France, 1907 : Favoris, bacchantes savonnées, favoris blancs.
— Chouette, le birbe aux bacchantes savonnées ! Avec sa « crotte de pie » (pièce de cinquante centimes), j’vas acheter du flan à ma gonzesse, et me payer un crapulos !
(Dubut de Laforest)
Bacchantes
France, 1907 : Favoris, bacchantes savonnées, favoris blancs.
— Chouette, le birbe aux bacchantes savonnées ! Avec sa « crotte de pie » (pièce de cinquante centimes), j’vas acheter du flan à ma gonzesse, et me payer un crapulos !
(Dubut de Laforest)
Donner du flan
France, 1907 : Jouer honnêtement ; argot des grecs, qui disent aussi : donner de la galette.
Donner du flan, de la galette
Fustier, 1889 : Argot des grecs. Jouer honnêtement.
Du vent
France, 1907 : Refus ironique, synonyme de : de la mousse, de l’anis, des navets, des nèfles, du flan !
Du vent ! de la mousse !
Larchey, 1865 : Rien pour toi ! — Vent signifie ici vesse. — V. Mousse.
Delvau, 1866 : Phrase de l’argot des faubouriens, qui l’emploient fréquemment en réponse à quelque chose qui leur déplaît ou ne leur va pas. Ils disent aussi, soit : De l’anis ! soit : Des navets ! soit : Des nèfles ! soit : Du flan !
Qu’on ne croie pas l’expression moderne, car elle a des chevrons : « Si on la loue en toutes sortes de langues, elle n’aura que du vent en diverses façons, » dit La Serre, historiographe de France, dans un livre adressé à mademoiselle d’Arsy, fille d’honneur de la reine (1638).
Flan (à la)
Delvau, 1866 : adj. Au hasard, à l’aventure. Même argot [des voleurs].
La Rue, 1894 : Sans préméditation. Vol à la flan, par occasion. C’est du flan, c’est permis. Donner du flan, jouer au flanc, jouer honnêtement.
Rossignol, 1901 : Sans chercher, à l’aventure. Un voleur commet un vol à la flan, en montant au hasard dans une maison. Commettre un vol sans qu’il soit étudié c’est un vol à la flan. Celui qui fait l’objet d’une pièce de justice et qui se fait arrêter par l’effet du hasard est arrêté à la flan.
France, 1907 : Au hasard.
Flan (du)
Larchey, 1865 : Non.
Si on leur présentait zut, du flan et des navets comme le fonds de la langue des vaudevillistes.
(Villemot)
V. Zut. — C’est du flan : C’est bon
J’aime mieux gouêper, c’est du flan.
(Vidocq)
À la flan : Sans préméditation. V. Caroubleur. — Abréviation de à la bonne flanquette.
Flan (du) !
Delvau, 1866 : Expression de l’argot des faubouriens, qu’ils emploient à propos de rien, comme formule de refus ou pour se débarrasser d’un ennuyeux. Ce flan-là est de la même famille que les navets, les emblèmes, et autres zut consacrés par un long usage. Cette expression a signifié quelquefois, au contraire : « C’est du nanan ! » comme le prouve cet extrait d’une chanson publiée par le National de 1835 :
J’dout’qu’à grinchir on s’enrichisse ;
J’aime mieux gouaper : c’est du flan.
Rigaud, 1881 : Non, jamais. — Exclamation particulière aux gamins qui ajoutent souvent et de la galette. Du flan ! et de la galette ! sans doute en souvenir des pâtisseries populaires mais indigestes de ce nom.
France, 1907 : Formule de refus ; interjection employée pour repousser une demande importune ou intempestive.
— Eh bien, mon cher monsieur, lui dis-je et mon article ?
— Ton article ?
— Oui, mon article !
— Du flan !
(Léon Rossignol, Lettres d’un Mauvais Jeune homme à sa Nini)
On écrit aussi : Du flanc !
Au théâtre on s’en va content,
Qu’est-c’ qu’on vous d’mande en arrivant ?
D’la braise !
L’vestiaire est là qui vous attend,
Faut encor’ donner en passant
D’la braise !
Vous montez en criant : Du flanc !
(Aristide Bruant)
Frisons
Delvau, 1866 : s. m. pl. Boucles de cheveux frisés à la chien, que les femmes à la mode portent aujourd’hui sur les tempes. Ces cheveux-là au moins leur appartiennent tandis que les frisons en soie qu’elles portent en chignon ne leur ont jamais appartenu.
France, 1907 : Boucles de cheveux sur les tempes ou la nuque.
Mes frisons, à moi, sont les frisons du flâneur, et, si vous voulez les étudier en dehors du silence du cabinet, dans la rue mouvementée ou sur le boulevard méliniteux, faisons ensemble une sortie de flâneurs, au moment charmant et psychologique où les ouvrières vont à l’atelier, les femmes d’employés au marché, les bourgeoises au bain et les grandes mondaines au Bois.
Et nous analyserons, nous détaillerons, nous admirerons les nuques, presque toujours ornées de frisons voluptueux, de tout ce joli monde enjuponné qui compose le véritable peuple souverain, la tête de ligne, la classe dirigeante de l’humanité en marche.
(E. Domerc)
Mangeur de blanc
Delvau, 1864 : Souteneur de filles, maquereau qui vit du sperme dépensé par les autres hommes, avec de l’argent, au profit de sa maîtresse, etc.
Mangeons du blanc ! Mangeons du blanc !
Ça vaut mieux que manger du flan !
Mangeons du blanc jusqu’à l’aurore,
Et que Phoebus nous trouve encore
Mangeant du blanc !
(Lemercier de Neuville)
Je voulais tâter du métier de miché, mais je vois que celui de mangeur de blanc est encore le meilleur.
(Lemercier de Neuville)
Delvau, 1866 : s. m. Souteneur de filles, — dans l’argot des faubouriens.
Rigaud, 1881 : Souteneur de filles.
La Rue, 1894 : Souteneur.
Virmaître, 1894 : Homme qui vit aux dépens des autres, et particulièrement des femmes qui se livrent à la prostitution. L’allusion est suffisamment claire pour se passer d’explication (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Voir mac.
Hayard, 1907 : Souteneur.
France, 1907 : Amant de cœur d’une fille publique. Dans les maisons de prostitution, on appelle blanc le jeton que la matrone remet à la fille après chaque passe ; ce jeton représente le tarif de la maison, c’est-à-dire la somme versée par le client.
J’arrêtai notamment un individu qui répondait au sobriquet de « Leblanc », sans doute parce qu’il en mangeait, comme on disait dans son monde, et dont la spécialité était de faire l’agent des mœurs.
Il connaissait les misérables de mœurs inavouables qui rôdent le soir aux Champs-Elysées ou sur les boulevards, ces prostitués mâles parmi lesquels se recrutent les plus dangereux bandits.
Leblanc les suivait avec patience, et, dès qu’il les voyait en conversation avec de vieux messieurs bien mis, il intervenait, se disant « agent des mœurs » arrêtait les prétendus délinquants, et ne les relâchait que contre des sommes plus ou moins fortes qu’on lui remettait toujours pour éviter le scandale…
(Mémoires de M. Goron)
Le blanc était une ancienne monnaie qui valait cinq deniers.
Gros-René dit à Marinette dans le Dépit amoureux :
Tiens, encor’ ton couteau. La pièce est riche et rare,
Il te coûta six blancs lorsque tu m’en fis don.
Mouchettes (des) !
Delvau, 1866 : Exclamation de refus, de la même famille que Des navets ! Du flan ! etc.
France, 1907 : Équivalent de : du flan ! des navets ! des nèfles ! et autres parisianismes pétillants d’esprit.
À 8 heures, tu te lèveras. Après t’être bien et dûment maquillée, tu descendras tes quatre étages en passant rapidement devant la loge de ton concierge. S’il t’arrête au passage et te la souhaite bonne et heureuse, tu lui répondras : Je la connais, ce n’est pas à moi qu’on la fait celle-là ; des mouchettes !
(Léon Rossignol, Lettres d’un Mauvais Jeune homme à sa Nini)
Navets (des) !
Delvau, 1866 : Exclamation de l’argot des faubouriens, qui l’emploient toutes les fois qu’ils ont à dire catégoriquement non.
Rigaud, 1881 : Non, jamais. Terme de refus dans le jargon des voyous qui disent également : des nèfles !
Ohé ! les gendarmes, ohé ! des navets !
(H. Monnier, Scènes pop.)
France, 1907 : Exclamation indiquant le refus, l’incrédulité. Les synonymes sont assez nombreux : De l’anis ! De l’anis dans une écope ! Du flan ! Flûte ! Tu t’en ferais mourir ! Tu t’en ferais péter la sous-ventrière ! Mon œil ! La peau ! Des plis ! Peau de nœud ! Peau de balle et balai de crin ! Et ta sœur ! Du vent ! De la mousse ! On t’en fricasse ! Des nèfles ! Zut !
— … Décidément, non… tu es trop laid !
— Maintenant, possible ! mais, tout petit, j’étais gentil tout plein.
— Des navets !
— Parole d’honneur !
— Alors c’est qu’on t’aura changé au perchoir !
(Parisis)
Et cependant mon esprit papillote,
Mon petit chou, je ne sais où je vais ;
Je ne veux pas te tirer de carotte,
Car tu pourrais répondre : Des navets !
(René Esse)
Tracassé par un créancier,
J’m’en fus un jour chez son huissier
Qui m’dit : « Nous n’somm’s pas endurants ;
Versez-moi trent’-deux francs. »
J’en verse vingt, tout c’que j’avais,
Lui d’mandant de m’laisser tranquille ;
Mais il ajout’, sans s’fair’ de bile :
« Tranquil’, mon p’tit vieux ?… des navets ! »
(Blédort, Chansons de faubourg)
Nèfles (des) !
Delvau, 1866 : Non, — dans l’argot des faubouriens. On dit plus élégamment : Ah ! des nèfles !
France, 1907 : Expression de refus où d’incrédulité. Voir Des navets !.
Le père Capulet, entrant. — Fille, je t’annonce une grande nouvelle. Tu vas épouser mon ami Lecomte.
Juliette. — Les nèfles !
Le père Capulet. — Pas d’observations ou je cogne. La cérémonie aura lieu dans cinq minutes. (Il sort.)
(Le Théâtre libre)
Marion. — Phlip ! Phlip ! on m’emmène, on m’emporte !…
Moi, bondissant, — Qui ça ? Dis, vite !…
Marion. — Ton père. On nous a vus !…
Moi. — Aïe !…
Marion. — J’ai bien dit que c’était pas vrai…
Moi. — Tu as eu tort. Faut pas mentir. Jamais.
Marion, stupéfaite. — Des nèfles !
(Alphonse Allais, Le Journal)
Les synonymes sont : du flan ! des dattes ! des navets !
Nœud (et mon) !
Rigaud, 1881 : Propos que les voyous ont sans cesse à la bouche, et qu’ils trouvent plus énergique, sans doute, que des navets ! du flan ! des nèfles ! qui en sont les variantes adoucies.
Nœud (le)
Delvau, 1864 : La pine et les couilles qui, réunies, forment un nœud assez solide, — pour nouer la femme à l’homme. L’homme qui a beaucoup baisé de femmes et qui pour faire une fin, se marie, appelle cela : former d’autres liens. La femme, également logique, dit ; former un nouveau nœud. — Ce mot est employé fréquemment par les voyous qui disent : mon nœud ! plus facilement qu’ils ne disaient : du flan !
La femme n’est pas au monde pour lire,
Le nœud d’un goujat veut celui d’un roi.
(Parnasse satyrique)
Œil (mon)
Rigaud, 1881 : Variante de :
Des navets ! des nèfles ! du flan !
Œil (mon) !
France, 1907 : Expression de refus, synonyme de Du flan ! Des navets !
Peau (la) !
France, 1907 : Exclamation faubourienne signifiant rien ; synonyme de du flan ! des nèfles !
Y a-t-il espoir d’arriver à quelque chose en changeant encore la couleur du député ?
La peau ! On peut en coller d’aussi radicaux, d’aussi socialos, d’aussi fulminants qu’on voudra, — ce sera toujours la même ritournelle !
(Le Père Peinard)
Hier, je m’suis dit : De la peau !
Non, je n’sors pas mon drapeau
Sur l’ordre du père La Famine
Et ce que je pense en d’dans
Y’ l’dirait même à Lépine…
Moi, j’aime pas les présidents.
C’est un tas de vieux gâteux
Qu’ont toujours la mite aux yeux
Et qui vous font d’la morale.
Y sont grincheux et pédants,
Ou faut qu’on leur rince la dalle…
Moi, j’aime pas les présidents.
(La Petite République)
Faire quelque chose pour la peau, c’est-à-dire pour rien, équivalent de « travailler pour le roi de Prusse ».
Plis (des) !
Delvau, 1866 : Exclamation faubourienne de la même famille que Des navets ! du flan !
Rigaud, 1881 : Des bêtises ! Rengaine de la famille de : « des navets ! des nèfles ! » — Le mot comporte l’idée d’un sous-entendu obscène à l’adresse du sieur podex.
France, 1907 : Expression de refus ; argot populaire. Synonyme de Des néfles !
Tirer du flan
France, 1907 : Subir un emprisonnement ; argot des voleurs.
Tireur au flanc
France, 1907 : Même sens que tireur au cul. Tous les tireurs au flanc connaissent l’air de la sonnerie des malades :
Les tireurs au cul sont reconnus,
Les tireurs du flanc sont foutus dedans.
Tracquer
Delvau, 1866 : v. n. Avoir peur.
France, 1907 : Avoir peur, avoir le trac ; argot des voleurs.
Quoi ! tu voudrais que je grinchisse
Sans tracquer de tomber au plan,
J’doute qu’à grincher on s’enrichisse,
J’aime mieux gouéper, c’est du flan,
Viens donc remoucher nos domaines,
De nos fours goûter la chaleur,
Crois-moi, balance tes alènes ;
Fais-toi gouêpeur !
(Vidocq)
Vent (du)
France, 1907 : Rien ; synonyme de du flan !
Marquise au tabouret d’or,
Vous voulez m’avoir pour page,
Aux missels tournant la page,
Aux forêts sonnant du cor,
Et sous la lampe agitant
L’écran, pour faire du vent ?
Du vent !
(Maurice Boukay)
On dit aussi dans le même sens vent et mousse.
Zut
Larchey, 1865 : Non.
Zut et bran pour les Prussiens.
(P. Borel, 1833)
Ah ben ! non, zut !… du flan ! Je ne veux pas rester à côté d’Adolphe.
(Jaime)
Rigaud, 1881 : Non ; ça m’ennuie. Au diable ! — Ah ! zut alors.
Zut pour le naturel.
(Clairville et Siraudin, Le Mot de la fin)
Le jour où j’aurai assez de cette chère amie, je lui dirai zut.
(X. de Montépin, Les viveurs de Paris)
Il y a cinquante ans, pour donner plus de force au zut ! on ajoutait et bran : zut et bran, comme on dit aujourd’hui zut et crotte. Zut ne me paraît qu’une déformation du mot zeste qui lui-même n’est qu’un travesti de peste !
Et zeste, si quelqu’un vous pouvait prendre au mot.
(Destouches, Le Philosophe marié)
Virmaître, 1894 : C’est fini, je prends congé. J’en ai assez. Que mes lecteurs ne prennent pas ce mot dans un mauvais sens. Je voudrais qu’ils le traduisent de cette manière : — Au revoir !
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