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Aguinettes

France, 1907 : Étrennes, dérivé du breton.

Après le repas, on est rentré au salon pour la distribution des aguinettes (étrennes), du vieux langage breton. Toutes les boîtes étaient surmontées d’une branche de la plante parasitique et druidique, du gui (d’où aguinettes).

Aligner

d’Hautel, 1808 : S’aligner. Se mettre sur ses gardes, prendre ses dimensions pour réussir dans une affaire.
Aligner les affaires. Locution basse et figurée, qui veut dire arranger, disposer les choses de manière à n’en être pas dupé ; se garder un quant à part ; faire son lot dans une distribution.

Delvau, 1866 : v. n. Mettre le couvert, — dans l’argot des francs-maçons.

Rossignol, 1901 : Se battre.

Si tu n’es pas content, allons nous aligner.

Dans l’armée lorsque deux militaires vont en duel, ils vont s’aligner.

Aller aux pruneaux

Delvau, 1866 : Plaisanterie qu’on fait à l’hôpital, à tout nouveau venu qui parait un peu naïf ; elle consiste à l’engager à aller demander son dessert dans une salle voisine, à tels ou tels malades qu’on désigne. Celui qui a l’imprudence d’aller aux pruneaux est alors accueilli à coups de traversin, comme l’innocent qui va le 1er avril chez l’épicier chercher de l’huile de cotrets est accueilli à coups de balai.

France, 1907 : Farce que l’on fait, dans les hôpitaux militaires, aux nouveaux venus naïfs et qui consiste à aller dans une salle voisine demander son dessert à tel ou tel malade qu’on dit chargé de la distribution.

Amendier fleuri

Rigaud, 1881 : Régisseur, dans le jargon des acteurs. Cet employé est chargé de distribuer les amendes ; d’où le jeu de mots.

Avoine

d’Hautel, 1808 : Manger son avoine. Se dit vulgairement, pour manger ; prendre ses repas.

Delvau, 1866 : s. f. Coups de fouet donnés à un cheval pour l’exciter. Argot des charretiers.

Rigaud, 1881 : Eau-de-vie, — dans le jargon des troupiers. C’est la ration d’eau-de-vie qu’on distribue aux soldats en campagne.

Hayard, 1907 : Coup.

France, 1907 : Eau-de-vie, dans l’argot militaire ; coup de fouet, dans celui des cochers.

Bazar

Delvau, 1864 : Bordel, — qui est en effet un endroit où l’on expose la femme comme marchandise.

Je suis la patronne de ce bazar, la mère de dix-huit petites dames.

(Lemercier de Neuville)

Larchey, 1865 : Maison chétive, ou mal distribuée.

Petit bazar entre cour et jardin.

(Labiche)

Bazar : Mobilier.

J’ai vendu la moitié de mon bazar pour payer le médecin.

(E. Sue)

Mot contemporain de notre entrée en Afrique. Bazarder : Vendre.

J’ai bazardé mon pantalon.

(Les Tribunaux)

Delvau, 1866 : s. m. Ensemble d’effets mobiliers, — dans l’argot de Breda-Street.

Delvau, 1866 : s. m. Maison où les maîtres sont exigeants, — dans l’argot des domestiques paresseux ; maison quelconque, — dans l’argot des faubouriens ; maison de filles, — dans l’argot des troupiers.

Rigaud, 1881 : Maison de tolérance. Terme de mépris pour désigner une maison, un établissement quelconque. Envoyer promener tout le bazar, envoyer promener toute la maison.

Rigaud, 1881 : Mobilier, vêtements. — Laver tout le bazar, vendre tout le mobilier.

Rigaud, 1881 : Or étranger, or à bas titre, — dans le jargon des bijoutiers.

Fustier, 1889 : Lycée, pension.

Les jeunes citoyens de l’avenir, vulgo les potaches, ont réintégré avant-hier leurs prisons respectives. Ils se sont acheminés vers le bazar.

(Événement, 1881)

France, 1907 : Maison de tolérance, bordel, terme militaire ; précédé de sale, appellation que donne les domestiques à la maison de leurs maîtres. Se dit aussi des menus objets que possèdent dans leurs pupitres les écoliers. Bazar signifie aussi lycée et pension, dans l’argot des potaches.

Beau

d’Hautel, 1808 : Aux derniers les beaux, et plus communément les bons. Se dit par plaisanterie à ceux qui sont appelés les derniers dans une affaire ou à une distribution quelconque, pour leur faire accroire qu’ils seront mieux servis que les premiers. On entend aussi par cette locution, que les choses les moins difficultueuses sont ordinairement gardées pour la fin.
Beau comme le jour qu’il pleuvoit tant. Propos goguenard pour dire que quelqu’un n’est rien moins que beau, ou qu’il est paré ridiculement.
La belle plume fait le bel oiseau. Signifie que la parure et les beaux ajustemens donnent plus d’éclat à la beauté, et rendent supportable la laideur même.
Il fera beau temps, quand on m’y reverra. Pout dire qu’on ne retournera plus dans un endroit où l’on a été trompé, où l’on a essuyé quelque déplaisir.
Il a recommencé comme de plus belle. Pour il s’est remis à faire ce qu’on lui avoit expressément défendu.
Voilà une belle échauffourée, une belle équipée. Pour une étourderie, une inconséquence des plus grandes.
C’est un beau venez-y voir. Se dit d’une chose dont on fait peu de cas, et pour en diminuer la valeur.
À beau jeu, beau retour. Espèce de menace que l’on fait à celui dont on a reçu quelqu’offence, pour lui faire entendre qu’on trouvera tôt ou tard l’occasion de s’en venger.
Être dans de beaux draps. S’être attiré les bras une mauvaise affaire.
Il l’a échappé belle. Pour il a couru un grand danger.
Tout cela est bel et bien, mais je n’en ferai rien. Pour dire que l’on est fermement résolu de ne pas condescendre aux demandes, aux désirs de quelqu’un : qu’on ne veut pas se laisser aller à ses conseils.
Le voilà beau garçon. Se dit ironiquement d’un homme qui s’est laissé prendre de vin, ou qui s’est mis dans un grand embarras.

Larchey, 1865 : Homme à la mode.

Le beau de l’Empire est toujours un homme long et mince, qui porte un corset et qui a la croix de la Légion d’honneur.

(Balzac)

Il y a les ex-beaux et les beaux du jour.

Delvau, 1866 : s. m. Le gandin du premier Empire, avec cette différence que, s’il portait un corset, au moins avait-il quelque courage dessous. Ex-beau. Élégant en ruines, — d’âge et de fortune.

France, 1907 : Gandin du premier Empire, die Alfred Delvau, avec cette différence que s’il portait un corset, au moins avait-il quelque courage dessous.

Le beau de l’Empire est toujours un homme long et mince, qui porte un corset et qui a la croix de la Légion d’honneur.

(Balzac)

Bénir

d’Hautel, 1808 : Que le bon Dieu te bénisse ! Phrase interjective, qui marque la surprise, l’improbation, le mécontentement.
Dieu vous bénisse ! Salut, souhait que l’on fait à quelqu’un qui éternue. On se sert aussi de cette locution pour se débarrasser honnêtement d’un pauvre qui demande l’aumône, et auquel on ne veut rien donner.
Il dépenseroit autant de bien qu’un évêque en béniroit. Voyez Autant.
Eau bénite de cour. Fausses carresses, vaines protestations d’amitié.
C’est pain bénit que d’attraper un rusé, un avare. Pour dire que c’est un mal dont chacun rit.
Ventre bénit. Nom que l’on donne aux bedeaux de paroisses, parce qu’ils vivent le plus souvent du pain bénit qu’on les charge de distribuer aux fidèles.
Changement de corbillon, appétit de pain bénit. Vieux proverbe qui signifie que la diversité et la variété plaisent en toutes choses. Voyez Appétit.
Il est réduit à la chandelle bénite. Se dit d’un moribond qui approche de sa dernière heure.

Bénissage

La Rue, 1894 : Louange banale distribuée aux mauvais et aux médiocres comme aux bons.

Blanc-vilain

Delvau, 1866 : s. m. Distributeur de boulettes municipales destinées aux chiens errants, — dans l’argot des faubouriens, qui, d’un nom propre probablement, ont fait une qualification applicable à une profession.

France, 1907 : Homme dont les fonctions consistaient jadis à jeter des boulettes empoisonnées aux chiens errants.

Bloquer

d’Hautel, 1808 : Au propre, terme d’imprimerie qui signifie suppléer à une lettre manquante, par une autre lettre que l’on renverse ; au figuré, oublier quelqu’un dans une distribution où il avoit droit.
On l’a bloqué. Pour, on a pris sa part ; on n’a pas pensé à lui ; on l’a totalement oublié.

Halbert, 1849 : Abandonner.

Larchey, 1865 : Vendre. V. Abloquir.

Delvau, 1866 : v. a. Abandonner, — dans l’argot des voleurs.

Delvau, 1866 : v. a. Jouer à la bloquette, — dans l’argot des enfants.

Delvau, 1866 : v. a. Mettre un soldat au bloc, à la salle de police, — ce qui est le boucler, vieille forme au verbe blouquet.

Rigaud, 1881 : Abandonner, — dans le jargon des voleurs.

Rigaud, 1881 : Faire défaut, faillir, dans le jargon des typographes ; allusion au terme d’imprimerie bloquer qui a le sens de mettre provisoirement un caractère au lieu et place d’un autre. (L. Larchey) Bloquer le mastroquet, ne pas payer le marchand de vin.

Rigaud, 1881 : Mettre en prison, au bloc — dans le jargon des troupiers.

Boutmy, 1883 : v. a. Remplacer provisoirement un signe typographique dont on manque par un autre de même force. Par extension, Manquer, faire défaut, faillir. Bloquer le mastroquet, c’est ne pas payer le marchand de vin.

La Rue, 1894 : Mettre en prison. Abandonner.

France, 1907 : Emprisonner, consigner ; se dit aussi pour abandonner. Dans l’argot des typographes, c’est remplacer temporairement une lettre par une autre.

Boîte

d’Hautel, 1808 : C’est la boîte à la malice. Se dit d’un enfant spirituel, espiègle et malin.
Il semble toujours qu’il sorte d’une boîte. Se dit par ironie d’une personne qui est toujours tirée à quatre épingles ; dont le maintien est roide et affecté.
Dans les petites boîtes les bons onguents. Manière, honnête d’excuser la petitesse de quelqu’un, parce que les choses précieuses font ordinairement peu de volume.
Mettre quelqu’un dans la boîte aux cailloux. Pour le mettre en prison ; le coffrer.

Delvau, 1864 : Sous-entendu : à jouissance, ou bien encore, boîte à pines. Fille publique.

Delvau, 1866 : s. f. Théâtre de peu d’importance, — dans l’argot des comédiens ; bureaux de ministère, — dans l’argot des employés ; bureau de journal, — dans l’argot des gens de lettres ; le magasin ou la boutique, — dans l’argot des commis.

Rigaud, 1881 : Atelier, maison, magasin, établissement quelconque

Dans l’argot domestique, tout ce qui n’est pas une bonne maison est une boîte. Une bonne maison est celle où les maîtres ne sont pas regardants et où l’on peut s’arrondir sans être inquiété.

(Bernadille, Esquisses et Croquis parisiens)

Boutmy, 1883 : s. f. Imprimerie, et particulièrement mauvaise petite imprimerie. C’est une boîte, dit un vieux singe ; il y a toujours mèche, mais hasard ! au bout de la quinzaine banque blèche. Casse. Faire sa boîte, c’est distribuer dans sa casse. Pilleur de boîtes ou fricoteur, celui qui prend, à l’insu et au détriment de ses compagnons, et dans leurs casses, les sortes de caractères les plus courantes dans l’ouvrage qu’il compose, et qui manquent au pilleur ou qu’il a déjà employées. V. Planquer des sortes.

Fustier, 1889 : Argot militaire. Salle de police. Coucher à la boîte, boulotter de la boîte : être souvent puni ; avoir une tête à boîte : être affligé d’une maladresse qui attire sur vous les préférences de l’instructeur. — Grosse boîte, prison.

Rossignol, 1901 : Salle de police. Tous ceux qui ont été militaires ont certainement entendu dire par tous les grades.

Je vais vous flanquer à la boîte.

Rossignol, 1901 : Terme d’employés ou d’ouvriers. Un agent de police qui va à la préfecture va à la boîte. Pour un employé, son magasin est sa boîte ; l’atelier pour l’ouvrier est sa boîte.

France, 1907 : Mauvaise maison, logement où l’on est mal. Aussi ce terme est-il employé pour désigner tout endroit où l’on travaille, ou du moins où l’on est obligé de travailler : pour l’ouvrier, son atelier ou son usine est une boîte ; pour l’employé, c’est son magasin ou son bureau ; pour le domestique, c’est la maison de ses maîtres ; pour l’écolier, c’est la pension, le collège ou l’école.

Pourquoi, en dépit des souffrances endurées, n’éprouve-t-on aucune amertume rancunière contre la boîte, comme nous l’appelions en nos mauvais jours, lorsque les minutes paraissaient si longues ?

(René Maizeroy)

Boîte (faire sa)

Rigaud, 1881 : Distribuer les caractères d’imprimerie dans la casse. — (Jargon des typos.)

Bonnet

d’Hautel, 1808 : Ramasse ton bonnet. Se dit en plaisantant à quelqu’un qui se laisse tomber, ou lorsqu’on a adressé quelqu’épithète satirique à une personne qui ne peut y parer sur-le-champ.
Un bonnet de cochon. Facétie grossière ; pour dire un bonnet de coton porté par un rustre, un malpropre.
Triste comme un bonnet de nuit. Se dit d’un homme taciturne et ennuyeux, parce qu’un bonnet de nuit est ordinairement dépourvu d’ornemens.
Ce sont trois têtes dans un bonnet. Se dit de trois personnes qui, par la bonne intelligence qui règne entr’elles, sont toujours du même sentiment ; et quelquefois en mauvaise part, de trois personnel qui forment entr’elles une coalition.
Un janvier à trois bonnets. Homme extrêmement frileux, qui se couvre beaucoup.
Il a mis son bonnet de travers. Pour dire, il ne sait à qui il en veut ; il est de mauvaise humeur ; il querelle tout le monde.
On dit des Picards, qu’ils ont la tête près du bonnet, parce que les gens de ce pays s’emportent aisément, et se mettent facilement en colère.
J’y mettrois mon bonnet. Espèce d’affirmation qui équivaut à, je gagerois, je parierois, etc.
Un bonnet vert. Banqueroutier ; parce qu’autrefois ces sortes de gens portoient un bonnet vert comme marque de réprobation.
Opiner du bonnet. C’est marquer par un signe de tête que l’on adopte un avis, que l’on y donne sa sanction.
Jeter son bonnet par-dessus les moulins. Se moquer du qu’en dira-t-on ; braver l’opinion et les conséquences ; n’être arrêté par aucune considération.
C’est bonnet blanc blanc bonnet. Pour, c’est tout de même, c’est absolument la même chose d’un côté comme de l’autre.
Un gros bonnet. Un matador, un personnage important par sa fortune, son crédit et ses emplois.

Rigaud, 1881 : Coterie autoritaire dans un atelier typographique.

Le bonnet est tyrannique, injuste et égoïste.

(Boutmy)

Boutmy, 1883 : s. m. Espèce de ligue offensive et défensive que forment quelques compositeurs employés depuis longtemps dans une maison, et qui ont tous, pour ainsi dire, la tête sous le même bonnet. Rien de moins fraternel que le bonnet. Il fait la pluie et le beau temps dans un atelier, distribue les mises en pages et les travaux les plus avantageux à ceux qui en font partie d’abord, et, s’il en reste, aux ouvriers plus récemment entrés qui ne lui inspirent pas de crainte. Le bonnet est tyrannique, injuste et égoïste, comme toute coterie. Il tend, Dieu merci ! à disparaître ; mais c’est une peste tenace.

Hayard, 1907 : Bonneteau.

France, 1907 : Secrète entente parmi les imprimeurs.

Espèce de ligue offensive et défensive que forment quelques compositeurs employés depuis longtemps dans une maison, et qui ont tous, pour ainsi dire, la tête sous le même bonnet. Rien de moins fraternel que le bonnet. Il fait la pluie et le beau temps dans un atelier, distribue les mises en pages et les travaux les plus avantageux à ceux qui en font partie.

(E. Boutmy)

Bons de tabac (sonnerie des)

Merlin, 1888 : Sonnerie des consignés. Plaisanterie ironique. On appelle aussi bons de tabac, les médailles commémoratives sans valeur, qu’on distribue à tous, comme les bons de tabac.

Boule de son

M.D., 1844 : Un pain entier.

Halbert, 1849 : Pain bis.

Delvau, 1866 : s. f. Figure marquée de taches de rousseur, — dans l’argot des faubouriens.

Delvau, 1866 : s. f. Pain, — dans l’argot des prisons.

Rigaud, 1881 / Merlin, 1888 : Pain de munition.

Virmaître, 1894 : Pain. Ainsi nommé à cause de sa forme ronde et de sa couleur, car autrement il n’entre pas de son dans la confection du pain de munition, pas plus que dans celui qui se fabrique à la boulangerie centrale de Saint-Lazare pour les prisons de la Seine (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Pain mêlé de farine, de seigle, de forme ronde, distribue tous les jours aux prisonniers ; on désigne de même le pain des militaires qui, avant 1855, avaient du pain noir mêlé de son.

Hayard, 1907 : Pain de soldat, ou de prisonnier.

France, 1907 : Pain ; argot des soldats et des prisonniers auxquels on donnait primitivement le même pain dit de munition.

On ne peut envisager sans frémir le sort réservé à de pauvres gens qui sont, parfois, obligés d’aller demander au poste de police de les mettre à l’abri avec les malfaiteurs, pour pouvoir, le lendemain, manger la boule de son du prisonnier.

(La Nation)

Bouterne

Vidocq, 1837 : s. f. — La Bouterne est une boîte carrée, d’assez grande dimension, garnie de bijoux d’or et d’argent numérotés, et parmi lesquels les badauds ne manquent pas de remarquer la pièce à choisir, qui est ordinairement une superbe montre d’or accompagnée de la chaîne, des cachets, qui peut bien valoir 5 à 600 fr., et que la Bouternière reprend pour cette somme si on la gagne.
Les chances du jeu de la Bouterne, qui est composé de huit dés, sont si bien distribuées, qu’il est presque impossible d’y gagner autre chose que des bagatelles. Pour avoir le droit de choisir parmi toutes les pièces celle qui convient le mieux, il faut amener une râfle des huit dés, ce qui est fort rare ; mais ceux qui tiennent le jeu ont toujours à leur disposition des dés pipés, et ils savent, lorsque cela leur convient, les substituer adroitement aux autres.
Ils peuvent donc, lorsqu’ils croient le moment opportun, faire ce qu’ils nomment un vanage, c’est-à-dire, permettre à celui qu’ils ont jugé devoir se laisser facilement exploiter, de gagner un objet d’une certaine importance ; si on se laisse prendre au piège, on peut perdre à ce jeu des sommes considérables. Le truc de la Bouterne est presque exclusivement exercé par des femmes étroitement liées avec des voleurs ; elles ne manquent jamais d’examiner les lieux dans lesquels elles se trouvent, et s’il y a gras (s’il y a du butin à faire), elles renseignent le mari ou l’amant, qui a bientôt dévalisé la maison. C’est une femme de cette classe qui a indiqué au célèbre voleur Fiancette, dit les Bas-Bleus, le vol qui fut commis au Mans, chez le notaire Fouret. Je tiens les détails de cet article de Fiancette lui-même.
Comme on le pense bien, ce n’est pas dans les grandes villes que s’exerce ce truc, il s’y trouve trop d’yeux clairvoyans ; mais on rencontre à toutes les foires ou fêtes de village des propriétaires de Bouterne. Ils procèdent sous les yeux de MM. les gendarmes, et quelquefois ils ont en poche une permission parfaitement en règle du maire ou de l’adjoint ; cela ne doit pas étonner, s’il est avec le ciel des accommodemens, il doit nécessairement en exister avec les fonctionnaires publics.

Larchey, 1865 : Boîte vitrée où sont exposés, aux foires de villages, les bijoux destinés aux joueurs que la chance favorise. Le jeu se fait au moyen de huit dés pipés au besoin. Il est tenu par une bouternière qui est le plus souvent une femme de voleur. — Vidocq.

Delvau, 1866 : s. f. Boîte carrée d’assez grande dimension, garnie de bijoux d’or et d’argent numérotés, parmi lesquels il y a l’inévitable « pièce à choisir », qui est ordinairement une montre avec sa chaîne, « d’une valeur de 600 francs », que la marchande reprend pour cette somme lorsqu’on la gagne. Mais on ne la gagne jamais, parce que les chances du jeu de la bouterne, composés de huit dés, sont trop habilement distribuées pour cela : les dés sont pipés !

Rigaud, 1881 : Tablette, plateau sur lequel sont exposés les lots destinés à attirer les amateurs de porcelaine, autour des loteries foraines. La bouterne se joue au tourniquet. Il y a de gros lots en vue, que personne ne gagne jamais, naturellement.

France, 1907 : Boîte vitrée où sont exposés, aux foires, les objets, montres ou bijoux destinés à amorcer les amateurs de jeux d’adresse ou de hasard.

Brosse

d’Hautel, 1808 : Ça fait brosse. Locution baroque et très-usitée parmi le peuple, pour faire entendre à quelqu’un qu’on ne veut pas lui accorder ce qu’il demande ; qu’il est venu trop tard pour avoir part à quelque chose dont on faisoit la distribution, qu’il s’en passera.

France, 1907 : Rien. Brosse pour toi, rien pour toi.

Brutium

Fustier, 1889 : Le Prytanée militaire de La Flèche.

Tout le monde connaît le Prytanée militaire de La Flèche ; la règle y est grave et la discipline aussi sévère qu’au régiment même. Les classiques d’il y a cinquante ans imaginèrent que c’était là une éducation à la Brutus, d’où le terme Brutium pour caractériser l’école, d’où celui de Brutions pour qualifier les privilégiés soumis à cette éducation.

(Le siècle, 1880)

France, 1907 : Prytanée militaire de la Flèche, appelé ainsi à cause de la discipline sévère qui régnait autrefois dans cet établissement, où les élèves étaient traités en soldats. De Brutus, rigide républicain, assassin de son père César, ou peut-être encore de brutus, signifiant stupide, abruti par les punitions.

Je n’ai pas revu le Brutium depuis ma sortie, il y a de cela belle lurette. Des camarades qui y revivent en leurs fils m’écrivent que tout est bien changé ; le régime est plus doux, les punitions sont moins sévères et moins prodigalement distribuées.
On ne condamne plus un bataillon entier au piquet en des matinées glacées d’hiver, parce que quelques mutins ont murmuré, quelques turbulents ont parlé dans les rangs.

(Hector France)

Calottée

Rigaud, 1881 : Boîte en fer-blanc où les pêcheurs à la ligne renferment les asticots, leur espérance.

France, 1907 : Distribution de soufflets.

Cambusier

Virmaître, 1894 : Le maître de la cambuse. Cambusier : qui tient la cantine au bagne ou à bord (Argot du peuple).

France, 1907 : Préposé à la cantine à bord des navires.

Mais ce qu’il flétrit le plus énergiquement, c’est, sans contredit, le cambusier ou distributeur des rations à bord. Il n’y a pas de bonne plaisanterie sans un coup de patte à l’agent des vivres.

(G. de la Landelle)

Canard

d’Hautel, 1808 : Boire de l’eau comme un canard ou comme une Cane. Pour dire boire beaucoup d’eau et coup sur coup, ce qui arrive assez ordinairement à ceux qui ont fait une grande débauche de vin.
Bête comme un canard.
Donner des canards à quelqu’un.
Pour lui en faire accroire ; le tromper.

M.D., 1844 : Fausse nouvelle.

Halbert, 1849 : Nouvelle mensongère.

Larchey, 1865 : Fausse nouvelle.

Ces sortes de machines de guerre sont d’un emploi journalier à la Bourse, et on les a, par euphémisme, nommés canards.

(Mornand)

Larchey, 1865 : Imprimé banal crié dans la rue comme nouvelle importante. V. Canardier. autrefois, on disait vendre ou donner un canard par moitié pour mentir, en faire accroire. — dès 1612, dans le ballet du courtisan et des matrones, M. Fr. Michel a trouvé « Parguieu vous serez mis en cage, vous estes un bailleur de canars. » — On trouve « donner des canards : tromper » dans le Dict. de d’Hautel, 1808.

Larchey, 1865 : Récit mensonger inséré dans un journal.

Nous appelons un canard, répondit Hector, un fait qui a l’air d’être vrai, mais qu’on invente pour relever les Faits-Paris quand ils sont pâles.

(Balzac)

Larchey, 1865 : Sobriquet amical donné aux maris fidèles. Le canard aime à marcher de compagnie.

Or, le canard de madame Pochard, s’était son mari !

(Ricard)

Delvau, 1866 : s. m. Chien barbet, — dans l’argot du peuple, qui sait que ces chiens-là vont à l’eau comme de simples palmipèdes, water-dogs.

Delvau, 1866 : s. m. Fausse note, — dans l’argot des musiciens. On dit aussi Couac.

Delvau, 1866 : s. m. Imprimé crié dans les rues, — et par extension, Fausse nouvelle. Argot des journalistes.

Delvau, 1866 : s. m. Journal sérieux ou bouffon, politique ou littéraire, — dans l’argot des typographes, qui savent mieux que les abonnés la valeur des blagues qu’ils composent.

Delvau, 1866 : s. m. Mari fidèle et soumis, — dans l’argot des bourgeoises.

Delvau, 1866 : s. m. Morceau de sucre trempé dans le café, que le bourgeois donne à sa femme ou à son enfant, — s’ils ont été bien sages.

Rigaud, 1881 : Cheval, — dans le jargon des cochers. J’ai un bon canard, bourgeois, nous marcherons vite. Ainsi nommé parce que la plupart du temps, à Paris, à l’exemple du canard, le cheval patauge dans la boue.

Rigaud, 1881 : Mauvaise gravure sur bois, — dans le jargon des graveurs sur bois.

Rigaud, 1881 : Méchant petit journal, imprimé sans valeur.

Ne s’avisa-t-il pas de rimer toutes ses opinions en vers libres, et de les faire imprimer en façon de canard ?

(Ed. et J. de Goncourt)

Rigaud, 1881 : Mensonge, fausse nouvelle. — Au dix-septième siècle, donner des canards à quelqu’un avait le sens de lui enfaire accroire, lui en imposer. (Ch. Nisard, Parisianismes)

Rigaud, 1881 : Morceau de sucre trempé dans du café. Comme le canard, il plonge pour reparaître aussitôt. Rien qu’un canard, un petit canard. On donne aussi ce nom à un morceau de sucre trempé dans du cognac.

Boutmy, 1883 : s. m. Nom familier par lequel on désigne les journaux quotidiens, et quelquefois les autres publications périodiques. Le Journal officiel est un canard, le Moniteur universel est un canard, tout aussi bien que le Journal des tailleurs et que le Moniteur de la cordonnerie ou le Bulletin des halles et marchés.

La Rue, 1894 : Journal. Fausse nouvelle inventée pour relever les Faits-Paris. Imprimé banal crié dans la rue.

Virmaître, 1894 : Mauvais journal. Quand un journal est mal rédigé, mal imprimé, pas même bon pour certain usage, car le papier se déchire, c’est un canard (Argot du peuple et des journalistes).

Virmaître, 1894 : Nouvelle fausse ou exagérée. Ce système est employé par certains journaux aux abois. On pourrait en citer cinquante exemples depuis les écrevisses mises par un mauvais plaisant dans un bénitier de l’église Notre-Dame-de-Lorette et qui retournèrent à la Seine en descendant par les ruisseaux de la rue Drouot ; jusqu’au fameux canard belge. Un huissier à l’aide d’une ficelle pécha vingt canards qui s’enfilèrent successivement, comme Trufaldin dans les Folies Espagnoles de Pignault Lebrun, il fut enlevé dans les airs, mais la ficelle se cassa et il tomba dans un étang ou il se noya. Ce canard fit le tour du monde arrangé ou plutôt dérangé par chacun, il y a à peine quelques années qu’il était reproduit par un journal, mais la fin était moins tragique, l’huissier était sauvé par un membre de la Société des Sauveteurs à qui on décernait une médaille de 1re classe. Pour sauver un huissier on aurait dû lui fourrer dix ans de prison (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Terme de mépris employé dans les ateliers vis-à-vis d’un mauvais camarade.
— Bec salé, c’est un sale canard (Argot du peuple). N.

Hayard, 1907 : Journal, fausse nouvelle.

France, 1907 : Fausse nouvelle insérée dans un journal pour relever les Faits Divers lorsqu’ils sont pâles. Les filous et les tripoteurs de la Bourse se servent de canards pour faire la hausse ou la baisse. Cette expression est assez ancienne, car, dans le Dictionnaire Comique de Philibert Joseph Le Roux (1735), on trouve à côté du mot l’explication suivante : « En faire accroire à quelqu’un, en imposer, donner des menteries, des colles, des cassades, ne pas tenir ce qu’on avait promis, tromper son attente. »
De là à appeler canard le journal qui ment et, par suite, tous les journaux, il n’y avait qu’un pas ; il a été franchi.
Nous allons lancer un canard, c’est-à-dire, nous allons faire un journal.

France, 1907 : Gravure sur bois.

Terme de mépris employé dans les ateliers vis-à-vis d’un mauvais camarade. Argot populaire.

(Ch. Virmaître)

Chien barbet, argot populaire, à cause du plaisir qu’ont ces chiens de se jeter à l’eau. Bouillon de canard, eau.
Fausse note ; argot des musiciens.
Petit morceau de sucre trempé dans le café ou l’eau-de-vie que l’on donne aux enfants.

Pendant la communion.
Bébé, regardant avec attention le prêtre en aube distribuant les hosties, se décide à tirer maman par la robe.
Maman — Quoi donc ?
Bébé — Je voudrais aller comme tout le monde près du monsieur en chemise.
Maman — Pourquoi faire ?
Bébé — Pour qu’il me donne aussi un canard.

(Gil Blas)

Chanteau

Delvau, 1866 : s. m. Morceau de pain ou d’autre chose, — dans l’argot du peuple.

France, 1907 : Morceau de pain : c’est le morceau qui est ajouté par le boulanger pour parfaire le poids ; du vieux verbe achanter, prose sur champ. Les petits morceaux de pain distribués autrefois aux communiants — les hosties ne furent introduites qu’au XIIe siècle — étaient appelés pains en chanteau. D’où, par corruption, pain enchantée, comme dans certaines campagnes on appelle encore le pain bénit.

Cher comme chresme

France, 1907 : Expression qui n’est plus en usage que chez les vieilles dévotes qui disent aussi : précieux comme un saint chresme. Voici comment Leduchat explique ce dicton : « C’est encore l’opinion du petit peuple dans le Périgord, qu’anciennement la substance du chresme se prénoit dans l’oreille d’un dragon, qu’un chevalier de la maison de Bourdeille alloit chercher au delà de Jérusalem, où il apportoit ensuite cette substance, laquelle, sanctifiée par les prélats du lieu, étoit distribué dans les églises de la chrétienté. »

Chercher le Bulgare

France, 1907 : Deviner. Allusion aux questions posées sur certains prospectus que font distribuer les marchands et où se trouve dissimulée une figure quelconque. Chercher le jardinier, chercher la mule, etc.

Compositrice

Boutmy, 1883 : s. f. Jeune fille ou femme qui se livre au travail de la composition. Nous ne réveillerons pas ici la question tant de fois débattue du travail des femmes ; nous ne rappellerons pas les discussions qui se sont élevées particulièrement à propos de la mesure prise par la Société typographique, qui interdisait à ses membres les imprimeries où les femmes sont employées à la casse à un prix inférieur à celui fixé par le Tarif accepté. Contentons-nous de dire que nous sommes de l’avis de MM. les typographes qui, plus moraux que les moralistes, trouvent que la place de leurs femmes et de leurs filles est plutôt au foyer domestique qu’à l’atelier de composition, où le mélange des deux sexes entraîne ses suites ordinaires. — Quoi qu’il en soit, il existe des compositrices ; nous devions en parler. MM. les philanthropes qui les emploient vont les recruter dans les ouvroirs, les orphelinats ou les écoles religieuses. Ces jeunes filles, en s’initiant tant bien que mal à l’art de Gutenberg, ne manquent pas de cueillir la fine fleur du langage de l’atelier et de devenir sous ce rapport de vraies typotes comme elles se nomment entre elles. L’argot typographique ne tarde pas à se substituer à la langue maternelle ; mais il en est de l’argot comme de l’ivrognerie : ce qui n’est qu’un défaut chez l’homme devient un vice chez la femme, et il peut en résulter pour elle plus d’un inconvénient. L’anecdote suivante en fournit un exemple : un employé, joli garçon, courtisait pour le bon motif sa voisine, une compositrice blonde, un peu pâlotte (elles le sont toutes), qui demeurait chez ses parents. La jeune fille n’était point insensible aux attentions de son galant voisin. Un samedi matin, les deux jeunes gens se rencontrent dans l’escalier : « Bonjour, mademoiselle, dit le jeune homme en s’arrêtant ; vous êtes bien pressée. — Je file mon nœud ce matin, répondit-elle ; c’est aujourd’hui le batiau, et mon metteur goberait son bœuf si je prenais du salé. » Ayant dit, notre blonde disparaît. Ahurissement de l’amoureux, qui vient d’épouser une Auvergnate à laquelle il apprend le français. Nous avons dit plus haut que les typographes, en proscrivant les femmes de leurs ateliers, avaient surtout en vue la conservation des bonnes mœurs à laquelle nuit, comme chacun sait, la promiscuité des sexes. Ce qui suit ne démontre-t-il pas qu’ils n’ont pas tort ? Un jour, ou plutôt un soir, une bande de typos en goguette faisait irruption dans une de ces maisons de barrière qu’on ne nomme pas. L’un d’eux, frappé de l’embonpoint plantureux d’une des nymphes du lieu, ne put retenir ce cri : « Quel porte-pages ! » La belle, qui avait été compositrice, peu flattée de l’observation du frère, lui répliqua aussitôt : « Possible ! mais tu peux te fouiller pour la distribution. » (Authentique.) L’admission des femmes dans la typographie a eu un autre résultat fâcheux : elle a fait dégénérer l’art en métier. Pour s’en convaincre, il suffit d’examiner les ouvrages sortis des imprimeries où les femmes sont à peu près exclusivement employées.

Côté

d’Hautel, 1808 : Va à côté, il y a de la place. Réponse incivile que l’on fait à quelqu’un en lui refusant ce qu’il demande.
Mettre quelque chose du côté de l’épée. C’est mettre en lieu de sûreté une somme d’argent ou un effet quelconque, soit qu’on l’ait dérobé, soit qu’on l’ait acquis légitimement, à dessein de s’en servir au besoin.
Mettre une bouteille sur le côté. Pour dire, la vider.
C’est le partage de Montgomery, tout d’un côté, rien de l’autre. Se dit d’une distribution inégale.
On dit d’un homme malade, ou blessé ; d’un négociant dont les affaires sont en mauvais état ; d’un courtisan disgracié, qu’il est sur le côté.
Il est du côté gauche.
Pour dire, c’est un enfant naturel, illégitime ; un bâtard.

Coup de pouce

Rigaud, 1881 : Effraction, — dans le jargon des voleurs.

Rigaud, 1881 : Faux poids obtenu au moyen d’une légère et vive application du pouce sur celui des plateaux de la balance où repose la marchandise. — Être fort sur le coup de pouce, avoir l’habitude de vendre à faux poids.

Virmaître, 1894 : Systeme employé par certains commerçants pour aider la balance à pencher du côté de la pesée. Les bouchers jouissent d’une grande habileté pour le coup de pouce (Argot du peuple).

France, 1907 : Coup que donnent à la balance les boutiquiers peu scrupuleux, destiné à augmenter le poids.

France, 1907 : Petit fourbi des fourriers consistant à tenir le quart avec lequel ils font la distribution de vin ou d’eau-de-vie de façon à y enfoncer le pouce, ce qui diminue d’autan à leur profit la part de chaque homme.

Croc

d’Hautel, 1808 : Aphérèse d’escroc.
C’est un fameux croc. Dénomination injurieuse, et qui équivaut à fourbe, fripon, misérable, qui ne vit que de vols et de rapines.
Fier comme un croc. Sans doute par analogie avec croc, espèce de moustache qu’on laisse croître au-dessus des lèvres supérieures, et qui donne au visage un air noble, male et vigoureux.
Pendre une affaire au croc. La mettre à l’arriéré.
On dit aussi pendre son épée au croc. Pour se retirer du service militaire.

France, 1907 : Aphérèse d’escroc.

France, 1907 : Eau-de-vie : forme de cric.

Les trois cents marins s’abandonnaient à leur joie avec frénésie ; les marchandes leur vendaient des cannes, des étuis de fer-blanc pour leurs feuilles de route, et leur distribuaient de larges verres de croc.

(G. de La Landelle, Les Gens de mer)

France, 1907 : Pièce de vingt sous.

C’pauv’ Erness’, mince c’qui r’naude !
(C’est pour lui qu’est mon jaspin.)
Pus un croc dans sa bagn’aude :
Sa Louise y pose un lapin.

(Blédort)

Cuisine

d’Hautel, 1808 : Se ruer en cuisine. Manger à ventre déboutonné ; faire beaucoup de dépense pour sa cuisine.
On dit aussi d’une personne grasse, vermeille, et rubiconde, qu’elle est chargée de cuisine.

Vidocq, 1837 : s. f. — Préfecture de police.

Larchey, 1865 : Préfecture de police. — Cuisinier : Agent de police (Vidocq).Cuisinier : Dénonciateur, espion. V. coqueur.

Lui qui avait servi plusieurs fois de cuisinier à la police.

(Canler)

Mauvais signe ! un sanglier ! comment s’en trouve-t-il un ici ? — C’est un de leurs trucs, un cuisinier d’un nouveau genre.

(Balzac)

Delvau, 1866 : s. f. La préfecture de police, — dans l’argot des voleurs, qui y sont amenés sur les dénonciations des cuisiniers ou coqueurs.

Delvau, 1866 : s. f. Tout ce oui concerne l’ordonnance matérielle d’un journal, — dans l’argot des gens de lettres. Connaître la cuisine d’un journal. Savoir comment il se fait, par qui il est rédigé et quels en sont les bailleurs de fonds réels. Faire la cuisine d’un journal. Être chargé de sa composition, c’est-à-dire de la distribution des matières qui doivent entrer dedans, en surveiller la mise en page, la correction des épreuves, etc.

Rigaud, 1881 : Préfecture de police. — Vesto de la cuisine, agent de la sûreté, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Préfecture de police.

France, 1907 : Préfecture de police

Cuisine d’un journal

France, 1907 : Dans l’argot des journalistes, se dit de tout ce qui concerne les détails, la routine et l’arrangement matériel d’un journal, sa composition, la distribution et l’ordre des articles, la correction des épreuves, la surveillance de la mise en pages.
De ceux-là, nous en connaissons des tas dans les journaux, dans la littérature. Pour vivre, ils acceptent les plus pénibles besognes, s’astreignent aux plus terribles engagements.

Distribuer

Boutmy, 1883 : v. intr. Mettre chaque lettre dans le cassetin qui lui est propre Distribuer à la Belge. Distribuer cran dessus.

Dragée

d’Hautel, 1808 : Il a reçu la dragée. Locution méchante et railleuse, en parlant d’une personne qui a été atteinte d’une balle, qui a été blessée dans une affaire.
Il a avalé la dragée. Se dit d’une personne à laquelle on a joué quelque tour, sans qu’elle s’en apperçut ; qui est tombée dans le piège qu’on lui tendoit.
Écarter la dragée. Laisser échapper, en parlant à quelqu’un, quelques petites parties de salive ; ce qui est fort désagréable pour celui qui en est atteint.

Larchey, 1865 : Balle. — Allusion à la forme.

Il a reçu la dragée : Il a été atteint d’une balle.

(d’Hautel, 1808)

Delvau, 1866 : s. f. Balle, — dans l’argot des troupiers. Recevoir une dragée. Être atteint d’une balle. On dit aussi Gober la dragée.

Rigaud, 1881 : Balle, — dans le jargon des troupiers. Des dragées qu’on distribue aux baptêmes de feu.

Rigaud, 1881 : Nez, — dans le jargon des voyous. Se piquer la dragée, se griser.

Y li a foutu un va-te-laver sur le mufle qui lui a escarbouillé la dragée et dévissé trois dominos.

Merlin, 1888 : Balle.

France, 1907 : Balle.Gober une dragée, recevoir une balle.

Égal

d’Hautel, 1808 : Cela m’est égal. Se dit ironiquement pour faire entendre que l’on se soucie fort peu d’une chose qui doit arriver.
Le peuple ne peut se faire une idée du pluriel de cet adjectif au masculin, et dit en parlant de deux hommes de même grandeur, qu’ils sont égal en taille ; et d’une distribution, que les lots sont égal, pour égaux.

Entendre comme larrons en foire (s’)

France, 1907 : Être de complicité pour duper quelqu’un ; les foires et les marchés étant d’ordinaire, à cause du mouvement et de la foule le rendez-vous des voleurs et des vide-goussets. Le dicton est fort ancien, comme du reste la chose. Les Romains disaient : « s’entendre comme les marchands d’huile du quai de Velabre. » Le Velabre était le lieu de rendez-vous des marchands d’huile, qui s’y concertaient sur les prix et les faisaient, si possible, monter. « Pour se distribuer les grasses sinécures et partager l’assiette au beurre, les opportunistes s’entendent comme larrons en foire. »

Fade

Vidocq, 1837 : s. f. — Part dans un vol.

Delvau, 1866 : s. m. Fat, — dans l’argot du peuple, qui trouve que ce mot exprime bien le dégoût que lui causent les gens amoureux de leur personne. Les deux mots ont d’ailleurs la même étymologie, fatuus, insipide.

Delvau, 1866 : s. m. Quote-part de chacun dans une dépense générale ; Écot que l’on paye dans un pique-nique. Mot de l’argot des voleurs qui a passé dans l’argot des ouvriers. Mais, avant d’appartenir au cant, il appartenait à notre vieille langue : « Saciés bien que se je en muir, faide vos en sera demandée », dit Aucassin au vicomte de Beaucaire, qui lui a enlevé Nicolette. Or faide ici signifie compte et ne peut venir que de fœdus, accord particulier, règlement, compte.

Rigaud, 1881 : Part ; paye, — dans le jargon des ouvriers. — Fader, partager, faire la paye, compter. — Toucher son fade, toucher sa paye. C’est un mot de l’ancien argot des voleurs, passé dans le vocabulaire des ouvriers. — M. Fr. Michel veut qu’il vienne indubitablement au fourbesque far de sei, quand il serait si simple et bien plus naturel de voir une apocope de fardeau ; fade, pour farde, charge, part.

Boutmy, 1883 : s. m. Avoir son fade, c’est, dans une distribution de liqueurs ou de comestibles, être bien servi. Dans d’autres argots le même mot signifie argent. Avoir son fade veut dire alors : recevoir son compte.

La Rue, 1894 : Part, paye. Écot. Fadage. Partage. Payer le fade, subir sa peine.

Rossignol, 1901 : Part. Le voleur qui a reçu sa part du produit d’un vol a eu son fade. Fader est partager.

France, 1907 : Part dans un vol ; corruption de l’arabe farde ou farda, bagage, paquet de vêtements, d’où fardeau.

France, 1907 : Poche.

France, 1907 : Voir Fadard.

Faire

d’Hautel, 1808 : Pour tromper, duper, attraper, friponner ; filouter, voler.
Je suis fait. Pour dire attrapé, on m’a trompé.
Faire de l’eau. Pour dire uriner, pisser. Hors de ce cas, c’est un terme de marine qui signifie relâcher en quelqu’endroit pour faire provision d’eau.
Faire de nécessité vertu. Se conformer sans rien dire aux circonstances.
Faire et défaire, c’est toujours travailler. Se dit par ironie à celui qui a mal fait un ouvrage quelconque, et qu’on oblige à le recommencer.
Quand on fait ce qu’on peut, on fait ce qu’on doit. Signifie qu’il faut savoir gré à celui qui marque du zèle et de l’ardeur dans une affaire, lors même qu’elle vient à ne pas réussir.
Paris ne s’est pas fait en un jour. Signifie qu’il faut du temps à un petit établissement pour devenir considérable ; qu’il faut commencer par de petites affaires avant que d’en faire de grandes.
Allez vous faire faire. Pour allez au diable ; allez vous promener, vous m’impatientez. Ce mot couvre un jurement très-grossier.
Le bon oiseau se fait de lui-même. Signifie qu’un bon sujet fait son sort par lui-même.
Faire et dire sont deux. Signifie qu’il est différent de faire les choses en paroles et de les exécuter.
Il n’en fait qu’à sa tête. Se dit d’un homme entier, opiniâtre, qui se dirige absolument d’après sa volonté.
Qui fait le plus fait le moins. Pour dire qu’un homme qui s’adonne à faire de grandes choses, peut sans contredit exécuter les plus petites.
Faire ses orges. S’enrichir aux dépens des autres s’en donner à bride abattue.
Faire le diable à quatre. Signifie faire des siennes, faire des fredaines ; un bruit qui dégénère en tintamare.
Faire les yeux doux. Regarder avec des yeux tendres et passionnés.
Faire son paquet. S’en aller ; sortir précipitamment d’une maison où l’on étoit engagé.
Faire la vie. Mener une vie honteuse et débauchée.
Il en fait métier et marchandise. Se dit en mauvaise part, pour c’est son habitude ; il n’est pas autrement.
Faire la sauce, et plus communément donner une sauce, etc. Signifie faire de vifs reproches à quelqu’un.
Faire d’une mouche un éléphant. Exagérer un malheur ; faire un grand mystère de peu de chose.
L’occasion fait le larron. C’est-à-dire, que l’occasion suffit souvent pour égarer un honnête homme.
Ce qui est fait n’est pas à faire. Signifie que quand on peut faire une chose sur-le-champ, il ne faut pas la remettre au lendemain.
Allez vous faire paître. Pour allez vous promener.
Les première et seconde personnes du pluriel du présent de l’indicatif de ce verbe sont altérées dans le langage du peuple. À la première personne il dit, par une espèce de syncope, nous fons, au lieu de nous faisons ; et à la seconde, vous faisez, au lieu de vous faites.

Larchey, 1865 : Faire la place, commercialement parlant.

De tous les points de Paris, une fille de joie accourait faire son Palais-Royal.

(Balzac)

Je suis heureux d’avoir pris ce jour-ci pour faire la vallée de l’Oise.

(Id.)

Larchey, 1865 : Nouer une intrigue galante.

Est-ce qu’un homme qui a la main large peut prétendre à faire des femmes ?

(Ed. Lemoine)

Dans une bouche féminine, le mot faire indique de plus une arrière-pensée de lucre. C’est l’amour uni au commerce.

Et toi, ma petite, où donc as-tu volé les boutons de diamant que tu as aux oreilles ? As-tu fait un prince indien ?

(Balzac)

Tu as donc fait ton journaliste ? répondit Florine. — Non, ma chère, je l’aime, répliqua Coralie.

(id.)

Larchey, 1865 : Risquer au jeu.

Nous faisions l’absinthe au piquet à trois.

(Noriac)

Faire dans la quincaillerie, l’épicerie, la banque, etc. ; Faire des affaires dans la quincaillerie, etc.

Larchey, 1865 : Voler.

Nous sommes arrivés à faire les montres avec la plus grande facilité.

(Bertall)

Son fils qui fait le foulard à ses moments perdus.

(Commerson)

Delvau, 1866 : s. m. Façon d’écrire ou de peindre, — dans l’argot des gens de lettres et des artistes.

Delvau, 1866 : v. a. Dépecer un animal, — dans l’argot des bouchers, qui font un veau, comme les vaudevillistes un ours.

Delvau, 1866 : v. a. Visiter tel quartier commerçant, telle ville commerçante, pour y offrir des marchandises, — dans l’argot des commis voyageurs et des petits marchands.

Delvau, 1866 : v. a. Voler, et même Tuer, — dans l’argot des prisons. Faire le foulard. Voler des mouchoirs de poche. Faire des poivrots ou des gavés. Voler des gens ivres. Faire une maison entière. En assassiner tous les habitants sans exception et y voler tout ce qui s’y trouve.

Delvau, 1866 : v. n. Cacare, — dans l’argot à moitié chaste des bourgeois. Faire dans ses bas. Se conduire en enfant, ou comme un vieillard en enfance ; ne plus savoir ce qu’on fait.

Delvau, 1866 : v. n. Jouer, — dans l’argot des bohèmes. Faire son absinthe. Jouer son absinthe contre quelqu’un, afin de la boire sans la payer. On fait de même son dîner, son café, le billard, et le reste.

Delvau, 1866 : v. n. Travailler, être ceci ou cela, — dans l’argot des bourgeois. Faire dans l’épicerie. Être épicier. Faire dans la banque. Travailler chez un banquier.

Rigaud, 1881 : Dérober. — Faire le mouchoir, faire la montre. L’expression date de loin. M. Ch. Nisard l’a relevée dans Apulée.

Vous êtes de ces discrets voleurs, bons pour les filouteries domestiques, qui se glissent dans les taudis des vieilles femmes pour faire quelque méchante loque. (Scutariam facitis)

Rigaud, 1881 : Distribuer les cartes, — dans le jargon des joueurs de whist. — Jouer des consommations, soit aux cartes, soit au billard. Faire le café en vingt points, — dans le jargon des piliers de café.

Rigaud, 1881 : Exploiter, duper. — Faire faire, trahir. Il m’a fait faire, — dans le jargon des voleurs.

Rigaud, 1881 : Faire le commerce de ; être employé dans une branche quelconque du commerce. — Faire les huiles, les cafés, les cotons. Mot à mot : faire le commerce des huiles, des cotons, etc.

Rigaud, 1881 : Guillotiner, — dans le langage de l’exécuteur des hautes-œuvres.

M. Roch (le bourreau de Paris) se sert d’une expression très pittoresque pour définir son opération. Les criminels qu’il exécute, il les fait.

(Imbert.)

Rigaud, 1881 : Parcourir un quartier au point de vue de la clientèle, — dans l’argot des filles. Elles font le Boulevard, le Bois, les Champs-Élysées, comme les placières font la place.

Rigaud, 1881 : Séduire.

La puissante étreinte de la misère qui mordait au sang Valérie, le jour où, selon l’expression de Marneffe, elle avait fait Hulot.

(Balzac, La Cousine Bette)

L’artiste qui, la veille, avait voulu faire madame Marneffe.

(Idem)

Faire une femme, c’est mot à mot : faire la conquête d’une femme.

Le temps de faire deux bébés que nous ramènerons souper ; j’ai le sac.

(Jean Rousseau, Paris-Dansant)

Quand une femme dit qu’elle a fait un homme, cela veut dire qu’elle fonde des espérances pécuniaires sur celui qu’elle a séduit, qu’elle a fait une affaire avec un homme. — Les bals publics sont des lieux où les femmes vont faire des hommes, mot à mot : le commerce des hommes.

Rigaud, 1881 : Tuer, — dans le jargon des bouchers : faire un bœuf, tuer un bœuf et le dépecer.

Rigaud, 1881 : Vaincre, terrasser, — dans l’argot des lutteurs.

Il ajouta qu’en se glorifiant d’avoir fait le Crâne-des-Crânes, certains saltimbanques en avaient menti.

(Cladel, Ompdrailles, Le Tombeau des lutteurs.)

Fustier, 1889 : Arrêter. Argot des voleurs. Être fait, être arrêté.

Le lendemain matin, il questionne la Lie-de-Vin… puis il part. Dans l’après-midi il était fait.

(Gil Blas, juin, 1886.)

La Rue, 1894 : Exploiter, duper. Arrêter. Jouer. Trahir. Séduire : faire une femme, faire un homme. Raccrocher. Dérober. Tuer. Vaincre, terrasser. Guillotiner.

Virmaître, 1894 : Les bouchers font un animal à l’abattoir. Faire : tuer, voler. Faire quelqu’un : le lever. Faire : synonyme de fabriquer (Argot du peuple et des voleurs).

France, 1907 : Exploiter.

Elles faisaient les bains de mer et les villes d’eaux, émigrant suivant la saison, comme les bohémiens, comme les hirondelles, des falaises grises de la Manche qu’un gazon plat encapuchonne aux côtes méditerranéennes où la blancheur luit dans l’azur.

(Paul Arène)

France, 1907 : Voler.

Deux filous causent de la future Exposition :
— C’est une bonne affaire pour nous… Ça fournit des occupations…
— Qu’est-ce que tu y faisais en 1869 ?
— Les montres.

(Le Journal)

Il lançait de vastes affaires sur le marché, comme la Caisse d’Algérie, et il ne dédaignait pas de vulgaires filouteries. Ses opérations se trouvèrent ainsi embrasser tous les cercles de la vie de Paris. Il ne dédaignait aucun coup à tenter. Il faisait le million aux riches gogos et le porte-monnaie aux passants.

(Edmond Lepelletier)

Un monsieur, très pressé, court dans la rue.
Un quidam le rejoint, lui frappe sur l’épaule et lui demande impérieusement :
— Où allez-vous ?
— Qu’est-ce que ça peut vous faire ? répond le monsieur furieux.
— Ça me fait beaucoup… on vient de me voler !
— Et vous m’accusez ?
— Oui.
— C’est trop fort !
— N’essayez pas de m’en imposer.
— Mais fouillez-moi, espèce de crétin !
Le quidam fouille le monsieur, et se retire en présentant de plates excuses.
Quand Le monsieur se fouille à son tour, il s’aperçoit qu’on lui a fait sa montre et son porte-monnaie.

(Gil Blas)

À la correctionnelle :
— Alors, dit familièrement le président au prévenu, vous vous vantez de faire la montre aves une remarquable dextérité ?
— Aussi bien que personne ici !
Puis il ajoute courtoisement :
— Soit dit sans vous offenser.

Faire un as de cœur

France, 1907 : « Qnelquefois les clients, principalement les étudiants, les jeunes ouvriers et les commis de magasin, se cotisent pour former la somme destinée au paiement d’une seule fille. On réunit le prix de la passe, la sous-maîtresse arrive avec un jeu de cartes, les visiteurs se rangent autour d’une table, et, après avoir battu le jeu et fait couper, la sous-maîtresse distribue les cartes. Celui à qui le hasard décerne l’as de cœur choisit une dame et monte. Cet usage est très courant ; on appelle cela : faire un as de cœur. Les trois quarts du temps, le plus malin de la bande a eu soin, en entrant, de glisser à la dérobée une pièce de vingt sous à la sous-maîtresse ; il peut être certain que c’est à lui que tombera l’as de cœur, et les camarades n’y auront vu que du feu. »

(Léo Taxil, La Prostitution contemporaine)

Filateur, fileur

Rigaud, 1881 : Tricheur qui opère au moyen du filage de la carte, c’est-à-dire en distribuant une carte pour une autre.

Flairer au foyer

Rigaud, 1881 : Se dit indistinctement d’un auteur ou d’un acteur.

L’acteur vient le soir au foyer pour regarder si le tableau d’annonces porte son nom sur une distribution de rôles. L’auteur vient savoir si on joue le lendemain ou si on répète.

(J. Duflot, Les Secrets des coulisses, 1865)

Par extension, signifie faire de la diplomatie auprès des directeurs et des artistes pour obtenir des représentations fréquentes ou nouvelles d’un ouvrage.

(Petit Dict. des coulisses)

Fonctions (faire des)

Boutmy, 1883 : v. Distribuer, corriger ; aider spécialement un metteur en pages.

Fourbi

Vidocq, 1837 : s. m. — Toute espèce de jeu qui cache un piège.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Clémens, 1840 : Poste, emploi ; on le dit assez aussi quand on a un mauvais jeu : Quel mauvais fourbi !

Delvau, 1866 : s. m. Piège ; malice, — dans l’argot du peuple, qui ne sait pourtant pas que le fourby (le Trompé) était un des 214 jeux de Gargantua. Connaître le fourbi. Être malin. Connaître son fourbi. Être aguerri contre les malices des hommes et des choses.

Rigaud, 1881 : Petite filouterie ; peccadille ; maraudage ; pour fourberie. — Connaître le fourbi, connaître une foule de petites ficelles, de trucs à l’usage des militaires peu scrupuleux, — en terme de troupiers.

Merlin, 1888 : Du vieux mot français fourby, espèce de jeu. Fourbi a deux acceptions : tantôt il veut dire : détournement, gain illicite ; tantôt : choses, travaux, matériel, etc.

La Rue, 1894 : Piège, malice. Métier. Jeu. Ficelle. Truc. Petit bénéfice plus ou moins licite.

Virmaître, 1894 : Piège, malice. A. D. C’est une erreur. Cette expression très usitée vient du régiment, où le caporal chargé de l’ordinaire gratte sur la nourriture des hommes. Fourbi signifie bénéfice (Argot du peuple). N.

Rossignol, 1901 : Ce que l’on possède.

J’ai mis tout mon fourbi dans une malle.

Hayard, 1907 : Voir flambeau et flanche.

France, 1907 : Affaire, travail. Connaître le fourbi, être malin, habile.

Oui, ça prouve, nom de Dieu ! que quoi qu’on dise, les idées ont marché. Le populo en a plein le cul, de turbiner pour les richards, il voudrait à son tour flânocher un brin. Seulement il s’y prend mal ; sale fourbi que celui de huit heures.
Comprends-moi bien, petit : je ne suis pas contre. Foutre non ! moins les pauvres bougres bûcheront, plus il leur restera de temps pour ruminer sur leur sort.

(Père Peinard)

Y en a qui font la mauvais’ tête,
Au régiment ;
I’s tir’ au cul, i’s font la bête
Inutil’ment ;
Quand i’s veul’nt pus fair’ l’exercice
Et tout l’fourbi,
On les envoi’ fair’ leur service
À Biribi.

(Aristide Bruant)

France, 1907 : Petit larcin, volerie, rapine : mot rapporté par les soldats d’Afrique.

— Dans les hospices ils s’entendent bien pour faire du fourbi aux dépens des malades ! dit Peau-de-Zébi sentencieusement, renversant en arrière sa chéchia comme pour accentuer son opinion.

(Edmond Lepelletier)

Les fourriers qui, en faisant la distribution de vin ou d’eau-de-vie, mettent leur pouce dans le quart distributeur, commettent un petit fourbi.
Mais il en est de gros et ils ont des conséquences graves. Je pourrai citer l’exemple des godillots à semelles de carton qu’on donna à plusieurs régiments pendant la malheureuse guerre de 1870 ; mais ces temps sont encore trop proches ; qu’il me suffise de raconter celui que rapporte le Mémorial de Sainte-Hélène pendant la campagne d’Égypte.

C’était l’apothicaire en chef de l’armée. On lui avait accordé cinq chameaux pour apporter du Caire les médicaments nécessaires pendant l’expédition de Syrie. Cet infâme eut la scélératesse de les charger de vin, de sucre, de café, de comestibles qu’il vendit dans le désert à des prix très élevés. Quand le général Bonaparte sut la fraude, il devint furieux, et le misérable fut condamné à être fusillé. C’était beaucoup trop d’honneur, il devait mourir sous la bastonnade pour assassinats prémédités, car il avait spéculé sur la vie des malades. Des centaines d’entre eux ont péri faute de médicaments. On leur donnait une boisson nauséabonde, faite avec des feuilles, pour leur faire croire qu’ils prenaient quelque remède…

(A. Longuet, Méditations de caserne)

Fourrier

Larchey, 1865 : Être mauvais fourrier c’est s’acquitter de la distribution de certaines choses de manière à satisfaire tout ayant droit. — Être bon fourrier veut dire le contraire. — On saisit facilement l’ironie de cette locution toute militaire.

Rigaud, 1881 : Élève reçu dans les premiers numéros à l’École polytechnique.

Rigaud, 1881 : Garçon de café préposé aux demi-tasses ; ganymède en tablier blanc.

Fourrier (bon ou mauvais)

France, 1907 : Le fourrier étant chargé de la distribution des vivres et des liquides, faire le bon fourrier c’est découper, partager et servir à table de façon à garder pour soi le meilleur morceau ou la plus grosse part. Le mauvais fourrier fait le contraire.

Gobette

Virmaître, 1894 : Gobelet de fer-blanc qui mesure 33 centilitres. Ce gobelet sert aux détenus dans les prisons pour prendre une ration de vin à la cantine où ils ont droit à trois gobettes par jour, en payant, bien entendu. Passer à la gobette, c’est prendre une tournée chez le marchand de vin (Argot des voleurs). N.

Hayard, 1907 : Gobelet.

France, 1907 : « Gobelet de fer-blanc qui mesure 33 centimètres. Ce gobelet sert aux détenus dans les prisons pour prendre une ration de vin à la cantine où ils ont droit à trois gobettes par jour, en payant, bien entendu. »

(Charles Virmaître)

France, 1907 : Distribution de vin dans les prisons.

Puis vient l’heure attendue de la gobette. C’est la distribution quotidienne de vin que le cantinier est autorisé, moyennant finances, à faire aux détenus. Chacun se presse, se bouscule. C’est à qui approchera du guichet étroit par lequel passe le merveilleux et désiré gobelet contenant le liquide adoré. Malheur à qui n’est pas agile et vigoureux, car le gobelet qu’il tient et qu’il s’apprête à vider, tout à coup lui échappe, emporté par un concurrent plus prompt, plus fort. La loi de Darwin est souveraine au Dépôt. Tant pis pour les faibles !

(Edmond Lepelletier)

Godillots

France, 1907 : Souliers et spécialement souliers de soldats, du nom du fondateur de la grande fabrique de chaussures.

Il travaillait, dit le Journal, comme ouvrier maçon, à des réparations au fort de Ham lorsque Louis Napoléon s’en évada. Ce fut lui qui prêta la blouse et le prantalon de toile grossière dont se revêtit le prince, le 25 mai 1846, pour passer devant le corps de garde, une planche portée sur l’épaule dérobant son visage à la curiosité du factionnaire.
Dès le début du troisième empire, la reconnaissance du souverain se manifesta par le don d’une somme importante et la fourniture de plusieurs parties de l’équipement militaire, entre autres des escarpins de troupe, dits godillots.

Mais que devient alors la légende de « Badinguet » ?

À la fin du Directoire, au commencement du consulat, on citait les fortunes criminelles faites par certains fournisseurs aux armées au détriment de nos superbes va-nu-pieds. Les exactions les plus éhontées, les vols les plus scandaleux se commettaient au grand jour, malgré les cris de colère de nos soldats, de nos populations et de nos généraux, et le notaire de Mme de Beauharnais pouvait dire à sa cliente :
— Épousez un fournisseur et non pas un général !
Hélas ! l’état de choses a bien peu changé.
Quant au ministre, il se soucie de tout ça comme de sa première paire de godillots.

(Camille Dreyfus, La Nation)

Un de nos deux compagnons de captivité était une espèce de bohème qu’on avait enrôlé de force et qui, détestable soldat, était toujours réprimandé par les chefs. C’est lui qui, de la distribution des effets, ayant reçu une énorme paire de godillots trop grands et par conséquent très lourds, s’écriait : « Je ne pourrai jamais courir avec ça, s’il fallait battre en retraite ! »

(Sutter-Laumann, Histoire d’un Trente sous)

Moins de cirage aux godillots, plus de savon dans les chambrées ; moins de vexations et plus de discipline ! Et, surtout, que, du général au capitaine, les chefs se fassent voir davantage, s’enquièrent des malades, s’inquiètent de « l’ordinaire », s’occupent du soldat, ne le livrent pas entièrement aux contremaîtres de l’armée.

(Séverine, Gil Blas)

Il n’y en a pas !

Boutmy, 1883 : Réponse invariable du chef du matériel, du moins d’après le dire de MM. les paquetiers. Le chef du matériel est chargé, entre autres fonctions, de donner aux paquetiers la distribution et les sortes manquantes. On comprend qu’il soit assailli de tous côtés. On prétend que, d’aussi loin qu’il voit arriver vers lui un homme aux pièces, avant que celui-ci ait ouvert la bouche, il s’empresse de répondre à une demande qui n’a pas encore été formulée par ce désolant : Il n’y en a pas ! Dans quelques maisons, Il n’y en a pas ! est remplacé par derrière le poêle !

Impasse

France, 1907 : Desservir une rue en impasse, c’est, dans l’argot des facteurs de la poste, commencer une distribution d’un côté, par les numéros pairs, par exemple, et la terminer par les numéros impairs. Aller successivement des numéros pairs aux impairs s’appelle fricoter.

Jouer le point de vue

Fustier, 1889 : Argot de cercle ou mieux de tripot.

De la même famille est la « ficelle » qui consiste à suivre les cartes pendant leur distribution ; il y a des banquiers qui les donnent très haut, et l’on peut arriver, avec une certaine habitude, à les voir par-dessous. Si l’on aperçoit un neuf, on ajoute (à sa mise) tout ce qu’on peut ajouter. Cette grosse indélicatesse s’appelle jouer le point de vue.

(Carle des Perrières, Le Monde qui triche)

France, 1907 : C’est, dans l’argot des grecs, se placer de façon à apercevoir le dessous des cartes du banquier qui, de connivence, les donne de très haut. L’on ajoute alors à son enjeu, si l’on découvre le principal atout, tout ce qu’on peut ajouter.

Jus de chique ou de chapeau

Merlin, 1888 : Café. L’opinion émise par les soldats eux-mêmes sur la qualité de ce liquide dans les casernes vient corroborer celle que nous avons exprimée au mot Champoreau. Il y a, d’ailleurs, trois espèces de café : le zig (1re qualité) que se réservent le cuisinier et le caporal ou brigadier d’ordinaire, charité bien ordonnée… Puis le bitt, destiné au chef ; enfin le jus de chique ou de chapeau (3e et problématique qualité) distribué aux troubades.

K

France, 1907 : Cette lettre qui, en algèbre, représente généralement un nombre élevé et indéterminé, est employée dans l’argot de l’École polytechnique dans un sens algébrique.

Aussi dit-on : « Le basoff a distribué ce matin k consignes », ou bien encore : « J’ai k (ou 2k) visites à faire. » La lettre k se prête à mille combinaisons facétieuses avec diverses lettres de l’alphabet qu’on utilise.

(Albert Lévy et G. Pinet, L’Argot de l’X)

Lancer son prospectus

Rigaud, 1881 : Jouer de la prunelle, faire entrevoir sous le feu des prunelles tout un monde de voluptés, — dans le jargon des filles.

France, 1907 : Distribuer des œillades pleines de tromperies et de promesses comme les prospectus des marchands.

Légumier

Rigaud, 1881 : Cuisinier chargé du département des légumes, dans un grand restaurant.

La truffe n’est pas de son domaine ; elle appartient en propre au grand chef, qui la distribue d’après les besoins… et la suit de l’œil.

(Eug. Chavette, Restaurateurs et restaurés, 1867)

France, 1907 : Soldat ou sous-officier qui échappe aux désagréments du service en se réfugiant dans les bureaux.

Licher

anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Boire.

Larchey, 1865 : Aimer les bons plats, faire débauche. — Jadis, on disait licharder.

Je liche chez le mannezingue, motus !

(Paillet)

Buvons plutôt bouteille. En lichant, nous ne penserons pas à toutes ces bagatelles.

(Chanson poissarde, 1772)

Larchey, 1865 : Boire. — V. Béquiller.

Puis il liche tout’la bouteille. Rien n’est sacré pour un sapeur.

(Houssot)

Delvau, 1866 : v. a. et n. Manger et boire à s’en lècher les lèvres.

France, 1907 : Boire.

Il a liché toute la bouteille,
Rien n’est sacré pour un sapeur.

(Répertoire de Thérésa)

En Normandie, les hommes accompagnent leurs sœurs ou leurs femmes jusqu’au seuil du saint lieu, puis ils se distribuent dans les joyeux petits bouchons des alentours, où l’on fait si bien la partie en lichant un coup de cidre ou de marc jusqu’à l’heure où la cloche sonore annonce aux « sexe fort » qu’il faut aller rechercher les « sexe faible. »

(Marc Anfossi)

France, 1907 : Lécher, embrasser.

Et tous les poissons lubriques, comme anguilles, congres, lamproies, ainsi nommés vulgairement parce qu’ils lichent les pierres.

(Prosper Colonius)

Tu resteras pour licher mes blessures ;
Mon pauvre chien, ne me quitte jamais.

(Vieille complainte)

Je ne connais rien de plus agréable que de passer une semaine ou deux sans apercevoir un journal ; c’est ce qui vient de m’arriver, et je m’en fiche encore les paupières ; mais toute médaille a un revers : j’ai fini par m’apercevoir, à la longue, que ce n’était pas le moyen de se tenir au courant de l’actualité.

(Grosclaude)

France, 1907 : Manger.

Je te bénis, ô mon poète,
Car c’est son rêve, à ta Nini,
D’aller licher chez Tortoni.

(Léon Rossignol)

Linvé

Rigaud, 1881 : Un franc, vingt sous, — dans le jargon des voyous, par abréviation de linvé loussem ; emprunté au jargon des bouchers. Déformation argotique en et lem.

Virmaître, 1894 : Un franc (Argot des voleurs). N.

Rossignol, 1901 : Vingt. Ce mot est de l’argot de boucher, mais il est dit par tous les individus parlant un peu argot. Les chiffres se prononcent ainsi : 1. Unlaime ; 2. Leudé ; 3. Loitré ; 4. Latequé ; 5. Linqcé ; 6. Lixsé ; 7. Leptsaime ; 8. Luihaime ; 9. Leufnique ; 10. Lixdé ; 20. Linvé ; 40. Larantequé.

Hayard, 1907 : Vingt.

France, 1907 : Pièce d’un franc. Ce sont les mots vingt sous déformés et abrégés. On dit aussi loussem.

— N’en dites pas de mal, papa : c’est mon ami ! Il a l’air comme ça un peu fier, quand on ne le connait pas, mais vous allez voir tout à l’heure, quand il va sortir… Lorsqu’il est saoul, il n’y a pas plus gentil, plus généreux. Il me refile toujours un linvé, des fois larantqué : il ne s’agit que d’être à la distribution.

(Maurice Donnay)

anon., 1907 : Vingt sous.

Mal-donne

Delvau, 1866 : s. f. Fausse distribution de cartes. — dans l’argot des joueurs.

Marbre

d’Hautel, 1808 : Froid comme un marbre. Flegmatique ; homme rêveur et taciturne ; ame sans pitié, sans compassion pour le malheur d’autrui.

Delvau, 1866 : s. m. Table sur laquelle, dans les imprimeries, les typographes posent les paquets destinés à être mis en page. Avoir un article sur le marbre. Avoir un article composé, sur le point de passer, — dans l’argot des typographes et des journalistes.

Rigaud, 1881 : C’est, en terme de journaliste, tout paquet composé qui stationne sur la table de fonte d’une imprimerie, en attendant le moment d’être appelé aux honneurs de la mise en page. — Être sur le marbre, attendre l’insertion d’un article composé. — Avoir du marbre, avoir en réserve des faits divers, des articles « des quatre saisons ». C’est, pour un journal, avoir du pain sur la planche. — Il y a toujours sur le marbre un choix d’articles « Variétés » ; — ce sont les en-cas, les bouche-trous réservés pour les jours où la copie manque, pour les jours où les annonces faiblissent. Ordinairement le dimanche on écoule le marbre de la semaine, dans les journaux qui ne laissent rien perdre.

Virmaître, 1894 : Ainsi nommé parce que c’est une table en fonte. Table sur laquelle les typographes alignent les paquets composant les articles. Avoir un article sur le marbre : attendre son tour pour être imprimé. Quand un article reste trop longtemps sur le marbre, il faut le distribuer. Marbre est une ironie pour les pauvres journalistes. Leurs articles refroidissent sur le marbre (Argot d’imprimerie). N.

Mélo

France, 1907 : Abréviation de mélodrame.

Mélo, c’est un mélo, un mélodrame pour tout de bon, soigneusement cuisiné, avec les ingrédients fameux de cette sorte de ratatouille : guet-apens et assassinat. suppression d’enfants, innocent injustement accusé et même guillotiné, justiciers improvisés se substituant à la justice humaine impuissante, et ne tardant pas à atteindre les meurtriers triomphants, et ne manquant pas de réhabiliter la mémoire de la victime…
C’est un mélo sans tambour ni trompette bourré de vertueuses ingénues, de fieffés coquins, d’adjurations et de prières, comme une oie de marrons. On y voit un homme généreux qui se promène à travers ces dix tableaux, distribuant en passants les billets de mille dont son portefeuille est garni. On y voit une fieffée coquine, la femme de ce petit manteau bleu, tramant avec une bande de sacripants le meurtre de son mari et la suppression de la petite Mionne, sa propre fille, Messieurs, jadis exposée à la charité publique et recueillie par un brave diable de saltimbanque…

(Henry Bauër, Écho de Paris)

Miche

d’Hautel, 1808 : Grosse morceau de pain.
Un donneur de miche. Celui qui est en pouvoir de distribuer des faveurs, les pensions, les charges, les emplois.
Miche de St. Étienne. Nom que l’on donne aux pierres, parce que ce saint fut lapidé.
À la porte où l’on donne les miches, les gueux y vont. Pour dire que l’on courtise ceux qui distribuent les graces, les honneurs.

Delvau, 1866 : s. f. Dentelle, — dans l’argot des voleurs.

Delvau, 1866 : s. f. Gros morceau de pain, — dans l’argot du peuple. Se dit aussi pour Pain entier.

Et moins encor il fait du bien
Aux pauvres gens, tant il est chiche ;
Si il a mangé de leur miche.

(Les Touches du seigneur des Accords)

Rigaud, 1881 : Dentelle, — dans l’ancien argot.

La Rue, 1894 : Dentelle. Argent. Pain.

France, 1907 : Dentelle.

Mikel

Vidocq, 1837 : s. m. — Je conçois fort bien que l’on accorde à celui qui montre à travers les verres d’une lanterne magique, monsieur le Soleil, madame la Lune et le palais de l’Empereur de la Chine, qui avale des barres de fer et des lames de poignard, qui danse sur la corde ou exécute des tours de souplesse, le droit d’exercer son industrie sur la place publique : il ne fait de mal à personne, et quelquefois il amuse les badauds de la bonne ville ; mais ce que je ne puis concevoir, c’est qu’une police bien organisée accorde à certains individus le droit de voler impunément à la face du soleil. Il n’y a, je crois, que deux genres d’industrie, celles qui servent à l’utilité et à l’amusement, et celles qui ne servent absolument à rien ou plutôt qui ne sont que les moyens dont se servent quelques individus pour escroquer de l’argent aux niais : c’est évidemment dans cette dernière classe que doivent être rangées celles qui sont exercées par ces marchands de pommade propre à faire croître les cheveux, de baume propre à guérir les cors aux pieds. Si les charlatans qui débitent ces spécifiques sont dangereux, combien sont plus dangereux encore ces devins et devineresses en plein vent, qui prédisent au Jean-Jean qu’un jour il sera colonel, à la servante d’un homme seul que son maître la couchera sur son testament, à la fille publique qu’elle trouvera un entreteneur.
Lorsque vous passerez dans la rue de Tournon, arrêtez-vous au numéro 5, et entrez chez mademoiselle Lenormand, vous trouverez toujours dans le salon plusieurs individus des deux sexes, de tout âge et de toutes conditions, attendant avec impatience l’instant d’être admis dans l’antre de la pythonisse ; allez vous promener sur les boulevards, sur la place du Châtelet ; arrêtez-vous au milieu du cercle qui entoure le sieur Fortuné, ou tout autre « élève favori du célèbre Moreau, qui a eu l’honneur de tirer les cartes à sa majesté Napoléon, » et vous verrez toutes les mains tendues lorsque le Pitre offrira aux amateurs la carte révélatrice.
Les individus qui vont demander des conseils aux tireurs de cartes sont des imbéciles, sans doute, mais il ne doit cependant pas être permis de les exploiter ; aussi, je le répète, je ne comprends pas l’indulgence de la police.
L’établissement d’un tireur de cartes se compose ordinairement d’une petite table, de trois gobelets de fer-blanc, de quelques petites boules de liège ou muscades, de plusieurs jeux de cartes, et d’un Pitre ou paillasse ; c’est dans un quartier populeux et à proximité d’un marchand de vin que l’Éteilla moderne exerce ; le Pitre commence ordinairement la séance par quelques lazzis de mauvais goût, ou quelques chansons plus que grivoises ; c’est lui, qui, en termes du métier, est chargé de faire abouler le trèpe, lorsque la foule est assez grande pour promettre une bonne recette, le devin arrive et débite son boniment ; le Pitre distribue les cartes et reçoit la rétribution fixée ; cela fait, le devin explique à voix basse et hors du cercle, la dame de carreau ou l’as de pique ; si parmi les individus qui ont pris, moyennant deux sols, une carte du petit jeu ou jeu de piquet, il s’en trouve un qui écoute avec plus de recueillement que les autres les vagues explications auxquelles sa carte donne lieu, et qui paraisse ajouter une foi entière aux discours du devin, celui-ci propose de lui faire le grand jeu ; si l’individu accepte, un signe du devin avertit le Pitre qui sait très-bien s’acquitter de la tâche qui lui est imposée. Il va trouver le Mikel, et tout en buvant une chopine avec lui, il lui tire adroitement les vers du nez, et bientôt il sait ce qu’il est, d’où il vient, où il va et ce qu’il espère ; il rapporte à son maître ce qu’il vient d’apprendre, et celui-ci est pris pour un grand homme par le Mikel, qui ne se doute jamais qu’il ne fait que lui répéter ce que lui-même disait il n’y a qu’un instant, et il ne regrette pas ce qu’il a payé pour se faire expliquer une ou deux cartes du jeu du tarot. Après le jeu du tarot il se fait faire le jeu égyptien, puis encore d’autres jeux qu’il trouve plus merveilleux les uns que les autres ; si bien, qu’il quitte le devin plus pauvre de quelques pièces de cinq francs, mais bien convaincu que dans peu de temps il n’aura plus de souhaits à former.
Si les tireurs de cartes bornaient à cela leur industrie, cette industrie, il est vrai, ne serait rien moins que délicate, mais au moins elle ne serait pas dangereuse, et si l’on voulait bien être très-indulgent elle serait même bonne à quelque chose, ne fût-ce qu’à donner à de pauvres diables ce qui ne saurait être payé trop cher : l’espérance ; mais il n’en est pas ainsi, les devins ne se contentent pas toujours de faire naître, moyennant finances, l’espérance dans le cœur du Mikel, ils veulent bien se charger de la réaliser. Lorsqu’ils ont trouvé un niais de force à croire qu’ils peuvent le faire aimer d’une femme, gagner à la loterie, ou découvrir un trésor caché, ils puisent à poignées dans sa bourse ; ce sont tous les jours des consultations, qui alors ne se donnent plus pour deux sous, mais qui sont payées fort cher ; ce sont des présens qu’il faut faire au génie familier du sorcier, etc., etc. Il arrive souvent, très-souvent même, que le Mikel n’est désabusé que lorsqu’il est complètement ruiné.
On mit un jour sous les yeux de M. Anglès, alors préfet de police, une pétition qui relatait toutes les ruses mises en œuvre par le sorcier que j’ai nommé plus haut, le sieur Fortuné, pour dépouiller un Mikel ; M. Anglès indigné écrivit en marge de cette pétition : « Si cet escamoteur ne rend pas ce qu’il a escroqué, je l’escamote à Bicêtre. » L’escamoteur rendit, pour ne pas être escamoté ; ce qui pourtant ne l’empêcha pas de faire de nouvelles dupes.

Larchey, 1865 : Dupe (Vidocq). — C’est le nom de Michel dont le diminutif michon signifiait autrefois sot. V. Roquefort.

Delvau, 1866 : s. m. Dupe, — dans l’argot des saltimbanques.

Mille-pattes

Merlin, 1888 : Infanterie, régiment ou bataillon de fantassins. Le mot fait image.

Fustier, 1889 : Fantassin.

France, 1907 : Sobriquet donné par les cavaliers aux fantassins.

Il arrive parfois
Que la bourse est bien plate,
On n’est pas des bourgeois
Quand on est mille-patte,
Si l’on n’peut se payer
Sa petite chopine,
Faut souvent se fouiller
Passant d’vant la cantine !…
Aussi vive mon quart de vin
Dont la distribution sonne !
Vive ce nectar purpurin !
Vive la France qui le donne !

Miroir

Rigaud, 1881 : Coup d’œil rapide jeté sur le talon d’un jeu de piquet, sur les premières cartes à distribuer au baccarat, — dans le jargon des grecs ; une manière de connaître le jeu de l’adversaire.

Mores en noces, Juifs en Pâques, chrétiens en plaidoyers dépensent leurs deniers

France, 1907 : Ce vieux dicton fait allusion aux dépenses et naturellement aux goûts des Maures, des Juifs et des chrétiens. Les Maures, prodigues galants et fastueux, se plaisent aux fêtes et à l’éclat ; les Juifs, avares et parcimonieux d’ordinaire, ne reculent devant aucune dépense pour célébrer dignement les fêtes de Pâques ; outre les repas et les réjouissances en l’honneur de leur agneau pascal, ils distribuent à leurs amis même d’une religion différente des pains azymes, ornés de rubans, sans rien demander en échange ! Quant aux chrétiens, chicaneurs, bavards et de mauvaise foi, ils se ruinent en procès.

Moule à claques

Delvau, 1866 : s. m. Figure impertinente qui provoque et attire des soufflets, — dans l’argot du peuple. Se dit aussi pour la main, qui distribue si généreusement les soufflets.

France, 1907 : Individu à visage déplaisant ou impertinent.

Mur

d’Hautel, 1808 : Les gens du gros mur. Pour dire de basse condition, de bas aloi ; des artisans, des hommes brusques, grossiers, et mal élevés.
Tirer au mur. Se passer de quelque chose, être oublié dans une distribution.
Les murs ont des oreilles. Se dit quand on parle dans un lieu où l’on pourroit être entendu.
Il tireroit de l’huile d’un mur. Se dit d’un homme rusé, adroit et artificieux, qui vient à bout de tous ses desseins, de toutes ses entreprises.
Être au pied d’un mur sans échelle. Manquer une entreprise, sur le succès de laquelle on comptoit, faute de ne s’être pas pourvu de toutes les choses nécessaires pour son exécution.
Mettre quelqu’un au pied du mur. Le mettre dans l’impossibilité de reculer, le pousser à bout.

France, 1907 : Compère de voleur à la tire. Il sert à cacher ses opérations.

Niguedouille

Delvau, 1866 : s. m. Imbécile, nigaud, — dans l’argot des faubouriens. C’est une des formes du vieux mot français niau, — le nidasius de la basse latinité, — dont nous avons fait niais. Gniolle — qu’on devrait écrire niolle, mais que j’ai écrit comme on le prononce — a la même racine.

Rigaud, 1881 : Nigaud.

La Rue, 1894 : Imbécile.

France, 1907 : Nigaud, sot, naïf. Quelques auteurs écrivent niquedouille.

Sur les champs de courses, l’État a fait construire des baraquettes où les niquedouilles viennent engloutir leur pognon.
L’État — honorable filou — prélève, sur les paris, tant pour ceci, tant pour cela et distribue le moins possible aux gagnants.
Il est donc facile de comprendre que, si les jobards qui engagent leur douille dans ces baraquettes de bandits ne renouvelaient pas leurs provisions de galette, grâce à leur turbin, un moment viendrait — et vite, nom de dieu ! où leur porte-braise aurait été vidé, jusqu’au dernier centime, dans la caisse du Paris Mutuel.

(Père Peinard)

Omnibus

Larchey, 1865 : Prostituée, femme se donnant à tous.

On y remarque aussi quelques femmes jeunes encore, pauvres beautés omnibus.

(La Maison du Lapin blanc, typ. Appert)

Omnibus de coni : Corbillard (Vidocq). — Mot à mot : voiture de mort. — Omnibus rappelle que tous doivent faire un jour le voyage.

Delvau, 1866 : s. m. Femme banale, — dans l’argot du peuple, pour qui cette Dona Sol au ruisseau lucet omnibus.

Delvau, 1866 : s. m. Garçon supplémentaire pour les jours de fête, — dans l’argot des garçons de café.

Delvau, 1866 : s. m. Résidu des liquides répandus sur le comptoir d’un marchand de vin, et servi par ce dernier aux pratiques peu difficiles, amies des arlequins.

Delvau, 1866 : s. m. Verre de vin de la contenance d’un demi-setier, la mesure ordinaire de tout buveur.

Rigaud, 1881 : Batteurs de pavé.

C’est-à-dire des gens que l’on rencontre sur tous les points de Paris comme les véhicules dont ils portent le nom, mais qui diffèrent de ceux-ci en ce qu’ils n’ont ni couleur, ni enseigne, ni lanterne pour indiquer où ils vont et d’où ils viennent.

(Paul Mahalin)

Rigaud, 1881 : Femme qui a autant et plus de droit à ce sobriquet que les voitures de ce nom.

Rigaud, 1881 : Garçon d’extra, dans un restaurant, dans un café.

Rigaud, 1881 : Loges d’avant-scène au théâtre de l’Opéra.

Excepté la loge de l’Empereur et la loge voisine réservée pour le service de Sa Majesté, excepté les deux loges qui sont en face et les deux avant-scènes du rez-de-chaussée, au côté droit, toutes les loges d’avant-scène jusqu’au troisième rang non compris, sont occupées par des hommes et organisées en omnibus ainsi qu’on dit à l’Opéra et à Londres.

(N. Roqueplan)

Rigaud, 1881 : Verre de vin, verre d’eau-de-vie, de la capacité d’un demi-setier. On lit encore à la devanture de quelques débits de vin, extra-muros : « Ici l’on prend l’omnibus. » Rinçures de verres, résidu de vin répandu sur le comptoir et débité aux consommateurs assez ivres pour ne plus y regarder de près.

Fustier, 1889 : Les employés des télégraphes à Paris appellent ainsi les cartes-télégrammes fermées qui sont expédiées par les tubes.

Le temps qu’ils (les télégraphistes) distribuent les courses aux facteurs, les cartes et les omnibus à tuber attendent aussi.

(Cri du Peuple, août 1885)

Ces cartes-télégrammes sont aussi nommées petit-bleu à cause de la couleur du papier sur lequel elles sont rédigées.

La Rue, 1894 : Verre de vin ordinaire. Garçon d’extra. Gouttures du comptoir d’un marchand de vin. Prostituée.

Virmaître, 1894 : Femme à tous. On dit aussi : wagons et omnibusardes. Fréquemment, ces omnibus là donnent une correspondance pour l’hôpital du Midi (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Garçon de café payé par les autres garçons pour les aider dans les moments de presse.

Rossignol, 1901 : Lorsque l’omnibus d’une fille publique est embourbé, elle ne peut travailler.

Hayard, 1907 : Prostituée.

France, 1907 : Batteur de pavé : individu qui erre par les rues, sans moyen apparent d’existence.

Omnibus, des gens que l’on rencontre sur tous les points de Paris, comme les véhicules dont ils portent le nom, mais qui différent de ceux-ci en ce qu’ils n’ont ni couleur, ni enseigne, ni lanterne pour indiquer où ils vont et d’où ils viennent.

(Paul Mahalin)

France, 1907 : Garçon d’extra que prennent les cafetiers, cabaretiers, restaurateurs aux jours de fête.

France, 1907 : Prostituée.

France, 1907 : Superflu de liquides tombé sur le comptoir de zinc d’un marchand de vin recueilli dans un récipient et revendu aux clients.

France, 1907 : Verre de la capacité d’un demi-setier.

Pain à chanter

France, 1907 : Pain bénit, corruption de pain enchanté, qui est lui-même une corruption de pain en chantel ou en chanteau, fraction de pain, le pain bénit étant distribué aux fidèles en petites fractions. Les boulangers appellent encore chanteau le morceau de pain qu’ils ajoutent pour parfaire le poids.

Palmarès

Rigaud, 1881 : Liste des récompenses accordées aux lycéens, le jour de la distribution des prix à la Sorbonne. De palma, palme.

Pandore

d’Hautel, 1808 : C’est la boîte à Pandore. Se dit d’une femme, qui, sous des dehors séduisans, cache une ame noire et atroce, par allusion à la boîte que Jupiter donna à la femme d’Épiméthée, et où tous les maux imaginables étoient renfermés.

France, 1907 : Gendarme. Ce sobriquet vient de la fameuse chanson de Gustave Nadaud, Les Deux Gendarmes, où chaque couplet se termine par ce refrain :

Brigadier, répondit Pandore,
Brigadier, vous avez raison.

À ce propos, disons comme simple renseignement historique que c’est le 15 janvier 1797 quis le conseil des Cinq-Cents vota le projet présenté par Richard, qui décidait la formation du corps de la gendarmerie actuelle.

Les soldats turcs n’ont pas été plus féroces que les soldats versaillais foutant., en 1871, Paris à feu et à sang, que, plus récemment, les troufions de France, au Tonkin, au Dahomey et à Madagascar.
Les conquérants, les envahisseurs sont partout identiques : l’homme s’efface — la bête humaine reparait avec tous les instincts féroces et sanguinaires des anciens âges.
Sur la route de Paris à Versailles, les pandores attachaient les communards à la queue de leurs chevaux ; aux Buttes-Chaumont, un colonel célèbre faisait arroser de pétrole et griller vivants ses prisonniers.
Au Tonkin, les pousse-cailloux violaient et pillaient à cœur joie.
Au Dahomey, un ratichon distribuait des cigares aux troufions qui lui rapportaient des tètes de moricauds.

(Le Père Peinard)

Panem et circenses

France, 1907 : « Du pain et des jeux, » Locution tirée de la Xe Satire de Juvénal ou il exprimait son mépris pour les Romains de la décadence qui, pourvu qu’on leur distribuât du blé au Forum et qu’on leur donnât des spectacles gratuits, me demandaient rien de plus. Que de Français seraient Romaine en ce sens !

Part

d’Hautel, 1808 : Il a fait son pot à part. Se dit d’un homme qui, sous l’apparence de la réserve et de la discrétion, ne s’est point oublié dans une affaire.
On vous en garde dans un petit pot à part. Se dit ironiquement pour faire entendre à quelqu’un qu’il n’y a rien à espérer pour lui dans une distribution.
Part à nous deux. On se sert de cette locution quand quelqu’un avec lequel on va de compagnie, fait une trouvaille quelconque, pour dire qu’on en retient sa part ; qu’on espère en avoir sa part.
Avoir part au gâteau. Être intéressé dans les bénéfices d’une entreprise, ou dans une succession.

Pâté

d’Hautel, 1808 : Un gros pâté. Nom que l’on donne familièrement à un enfant gros, gras et bien portant.
Crier les petits pâtés. Se dit par plaisanterie des femmes quand elles sont en mal d’enfant.
Un pâté. Goutte d’encre tombée sur le papier.

Delvau, 1866 : s. m. Mélange des caractères d’une ou plusieurs pages qui ont été renversées, — dans l’argot des typographes. Faire du pâté, c’est distribuer ou remettre en casse ces lettres tombées.

Delvau, 1866 : s. m. Tache d’encre sur le papier, — dans l’argot des écoliers, qui sont de bien sales pâtissiers. On dit aussi Barbeau.

Rigaud, 1881 : Mauvaise besogne, — dans le jargon des typographes.

Boutmy, 1883 : s. m. Caractères mêlés et brouillés qu’on fait trier par les apprentis. Faire du pâté, c’est distribuer ces sortes de caractères.

France, 1907 : Caractères mêlés et brouillés que les apprentis doivent remettre dans leurs cases respectives ; argot des typographes.

Pâte (mettre en)

Boutmy, 1883 : v. Laisser tomber sa composition ou sa distribution. Quelquefois, une forme entière mal serrée est mise en pâte quand on la transporte. Remettre en casse les lettres tombées, c’est faire du pâté. Par extension, on dit de quelqu’un qu’il s’est mis en pâte, quand il a fait une chute. Être mis en pâte, Recevoir dans une rixe quelque horion ou quelque blessure.

France, 1907 : C’est, dans l’argot des typographes, laisser tomber sa composition. Au figuré, être mis en pâte, c’est recevoir des horions dans une rixe.

Payot

Bras-de-Fer, 1829 : Forçat écrivain.

Vidocq, 1837 : s. m. — Forçat chargé de délivrer les vivres aux cuisiniers du bagne, et d’une partie de la comptabilité. Les places de Payot sont les plus belles et les plus lucratives de toutes celles qui peuvent être accordées aux forçats qui, par leur conduite et leur instruction, se montrent dignes des faveurs de l’administration. À Toulon, elles peuvent rapporter au moins 20 fr. par jour à ceux qui les occupent. Au bagne, les écritures doivent être tenues avec plus de soin et de régularité que dans quelqu’administration que ce soit, aussi faut-il que les Payots soient doués de capacités plus qu’ordinaires, mais comme il n’y a jamais disette de sujets au bagne, les places de Payot ne sont jamais long-temps vacantes ; on peut cependant regretter qu’elles soient plus souvent accordées aux intrigants qu’à ceux dont la conduite est véritablement bonne et le repentir sincère. Le Payot, comme les autres sous-officiers de galère, est déferré, et ne va pas à la fatigue, mais il a de plus qu’eux la permission d’aller en ville, accompagné d’un garde chiourme ; il peut entrer dans tous les lieux publics, cafés, restaurans, et personne ne le remarque d’une manière désagréable, mais le mépris que les habitans des villes où des bagues sont établis est si grand, que l’entrée des lieux où les forçats sont admis sans difficulté leur est rigoureusement interdite. Les gardes chiourmes reçoivent du forçat qu’ils sont chargés d’accompagner en ville, 3 fr. par jour à titre d’indemnité.
Les forçats sont ordinairement bien reçus des habitans de la ville dont ils habitent le bagne, pendant tout le temps de leur captivité. Cela vient peut-être de ce qu’il est très-rare que l’un d’eux abuse de la confiance que l’on veut bien lui accorder. Un des plus insignes voleurs de son époque, condamné à une très-longue peine qu’il subissait au bagne de Brest, allait en ville pour donner des leçons de harpe à plusieurs personnes recommandables ; cela dura quinze ans au moins, et jamais on ne se plaignit de lui. La bonne conduite soutenue des forçats auxquels on accorde quelques faveurs, devrait engager l’administration à traiter un peu plus doucement les hommes placés sous sa dépendance, car il est à présumer qu’il vaudrait mieux les traiter avec douceur que de les soumettre à un régime auquel du reste ils s’habituent bientôt, et que par conséquent ils ne redoutent plus.

Delvau, 1866 : s. m. Forçat chargé d’une certaine comptabilité.

Rigaud, 1881 : Forçat cantinier et comptable, une des places les plus recherchées des anciens bagnes. C’était une place accordée ordinairement aux anciens notaires, aux agents de change qui avaient eu des malheurs.

France, 1907 : Forçat chargé des comptes.

Le payot distribue les vivres, fait la paye et se charge à juste prix de la correspondance des camarades. C’est à la fois un fourrier du bagne et un écrivain public.

Père

d’Hautel, 1808 : Ce mot joint à un nom propre, désigne parmi nous la familiarité, il ne s’emploie qu’en parlant à un homme âgé. Parmi les Grecs et les Latins, c’étoit une épithète honorable que les cadets donnoient à leurs aînés.
Un père Duchesne. Pour dire, un criard, un homme qui s’emporte sans sujet, et dont la colère n’est nullement à craindre.
Le père la Ressource, la mère la Ressource. Sobriquet flatteur que l’on donne à une personne fertile en expédiens, à laquelle on a toujours recours dans de mauvaises affaires, et qui, par ses conseils, sa fortune ou son crédit sait vous tirer d’embarras.
À la ronde, mon père en aura. Pour point de façon, point de cérémonie, chacun à son tour. Se dit lorsque dans une distribution, quelqu’un refuse la part qu’on lui présente pour l’offrir à son voisin.
Un père, ou une mère la joie. Homme ou femme d’une humeur joviale, qui amusent les autres par des bouffonneries, et qui mettent tout en train.
Le Père ou la mère aux écus. Personnes fortunées, mais dont l’extérieur n’est pas fastueux.
Je l’ai renvoyée chez son grand-père. Pour, je l’ai tancé fortement ; je l’ai envoyé promener.
Quand ce seroit pour mon père, je ne le ferois pas mieux. Se dit par exagération ; pour, il m’est impossible de mieux faire.
Un père douillet. Homme qui se dorlotte, qui aime à prendre ses commodités.
Le père aux autres. Se dit en plaisantant des personnes ou des choses dont le volume est très considérable,

Petit manteau bleu

Larchey, 1865 : Homme bienfaisant — L’usage de ce mot est la plus belle récompense qu’ait pu ambitionner un philanthrope bien connu.

On parlerait de toi comme d’un petit manteau bleu.

(Balzac)

Delvau, 1866 : s. m. Homme bienfaisant, — dans l’argot du peuple, qui a ainsi consacré le souvenir des soupes économiques de M. Champion.

Rigaud, 1881 : Philanthrope. — En souvenir de « l’homme au petit manteau bleu ».

France, 1907 : Homme charitable, s’occupant exclusivement de faire du bien aux pauvres, allusion au philanthrope Edmé Champion, connu sous le nom de l’« homme au petit manteau bleu » et qui, dans les dernières années de la Restauration et sous Louis-Philippe, pratiquait avec un peu d’ostentation des œuvres de charité en faisant distribuer des soupes et en distribuant lui-même des secours en argent et en nature aux pauvres de Paris. Champion mourut en 1842.

Planche au pain

Bras-de-Fer, 1829 : Cour d’assises.

Vidocq, 1837 : s. m. — Banc des prévenus, banc des accusés.

Clémens, 1840 : Banc des accusés.

Halbert, 1849 : Banc des accusés, tribunal.

Delvau, 1866 : s. f. Le banc des accusés, — dans l’argot des prisons. Être mis sur la planche au pain. Passer en Cour d’assises.

Rigaud, 1881 : Banc des prévenus. — Lit, — dans le jargon des filles publiques.

La Rue, 1894 : Le banc des accusés. Lit.

France, 1907 : Le tribunal ; appelé ainsi à cause de la position élevée, allusion à la planche à pain des chambrées de soldats, ou à la distribution qui s’y fait de jours, de semaines, de mois ou d’années où l’on mange gratis le pain de l’État ; argot des voleurs. C’est aussi le banc des accusés.

On m’empoigne, on me met sur la planche au pain.

(Victor Hugo)

Pocher

d’Hautel, 1808 : Meurtrir, froisser, faire des contusions.

Delvau, 1866 : v. a. Meurtrir, donner des coups. Se pocher. Se battre, surtout à la suite d’une débauche de vin.

Boutmy, 1883 : v. intr. Prendre trop d’encre avec le rouleau et la mettre sur la forme sans l’avoir bien distribuée. Peu usité.

France, 1907 : « Prendre trop d’encre avec le rouleau et la mettre sur la forme sans l’avoir bien distribuée. » (Eug. Boutmy) Argot des typographes. Ce mot n’est plus guère usité.

France, 1907 : Battre, meurtrir ; appliquer un coup. Se pocher, se battre.

Le soleil, qui fond la glace,
N’est pas plus ardent que moi :
Comme un gueux de sa besace,
Je me sens jaloux de toi ;
Au grand Colas qui te lorgne
Je veux pocher les deux yeux,
Ou du moins en faire un borgne,
Si je ne puis faire mieux.

(Vieille chanson)

Pouletoscope

France, 1907 : « Petit instrument appele aussi gallinoscope, destiné à distribuer, par voie de roulement, les différents morceaux du poulet qui sera découpé au repas du soir… L’instrument se compose d’un cercle mobile divisé en cinq secteurs égaux portant chacun l’indication d’une des portions (la carcasse, les deux pattes, les deux ailes) et se mouvant devant un cadran fixe sur lequel sont inscrits les noms des dix élèves de la table. »

(Albert Lévy et G. Pinet)

Pruneaux (aller aux)

France, 1907 : Farce que l’on fait dans les hôpitaux militaires aux nouveaux venus naïfs à qui l’on avise d’aller dans une salle voisine demander soit des pruneaux, soit tout autre dessert à un malade qu’on dit chargé de la distribution.

Quart

d’Hautel, 1808 : Un moment de trente-six quarts d’heure. Un moment dont on ne voit pas la-fin, qui se change en heure, et quelquefois en jour. Se dit par raillerie des délais que demande un lendore, un homme d’une lenteur et d’une nonchalance extrêmes.
Il ne vaut pas le demi quart de l’autre. Se dit par comparaison de deux choses, et pour exprimer que l’une est bien inférieure à l’autre.
Il n’a pas un quart d’écu. Pour, il est bien pauvre. On dit, dans le sens opposé, d’un homme riche, qu’il a bien des quarts d’écu.
Donner au tiers et au quart. Être prodigue, libéral, généreux, donner à tout ce qui se présente.
Dauber sur le tiers et le quart. Se railler, se moquer des ridicules des autres ; n’épargner personne dans ses moqueries.
Médire du tiers et du quart. Médire de tout le monde.
Le quart-d’heure de Rabelais. Pour dire moment désagréable, fâcheux, triste et pénible. On appelle ainsi l’instant où, chez un traiteur, il faut payer l’écot : instant qui ne fait pas plaisir aux gens intéressés, qui voudroient se divertir et ne rien payer.

Larchey, 1865 : Station d’une fille sur la voie publique ; tolérée par la police de sept à onze heures du soir, elle équivaut en effet au quart des marins.

Je n’ai plus besoin de faire mon quart.

(Montépin)

France, 1907 : N’avoir quart ni part, n’avoir rien à prendre dans une succession, un partage.

France, 1907 : Commissaire de police ; abréviation de quart d’œil.

Car au passant, matin et soir,
De la fenêtre ou du trottoir
Faut faire signe ;
D’un bon miché l’on a l’espoir
Et c’est le quart qui vient vous voir.

(É. Blédort)

France, 1907 : Gobelet en fer-blanc dont se servent les soldats en route et en campagne.

Une fois au milieu de nous, les deux religieuses menèrent lestement leur distribution, — ménageant leurs paroles, mais nullement leur bon vouloir. Bientôt notre misérable troupe eut de quoi apaiser sa faim : pain frais et viande froide, et les quarts se tendirent à la ronde vers les bouteilles de vin clair que débouchait la plus âgée des sœurs.

(André Theuriet)

France, 1907 : Mesure parisienne qui est censée être le quart du décalitre, mais qui ne content en réalité que deux litres. On devrait dire cinquième. On appelait autrefois quarte un vase d’une capacité de convention variant selon les lieux, mais le plus souvent égale à la pinte.

Rabiau, rabiot

Rigaud, 1881 : Résidu, restes de vin ou de soupe, — dans le jargon des troupiers. — Prolongation de service militaire ; durée d’une condamnation dans une compagnie de discipline. — Faire du rabiau. Ce mot, qui, aujourd’hui, s’applique à tout ce qui comporte l’idée de « supplément, excédant », a servi primitivement à désigner la distribution du second quart de café faite aux soldats, distribution de faveur.

Rabiot

Larchey, 1865 : Temps pendant lequel le soldat peut être forcé de rester à son corps après sa libération. Il y eut plus d’un rabiot en Crimée. — Restant de soupe laissée au fond de la gamelle (De Vauvineux).

Virmaître, 1894 : Faire plus de temps qu’il n’a été convenu. Au régiment, un homme puni fait autant de jours de présence en plus qu’il a eu de jours de punition. Avoir du rabiot : avoir du bon, toucher un reliquat sur lequel on ne comptait pas (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Faire plus de temps de travail que l’on ne doit. Le militaire qui a été condamné par un conseil de guerre fait du rabiot, parce que le temps de sa condamnation ne compte pas sur le congé. Celui qui a droit à son congé, et qui est retenu sous les drapeaux pendant une guerre, fait du rabiot, — telle la classe 1847 qui, pendant la guerre de Crimée, a fait près de neuf années au lieu de sept ; de même la classe 1863 qui a été libérée en 1871. Rabiot veut aussi dire : surplus. Lorsque, dans un partage, chacun a eu son compte, ce qui reste est du rabiot qui est encore à partager.

Hayard, 1907 : Temps en plus, en prison ou au régiment.

France, 1907 : « Il y en a de deux sortes, dit le Petit Pioupiou : Le rabiot que fait le fourrier Coudepousse sur la distribution du vin, et celui que les amis du cuisinier font sur le tata, ne sont nullement du même genre que le rabiot que fait un réserviste qui reste au corps après la libération de ses camarades. » Le rabiot est donc un reste, un excédent et, dans certains cas, un profit illicite. Faire du rabiot, c’est donc prélever indûment une part sur les vivres ou la boisson des hommes de troupe, ou rester au corps plus que le temps réglementaire. On écrit aussi rabio.

— C’que c’est que c’paquet-là ?
— Mon colonel, c’est… du sel.
— Du sel… tant que ça de sel ! C’que vous foutez d’tant d’sel ?
— Mon colonel, c’est que… c’est un peu de rabio.
— Rabio ! C’ment ça, rabio ? Pour lors vous avez volé tout c’sel-là aux hommes ! S’cronhnieugnieu !… Allons, foutez-moi tout ça dans la soupe !

(Ch. Leroy, Guibollard et Ramollot)

France, 1907 : Convalescent employé par les infirmiers à quelques menus services dans les salles d’hôpital.

France, 1907 : Économe ; argot du Borda. Un économe est toujours censé faire du rabiot. On est monorabiot ou birabiot suivant qu’on a un ou deux galons. C’est aussi le nom donné à l’élève chargé d’aller vérifier les vivres qui entrent à bord.

Ranger

d’Hautel, 1808 : C’est un garçon rangé… des voitures. Addition maligne et facétieuse, pour faire entendre qu’un homme ne mène pas une conduite bien régulière.

Rigaud, 1881 : Mettre en pâte, par ironie.

Lorsqu’un homme de conscience laisse échapper de ses mains un compartiment de casse, un paquet de distribution ou tout autre objet, les compagnons charitables ne manquent pas de s’écrier en appuyant sur le dernier mot : Ce n’est rien, c’est la conscience qui range

(Boutmy)

Boutmy, 1883 : v. a. Mettre en pâte. Ce mot est employé ironiquement et par antiphrase. Lorsqu’un homme de conscience laisse échapper de ses mains un compartiment de casse, un paquet de distribution ou tout autre objet, les compagnons charitables ne manquent pas de s’écrier, en appuyant sur le dernier mot : Ce n’est rien ; c’est la conscience qui range !

France, 1907 : Mot employé ironiquement et par antiphrase dans l’argot typographique pour signifier mettre en pâte, c’est-à-dire laisser tomber sa composition ou un paquet de caractères.

Lorsqu’un homme de conscience (Voir ce mot) laisse échapper de ses mains un compartiment de casse, un paquet de distribution ou tout autre objet, les compagnons charitables ne manquent pas de s’écrier, en appuyant sur le dernier mot : « Ce n’est rien, c’est la conscience qui range ! »

(Eugène Boutmy)

Rechasser

Virmaître, 1894 : Regarder quelqu’un ou quelque chose.
— As-tu vu ce coup de chasse ?
Les filles rechassent les passants pour les allumer. Cela se nomme : distribuer son prospectus (Argot des filles).

Refiler la comète

France, 1907 : Coucher à la belle étoile. On dit aussi renifler la comète. Refiler a ici le sens de suivre, surveiller.

Dans l’avenue, Dupont fendit d’un coup de pouce l’enveloppe (que lui avait remise la duchesse d’Uzès) ; elle contenait un billet de 50 francs. Cet argent a reçu la destination indiquée par la donatrice. 25 francs furent distribués à des copains qui refilaient la comète. Le reste fut envoyé dans les prisons et aux parents des prisonniers.

(Flor O’Squarr, Les Coulisses de l’anarchie)

Ringard

France, 1907 : Pince de puddleur.

L’atmosphère des laminoirs était devenue comme l’air naturel de ses poumons, celui qui donnait à son torse la vigueur et distribuait la vitalité à ses membres : il ne s’était jamais senti mieux vivre que dans le coup de feu du travail, ses ringards aux poings, à travers l’effroyable braséement des fours qui le rôtissaient, lui pompaient en sueurs les sèves du corps, le lâchaient après la journée de travail exténué et pantelant.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Riz-pain-sel

Larchey, 1865 : « À l’armée, où les agents du service des subsistances distribuent les vivres aux compagnies, on leur donne le sobriquet de riz-pain-sel. » — La Bédollière.

Delvau, 1866 : s. m. Fournisseur militaire, — dans l’argot des troupiers.

Rigaud, 1881 : Ouvrier d’administration.

Merlin, 1888 : Soldats de l’intendance, chargés du service des vivres.

La Rue, 1894 : Ouvrier militaire ou soldat d’administration.

Rossignol, 1901 : Soldat d’administration.

France, 1907 : Employé militaire d’administration. Officier ou soldat chargé des subsistances. Intendant militaire.

Ah ! bureaux, bureaux maudits ! directions stupides ! triomphe des ronds de cuir ! conservateurs des vieilles rapsodies et de livres moisis ! charançons du budget ! riz-pain-sel ! comités de ramollis ! Quel mal vous nous avez fait ! Quel coup de balai à la rentrée, si nous avons le courage de reconnaitre notre aveuglement et notre sottise !

(Lieut.-col. Meyret, Carnet d’un prisonnier de guerre)

La nourriture de nos pénitenciers est on ne peut plus mauvaise et insuffisante : les riz-pain-sel qui la fournissent essayant de gagner tous les jours davantage sur leurs prisonniers ; car, en France, personne n’est plus volé que les voleurs.

(Henri Rochefort)

Ronde

d’Hautel, 1808 : À la ronde, mon père en aura. Pour, chacun à son tour, point de cérémonies. Se dit quand quelqu’un refuse par politesse dans une distribution la part qu’on lui présente, et qu’il l’offre à son voisin.

Rupin

anon., 1827 : Gentilhomme.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Noble, gentilhomme.

Bras-de-Fer, 1829 : Gentilhomme.

Vidocq, 1837 : s. m. — Gentilhomme.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Clémens, 1840 : Élégant, bien mis.

un détenu, 1846 : Riche, bien mis, bien habillé.

Halbert, 1849 : Fameux, beau.

Delvau, 1866 : s. et adj. Homme riche ; fashionable, mis à la dernière mode, — ou plutôt à la prochaine mode. C’est le superatif de Rup.

Le rupin même a l’trac de la famine.
Nous la bravons tous les jours, Dieu merci !

dit la chanson trop connue de M. Dumoulin. On dit aussi Rupiné.

Rigaud, 1881 : Malin.

Boutmy, 1883 : adj. Distingué, coquet, bien mis. N’est pas particulier à l’argot typographique. Quelques-uns diront rupinos.

La Rue, 1894 : Riche, élégant. Malin.

Virmaître, 1894 : Homme riche, calé, cossu. Au superlatif rupinskoff, alors c’est un homme pourri de chic. Les souteneurs disent à leur marmite :
— Lève donc le gonce, il est rupin, il doit être au sac (Argot des souteneurs).

Rossignol, 1901 : Riche, bien mis.

Hayard, 1907 : Riche.

France, 1907 : Riche, élégant, beau. Ce mot est dérivé du bohémien rup, venant lui-même de l’indoustani rupa, roupie, argent.

Il suffit d’une rosse pour faire tort à des centaines de pauvres bougres. Ainsi, avant-hier, aux Halles, un monsieur très rupin payait des soupes à tout le monde. Il en a fait distribuer plus de deux cents ; seulement, quand la marmite a été vide, tout le monde n’en avait pas eu. Alors les derniers arrivés se sont mis à engueuler le monsieur ; ils ont ramassé des trognons de choux et les lui ont jetés sur sa fourrure et sur son haut de forme. Si jamais on l’y repince, celui-là, à payer des soupes aux Halles !…

(Guy Tomel, Le Bas du pavé parisien)

Le mot est employé comme substantif :

Ya des chouett’s gens
Qu’a des argents
Et d’la bedaine ;
Ya pas d’lapins,
Ya qu’des rupins,
À la Madd’leine.

(A. Bruant)

Féminin : rupine.
On dit aussi rupard, ruparde et rupiné.

Sapement

Rigaud, 1881 : Condamnation. — dans le jargon des voleurs. — Sapement à cinq longes de dure, condamnation à cinq ans de travaux forcés.

Virmaître, 1894 : Jugement (Argot des voleurs). V. Sapé.

Rossignol, 1901 : Condamnation.

Hayard, 1907 : Jugement.

France, 1907 : Condamnation ; argot des voleurs.

Magnette était huit fois descendu à la Tour, Magnette avait huit sapements variant de quinze jours à treize mois, mais toujours, — et les juges n’avaient pas hésité à le reconnaître la dernière fois qu’il avait comparu devant eux, — toujours, et il s’en glorifiait hautement, ç’avait été pour des motifs honorables : des rixes, des batailles avec la rousse, quelques coups de couteau distribués par-ci, par-là, à des gens mal endurants ou dont la figure déplaisait, — jamais pour vol.

(Oscar Méténier)

Secs

France, 1907 : Légumes secs. Expression des habitués de prisons.

Le matin, on avait remis à chacun d’eux une écuelle avec laquelle ils avaient été à la distribution des vivres ; ils avaient reçu leur portion de secs, comme l’on dit dans les prisons, c’est-à-dire de légumes délayés dans de l’eau.

(Maxime Ducamp)

Semaines

Delvau, 1866 : s. f. pl. Sous de poche distribués le samedi et le dimanche. — dans l’argot des collégiens.

Sibérie

Boutmy, 1883 : s. f. Se dit de rangs situés à l’extrémité de la galerie et avec lesquels la chaleur n’a aucune espèce d’accointance. Dans quelques imprimeries, on donnait ce nom à un coin de l’atelier où les apprentis, personnages encombrants et plus spécialement affectés aux courses qu’à l’initiation de leur art, étaient relégués pour le tri du pâté. L’attrape-science, heureux de ne pas sentir là peser sur lui une surveillance constante, en profitait pour dévorer le moins de pâté possible et se livrer à toutes les malices que lui suggérait une imagination précoce. La bande joyeuse composait et jouait des drames inévitablement suivis de duels, où les épées, représentées par des réglettes, jonchaient de leurs débris le dessous des rangs. Mais tout, hélas ! n’était pas rose pour nos singes en herbe, et plus d’une fois les jeux se terminèrent par de terribles catastrophes. L’un d’eux ayant un jour chipé chez ses parents un mirifique jeu de piquet, quatre apprentis joyeux, quoique gelant dans leur Sibérie, se mirent à battre bravement les cartes. Ils se les étaient à peine distribuées, qu’ils furent pris d’une panique soudaine bien justifiée. On venait d’entendre le frôlement d’une robe qui n’était autre que celle de la patronne, laquelle n’entendait pas raillerie. Le plus avisé, ramassant vivement les pièces accusatrices, les jeta dans sa casquette, dont il se coiffa non moins vivement. Il était temps ! La patronne vit nos gaillards acharnés après la besogne qui semblait fondre sous leurs doigts. Aussi leur adressa-t-elle des paroles éloquentes de satisfaction. Mais, s’apercevant que l’un d’eux était couvert, et comme elle tenait au respect : « Dieu me pardonne, dit-elle, mais vous me parlez la casquette sur la tête. — Pardon, madame ! » dit l’interpelé. Aussitôt, le roi de pique, la dame de cœur et leur nombreuse cour dansèrent une sarabande effrénée et couvrirent le parquet, plus habitué à recevoir la visite de caractères en rupture de casse que celle de ces augustes personnages. Le jour même, nos quatre drôles avaient quitté la Sibérie et l’atelier. (Nous devons la définition de la Sibérie et les développements de cet article à M. Delestre, un des héros du drame… L’enfant promettait !)

France, 1907 : Arrière-partie d’un atelier où l’on relègue les apprentis qui s’y trouvent généralement dans l’ombre et exposés an froid.

Soyeux

Rigaud, 1881 : Commis à la soierie, — dans le jargon des marchands de nouveautés. Il y a un féminin qui, naturellement, fait soyeuse.

France, 1907 : Commis de nouveauté employé au comptoir de la soierie.

Le soyeux, la bouche en cœur, distribuait des œillades aux dames.

(Les Propos du Commandeur)

Suce larbin

Vidocq, 1837 : s. m. — Bureau de placement de domestiques. Les bureaux de placement, tels qu’ils existent maintenant, nuisent à ceux qui se font servir, et à ceux qui servent, aussi le mal qui résulte de leur existence est-il visible à tous les yeux. Les quelques notes qui suivent, sont extraites du prospectus que je publiais lorsque je me déterminais à fonder, sous le titre de l’Intermédiaire, une agence qui, j’ose le croire, aurait rendu d’éminens services à la société si elle avait été mieux comprise.
« Un décret impérial du 10 octobre 1810 fixa la position des individus qui étaient ou qui voulaient se mettre en service en qualité de domestiques ; ce décret, à la fois juste et sévère, prévoyait tous les abus.
Les bons domestiques l’accueillirent avec plaisir ; l’homme probe ne redoute pas les investigations, il sait fort bien qu’il ne peut que gagner à être connu ; mais ceux dont la conscience n’était pas nette, employèrent tous les moyens que leur suggéra leur imagination pour éluder et paralyser les effets qu’il devait produire : celui qu’ils adoptèrent devait nécessairement réussir, à une époque où la police était ombrageuse et la population inquiète.
Si vous parlez de la police à la plupart des habitans de Paris, ils croiront tout ce que vous voudrez bien leur dire, ils flétriront du nom de mouchard tous les individus dont ils ne connaissent pas les moyens d’existence.
Les domestiques, presque tous doués d’une certaine finesse et d’une grande perspicacité, avaient remarqué celte tendance des esprits, ils l’exploitèrent à leur profit.
Lorsqu’ils se présentaient pour obtenir une place et qu’on leur demandait l’exhibition de leur livret, ils répondaient : « Monsieur ignore sans doute que tous les porteurs de livret sont vendus à la police ; nous n’avons pas voulu en prendre afin de ne pas être contraints à exercer l’ignoble métier de mouchard. » Si cette réponse eût été seulement celle de quelques individus, ce grossier subterfuge n’aurait trompé personne ; les domestiques sentirent cela, aussi lorsqu’ils se trouvaient avec ceux de leurs camarades possesseurs du livret qu’ils n’avaient pu obtenir, ils disaient : « J’obtenais aujourd’hui une excellente place, si je n’avais pas eu la maladresse de montrer mon livret ; les maitres pensent que l’on n’en délivre qu’à des agens secrets de la police. » Crédules comme tous les honnêtes gens, les bons domestiques croyaient cela, et lorsqu’à leur tour ils se présentaient dans une maison nouvelle, ils cachaient avec soin leur livret.
Les mauvais domestiques furent et sont encore favorisés dans leurs desseins par l’indifférence coupable des maîtres, qui ne cherchent pas assez à connaître l’homme qu’ils admettent dans leur intérieur, auquel ils confient leur fortune et leur vie ; ces derniers n’exigent de cet homme que des certificats sans authenticité, et qui, s’ils ne sont faux, sont très-souvent arrachés à la complaisance ; le maître les examine sans les voir, les rend au domestique et tout est dit : souvent aussi, pour ne point se donner la peine de s’habituer à un nom nouveau, il donne à celui qu’il vient de prendre à son service le nom de son prédécesseur, il se nommait Pierre, le nouveau se nommera Pierre ; le domestique dont les intentions sont mauvaises, loin de s’opposer à cette manie, la fait naître ; qu’arrive-t-il ensuite ? Pierre vole et se sauve ; où chercher Pierre ?
L’impunité enhardit les fripons : lorsqu’un domestique a commis un vol de peu d’importance, un couvert, une montre, etc., le maître qui ne veut pas sacrifier au juge d’instruction et aux audiences de la Cour d’Assises un temps qu’il peut employer plus agréablement, le chasse et lui dit d’aller se faire pendre ailleurs. Qu’arrive-t-il encore ? Le domestique ne va pas se faire pendre, il va voler ailleurs ; encouragé par l’indulgence de son maître, il ne s’arrête plus à des bagatelles, il tente un coup hardi, et s’il réussit il peut aisément se soustraire aux recherches puisque l’on ignore jusqu’à son véritable nom.
Ainsi sapé dans ses fondemens, par la ruse des domestiques et l’insouciance des maîtres, le décret de 1810 ne vécut pas long-temps : c’est souvent le sort des meilleures institutions.
Aujourd’hui rien ne régit la classe si nombreuse des domestiques (dans Paris seulement on en compte plus de quatre-vingt-dix mille), les effets déplorables de cet état de choses sont visibles à tous les yeux ; les crimes nombreux commis par des individus de cette profession épouvantent non-seulement les gens obligés de se faire servir, mais encore le philantrope qui désire l’amélioration des classes infimes. »
Une cause qui contribue puissamment à démoraliser les domestiques, est la multitude de bureaux de placement qui infestent la capitale (on en compte plus de trois cents) ; la Gazette des Tribunaux a plus d’une fois donné la mesure de la moralité des individus qui dirigent ces sortes d’établissemens : (nous apprenons au moment de mettre sous presse, que les tribunaux viennent de faire justice de deux de ces forbans. La Gazette des Tribunaux rapporte, que les sieurs Prévost et Turquin, directeurs du bureau de placement rue St.-Denis, no 357, viennent d’être condamnés à un an de prison, cent francs d’amende, et à la restitution des sommes nombreuses extorquées par eux.) Tout le monde sait que leur but unique est de gagner de l’argent ; pour arriver à ce but ils doivent désirer des mutations, car plus il y a de mutations, plus il y a d’inscriptions à recevoir.
Dans toutes les professions centralisées, lorsqu’un individu commet une faute, si elle est légère il se corrige, si elle est grave ou s’il y a récidive, il doit disparaître de la corporation ; les bureaux de placement qui admettent sans examen préalable tous ceux qui se présentent, donnent aux mauvais domestiques la faculté de se produire comme des hommes nouveaux autant de fois qu’il y a d’établissement de ce genre ; les maîtres qui choisissent là leurs serviteurs sont donc continuellement exposés, et, sans qu’ils s’en doutent, leurs domestiques (que l’on me pardonne cette comparaison) jouent chez eux le rôle de l’épée de Damoclès : au premier jour ils s’éveillent et sonnent leur domestique, il ne vient pas, ils se frottent les yeux et cherchent leur montre ; plus de montre, elle a disparu avec le domestique ayant de bons répondans. Un autre inconvénient des bureaux de placement, moins grave il est vrai, mais cependant très-désagréable, est celui-ci : vous demandez un cocher, on vous envoie un pâtissier ; vous voulez un cuisinier, c’est un palefrenier que l’on vous adresse.
Si les bureaux de placement nuisent aux maîtres, ils nuisent aussi aux bons serviteurs ; alléchés par des annonces mensongères, ces hommes laborieux grimpent bravement les quelques étages qui conduisent au cabinet du distributeur de places, paient une somme plus ou moins forte, et sortent bercés par l’espérance d’obtenir un emploi qui n’existe que sur le carton qui leur a servi d’appeau. Les directeurs de bureaux de placement ont aussi des compères chez lesquels ils envoient des sujets qui arrivent toujours trop tard.
Lorsque l’on a toujours vécu dans une certaine sphère, on ne trouve souvent dans son cœur que du mépris pour ces individus que la société repousse de son sein, et tout le monde sait que le mépris éloigne la compassion : dans la carrière pénible que j’ai parcourue, j’ai pu étudier des mœurs qui échappent aux yeux des gens du monde ; j’ai eu le courage de fouiller les sentines de la prostitution, et à quelques variantes près, j’ai toujours entendu la même histoire. Une jeune fille arrive à Paris ; lorsqu’à sa descente de voiture elle ne trouve pas certaine courtière, elle porte ses pas vers le premier bureau de placement, paye et attend patiemment la place qui lui a été promise ; le dénuement, la misère arrivent avant la place, et bientôt, ne sachant plus que faire, il faut qu’elle se prostitue à un de ces vieux libertins qui n’oseraient s’adresser à une agence recommandable, et qui vont hardiment chercher dans les bureaux de placement les victimes de leur lubricité, ou bien qu’elle meure de faim ; et que l’on ne croie pas que les choses soient ici poussées jusqu’à leurs dernières conséquences, il n’y a pas d’exagération dans ce que j’avance ; je suis seulement rigoureusement vrai. Oui, cette nécessité cruelle qui crie sans cesse aux oreilles du malheureux : il faut vivre, a poussé plus de victimes dans l’abîme, que la corruption et la débauche.
« Quelquefois aussi il arrive que ces individus sont les premiers trompés, à ce sujet que l’on me permette de citer un exemple récent.
Un sieur Gazon avait chargé un individu, à la fois écrivain public et directeur d’une agence de placement, de lui trouver une jeune fille probe et jolie. L’obligeant courtier, sans trop s’inquiéter de la première des qualités exigées, procura au sieur Gazon une jeune fille de dix-sept ans ; ce dernier la reçut chez lui, et peu de temps après la jeune innocente lui vola 35,000 francs ; la Gazette des Tribunaux a rendu compte de ce fait. (Numéros des 28 août et 11 septembre 1835.)
Un établissement créé sur une vaste échelle, qui remédierait aux inconvéniens, aux vices même qui viennent d’être signalés, établissement fondé dans l’intérêt des maîtres ct dans celui des domestiques, doit, si je ne me trompe, satisfaire un besoin général et vivement senti : les services immenses que j’ai pu rendre au commerce depuis que mes bureaux de renseignemens existent, ont engagé mes nombreux cliens à désirer cet établissement, qui doit améliorer une classe nombreuse, intéressante, et qui n’a besoin pour devenir meilleure, que d’être guidée, éclairée et surtout protégée.
Déjà bon nombre d’industriels me trouvant toujours sur leurs pas, se sont corrigés ; ils suivent d’autres erremens et manifestent l’intention de devenir honnêtes : ce qui est arrivé aux flibustiers du commerce, arrivera sans doute aux domestiques ; tous mes efforts du moins tendront à atteindre ce but : ceux qui ne seront qu’égarés seront ramenés avec douceur, ceux qu’on ne pourra corriger seront repoussés de l’administration, ils devront donc disparaître de la corporation : au reste, et qu’on ne croie pas que ce que je vais dire soit une de ces phrases de prospectus dont la banalité ne trompe plus personne ; l’intérêt n’a pas été le moteur créateur de cette entreprise, j’ai cédé aux instances des plus recommandables philantropes qui ont bien voulu m’honorer, m’aider de leurs conseils, et m’engager à ne point abandonner une entreprise dont je ne cherche pas à me dissimuler les écueils, et qui d’abord m’avait paru une utopie irréalisable.
Je n’ai pas non plus commencé à agir sans m’être entouré de toutes les lumières qu’il était possible de recueillir ; j’ai pris les avis des personnages haut placés qui se sont spécialement occupés de la matière ; j’ai consulté d’anciens et loyaux domestiques : l’approbation des uns et des autres a été une récompense prématurée dont je saurai, je l’espère, me montrer toujours digne.
Sans pourtant négliger les anciens domestiques, je m’occuperai plus spécialement des hommes nouveaux qui débuteront dans la capitale, car souvent les premiers pas d’un homme décident de sa vie toute entière. Une correspondance sera établie avec MM. les maires de toutes les communes de France qui voudront bien, sans doute, encourager mes efforts et m’adresser ceux de leurs administrés qui viendraient à Paris pour servir. Aucun domestique ne sera admis à l’agence qu’il n’ait préalablement établi son individualité d’une manière positive, et justifié de l’emploi de son temps depuis sa sortie de son pays.
Une carte dont le domestique sera porteur pour être envoyé en place, fera connaître ses nom, prénoms, ses antécédens, etc., etc. ; les maîtres sauront donc enfin quelles sont les mœurs, les habitudes et le caractère de leurs serviteurs.
Comme on l’a déjà dit, les mauvais seront impitoyablement repoussés, les bons, au contraire, seront protégés, aidés et secourus en cas de besoin.
Je ne prétends pas avancer que ces mesures détruiront de suite le mal, le temps seul peut opérer des prodiges ; mais si les maîtres veulent bien, en s’adressant exclusivement à moi, seconder mes efforts, le bien ne tardera pas à se faire sentir.
Les domestiques sortis de l’administration devront donc jusqu’à un certain point inspirer de la confiance, car enfin ils seront connus, et leur vie passée sera la garantie morale de leur vie à venir.
On appréciera, j’ose l’espérer, ce que je viens de dire, et pour être bien comprises, mes raisons n’ont pas besoin de plus longues explications : que l’on me permette seulement les quelques lignes qui suivent et qui doivent nécessairement terminer ce discours.
Ceux qui se font servir considèrent aujourd’hui leurs domestiques comme des instrumens nécessaires sans doute, mais qui peuvent être brisés sans remords ; cette funeste tendance des esprits a fait plus de coupables peut-être que les vices naturels à l’homme, dont l’éducation n’a pas corrigé les mœurs : le domestique qui ne reçoit en échange de son travail, de ses soins, de son dévouement même, que de l’argent seulement, se dégoûte bientôt d’une chaîne dont l’espoir d’un meilleur avenir ne vient pas alléger le poids ; il se sert, pour quitter cette position devenue insupportable, de tous les moyens qui se présentent à son esprit : aussi tel individu a manqué à sa destinée qui devait être celle d’un honnête homme, parce que ses protecteurs naturels n’ont pas su deviner le fruit caché sous une rude écorce. Il existe malheureusement des hommes essentiellement vicieux et contre lesquels tous les correctifs doivent échouer ; mais il en est, et le nombre de ceux-là est plus considérable qu’on ne le pense, dont les fautes sont excusables, si l’on veut bien avoir égard aux circonstances qui les ont fait commettre.
Autrefois il n’était pas rare de rencontrer des domestiques qui honoraient leur profession par des sentimens élevés et une probité à toute épreuve, cela se conçoit ; autrefois le domestique était un des membres de la famille ; le maître savait lui pardonner les fautes légères, les défauts de caractère, il s’occupait de son bien être, il cherchait à lui rendre sa position supportable, et lorsque les années avaient blanchi sa tête, il assurait son avenir. Aujourd’hui s’ils ne vont pas mourir à l’hôpital, les domestiques périssent d’inanition sur la voie publique.
On doit à tous les hommes, quelle que soit d’ailleurs leur position sociale, la considération qu’ils méritent : pourquoi les domestiques sont-ils déshérités de ce qui leur appartient ? Les maîtres trop souvent oublient en leur parlant, qu’ils s’adressent à des êtres doués d’organes semblables aux leurs et tout aussi sensibles ; ils ne ménagent pas leur susceptibilité, ne s’occupent pas de leur avenir : cette négligence, cet égoïsme, font les mauvais domestiques ; mais lorsqu’ils seront certains de n’avoir sous leur toit que des serviteurs probes, fidèles, laborieux, ils voudront bien sans doute leur accorder cette considération qui rehausse l’homme à ses propres yeux, l’encourage à bien faire et lui persuade que la droiture et l’honneur peuvent seuls constituer un bonheur véritable. »

Surfine, ou sœur de charité

Vidocq, 1837 : Les voleurs donnent ce nom à des voleuses qui procèdent à-peu-près de cette manière :
L’âge de la Sœur de Charité est raisonnable, sa mise décente, même quelque peu monastique, elle fréquente les églises, assiste à toutes les messes, fait l’aumône, fait allumer des cierges, se confesse et communie au besoin ; après avoir quelque temps fréquenté une église et s’y être fait remarquer par sa piété et son exactitude, la Sœur de Charité cause avec les employés de l’église et les prie de lui indiquer quelques nécessiteux dignes d’intérêt, car elle est, dit-elle, chargée de distribuer les aumônes d’une riche veuve ; l’un des employés, soit la loueuse de chaises ou tout autre, lui indique aussitôt quelques pauvres auxquels elle donne immédiatement deux ou trois francs, et elle se retire après avoir pris leur adresse et leur avoir promis des secours plus considérables.
Quelques jours après la Sœur de Charité rend chez un des pauvres qu’elle a assisté, et lui dit qu’elle est heureuse de pouvoir lui annoncer que madame la marquise ou madame la comtesse veut bien prendre sa position en considération, et lui accorder quelques secours ; mais, ajoute-t-elle, madame, qui ne veut point que ses bienfaits servent à satisfaire des passions mauvaises, ne donne jamais d’argent. Vous allez me dire ce qui vous manque, et vous l’obtiendrez en nature ; elle examine alors les effets de son protégé, fouille partout, car elle veut acquérir la certitude qu’on ne simule pas des besoins que l’on n’éprouve point.
Les pauvres honteux possèdent presque toujours, quelques débris de leur fortune passée, qui servent à leur rappeler des temps plus heureux ; pendant qu’elle fouille dans les tiroirs, la Sœur de Charité sait s’emparer adroitement de ces objets ; cela fait, elle fait sortir le pauvre diable pour le mener de suite chez la noble dame qui veut bien s’intéresser à lui, mais avant d’être arrivés à la destination indiquée elle a trouvé le moyen de s’en débarrasser.
Dans le courant de l’année 1814, deux Romamichelles, la mère Caron et la Duchène, dévalisèrent, en procédant ainsi, un grand nombre de malheureux ; elles avaient, à la même époque, commis un vol très-considérable au préjudice du brave curé de Saint-Gervais ; ces deux femmes, découvertes et arrêtées par moi, furent condamnées deux mois après la consommation de ce dernier vol.

Tabac (passage à)

Rigaud, 1881 : Voies de faits auxquelles se livraient, encore au commencement de 1879, les agents de police envers certains prisonniers.

France, 1907 : Action d’être roué de coups par les agents de police. D’après l’Éclair, cette expression remonte au procès Yves Guyot en 1879. Le « vieux petit employé » accusa des inspecteurs de la Sûreté d’avoir provoqué contre lui certains témoignages en distribuant des paquets de tabac, et d’avoir au contraire menacé les personnes qui refusaient de servir leur cause. Quand on était pour la police, on passait à la distribution du tabac, sinon, le tabac se transformait en coups de poing.

Tailler sur le marbre

France, 1907 : Dans les cercles bien tenus, l’administration exige que le banquier au baccara taille sur le marbre, c’est-à-dire que laissant le paquet de cartes posé sur une plaque de marbre, il distribue une à one les cartes aux pontes. Ainsi se trouve évitée l’une des tricheries les plus ordinaires des philosophes et autres variétés de grecs : le filage, qui consiste à substituer, pour parfaire le point nécessaire, une carte à une autre.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique