordon, le voleur est déjà depuis long-temps à l’abri de toute atteinte.
Grinchir aux deux Lourdes. Un individu dont la tournure et les manières indiquent un homme de bonne compagnie, arrive en poste dans une ville, et prend le plus bel appartement du meilleur hôtel ; il est suivi d’un valet de chambre, et aussitôt son arrivée il a fait arrêter un domestique de louage ; ce noble personnage qui mène le train d’un millionnaire, daigne à peine parler aux hôteliers ; il laisse à son valet de chambre le soin de régler et de payer sa dépense ; mais ce dernier, qui n’additionne jamais les mémoires qu’il acquitte, et qui ne prononce jamais le nom de son maître sans ôter son chapeau, remplit de cette commission à la satisfaction générale. Les voies ainsi préparées, l’étranger fait demander un changeur, qui se rend avec empressement à ses ordres, et auquel il montre une certaine quantité de rouleaux qui contiennent des pièces d’or étrangères ; le changeur examine, pèse même les pièces que l’étranger veut échanger contre des pièces de 20 francs ; rien n’y manque, ni le poids, ni le titre ; le prix de change convenu, on prend jour et heure pour terminer. Lorsque le changeur arrive allèché par l’espoir d’un bénéfice considérable, Monsieur le reçoit dans sa chambre à coucher, assis devant un feu brillant, et enveloppé d’une ample robe de chambre ; le changeur exhibe ses pièce d’or ; les comptes faits, le fripon laisse la somme sur une table, et invite le changeur à passer dans son cabinet pour prendre les pièces étrangères qu’il doit recevoir ; durant le trajet de la chambre à coucher au cabinet, l’or du changeur est enlevé par le valet de chambre ; arrivé au cabinet avec le changeur, le noble personnage a oublié la clé de son secrétaire, il s’absente pour aller la chercher, mais au lieu de revenir, il sort par une seconde porte et va rejoindre son valet de chambre.
Ce n’est point toujours à des changeurs que s’adressent les Grinchisseurs aux deux lourdes. C’est ce que prouvera l’anecdote suivante.
Un individu arrive, en 1812 ou 1813, à Hambourg, son domestique ne parle, dans l’hôtel où son maître est descendu, que des millions qu’il possède et du mariage qu’il est sur le point de contracter, mariage qui doit, dit-il, augmenter encore les richesses de cet opulent personnage. La conduite du maître ne dément pas les discours du domestique, il paie exactement, et plus que généreusement ; l’or paraît ne rien lui coûter. Lorsque cet individu crut avoir inspiré une certaine confiance, il fit demander son hôte, et lorsque celui-ci se fut rendu à ses ordres, il lui dit qu’il désirait acheter plusieurs bijoux qu’il destinait à sa future ; mais, que, comme il ne connaissait personne à Hambourg, il le priait de vouloir bien lui indiquer le mieux assorti, le plus honnête des joailliers de la ville. Charmé de cette preuve de confiance, l’hôtelier s’empressa de faire ce que désirait son pensionnaire, et lui indiqua le sieur Abraham Levy. Le fripon alla trouver ce joaillier, et lui commanda pour une valeur de 150,000 fr. de bijoux.
Le jour de la livraison arrivé, le fripon, quoi qu’indisposé, se lève cependant, et vient en négligé recevoir le joaillier dans son salon. Après avoir attentivement examiné les diverses parures, il les dépose dans un des tiroirs d’un magnifique secrétaire à cylindre, qu’il ferme avec beaucoup de soin, mais sur lequel cependant il laisse la clé ; cela fait, il sonne son valet de chambre pour lui demander la clé d’un coffre-fort qui se trouve là. Le domestique ne répond pas, le noble personnage s’impatiente, sonne encore ; le domestique ne donne pas signe de vie ; il sort furieux pour aller chercher lui-même la clé dont il a besoin.
Un quart-d’heure s’est écoulé, et il n’est pas encore revenu. « Il ne revient pas, dit le joaillier au commis dont il est accompagné, cela m’inquiète. » — Cette inquiétude se comprendrait, répond le commis, s’il avait emporté les bijoux avec lui, mais ils sont dans ce secrétaire, nous n’avons donc rien à craindre ; patience, il peut avoir été surpris par un besoin, en allant chercher son domestique. — « Ce que vous dites est vrai, mon cher Bracmann, c’est à tort que je m’alarme, répond Abraham Levy ; mais, cependant, ajoute-t-il en tirant sa montre, voilà trente-cinq minutes qu’il est parti, une aussi longue absence est incompréhensible ; si nous l’appelions ? » Le commis se range à l’avis de son patron, et tous deux appellent monseigneur ; point de réponse. « Mais la clé est restée au secrétaire, dit encore le joaillier, si nous ouvrions ? — Vous n’y pensez pas, M. Abraham, et s’il rentrait et qu’il nous trouvât fouillant dans son secrétaire, cela ferait le plus mauvais effet. » Le joaillier se résigne encore ; mais enfin, n’y pouvant plus tenir, il sonne après trois quarts d’heure d’attente ; les domestiques de l’hôtel arrivent, on cherche le seigneur qu’on ne trouve plus ; enfin, on ouvre le secrétaire. Que le lecteur se représente, si cela est possible, la stupéfaction du pauvre Abraham Levy lorsqu’il vit que le fond du secrétaire et le mur contre lequel il était placé étaient percés, et que ces trous correspondaient derrière la tête d’un lit placé dans une pièce voisine, ce qui avait facilité l’enlèvement des diamans. On courut en vain après les voleurs qui s’étaient esquivés par la seconde porte de l’appartement qu’ils occupaient, et qui étaient déjà loin de Hambourg lorsque le joaillier Abraham Levy s’aperçut qu’il avait été volé. L’un des deux adroits Grinchisseurs aux deux Lourdes dont je viens de parler est actuellement à Paris, où il vit assez paisiblement. Je crois qu’il s’est corrigé.
Quand on échange des pièces d’or, quand on vend des diamans à une personne que l’on ne connaît pas parfaitement, il ne faut pas perdre de vue sa propriété, ni surtout la laisser enfermer.
Les Grinchisseurs aux deux Lourdes escroquent aussi des dentelles de prix. Une adroite voleuse, la nommée Louise Limé, dite la Liégeoise, plus connue sous le nom de la comtesse de Saint-Amont, loua en 1813 ou 1814, l’entresol de la maison sise au coin des rues de Lille et des Saints-Pères. Cet entresol avait deux sorties, l’une sur l’escalier commun, l’autre donnait entrée dans une boutique qui, alors, n’était pas louée. La comtesse de Saint-Amont fit apporter chez elle un nombre de cartons assez grand pour masquer cette seconde entrée. Tout étant ainsi disposé, elle se rendit chez un marchand, auquel elle acheta au comptant pour 36 à 40,000 francs de dentelles. Le lendemain, un commis lui apporte ses emplettes, qu’elle examine avec le plus grand soin ; cela fait, elle prend le carton qui les contient et le place derrière les siens. Un compère, aposté pour cela, l’enlève et s’esquive. Pendant ce temps, la comtesse assise devant un secrétaire compte des écus. Mais, tout-à-coup elle se ravise et dit au commis : « Il est inutile de vous charger, je vais vous payer en billets de banque » Elle remet les écus dans le sac qui les contenait, et passe derrière les cartons. Le commis entend le bruit que fait une clé en tournant dans une serrure ; il croit que c’est la caisse que l’on ouvre. A ce bruit succède un silence de quelques minutes. Le commis suppose que la comtesse compte les billets de banque qu’il va recevoir. Mais enfin, ne la voyant pas revenir, il passe à son tour derrière les cartons, et découvre le pot aux roses. Les recherches de la police, pour découvrir la fausse comtesse de Saint-Amont, furent toutes inutiles ; on n’a jamais pu savoir ce que cette femme était devenue.
Grinchir à Location. On ne saurait prendre, contre les Grinchisseurs à Location, de trop minutieuses précautions, car on peut citer un grand nombre d’assassinats commis par eux. Lacenaire a commencé par Grinchir à Location. Les Grinchisseurs à Location marchent rarement seuls, et, quelquefois, ils se font accompagner par une femme. Ils connaissent toujours le nombre, l’heure de la sortie, des habitans de l’appartement qu’ils veulent visiter. Ils examinent tout avec la plus scrupuleuse attention, et ne paraissent jamais fixés lors d’une première visite, car ils se réservent de voler à une seconde.
Lorsque le moment de procéder est arrivé, l’un d’eux amuse le domestique ou le portier qui les accompagne, tandis que l’autre s’empare de tous les objets à sa convenance. Un Grinchissage à Location réussit presque toujours, grâce à la négligence des serviteurs chargés de montrer aux étrangers l’appartement à louer.
Les Grinchisseurs à Location servent aussi d’éclaireurs aux Cambriolleurs et Caroubleurs. Ils se font indiquer les serrures qui appartiennent au propriétaire, et celles qui appartiennent au locataire ; ils demandent à voir les clés dont ils savent prendre l’empreinte.
Beaucoup de personnes accrochent leurs clés dans la salle à manger, c’est ce qu’elles ne devraient pas faire ; c’est bénévolement fournir aux voleurs le moyen de procéder avec plus de facilité.
Grinchir à la Broquille. Les Grinchisseurs à la Broquille sont, ainsi que les Avale tout cru et les Aumôniers, une variété de Détourneurs ; et, comme eux, ils exploitent les bijoutiers.
Ces derniers donc, s’ils veulent être à l’abri de leurs atteintes, devront avoir les yeux toujours ouverts, et leur montre ou vitrine toujours close ; mais ces précautions, quoique très-essentielles, ne sont que des prolégomènes qui ne doivent pas faire négliger toutes celles dont les evénemens indiqueraient la nécessité. Par exemple : lorsque quelqu’un se présente dans la boutique d’un joaillier pour marchander des bagues ou des épingles, si le marchand ne veut pas courir le risque d’être volé, il ne faut pas qu’il donne à examiner plus de deux bagues à la fois ; si la pratique désire en examiner davantage, il remettra à leur place les premières avant de lui en remettre deux autres ; les baguiers et pelottes devront donc être faits de manière à contenir un nombre déterminé de bagues ou d’épingles.
Malgré l’emploi de toutes ces précautions, le bijoutier peut encore être volé, et voici comme : Un Broquilleur adroit examine du dehors une épingle de prix placée à l’étalage, et il en fait fabriquer une toute semblable par un bijoutier affranchi ; puis après il vient marchander celle qu’il convoite, et comme le prix, quelque modéré qu’il soit, lui paraît toujours trop élevé, il rend au marchand l’épingle qu’il a fait fabriquer, et garde la bonne ; il est inutile de dire que le numéro, la marque, l’étiquette, et jusqu’à la soie qui l’attache, sont parfaitement imités.
D’autres Broquilleurs savent parfaitement contrefaire les anneaux à facettes dont les bijoutiers ont toujours un groupe à la disposition des acheteurs ; l’un d’eux marchande et achète une bague du groupe, dont il sait adroitement faire l’échange ; le bijoutier accroche à sa vitrine un paquet d’anneaux en cuivre, tandis que le voleur s’esquive avec les anneaux d’or.
Souvent encore deux femmes dont la mise est propre, quoiqu’un peu commune, se présentent pour acheter une chaîne, elles sont long-temps à trouver du jaseron dont la grosseur leur convienne, mais lorsqu’elles se sont déterminées elles veulent savoir combien de tours la chaîne devra faire ; pour en prendre la mesure exacte ; l’une d’elles passe plusieurs tours de jazeron autour du col de sa compagne, et avec une petite paire de cisailles, qu’elle tient cachée dans sa main, elle en coupe un morceau plus ou moins long, qui tombe entre la chemisette et le dos. Cela fait, ces femmes conviennent d’en prendre une longueur déterminée, donnent des arrhes et sortent ; elles recommencent plusieurs fois dans la même journée ce vol qu’elles nomment la Détourne à la Cisaille.

un détenu, 1846 : Voler à l’étalage.

Larchey, 1865 : Voler (Vidocq). V. Turbinement, Plan, Douille, Affranchir. — Grinchissage, Vol. V. Parrain.

Delvau, 1866 : v. a. Voler quelque chose. On dit aussi Grincher. Grinchir à la cire. Voler des couverts d’argent par un procédé que décrit Vidocq (p. 205).

Limonade

Vidocq, 1837 : s. m. — Plat, assiette.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Larchey, 1865 : Assiette (Vidocq). — Comparaison de l’assiette à une rouelle de limon.

Delvau, 1866 : s. f. Assiette, — dans l’argot des voleurs.

Delvau, 1866 : s. f. Eau, — dans l’argot des faubouriens. Tomber dans la limonade. Se laisser choir dans l’eau.

Delvau, 1866 : s. f. État de limonadier.

Rigaud, 1881 : Eau, — dans le jargon des ivrognes. — Se plaquer dans la limonade, se jeter à l’eau.

Rigaud, 1881 : Gilet de flanelle, — dans le jargon des voyous. C’est un dérivé de lime, qui veut dire chemise.

La Rue, 1894 : Eau. Assiette. Tomber dans la limonade, être en déconfiture.

Virmaître, 1894 : Eau. Tomber dans la limonade, ce n’est pas « se laisser choir dans l’eau », comme le dit A. Delvau, c’est tomber dans la misère : — Il est tombé dans la limonade. Il existe à ce sujet une chanson : Ah ! il est tombé dans la limonade (Argot du peuple). N.

Rossignol, 1901 : Eau. Limonade veut aussi dire misère. Être dans la Limonade, c’est être miséreux.

France, 1907 : Assiette ; argot des voleurs.

France, 1907 : Déconfiture. Tomber dans la limonade, être ruiné.

— Il n’y a pas à hésiter, fit Wilhelm, puisque nous sommes dans le pétrin.
— Dans la pommade, ajouta Luigi.
— Dans la limonade, conclut John à son tour.

(Yveling Rambaud, Haine à mort)

J’suis en plein dans la limonade ;
Plus un sou, malade et vanné ;
Et je chante, en fait d’sérénade,
Cell’ du pauvre pané.

(Jules Varney)

France, 1907 : Eau ; ce que les Anglais appellent bière d’Adam.

Modéré

France, 1907 : Politicien appartenant au juste milieu, ennemi des exagérations des partis et des sectaires.

Il sait très bien que dans la bouche des modérés liberté signifie licence illimitée du riche, impuissance éternelle du pauvre, parce que celui qui n’a rien ne peut rien pour améliorer son sort sans le secours de ses semblables. Et il sait très bien aussi, ce peuple si longtemps trompé, que sur les mêmes lèvres justice est un mot qui signifie privilège.

(Germinal, Mot d’Ordre)

Si fuir les factions c’est être modéré,
De cette injure alors je me suis honoré.

(L. Laya)

Mouf

Fustier, 1889 : Abréviation de Mouffetard. La rue Mouf, la rue Mouffetard.

Le garçon du marchand de vin d’à côté secouait un panier à salade et quelques gouttes d’eau atteignirent le front de la jeune fille qui se retourna et s’écria avec une voix de rogomme et le plus pur accent mouf-mouf : Ah ! mince… tu pourrais donc pas secouer tes pissenlits d’équerre, espèce ed’mastroc empaillé !

(Clairon, 1882)

France, 1907 : Abréviation de Mouffetard, l’un des quatiers les plus pauvres et les plus populeux de Paris. Tribu des Beni-Mouf, habitants du quartier Mouffetard ; champagne mouf, breuvage composé d’oranges pourries ramassées sur les tas d’ordures et dont font usage les chiffonniers. Les oranges, après avoir été lavées, sont jetées dans un baril plein d’eau où elles fermentent pendant plusieurs jours, on y ajoute de la cassonnade, on met le liquide en bouteilles, et après plusieurs jours il n’est pas plus mauvais que certains vins vendus sous le nom de champagne. C’est le cliquot du pauvre.

Outil

d’Hautel, 1808 : Voilà un bel outil. Se dit en parlant d’une personne ou d’une chose que l’on méprise.
Méchant ouvrier ne sauroit trouver de bons outils. Ou, du moins, ne sait pas les employer.

Delvau, 1864 : Le membre viril — avec lequel on travaille les femmes.

Le jeune homme puceau
L’appelle son affaire,
L’ouvrier son outil.

(L. Protat)

Les dieux après nous avoir fait
Les outils de la fouterie,
Seraient dignes de moquerie,
S’ils nous en défendaient l’effet.

(Mora)

C’est fait, hélas, du pauvre outil.
Mon Dieu, il était si gentil,
Et si gentiment encrestè !

(Ancien Théâtre français)

Lise couchée au retour de l’église,
Disait à Jean : Mon dieu, le bel outil

(Grécourt)

Un jour Robin vint Margot empoigner,
En lui montrant l’outil de son ouvrage.

(Cl. Marot)

Fustier, 1889 : Maladroit, gauche. Argot du peuple. « Fais donc attention, outil ! » est une de ces phrases qu’on entend journellement dans la rue et à l’atelier.

L’autre, sûr de l’impunité, répondra : Va donc, eh ! outil !

(Figaro, nov. 1885)

Virmaître, 1894 : Vieille femme. Objet de rebut qui ne peut servir à aucun usage. Terme de mépris fréquemment employé :
— Sale outil (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Individu bon à rien. Une femme est un outil de besoin.

Hayard, 1907 : Terme de mépris, personne nulle.

France, 1907 : « Maladroit, gauche ; argot du peuple. « Fais donc attention, outil ! » est une de ces phrases qu’en entend journellement dans la rue et à l’atelier. » (Gustave Fustier)

France, 1907 : Membre viril.

Pauvreté n’est pas vice

France, 1907 : Ce vieux et honnête proverbe de la sagesse des nations est un des rares qui ne souffrent pas de contradictions. Mais, en pratique, c’est celui que l’on observe le moins, car le premier sentiment à l’égard du pauvre est la méfiance, le même qu’à l’égard du vice. Nos pères disaient : « Pauvreté n’est pas vice, mais c’est une espèce de ladrerie (lèpre), chacun la fuit. » Les choses n’ont guère changé depuis. En tout cas, si pauvreté n’est pas vice, elle y pousse fortement.

Petit crevé

France, 1907 : Petit jeune homme élégant, oisif et nul.
Ces parasites sociaux ont existé de tout temps. L’antiquité grecque et romaine après les Medes, les Perses et les Égyptiens a fourni ses contingents de jeunes riches inutiles. On trouve chez les Grecs, dit le Courrier de Vaugelas dans son étude sur les Métamorphoses du fat à travers les âges, le kinaïdos ou mignon, qui s’épilait les jambes ; le kelidonios, aux joues enduites de vermillon, aux yeux peints, au regard mobile ; le hierogamos, paré pour les noces sacrées ; le kalos, genre Alcibiade ; le néanios ou neaniskos, petit jeune homme.
Les Romains avaient, eux, les bene barbati ou belles barbes, portant des gants et des tuniques longues jusqu’au talon ; les barbatuli, blancs-becs, dont s’entourait Catilina ; les formosuli, jeunes gens bien tournés qui marchent sur la plante des pieds, effleurant à peine le sol ; les forosi, élégants adorateurs de leur propre ventre ; les delicati, les précieux ; les gloriosi, les fanfarons ; les lepidi, les agréables ; les comatuli, les cincionatuli, les petits bouclés, les petits frisés ; les cirrati, les pommadins ; les calamistrati ; les trossuli ou petits-maîtres, dont la vague dura plus de trois cents ans.
On voit que nos petits crevés, nos boudinés, nos faucheurs ne proviennent pas d’une génération spontanée. En cela comme pour beaucoup de choses nous ne faisons que recommencer l’antiquité.

Pendant qu’aristos et millionnaires, mâles et femelles, godaillaient au bazar de la Charité, étalant leurs falbalas et se foutant du pauvre monde autant qu’un poisson d’un parapluie, voilà que la fatalité s’abat sur eux !
L’incendie les mange !
Et alors, dans ce grand bazar d’où, avec de la présence d’esprit, y aurait en mèche de sortir sans grands avaros, voilà que les petits crevés de la haute se sont fichus à cogner dur sur les femmes, à coups de canne, afin de leur passer sur le corps.

(Le Père Peinard)

Piano du pauvre

France, 1907 : Haricots.

L’abbé possédait en son grenier six sacs énormes de ce légumineux populaire qu’un homme d’esprit a appelé le piano du pauvre.

(Marc Anfossi)

Piano du pauvre (le)

Virmaître, 1894 : Des haricots. Allusion au bruit du lendemain (Argot du peuple).

Pieu

d’Hautel, 1808 : Roide comme un pieu. Se dit d’une personne qui a de la roideur dans son maintien, dans ses manières, entièrement dépourvue de graces.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Lit.

Vidocq, 1837 : s. m. — Lit.

M.D., 1844 : Un lit.

un détenu, 1846 / Halbert, 1849 : Lit.

Larchey, 1865 : Lit. — Allusion à la dureté des lits de bagne, de prison et de corps-de-garde.

On peut enquiller par la venterne de la cambriolle de la larbine qui n’y pionce quelpoique, elle roupille dans le pieu du raze.

(Vidocq)

Delvau, 1866 : s. m. Lit, couchette, — dans l’argot des faubouriens. Aller au pieu. Aller se coucher. Se coller dans le pieu. Se coucher. Être en route pour le pieu. S’endormir.

Rigaud, 1881 : Lit ; barre ; traverse. — Rivé au pieu, passionnément épris d’une fille, d’une femme galante ; c’est-à-dire rivé au lit.

Ce mot terrible, dont l’argot a baptisé le lit des sales amours.

(Ed. et J. de Goncourt, Le Vieux Monsieur)

Merlin, 1888 : Lit. — Le lit militaire n’a, en effet, rien à envier à la dureté du pieu.

La Rue, 1894 : Lit.

Virmaître, 1894 : Le lit. Se fourrer au pieu. Se coller dans le pieu. Allusion à ce que l’on s’y enfonce comme le pieu s’enfonce dans la terre (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Lit.

France, 1907 : Lit ; argot populaire et militaire. Ce mot ne vient pas de ce que le lit de troupe ou celui du pauvre est dur comme un pieu, mais du vieux français piautre, paillasse, dont l’argot du voleur a fait piaucer, dénaturé en pioncer par l’argot populaire.

— À peine était-elle fourrée au pieu que j’allais l’y rejoindre. Ah ! mes enfants, si vous aviez entendu ses petits cris étouffes ! « Allez-vous-en ! me disait-elle. Vous avez encore un rude aplomb, vous ! Allez-vous-en, ou j’appelle maman ! — Appelle si tu l’oses. — Oui, je vais oser. — Ose donc ! » Il n’y avait pas de danger. J’étais trop sûr de mon affaire, et je continuais à me glisser dans le petit pieu.

(Les Joyeusetés du régiment)

A’s ont pus d’pain
Car le chopin
N’est pas rupin…
C’est du lapin.
A’s ont pus d’feu,
A’s pri’nt l’bon Dieu,
Qu’est un bon fieu,
D’chauffer leur pieu.

(Aristide Bruant)

Être rivé au pieu, être attaché passionnément a une femme.

anon., 1907 : Lit.

Pilule (dorer la)

France, 1907 : Essayer, par de belles paroles, de couvrir le côté désagréable d’une chose, donner un tour plaisant à ce qui est pénible, à l’instar des pharmaciens qui recouvrent certaines pilules d’une couche dorée pour empêcher celui qui les avale d’en sentir l’amertume ou simplement pour empêcher de voir qu’elles ne sont que de simples boulettes de mie de pain. « Si pilule avait bon goût, on ne la dorerait pas », disent les Espagnols. On dit d’une personne qui reçoit un reproche, endure un affront sans mot dire, qu’elle avale la pilule. Molière disait : « Le mépris est une pilule que l’on peut bien avaler, mais qu’on ne peut mâcher sans faire la grimace. » C’est à peu près la traduction du dicton latin : Pilulæ sunt glutiendæ, non manducandæ, « on doit avaler les pilules et non les manger », c’est-à-dire, il faut avaler les injures et ne pas les savourer ; c’est la nécessité du faible en face du fort, et du pauvre devant le riche.

Ainsi les serments d’une belle
Sont les pilules perpétuelles
Ah ! ah ! mes chers enfants !
Qu’elle offre à chaque nouvel amant.

(Henry Naulus)

Pompez, Seigneur, pour les biens de la terre et le repos du pauvre militaire

Virmaître, 1894 : Pomper signifie pleuvoir ; alors le soldat coupe à la corvée ou à la revue (Argot des troupiers).

Poser un lapin

Rigaud, 1881 : Flouer une femme. Poseur de lapins, homme qui floue les femmes.

Rigaud, 1881 : Mystifier, se moquer du pauvre monde. — Poseur de lapins, farceur, mystificateur.

Émile Zola n’est pas un naturaliste, c’est-à-dire un poseur de lapins.

(E. Bergerat, La Vie moderne, 21 fév. 1880)

Poupée

d’Hautel, 1808 : Une poupée à ressorts. Terme équivoque et satirique qui signifie courtisane, fille de joie, prostituée ; femme galante et de mauvaise vie.
C’est une vraie poupée. Se dit aussi par raillerie d’une petite femme parée d’une manière ridicule.
Faire sa poupée de quelque chose. En faire ses délices ; prendre des soins particuliers à l’orner, à l’embellir.

Vidocq, 1837 : s. m. — Soldat.

Delvau, 1864 : Femme galante avec le cul de laquelle il est permis à tout le monde déjouer, comme Néron avec celui de Poppée.

Je m’en fus rue Saint-Honoré pour y trouver ma poupée. Je lui dis : ma petite femme…

(Vidal)

Larchey, 1865 : Prostituée.

Je m’en fus rue Saint Honoré pour y trouver ma poupée.

(Vidal, 1833)

En 1808, on disait une poupée à ressorts. V. d’Hautel.

Larchey, 1865 : Soldat (Vidocq). — Allusion à la raideur militaire.

Delvau, 1866 : s. f. Concubine, — dans l’argot du peuple, qui sait que ces sortes de femmes se prennent et se reprennent par les hommes comme les poupées par les enfants. C’est la mammet des ouvriers anglais. On dit aussi, — quand il y a lieu : Poupée à ressorts.

Delvau, 1866 : s. f. Morceau de linge dont on enveloppe un doigt blessé. On dit aussi Cathau.

Delvau, 1866 : s. f. Soldat, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Chiffon qui entortille un doigt malade.

Rigaud, 1881 : Fille publique.

Rigaud, 1881 : Soldat, — dans l’ancien argot.

La Rue, 1894 : Soldat. Concubine.

France, 1907 : Femme galante, sans doute à cause de la facilité avec laquelle on peut les déshabiller comme les petites filles font de leur poupée.

France, 1907 : Femme nulle, oisive et sans cervelle qui n’a d’autre souci que celui de sa toilette ; coquette appartenant à la catégorie de ces toquées qui suggèrent par leurs allures la légende d’un dessin de Gavarni : « Que Dieu préserve vos fils de mes filles !»

Il y a parfois, chez les peuples, des heures de folie ; il faut les leur pardonner. Les femmes, faites non pour concevoir des idées, mais des enfants, peuvent bien, elles aussi, par instant, céder au vertige. Elles ne sont pas équilibrées comme nous, et quand parfois, la science fait l’autopsie de ces charmantes poupées à ressorts, elle trouve dans leurs jolies têtes beaucoup plus de poudre de riz que de cervelle.

(Louis Davyl)

France, 1907 : Figure qui se trouve à l’avant des bâtiments à voiles. « Vivre entre poupe et poupée », être en mer ; argot des marins.

France, 1907 : Maîtresse.

Le petit Anatole, garçonnet de six ans, s’est emparé de la poupée de sa sœur et s’amuse à la déshabiller. Survient la maman qui gronde son fils en lui faisant observer que les petites filles seules jouent à la poupée. Anatole ouvre des yeux énormes et reprend :
—- Mais papa y joue bien, lui, à la poupée !
— Comment cela ? que veux-tu dire ?
— J’ai entendu ma bonne qui disais à celle de la voisine : « V’là encore Monsieur qui va jouer avec sa poupée. C’est la deuxième que je lui connais… Et elle lui coûte cher. »

France, 1907 : Petite fille on petit garçon, trop richement habillé, comme les classes riches ont coutume d’accoutrer leurs enfants… pour les rendre sots, maniérés, vaniteux, guindés et augmenter leur mépris du pauvre. Cette ridicule et coupable vanité ne date pas d’hier. Il y a longtemps que Diderot écrivait à Mlle Volland, en lui parlant de son neveu : J’eus le courage de dire hier au soir à Mme Le Gendre qu’elle se donnait bien de la peine pour ne faire de son fils qu’une jolie poupée. Pas trop élever est une maxime qui convient surtout aux garçons : il faut un peu les abandonner à l’énergie de naure. J’aime qu’ils soient violents, étourdis, capricieux. Une tête ébouriffée me plait plus qu’une tête bien peignée. Laissons-les prendre une physionomie qui leur appartienne.
Si j’aperçois à travers leurs sottises un trait d’originalité, je suis content. Nos petits ours mal léchés de province me plaisent cent fois plus que tous vos petits épagneuls si ennuyeusement dressés. Quand je vois un enfant qui s’écoute, qui va la tête bien droite, la démarche bien composée, qui craint de déranger un cheveu de sa figure, un pli de son habit, le père et la mère s’extasient et disent : « Le joli enfant que nous avons là ! » Et moi je dis : « Il ne sera jamais qu’un sot. »
« La Parisienne, dit Gustave Isembert, continue à élever de jolies poupées, de petits épagneuls. Guignol ne rétablit pas l’équilibre, il le rompt, et c’est fort heureux pour Paris que les petits ours mal léchés de province, fortifiés par le grand air, viennent apporter leur sang nouveau au milieu de tant de jolies bêtes nerveuses, anémiées et distinguées. »

Ronfler

d’Hautel, 1808 : Entendre ronfler le canon. Pour dire entendre le bruit du canon.

M.D., 1844 : Réussite complète.

Rigaud, 1881 : C’est appuyer dans la déclamation fortement sur les R, surtout quand ces lettres sont redoublées. Frenoy et Tautin étaient des ronfleurs de premier ordre. — Ronfler a pour synonyme, faire la roue. (Petit dict. des coulisses)

France, 1907 : Faire du bruit.

Quand donc la Sociale remettra-t-elle tout en son lieu et place ? Quand donc les richards donneront-ils la démission de grugeurs du pauvre monde ?
Ça ne serait que temps, et il faudrait s’aligner pour leur faire prendre le plus tôt possible une détermination si galbeuse !
Quand nous en serons là, viédaze ! quand l’État — cette sacrée pieuvre — ne sera plus qu’un mauvais souvenir et les richards un cauchemar évanoui, alors, oui !… ça ronflera !

(Le Père Peinard)

« Poche qui ronfle », poche pleine d’argent.

À cette époque, quand un voleur avait fait un coup, quand la poche ronflait, toute sa bande se rendait au Lapin Blanc, boire, manger, faire la noce aux frais du meg.

(Mémoires de M. Claude)

Sapin (sonner le, sentir le)

Rigaud, 1881 : Être bien malade. Mot à mot : sentir le bois avec lequel on fait les cercueils du pauvre.

Elle avait un fichu rhume qui sonnait joliment le sapin.

(É. Zola)

Schnocke

France, 1907 : Sot, niais.

Si ça t’botte, on s’ra compagnons
(Bien qu’tu soye schnocke et qu’tu trouillotes),
Mais j’t’aim’ com’ ça… c’est mes z’ognons
Et tout l’reste il est d’la gnognotte.

(Jehan Rictus, Les Soliloques du pauvre)

Sûrie

France, 1907 : Prude.

Sûr que c’est pas eune Égérie
Qui, bien qu’repoussant du flingot,
F’rait p’têt sa tourte et sa sûrie
Pass’ que j’jacqu’t’rai en parigot.

(Jehan Rictus, Les Soliloques du pauvre)

Tabac

d’Hautel, 1808 : Il ne prend pas souvent du tabac. Se dit en plaisantant d’un auteur qui ne multiplie pas les repos, les alinéa dans son ouvrage ; qui fait des chapitres de longue haleine.
On dit aussi dans un sens opposé, qu’il prend souvent du tabac, quand les alinéa y sont fréquens.

Delvau, 1866 : s. m. Ennui, misère, — dans l’argot des faubouriens. Être dans le tabac. Être dans une position critique. Foutre du tabac à quelqu’un. Le battre — de façon à lui faire éternuer du sang. Fourrer dans le tabac. Mettre dans l’embarras. Manufacture de tabac. Caserne.

Delvau, 1866 : s. m. Vieil étudiant, — culotté comme une pipe qui a beaucoup servi.

La Rue, 1894 : Ennui, misère : être dans le tabac. Coups : Passer à tabac, brutaliser, bourrer de coups. V. Passer.

Virmaître, 1894 : Misère.
— Je suis dans le tabac mistoufle (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Applaudissements, succès. Un artiste qui a des applaudissements, du succès, a du tabac.

France, 1907 : Danger. Il y a du tabac à noctambuler le long des fortifs.

France, 1907 : Dispute, bataille. Il y a du tabac dans la turne, on s’y chamaille, on s’y bat. Se foutre du tabac, se battre. Coup du tabac, effort, coup de collier. Donner à quelqu’un du tabac, lui donner de la peine, l’obliger à des efforts. Fourrer dans le tabac, mettre dans l’embarras. Ficher un tabac, pousser violemment ; jeu de mot sur à bas. Recevoir du tabac, être battu. Voici Le refrain d’une chanson de zouaves faisant allusion à la prise du col de la Mouzaïa :

À la Chiffa
À la Chiffa
Les réguliers ont reçu du tabac.

Tomber dans le tabac, tomber dans la misère, être dans la détresse. Passer de beigne à tabac, être roué de coups :

Nous, on est les pauv’s ’tits Fan-fans,
Les p’tits flaupés… les p’tits foutus
À qui qu’on flanqu’ sur le tu-tu,
Les ceuss’ qu’on cuit, les ceuss’ qu’on bat.
Les p’tits bibis, les p’tits bonshommes
Qu’ont pas d’bécots ni d’sucs de pomme,
Mais qu’ont l’jus d’trique pour sirop d’gomme
Et qui pass’nt de beigne à tabac.

(Jehan Rictus, Les Soliloques du pauvre)

Taf

Ansiaume, 1821 : Crainte.

Je craignais la butte, cette fois j’ai eu le taf.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Peur. Avoir le taf, avoir peur.

Bras-de-Fer, 1829 : Peur.

Delvau, 1866 : s. m. Peur, — dans l’argot des voleurs. Avoir le taf. Avoir peur. Coller le taf. Faire peur. On dit aussi Tafferie. Il n’y a pas à douter que ce mot ne vienne d’une expression proverbiale ainsi rapportée par Oudin : « Les fesses luy font taf taf, ou le cul lui fait tif taf, c’est-à-dire : Il a grand peur, il tremble de peur. » On dit aussi Taffetas. Avoir le taffetas du vert. Être frileux, avoir peur du froid.

Virmaître, 1894 : Individu qui a peur de son ombre. Qui a le trac, qui serre les fesses à la moindre alerte (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Peur.

Je n’ose sortir la nuit, j’ai le taf, je suis tafeur.

Hayard, 1907 : Peur.

France, 1907 : Peur. Abréviation de taffetas, d’après quelques étymologistes, à cause du bruit que fait cette étoffe, sorte de frisson, de froufrou dont serait formé le mot frousse ; mais Francisque Michel croit que taf vient de la locution proverbiale employée en parlant de quelqu’un qui a peur : Les fesses lui font taf taf. Lorédan Larchey, de son côté, fait dériver taf du bas allemand taffeln, s’enfuir. Avoir le taf, avoir peur… Voir Taffetas.

— Que veux-tu, Zénobie ? Chacun a sa misère. Le lièvre a le taf, le chien les puces, le loup la faim… l’homme a la soif… et la femme l’ivrogne !

(Gavarni)

J’ai pensé, pour me tirer d’peines,
À m’fair’ frèr’ des écol’s chrétiennes.
Ah ! ouiche ! Et l’taf des tribunaux ?
Puis, j’suis pas pour les pant’ en robe,
Avoir l’air d’un mâl’, v’là c’que j’gobe,
J’aim’ mieux êt’ dos.

(Jehan Rictus, Les Soliloques du pauvre)

Tarter

Rossignol, 1901 : Gifler.

France, 1907 : Aller à la selle.

Bon, v’là l’Printemps ! Ah ! salop’rie,
V’là l’monde enquier qu’est aux z’abois
Et v’là t’y pas c’te putain d’vie
Qui se r’nouvelle encore eun’ fois !
La Natur’ s’achète eun’ jeunesse,
A s’déguise en vert et en bleu,
A fait sa poire et sa princesse,
A m’fait tarter, moi, qui m’fais vieux.

(Jehan Rictus, Les Soliloques du pauvre)

Tepêt (poser)

France, 1907 : Poser culotte.

Et dans Paris gorgé d’troupiers
Où faut ben que j’mèn’ ma vadrouille,
Gn’aura ben vingt meillons d’petsouilles
Qui viendront m’piler les doigts d’pieds !
Et on r’fra rendr’ par des soldats
Les grands z’honneurs aux p’tits cacas
D’ la p’tit’ Grand’ Duchesse Olga.
Et quand le tzar pos’ra tepêt
Félix Faure instruit d’ la chosette,
S’enfil’ra aux wouater-clozettes
Où pour pas troubler l’harmonie
Y rest’ra à s’fair’ la causette
Jusqu’à c’que l’Emp’reur ait fini.

(Jehan Rictus, Les Soliloques du pauvre)

Tiroir

Rigaud, 1881 : Suppression d’une ou de plusieurs cartes dans le but d’aider la chance.

Le tiroir se pratique à tous les jeux, notamment au piquet, par l’enlèvement des trois as.

(A. Cavaillé, Les Filouteries du jeu)

France, 1907 : Filouterie de jeu consistant à enlever trois as.

France, 1907 : Parties sexuelles de la femme ; argot populaire. Mettre dans le tiroir, coïter. Voir Polichinelle.

Nous pauv’s ’tits fan-fans d’assassins,
Nous s’rons jamais les fantassins
Qui farfouillent dans les boïaux
Ou les tiroirs des Maternelles
Ousqu’y gn’a des Porichinelles.

(Jehan Rictus, Les Soliloques du pauvre)

France, 1907 : Vengeance et divertissement qui consiste à frapper avec ensemble sur le dos du tiroir d’un bureau, au moyen des genoux. Argot du Borda.

Les adjudants partagent avec le capitaine d’armes le privilège d’être l’objet de l’antipathie des élèves qui ne sont pas longs à découvrir et à souligner leurs petits travers, et qui, lorsqu’ils sont mécontents de l’un d’entre eux, lui font un tiroir.
Faire un tiroir est une petite vengeance très appréciée au Borda.
En étude, alors que l’adjudant visé se promène en surveillant la batterie, éclate tout à coup au bruit formidable, produit par le choc de cent quatre-vingts genoux frappant à coups précipités les tiroirs des bureaux.
Au préalable, de l’air le plus innocent du monde, les élèves ont eu soin d’abaisser les tableaux noirs entre les épontilles, de façon que le molosse ne puisse surveiller utilement qu’un côté de la batterie à la fois.
Au premier roulement, l’adjudant se précipite du côté d’où part le bruit. Aussitôt, derrière lui, un tapage infernal éclate. Évolution rapide de l’adjudant. Mais les tableaux baissés interceptent sa vue. Il passe ainsi de bâbord à tribord, jusqu’au moment où quelques élèves, excités par le succès, perdent toute prudence, sont pris, et expient par quatre jours de prison le plaisir d’exécuter à contretemps des roulements antiréglementaires.

(Histoire de l’École navale)

Tourner les pouces en rond

France, 1907 : Ne rien faire.

Nous, on veut pus se l’laisser mettre,
Vaut mieux s’tourner les pouc’s en rond :
Quand un larbin y parvient maitre,
L’est cor pus muff’ que son patron !

(Jehan Rictus, Les Soliloques du pauvre)

Tref, treffe

France, 1907 : Tabac. Déformation de trèfle.

Puis… mal fringué… fauché… sans treffe,
J’os’rais seul’ment pas y causer ;
Donc un béguin, c’est comm’ des nèfes,
Quant au lapin… c’est tout posé !

(Jehan Rictus, Les Soliloques du Pauvre)

Tronche

d’Hautel, 1808 : Pour dire la tête.
Gare la tronche. Pour, prends garde à ta tête.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Tête.

Vidocq, 1837 : s. f. — La Sorbonne est la tête qui pense, qui médite ; la Tronche est la tête lorsque le bourreau l’a séparée du tronc. Je crois qu’il serait difficile d’exprimer d’une manière à la fois plus concise et plus énergique deux idées plus dissemblables.

un détenu, 1846 : Tête.

Larchey, 1865 : La Sorbonne est la tête qui pense, qui médite ; la Tronche est la tête lorsque le bourreau l’a séparée du tronc.

(Vidocq, 1837)

Gare la tronche ! prends garde à la tête.

(d’Hautel, 1808)

Delvau, 1866 : s. f. Visage ; tête, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Tête, visage. — Tronche à la manque, sergent de ville, agent de police, — dans le jargon des voleurs ; c’est-à-dire vilaine tête.

La Rue, 1894 : Tête. Visage. Tronche à la manque. Gardien de la paix. Figure mauvaise.

Virmaître, 1894 : Tête (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Tête.

Je lui ai envoyé un coup de tronche dans l’estomac, qui l’a envoyé à dame.

Hayard, 1907 : Tête.

France, 1907 : Tête. Tronche à la manque, agent de police.

Le protestantisme a une tronche moins rébarbative que le catholicisme — parce qu’il est une minorité et qu’il a été persécuté. Mais, il ne faut pas se gourrer : s’il était le maître, il serait aussi inquisiteur que le papisme. Et la preuve c’est que, en Allemagne, en Angleterr et en Amérique, il est bougrement intolérant.

(Père Peinard)

Et quand on r’tombe au temps présent,
On n’trouv’ pas ça plus amusant ;
Y font vomir les satisfaits
À qui pus rien ne fait d’effet ;
Et vomir les poir’s, les bett’raves,
Les résignés, à tronch’s d’esclaves
Et tous les genr’s de revoltés
Qui finiss’nt par êt’ députés !

(Jehan Rictus, Les Soliloques du pauvre)

anon., 1907 : Tête.

Vioque

Clémens, 1840 : Vie.

Larchey, 1865 : Vieux. — Corruption de mot. — V. Flacul. Vioque : Vie.

Quelle vioque je ferais avec mon fade de carle.

(Balzac)

France, 1907 : La vie ; argot des voleurs.

France, 1907 : Vieux ; argot des voleurs.

— Il a passe une babillarde à un vioque richard de son patelin… un loufoque qui s’amène à Paris pour faire la noce et courir les mômes… il l’a connu dans le temps, en Russie ; l’ayant filé aux environs de Paris, dans le tram qui le brouettait, il a fait remettre au pantre un mot d’écrit par un homme du chemin de fer… Le vioque est à nous…

(Edmond Lepelletier, Les Secrets de Paris)

Les objets mêm’ les pus moraux
Les pus vioques, n’ont quèqu’chose qui jase
Et gn’a pas jusqu’aux becs de gaz
Qui n’ont envie d’finir poireaux !

(Jehan Rictus, Les Soliloques du Pauvre)

Voir vioc.

Vitre, vitreux

France, 1907 : Œil.

On se souvient des Commoneux
Dont on questionnait la cervelle
En leur plantant dans les vitreux
Les coups d’ribouis… et d’points d’ombrelles.

(Jehan Rictus, Les Soliloques du Pauvre)

Vomitatoire

France, 1907 : Repoussant, répugnant, qui fait vomir ; argot faubourien.

Et c’est affreux et si tellement
Malpropre, obscur et délétère,
Qu’on s’figur’rait qu’les z’éléments
Sont sous l’régim’ parlementaire ;
Voui ! les cieux sont si dégueulas,
Corrompus et vomitatoires,
Qu’on a dit : — C’est cor’ eun’ drôl’ d’histoire,
Arton a dû passer par là.

(Jehan Rictus, Les Soliloques du Pauvre)

Voyageurs

Virmaître, 1894 : Pou, puce, punaise ou morpion. Ces insectes désagréables voyagent sur le corps du pauvre bougre qui en est affligé (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Marchands forains qui font la province. Ils sont désignés par ceux qui ne font que Paris et la banlieue sous le nom de voyageurs.


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