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Affaire

d’Hautel, 1808 : Monsieur tant affaire. Sobriquet qui signifie positivement un faiseur d’embarras, un charlatan.
Son affaire est dans le sac. Son affaire est faite. La première de ces locutions signifie qu’une affaire est conclue, terminée ; la seconde se dit d’une personne perdue, ruinée ; d’un criminel qui a subi sa sentence.
Faire ses affaires. Pour satisfaire à ses besoins naturels.
Les affaires font les hommes. Veut dire qu’un homme quelqu’inapte qu’il soit, devient habile dans un haut emploi.
Vous avez fait là une belle affaire. Se dit par ironie et par reproche à quelqu’un qui a commis quelqu’indiscrétion qui petit lui être nuisible.
À demain les affaires. Pour, nous verrons cela demain ; aujourd’hui ne pensons qu’à nous divertir.
Ceux qui n’ont point d’affaires s’en font. Signifie qu’il est dans la nature de l’homme de s’inquiéter, de se tourmenter, d’agir continuellement d’une manière ou d’autre.
Il entend ou il sait les affaires. Pour dire qu’un homme est habile et exercé dans les négociations ; qu’il se conduit avec prudence et selon les conjonctures.
Avoir affaire à la veuve et aux héritiers. Avoir de l’occupation par-dessus les yeux ; ne savoir auquel entendre ; être obligé de répondre à plusieurs personnes, à plusieurs parties divisées d’intérêts.

Bras-de-Fer, 1829 : Vol.

Delvau, 1864 : L’acte vénérien, le membre viril de l’homme, ou le con de la femme.

Le grand cordelier ayant achevé son affaire.

(Moyen de parvenir)

Macette, on ne voit point en l’amoureuse affaire
Femme qui vous surpasse en traite d’agilité.

(Cabinet satyrique)

Pense que peut en cela faire
Qui se plait à l’affaire.

(Jodelle)

Elle disait qu’il n’y avait si grand plaisir en cette affaire que quand elle était à demi forcée et abattue.

(Brantôme)

Dites-vous que l’amour parfait
Consiste en l’amoureuse affaire.

(Théophile)

Le jeune homme puceau l’appelle son affaire.

(Protat)

Mon cher ami, j’ai l’habitude
De me couvrir, en me baignant,
D’un sac qui me cache et me serre
Des pieds jusques à l’estomac…
Parbleu ! c’est prudent, dit Voltaire,
Et votre affaire est dans le sac.

(C. Fournier)

Que voulez-vous que je vous donne pour me permettre d’arracher un poil de votre affaire ?

(D’Ouville)

Delvau, 1866 : s. f. Vol à commettre. Argot des prisons.

Rigaud, 1881 : Vol en perspective. — Affaire à la manque, procès.

La Rue, 1894 : Vol ou assassinat. Affaire juteuse, affaire fructueuse.

Virmaître, 1894 : Pour les voleurs, tous genres de vols sont des affaires (Argot des voleurs).

Allumer

d’Hautel, 1808 : Allumez la lumière. Phrase très-usitée parmi le peuple, pour Allumez la chandelle.
Allumer quelqu’un. Le regarder avec recherche et d’une manière indiscrète.

Vidocq, 1837 : v. a. — Regarder attentivement.

Clémens, 1840 : Regarder.

Larchey, 1865 : Regarder fixement, éclairer de l’œil pour ainsi dire. — Très ancien. Se trouve avec ce sens dans les romans du treizième siècle. V. Du Cange.

Allume le miston, terme d’argot qui veut dire : Regarde sous le nez de l’individu.

(Almanach des Prisons, 1795)

Allumer : Déterminer l’enthousiasme.

Malvina remplissait la salle de son admiration, elle allumait, pour employer le mot technique.

(Reybaud)

Allumer : Pour un cocher, c’est déterminer l’élan de ses chevaux à coups de fouet.

Allume ! allume !

(H. Monnier)

Allumé : Échauffé par le vin.

Est-il tout a fait pochard ou seulement un peu allumé ?

(Montépin)

Allumeur : Compère chargé de faire de fausses enchères dans une vente.

Dermon a été chaland allumeur dans les ventes au-dessous du cours.

(La Correctionnelle, journal)

Allumeuse, dans le monde de la prostitution, est un synonyme de marcheuse. Dans ces acceptions si diverses, l’analogie est facile à saisir. Qu’il s’applique à un tête-à-tête, à un spectacle, à un attelage, à un repas, ou une vente, allumer garde toujours au figuré les propriétés positives du feu.

Delvau, 1866 : v. a. et n. Voir, regarder, — dans l’argot des voleurs.

Delvau, 1866 : v. a. Provoquer l’admiration ; jeter le trouble dans le cœur d’un homme, comme font certaines femmes avec certains regards. Se dit aussi du boniment que font les saltimbanques et les marchands forains pour exciter la curiosité des badauds. L’expression est vieille.

Delvau, 1866 : v. n. Exciter un cheval à coups de fouet. Argot des cochers.

Rigaud, 1881 : Enthousiasmer, exciter l’admiration, surexciter.

Avec un costume neuf elle allumerait une salle.

(Huysmans, Marthe)

Allumer le pingouin, exciter l’enthousiasme du public, dans le jargon des saltimbanques.

Rigaud, 1881 : Regarder avec soin, observer, — dans le jargon du peuple.

Tais-toi, Pivoine, le républicain nous allume.

(A. Joly, Fouyou au Lazary, Chans.)

Dans l’argot des camelots et des marchands forains, allumer a le sens de surveiller l’acheteur, de veiller à ce qu’il ne chipe rien. — Allumer le pante. — Allumer le miston. On disait au XVIIIe siècle éclairer dans le même sens ; c’est le aliquem specidari de Cicéron.

Rigaud, 1881 : Stimuler un cheval à coups de fouet.

Le pauvre gars apparut, tout piètre encore, et se hissa péniblement dans la voiture. Après lui, madame y monta, puis, en route, allume !

(L. Cladel, Ompdrailles, Le Tombeau-des-lutteurs)

La Rue, 1894 : Regarder avec soin. Enthousiasmer. Allumer le pingouin, exciter la curiosité ou l’enthousiasme des badauds, dans le jargon des saltimbanques. Signifie aussi écouter.

Virmaître, 1894 : Faire de l’œil à un passant. Chauffer une salle de théâtre ou une réunion publique pour faire éclater l’enthousiasme et assurer le succès. Frapper ses animaux à coups de fouet pour les exciter. Compères chargés dans les salles de ventes d’allumer les acheteurs (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Regarder.

Allume la tronche de la môme qui radine.

Allumer veut aussi dire payer ; celui qui solde une dépense allume. Chez les artistes, allumer veut dire regarder dans la salle s’il y aura pour la sortie un monsieur galant.

Les allumeuses ne sont pas toujours celles qui éteignent.

France, 1907 : Veiller, être aux aguets, ouvrir l’œil, dans l’argot des voleurs :

Si le Squelette avait eu tantôt une largue comme moi pour allumer, il n’aurait pas été moucher le surin dans l’avaloir du grinche.

(Eug. Sue, Les Mystères de Paris)

Un jeune mais cynique vagabond est assis sur le banc des accusés, à la police correctionnelle.
Le président. — Prévenu, que faisiez-vous au moment de votre arrestation ?
Le prévenu. — J’avais l’œil au grain.
Le président. — Vous dites ?
Le prévenu. — J’allumais.
Le président. — Veuillez vous exprimer dans un langage clair, et surtout plus convenable.
Le prévenu. — Je ne connais que celui-là, moi. Je parle la langue de mes aïeux !

anon., 1907 : Regarder. Allume tes chasses : ouvre tes yeux.

Aspic

d’Hautel, 1808 : Une langue d’aspic. Médisant, brouille-ménage, homme dangereux, que l’on doit soigneusement éviter.

Vidocq, 1837 : s. m. — Médisant, Calomniateur.

Halbert, 1849 : Avare.

Larchey, 1865 : Calomniateur (Vidocq). — Grâce à leur venin, ces serpents ont toujours symbolisé la calomnie. L’aspic des voleurs n’est que la vipère des honnêtes gens.

Delvau, 1866 : s. m. Avare, — dans l’argot des voleurs.

Delvau, 1866 : s. m. Mauvaise langue, bavard indiscret. Argot du peuple.

Virmaître, 1894 : Avare. Aspic signifie aussi mauvaise langue, langue de vipère. Cette expression est empruntée au proverbe : Mieux vaut un coup d’épée qu’un coup de langue (Argot du peuple). N.

Hayard, 1907 : Avare.

France, 1907 : Mauvaise langue, calomniateur ; argot populaire.

Attouchements

Virmaître, 1894 : Être assez indiscret pour vouloir s’assurer si une jolie femme porte un pantalon et met ses jarretières au-dessus du genou. Synonyme de peloter (Argot du peuple) V. Baisenses.

Avoir de l’anis dans une écope

Delvau, 1866 : Façon de parler ironique, du même argot [des faubouriens], où on l’emploie pour répondre à une demande indiscrète ou à un désir impossible à satisfaire. T’auras d’l’anis dans une écope équivaut à Du vent !

Boire

d’Hautel, 1808 : C’est un fameux homme, il boit un verre d’eau sans le mâcher.
Phrase baroque et facétieuse, pour dire qu’un homme est médiocre, en toutes choses ; qu’il fait beaucoup de bruit ; qu’il se donne un grand mouvement pour ne rien faire d’étonnant.
Boire un coup à sec. Signifie en terme populaire, aller se promener sans se rafraîchir ; sans boire un coup.
Boire comme un sonneur. Sabler à plein verre ; faire une grande débauche de vin ; par allusion avec les gens de cette profession qui s’enivrent continuellement. On dit dans le même sens, Boire à-tire-larigot.
Ce n’est pas la mer à boire. C’est-à-dire que malgré qu’une chose offre des difficultés, elles ne sont cependant pas insurmontables, et qu’on espère en venir à bout.
À petit manger bien boire. Signifie qu’à défaut de bonne chère, il faut boire dru et long-temps.
Qui fait la faute la boive. Pour dire que chacun doit porter la peine de son étourderie, de ses erreurs.
Boire comme un trou. C’est boire à excès, de manière à s’enivrer.
Il a plus bu que je ne lui en ai versé. Se dit en voyant un homme que le vin fait trébucher ; qui a totalement perdu l’équilibre.
Donner pour boire. C’est donner une petite récompense à celui qui vous a rendu quelque service : cette locution se prend aussi en mauvaise part, et signifie battre, châtier quelqu’un.
Vin versé faut le boire. Signifie au figuré que quand une affaire est commencée, il faut la terminer.
Qui a bu boira. Vieux proverbe qui n’a pas encore trouvé de contradicteurs ; se dit aussi par extension de certain défaut dont on ne se corrige jamais.
Boire le vin de l’étrier. C’est-à-dire, boire bouteille avant de partir et de se séparer d’un ami.
Il a toute honte bue ; il a passé par devant l’huis d’un pâtissier. Se dit d’un homme audacieux et effronté qui a levé le masque.
Boire le petit coup. Caresser la bouteille ; faire une petite ribotte.
On ne sauroit si peu boire qu’on ne s’en sente. Se dit par ironie de ceux à qui il échappe quelqu’indiscrétion après avoir bu.

Hayard, 1907 : Recevoir des coups.

Bordel

d’Hautel, 1808 : Terme bas et de mépris dont on évite soigneusement l’emploi dans la bonne compagnie, et qui ne se dit au propre que d’un lieu de débauche et de prostitution ; et au figuré d’un tripot, d’une maison où tout est désordre et confusion.

Delvau, 1864 : Couvent de femmes qui ont fait vœu de lubricité. C’est le ganea (γάνος, joie) des Anciens, ordinairement situé loin de la ville, et la Borde (petite maison) des Modernes, située aussi dans la campagne, loin des regards indiscrets.

L’on envoie au conscience au bordel, et l’on tient sa contenance en règle.

(P. Charbon)

Misérable Philis, veux-tu vivre toujours
Un pied dans le bordel, l’autre dans la taverne ?

(Mathard)

Cependant vengeons-nous
Sur la grosse Cateau, qui tient bordel infâme.

(La Fontaine)

Delvau, 1866 : s. m. Prostibulum, — dans l’argot du peuple, qui parle comme Joinville, comme Montaigne, et comme beaucoup d’autres :

Miex ne voulaist estre mesel
Et ladres vivre en ung bordel
Que mort avoir ne le trespas.

dit l’auteur du roman de Flor et Blanchefleur.

Delvau, 1866 : s. m. Petit fagot de deux sous, — dans l’argot des charbonniers.

Rigaud, 1881 : Bruit, vacarme. — Faire un bordel d’enfer, faire beaucoup de bruit.

Rigaud, 1881 : Petit fagot de deux sous, — dans le jargon des charbonniers. — Petit paquet de linge sale, — dans le jargon des blanchisseuses. — Faire un bordel, laver un paquet de linge à soi appartenant.

Fustier, 1889 : Outils, instruments, objet quelconque.

France, 1907 : Débit de chair humaine.

On appelait autrefois borde une cabane, une maisonnette, et même une petite métairie, située à l’extrémité d’une ville. Le bordelier était l’hôte qui l’habitait. On en a fait depuis le mot bordel, parce que les lieux de prostitution étaient placés dans les faubourgs. Du saxon bord, maison.

(Glossaire de Rabelais)

Jeunes gens, défiez-vous des bordels, craignez la vérole et les sergots.

On m’a fait du bordel un bien sombre tableau… — Des Pontmartin !… laissez dire les imbéciles ; Tous les métiers sont bons en ces temps difficiles.

(Albert Glatigny)

Bouche

d’Hautel, 1808 : Être sur sa bouche. Signifie faire un dieu de son ventre ; employer tous ses revenus à la table.
Il a la bouche cousue. Se dit d’un homme dont on a acheté le secret.
Il est comme Baba la bouche ouverte. Se dit par raillerie d’un niais ; d’un Colas ; d’un sot, qui a toujours la bouche béante, et qui s’extasie sur les choses les plus frivoles et les moins dignes d’attention.
Être à bouche que veux-tu. Nager dans l’abondance : avoir tout ce que l’on peut désirer. On dit dans un sens à-peu-près semblable, Traiter quelqu’un à bouche que veux-tu, pour le servir à souhait.
Avoir bouche à cour. Avoir son couvert mis dans une grosse maison.
Il dit cela de bouche, mais le cœur n’y touche. Se dit de quelqu’un qui parle contre sa façon de penser ; qui s’épuise en vaines protestations.
Faire bonne bouche. Garder le meilleur pour la fin.
Faire bonne bouche à quelqu’un. Le flatter par ce que l’on sait qu’il aime à entendre ; amuser son imagination par des chimères agréables.
Faire la petite bouche. Faire des façons, des simagrées ; faire mal à propos le petit mangeur, le discret.
Manger de broc en bouche. C’est-à-dire, brûlant, à la manière des goulus.
Il n’a ni bouche ni éperons. Se dit d’un homme qui manque de tête, d’esprit et de cœur.
Un homme fort en bouche. Manant, homme grossier, qui a la repartie vive et injurieuse.
Un Saint Jean bouche d’or. Bavard ; homme faux, inconséquent, indiscret.
Faire venir l’eau à la bouche. Mettre en appétit ; faire désirer quelque chose à quelqu’un, l’induire en tentations.
Il a toujours la parole à la bouche. Se dit d’un homme qui est toujours prêt à parler.
Entre la bouche et le verre il arrive beaucoup de choses. Pour dire qu’il ne faut qu’un moment pour faire manquer une affaire qui paroissoit très-assurée.
S’ôter les morceaux de la bouche pour quelqu’un. Manière exagérée de dire que l’on épargne, que l’on économise beaucoup pour fournir aux dépenses de quelqu’un.
Laisser quelqu’un sur la bonne bouche. Le laisser dans l’attente de quelque chose qui touche fortement ses interêts.

Bouclage

un détenu, 1846 : Emprisonnement.

Delvau, 1866 : s. m. Liens, menottes. Même argot [des voleurs].

Rigaud, 1881 : Cadenas. — Arrestation.

France, 1907 : Emprisonnement, menottes.

Et ce propos du vieux Clément (à qui la République doit être, pour le moins, aussi chère que l’Empire, car elle lui donne autant d’ouvrage), ce propos du vieil argousin faisant le discret sur un bouclage d’anarchiste, « parce que la divulgation de ce nom entrainerait la révocation de parents fonctionnaires ».
Le scrupule est louable, mais, en soi, la chose est-elle assez renversante ? Qu’avaient-ils fait, ces infortunés ronds-de-cuir, pour être menacés de la mise à pied ? En quoi l’opinion d’un ascendant ou descendant devait-elle déterminer leur disgrâce ?

(Séverine)

Boudoir

Delvau, 1864 : L’endroit réservé, discret, mystérieux, parfumé, où toute femme qui sait vivre reçoit l’homme dont elle veut être aimée — à couillons rabattus.

Eh bien, Montade, n’est-il pas joli, mon boudoir ! — Il le sera davantage quand nous l’aurons appelé par son vrai nom, foutoir.

(La Popelinière)

Brouillon

d’Hautel, 1808 : Pour dire écervelé, étourdi, indiscret ; qui n’est susceptible d’aucune application, d’aucun ordre, d’aucun soin.

Brûlé

Rigaud, 1881 : Démasqué. Drôle dont les filouteries sont percées à jour, usées. — Par contre, un créancier brûlé est celui dont on ne peut plus rien tirer. On l’a trop fait flamber.

La Rue, 1894 : Fini. Démasqué. Manqué.

Virmaître, 1894 : Affaire manquée. Se dit plus communément d’un agent chargé d’une surveillance, lorsqu’il est éventé par le surveillé il est brûlé. On brûle également une carte vue par les joueurs (Argot des voleurs).

Rossignol, 1901 : Un agent de police est brûlé lorsqu’il est reconnu par l’individu qu’il surveille. Une affaire dont il s’occupe est brûlée (non faisable) lorsqu’il y a eu des indiscrétions.

Buen retiro

France, 1907 : Italianisme, Endroit secret, lieu discret de rendez-vous.

Angèle Renard, modiste, rue de Richelieu, et proxénète, avait à Auteuil un buen retiro où se rencontraient des femmes et des libertins qui s’y livraient à de honteuses saturnales.
Foubert, chef du cabinet au ministère de l’intérieur, quoique vivant maritalement avec une jeune fille du peuple, se rendait très souvent chez Angèle Renard pour jouir du spectacle de tableaux vivants qu’on lui préparait avec art et qu’on lui faisait payer fort cher.
La marquise de B… était aussi une habituée du buen retiro et elle s’y abandonnait aux plus raides débauches.
On assure même que cette grande dame aurait tellement abusé des faiblesses et des complaisances d’une jeune fille de quinze ans que celle-ci aurait failli en mourir.

(Numa Gilly, Mes Dossiers)

Buen retiro. Cabinet d’aisances. « …Endroit écarté où, pour se mettre à l’aise, on a la liberté. »

Au moment où l’air connu : C’est Boulange, lange, lange ! retentissait sur les boulevards, un pâle gavroche fait irruption dans un buen retiro à cinq centimes.
— Madame, dit-il à la préposée, fermez bien vite… on va piller !

(Le Diable boiteux)

Cafarde

Vidocq, 1837 : s. f. — Lune (la).

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Larchey, 1865 : Lune (Vidocq). — C’est la lune voilée qui se dissimule derrière un nuage avant d’être la Moucharde, de briller de tout son éclat.

Delvau, 1866 : s. f. La lune, — dans l’argot des voleurs, qui redoutent les indiscrétions de cette planète assistant à leurs méfaits derrière un voile de nuages.

Rigaud, 1881 : Lune, — dans le jargon des voleurs. — Cafarde ouatée, lune à demi cachée par les nuages.

La Rue, 1894 : La lune.

Virmaître, 1894 : La lune (Argot des voleurs). V. Moucharde.

France, 1907 : La lune, qui semble en effet guetter les méfaits nocturnes.

Es-tu l’œil du ciel borgne ?
Quel chérubin cafard
Nous lorgne
Sous ton masque blafard ?

(Alfred de Musset, Ballade à la lune)

Cancanier

Delvau, 1866 : adj. et s. Bavard, indiscret. Qui colporte de faux bruits, des médisances. On dit aussi Cancaneur.

Caquetage

d’Hautel, 1808 : Causerie, commérage, bavardage, propos nuisibles et indiscrets. Se prend toujours en mauvaise part.

Caqueter

d’Hautel, 1808 : Bavarder, babiller ; dire des choses frivoles et inutiles ; montrer de l’indiscrétion dans ses discours.

Carte

d’Hautel, 1808 : Il ne sait pas tenir ses cartes. Pour, c’est une mazette au jeu de cartes ; se dit par raillerie d’une personne qui se vantoit d’être fort habile à manier les cartes, et que l’on a battue complètement.
On dit aussi, et dans le même sens, au jeu de dominos, Il ne sait pas tenir ses dez.
Perdre la carte.
Pour se déconcerter, se troubler, perdre la tête dans un moment ou le sang-froid étoit indispensable.
Il ne perd pas la carte. Se dit par ironie d’un homme fin et adroit ; qui tient beaucoup à ses intérêts ; à qui on n’en fait pas accroire sur ce sujet.
On appelle Carte, chez les restaurateurs de Paris, la feuille qui contient la liste des mets que l’on peut se faire servir à volonté ; et Carte payante, celle sur laquelle est inscrit le montant de l’écot, que l’on présente à chaque assistant lorsqu’il a fini de dîner.
Savoir la carte d’un repas. C’est en connoître d’avance tout le menu.
Brouiller les cartes. Mettre le trouble et la division entre plusieurs personnes.
Donner carte blanche. C’est donner une entière liberté à quelqu’un dans une affaire.
Un château de carte. Au figuré, maison agréable, mais peu solidement bâtie.

Delvau, 1866 : s. f. Papiers d’identité qu’on délivre à la Préfecture de police, aux femmes qui veulent exercer le métier de filles. Être en carte. Être fille publique.

France, 1907 : Certificat d’identité que la police donne aux prostituées, qui, de ce fait, deviennent filles soumises, étant obligées de se soumettre périodiquement à une inspection médicale.

Ce matin, après avoir mis la petite en carte, après l’avoir ainsi placée dans l’impossibilité de réclamer protection et d’être écoutée si elle se plaignait, — les malheureuses filles ainsi inscrites ne sont-elles pas hors la loi, hors le monde et à a discrétion absolue de la police ? — il la ferait filer sur quelque maison de province dont la tenancière lui répondrait du secret…

(E. Lepelletier, Les Secrets de Paris)

Chambert, chambertin

Rigaud, 1881 : Indiscret, — dans l’argot des voleurs. — Chambertage, indiscrétion. — Chamberter, commettre une indiscrétion. Allusion au bon vin, au vin de Chambertin, qui délie la langue et fait parler.

Chamberter

Virmaître, 1894 : S’amuser. Quant les troupiers mettent les lits en bascules, qu’ils chahutent toute la chambrée, ils chambertent les camarades (Argot du troupier).

France, 1907 : Trop parler, commettre des indiscrétions. C’est aussi s’amuser, dans l’argot militaire. Corruption de chambarder.

Chien

d’Hautel, 1808 : Il est grand comme un chien assis. Se dit par exagération et en plaisantant, d’un bambin, d’un marmouzet, d’un homme très-petit de taille, qui a la prétention de vouloir paroitre grand.
C’est un chien dont il faut se méfier. Manière incivile de dire qu’un homme est fin, subtil et rusé.
Cela n’est pas si chien. Pour cela n’est pas si mauvais ; se dit de toute chose friande et qui flatte le goût.
Faire le chien couchant. Flatter, carresser bassement quelqu’un, se soumettre à tous ses caprices, à toutes ses volontés.
Qui aime Bertrand, aime son chien. Voyez Aimer.
Chien hargneux a toujours l’oreille arrachée. Signifie qu’un homme querelleur s’attire sans cesse de mauvais traitemens.
Tu n’es pas chien. Expression basse et ignoble qui se dit à un égoïste, à un homme injuste, qui blesse les intérêts d’autrui pour satisfaire les siens propres.
C’est un mauvais chien. Grossièreté qui équivaut à c’est un méchant homme.
C’est un vrai chien de port. Pour c’est un rustre, un grossier personnage, comme le sont ordinairement les gens qui travaillent sur les ports.
Il m’a reçu comme un chien dans un jeu de quilles. Métaphore qui sert à exprimer le mauvais accueil que l’on a reçu de quelqu’un qu’on alloit visiter, consulter ou solliciter. On dit aussi d’un homme indiscret et importun qui vient dans une société sans y avoir été invité, qu’Il vient comme un chien dans un jeu de quilles.
Il mourroit plutôt un bon chien de berger.
Se dit méchamment et injurieusement d’une personne dont on désiroit la mort, et qui est revenue de quelque maladie dangereuse.
Un bon os ne tombe jamais d’un bon chien. Signifie qu’un bon mari a rarement une bonne femme, et une bonne femme un bon mari ; et par extension, que la fortune, le bonheur, ne favori sent jamais ceux qui méritent d’être heureux.
Il fait comme les grands chiens, il veut pisser contre les murs. Locution basse et figurée, qui signifie qu’un homme se couvre de ridicule, en prenant des tons au-dessus de sa fortune et de sa condition, et généralement en entreprenant des choses qui surpassent ses moyens et ses forces.
On dit des gens vicieux, et qui ne peuvent se corriger, qu’Ils sont comme les chiens, qu’ils retournent à leurs vomissemens.
Être comme un chien à l’attache.
Être retenu par un travail obligatoire et continuel.
Les coups de bâton sont pour les chiens. Réponse que l’on fait ordinairement à ceux qui vous menacent du bâton.
Quand on veut noyer son chien, on dit qu’il est enragé. Signifie que lorsqu’on veut se débarrasser de quelqu’un, on lui cherche toute sorte de querelle.
On dit d’un écervelé, d’un homme qui court d’une manière extravagante, qu’Il court comme un chien fou.
Un bon chien n’aboie point faux.
Signifie qu’un homme habile ne fait jamais de fausses démarches.
Il est fou comme un jeune chien. Comparaison peu honnête, pour dire que quelqu’un est d’une humeur très-folâtre.
Un chien regarde bien un évêque, je peux bien regarder une bête comme toi. Répartie brusque et injurieuse que l’on fait à un homme vain et glorieux qui se fâche de la liberté que l’on prend, de le regarder, de le fixer.
Il ne faut pas se moquer des chiens, qu’on ne soit hors du village. Pour, il ne faut pas choquer quelqu’un dans un lieu où il peut nous nuire.
Jeter un os à la gueule d’un chien, pour le faire taire. Faire un présent à quelqu’un pour l’empêcher de divulguer les secrets d’une affaire.
On dit d’un homme avide qui défend bien ses intérêts dans une affaire, qu’Il n’en jette pas sa part aux chiens.
Chien en vie vaut mieux que lion mort.
Pour, il vaut mieux vivre en lâche que mourir en brave. Voy. Lion.
Abandonner quelqu’un comme un pauvre chien. Le laisser dans la misère, ne point le secourir.
Il est comme le chien du jardinier, il ne mange point de choux, et ne veut pas que les autres en mangent. Se dit d’un égoïste, d’un homme envieux des moindres succès.
Mener une vie de chien. Vivre dans la débauche et le libertinage ; dans une dissipation honteuse.
Chien noyé. Terme bas et injurieux que les femmes de la Halle appliquent à un homme, dans un débordement de colère.
Il n’est chasse que de vieux chiens. Signifie que pour les conseils, il faut avoir recours aux vieillards, qui ont reçu les leçons de l’expérience.
Rompre les chiens. Interrompre une conversation dont les suites pourroient être fâcheuses.
Entre chien et loup. Pour dire, à la brune, entre le jour et la nuit.
Tandis que le chien pisse, le loup s’enfuit. C’est-à-dire que l’occasion échappe, si l’on n’est habile à en profiter.
Droit comme la jambe d’un chien. Se dit par dérision d’une jambe, torse et mal faite.
Las comme un chien. Pour dire, très-fatigué. Comparaison dont l’ellipse est un peu forte ; car on ne sait pourquoi le chien dont on parle doit être fatigué, rien n’annonçant qu’il ait pris de mouvement.
Il vit comme un chien. Se dit par mépris d’un homme qui ne remplit aucun des devoirs de sa religion.
Vous pouvez entrer, nos chiens sont liés. Se dit pour encourager des gens timides.
Il est comme le chien de Jean de Nivelle, il s’enfuit quand on l’appelle. Voy. Appeler.
Si vous n’avez pas d’autre sifflet, votre chien est perdu. Se dit à ceux qui se sont fourrés dans une mauvaise affaire, et qui emploient des moyens inefficaces pour s’en retirer.
Ils s’aiment comme chiens et chats. Se dit d’un ménage où l’homme et la femme sont continuellement en querelle.
C’est St.-Roch et son chien. Se dit par raillerie de deux personnes qui vivent dans une grande familiarité ; qui sont inséparables.
C’est un chien au grand collier. Se dit d’une personne qui a de grandes prérogatives dans une maison ; qui y fait la pluie et le beau temps.
Faire un train de chien. Gronder, crier, s’emporter contre quelqu’un.
Un bruit de chien ; une querelle de chien. Un bruit qui dégénère en vacarme ; une querelle qui prend une mauvaise fin.
C’est un bon chien, s’il vouloit mordre. Se dit d’un homme dont les apparences sont favorables, mais trompeuses.
On appelle vulgairement l’eau-de-vie du sacré chien tout pur.

Halbert, 1849 : Secrétaire.

Larchey, 1865 : « Le chef est chien ou bon enfant. Le chien est dur, exigeant, tracassier, méticulier. » — Balzac.

Larchey, 1865 : Avare. — Horace (I. II, sat. 2) emploie le mot canis pour signifier avare.

Chien : Égoïste, homme injuste, qui blesse les intérêts d’autrui.

(d’Hautel, 1808)

N’être pas chien en affaires : Aller grandement, sans chicane.

Larchey, 1865 : Compagnon.

Tu passeras renard ou aspirant, après ça tu deviendras chien ou compagnon.

(Biéville)

Larchey, 1865 : Mot d’amitié. V. Chat.

Delvau, 1866 : s. et adj. Tracassier, méticuleux, avare, exigeant, — dans l’argot du peuple, qui se plaît à calomnier « l’ami de l’homme ». C’est l’expression anglaise : Dog-bolt. Vieux chien. Vieux farceur, — sly dog, disent nos voisins.

Delvau, 1866 : s. m. Caprice de cœur, — dans l’argot des petites dames. Avoir un chien pour un homme. Être folle de lui.

Delvau, 1866 : s. m. Compagnon, — dans l’argot des ouvriers affiliés au Compagnonnage.

Delvau, 1866 : s. m. Entrain, verve, originalité, — dans l’argot des gens de lettres et des artistes ; bagou, impertinence, désinvolture immorale, — dans l’argot des petites dames.

Rigaud, 1881 : Avare.

Dis donc, petite sœur ; il est rien chien ton m’sieur : y m’ prend un cigare et du feu et y m’ donne que deux ronds.

(A. Tauzin, Croquis parisiens)

Rigaud, 1881 : Compagnon du devoir, en terme de compagnonnage.

Rigaud, 1881 : Homme dur, exigeant ; s’emploie principalement en parlant d’un supérieur, — dans le jargon des employés. — Sévère, — dans le jargon des collégiens.

Notre pion est diablement chien.

(Albanès, Mystères du collège, 1845)

Rigaud, 1881 : Lettre tombée sous la forme. — dans le jargon des typographes.

Boutmy, 1883 : s. m. Lettre tombée d’une forme ou qui se trouve sur le marbre au moment où l’on y dépose un châssis. Le chien fait lever le texte quand on desserre, en sorte qu’il est impossible de taquer sans écraser le caractère.

La Rue, 1894 : Galbe, élégance, mordant, chic. Eau-de-vie.

France, 1907 : Ce mot à nombre de significations. Il signifie avare, et cet argot a des lettres de noblesse, car il remonte à Horace : « Il est un homme qui porte et qui mérite le surnom de chien, dit-il, c’est Avidiénus ; des olives, vieilles de cinq ans, et des cornouilles sauvages composent son repas. Il attend que son vin soit tourné pour le verser eu libations ; l’odeur de l’huile qu’il emploie vous causerait un insurmontable dégoût… »
Chien veut dire aussi tracassier, méticuleux, exigeant. Il s’emploie au féminin :

Pour comble, Mlle la doctoresse était chiche de congés, chienne en diable, n’osait jamais accorder plus de deux jours à la fois, plus chienne que tous les docteurs qui avaient passé par l’administration : un truc de cette chipie pour se faire bien venir en haut lieu sûremment !

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

Avoir du chien, c’est avoir de l’originalité, du cachet. Avoir un chien, c’est avoir un caprice pour un homme. Faire du chien, faire un ouvrage payé d’avance ; argot des ouvriers. Faire le chien, suivre Madame avec un panier. Piquer un chien, dormir pendant la journée.

Chou

d’Hautel, 1808 : Chou chou. Nom amical et carressant que l’on donne aux petits enfans. On dit aussi Mon chou.
Chou pour chou.
À la pareille, semblablement.
Aller à travers choux. Agir inconsidérément ; comme un écervelé.
Faire ses choux gras. Faire bien ses affaires ; Se divertir.
Faire ses choux gras de quelque chose. En faire ses délices.
Vous pouvez en faire des choux, des raves. C’est-à-dire, ce que vous voudrez, ce que bon vous semblera.
Ce n’est pas le tout que des choux. Pour dire que l’on n’a fait qu’une partie de ce qui est nécessaire pour venir à bout d’une entreprise.
Il s’y entend comme à planter des choux. Se dit d’un homme qui entreprend un état dont il n’a aucune connoissance.
S’il t’ennuie, envoie-le planter des choux. Équivaut à envoie-le promener.
On dit de quelqu’un qui dispose avec trop de liberté des biens d’autrui, qu’Il en fait comme des choux de son jardin.
Trognon de chou.
Sobriquet que l’on donne aux petites personnes laides et contrefaites.
On dit aux enfans qui font des demandes indiscrètes sur leur naissance, qu’ils sont venus sous un chou.
Elle fait bien valoir ses choux.
Se dit d’une personne trop prévenue de son mérite et de ses qualités personnelles, et qui met un haut prix à ses services.
Ménager la chèvre et les choux. Voyez Chèvre.
Il ne vaut pas un trognon de chou. Pour il est dénué de toute capacité ; il n’est bon à rien.

Larchey, 1865 : Sobriquet amical.

L’une m’appelle mon chou, mon ange.

(Francis, 1825)

Rigaud, 1881 : Résultat des fouilles nasales, — dans le jargon des collégiens.

Clabaudage

d’Hautel, 1808 : Clabauderie, criaillerie, bavardage ; paroles indiscrètes et dangereuses.

Clé (à la)

France, 1907 : Expression ironique, confirmant une chose que l’on sait déjà. Signifie aussi avec.

Alice — Dis donc, avec qui qu’elle est Finette ?
Le garçon — Avec Andréa.
Alice — Non, mais son homme ?
Le garçon, discrètement — Connais pas.
Alice — Allons donc !
Le garçon — Parole !
Alice — Tu te fiches de nous.
Le garçon — Je crois que c’est le gros, le boursier.
Alice, dédaigneusement — Ah ! je sais… deux louis à la clé.

(Ces Dames du Casino)

— Un bon métier que celui de mendiante ! dit la Sardine, et pas grand turbin à la clé !

(Edmond Lepelletier)

Cliché

Larchey, 1865 : Invariable. — Synon. de Stéréotypé et emprunté comme lui à certains procédés d’impression.

Tel est le discours cliché que le vénérable baron Taylor a en réserve pour toutes les circonstances.

(Figaro)

Delvau, 1866 : s. m. Phrase toute faite, métaphore banale, plaisanterie usée, — dans l’argot des gens de lettres.

Rigaud, 1881 : Diarrhée. — Avoir la cliché. Le petit vin d’Argenteuil donne la cliché.

Boutmy, 1883 : s. m. Réplique ou propos qui est toujours le même. Tirer son cliché, c’est avoir toujours la même raison à objecter ou dire constamment la même chose.

France, 1907 : Banalité ressassée à la tribune ou dans la presse. Tirer son cliché, répéter toujours la mème chose.

Un paquet tout fait, que chacun se repasse de confiance, sans avoir jamais eu l’indiscrétion de l’ouvrir. C’est le paletot, l’écaille du lieu commun.

(Dr Grégoire, Turlutaines)

Qu’est-ce qui a jamais su ce que c’était, au fond, qu’un honnête homme ? On condamne, tous les jours, en police correctionnelle, des gens arrivés à la limite de la vie et qui, la veille encore de l’arrêt, passaient pour « d’honnêtes gens ! » Ainsi des « femmes fidéles » dont la vertu n’attend que la découverte de l’adultère : ainsi des « amies dévouées » dont une trahison ferait déchirer le masque demain ; ainsi des « politiques habiles » qui sont toujours à la veille de faire quelque abominable sottise. Autant de clichés qui ne demandent qu’à être démentis par les événements. Feuilles mortes, feuilles mortes que le vent emporte sur les allées humides du bois, vous êtes l’image de toutes ces choses, dans le fragile néant où nous sommes nous mêmes emportés.

(Armand Silvestre)

Comme il

France, 1907 : Abréviation de comme il faut, de bon ton, de bonne compagnie. « T’as rien l’air comme il. Tu as l’air d’un monsieur chic. »

Mais la nature et, seconde nature, l’habitude avaient sûrement mis la frappe du vice originel, héréditaire, cumulé et cultivé sur cette face comme il faut. L’œil, cette fenêtre de l’âme, furtif et faux, de forme oblique et d’une prunelle trop large pour le blanc, devenait, comme celui du félin, féroce en se fixant. L’oreille panique, pointue, était de même animale. Le nez ou le bec courbé, le menton relevé, la bouche mince et l’angle aigu n’étaient pas moins carnassiers. Il y avait de la bête de proie dans cet homme du monde, cet homme comme il faut.

(Edmond Lepelletier)

De la licence du Directoire, qui s’était transformée sous l’Empire en une décence obtenue par ordre, on passa, sous la Restauration, a une sorte de pruderie aussi bien dans le costume que dans les idées ; chacun demeura sur son quant-à-soi avec dignité, on rechercha le correct, l’absolu bon ton, le comme il faut, la suprême distinction dans des notes discrètes et sobres ; on se garda de l’éclat et du faux décorum ; la somptueuse pompe impériale fit place à la simplicité.

(Octave Uzanne, La Femme et la Mode)

Copie

d’Hautel, 1808 : Original sans copie. Homme bizarre, ridicule à l’extrême.

Delvau, 1866 : s. f. Travail plus ou moins littéraire, bon à livrer à l’imprimeur, — dans l’argot des gens de lettres, qui écrivent copiosissimè dans l’intérêt de leur copia. Faire de la copie. Écrire un article pour un journal ou pour une revue. Caner sa copie. Ne pas écrire l’article promis. Pisser de la copie. Écrire beaucoup trop, sur tous les sujets. Pisseur de copie. Écrivain qui a une facilité déplorable et qui en abuse pour inonder les journaux ou revues de Paris, des départements et de l’étranger, de sa prose ou de ses vers.

Boutmy, 1883 : s. f. Ce qui sert de modèle au compositeur. Elle est manuscrite ou imprimée ; la copie manuscrite est, on le comprend, payée un peu plus cher que la réimpression. Au figuré, faire de la copie sur quelqu’un, c’est dire du mal de lui, en médire.

France, 1907 : Manuscrit d’un auteur. Faire de la copie, écrire un article. Caner sa copie, manquer d’exactitude dans l’envoi de ses articles. Pisser de la copie, écrire abondamment sur tous les sujets, même ceux que l’on ignore le plus.

Lorsqu’un auteur agit bien avec le compositeur, lorsqu’il se met à son niveau, lorsque sa copie, c’est-à-dire son manuscrit, est lisible, l’ouvrage sera soigné, le texte ne sera pas déparé par des contresens, des lettres retournées, des fautes de français, des mots tantôt trop écartés, tantôt trop rapprochés l’un de l’autre. Le compositeur fera même disparaître des erreurs qu’il est capable d’apercevoir et de corriger. Mais si vous affectez de la morgue à son égard, si vous le traitez du haut de votre grandeur, si votre copie n’est pas mieux écrite que celle de M. Alphonse Karr (qui semble se servir de son terre-neuvien en guise de secrétaire), si votre manuscrit est couvert de ratures, surchargé d’ajoutés, le compositeur se dégoûte et prend à tâche de mal faire.

(Jules Ladimir, Le Compositeur typographe)

Une génération nouvelle de reporters a grandi, dont l’ardeur d’indiscrétion ne le cède qu’à son indifférence entière pour les idées. Semblables à cet orateur qui ne pensait pas, disait-il, quand il ne parlait pas, ces jeunes gens ne pensent point, quand ils interrogent point. Leurs victimes les fournissent de copie, et ils y ajoutent les inexactitudes… C’est justement ce qu’on appelle être bien informé…

(Brunetière)

Mais applaudir aux explosions et trouver que Ravachol était dans le vrai, parce que les journaux où l’on paye refusent d’insérer votre copie, ou parce que toute l’édition d’un volume de vers est encore en magasin, cela n’est vraiment pas du tout raisonnable et passe la limite de fureur et de vengeance permise au plus exaspéré des fruits secs.

(François Coppée)

Coque

d’Hautel, 1808 : Marie la Coque. Terme injurieux ; femme indiscrète et de mauvaises mœurs ; babillarde, causeuse qui néglige les affaires de son ménage.
Ce sont des contes à Marie la Coque. C’est-à dire des bavardages qui ne méritent aucune confiance.
À peine est-il sorti de la coque. Se dit par reproche à un jeune homme qui prend des airs qui ne lui conviennent pas, pour l’avertir qu’il n’est encore qu’un enfant.
Avoir un œil à la coque. Pour dire avoir l’œil meurtri, poché.

Coquecigrue

d’Hautel, 1808 : Baliverne, objet chimérique, discours saugrenus.
Qu’avez-vous ? Ce sont des coquecigrues. Réponse que l’on fait à quelqu’un qui se permet une demande indiscrète.
C’est un plaisant coquecigrue. Pour, un plaisant original, un sot être.
Elle arrivera à la venue des coquecigrues. C’est-à-dire, jamais.

Corne

d’Hautel, 1808 : Elle baiseroit une chèvre entre deux cornes. Manière exagérée de dire qu’une personne est d’une maigreur extrême ; que sa santé est dans un dépérissement affreux.
Entendre corne. Entendre de travers ; se méprendre sur ce que l’on vous adresse.
Faire les cornes à quelqu’un. Faire le signe d’une corne avec les deux doigts de la main, à dessein de se moquer de quelqu’un, de lui causer du dépit.
Montrer les cornes. Montrer de la résistance ; se mettre en état de défense.
Porter des cornes. Avoir pour femme une infidèle, qui se fait un jeu.de, violer les lois sacrées de l’hymen.
Dur comme, de la corne. Se dit d’une viande qui n’est pas assez mortifiée, qui est dure et coriace.
Il n’a pas besoin d’un coup de corne pour avoir de l’appétit. Manière plaisante d’exprimer qu’un homme mange avidement, et avec un grand appétit.
On dit d’un homme mordant et satirique qui a choqué quelqu’un, qu’Il lui a donné un coup de corne.
On prend les hommes par les paroles, et les bêtes par les cornes.
Se dit à ceux qui commettent quelqu’indiscrétion.
Il est aussi étonné que si les cornes lui venoient à la tête. Pour exprimer l’étonnement et la surprise qu’un homme manifeste en apprenant une nouvelle.

Larchey, 1865 : Puanteur. — Corner : Puer (Vidocq). — Vient peut-être de cor : cœur, qui a fait au moyen âge coreux : répugnant, écœurant. V. Roquefort.

France, 1907 : Estomac ; petit pain appelé croissant.

Coudre

d’Hautel, 1808 : Il faut coudre la peau du renard avec celle du Lion. Vieux proverbe qui signifie qu’outre la force, il faut encore, joindre la prudence, la ruse et la finesse en traitant avec ses ennemis.
Des malices cousues de fil blanc. Voyez Malice.
Il a le visage cousu de petite vérole. Pour dire il en est extrêmement marqué.
Coudre la bouche à quelqu’un. Acheter sa discrétion par des présens.
Il est cousu d’or. Expression métaphorique qui se dit d’un millionnaire, ou d’un homme qui a un habit galonné sur toutes les coutures.
Avoir le visage cousu. C’est-à-dire, avoir le visage cicatrisé, maigre et décharné.

Coup

d’Hautel, 1808 : Se battre à coup de savatte. C’est-à dire, à coups de pieds, comme le font les crocheteurs et les porteurs d’eau.
Faire les cent coups. Donner dans de grands écarts, faire des fredaines impardonnables, se porter à toutes sortes d’extravagances, mener une vie crapuleuse et débauchée ; blesser, en un mot, les règles de la pudeur, de la bienséance et de l’honnêteté.
Il a été le plus fort, il a porté les coups. Se dit en plaisantant de quelqu’un qui, n’ayant pas été le plus fort dans une batterie, a supporté tous les coups.
On dit plaisamment d’un homme économe dans les petites choses et dépensier dans les grandes, qu’Il fait d’une allumette deux coups, et d’une bouteille un coup.
Il ne faut qu’un coup pour tuer un loup.
Signifie qu’il ne faut qu’un coup de hasard pour abattre l’homme le plus puissant et le plus favorisé de la fortune.
Faire un mauvais coup. Commettre quelque méchante action, quelqu’action criminelle.
Un coup de maître. Affaire conduite avec adresse, habileté.
Faire d’une pierre deux coups. Faire deux affaires en en traitant une.
Faire un mauvais coup. Ne pas réussir ou échouer dans une entreprise.
Un coup de Jarnac. Coup détourné et perfide qui se dirige contre une personne à qui l’on veut du mal.
Caire un coup de sa tête. Pour dire un coup décisif ; ne prendre conseil que de sa propre volonté.
Coup de main. On appelle ainsi un travail de peu de durée, comme lorsqu’on se fait aider par des étrangers dans un moment de presse.
Un coup de désespoir. Action causée par le chagrin, la douleur, la peine.
Avoir un coup de hache. Pour, être timbré ; avoir la tête exaltée.
Les plus grands coups sont portés. Pour dire, le plus fort est fait, le plus grand danger est passé.
Il n’y a qu’un coup de pied jusque-là. Pour dire qu’il n’y a pas loin. On se sert aussi de cette locution ironiquement, et pour se plaindre de l’éloignement d’un lieu où l’on a affaire.
Se donner un coup de peigne. Au propre, se coiffer, se retapper. Au figuré, se battre, se prendre aux cheveux.
C’est un coup d’épée dans l’eau. Pour, c’est un effort infructueux, un travail inutile.
Frapper les grands coups dans une affaire. Mettre tout en œuvre pour la faire réussir.
Discret comme un coup de canon. Homme étourdi et indiscret qui ne peut rien garder de ce qu’on lui confie.
Il fait ses coups à la sourdine. Se dit d’un fourbe, d’un hypocrite, d’un homme dont les actions sont traitres et cachées.

Delvau, 1864 : L’acte vénérien, qui est, en effet, un choc — agréable pour celle qui le reçoit comme pour celui qui le donne.

L’autre jour un amant disait
À sa maîtresse à basse voix,
Que chaque coup qu’il lui faisait
Lui coûtait deux écus ou trois.

(Cl. Marot)

Tu voudrais avoir pour un coup
Dix écus ; Jeanne, c’est beaucoup.

(Et. Tabourot)

Pour l’avoir fait deux coups en moins de demi-heure,
C’est assez travailler pour un homme de cour.

(Cabinet satyrique)

Il faut toujours se faire payer avant le coup.

(Tabarin)

L’homme philosophal que cherche, sans le trouver, la femme, est celui qui ferait réellement les cent coups.

(J. Le Vallois)

Rigaud, 1881 : Manœuvre faite dans le but de tromper. On dit : il m’a fait le coup, il m’a trompé ; c’est le coup du suicide, c’est un faux suicide annoncé pour attendrir la dupe. (L. Larchey)

La Rue, 1894 : Vol. Manœuvre dans le but de tromper. Ne pas en f…iche un coup, ne pas travailler.

Virmaître, 1894 : Procédé secret et particulier (Argot des voleurs).

Courroie

d’Hautel, 1808 : Allonger la courroie. Voyez Allonger.
Faire du cuir d’autrui large courroie. Pour, se divertir de la bourse d’autrui ; en user sans délicatesse ni discrétion.

Curieux

d’Hautel, 1808 : On dit d’un homme curieux, indiscret et avare, qu’Il veut tout savoir et ne rien payer.

Vidocq, 1837 : s. m. — Juge d’instruction, président du tribunal.

Halbert, 1849 : Juge.

Larchey, 1865 : Juge d’instruction. — Il est curieux par métier. V. Escrache.

Le curieux a servi ma bille (mon argent).

(Vidocq)

Delvau, 1866 : s. m. Le juge d’instruction, — dans l’argot des voleurs, qui, en effet, n’aiment pas à être interrogés et veulent garder pour eux leurs petits secrets.

Rigaud, 1881 : Commissaire de police. — Juge d’instruction.

La Rue, 1894 : Commissaire de police. Juge d’instruction. Président d’assises.

Virmaître, 1894 : Juge (Argot des voleurs). V. Palpeurs.

Rossignol, 1901 : Juge. C’est un curieux, parce qu’il met le nez dans vos affaires.

Hayard, 1907 : Juge.

France, 1907 : Amateur de scènes crapuleuses qui fréquente les bains de vapeur pour assister à des actes honteux. Dans les maisons de tolérance, on les appelle voyants.

En dehors des gens qui se rendent aux bains de vapeur pour satisfaire leurs passions, il y a la clientèle courante que l’hygiène amène seule et où figurent des individus connus sous le nom de curieux. Ils n’aiment pas les femmes, n’ont aucun goût pour les plaisirs contre nature, et cependant ils séjournent des journées entières dans ces établissements : ils mangent, boivent, fument, circulent dans les salles et semblent heureux d’entendre des paroles obscènes, et d’assister à des actes répugnants. C’est là une curiosité maladive assez commune qui charme leurs oreilles et satisfait leur vue.

(Gustave Macé)

France, 1907 : Juge. Il veut, en effet, tout savoir.

— Son couteau… son couteau à lui. Prenez-lui son couteau dans la poche… Vous ne comprenez donc pas, double brute, que quand on trouvera ce couteau, les curieux seront convaincus qu’ils sont en présence d’un suicide… Là ! y êtes-vous ?… Moi, je m’empare des précieux papiers.

(Georges Pradel, Cadet Bamboche)

Grand curieux, président de cour d’assises. Curieux de la planche au pain, président de tribunal. Curieux à mal faire, voleur maladroit.

Débinage

Vidocq, 1837 : s. f. — Médisance, calomnie.

Larchey, 1865 : Médisance.

Compliments désagréables, indiscrétions et débinages.

(Commerson)

Delvau, 1866 : s. m. Médisance, et même calomnie, — dans l’argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Propos malveillant. — Fuite.

La Rue, 1894 : Médisance. Débiner, médire, nuire à quelqu’un en parlant mal sur son compte.

France, 1907 : Médisance. Occupation à laquelle se livrent généralement les « bons petits camarades » de lettres, lorsque l’un des leurs vient de les quitter.

Le Journal des Goncourt est une des lectures des plus passionnantes de ce temps. Il m’a tour à tour charmé et énervé, séduit et irrité ; il a l’attrait d’un écrit satirique contre les meilleurs de nos contemporains, ce qui flatte la méchanceté endormie en nous ; bourré d’anecdotes, de bruits, de conversations, il manque de valeur documentaire, parce que leur vision est étroite, petite, menue, morcelée, troublée. un fond de malveillance et de débinage.

(Henry Bauër, La Ville et le Théâtre)

Décamper

d’Hautel, 1808 : S’esquiver ; déloger au plus vite s’enfuir à toutes jambes.

Delvau, 1866 : v. n. S’en aller, s’enfuir, — dans l’argot du peuple. Décamper sans tambour ni trompette. S’en aller discrètement ou honteusement, selon qu’on est bien élevé ou qu’on a été inconvenant. On dit aussi Décampiller.

Rossignol, 1901 : S’en aller.

Veux-tu décamper d’ici.

Dépuceler une fille

Delvau, 1864 : La débarrasser, à coups de pine, du fardeau de sa virginité ; briser la cloison de l’hymen pour entrer dans son divin retrait, — où déjà, peut-être, est entré l’indiscret médium.

Il trouve son écolière sur le lit, qui l’attendait, dont il jouit à son souhait, et la dépucelle.

(Mililot)

Il vaut mieux dépuceler une garce que d’avoir les restes d’un roi.

(Brantôme)

Çà donc, mon cœur et ma rebelle,
Çà mon âme, çà mes amours,
Qu’à ce coup je vous dépucelle.

(Cabinet satyrique)

La nouvelle mariée fit pourtant si bien qu’elle dépucela son mari.

(Tallemant des Réaux)

Deux sœurs (mes)

Virmaître, 1894 : Dans le peuple, par abréviation, on dit : mes deux pour te faire une paire de lunettes. Ce n’est pas des fesses qu’il s’agit, comme le dit Delvau, mais des testicules. On appelle aussi deux sœurs, les deux nattes de cheveux que les femmes portent sur leurs épaules (Argot du peuple).

France, 1907 : Expression ironique dont se servent les ouvriers pour répondre à une question indiscrète. Mes deux sœurs, dit Alfred Delvau, sont les fesses, Charles Virmaître, de son côté, affirme que ce sont les testicules. Tous les deux ont raison.

J’aim’ pas les raseurs politiques ;
Faux radicaux, tas d’bonisseurs,
Faites vos discours à mes deux sœurs !
Je n’serai jamais de vos pratiques.

(Victor Meusy, Chansons d’hier et d’aujourd’hui)

Discret

d’Hautel, 1808 : Il est discret comme un boulet de canon. Se dit d’un homme imprudent, babillard et léger, qui va divulguer à chacun les secrets qu’on lui a confiés.

Discrète

France, 1907 : Bourse en toile que les maraîchères et les marchandes ambulantes attachent à leur ceinture.

Discrétion

Fustier, 1889 : Pari.

Des paris gagnés ou perdus qui, le plus souvent, prennent la forme compromettante et le titre étrange de discrétion.

(Indépendance belge, 1868.)

École

d’Hautel, 1808 : Faire l’école buissonnière. Signifie, en terme d’écolier, aller jouer au lieu de se rendre à l’école ; faire le paresseux, le vagabond.
Dire les nouvelles de l’école. Commettre quelqu’indiscrétion ; divulguer les secrets d’une société.
Il a pris le chemin de l’école. Et plus communément des écoliers, pour il a pris le chemin le plus long.

Épaule

d’Hautel, 1808 : Tu l’auras pardessus l’épaule. Pour tu ne l’auras point.
Il ne jette pas les épaules de mouton par les fenêtres. Pour il ne prodigue pas son bien ; il est fort économe.
Il est bien large, mais c’est des épaules. Se dit d’une personne intéressée, d’un égoïste.
Il sent l’épaule de mouton. Pour il pue, il sent fort mauvais.
On a toujours cet homme sur les épaules. Se dit d’un homme importun, indiscret, dont on ne peut se débarrasser.
On l’a mis dehors par les épaules. Pour on l’a chassé avec ignominie.
Donner un coup d’épaule. Aider, assister, secourir quelqu’un.
Regarder quelqu’un par dessus l’épaule. D’une manière arrogante et fière.

Essayeuse

France, 1907 : Femme employée dans les magasins de modes qui essaye devant les clientes les objets de toilette pour les faire valoir. Il va sans dire que l’essayeuse doit être grande, gracieuse et jolie.

Les femmes sont toujours les femmes, pauvres ou riches, et je ne vois pas pourquoi celles-là abdiqueraient les caprices de leur sexe, sous prétexte qu’elles sont des salariées. Sans compter que ces fanfreluches leur iraient tout aussi bien qu’à nous, et parfois mieux — voyez les essayeuses. Et elles sont condamnées à poser en mannequin, indéfiniment, devant des chipies qui les toisent, les font tourner, retourner, se vengent par la fatigue et l’humiliation de leur fine taille et de leur élégante allure.

(Jacqueline, Gil Blas)

… S’annonçant par des heurts discrets contre la porte, rentraient, étalaient quelque pièces l’étoffe, quelque éblouissante broderie, chuchotaient en hâte quelque question, de petites essayeuses aux cheveux blonds qui moussent au-dessus d’un profil rieur de trottin, aux lignes souples que souligne l’élégante simplicité d’un corsage et d’une robe sombres.

(Champaubert, Le Journal)

Étouffe ou étouffoir

Vidocq, 1837 : s. f. — Table d’hôtes où l’on joue l’écarté. Ces maisons, plus dangereuses cent fois que les tripots de l’administration Benazet, sont ordinairement tenues par des vétérantes de Cythère qui ne manquent pas d’esprit, et dont le ton et les manières semblent appartenir à la bonne compagnie. Toutes ces femmes, s’il faut les croire, sont veuves d’un officier général, ou tout au moins d’un officier supérieur ; mais ce serait en vain que l’on chercherait les titres de leurs défunts époux dans les cartons du ministère de la guerre.
J’ai dit que ces maisons étaient plus dangereuses que les tripots de la ferme des jeux, et je le prouve : il y a des gens qui ne mettraient jamais les pieds dans un des autres Benazet, et qui cependant fréquentent les Étouffes ou Étouffoirs. Pour les y attirer, la veuve du général ou du colonel a ouvert les portes de son salon à une foule de femmes charmantes ; ce n’est point par la vertu que ces femmes brillent, mais elles sont pour la plupart jeunes, jolies, bien parées, la maîtresse de la maison n’exige point d’elles d’autres qualités. Des chevaliers d’industrie, des Grecs, des Faiseurs, forment, avec ces dames, le noyau de la société des tables d’hôtes, société polie peut-être, mais assurément très-peu honnête.
Il y a sans doute à Paris des réunions de ce genre composées de personnes très-honnêtes, mais ce sont justement celles-là que recherchent les flibustiers en tous genres, car là où il y a des honnêtes gens il y a nécessairement des dupes à exploiter. Ceux qui ont l’habitude de vivre à table d’hôtes devraient donc obliger les personnes qui tiennent ces sortes d’établissements à s’enquérir des mœurs et de la position sociale de chacun des convives. Une mesure semblable, prise avec des ménagemens et de la discrétion, ne pourrait blesser personne, lorsqu’elle serait générale, et suffirait seule pour éloigner tous ceux dont l’unique métier est de spéculer sur la fortune d’autrui.
Les tables d’hôtes ne sont pas seulement fréquentées par des escrocs, des Grecs ou des chevaliers d’industrie, il s’y trouve aussi des donneurs d’affaires ; ces derniers chercheront à connaître votre position, vos habitudes, les heures durant lesquelles vous serez absent de chez vous, et lorsqu’ils auront appris tout ce qu’il leur importe de savoir pour pouvoir vous voler avec impunité, ils donneront a celui qu’ils appellent un Ouvrier, et qui n’est autre qu’un adroit Cambriolleur, le résultat de leurs observations. Cela fait, l’Ouvrier prend l’empreinte de la serrure ; une fausse clé est fabriquée, et, au moment favorable, l’affaire est faite. Il n’est pas nécessaire de dire que le donneur d’affaires sait toujours se ménager un alibi incontestable, ce qui le met à l’abri des soupçons auxquels ses questions hardies et ses visites indiscrètes auraient pu donner naissance.
Viennent ensuite les donneurs d’affaires, Emporteurs. On a pu voir aux articles Emporteur et Emportage à la côtelette, les détails du truc qu’ils exercent.
Puis enfin les indicateurs de dupes ; ce sont ceux qui amènent dans les Étouffes ou Étouffoirs cette foule de jeunes gens sans expérience, qui y perdent leurs plus belles années. Et comment n’en serait-il pas ainsi ? tout y est mis en œuvre pour les corrompre : le jeu, des vins exquis, une chère délicate, des amis empressés, des femmes agréables et d’une complaisance extrême si leur bourse paraît bien garnie.
Si le jeune homme appartient à une famille riche, ses amis improvisés le mettent en rapport avec d’honnêtes usuriers qui lui prêteront de l’argent à un intérêt raisonnable, c’est-à-dire à 60 ou 50 pour % au moins. Souvent il ne recevra pour 10,000 francs de lettres de change que 1,000 à 1,500 francs, et le reste en marchandises qui ne vaudront, prisées à leur juste valeur, que le dixième au plus de leur estimation. Il est au reste notoire qu’un jeune homme ne reçoit jamais plus de 3 ou de 4,000 francs en échange de 10,000 francs de lettres de change ; cependant il doit, sur cette somme, payer aux courtiers qui lui ont fait faire cette brillante négociation une commission assez forte ; puis viennent les camarades auxquels il faut prêter quelque chose ; et, si le jeune homme aime à jouer, il est rare qu’il rentre chez lui avec seulement quelques pièces de cinq francs. Alors les amis le tiennent ; ils lui font faire des masses de lettres de change ; bientôt il est ruiné ; s’il a des dispositions ils en font un flibustier, sinon un voleur ou un faussaire.

Évent

d’Hautel, 1808 : C’est une tête, un esprit à l’évent. C’est-à-dire, une mauvaise tête, esprit léger et indiscret, incapable de grandes conceptions.

Faire

d’Hautel, 1808 : Pour tromper, duper, attraper, friponner ; filouter, voler.
Je suis fait. Pour dire attrapé, on m’a trompé.
Faire de l’eau. Pour dire uriner, pisser. Hors de ce cas, c’est un terme de marine qui signifie relâcher en quelqu’endroit pour faire provision d’eau.
Faire de nécessité vertu. Se conformer sans rien dire aux circonstances.
Faire et défaire, c’est toujours travailler. Se dit par ironie à celui qui a mal fait un ouvrage quelconque, et qu’on oblige à le recommencer.
Quand on fait ce qu’on peut, on fait ce qu’on doit. Signifie qu’il faut savoir gré à celui qui marque du zèle et de l’ardeur dans une affaire, lors même qu’elle vient à ne pas réussir.
Paris ne s’est pas fait en un jour. Signifie qu’il faut du temps à un petit établissement pour devenir considérable ; qu’il faut commencer par de petites affaires avant que d’en faire de grandes.
Allez vous faire faire. Pour allez au diable ; allez vous promener, vous m’impatientez. Ce mot couvre un jurement très-grossier.
Le bon oiseau se fait de lui-même. Signifie qu’un bon sujet fait son sort par lui-même.
Faire et dire sont deux. Signifie qu’il est différent de faire les choses en paroles et de les exécuter.
Il n’en fait qu’à sa tête. Se dit d’un homme entier, opiniâtre, qui se dirige absolument d’après sa volonté.
Qui fait le plus fait le moins. Pour dire qu’un homme qui s’adonne à faire de grandes choses, peut sans contredit exécuter les plus petites.
Faire ses orges. S’enrichir aux dépens des autres s’en donner à bride abattue.
Faire le diable à quatre. Signifie faire des siennes, faire des fredaines ; un bruit qui dégénère en tintamare.
Faire les yeux doux. Regarder avec des yeux tendres et passionnés.
Faire son paquet. S’en aller ; sortir précipitamment d’une maison où l’on étoit engagé.
Faire la vie. Mener une vie honteuse et débauchée.
Il en fait métier et marchandise. Se dit en mauvaise part, pour c’est son habitude ; il n’est pas autrement.
Faire la sauce, et plus communément donner une sauce, etc. Signifie faire de vifs reproches à quelqu’un.
Faire d’une mouche un éléphant. Exagérer un malheur ; faire un grand mystère de peu de chose.
L’occasion fait le larron. C’est-à-dire, que l’occasion suffit souvent pour égarer un honnête homme.
Ce qui est fait n’est pas à faire. Signifie que quand on peut faire une chose sur-le-champ, il ne faut pas la remettre au lendemain.
Allez vous faire paître. Pour allez vous promener.
Les première et seconde personnes du pluriel du présent de l’indicatif de ce verbe sont altérées dans le langage du peuple. À la première personne il dit, par une espèce de syncope, nous fons, au lieu de nous faisons ; et à la seconde, vous faisez, au lieu de vous faites.

Larchey, 1865 : Faire la place, commercialement parlant.

De tous les points de Paris, une fille de joie accourait faire son Palais-Royal.

(Balzac)

Je suis heureux d’avoir pris ce jour-ci pour faire la vallée de l’Oise.

(Id.)

Larchey, 1865 : Nouer une intrigue galante.

Est-ce qu’un homme qui a la main large peut prétendre à faire des femmes ?

(Ed. Lemoine)

Dans une bouche féminine, le mot faire indique de plus une arrière-pensée de lucre. C’est l’amour uni au commerce.

Et toi, ma petite, où donc as-tu volé les boutons de diamant que tu as aux oreilles ? As-tu fait un prince indien ?

(Balzac)

Tu as donc fait ton journaliste ? répondit Florine. — Non, ma chère, je l’aime, répliqua Coralie.

(id.)

Larchey, 1865 : Risquer au jeu.

Nous faisions l’absinthe au piquet à trois.

(Noriac)

Faire dans la quincaillerie, l’épicerie, la banque, etc. ; Faire des affaires dans la quincaillerie, etc.

Larchey, 1865 : Voler.

Nous sommes arrivés à faire les montres avec la plus grande facilité.

(Bertall)

Son fils qui fait le foulard à ses moments perdus.

(Commerson)

Delvau, 1866 : s. m. Façon d’écrire ou de peindre, — dans l’argot des gens de lettres et des artistes.

Delvau, 1866 : v. a. Dépecer un animal, — dans l’argot des bouchers, qui font un veau, comme les vaudevillistes un ours.

Delvau, 1866 : v. a. Visiter tel quartier commerçant, telle ville commerçante, pour y offrir des marchandises, — dans l’argot des commis voyageurs et des petits marchands.

Delvau, 1866 : v. a. Voler, et même Tuer, — dans l’argot des prisons. Faire le foulard. Voler des mouchoirs de poche. Faire des poivrots ou des gavés. Voler des gens ivres. Faire une maison entière. En assassiner tous les habitants sans exception et y voler tout ce qui s’y trouve.

Delvau, 1866 : v. n. Cacare, — dans l’argot à moitié chaste des bourgeois. Faire dans ses bas. Se conduire en enfant, ou comme un vieillard en enfance ; ne plus savoir ce qu’on fait.

Delvau, 1866 : v. n. Jouer, — dans l’argot des bohèmes. Faire son absinthe. Jouer son absinthe contre quelqu’un, afin de la boire sans la payer. On fait de même son dîner, son café, le billard, et le reste.

Delvau, 1866 : v. n. Travailler, être ceci ou cela, — dans l’argot des bourgeois. Faire dans l’épicerie. Être épicier. Faire dans la banque. Travailler chez un banquier.

Rigaud, 1881 : Dérober. — Faire le mouchoir, faire la montre. L’expression date de loin. M. Ch. Nisard l’a relevée dans Apulée.

Vous êtes de ces discrets voleurs, bons pour les filouteries domestiques, qui se glissent dans les taudis des vieilles femmes pour faire quelque méchante loque. (Scutariam facitis)

Rigaud, 1881 : Distribuer les cartes, — dans le jargon des joueurs de whist. — Jouer des consommations, soit aux cartes, soit au billard. Faire le café en vingt points, — dans le jargon des piliers de café.

Rigaud, 1881 : Exploiter, duper. — Faire faire, trahir. Il m’a fait faire, — dans le jargon des voleurs.

Rigaud, 1881 : Faire le commerce de ; être employé dans une branche quelconque du commerce. — Faire les huiles, les cafés, les cotons. Mot à mot : faire le commerce des huiles, des cotons, etc.

Rigaud, 1881 : Guillotiner, — dans le langage de l’exécuteur des hautes-œuvres.

M. Roch (le bourreau de Paris) se sert d’une expression très pittoresque pour définir son opération. Les criminels qu’il exécute, il les fait.

(Imbert.)

Rigaud, 1881 : Parcourir un quartier au point de vue de la clientèle, — dans l’argot des filles. Elles font le Boulevard, le Bois, les Champs-Élysées, comme les placières font la place.

Rigaud, 1881 : Séduire.

La puissante étreinte de la misère qui mordait au sang Valérie, le jour où, selon l’expression de Marneffe, elle avait fait Hulot.

(Balzac, La Cousine Bette)

L’artiste qui, la veille, avait voulu faire madame Marneffe.

(Idem)

Faire une femme, c’est mot à mot : faire la conquête d’une femme.

Le temps de faire deux bébés que nous ramènerons souper ; j’ai le sac.

(Jean Rousseau, Paris-Dansant)

Quand une femme dit qu’elle a fait un homme, cela veut dire qu’elle fonde des espérances pécuniaires sur celui qu’elle a séduit, qu’elle a fait une affaire avec un homme. — Les bals publics sont des lieux où les femmes vont faire des hommes, mot à mot : le commerce des hommes.

Rigaud, 1881 : Tuer, — dans le jargon des bouchers : faire un bœuf, tuer un bœuf et le dépecer.

Rigaud, 1881 : Vaincre, terrasser, — dans l’argot des lutteurs.

Il ajouta qu’en se glorifiant d’avoir fait le Crâne-des-Crânes, certains saltimbanques en avaient menti.

(Cladel, Ompdrailles, Le Tombeau des lutteurs.)

Fustier, 1889 : Arrêter. Argot des voleurs. Être fait, être arrêté.

Le lendemain matin, il questionne la Lie-de-Vin… puis il part. Dans l’après-midi il était fait.

(Gil Blas, juin, 1886.)

La Rue, 1894 : Exploiter, duper. Arrêter. Jouer. Trahir. Séduire : faire une femme, faire un homme. Raccrocher. Dérober. Tuer. Vaincre, terrasser. Guillotiner.

Virmaître, 1894 : Les bouchers font un animal à l’abattoir. Faire : tuer, voler. Faire quelqu’un : le lever. Faire : synonyme de fabriquer (Argot du peuple et des voleurs).

France, 1907 : Exploiter.

Elles faisaient les bains de mer et les villes d’eaux, émigrant suivant la saison, comme les bohémiens, comme les hirondelles, des falaises grises de la Manche qu’un gazon plat encapuchonne aux côtes méditerranéennes où la blancheur luit dans l’azur.

(Paul Arène)

France, 1907 : Voler.

Deux filous causent de la future Exposition :
— C’est une bonne affaire pour nous… Ça fournit des occupations…
— Qu’est-ce que tu y faisais en 1869 ?
— Les montres.

(Le Journal)

Il lançait de vastes affaires sur le marché, comme la Caisse d’Algérie, et il ne dédaignait pas de vulgaires filouteries. Ses opérations se trouvèrent ainsi embrasser tous les cercles de la vie de Paris. Il ne dédaignait aucun coup à tenter. Il faisait le million aux riches gogos et le porte-monnaie aux passants.

(Edmond Lepelletier)

Un monsieur, très pressé, court dans la rue.
Un quidam le rejoint, lui frappe sur l’épaule et lui demande impérieusement :
— Où allez-vous ?
— Qu’est-ce que ça peut vous faire ? répond le monsieur furieux.
— Ça me fait beaucoup… on vient de me voler !
— Et vous m’accusez ?
— Oui.
— C’est trop fort !
— N’essayez pas de m’en imposer.
— Mais fouillez-moi, espèce de crétin !
Le quidam fouille le monsieur, et se retire en présentant de plates excuses.
Quand Le monsieur se fouille à son tour, il s’aperçoit qu’on lui a fait sa montre et son porte-monnaie.

(Gil Blas)

À la correctionnelle :
— Alors, dit familièrement le président au prévenu, vous vous vantez de faire la montre aves une remarquable dextérité ?
— Aussi bien que personne ici !
Puis il ajoute courtoisement :
— Soit dit sans vous offenser.

Faire de l’œil

Delvau, 1864 : Provoquer un passant, par un coup d’œil, à monter tirer un coup de cul.

Aussi, je le dis sans orgueil,
Le beau sexe me fait de l’œil.

(Jules Moineaux)

Rossignol, 1901 : On fait de l’œil à une femme pour tâcher de la posséder.

France, 1907 : Lancer des œillades provocatrices, regarder amoureusement quelqu’un.

D’ailleurs, à mesure qu’elle avance en âge, l’incertitude de sa vie l’inquiète ; toute son ambition serait d’avoir au moins quelques jolis costumes à mettre, et assez le paroles pour être remarquée des loges d’avant-scène : c’est là, en effet, que se tiennent les vieux généraux de l’empire, les banquiers célibataires, les Ulysses cosmopolites de l’hôtel des Princes, tous armés d’indiscrètes jumelles. Pour nous servir d’une expression consacrée dans le langage des coulisses, c’est en faisant bien l’œil de ce côté-là que la figurante parviendrait à retrouver toute l’existence dorée qu’elle a perdue après les beaux jours de sa jeunesse. Mais ce sont là autant de soupirs jetés dans les nuages.

(Philibert Audebrand)

La nuit venue, la scène changeait : à peine les réverbères étaient-ils allumés que la foule grossissante roulait à flots bruyants autour des galeries ; beaucoup de jeunes gens, une infinité de militaires, quelques vieux libertins, maints désœuvrés, un petit nombre d’observateurs force filous, des filles à moitié nues : c’était le moment où tous les vices se donnaient rendez-vous, se coudoyant, se heurtant, s’entremettant, où, tandis que les filles faisaient de l’œil, les escrocs jouaient des mains.

(Octave Uzanne, La Française du siècle)

Faire l’article

Delvau, 1866 : v. a. Vanter sa marchandise, — dans l’argot des marchands. Parler de ses titres littéraires, — dans l’argot des gens de lettres. Faire étalage de ses vices, — dans l’argot des petites dames.

France, 1907 : Vanter une chose, faire ressortir ses qualités, à l’instar des marchands qui offrent un article dont ils veulent se défaire et qu’ils vantent d’autant plus qu’il est difficile à placer.

— Vous cherchiez à me séduire par l’espoir de joies libertines que le mariage ne connait point. Vous vous vantiez — oh ! de quelle discrète et spirituelle façon — de n’être pas un amant ordinaire, borné à ces grossières façons de contenter les femmes qui sont à la porté du moindre capitaine. Vous saviez (disiez-vous) les mystérieuses incantations par où l’amant envoûte le cerveau et l’âme même de l’aimée, lui fait vivre mille amours en un seul, et se transforme lui-même en mille amants. Si j’ose m’exprimer si bassement à propos de vos mérites, mon pauvre Pierre, vous faisiez l’article non sans adresse… Je suis convaincue, d’ailleurs, que la réclame n’était point mensongère, et que vous devez être effectivement ce que vous annoncez : un artiste de l’amour.

(Marcel Prévost, Le Journal)

Faire la collecte

France, 1907 : Les chanteurs de cours, les culs-de-jatte, les épileptiques et autres mendiants de cette sorte ont souvent un compagnon qui les suit ou vient plusieurs fois dans la journée à un endroit désigné d’avance recueillir les aumônes reçues, pour les mettre en sûreté, afin qu’en cas d’arrestation on d’indiscrète curiosité de la police on ne trouve sur eux qu’une vingtaine de sous : c’est ce qui s’appelle faire la collecte. Maxime du Camp cite dans son Paris bienfaisant un cul-de-jatte qu’on vit longtemps sur le trottoir du boulevard Haussmann et qui avoua recueillir chaque jour plus de vingt francs, lorsqu’on l’arrêta pour avoir volé le porte-monnaie d’une dame.

Faire mourir (s’en)

Delvau, 1866 : Désirer ardemment une chose, — dans l’argot du peuple. S’emploie d’ordinaire comme formule de refus à une demande indiscrète ou exagérée : Ah ! tu t’en ferais mourir ! C’est le refrain d’une chanson récente qui a fait son tour de Paris comme le drapeau rouge, et qui est en train de faire son tour du monde comme le drapeau tricolore.

Faire voir la lune

Delvau, 1864 : Montrer son cul.

Parlez-moi d’une planète
Qu’on examine à l’œil nu
Chaque soir, me dit ma brune,
Si tu veux être discret,
Je te ferai voir la lune
À dada sur mon bidet.

(A. Jacquemart)

Farfouiller

d’Hautel, 1808 : Éparpiller ; mettre tout en désordre pour chercher quelque chose ; manier avec indiscrétion.

Delvau, 1866 : v. n. Chercher quelque chose avec la main, remuer tout pour le trouver. Argot du peuple.

Rossignol, 1901 : Chercher. Celui qui se met le doigt dans les narines se farfouille dans l’nez.

France, 1907 : Chercher.

Ernest m’envoie un regard coupant comme le rasoir de Prado et froid comme un discours de Mézières. Brr… ! la petite mort me passe dans le dos. Ernest farfouille dans ses papiers, l’huissier appelle mon affaire, et M. le président, me toisant d’un œil dédaigneux, laisse tomber ces mots : « Fille Colombine, levez-vous ! »

(Gil Blas)

Toute la pléiade qui fouille
Et farfouille le corps humain,
Plongeant les doigts dans ce qui grouille,
Pantins d’hier ou de demain.

(Jacques Rédelsperger)

Ci-gît qui toujours bredouilla
Sans jamais avoir pu rien dire ;
Beancoup de livres farfouilla,
Sans jamais avoir pu s’instruire ;
Et beaucoup d’écrits barbouilla,
Sans avoir pu les faire lire.

(La Harpe)

Feu

d’Hautel, 1808 : Il n’y voit que du feu. Pour il n’y voit goutte, il ne connoit rien dans ce qu’il entreprend, il manque de capacité.
Jeter feu et flamme. Crier, tempêter, s’emporter, se mettre en colère.
Il le craint comme le feu. Se dit d’une personne qui inspire le trouble, la vénération, le respect.
Prendre une poignée de feu. Pour dire se chauffer à la hâte.
Avoir son coup de feu. Être dans les vignes du seigneur, être en gaieté, avoir une pointe de vin.
Un feu de paille, un feu de joie. Plaisir court, de peu de durée.
C’est le feu et l’eau. Se dit de deux personnes qui se détestent, ou qui sont incompatibles.
Un feu à rôtir un bœuf, un feu de reculée. Trop violent, trop vif.
Il n’y a pas de feu sans fumée. Signifie qu’il ne court pas de bruit sans qu’il y ait quelque fondement.
Il court comme s’il avoit le feu au cul. Se dit d’une personne que la peur fait fuir avec précipitation.
Il n’a ni feu ni lieu. Pour, il n’a point de domicile, il est errant et vagabond.
Faire mourir quelqu’un à petit feu. Lui faire éprouver de mauvais traitemens, lui rendre la vie malheureuse.
Jeter de l’huile sur le feu. Exciter la colère, l’animosité de quelqu’un par des rapports indiscrets.
Être dans un coup de feu. Être très-pressé, très-occupé.
Il n’y a ni pot au feu ni écuelles lavées. Se dit d’une maison sans ordre, et où tout est bouleversé.
Il n’a jamais bougé du coin de son feu. Pour faire entendre qu’un homme n’a point voyagé.
Il en mettroit sa main au feu. Signifie il en est très-assuré, il en répond.
Il verra de quel feu je me chauffe. Espèce de menace que l’on fait à quelqu’un.
Il se met au feu pour ses amis. Se dit d’un homme qui remplit avec zèle les devoirs de l’amitié.
Mettre le feu à la cheminée. Signifie manger des alimens trop salés qui mettent le palais, le gosier en feu.
Mettre tout à feu et à sang. Piller, voler, exercer un grand ravage.
Mettre le feu aux étoupes, ou sous le ventre de quelqu’un. Animer sa colère, sa passion.

Fils

d’Hautel, 1808 : Il est le fils de son père ; il est le fils de sa mère. Pour il ressemble à son père ou à sa mère ; il en a la physionomie, les inclinations, les habitudes.
C’est aussi une réponse bouffonne que l’on fait à un indiscret qui prend des informations minutieuses sur le compte de quelqu’un.

Fortunio

France, 1907 : Héros de romance. Poète sentimental. La chanson de Fortunio.

La femme à hommes de nos jours n’aime pas Fortunio. Elle le rebute, le raille ou simplement s’en détourne, l’expérience roublarde, le cynisme paillard, un Clavaroche discret, pas gaffeur et savant, c’est là uniquement ce qu’elle goûte. Alors, Fortunio se fâche, se retire meurtri, flétrit la mauvaise femmes et la femme bête que la dame souhaitée a été envers son intelligence précoce et son cœur neuf qui s’offrait.

(Fernand Vandérem, Le Journal)

Fouillon

d’Hautel, 1808 : Sobriquet que l’on donne à quelqu’un qui met tout en désordre ; dont les propres affaires sont sens dessus dessous, ou qui fouille indiscrètement dans celles des autres.

Fourren (s’en)

France, 1907 : User sans aucune discrétion des plaisirs de l’existence.

Dick, très réservé jusque-là avec le sexe, se conduisit vis-à-vis de sa belle comme un hussard dans une ville conquise. Il s’en fourra !

(Armand Silvestre)

Fourrer

d’Hautel, 1808 : Fourrer son nez dans tout. S’entremêler dans les affaires des autres ; être curieux, indiscret ; se mêler de ce qu’on n’a que faire.
Il fourre tout dans son ventre. Se dit d’un dissipateur, d’un homme qui fait un dieu de son ventre.
Il ne sait où se fourrer. Se dit de quelqu’un qui a commis quelque faute grave, et qui en a honte.
Il a bien fourré de la paille dans ses souliers. Pour, il s’est bien enrichi.

Hayard, 1907 : Coïter.

France, 1907 : Mettre violemment, pousser.

Les voilà donc perpétuées
Ces floraisons d’humus malsains,
Les précoces prostituées,
Les impubères assassins ;
Et c’est un échange de vice
Entre les jeunes et les vieux,
Comme un effroyable service
De pourvoyeurs de mauvais lieux,
L’ogre qui mange la chair fraîche
N’est donc plus un mythe inventé ;
Il prend l’enfant jusqu’en la crèche,
Pour en tirer la volupté,
Parfois la luxure avivée
Se désaltère dans le sang !
Certaine école raffinée
Déclare que c’est amusant
Comme une démence bizarre.
Soit ! — mais qu’on fourre, sacré nom !
Les femelles à Saint-Lazare
Et les mâles au cabanon !

(Pontsevrez)

Foutoir

Delvau, 1864 : Nom que les libertins donnent au boudoir, lieu où il ne s’agit pas de bouder, en effet, mais bien de foutre. — (V. Boudoir).

Fustier, 1889 : Petite maison ou petite chambre réservée et discrète. Se dit aussi d’un lieu public ou d’une maison privée qui admettent une grande licence.

France, 1907 : Maison ou chambre où l’on va secrètement sacrifier à Vénus.

Froid

d’Hautel, 1808 : Froid comme un marbre. Se dit d’un homme réservé, discret et flegmatique.
Battre froid à quelqu’un. Lui faire un mauvais accueil.

Fruit vert

France, 1907 : Fillette à peine nubile et qui souvent ne l’est pas encore, fort appréciée par cela mème d’une nombreuse catégorie de messieurs.

Elle vendait à tempérament aux cocottes, prêtait sur gages, avançait les appointements aux artistes, fournissait des petites filles aux amateurs de fruits verts ; elle avait un stock de Chouards pour les Germinys, de gouvernantes discrètes pour les curés de province, une collection d’amies de pension pour dames seules ; bref, c’était une fenrrne universelle.

(Charles Virmaître, Paris oublié)

Afin d’exciter leur faiblesse,
À l’oreille des vieux pervers,
La pseudo-fleuriste, drôlesse,
Vient chantonner : fruits verts ! fruits verts !
Pomme du Nord, peau rose et blanche,
Orange et Citron du Midi,
Nous en avons, et sur la branche,
Les cueillera le plus hardi.
On traite à forfait (propre terme !),
Le plaisir se paie au comptant ;
Revenez et commandez ferme,
Monsieur, si vous êtes content.

(Pontsevrez)

Gêneur

Delvau, 1866 : s. et adj. Type essentiellement parisien, — comme la punaise. C’est plus que l’importun, plus que l’indiscret, plus que l’ennuyeux, plus que le raseur : c’est — le gêneur.

Rigaud, 1881 : Importun personnage qui fait de la morale à des gens qui ne demandent qu’à s’amuser. Le peuple les envoie à Chaillot rejoindre tous ceux qui l’ennuient. À Chaillot les gêneurs !

France, 1907 : Importun, trouble-fête, indiscret.

Graisser la patte

Larchey, 1865 : Remettre une somme de la main à la main, corrompre.

Delvau, 1866 : v. a. Acheter la discrétion de quelqu’un, principalement des inférieurs, employés, concierges ou valets. On dit aussi graisser le marteau, — mais plus spécialement en parlant des concierges.

France, 1907 : Donner de l’argent à quelqu’un pour le gagner, le mettre dans ses intérêts. Cette expression remonte au moyen âge : on la trouve dans un fabliau du XIIIe siècle, mais elle doit dater de beaucoup plus haut, de l’époque où le clergé s arrogea le droit de percevoir la dîme sur le produit de la vente des chairs de porc. Afin de rendre les agents du clergé moins rigides, les marchands de cochons leur mettaient dans la main un morceau de lard qui, naturellement, la leur graissait. Mais le lard étant pièce à conviction compromettante, on le remplaça par de l’argent. C’était pour percevoir plus facilement cette redevance que la foire aux jambons se tint longtemps sur le parvis Notre-Dame.

Au diable même il faut graisser la patte.

(Béranger)

« – Au galop, cocher ! » Et celui-ci dont la patte avait été préalablement graissée, fouetta. Vingt-cinq minutes plus tard, ayant débarqué dans un lit inaccessible aux bêtes de proies ailées ou non, ils y roucoulaient, ces deux pigeons, à l’abri des loups et des renards, des milans et des buses de la race humaine.

(Léon Cladel, Tragi-comédies)

Le directeur de la colonie était alors un raté de la politique, qui, jadis au quartier Latin, avait bu d’innombrables bocks avec deux ou trois futurs ministres. Ils l’avaient plus tard placé là, comme dans une sinécure. Ce fruit sec était un peu fripon. Il se laissa graisser la patte par les soumissionnaires des travaux exécutés à la colonie, et aussi par les fournisseurs. Les enfants mangèrent de la carne, ce dont personne ne se soucia ; mais l’État fut par trop volé et finit par s’en émouvoir.

(François Coppée, Le Coupable)

L’expression graisser le marteau est plus récente. C’est donner de l’argent an portier d’une maison pour s’en faciliter l’entrée.
Racine, dans les Plaideurs, fait dire à Petit-Jean :

Ma foi ! j’étais un franc portier de comédie :
On avait beau heurter et m’ôter son chapeau,
On n’entrait point chez nous sans graisser le marteau,
Point d’argent, point de Suisse ; et ma porte était close.

Gratter dans la main

Delvau, 1864 : Déclaration muette. Sorte de pantomime, qui se joue discrètement dans le monde des filles. — Qu’un homme désire une femme ou… vice-versa, il lui suffit, profitant de la poignée de main d’adieu, de gratter légèrement du médium la paume de la main qu’il presse. Si la réponse a lieu de la même manière, l’affaire est dans le sac, — demande et réponse affranchie.

Grisette

d’Hautel, 1808 : Terme injurieux et de mépris. Petite ouvrière à mise simple et bourgeoise. Fille de moyenne vertu, qui prête l’oreille aux discours des garçons.

Virmaître, 1894 : Jeune fille, ouvrière plumassière, fleuriste, modiste ou polisseuse qui fit la joie de nos pères et le désespoir des leurs. Depuis qu’elle a passé les ponts, ce n’est plus qu’une vulgaire cocotte.

Type charmant, grisette sémillante,
Au frais minois, sous un piquant bonnet
Où donc es-tu, gentille étudiante
Reine sans fard de nos bals sans apprêts.

Ainsi s’exprime la chanson en vogue autrefois au quartier latin (Argot du peuple).

France, 1907 : Fauvette grise, appelée aussi syriot, et, en Provence, passerine.

France, 1907 : Jeune ouvrière galante, appelée ainsi de la petite étoffe légère de ce nom que portaient les jeunes filles du peuple.
Le mot est vieux de près de trois siècles. On le rencontre souvent dans La Fontaine :

Sous les cotillons des grisettes
Peut loger autant de beauté
Que sous les jupes des coquettes,
D’ailleurs, il n’y faut point faire tant de façons.

(Joconde)

Une grisette est un trésor ;
Car sans se donner de la peine,
Et sans qu’aux bals on la promène,
On en vient aisément à bout ;
On lui dit ce qu’on veut, bien souvent rien du tout.

(Ibid.)

Ce type charmant et essentiellement parisien, célébré dans les romans de Paul de Kock et qui est maintenant complétement disparu, à été magistralement décrit par Jules Janin :

De tous les produits parisiens, le produit le plus parisien sans contredit, est la grisette. Voyagez tant que vous voudrez dans les pays lointains, vous rencontrerez des arcs de triomphe, des jardins royaux, des musées, des cathédrales, des églises plus ou moins gothiques ; comme aussi, chemin faisant, partout où vous conduira votre humeur vagabonde, vous coudoierez des bourgeois et des altesses, des prélats, et des capitaines, des manants et des grands seigneurs ; mais nulle part, ni à Londres, ni à Saint-Pétersbourg, ni à Berlin, ni à Philadelphie, vous ne rencontrerez ce quelque chose si jeune, si gai, si frais, si fluet, si fin, si leste, si content de peu, qu’on appelle la grisette. Que dis-je, en Europe ? vous parcourriez toute la France que vous ne rencontreriez pas dans toute sa vérité, dans tout son abandon, dans toute son imprévoyance, dans tout son esprit sémillant et goguenard, la grisette de Paris.
Les savants (foin des savants !), qui expliquent toute chose, qui trouvent nécessairement une étymologie à toute chose, se sont donné bien de la peine pour imaginer l’étymologie de ce mot-là : la grisette. Ils nous ont dit, les insensés ! qu’ainsi se nommait une mince étoile de bure à l’usage des filles du peuple, et ils en ont tiré cette conclusion : « Dis-moi l’habit que tu portes, et je te dirai qui tu es ! »…
Pour se vêtir, pour se nourrir, pour se loger, pour cultiver le parterre qui est devant sa fenêtre, pour le mouron de l’oiseau qui chante dans sa cage, pour le bouquet de violettes qu’elle achète chaque matin, pour cette chaussure si luisante et si bien tenue, pour cette élégance soutenue des pieds à la tête, dont serait fière plus d’une reine de préfecture, la grisette parisienne gagne à peine de quoi fournir chaque jour au déjeuner d’un surnuméraire du ministère de l’intérieur. Et cependant avec si peu, si peu que rien, elle est bien plus que riche, elle est gaie, elle est heureuse ; elle ne demande en son chemin qu’un peu de bienveillance, un peu d’amour.

 

Il est ainsi des œuvres — les seules vraiment populaires — assez banales et veules pour se prostituer aux lubies du lecteur. Celle de Murger s’affirma complaisante jusqu’à l’invraisemblance. Rien de plus étrange que la déformation de sa Mimi. Le livre la montre avide et coquette, infidèle et cruelle, torturant Rodolphe, exposant le vicomte Paul. De tendresse, pas un témoignage ; de charme, de poésie, nul indice. Si elle s’attendrit enfin, c’est sur elle-même, lorsque, dévorée par la phtisie elle agonise sur un lit d’hôpital. Eh bien ! de cette créature odieuse et lamentable, de cette fille banale entre toutes, le publie à fait la grisette, — sa grisette, la femme en qui il met toutes ses complaisances, maîtresse idéale de l’étudiant et du calicot, compagne élue des cœurs secs de la vingtième année. Rire et sourire, esprit et joliesse, elle a tous les petits charmes qui attirent sans retenir. Et que d’autres avantages ! Un regard la conquiert, un geste la congédie, un ruban l’habille. Elle s’en va si elle lasse, revient dès qu’on la rappelle, jamais ne coûte ni n’encombre. Et, lorsque sonne pour le jeune homme l’heure grave de l’établissement et du mariage, elle disparaît, pour toujours cette fois, discrète jusqu’au mystère, sans laisser le souci de ce qu’elle va devenir, sa vie avant le frêle et le vague du destin d’un oiseau.

(Joseph Caraguel)

— Et moi ! dit un grave professeur de philosophie, comment n’ai-je pas pleuré sur la dernière lettre que m’a écrite l’unique femme que j’aie adorée. C’était une grisette aussi, que je trahissais pour deux marquises. Je crois que je me souviendrai d’elle à mon dernier jour, et que je la regretterai dans l’autre monde. Cette lettre, que je conserve tendrement, elle se terminait ainsi : « Adieu, Monsieur, vous êtes un cochon. » Et il y avait en prost-scriptum : « Ah ! Gustave, je te croyais le cœur plus sensible. »

(H. de Latouche, Grangeneuve)

Les garçons de ces cafés — de mon temps du moins, hier — étaient des filles, plaisantes quelquefois, avatars de la grisette métamorphosée en tireuse de bocks.
Les grisettes, que sont-elles devenues ? Je sais bien une Parisienne, jolie, fine, essentiellement artiste, qui prétend avoir, à l’occasion, une âme de grisette, sans adresse, oui, si celle y tient, mais si mondanisée et si spirituelle qu’elle semble plutôt une reine de Petit-Trianon. — Que sont devenues les vraies grisettes, celles que les amoureux d’antan serrèrent dans leurs bras ? Où sont les jeunes créatures qui faisaient leur bonheur des feuilles qui leur tremblaient sur la tête, dans les charmilles de Fontenay-aux-Roses, des saladiers où bleuissait le vin des barrières, des rayons de soleil où dansent les papillons, d’un brin de chèvrefeuille arraché à la haie du chemin, et d’un baiser sonore cueilli sur la pourpre de leurs lèvres où sur la printanière fraicheur de leurs joues doucement teintées ?

— Te voilà veuf pendant une semaine,
Lui dit-il ; viens, nous dînerons ce soir
En devisant des heures envolées,
De ce beau temps où nous étions garçons,
Où nous laissions mille folles chansons
Jaillir sans fin de nos lèvres brûlées
Par les baisers de ces démons d’amour
Qu’on appelait, en ces temps, des grisettes,
Viens ! nous ferons au passé des risettes ;
Soyons garçons et libres pour un jour !

(A. Glatigny)

Gruger

d’Hautel, 1808 : Pour, rapiner, voler, manger ; être aux crocs de quelqu’un ; lui soutirer de l’argent.
Il le gruge d’une belle manière. Pour, il le vole, il le ruine secrètement.

Delvau, 1866 : v. a. Manger le bien de quelqu’un, — dans l’argot du peuple. Les gens de lettres écrivent grue-ger, par allusion aux mœurs des grues, — ces Ruine-maison !

France, 1907 : Manger ; du bas allemand grusen, écraser, broyer avec les dents. Gruger quelqu’un, le piller, lui manger son bien.

Certes, ce monde circonscrit, brillant et mêlé, qui va du turf au Jockey, en passant par les foyers de théâtres, nous montre plus de princes tombés aux maquignonnages louches qu’aspirant aux hautes vertus démocratiques. Plus d’un, parmi ces brillants, à mis son grain air, sa renommée d’élégance au service de quelque cocotte, ambitieuse de gruger de jeunes bourgeois vaniteux.

(Francis Chevassu)

Dans Nos Intimes, Victorien Sardou essaye de faire le dénombrement des variétés d’amis. « Nous avons, dit l’illustre académicien, l’ami despote qui nous fait faire ses commissions, l’ami spirituel qui fait des mots à nos dépens, l’ami indiscret qui raconte aux hommes nos petites faiblesses et aux dames nos petites infirmités !… l’ami gêné qui est encore bien plus gênant, l’ami parasite qui nous mange, l’ami spéculateur qui nous gruge, enfin mille espèces d’amis dont le dénombrement serait éternel, depuis celui qui nous emprunte nos livres … qu’il ne nous rend pas, jusqu’à celui qui nous emprunte notre femme… qu’il nous rend ! »

Habeas corpus

France, 1907 : Terme de législation anglaise tiré d’une locution latine signifiant : « reste maître de ton corps. » Cette célèbre loi anglaise, rendue sons le règne de Charles II en mai 1679, permet à toute personne emprisonnée de réclamer sa liberté sous caution ou à tout ami du prisonnier de le faire en sa faveur, à moins de trahison, d’assassinat ou de félonie. C’est en vertu de cette loi que le geôlier est obligé d’amener dans les vingt-quatre heures le prisonnier devant le juge et de certifier par qui et pour quoi il a été mis en prison. Le juge à son tour est obligé de le mettre en liberté on de l’admettre à donner caution, à moins d’un des crimes spécifiés plus haut, et spécialement exprimés dans le mandat d’arrêt. C’est pourquoi en France, où nous n’avons pas l’habeas corpus, on voit tant d’arrestations et de préventions arbitraires.

Rien, en effet, n’est plus redoutable que la magistrature. Nul n’est à l’abri de ses coups, nul n’est certain de ne pas être, à un moment donné, la victime de cet exorbitant pouvoir discrétionnaire duquel elle est armée. Personne ne peut se dire : « Ma vie est droite et nette, ma conscience tranquille ; je n’ai rien à me reprocher ; par conséquent, je n’ai rien à craindre. Je suis sûr que mon domicile ne sera pas violé, qu’aucun mandat ne sera lancé contre moi, et que je coucherai ce soir dans mon lit. » Personne ne peut se dire cela : de trop nombreux exemples ont douloureusement démontré que l’innocence et la vertu sont d’insuffisantes défenses, d’illusoires garanties de sécurité, — la justice n’étant rien moins qu’infaillible… Il faut faire entrer du progrès et de la lumière dans Le temple de la Loi ; en éclairer des couloirs les plus obscurs, les réduits les plus ténébreux. Il faut instaurer chez nous l’habeas corpus anglais ; il faut donner à la liberté individuelle les garanties qui lui manquent ; il faut surtout briser entre les mains du juge la dernière arme qu’il ait gardée du vieil attirail de la torture : le secret de l’instruction.

(Louis de Gramont, L’Éclair)

Herbe

d’Hautel, 1808 : Mauvaise herbe croît toujours. Voy. Croître.
Je ne sais sur quelle herbe il a marché. Se dit d’une personne qui est de fort mauvaise humeur, sans qu’on lui en ait donné sujet.
Manger son blé en herbe. Dissiper sa fortune avant qu’elle soit bien établie.
Couper l’herbe sous le pied à quelqu’un. Pour dire aller sur ses brisées, le supplanter.
On y a employé toutes les herbes de la Saint-Jean. Pour dire qu’on a cherché toutes sortes de remèdes pour guérir un malade, ou toutes sortes de moyens pour réussir dans une affaire, sans qu’on y soit parvenu.

France, 1907 : Les locutions proverbiales sur l’herbe sont nombreuses sans compter l’herbe de la Saint-Jean. Voici les plus usitées : Qui éloigne du jardin poulets et poule mère a toujours des herbes pour la soupe ; qui éloigne de chez soi les gaspilleurs, les parasites et les indiscrets ne manque jamais du nécessaire. Mêler trop d’herbes au potage, parler ou s’occuper de trop de choses à la fois. S’en aller à la pointe de l’herbe, mourir au printemps ; se dit des poitrinaires qui meure quand l’herbe commence à pousser. Mauvaise herbe croit toujours, se dit par plaisanterie des enfants dont la croissance est rapide. Il a bien fait, il aura de l’herbe, louange ironique adressée à quelqu’un.

Ce poète Malherbe
Qu’on tient si parfait,
Il aura de l’herbe,
Car il a bien fait.

À chemin battu ni en un four chaud, il ne croit pas d’herbe ; il n’y a rien à gagner dans un commerce ou une affaire dont se mêlent trop de gens.
L’herbe qu’on connait, on la doit bien lier à son doigt, il ne faut pas changer les anciens serviteurs. Couper l’herbe sous le pied, devancer quelqu’un, lui prendre ce qu’il désirait, ce qu’il comptait avoir. Avoir marché sur une mauvaise herbe, être de mauvaise humeur. Manger son blé en herbe, entamer son patrimoine.
« L’herbe croit chez eux ; personne ne va les voir ; ils sont délaissés de tous. »

Horizontale

Fustier, 1889 : Femme galante. Il y a plusieurs sortes d’horizontales. D’abord l’horizontale de haute marque, celle dont certains journaux narrent les faits et gestes et qui fait partie du Tout-Paris où l’on s’amuse ; puis, l’horizontale de moyenne marque, moins haut cotée sur le turf de la galanterie ; enfin l’horizontale de petite marque qui n’a pas su réussir comme ses sœurs.
Le mot horizontale a été bien accueilli et s’est aujourd’hui répandu un peu partout. Il date de 1883 et fut mis à cette époque en circulation par M. Aurélien Scholl. Voici comment, d’après l’auteur même de Denise, les horizontales virent le jour.

Depuis longtemps le baron de Vaux (un rédacteur du Gil Blas) qualifiait du doux nom de tendresse les marchandes de sourire. Il disait « une tendresse » comme on dit un steamer, par abréviation.
Désireux de trouver une formule nouvelle, je cherchais un vocable qui pût détrôner la tendresse. Le Voyage autour de ma chambre, de X. de Maistre consacre un chapitre entier à la position horizontale. J’ai pris le mot de X. de Maistre pour l’appliquer à celles qui sont de son avis. L’horizontale fit fortune. Le baron de Vaux lui servit de parrain… Je n’en ai pas moins le droit de revendiquer ce mot dans l’intérêt des glossateurs…

Cette explication n’a pas été trouvée suffisante par certains étymologistes et d’aucuns veulent que ce mot horizontale soit une réminiscence de ce passage des Reisebilder où Henri Heine parle de la femme qui enseigne à Rauschenwasser la philosophie horizontale. Un abonné de La République française fait remonter jusqu’à Casanova l’emploi de ce mot horizontale dans l’acception spéciale qu’il a ici. Je trouve, en effet, dans le numéro du 10 mars 1887 de ce journal la note suivante : « On a discuté ces jours derniers la paternité du mot horizontale qui désigne les vieilles et jeunes personnes d’accès facile. On ne s’est pas avisé, au milieu de tous ces débats, de rechercher si le mot tant revendiqué n’appartient pas de prime-abord à l’un de nos grands amoureux. Celui-ci est Casanova qui parle deux fois des horizontales. V. à ce sujet l’édition italienne de Périno, à Rome. »

Les grandes dames, les cocodettes et celles que, dans leur langage extraordinaire, les mondains appellent les horizontales de la grande marque…

(Illustration, juin 1883)

D’horizontale est dérivé horizontalisme, désignant les usages, les habitudes, les mœurs des horizontales et aussi l’ensemble de ce monde spécial.

Le vrai monde ma foi, tout ce qu’il y a de plus pschutt… et aussi tout le haut horizontalisme…

(Figaro, juillet 1884)

La Rue, 1894 : Fille galante. V. Biche.

France, 1907 : Qualification inventée par Aurélien Scholl pour désigner les marchandes d’amour d’une certaine catégorie, celles qui vendent cher ce que d’autres plus humbles donnent pour presque rien.

Horizontale plaît aux gens de goût ; horizontale n’évoque des images gracieuses et séduisantes ; horizontale a du chic, de la ligne, et nous ouvre des horizons d’un parallélisme tout à fait aimable.
Mais en pareils sujets rien ne dure et les bons esprits ont toujours dû se torturer à l’extrême pour étiqueter, au gré de la mode, les ravissantes personnes qui veulent bien livrer ce qu’elles ont de plus cher à l’indiscrète volupté de contemporains.
Du plus loin qu’il me souvienne (je ne veux pas remonter au delà, histoire d’éviter de faire de l’histoire), celles que l’Académie qualifie de grenouilles, que Sarcey traite de Babyloniennes et que Bourget considère comme autant de dévoyées furent appelées cocottes.
La fortune de ce mot fut telle qu’il est encore employé dans certaines provinces de l’Ouest.
Belle-petite n’obtint qu’un succès de mésestime ; tendresse se fit apprécier pendant quelques mois seulement et mouquette passa.
De piquants sobriquets d’agenouillées et de pneumatiques avaient le tort d’être un jeu spéciaux.
Divers qualificatifs : momentanées, éphémères, impures, hétaires modernes, tours-de-lac, spongieuses, égarées, n’eurent qu’une notoriété éphémère.
Je ne signalerai que pour mémoire certaines définitions peu courtoises : filles du désert, porte-carres, monte-charge, déraillés, déraillés, paillassons, etc., etc. que, seuls, les gens sans éducation se permirent d’infliger à la courtisane parisienne.

(Maxime Boucheron, Écho de Paris, 1881)

Recherches et fouilles faites, je crois pouvoir affirmer que le mot n’est pas nouveau et que ce n’est, en somme, que du neuf retapé.
Je lis, en effet, dans la Petite Encyclopédie bouffonne, publiée par Passard en l’an de grâce 1853, le dialogue que voici :

Dans un boudoir de Bréda-Street, en attendant Mondor.
Ophélia, rêveuse. — La terre est ronde.
Héloise, idem. — C’est donc pour cela qu’il est si difficile de s’y tenir en équilibre ?
Ophélia. — Et d’y gagner sa vie autrement que penchée d’un côté ou d’un autre…
Héloise. — Le bureaucrate obliquement en avant…
Ophélia. — Le laquais de tilbury obliquement en arrière…
Héloise. — Le fantassin verticalement au port d’armes…
Ensemble. — Et nous ?…
— Serait-ce horizontalement ? fit observer Mondor en entrouvrant la porte…
 

On voit aux horizontales
Et même aux femmes comme il faut,
Des croupières monumentales…
Par ce temps-ci, ça doit t’nir chaud.

(Victor Meusy)

In medio stat imbecillitas

France, 1907 : Les imbéciles se tiennent dans les milieux. Locution latine qui contredit cette autre : In medio stat virtus, la vertu se tient dans un juste milieu ; autrement dit, la raison est éloignée des extrêmes.

Personnellement, je ne saurais trop approuver que l’on traite d’apothicaires les gens modérés, prudents, aimables d’ailleurs, qui n’osent se ruer ni à droite ni à gauche, — in medio stat imbecillitas — et mon amour de l’excessif, dans la beauté, jusqu’au sublime, dans la grandeur, jusqu’au colossal, dans l’amour, jusqu’à la passion, dans la grâce, jusqu’à l’afféterie, dans le comique, jusqu’a la farce, mon amour, bref, de l’excès en tout ne m’incline que fort peu à m’enchanter d’un ouvrage si dépourvu de toute espèce d’exubérance, si continent, si discret, où rien ne choque !

(Catulle Mendès)

Incartade

d’Hautel, 1808 : Incartade, insulte commise par indiscrétion, par étourderie ou excès de familiarité.
Le peuple dit écartade.

Jaboteur

d’Hautel, 1808 : Babillard, parleur éternel. Terme de mépris qui se dit d’un homme léger et indiscret qui divulgue les choses les plus importantes.

Delvau, 1866 : s. m. Bavard.

France, 1907 : Bavard ; merle.

Jacasse

d’Hautel, 1808 : Une Marie jacasse. Petite fille très-babillarde, qui fait l’entendue dans tout ; une commère.

Delvau, 1866 : s. f. Femme bavarde. Se dit aussi d’un Homme bavard ou indiscret.

France, 1907 : Bavard, bavarde.

Jacasseur

Delvau, 1866 : s. m. Bavard, indiscret.

France, 1907 : Bavard.

Jaser

Halbert, 1849 : Prier.

Delvau, 1866 : v. n. Parler indiscrètement, de manière à compromettre des tiers ou soi-même, — dans l’argot du peuple.

Delvau, 1866 : v. n. Prier.

France, 1907 : Prier.

Javotte

d’Hautel, 1808 : Surnom railleur et de mépris, que l’on donne à un homme tatillon et d’une grande loquacité ; à une commère, une tailleuse de bavettes.

Delvau, 1866 : s. f. Homme bavard, indiscret, — dans l’argot du peuple.

France, 1907 : Bavard, indiscret, chipotier. « Quelle javotte que cet Édouard ! »

France, 1907 : Nom que l’on donne à la gardeuse de véhicules des environs des Halles. Le fort qui apporte sur sa tête une manne pleine de légumes l’interpelle ainsi : Ohé ! Javotte ! La gardeuse arrive aussitôt et fait placer la marchandise dans la voiture du client.

Langue

d’Hautel, 1808 : C’est une belle chose que la langue. Se dit par mépris en parlant d’un fanfaron, d’un pédant qui, à dessein de rabaisser les autres, se vante de faire ce dont il n’est pas capable.
S’il en avoit autant sur le bout de la langue, il ne parleroit si à son aise. Voy. Bout.
Marie quatre langues. Sobriquet offensant que l’on donne à une commère, à une femme qui s’occupe sans cesse de divulguer les secrets des autres.
Il n’a pas sa langue dans sa poche. Se dit d’un homme loquace et babillard, qui manie bien l’instrument de la parole.
Une méchante langue, une langue de vipère. Celui qui dit du mal de tout le monde.
Tirer la langue d’un pied de long. Être dans la nécessité, dans l’extrême besoin.
Avoir la langue longue. Ne pouvoir garder un secret.
Mince comme la langue d’un chat. Se dit par mépris d’une chose de peu de valeur.
Il n’aura jamais assez de langue pour le restant de ses jours. Se dit d’un parleur éternel, qui babille à tort et à travers.
Avoir la langue grasse. Au figuré, tenir des propos obscènes.
Avoir la langue bien pendue. S’exprimer avec précision et facilité.
Il lui a donné du plat de la langue. Pour, il l’a enjôlé par ses beaux discours.
La langue lui a fourché. Pour, il a dit quelque chose contre son intention.
Qui langue a, à Rome va. Signifie qu’avec le don de la parole, on peut se frayer les chemins les plus difficiles.
Il a la langue bien affilée. Se dit d’un diseur de riens, d’un homme fort indiscret.
Un coup de langue est pire qu’un coup de lance. L’un est du moins souvent aussi dangereux que l’autre.
Voilà une langue qui n’a jamais menti. Plaisanterie usitée lorsqu’on sert sur table la langue de quelqu’animal.

Lettres de Jérusalem

Vidocq, 1837 : Les évènemens de notre première révolution ont donné naissance aux Lettres de Jérusalem ainsi qu’aux Vols à la Graisse et à plusieurs autres. De la fin de 1789 à l’an VI de la république, des sommes très-considérables, résultats de Lettres de Jérusalem, sont entrées dans les diverses prisons du département de la Seine, et notamment à Bicêtre. En l’an VI, il arriva dans cette dernière prison, et dans l’espace de deux mois, plus de 15,000 francs.
Voici quelle était la manière de procéder des prisonniers qui voulaient faire un arcat, c’est-à-dire escroquer de l’argent à une personne au moyen d’une Lettre de Jérusalem. Ils se procuraient les adresses de plusieurs habitans des départemens, et, autant que possible, ils choisissaient ceux qui regrettaient l’ancien ordre de choses, et qu’ils croyaient susceptibles de se laisser séduire par l’espoir de faire une opération avantageuse ; on adressait à ces personnes une lettre à-peu-près semblable à celle-ci.

Monsieur,
Poursuivi par les révolutionnaires, M. le vicomte de ***, M. le comte de ***, M. le marquis de ***, (on avait le soin de choisir le nom d’une personne connue et récemment proscrite), au service duquel j’étais en qualité de valet de chambre, prit le parti de se dérober par la fuite à la rage de ses ennemis ; nous nous sauvâmes, mais suivis pour ainsi dire à la piste, nous allions être arrêtés lorsque nous arrivâmes à peu de distance de votre ville ; nous fûmes forcés d’abandonner notre voiture, nos malles, enfin tout notre bagage ; nous pûmes cependant sauver un petit coffre contenant les bijoux de Madame, et 30 000 fr. en or ; mais, dans la crainte d’être arrêtés nantis de ces objets, nous nous rendîmes dans un lieu écarté et non loin de celui où nous avions été forcés de nous arrêter ; après en avoir levé le plan, nous enfouîmes notre trésor, puis ensuite nous nous déguisâmes, nous entrâmes dans votre ville et allâmes loger à l’hôtel de ***. Nous nous informâmes en soupant d’une personnes à laquelle on pût, au besoin, confier des sommes un peu fortes ; nous voulions charger cette personne de déterrer notre argent, et de nous l’envoyer par petites parties au fur et à mesure de nos besoins, mais la destinée en ordonna autrement. Vous connaissez sans doute les circonstances qui accompagnèrent l’arrestation de mon vertueux maître, ainsi que sa triste fin. Plus heureux que lui, il me fut possible de gagner l’Allemagne, mais bientôt assailli par la plus affreuse misère, je me déterminai à rentrer en France. Je fus arrêté et conduit à Paris ; trouvé nanti d’un faux passeport, je fus condamné à la peine des fers, et maintenant, à la suite d’une longue et cruelle maladie, je suis à l’infirmerie de Bicêtre. J’avais eu, avant de rentrer en France, la précaution de cacher le plan en question dans la doublure d’une malle qui, heureusement, est encore en ma possession. Dans la position cruelle où je me trouve, je crois pouvoir, sans mériter le moindre blâme, me servir d’une partie de la somme enfouie près de votre ville. Parmi plusieurs noms que nous avions recueillis, mon maître et moi, à l’hôtel, je choisis le vôtre. Je n’ai pas l’honneur de vous connaître personnellement, mais la réputation de probité et de bonté dont vous jouissez dans votre ville, m’est un sûr garant que vous voudrez bien vous acquitter de la mission dont je désire vous charger, et que vous vous montrerez digne de la confiance d’un pauvre prisonnier qui n’espère qu’en Dieu et en vous.
Veuillez, Monsieur, me faire savoir si vous acceptez ma proposition. Si j’étais assez heureux pour qu’elle vous convint, je trouverais les moyens de vous faire parvenir le plan, de sorte qu’il ne vous resterait plus qu’a déterrer la cassette ; vous garderiez le contenu entre vos mains ; seulement vous me feriez tenir ce qui me serait nécessaire pour alléger ma malheureuse position.
Je suis, etc.
P. S. Il n’est pas nécessaire de vous dire qu’une affaire semblable à celle que je vous propose doit être faite avec la plus grande discrétion ; ainsi, dans votre réponse, qui devra passer par le greffe de la prison avant de m’être remise, bornez-vous, seulement à me répondre, oui, ou non.

Toutes les Lettres de Jérusalem étaient calquées sur le même modèle, et tous les jours il en sortait, des prisons de la Seine, une très-grande quantité ; sur dix, sur vingt même, une tombait entre les mains d’un individu qui, par bonté d’ame, ou dans l’espoir de s’approprier tout ou partie du trésor, voulait bien se charger de la commission, et qui répondait au prisonnier. (C’est ici le lieu de faire remarquer que ce n’était jamais à celui qui avait monté l’arcat que la réponse était adressée ; un autre prisonnier était chargé de figurer, c’est-à-dire, de représenter, au besoin, le domestique infortuné du comte ou du marquis.)
Lorsque la réponse du Pantre était parvenue à l’Arcasineur, il s’empressait de lui écrire qu’il bénissait le ciel qui avait bien voulu permettre que la première personne à laquelle il s’était adressé, fût assez bonne pour compâtir à ses peines ; il était prêt, disait-il, à lui envoyer le plan qui devait le guider dans ses recherches ; mais pour le moment cela lui était impossible, attendu que, pour subvenir à ses premiers besoins, il avait été forcé de mettre sa malle, et tout ce qu’elle contenait, entre les mains d’un infirmier, en garantie d’une somme de… (la somme était toujours en rapport avec la fortune présumée de l’individu auquel on s’adressait.) Mais pourtant, ajoutait en terminant l’Arcasineur, si vous voulez avoir l’extrême complaisance de m’envoyer la somme due par moi à l’infirmier, je vous enverrai de suite le plan, et toutes les indications qui vous seraient nécessaires. La cupidité exerce un tel empire sur la plupart des hommes, que, presque toujours, le prisonnier recevait la somme qu’il avait demandée ; il arrivait même que, par excès de complaisance ou de précaution, le Sinve l’apportait lui-même, ce qui ne l’empêchait pas de subir le sort du commun des martyrs.
Les Lettres de Jérusalem ne sont pas mortes avec les circonstances qui les avaient fait naître ; tous les jours encore, des arcats sont montés dans les prisons, et l’audace des Arcasineurs est si grande, qu’ils ne craignent pas de s’adresser à des individus qui doivent, par le fait seul de leurs relations antérieures, connaître leurs us et coutumes ; cela est si vrai, qu’un Arcasineur m’adressa, il y a peu de temps, la lettre suivante :

Toulon, le 14 novembre 1835.

Monsieur,
J’ai fait du bien ; qu’il est doux, ce mot ! Ce mot renferme des pages entières, des volumes même. Un bienfait n’est jamais perdu. Quoi ! le bienfaiteur désintéressé a-t-il besoin de récompense ? Non ! Il est trop payé, s’il est humain et généreux, par cette satisfaction qui énivre les ames sensibles après un bienfait.
Telle j’étais, Monsieur, à votre égard, lors de votre évasion de Toulon, et votre nom m’eût été toujours inconnu, sans mon petit-fils, dans les mains duquel se trouvait votre biographie en me faisant le récit de cette aventure, me mit à même de connaître le nom de l’individu auquel je m’étais intéressée. Il me restait cependant le doute que vous ne fussiez tel que je le souhaitais, ce qui aurait pu attirer sur moi la divine réprobation et l’exécration des hommes. Mais l’aveugle confiance que vous eûtes en moi en était un sûr garant ; et je me disais : le coupable endurci n’aime que la nuit, le grand jour l’épouvante. Enfin le ciel même parut me l’attester, quand il vint lui-même à votre secours, et vous offrit, par le moyen de l’enterrement, la voie de salut que vous me demandâtes, et que, par un excès d’humanité, je vous promis. Pourquoi donc, Monsieur, après votre aveu et votre prière : Sauvez-moi, ame sensible, Dieu vous on tiendra bon compte, ne continuâtes-vous pas à me dire : Vous sauvez un malheureux qui n’a pas trempé dans le crime dont il a été accusé, et qui l’a plongé dans l’abîme dont il est si difficile, mais non impossible de se relever ! Cette déclaration aurait redoublé en moi l’intérêt qui me portait à vous aider, et aurait laissé en moi cette sécurité, et cette satisfaction que l’on éprouve à la suite d’un bienfait qui est ignoré de tout le monde. Mais, hélas ! comme les temps sont changés, depuis lors, pour nous ! Vous, en butte alors à la plus cruelle destinée, manquant de tout, obligé à fuir la société des hommes, et moi qui menais une vie paisible, quoique veuve d’un maître marin mort au service du roi Louis XVI, par le moyen d’un modique commerce, et une conscience pure, qui me mettait, ainsi que mes deux demoiselles en bas âge, à l’abri des premiers besoins.
Depuis que cette faible ressource m’a manqué, n’en ayant pas d’autres, je n’ai fait que languir.
Atteinte une des premières par le choléra je croyais toucher à la fin de mes maux, mais le ciel en a disposé autrement. La volonté de Dieu soit faite. Dieu a voulu m’épargner en prolongeant mon existence ; Dieu y pourvoira.
Je souhaite, Monsieur, que Dieu continue à prospérer vos affaires, et que vous soyez toujours le soutien des malheureux.
Agréez, Monsieur, les sentimens de ma considération, avec lesquels je suis,

Votre dévouée servante,
Geneviève Peyron, Ve Diaque.
Rue du Pradel, 19.

Voici en quels termes je répondis à cette lettre ; car, quoique bien convaincu qu’elle n’émanait pas de la personne qui m’avait rendu l’important service de favoriser mon évasion, mais bien de quelque Arcasineur pensionnaire du bagne de Toulon, qui avait appris la circonstance qu’il me rappelait, par mes Mémoires, je ne voulais pas, si contre toute attente mes prévisions étaient fausses, m’exposer à manquer de reconnaissance.
« Je serais mille fois heureux, Madame, si le hasard me faisait retrouver la femme qui m’a si généreusement aidé, à Toulon, lors de mon évasion ; je suis tout prêt à reconnaître, comme je le dois, ce qu’elle a fait pour moi, mais je ne veux point m’exposer à être dupe.
Ce que vous me dites, Madame, me prouve jusqu’à l’évidence que vous n’êtes pas la femme généreuse qui me procura les moyens de sortir de la ville de Toulon, et que vous ne connaissez cette circonstance de ma vie que par la lecture de mes Mémoires. Au reste, si vous êtes réellement la personne en question, vous pouvez aisément m’en donner la preuve, en me rappelant un incident qui m’arriva lorsque j’étais chez vous ; incident que la mémoire la moins locale ne peut avoir oublié ; si vous pouvez faire ce que je vous demande, je suis prêt à vous envoyer 500 fr., et même plus, etc., etc. »
L’Arcasineur ne se tint pas pour battu, et il me répondit en ces termes :

Toulon, le 30 novembre 1815.

Monsieur,
Il sied à la bienséance de répondre à une honnête missive, mais il n’est pas permis d’humilier les personnes.
Née dans une classe médiocre, appartenant à des parens dont l’honneur et la probité ont été les idoles, j’ai su répondre à leur attente, et me mériter, par une conduite toujours exempte de blâme, l’estime publique. Quoique illettrée, la nature m’a douée de ce tact qui tient lieu d’éducation soignée, et qui nous met à même de juger du procédé d’une personne. Mon petit-fils, né dans un siècle plus heureux que le mien, quant à l’instruction, a été choisi par moi pour être l’organe de mes pensées, et l’interprète de mes sentimens.
Oui, monsieur, je l’avouerai sans réserve, la tournure de votre lettre, et vos phrases ont tellement blessé mon amour-propre, que j’en ai été indignée. Vous eussiez beaucoup mieux fait de ne pas répondre que de m’offenser, et réserver votre manière de rédiger pour des ames basses et vénales. Cependant, un seul de vos paragraphes a mérité toute mon attention, et m’a paru être le plus fondé : c’est la crainte d’être trompé. J’ai apprécié vos doutes, et je les ai même admis. Mais, d’ailleurs, m’examinant attentivement, comment admettre en moi de pareilles idées, et supposer en moi un subterfuge, m’écriai-je au fond de l’ame, m’attachant à la ligne au contenu de ma lettre ! Demandait-elle une reconnaissance pécuniaire ? Contenait-elle un emprunt ? Exigeait-elle un sacrifice ? Non ! rien de tout cela. Elle ne contenait que l’épanchement sincère d’une ame sensible en apprenant l’heureux changement de votre sort ; et si la comparaison de nos destinées en différentes époques a été interprétée pour une demande quelconque, je la repousse de toutes mes forces, et hautement je m’écrie : mieux vaut mourir que s’humilier.
Quant à la preuve convaincante que vous me demandez, afin de reconnaître si je suis la personne en question, je répugnerais à la donner, précisément parce qu’elle a pour but la proposition d’une somme, si ce n’était une satisfaction personnelle. Je vous observerai donc que, soit vous, soit un autre individu auquel soit arrivé un pareil accident, vous ne fûtes jamais chez moi, n’ayant pu faire, sans me compromettre ; que le court entretien dans lequel je vous fis espérer les moyens de sortir, eut lieu publiquement, et que la circonstance et l’incident dont vous me parlez, me sont aussi inconnus que le Phénix. Et qu’enfin, n’ayant jamais joué, pendant ma vie, quoique orageuse, que des rôles honorables, je ne commencerai pas à l’hiver de mon âge à démentir mes sentimens.
J’ai l’honneur d’être,
Monsieur

Votre servante,
Genièvre Peyron, Ve Diaque.

Je ne voulus point prendre la peine de répondre à cette seconde missive. J’engage toutes les personnes qui en recevraient de semblables à suivre mon exemple.

Lièvre

d’Hautel, 1808 : Il ne faut pas courir deux lièvres à-la-fois. C’est-à-dire, traiter deux affaires en même temps.
Vouloir prendre un lièvre du son du tambour. Vouloir exécuter une entreprise avec éclat, lorsque la discrétion pouvoit seule la faire réussir.
Prendre le lièvre au collet. Saisir l’occasion dès qu’elle se présente.
Le lièvre revient toujours à son gîte. Pour dire qu’on finira par prendre un homme que l’on poursuit, dans les lieux même où il avoit habitude de se fixer.

Lionne

Larchey, 1865 : « C’étaient de petits êtres féminins, richement mariés, coquets, jolis, qui maniaient parfaitement le pistolet et la cravache, montaient à cheval comme des lanciers, prisaient fort la cigarette, et ne dédaignaient pas le champagne frappé. »

(F. Deriège)

Delvau, 1866 : s. f. Femme à la mode — il y a trente ans. C’était « un petit être coquet, joli, qui maniait parfaitement le pistolet et la cravache, montait à cheval comme un lancier, prisait fort la cigarette et ne dédaignait point le Champagne frappé. » Aujourd’hui, mariée ou non, grande dame ou petite dame, la lionne se confond souvent avec celle qu’on appelle drôlesse.

France, 1907 : Femme, fille, sœur où maîtresse du lion. « C’étaient, dit Deriège, cité par Lorédan Larchey, de petits êtres féminins, richement mariés, coquets, jolis, qui maniaient parfaitement le pistolet et la cravache, montaient à cheval, prisaient la cigarette. » Si le type n’est pas complètement disparu, le mot est dors d’usage.

Lancée par l’hymen dans une carrière brillante, elle fut bientôt citée parmi les divinités de la mode parisienne, et aujourd’hui elle figure avec avantage dans cette élite de merveilleuses que l’on rencontre à toutes les solennités élégantes ; infatigables amazones, dédaignant les paisibles récréations de leur sexe et abdiquant le doux empire des grâces discrètes pour suivre nos dandys à la course et se mêler aux grandes et aux petites manœuvres du Jockey-Club ; reines du monde cavalier, que l’on a surnommées les Lionnes, pour rendre hommage à la force, à l’intrépidité et à l’inépuisable ardeur dont elles donnent chaque jour tant de preuves.

(Eugène Guinot)

Locati

France, 1907 : Voiture de louage.

Les respectables familles dont le landau austère croise, aux Acacias, le locati discret du lutteur à la boutonnière leurs ne se doutent pas, dans la sécurité de leur optimisme appuyé sur quarante mille livres de rentes, des prodiges d’invention, des dépenses de génie faites par ces jeunes hommes pour la gloire de paraître. Tandis que l’équipage débonnaire qui porte M. Perrichon et sa fortune poursuit son train-train paisible, au trot mesuré de chevaux auxquels la dignité de leur allure confère déjà une sorte de solennité bourgeoise, le subtil locati glisse au milieu des voitures, menant aux hasards de la chasse, à travers ce marché de l’Amour et de l’Argent, le viveur d’appétit violent et de bourse plate qui quête un salut, un sourire ou une affaire.

(Francis Chevassu)

Périclès avait bien été accusé, dans le temps, d’avoir un peu filouté les deniers de l’État ; mais au moins il pouvait montrer Aspasie se rendant au temple plein des statues de Phidias, dans un char d’argent. Nos Périclès sont également suspects d’avoir triché dans les comptes du budget ; mais ils vont au Bois dans des locatis. Ils aiment l’argent pour l’argent, ce qui est la dernière des hontes pour un civilisé.

(Colombine)

Lorgner

d’Hautel, 1808 : Regarder quelqu’un du coin de l’œil ; lancer des regards indiscrets sur quelqu’un.
Lorgner une femme. La regarder avec recherche ; en devenir amoureux.

France, 1907 : Regarder.

Pendant tout le souper, parlant de chose et d’autre,
Notre vieille sans-dent lorgnoit le bon apôtre,
Qui, loin de lui vouloir donner le moindre espoir,
Ne faisoit pas semblant de s’en apercevoir ;
Sa jeunesse, son air et sa gentille face
Commençoient d’échauffer cette vieille carcasse ;
Toujours tomboit sur lui quelqu’amoureux regard.

(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)

Lorgneux

d’Hautel, 1808 : Pour lorgneur. Nom que l’on donne à un homme qui regarde avec curiosité ; à un indiscret qui cherche à connoître ce qui ne le concerne pas.

Lynx

d’Hautel, 1808 : Avoir des yeux de Lynx. Avoir une vue perçante et indiscrète ; voir tout ce qui se passe ; appercevoir de fort loin.

Magasin de blanc ou de fesses

France, 1907 : Maison de prostitution.

La belle Victoire, après une vie de bâtons de chaise, ayant hérité d’une vieille tante dévote, se mit à tenir un magasin de fesses dans un quartier discret fréquenté par de pieux personnages.

(Les Propos du Commandeur)

Magnoter

d’Hautel, 1808 : Pour dire, manier souvent quelque chose ; caresser quelqu’un ; le flatter, le cajoler avec les mains, et quelquefois avec indiscrétion.

Manque (à la)

Vidocq, 1837 : adv. — À gauche.

Delvau, 1866 : adv. À gauche, — dans l’argot des faubouriens. Signifie aussi Endommagé et Malade.

Rigaud, 1881 : À gauche. Mauvais, laid, défectueux. Indiscret. Incertain. Avoir à la manque, ne pas avoir.

Rigaud, 1881 : Absent, sorti ! — dans le jargon des ouvriers. — Être à la manque, être absent. — Ne pas être franc ; trahir.

La Rue, 1894 : Mauvais, laid, défectueux. — Tronche à la manque, mauvaise mine, physionomie qui ne dénote rien de bon, — dans le jargon des voleurs, pour qui tous les agents de la police ont des tronches à la manque.

France, 1907 : À gauche. Qui n’est pas dans le vrai sens ; de l’italien alla manca.

Les gardes-chiourmes sont au nombre de deux. De l’un, rien à dire : c’est un sac à mistoufles, aussi rossard que ses pareils. Quant à l’autre, il n’est pas banal : c’est un collecto qui a été candidat au conseil cipal et a accouché d’un caneton.
Il est frais le socialo à la manque !
Mon de Dieu, s’il amène jamais un prolo de son bagne à penser comme lui, je veux bien qu’on me la coupe. Et ça se comprend. On ne juge pas les hommes d’après ce qu’ils pensent, mais bien d’après ce qu’ils font.
Or, comme le birbe ne fait rien de chouette, y a pas de danger que ses esclaves soient attirés vers lui.

(Le Père Peinard)

Affaire à la manque, mauvaise affaire. Gonse à la manque, individu sur lequel on ne peut compter. Fafiots à la manque, faux billets de banque. Balle à la manque, visage de borgne.

Maquereau

d’Hautel, 1808 : Libertin, homme pervers, qui fait l’infâme métier de prostitution.

Delvau, 1864 : Défenseur de beautés faciles qui le payent ; entremetteur.

Le roi fit choix du conseiller Bonneau,
Confident sûr et très bon Tourangeau.
Il eut l’emploi, qui certes n’est pas mince,
Et qu’à la cour où tout se peint en beau,
Nous appelons être l’ami du prince ;
Mais qu’à la ville, et surtout en province,
Les gens grossiers ont nommé maquereau.

(Voltaire, La Pucelle)

Delvau, 1866 : s. m. Souteneur de filles, ou plutôt Soutenu de filles, — dans l’argot du peuple.
II est regrettable que Francisque Michel n’ait pas cru devoir éclairer de ses lumières philologiques les ténèbres opaques de ce mot, aussi intéressant que tant d’autres auxquels il a consacré des pages entières de commentaires. Pour un homme de son érudition, l’étymologie eût été facile à trouver sans doute, et les ignorants comme moi n’en seraient pas réduits à la conjecturer. Il y a longtemps qu’on emploie cette expression ; les documents littéraires dans lesquels on la rencontre sont nombreux et anciens déjà ; mais quel auteur, prosateur ou poète, l’a employée le premier et pourquoi l’a-t-il employée ? Est-ce une corruption du mæchus d’Horace (« homme qui vit avec les courtisanes, » mœcha, fille) ? Est-ce le μακρός grec, conservé en français avec sa prononciation originelle et son sens natif (grand, fort) par quelque helléniste en bonne humeur ? Est-ce une contraction anagrammatisée ou une métathèse du vieux français marcou (matou, mâle) ? Est-ce enfin purement et simplement une allusion aux habitudes qu’ont eues de tout temps les souteneurs de filles de se réunir par bandes dans des cabarets ad hoc, par exemple les tapis-francs de la Cité et d’ailleurs, comme les maquereaux par troupes, par bancs dans les mers du Nord ? Je l’ignore, — et c’est précisément pour cela que je voudrais le savoir ; aussi attendrai-je avec impatience et ouvrirai-je avec curiosité la prochaine édition des Études de philologie de Francisque Michel.
Au XVIIIe siècle, on disait Croc de billard, et tout simplement Croc, — par aphérèse.

Virmaître, 1894 : Les uns croient que ce mot vient de l’hébreu machar, qui signifie vendre, parce que c’est le métier de ces sortes de gens de vendre les faveurs des filles. D’autres font dériver cette expression d’aquarius ou d’aquariolas, parce que chez les Romains les porteurs d’eau étaient les intermédiaires de la prostitution, d’où nous avons fait, en ajoutant la lettre M, Maquariolus. et que de là s’est formé le nom de maquereau. D’autres encore affirment que ce mot vient du latin macalarellus, parce que dans les anciennes comédies, à Rome, les proxénètes de la débauche portaient des habits bizarres, et ils étayent leur opinion sur ce que ce nom n’a été donné à l’un de nos poissons de mer que parce qu’il est mélangé de plusieurs couleurs dans le dos (Dessessart, Dictionnaire de police, Bulenger opuscul.) Quoi qu’il en soit, la signification du mot maquereau est de vivre aux dépens de quelqu’un, mais l’expression s’applique plus généralement à ceux qui vivent de la prostitution des femmes. Souteneur, qui vit des filles publiques, ou mari qui laisse sa femme se prostituer, lequel est un maquereau légitime (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Celui qui vit aux dépens des autres.

Hayard, 1907 : Souteneur.

France, 1907 : Individu qui vit d’une femme ou de la prostitution d’une ou de plusieurs femmes. Nous disons sans ambages que l’homme sans le sou qui épouse une femme riche, quelle qu’elle soit, est un maquereau.
L’étymologie de ce mot est assez douteuse. D’après les uns, il viendrait de l’hébreu machar, vendre, le maquereau vendant ou trafiquant des faveurs des filles ; d’après d’autres, dit Ch. Virmaître, cette expression viendrait d’aquarius ou d’aquariolus, parce que chez les Romains les porteurs d’eau étaient les intermédiaires de la prostitution, d’où nous avons fait, en ajoutant la lettre M, maquariolus, d’où l’abréviation maquereau.
Dessessart, dans son Dictionnaire de polices, et Bulenger affirment que ce mot vient du latin macalarellus, bariolé, parce que, dans les anciennes comédies, les proxénètes portaient des vêtements bizarres, et que, d’après eux, le nom de maquereau a été donné au poisson de mer bien connu, parce qu’il est mélangé, bigarré de plusieurs couleurs sur le dos.

Venez tous, vrais maquereaux
De tous estats, vieux et nouveaux.

(François Villon)

On dit qu’une reine de Crète,
Dont Dédale fut macquereau,
D’une passion indiscrète
Brûla jadis pour un taureau,
Je le crois, certes, puisque Jeanne
Soupire aujourd’hui pour un âne.

(Le sieur Ménard)

On a chanté dans le monde des marlous. Souteneurs à rouflaquettes, soutenus en gris perle ont été de la fête. Ils ont dansé en l’honneur de leur patron ; l’absinthe a eu sur les zincs des éclats d’émeraude, le champagne aurait pu perler dans les coupes de Bohême des grandes prostituées et sur les tables de quelques nobles dames. Depuis toujours il y a eu des poissons dans tous les mondes, des poissons à dos vert et à ventre blanc. Oh ! marlous pour marlous, c’est encore des alphonses. Qu’on l’avoue ou qu’on s’en cache, que ce soit à la Villette, que ce soit à l’Étoile, le rôle est le même si le décor change ; la honte est égale pour le rastaquouère et pour le maquereau.

(Fin de Siècle)

Pour en finir avec ce mot, citons un passage tiré d’un curieux livre, Noel Borguignon, de Gui Barozai, pseudonyme de Bernard de La Monnoye, imprimé à Dijon en 1720 : « Maquereau, injure qu’on apprend aux oiseaux qui parlent ; sur quoi certain curé disait un jour dans son prône qu’il vaudroit bien mieus leur apprendre de bons oremus. On trouve dans Villebardouin qu’en 1200 un des ambassadeurs de Baudouin, comte de Flandre et de Hainaut pour la guerre sainte, avoit nom Alard Maqueriaus. M. Huet qui a trouvé que Paillard, nom de famille, étoit originairement un nom propre corrompu de Paul, dont on avoit d’abord fait Paulard, ensuite Pauliard et enfin Paillard, n’hésiterait pas à dire que maqueriaus étoit de même originairement un nom propre corrompu de Macaire, dont on avoit fait le diminutif macaireau, prononcé depuis maqueriaus » — ajoutons maquereau.

Mère

d’Hautel, 1808 : La mère. Terme familier et d’amitié, dont on se sert en parlant à une femme âgée et de basse condition.
C’est le ventre de ma mère, je n’y retourne plus. Se dit lorsqu’on s’est tiré d’une affaire où l’on s’étoit imprudemment engagé ; d’un lieu où l’on a couru quelque danger, et où l’on ne veut plus retourner.
Sa mère n’en fait plus. Se dit par raillerie d’un homme qui prend des soins affectés et minutieux de sa personne.
Il veut apprendre à sa mère à faire des enfans. Signifie il veut apprendre à qui en sait plus que lui.
Des contes de la mère l’Oye. Pour dire des contes en l’air, des contes de vieille.
On l’a renvoyée chez sa grand’mère. Se dit d’une personne qui fait une demande indiscrète et que l’on envoie promener.

France, 1907 : Dépôt acide d’un tonneau de vinaigre que l’on emploie dans les ménages, par l’addition répétée du vin pour entretenir la provision acidulée. On appelle aussi de ce nom toute substance propre à provoquer la fermentation.

Mettre

d’Hautel, 1808 : Mettre les petits plats dans les grands. Se dit pour exprimer l’empressement que l’on met à recevoir quelqu’un.
Mets ça dans ta poche. Locution ironique qui se dit à quelqu’un qui s’est attiré des paroles pi quantes ou quelque mauvais traitement.
Mettre la charrue devant les bœufs. V. Bœuf.
Mettre son nez partout. Se mêler mal-à-propos, et par indiscrétion, de ce qui ne vous concerne pas, comme font ordinairement les curieux et les indiscrets.
Mettre le cœur au ventre, ou le feu sous le ventre. Voyez Feu.
Se mettre sur la friperie de quelqu’un. Signifie se mettre sur le compte de quelqu’un ; le maltraiter en actions et en paroles.
Se mettre sur son propre. S’endimancher, s’approprier.
Il a mis le doigt dessus. Pour, il a deviné juste.
Mettre tout en capilotade. N’épargner personne dans ses médisances, dans ses bavardages ; mettre tout en pièces.
Se mettre sur son quant à moi. Faire entendre par des paroles vaniteuses qu’on est au-dessus des gens qui vous entourent.
Se mettre en quatre pour quelqu’un. Lui rendre des services importans ; faire tout au monde pour l’obliger.
Mettre le pied clans la vigne du Seigneur. Pour, boire à excès, s’enivrer.
Mettre quelqu’un ou quelque chose au rang des oublis. Pour, perdre absolument le souvenir d’une promesse que l’on a faite à quelqu’un ; oublier totalement ce dont on s’étoit chargé.
Il ressemble aux chaudronniers, il met la pièce à côté du trou. Se dit de quelqu’un qui applique un remède à côté du mal, qui se méprend sur l’emploi de quelque chose.
Se mettre à la gueule du loup. Courir un grand danger, en voulant en éviter un petit ; se fier à un fourbe, à un hypocrite.
Mettre la main à la pâte. Mettre la main à l’œuvre ; se mêler des plus petits détails d’un ouvrage.
Mettre en presse. Emprunter, mettre en gage.
Mettre à quia. Pousser à bout, mettre à l’extrémité, réduire une personne à ne savoir que devenir.
Mettre in pace. Mettre en terre, inhumer ; emprisonner, enfermer.
Mettre les voiles au vent. Pour dire, se décharger le ventre ; faire ses besoins naturels.
Mettre quelqu’un en jeu. Le citer, le mêler sans son aveu dans une affaire.
Mettre les pieds dans tous les souliers. Essayer de tout ; se mêler dans toutes les affaires.

Mille-langues

Delvau, 1866 : s. m. Personne bavarde, indiscrète, — dans l’argot du peuple.

France, 1907 : Bavard.

Mirmidon

d’Hautel, 1808 : Un mirmidon. Terme de mépris ; nain, bamboche ; homme étourdi, indiscret, in considéré.

Mort (faire le)

Larchey, 1865 : Jouer le whist à trois personnes, en découvrant le jeu d’un quatrième partenaire imaginaire.

Mais nous ne sommes que trois ! — je ferai le mort.

(Achard)

France, 1907 : Se taire, observer la plus grande discrétion…

Imiter de Conrart le silence prudent.

Un seul article parut, et il était si parfaitement insignifiant qu’il passa inaperçu et qu’on ne soupçonna point que son auteur était une victime célèbre. Le préfet fut averti cependant, et ce qui était bien superflu, il crut devoir user de rigueur pour interdire cette collaboration. Mme Lafarge a raconté, avec son habituelle phraséologie, cette scène où le fonctionnaire, découragé devant cette fureur sans cesse renaissante d’écriture, essaya de la convaincre que ce qu’il y avait de mieux à faire pour elle était de faire la morte. Il fut bien reçu ! Une fois de plus il s’en alla, exaspéré par les imprécations qui accueillirent ses remontrances.

(Paul Ginisty)

Mouchard, mouche

Larchey, 1865 : Espion de police. — On connaît l’indiscrétion des mouches ; elles se fourrent partout. — Dans une brochure de circonstance qui parut en 1625 (le Marchand arrivé sur les affaires du temps), on enjoint aux cabaretiers de frauder les droits de perception en ayant du vin chez leur voisin et n’allant le chercher que la nuit

pour n’estre pas veuz des mouches de ce païs icy qui valent pire que des guespes d’Orléans.

Dans ses Politiques, Vincent Cabot (Toulouse, 1636) traite, en son chapitre II,

Des mouschards et escouteurs desquels les princes et les républiques se servent pour sçavoir les nouveautés et les entreprises.

Hayard, 1907 : Policier.

Moucharde

Ansiaume, 1821 : La lune.

Quand la moucharde sera dans les empaches.

Vidocq, 1837 : s. f. — Lune.

Clémens, 1840 : Lune.

Larchey, 1865 : Lune. V. Cafarde.

Mais bientôt la patraque au clair de la moucharde nous reluque de loin.

(Vidocq)

Delvau, 1866 : s. f. La lune, qui, de ses gros yeux ronds, a l’air d’assister au détroussement ou au meurtre d’un homme sur une route.

Rigaud, 1881 : Lune, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : La lune.

Virmaître, 1894 : La lune. Elle se montre souvent fort mal à propos pour déranger messieurs les voleurs dans leurs expéditions nocturnes (Argot des voleurs). N.

Rossignol, 1901 : La lune.

France, 1907 : Espionne, rapporteuse. Dans la police, les femmes sont de précieuses auxiliaires, car elles ont des moyens de s’insinuer qui les rendent, sous ce rapport, bien supérieures aux hommes. Plus fines, plus persévérantes, inspirant moins de défiance ; elles peuvent s’introduire sans inspirer de soupçons là où la présence d’un homme serait immédiatement suspecte. « Elles ont, en outre, observe M. Goron dans ses Mémoires, un talent tout particulier pour se lier avec les domestiques et les portières ; elles s’entendent fort bien à établir des rapports et à bavarder sans être indiscrètes ; communicatives en apparence, alors même qu’elles sont le plus sur la réserve, elles excellent à provoquer les confidences.
Enfin, à la force près, elles ont au plus haut degré toutes les qualités qui constituent l’aptitude à la mouchardise ; et, lorsqu’elles sont dévouées, la police ne saurait avoir de meilleurs agents…
Dans maintes occasions, Vidocq eut recours au ministère des mouchardes ; presque toujours il fut satisfait de leurs services.
Cependant, comme les mouchardes sont des êtres profondément pervertis et plus perfides peut-être que les mouchards, avec elles, pour ne pas être trompé, il avait besoin d’être constamment sur ses gardes. »

France, 1907 : La lune. Les malfaiteurs s’en défient autant que des becs de gaz.

Mais déjà la patrarque,
Au clair de la moucharde,
Nous reluque de loin.

(Vidocq)

Mouche

d’Hautel, 1808 : Faire d’une mouche un éléphant. Faire du bruit pour rien, faire passer quelque chose de néant pour une merveille.
Faire querelle sur un pied de mouche. Intenter un procès pour une bagatelle, pour la moindre des choses.
Il est bien tendre aux mouches. Signifie, il est sensible aux moindres incommodités, il se choque de peu de chose.
Dru comme mouche. Pour dire, tout un coup, tout à-la-fois.
Il ne faut qu’une mouche pour l’amuser. Se dit d’une personne oiseuse, d’un domestique musard.
Prendre la mouche. Se piquer, se choquer, être d’une grande susceptibilité.
Fine mouche. On appelle ainsi une personne artificieuse, fine, et rusée.
Quelle mouche vous pique ? Pour, qui a pu vous offenser, vous irriter, vous mettre en colère ?
Sentir des mouches, Se dit d’une femme enceinte que les premières atteintes du mal d’enfant tourmentent.

Halbert, 1849 : Vilain.

Larchey, 1865 : « Mouche, pour ceux qui ne comprendraient pas le langage parisien, signifie mauvais. » — Troubat. — Un volume intitulé les Mystères des théâtres, par un vieux comparse, publié en 1844, donne mouche dans le même sens. V. Toc.

Delvau, 1866 : adj. des deux g. Mauvais, laid, désagréable, embêtant comme une mouche, — dans l’argot des faubouriens.

Delvau, 1866 : s. f. Agent de police, — en général et en particulier.

Delvau, 1866 : s. f. Mousseline, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Agent de police.

Fustier, 1889 : On désigne ainsi à Paris les bateaux à vapeur qui font sur la Seine un service de transport à l’usage des voyageurs.

Malgré… les chiens et les chevaux qu’on baigne… les bateaux qu’on décharge, les mouches qui passent en fouettant l’eau de leurs ailes et en la troublant de leur fumée, la Seine largement engraissée par les détritus de la grande ville abonde en poissons.

(Bernadille)

On désigne aussi ces bateaux sous le nom d’hirondelles.

La Rue, 1894 : Mousseline. Mauvais. Laid.

Virmaître, 1894 : Laid, bête, ridicule.
— Elle est rien mouche, la môme à Poil-aux-pattes (Argot du peuple).

France, 1907 : Mauvais, vilain. Abréviation de mouchique.

France, 1907 : Petite rondelle de taffetas noir que les femmes se collaient autrefois sur le visage et même ailleurs pour rehausser la blancheur de leur teint. Voici, à titre de curiosité, le langage des mouches à l’usage des coquettes : « La femme passionnée ou qui veut paraître telle place sa mouche au coin de l’œil ; celle qui vise à la majesté la colle au milieu du front ; l’énjouée, sur le bord de la fossette formée par la joue quand on rit ; la galante, au milieu de la joue ; la sentimentale, au coin de la bouche ; la gaillarde, sur le nez ; la coquette, sur les lèvres : la discrète, au-dessous de la lèvre inférieure, vers le menton. »

France, 1907 : Petite touffe de poils sous la lèvre inférieure.

France, 1907 : Police, policier.
On a été chercher lien loin l’origine de mouche et mouchard, jusqu’à l’attribuer à un certain Mouchy qui remplissait le métier d’agent secret du cardinal de Lorraine, tandis qu’ils viennent tout simplement de l’insupportable insecte dont nous avons tous eu à souffrir. C’est, dit avec raison Charles Nisard, son impudence et son importunité qui ont fait appeler mouchards les curieux, les effrontés qui se fourrent partout, mettent le nez dans tout, et qui, sans s’arrêter à l’épiderme, vont droit aux nerfs de leur victime et la tuent moralement. D’où naturellement ces noms furent donnés à la police les mots mouche, moucher (espion, espionner) sont, observe Ch. Ferrand, très anciens dans notre langue. Le peuple en a fait mouchard, moucharder, par la simple raison que la terminaison ard implique chez nous un sens défavorable, comme on le voit par les mots bavard, vantard, cafard, soudard, pleurard, pendard, communard, etc.

— Oui, oui, il est de la mouche, gare aux coups de casserole.

(Félix Remo, La Tombeuse)

Il vit un espion qui le regardait faire ;
Il fuit ; l’autre le suit de carfour en carfour.
Ils arrivent enfin proche un certain détour ;
Alors, se retournant, l’impatient Cartouche
De la bonne façon rosse la pauvre mouche,
Et, rempli de colère, il l’étrille à souhait.

(Nicolas de Grandval, Le Vice puni, 1726)

France, 1907 : Sobriquet donné vers 1840 aux jeunes femmes que les maîtresses de table d’hôte hébergeaient gratis pour attirer les clients mâles.

Un trait caractéristique de la table d’hôte, c’est la présence d’une ou deux jolies femmes (selon l’importance de l’établissement) qui s’affranchissent régulièrement chaque jour des prosaïques tribulations du quart d’heure de Rabelais. Ces dames sont placées au centre de la table : elles ne doivent pas avoir plus de vingt-cinq ans, être à peu près jolies, mais surtout excessivement aimables. On ne tient pas précisément à la couleur des cheveux, cependant on préfère les brunes : c’est plus piquant et d’un effet plus sûr et plus général. À ces conditions, ces dames sont traitées avec toutes sortes d’égards, exposées à toutes sortes d’hommages, et dînent tous les jours pour l’amour de Dieu et du prochain. Ces parasites femelles, qu’on désigne généralement sous le nom de mouches (soit à cause de la légèreté de leur allure, soit plutôt par analogie avec le rôle qu’elles jouent dans cette circonstance), ne se trouvent néanmoins que dans les tables d’hôte du premier et du dernier degré.

(Auguste de Lacroix)

Munitions d’amour

Delvau, 1864 : Le fard, les pommades, etc. pour les femmes, et, pour les hommes, de bons vits bien bandants.

Il part : après un mois d’absence,
Il revient avec cent amis,
Jeunes, discrets et bien munis.

(Paret)

Oreille

d’Hautel, 1808 : Cela n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd. Pour dire qu’on a vivement relevé une parole piquante, qu’on y a riposté sur-le-champ.
Je suis sourd d’un oreille et n’entends pas de l’autre. Pour dire à quelqu’un que l’on ne consentira pas à ce qu’il demande, qu’on ne peut condescendre à ses désirs, que ses souhaits sont indiscrets.
Il n’entend pas de cette oreille-là. Se dit par ironie d’un homme avare, intéressé, qui a de la peine à payer ses dettes.
Les murs ont des oreilles. Voyez Muraille.
Cela lui entre par une oreille et lui sort par l’autre. Se dit d’un homme qui ne fait aucune attention à ce qu’on lui adresse ; qui méprise toutes les représentations qu’on lui fait.
Faire la sourde oreille. Faire semblant de ne pas entendre ce qu’on dit, n’y point avoir égard.
Corner aux oreilles de quelqu’un. Vouloir lui parler continuellement d’une affaire, vouloir le persuader, le forcer à vous entendre.
Frotter les oreilles à quelqu’un, ou lui donner sur les oreilles. Pour le corriger, le battre.
Les oreilles lui cornent. Se dit à quelqu’un qui croit entendre un bruit réel ; ou qui entend tout de travers.
Baisser l’oreille. Être humilié, mortifié ; être déchu d’une bonne condition.
Il a eu sur les oreilles. Se dit de quelqu’un qui a essuyé quelque perte ou quelque grande maladie.
Avoir la puce à l’oreille. Être inquiet, tourmenté, comme le sont les jaloux ; être occupé de quelque chose qui ôte le sommeil.
Secouer les oreilles. Signe négatif, pour faire entendre que l’on ne consent pas à ce qu’on exige de vous ; qu’on ne tient nul compte de quelque chose ; qu’on s’en moque.
Il sera bien heureux, s’il en rapporte ses oreilles. Pour dire qu’un homme qui s’est exposé à un grand péril, sera bien heureux s’il en revient sain et sauf.
Du vin d’une oreille. Pour dire excellent.
Du vin de deux oreilles. Pour dire détestable, parce qu’on secoue les deux oreilles en signe d’improbation.
Il lui a fait une oreille. Se dit par raillerie de quelqu’un que l’on soupçonne avoir coopéré à la naissance d’un enfant.
Être crotté jusqu’aux oreilles. Être fort mal dans ses affaires.
Gratter l’oreille à quelqu’un. Le cajoler, le flatter, pour en obtenir ce que l’on désire.
On dit aussi d’un homme inquiet et soucieux, qui n’a pas de mémoire, qu’il se gratte l’oreille.
Il est toujours pendu à ses oreilles.
Pour dire il le suit continuellement.
Se faire tirer l’oreille. Faire quelque chose de mauvaise grace ; se faire prier long-temps pour les moindres choses.
L’argent lui fait ouvrir les oreilles. Pour le rend attentif à quelque chose qu’il ne vouloit pas entendre ; le fait consentir à une proposition à laquelle il étoit sourd auparavant.
Lever l’oreille. Être orgueilleux de ses succès ; être fier de son bonheur.

France, 1907 : Nom de plusieurs champignons à chapeau adhérent par le côté, qui poussent soit sur le tronc, soit au pied des arbres dont il portent le nom, ou sur le bois en décomposition, au pied de quelque plante : oreille d’aloyard (de peuplier blanc), oreille de suie (de sureau), oreille d’ours, oreille de chardon, que les Provençaux et les Languedociens mangent à l’huile asaisonnée d’ail, de poivre et de sel : oreille de Judas.

Part

d’Hautel, 1808 : Il a fait son pot à part. Se dit d’un homme qui, sous l’apparence de la réserve et de la discrétion, ne s’est point oublié dans une affaire.
On vous en garde dans un petit pot à part. Se dit ironiquement pour faire entendre à quelqu’un qu’il n’y a rien à espérer pour lui dans une distribution.
Part à nous deux. On se sert de cette locution quand quelqu’un avec lequel on va de compagnie, fait une trouvaille quelconque, pour dire qu’on en retient sa part ; qu’on espère en avoir sa part.
Avoir part au gâteau. Être intéressé dans les bénéfices d’une entreprise, ou dans une succession.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique