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Bas-bleu

Delvau, 1866 : s. m. Femme de lettres, — dans l’argot des hommes de lettres, qui ont emprunté ce mot (blue stocking) à nos voisins d’outre-Manche.
Alphonse Esquiros (Revue des Deux Mondes, avril 1860) donne comme origine à cette expression le club littéraire de lady Montague, où venait assidûment un certain M. Stillingfleet, remarquable par ses bas bleus. D’un autre côté, M. Barbey d’Aurevilly (Nain jaune du 6 février 1886) en attribue la paternité à Addison. Or, le club de lady Montague ne date que de 1780, et Addison était mort en 1719. Auquel entendre ?

France, 1907 : Nom donné aux femmes de lettres, traduction littérale de l’anglais Blue stocking. Alphonse Esquiros raconte que cette expression prit naissance dans le club littéraire de la célèbre lady Montague qui vivait au commencement du XVIIIe siècle. Dans sa résidence de Twickenham, près de Londres, elle réunit toutes les célébrités littéraires du temps, Pope, Addison, Steele, Young, etc., et dans le nombre se trouva un certain Stillingfleet, auteur ignoré aujourd’hui, qui avait l’habitude de porter des bas bleus. Quantité de femmes de lettres ou aspirant à le devenir fréquentaient le salon de lady Montague, et le public railleur appela ces réunions le club des Bas bleus, nom qui fut bientôt donné à chacune des habituées.
D’après Barbey d’Aurevilly, ce serait Addison qui aurait baptisé le club.
Mills, dans son History of Chivalry, raconte d’autre part qu’il se forma à Venise, en 1400, une société littéraire sous le nom de Société du Bas (Società della Calza) et dont tous les membres devaient, comme signe distinctif, chausser des bas bleus. Cette société fut connue plus tard en Angleterre, et c’est sans doute à elle qu’Addison fit allusion en baptisant de ce nom celle de Lady Montague. Quoi qu’il en soit, la provenance est bien anglaise, et c’est en Angleterre que pullule, plus qu’en aucun pays du monde, cette variété excentrique de la race humaine.
Dans tous les temps et dans toutes les nations, les femmes savantes ont excité les railleries, et, les hommes s’étant attribué l’universelle toute-puissance, nombreux sont les proverbes à l’adresse de celles qui essayent de se tailler une part de la masculine souveraineté.
Nos pères surtout se sont égayés à ce sujet :

La femme qui parle latin,
Enfant qui est nourri de vin,
Soleil qui luisarne au matin,
Ne viennent pas à bonne fin.
C’est une chose qui moult me déplait,
Quand poule parle et coq se tait.

(Jean de Meun)

« Femme qui parle comme homme, geline qui chante comme coq, ne sont bonnes à tenir. »

Ne souffre à ta femme pour rien
De mettre son pied sur le tien,
Car lendemain la pute beste
Le vouloit mettre sur ta teste.

(G. Meurier, Trésor des sentences)

Qui n’a qu’une muse pour femme faict des enfans perennels.

(Adages français, XVIe siècle)

Napoléon Ier qui ne se piquait pas de galanterie et qui avait des idées particulières sur les femmes au point de vue de leur rôle social, avait coutume de dire :
« Une femme a assez fait quand elle a allaité son fils, ravaudé les chaussettes de son mari et fait bouillir son pot-au-feu. »
Aussi aimait-il peu les bas-bleus ; les femmes s’occupant de littérature lui paraissaient des monstres.
À une soirée des Tuileries, Mme de Staël demandait à l’empereur :
— Quelles femmes préférez-vous, sire ?
— Celles qui ont beaucoup d’enfants, répondit brutalement Napoléon.
Oui, mais elles ruinent leur mari.
En aucun pays du monde on aime les bas-bleus, que ce soit en France, en Chine ou au Japon.
Lorsque la poule chante, dit un proverbe japonais, la maison marche à sa ruine. Je suppose que chanter signifie, en ce cas, écrire des poèmes.
Si vous êtes coq, disent les Persans, chantez ; si vous êtes poule, pondez.
Et les Russes : Ça ne va jamais bien quand la poule chante.
Les Chinois : Une femme bruyante et une poule qui chante ne sont bonnes ni pour les Dieux ni pour les hommes.
Terminons par ce verset tiré du Talmud, et saluons, car c’est le meilleur :

Dieu n’a pas tiré la femme de la tête de l’homme, afin qu’elle le régisse ; ni de ses pieds afin qu’elle soit son esclave ; mais de son côté, afin qu’elle soit plus près du cœur.

Mais le dernier mot et le plus féroce sur les bas-bleus a été dit par Barbey d’Aurevilly, dans la Revue critique :

Ces bas-bleus ne le sont plus jusqu’aux jarretières. Ils le sont par-dessus la tête ! Leurs bas sont devenus une gaine. Les femmes maintenant sont bleues de partout et de pied en cap ; égales de l’homme, férocement égales, et toutes prêtes à dévorer l’homme demain… Vomissantes gargouilles de déclarations bêtes ou atroces, elles sont bleues jusqu’aux lèvres, qu’elles sont bleues comme de vieilles négresses !

Albert Cim a écrit un volume très documenté sur les bas-bleus.

Braser

France, 1907 : Forger un document, falsifier les écritures ou les billets de banque. Braser des faffes, fabriquer de faux papiers.

Débinage

Vidocq, 1837 : s. f. — Médisance, calomnie.

Larchey, 1865 : Médisance.

Compliments désagréables, indiscrétions et débinages.

(Commerson)

Delvau, 1866 : s. m. Médisance, et même calomnie, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Propos malveillant. — Fuite.

La Rue, 1894 : Médisance. Débiner, médire, nuire à quelqu’un en parlant mal sur son compte.

France, 1907 : Médisance. Occupation à laquelle se livrent généralement les « bons petits camarades » de lettres, lorsque l’un des leurs vient de les quitter.

Le Journal des Goncourt est une des lectures des plus passionnantes de ce temps. Il m’a tour à tour charmé et énervé, séduit et irrité ; il a l’attrait d’un écrit satirique contre les meilleurs de nos contemporains, ce qui flatte la méchanceté endormie en nous ; bourré d’anecdotes, de bruits, de conversations, il manque de valeur documentaire, parce que leur vision est étroite, petite, menue, morcelée, troublée. un fond de malveillance et de débinage.

(Henry Bauër, La Ville et le Théâtre)

Détraquage

France, 1907 : Maladie nerveuse qui affecte spécialement les Parisiennes, les dévotes et les bas-bleus.

Le détraquage a fait son œuvre. La licence a porté ses fruits. Je demande la création d’un Musée national des horreurs où l’on conserve religieusement les documents de l’histoire scandaleuse de ce temps. On pourra y contempler, à côté de la reproduction des beautés mâles de Pranzini, la collection d’autographes de la Limousin et le rasoir de Prado.

(Edmond Deschaumes)

Fafs

Rossignol, 1901 : Papiers, notes, documents. On dit aussi fafiots.

Feuilletonnesque

France, 1907 : Qui a rapport au roman-feuilleton.

Les romans non feuilletonnesques, les études, les récits documentaires, leur valeur littéraire mise à part, sont autrement pernicieux dans leurs effets. Que de bonnes bourgeoises ont été perdues par la lecture mal digérée de Madame Bovary ; que de jeunes gens dévoyés pour avoir trop admiré Rastignac ! Les victimes du livre sont partout : les loges de concierge ont leur contingent, les loges d’Opéra aussi.

(Edmond Lepelletier)

Forgerie

Rigaud, 1881 : Mensonge. — Faux ; faux document ; c’est-à-dire pièce forgée.

Ghetto

France, 1907 : Juiverie ; italianisme. Quartier de Rome, de Turin et autres villes d’Italie, réservé aux juifs et qu’on fermait la nuit au moyen de chaînes. Le nom de ghetto a été donné à tous les quartiers juifs.

Naples de même et ses ghetto révèlent mieux, en une brève escale, la crasse orientale à venir que les relations de voyage les plus documentées.

(Paul Bonnetain)

Entre ces parquets à jour l’eau fuit, rapide comme un malfaiteur. Les délayages ignobles des savonnages, des teintures, les immondices, les épluchures ont déposé un humus de vase qui est de la lie humaine. Des papiers, des débris d’assiettes collent sur ce fond une mosaïque. Des poignées de cheveux s’y fixent en façon d’algues. Et l’on songe tout ensemble à une Venise de truands et à un ghetto de lépreux, où l’ordure se coagule dans le vomissement des ivresses et dans le sang des rixes.

(Hugues Le Roux)

Guillotine sèche

France, 1907 : Guyane française.

L’éternelle légende de la guillotine sèche a été exhumée par un de nos confrères. Dame ! un officier de marine l’avait répétée : c’était parole d’Évangile. Mais alors, que deviennent les affirmations sincères, désintéressées, irréfutables de Crevaux, de Henri Coudreau, de Verschnur, l’éminent géographe des trois Guyanes ; de Santa Anna Néry, de l’illustre naturaliste Agassiz et de tant d’autres ? Que deviennent les documents apportés par M. Chessé, ancien gouverneur de la Guyane, et par M. Charvein, son gouverneur actuel ? Tous sont d’accord sur la parfaite salubrité du climat et la fertilité luxuriante de cette contrée.

(F.-A. Steenackers, Le Journal)

Juge de Montravel (ressembler au)

France, 1907 : Ce dicton, qui n’est plus guère en usage, mérite d’être donné à titre documentaire.
Ce juge de Montravel en Périgord, dont parle Brantôme, avait près de lui, quand il rendait la justice, une grande épée à deux mains. Si l’une des parties, mécontente de la sentence rendue, en appelait, il empoignait son épée et, l’appuyant sur le cou du plaignant, lui faisait une telle peur en le menaçant de le lui couper net s’il ne se désistait de l’appel, que l’autre se hâtait de se déclarer satisfait. François Ier, faisant allusion à la manière absolue dont régnait Louis XI disait qu’il ressemblait au juge de Montravel.

Lucques

France, 1907 : Documents ; argot des voleurs. Porte-lucques, portefeuille.

Maquereau

d’Hautel, 1808 : Libertin, homme pervers, qui fait l’infâme métier de prostitution.

Delvau, 1864 : Défenseur de beautés faciles qui le payent ; entremetteur.

Le roi fit choix du conseiller Bonneau,
Confident sûr et très bon Tourangeau.
Il eut l’emploi, qui certes n’est pas mince,
Et qu’à la cour où tout se peint en beau,
Nous appelons être l’ami du prince ;
Mais qu’à la ville, et surtout en province,
Les gens grossiers ont nommé maquereau.

(Voltaire, La Pucelle)

Delvau, 1866 : s. m. Souteneur de filles, ou plutôt Soutenu de filles, — dans l’argot du peuple.
II est regrettable que Francisque Michel n’ait pas cru devoir éclairer de ses lumières philologiques les ténèbres opaques de ce mot, aussi intéressant que tant d’autres auxquels il a consacré des pages entières de commentaires. Pour un homme de son érudition, l’étymologie eût été facile à trouver sans doute, et les ignorants comme moi n’en seraient pas réduits à la conjecturer. Il y a longtemps qu’on emploie cette expression ; les documents littéraires dans lesquels on la rencontre sont nombreux et anciens déjà ; mais quel auteur, prosateur ou poète, l’a employée le premier et pourquoi l’a-t-il employée ? Est-ce une corruption du mæchus d’Horace (« homme qui vit avec les courtisanes, » mœcha, fille) ? Est-ce le μακρός grec, conservé en français avec sa prononciation originelle et son sens natif (grand, fort) par quelque helléniste en bonne humeur ? Est-ce une contraction anagrammatisée ou une métathèse du vieux français marcou (matou, mâle) ? Est-ce enfin purement et simplement une allusion aux habitudes qu’ont eues de tout temps les souteneurs de filles de se réunir par bandes dans des cabarets ad hoc, par exemple les tapis-francs de la Cité et d’ailleurs, comme les maquereaux par troupes, par bancs dans les mers du Nord ? Je l’ignore, — et c’est précisément pour cela que je voudrais le savoir ; aussi attendrai-je avec impatience et ouvrirai-je avec curiosité la prochaine édition des Études de philologie de Francisque Michel.
Au XVIIIe siècle, on disait Croc de billard, et tout simplement Croc, — par aphérèse.

Virmaître, 1894 : Les uns croient que ce mot vient de l’hébreu machar, qui signifie vendre, parce que c’est le métier de ces sortes de gens de vendre les faveurs des filles. D’autres font dériver cette expression d’aquarius ou d’aquariolas, parce que chez les Romains les porteurs d’eau étaient les intermédiaires de la prostitution, d’où nous avons fait, en ajoutant la lettre M, Maquariolus. et que de là s’est formé le nom de maquereau. D’autres encore affirment que ce mot vient du latin macalarellus, parce que dans les anciennes comédies, à Rome, les proxénètes de la débauche portaient des habits bizarres, et ils étayent leur opinion sur ce que ce nom n’a été donné à l’un de nos poissons de mer que parce qu’il est mélangé de plusieurs couleurs dans le dos (Dessessart, Dictionnaire de police, Bulenger opuscul.) Quoi qu’il en soit, la signification du mot maquereau est de vivre aux dépens de quelqu’un, mais l’expression s’applique plus généralement à ceux qui vivent de la prostitution des femmes. Souteneur, qui vit des filles publiques, ou mari qui laisse sa femme se prostituer, lequel est un maquereau légitime (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Celui qui vit aux dépens des autres.

Hayard, 1907 : Souteneur.

France, 1907 : Individu qui vit d’une femme ou de la prostitution d’une ou de plusieurs femmes. Nous disons sans ambages que l’homme sans le sou qui épouse une femme riche, quelle qu’elle soit, est un maquereau.
L’étymologie de ce mot est assez douteuse. D’après les uns, il viendrait de l’hébreu machar, vendre, le maquereau vendant ou trafiquant des faveurs des filles ; d’après d’autres, dit Ch. Virmaître, cette expression viendrait d’aquarius ou d’aquariolus, parce que chez les Romains les porteurs d’eau étaient les intermédiaires de la prostitution, d’où nous avons fait, en ajoutant la lettre M, maquariolus, d’où l’abréviation maquereau.
Dessessart, dans son Dictionnaire de polices, et Bulenger affirment que ce mot vient du latin macalarellus, bariolé, parce que, dans les anciennes comédies, les proxénètes portaient des vêtements bizarres, et que, d’après eux, le nom de maquereau a été donné au poisson de mer bien connu, parce qu’il est mélangé, bigarré de plusieurs couleurs sur le dos.

Venez tous, vrais maquereaux
De tous estats, vieux et nouveaux.

(François Villon)

On dit qu’une reine de Crète,
Dont Dédale fut macquereau,
D’une passion indiscrète
Brûla jadis pour un taureau,
Je le crois, certes, puisque Jeanne
Soupire aujourd’hui pour un âne.

(Le sieur Ménard)

On a chanté dans le monde des marlous. Souteneurs à rouflaquettes, soutenus en gris perle ont été de la fête. Ils ont dansé en l’honneur de leur patron ; l’absinthe a eu sur les zincs des éclats d’émeraude, le champagne aurait pu perler dans les coupes de Bohême des grandes prostituées et sur les tables de quelques nobles dames. Depuis toujours il y a eu des poissons dans tous les mondes, des poissons à dos vert et à ventre blanc. Oh ! marlous pour marlous, c’est encore des alphonses. Qu’on l’avoue ou qu’on s’en cache, que ce soit à la Villette, que ce soit à l’Étoile, le rôle est le même si le décor change ; la honte est égale pour le rastaquouère et pour le maquereau.

(Fin de Siècle)

Pour en finir avec ce mot, citons un passage tiré d’un curieux livre, Noel Borguignon, de Gui Barozai, pseudonyme de Bernard de La Monnoye, imprimé à Dijon en 1720 : « Maquereau, injure qu’on apprend aux oiseaux qui parlent ; sur quoi certain curé disait un jour dans son prône qu’il vaudroit bien mieus leur apprendre de bons oremus. On trouve dans Villebardouin qu’en 1200 un des ambassadeurs de Baudouin, comte de Flandre et de Hainaut pour la guerre sainte, avoit nom Alard Maqueriaus. M. Huet qui a trouvé que Paillard, nom de famille, étoit originairement un nom propre corrompu de Paul, dont on avoit d’abord fait Paulard, ensuite Pauliard et enfin Paillard, n’hésiterait pas à dire que maqueriaus étoit de même originairement un nom propre corrompu de Macaire, dont on avoit fait le diminutif macaireau, prononcé depuis maqueriaus » — ajoutons maquereau.

Ménagier

France, 1907 : Recueil de recettes, de conseils relatifs à la bonne direction d’une maison. Il y avait autrefois dans chaque famille un ménagier que la maîtresse de céans consultait religieusement et faisait lire à ses filles.

On retrouvait, il n’y a pas longtemps, un document précieux, au point de vue de l’histoire des mœurs. C’était ce que nos ancêtres eussent appelé un ménagier, un recueil de conseils intimes, relatifs à la bonne direction de la maison, un manuel de morale, un traité de civilité. Cette compilation résumait les idées courantes, les principes reçus ; elle entrait dans les moindres détails de la vie quotidienne.

(Paul Ginisty)

Ne varietur

France, 1907 : « Rien à changer. » Cette formule latine s’applique sur toute pièce, tout acte, livre, document, dont on veut empêcher une altération. Une édition ne varietur.

Pas un rotin (n’avoir)

France, 1907 : D’après un document signé Dubourguier dans l’Écho du Public, l’origine de cette expression viendrait du temps où l’on introduisit en France, pour en faire des cannes, les tiges de rotin ou rotang. Ces cannes solides et peu coûteuses firent fureur. Tout le monde voulait avoir son rotin, et il fallait être bien pauvre pour ne pas se le paver ; d’où l’on a pu dire pour désigner une personne dans la misère : « Elle ne peut même pas avoir son rotin », et, par corruption : « Elle n’a pas un rotin. »

Petit papier

France, 1907 : On nomme ainsi les notes, documents recueillis sur certains personnages en vue, pour s’en servir contre eux à un moment donné.

Le petit papier a fait tache d’huile. Il s’est vulgarisé. Il a passé des couloirs de la Chambre, qui ont toujours été des foyers d’intrigue, sur la place publique, que nous autres, vieux républicains, nous nous plaisons toujours à nous figurer accessible seulement aux tourmentes de l’opinion, au soulèvement des passions émancipatrices.

(Germinal)

Somme de saint Thomas

France, 1907 : Il ne s’agit pas de sommeil, mais d’un livre ou d’un discours ennuyeux. Assommant comme la somme de saint Thomas, dit-on ; ou bien : C’est une somme de saint Thomas. Allusion à la Somme de théologie (Summa theologiæ) du dominicain Thomas d’Aquin, ouvrage savant mais indigeste, qui fut en quelque sorte l’encyclopédie philosophique et religieuse du moyen âge. Elle est composée de trois livres : Dieu, l’Homme, Jésus-Christ, où sont traitées quatre mille questions ! Ce dicton s’emploie aussi pour désigner un ouvrage très documenté.

Sub rosa

France, 1907 : Sous la rose, En secret. Cette expresse est fort ancienne et fort usitée en différents pays. Elle vient de la coutume qu’avaient les Grecs et les Romains de se couronner de fleurs dans les festins et de garder le silence absolu sur ce qui s’était dit ou fait sub rosa, pendant les agapes. Sage discrétion que n’imitèrent pas les frères de Goncourt qui, dans leur manie de petits papiers et de documents prétendus humains, consignèrent au sortir de banquets littéraires un tas de propos lâchés sous l’influence des boissons et l’entrainement de discussions libres. C’était, dit l’Intermédiaire des chercheurs et curieux (20 décembre 1848), au point de vue littéraire, une véritable trahison ; les très aimables et spirituels convives réunis chez Brébant se laissaient précisément aller au charme de la libre parole, parce que celle-ci, ils le croyaient du moins, devait ne jamais dépasser le seuil. Renan, qui était des convives, et non des moins spirituels et paradoxaux, assurément, prit assez mal la publication de ces comptes rendus sommaires, et sortant pour une fois de son calme souriant, rappela un peu vivement au survivant des deux frères, que l’on ne devait jamais répéter ni surtout écrire, encore moins imprimer, ce qui est ainsi dit sub rosa.

Tampon (colin-)

France, 1907 : Dupe, gogo.

Les annales de la bêtise humaine s’écrivent toutes seules. Les jours de vote, ceux qui mettent dans l’urne sont les Colin-Tampon ; ceux qui y sont mis sont les Colin-Maillard. Et puis après ? Après, ça recommence ; mais rien ne cesse de graviter autour du soleil.

(Émile Bergerat)

France, 1907 : Nous ajoutons comme document à l’article Colin-Tampon les lignes suivantes extraites de l’Écho du public :

D’après le Courrier de Vaugelas, Colin-Tampon serait une onomatopée de la batterie des tambours des Suisses. Ce mot et les règles de cette batterie se trouvent dans l’Orchésographie de Jean Tabouret, ouvrage sur la dance publié en 1589. On disait à cette époque : battre le colin-tampon, comme on dit aujourd’hui : battre le rataplan. De la batterie de tambour, ce mot passa bientôt avec un sens ironique aux soldats suisses qui jouaient de cet instrument, puis à tous les soldats suisses indistinctement, et cela surtout après la bataille de Marignan, où ils furent battus.
Ayant perdu là leur réputation de soldats invincibles et n’inspirant plus aucune crainte, chacun disait en parlant d’une chose qui lui était indifférente : Je m’en soucie comme de colin-tampon, ce que l’on a peu à peu modifié en : Je m’en moque comme de colin-tampon.
Ce mot étant une onomatopée et non un nom propre, devrait s’écrire en un seul mot et sans majuscule.

(Bellanger)

Vessie

d’Hautel, 1808 : Terme bas, ignoble et figuré, dont on se sert pour désigner une vile prostituée.
On lui feroit croire que des vessies sont des lanternes. Manière exagérée de dire que quelqu’un est d’une simplicité d’esprit, d’une crédulité extrême.
J’aimerois autant qu’il me donnât d’une vessie par le nez. Pour dire, il m’impatiente avec ses bassesses, ses louanges outrées ; je n’en fais nul cas.

Delvau, 1866 : s. f. Fille ou femme de mauvaises mœurs.

Virmaître, 1894 : Femme avariée, grasse à lard (Argot du peuple). Allusion aux vessies de graisse que l’on vend à la foire au jambon. Il existe une chanson à ce sujet, elle n’est pas des plus propres. La voici comme document :

Catau, catau, catau,
Vessie, pourriture et charogne,
Catau, catau, catau.
Vessie, pourriture et chameau.

France, 1907 : Fille ou femme sans mœurs : expression populaire, du vieux français vesse.

Vieille vessie à la gueule puante
Dont le regard est toujours chassieux…

(Vieille chanson)

Vin (demi-)

France, 1907 : « Boisson que l’on obtient en mettant une quantité déterminée d’eau sur la grappe d’une cuvée dont on vient de tirer le vin, et en la laissant pendant quelques jours se saturer des principes vineux que peut encore contenir la râpe (marc de raisin), à la différence du rapé, que l’on remplit d’eau nouvelle à mesure qu’on en boit. On appelle aussi demi-vin le vin que le consommateur a volontairement mélangé de moitié d’eau. »

(Comte Jaubert)

Voici sur le vin diverses expressions proverbiales tirées d’anciens documents d’archives, ayant cours en Bourgogne, où l’on désignait le vin suivant la diversité des effets qu’il produit :

Vin d’âne qui rend la personne assoupie avant d’avoir trop bu.
Vin de cerf, qui fait pleurer.
Vin de lion, qui rend furieux et querelleur.
Vin de pie, qui fait bavarder.
Vin de porc, qui fait rendre gorge.
Vin de renard, qui rend subtil et malicieux.
Vin de singe, qui fuit sauter et rire.
Vin de Nazareth, qui passe à travers du nez.
Vin de mouton, qui rend doux et soumis.

Vitrioler

France, 1907 : Lancer du vitriol au visage de quelqu’un, généralement une rivale ou un amant lâcheur, car c’est une spécialité presque exclusivement féminine. Je dis presque exclusivement, car d’après un document de la prévôté de Paris portant la date de 1639, il résulte que le verbe vitrioler se conjuguait déjà il y a deux cent cinquante ans et fut mis en pratique par des hommes, sous l’instigation d’une femme, il est vrai.
Il est question, dans cette note, d’un attentat étrange commis par cinq hommes masqués, sur Mme la duchesse de Chaunes, à laquelle, ayant arrêté son carrosse, ils jetèrent une fiole pleine d’eau-forte au visage.

Vive la souris (encore est)

France, 1907 : Nous donnons à titre documentaire cette vieille expression signifiant qu’on est encore vivant, debout et valide et qui a servi à une des plus jolies ballades de Charles d’Orléans, qui, fit prisonnier à la bataille d’Azincourt où périt la fleur de la chevalerie française, revint après une longue captivité en Angleterre et répondit à ceux qui avaient fait courir le bruit de sa mort :

Nouvelles ont couru en France
Par maints lieux que j’estoye mort,
Dont avoient peu desplaisance
Aucuns qui me hayent à tord.
Aultres en ont eu desconfort
Qui m’ayment de loyal vouloir
Comme mes bons et vrays amis,
Si fait à toutes gens scavoir
Qu’encore est vive la souris.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique