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Beuglant

Larchey, 1865 : Café chantant.

Nous allâmes au beuglant, c’est-à-dire au café chantant… Vous devez juger par le nom donné à cet établissement que les chants des artistes sont fort peu mélodieux.

(Les Étudiants, 1860)

Rigaud, 1881 : Café-concert. Le premier café-concert auquel on a infligé ce surnom fut le café des Folies-Dauphine, fréquenté par les étudiants.

Nous voici au café beuglant, ainsi nommé dans le quartier parce que, dans le principe, les artistes beuglaient leurs chansons.

(Marc Constantin, Hist. des cafés-concerts)

La Rue, 1894 : Café-concert de dernier ordre. Beuglante, chanteuse de café-concert.

Virmaître, 1894 : Café chantant où les spectateurs chantent en chœur avec les artistes. Les deux plus célèbres furent le Beuglant de la rue Contrescarpe et le Divan japonais de Jehan Sarrazin (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Concert où il y a de mauvais artistes et où les spectateurs chantent avec eux.

Hayard, 1907 : Café-concert.

France, 1907 : Café chantant du dernier ordre.

Une place lui fut offerte dans l’orchestre d’un café chantant du Gros-Caillou, un de ces Alcazars de dernier ordre que l’ouvrier parisien qualifie de beuglants ou de bouibouis.

(Albert Cim, La Petite Fée)

Jadis l’homme seul travaillait. N’ayant ni le café, ni l’assommoir, ni les « beuglants », ni l’hôtel garni, ni le restaurant à faux bon marché, il était forcé de se constituer un intérieur, et se mariait. La femme le soignait, l’habillait, le nourrissait, élevait les enfants. Ceci n’existe presque plus. L’ouvrier agricole a toujours besoin d’une ménagère. Mais l’ouvrier des villes s’en passe, vit au jour le jour, et l’isolement où, de son côté, la femme est tenue, lui livre des filles en assez grand nombre pour tromper au moins son besoin d’aimer.

(Colombine, Gil Blas)

Bullier, les beuglants, les soupers de la rôtisseuse ne les tentaient pas. Ils aimaient bien mieux rester chez Malmus, parler patois, boulotter entre le café, l’école et la table d’hôte.

(A. Daudet, Numa Roumestan)

Certes, il y a loin de nos beuglants à ces Music-halls anglais où, au hasard de l’actualité, on sert tout chaud au public le couplet du jour.

(Séverine)

anon., 1907 : Café-concert.

Boussole

d’Hautel, 1808 : Pour le chef, la tête.
Est-ce que tu perds la boussole ? Pour est-ce que tu perds la tête ; se dit à quelqu’un qui fait des propositions ou qui tient des discours étranges.

Ansiaume, 1821 : Teste.

Il lui a fauché la boussole avec une souris.

Vidocq, 1837 : s. m. — Tête.

Larchey, 1865 : Cerveau. — Le cerveau dirige l’homme comme la boussole dirige le navire.

J’ai ça dans la boussole. Ainsi ne m’en parlez plus.

(Vidal, 1833)

Boussolle de refroidi : Fromage de Hollande (Vidocq). — Mot à mot : tête de mort. Allusion à la forme de ce fromage qui est celle d’une boule assez grosse.

Delvau, 1866 : s. f. Tête, — dans l’argot du peuple, qui sait aussi bien que personne que c’est là que se trouve l’aiguille aimantée appelée la Raison. Perdre la boussole. Devenir fou.

Rigaud, 1881 : Tête, cervelle. — Perdre la boussole, déraisonner, devenir fou.

Au moyen âge les médecins comparaient la tête de l’homme à un vaisseau dont le sinciput était la proue et l’occiput la poupe. La tête représentant un navire, la cervelle fut prise pour la boussole, pour guide.

(Ch. Nisard)

Virmaître, 1894 : Tête. La tête, comme la boussole, dirige (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : La tête.

Tu divagues, tu perds la boussole.

On dit aussi la boule.

Hayard, 1907 : Tête.

France, 1907 : Tête, cerveau. Perdre la boussole, devenir fou.

Comme ils pensaient avoir besoin de leur tête pour un peu plus tard, et que déjà un épais brouillard s’amoncelait sous la voûte osseuse qui couvre le souverain régulateur de leurs actions, afin de ne pas perdre la boussole, ils cessèrent insensiblement de faire de leur bouche un entonnoir, et ne l’ouvrirent plus que pour jaboter.

(Marc Mario et Louis Launay)

Cabinet de lumière

Rigaud, 1881 : « Le sanctuaire du magasin (de nouveautés.) C’est une petite pièce carrée, sans aucune fenêtre : comme meubles, un divan de velours vert ou grenat, souvent une psyché au lieu de glace ; au milieu, un guéridon où l’on fait chatoyer sous la lumière du lustre les nuances tendres ou vives qui feront fureur demain. » (Commis et demoiselles de magasin, 1868.) C’est dans ce cabinet que les élégantes jugent de l’effet que produiront aux lumières les robes d’apparat.

Dégoter, dégotter

France, 1907 : Surpasser.

L’émulation, ce puissant moteur du bien, existe aussi pour le mal. Les jeunes rôdeurs se montent mutuellement la tête. Ils veulent faire parler d’eux, devenir célèbres, dégotter tel ou tel cabot du crime dont le public s’entretient. Ils vont au mal, parce que la route du mal s’ouvre devant eux. Peut-être iraient-ils au bien si la société se préoccupait avec plus d’intelligence de leur en montrer le chemin.

(Paul Foucher)

Bien à tort, le public s’exclame
Sur la finesse de Prado ;
Cet assassin, je le proclame,
N’est qu’un maladroit, un lourdaud.
Sans me faire de la réclame,
Je puis dire, sans vanité,
Que, par mon habileté,
Je l’ai vraiment dégoté !

(Jules Joly)

— Sieds-toi, monsieur ; regarde comme je suis belle ! Et prends-moi, si ça te plaît !
Il s’étendit à plat le ventre sur le divan aux couleurs tapageuses qui, rehaussant cet humble boudoir, lui prêtait, à la clarté molle de deux lampes d’albâtre, une certaine apparence de luxe, et, s’étant étiré les quatre membres, il bâilla, puis il la contempla nonchalamment de cet œil connaisseur avec lequel maquignons et gentilshommes étudient la structure des pur sang.
— Hé ! hé ! bourdonna-t-il, tu dégotes la Médicis et la Milo !

(Léon Cladel, Une Maudite)

Dérailler

Rigaud, 1881 : Sortir de son sujet, perdre le fil d’un discours — Dans le vocabulaire de l’amour, c’est… dame, c’est difficile à dire, quoique le sens soit le même.

Fustier, 1889 : Divaguer.

France, 1907 : Déclassé, homme jeté en dehors de sa vocation.

France, 1907 : Se déranger, divaguer. Courir la pretantaine.

Quèqu’ tu r’gard’ ? eun’ jument qui pisse…
Ça t’fait donc encor’ de l’effet ?
Vrai, j’taurais pas cru si novice,
Les femm’s !… tiens… (il crache) v’là l’effet qu’ça m’fait.
Viens, mon salaud, viens, guide à gauche,
T’es trop vieux, vu, pour dérailler,
D’ailleurs, c’est pour ça qu’on t’embauche :
Tu n’es pus bon qu’à travailler.

(Aristide Bruant)

Genou

d’Hautel, 1808 : Il coupe comme les genoux de ma grand’mère. Se dit d’un mauvais couteau qui n’est point affilé, qui n’est point habile à la coupe.
Rompre l’anguille au genou. Se servir de moyens peu convenables pour réussir dans une affaire.

Larchey, 1865 : Tête chauve.

Il ébauchait une calvitie dont il disait lui-même sans tristesse : Crâne à trente ans, genou à quarante.

(Victor Hugo)

Delvau, 1866 : s. m. Crâne affligé de calvitie. Avoir son genou dans le cou. Être chauve.

Rigaud, 1881 : Crâne dénudé. — Homme chauve. — On voit beaucoup de genoux à l’orchestre de la Comédie-Française.

France, 1907 : Crâne chauve. Avoir son genou dans de cou, être dépourvu de cheveux.

Je la connus un peu avant son divorce, et les émotions de cette crise la rendaient plus jolie et plus intéressante. Elle était même courtisée, en même temps par un banquier fort riche, mais vieux, chauve comme un genou, et vraiment laid.

(Paul Alexis)

Bébé joue avec un vieux beau, cassé comme un divan d’hôtel meublé, chauve comme un concombre :
— Oh ! Dis, Monsieur, s’écrie tout à coup Bébé en caressant le crâne du vieux beau, pourquoi n’y mets-tu pas une jarretière ?

Matérielle

Fustier, 1889 : « Et alors, quelques malheureux pontes… se sont livrés au terrible travail qui consiste à gagner avec des cartes le pain quotidien, ce que les joueurs appellent la matérielle. »

(Belot, La Bouche de Madame X)

France, 1907 : Gain modeste et journalier des pontes vivant sur les maisons de jeu. Faire sa matérielle, gagner sa journée au jeu.

— Je vous ferai remarquer que si ma maîtresse avait cinquante ans, je ne serais pas obligé de jouer : j’espère qu’elle subviendrait amplement à mes besoins, car je ne joue pas pour m’amuser, je joue pour gagner ma matérielle, pour vivre, en un mot.

(Maurice Donnay)

Quelques malheureux pontes se sont livrés au terrible travail qui consiste à gagner avec des cartes le pain quotidien, ce que les joueurs appellent la matérielle.

(Adolphe Belot, La Bouche de Madame X.)

— Quels sont les habitués ?
— Les boursiers, des entrepreneurs aux affaires compromises, des commerçants aux abois, des fils de famille dont le cercle est la profession… Ils y déjeunent, ils y font leur courrier ou un somme sur un confortable divan de moleskine, et y gagnent leur matérielle — c’est-à-dire les deux ou trois louis quotidiens nécessaires à leurs dépenses en dehors du cercle — avant ou après le dîner, selon la chance…

(Edmond Lepelletier)

Nu comme un petit saint-Jean

France, 1907 : Allusion au petit enfant habillé seulement d’une peau de mouton que l’on voyait aux processions de la Fête-Dieu et qui était censé représenter saint Jean dans le désert.

Si on apporte des cartes pour ceux qui aiment à faire une petite partie, qu’ils regardent bien si elles ne viennent pas du Café-Divan, dont Constans était l’heureux tenancier, parce qu’alors ils sortiraient nus comme des petits Saint Jean.

(Henri Rochefort)

Perdre la boussole

France, 1907 : Perdre la tête, divaguer. C’est par la boussole qu’on dirige les navires : la boussole perdue, le vaisseau devient un corps sans âme ou plutôt sans cervelle.

Postures

Delvau, 1864 : Attitudes, positions et mouvements divers du corps les plus propres au jeu de l’amour. — Les Postures de l’Arétin, suite de 16 sujets érotiques, dessinés par Jules Romain, gravés par Marc-Antoine Raimondi, et accompagnés de Sonnets par l’Arétin, sont perdues depuis longtemps par suite de la persécution acharnée qui leur a été faite. On en retrouve cependant un souvenir dans le petit volume intitulé l’Arétin français. Ces postures, fruits de l’imagination extravagante d’un artiste qui ne veut rien faire de commun, c’est-à-dire, de naturel, sont, non-seulement peu usitées, mais peu agréables ; quand elles ne sont pas même irréalisables. On a essayé de faire quelques autres manuels érotiques de ce genre : l’Art de foutre en 40 manières, etc. ; mais dans ces petits livres, les figures ont rarement rapport au titre, et le texte est d’une niaiserie qui passe la permission. En un mot, ces sortes de manuels ont toujours été jusqu’ici des attrapes. Les diverses postures généralement pratiquées sont les suivantes : En levrette, ce qui s’exécute tantôt sur un lit, tantôt la femme appuyée à un meuble, à une fenêtre, etc. Levrette paresseuse, quand les deux amants sont couchés sur le côté, l’homme derrière la femme. Dans cette position, la femme remuant peu, peut fatiguer successivement un grand nombre d’hommes. Tire-bouchon-américain. La femme assise, sur l’homme assis lui-même sur une chaise, et le regardant ; pour peu qu’un homme bande bien, la femme décharge deux, ou trois fois et se satisfait entièrement. La Diligence de Lyon, même position que la précédente, mais exécutée sur un lit ou sur un divan. La Bête à deux dos, l’homme et la femme couchés en vis à-vis l’un de l’autre, ce qu’on appelle encore danser à plat, baiser à la papa, ourser (les gens grossiers), la position naturelle (M. Prudhomme, les épiciers et tous les maris honnêtes). Voir aussi la crapaudine, modification agréable de cette posture.

Il n’y a rien de si plaisant, à considérer qu’un beau corps en la personne aimée, la structure de ses membres, ses postures et ses dispositions lassives.

(Mililot)

Car dans la même posture,
Dès le lendemain matin,
J’ai surpris ma créature
Avec un bénédictin.

(Collé)

Raboter

d’Hautel, 1808 : Cet ouvrage est joliment raboté. Se dit par ironie d’un ouvrage fait à la hâte, grossièrement et sans aucun soin.

Boutmy, 1883 : v. a. Chiper, en général.

Rossignol, 1901 : Voler.

France, 1907 : Coïter. Allusion au va-et-vient du rabot.

— Oh ! que nenni, je ne suis pas si bête ; vous me croirez si vous voulez, c’est la première fois…
— Voyons, voyons, il y a bien dans vos parages quelque joli compagnon qui cherche à vous faire tourner la tête de son côté.
— Oui, il y a un menuisier, mais je vous jure qu’il ne m’a pas encore rabotée. D’ailleurs, cela se voit bien.

(Arsène Houssaye)

France, 1907 : Dépouiller, voler ; argot populaire ; chiper dans celui des typographes.

France, 1907 : Faire.

Nous venions de raboter une série de contre de quarts qui m’avait démantibulé l’épaule, et j’étais allé m’asseoir sur le divan pour fumer une cigarette.

(Hugues Le Roux)

Saint Antoine (compagnon de)

France, 1907 : Cochon.

Sous les superbes harnais
Au bois ballade la diva
Peinturlurée ;
Elle rit à ce frais décor ;
Hier pourtant elle était encor
Dans la purée.
Mais il s’est enfui le guignon,
Et, grâce à certain compagnon
De saint Antoine
Qui l’idolâtre sans lapin,
Elle gagne aisément son pain
Et ton avoine.

(Semiane)

Faire comme de pourceau de saint Antoine, se fourrer partout. Dicton appliqué aux parasites et pique-assiettes et qui fait allusion aux cochons d’une grande abbaye du Dauphiné, l’abbaye de Saint-Antoine de Viennois, qui, une clochette au cou pour les faire reconnaitre, allaient vagabonder dans les villages voisins, entraient dans chaque maison pour y manger sans qu’on osât les chasser par respect du saint auquel ils étaient voués. On dit, dans le Midi, d’un individu qui va de tous côtés, par monts et par vaux : coureur comme le porc de saint Antoine. Voir Mal Saint-Antoine.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique