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Bas-off

Merlin, 1888 : Adjudant de Saint-Cyr et Polytechnique.

France, 1907 : Abréviation de bas-officier, ancienne appellation des sous-officiers ; argot de Saint-Cyr et de l’École polytechnique.

Chatouilleur marron

Rigaud, 1881 : C’est le romain, le claqueur de fonds publics. Son rôle consiste à chauffer une émission, à stimuler le zèle des souscripteurs, comme le rôle des chevaliers du lustre consiste à chauffer la pièce, à entretenir le feu sacré des acteurs. (Jargon de la Bourse.)

Chemineau

France, 1907 : Vagabond, pauvre hère, homme qui va par les chemins à la recherche de ce qu’il trouve rarement, bon souper et bon gîte.

Le jeune. — Comment se nourrit-on, si on n’a pas d’argent ?
Le vieux. — Rien de plus facile. On est chemineau, ça suffit. Ça vous donne une espèce de droit moral à la mendicité. On sonne à toutes les portes de fermes, de maisons et de châteaux. On a sur le dos un sac de toile, on l’ouvre, tout le monde y jette quelque chose, des sous, des légumes, du pain… et puis du bon, du vrai pain frais de campagne, pas de ce sale pain d’ici, des restaurants, qui a trainé la nuit sur la table des rues et qui sent le cabinet de toilette… Oh ! on ne manque de rien, on en a plutôt trop.

(Henri Lavedan)

On écrit aussi cheminot.

Fendre (se)

Larchey, 1865 : Commettre une prodigalité peu habituelle.

Descends huit bouteilles. — Puisque vous vous fendez, dit le peintre, je paie un cent de marrons. — Oh ! oh !

(Balzac)

Le mot indique bien un jour de largesses inaccoutumées. Ce n’est pas la bourse de l’avare qui se fend, ce sont ses propres entrailles.

Delvau, 1866 : v. réfl. Montrer de la générosité, dépenser beaucoup d’argent, s’ouvrir, — dans l’argot des faubouriens. Signifie aussi : Se dévouer. Se fendre à s’écorcher. Pousser à l’excès la prodigalité.

Rigaud, 1881 : Faire de la dépense en dehors de ses habitudes ; se livrer à une prodigalité inusitée. Les avares se fendent lorsqu’ils offrent quelque chose.

Je vous paye un exemplaire de ce groupe mille écus. Oh ! oui, sapristi ! mille écus, je me fends.

(Balzac)

Rossignol, 1901 : Offrir.

Joseph a fait des largesses, il s’est fendu d’un cigare.

France, 1907 : Donner, mais donner avec un certain effort, comme celui qu’on fait en se fendant à la salle d’armes.

Elle s’était enfuie comme une nymphe farouche surprise derrière les saules. criant en un tumulte de portes refermées : « Dites à monseigneur de m’attendre, je ne suis pas encore habillée. » Et elle avait reparu aussitôt, radieuse, les cheveux relevés en poignée au-dessus de la nuque, souriant, avec, autour de ses cuisses fuselées, blanches autant que des fruits savoureux où l’on voudrait mordre et étancher sa soif, des jarretières de valenciennes. Et l’Altesse avait été si sensible à cette marque de déférence qu’elle se fendit, le lendemain, d’un triple collier de merveilleuses perles dans les cent cinquante mille.

(René Maizeroy)

— Oui, monte, monte.
— Pas chez elle ! Chez moi.
— Non, chez moi.
— J’suis la plus gosse.
— J’suis la plus cochonne.
— J’me fends d’deux louis.
— Moi aussi.
— Moi, ce que tu voudras.

(Jean Richepin, Gil Blas illustré)

Philippe VII, notre Roy,
Qu’une gêne par trop grande
Met en complet désarroi,
Sollicite votre offrande,
Des sous !
Qu’à son désir on se rende,
Des sous !
Royalistes, fendez-vous !

(Blédort, Chansons de faubourg)

Y en a qui dépens’nt des prix fous
Pour des chos’s qu’a pas tant d’mérites ;
Moi, pour dîner je m’fends d’deux sous.
C’est rien bon des pomm’s de terr’ frites.

(Ch. de Saint-Héaut)

Fiche (va te faire) !

France, 1907 : Expression de désappointement. « Je croyais trouver la même dans sa chambre, mais va te faire fiche ! elle était déjà partie. »

Du pain de son ! des sous de cuivre !
C’est pour nous vivre ;
Mais va te faire fiche !
On nous prend pour des merlifiches !

(Jean Richepin)

… As-tu regardé, quelquefois, du fumier ?.…. C’est d’un mystère… d’une beauté déconcertante… Figure-toi un tas d’ordures, d’abord… Et puis, quand on cligne de l’œil, voilà que le tas s’anime, grandit, se soulève, grouille, devient vivant… et de combien de vies ?… Des formes apparaissent, des formes de fleurs, d’êtres féeriques, de surnaturels animaux qui brisent la coque de leur embryon… C’est une folie de germination merveilleuse, une magie de flores, de faunes, de chevelures, un éclatement de vie splendide… Oui, mais comment rendre ça dans ce sentiment ? J’ai essayé… Mais, va te faire fiche !…

(Octave Mirabeau)

On dit aussi dans le même sens : je t’en fiche, ou je t’en fous.

Qu’a caus’ quand alle a rien à faire
Ou dans l’jour, quand on est couché,
Mais l’soir, qu’a soye à son affaire
Et qu’a caus’ qu’avec le miché,
Mais j’t’en fous, faut qu’madam’ babille,
C’est des cancans, c’est des potins,
C’est La femme à Jules qu’est eun’ vrille,
Les sœurs à Pierr’ qu’est des putains…

(Aristide Bruant)

Fils à papa

France, 1907 : Jeune monsieur dont le principal mérite est d’être le fils d’un papa cossu ou appartenant au bataillon des grosses légumes.

Je sais comment cela se passe, dans les régiments de cavalerie, il en était ainsi de mon temps et les choses n’ont pas changé : sur les trente hommes dont se compose le corps des sous-officiers, vous avez quelques gaillards, fils à papa, qui ont raté l’École et qui sont protégés en haut lieu : on est pour eux plein d’attention et on s’efforce de leur adoucir les quelques mois qui les séparent du jour où ils passeront l’examen de Saumur.

(Général Du Barrail)

Une table surtout occupée par une demi-douzaine de sous-officiers, présentait une animation extraordinaire : toutes les armes étaient représentées ; il y avait des chasseurs, des cuirassiers, des dragons, des hussards, et le plus âgé n’avait pas vingt-deux ans. D’ailleurs la moustache hérissée en chat, la coiffure en racine droite, le linge fin, les bottes vernies et les bagues au doigt prouvaient que j’avais devant moi des fils à papa très à leur aise.

(Pompon, Gil Blas)

On dit aussi fils d’archevêques.

Voyons le dernier tableau des lieutenants de vaisseau proposés pour le grade de capitaine de frégate : sur 9 officiers que s’y trouvent portés, nous notons six fils d’archevêques, dont deux gendres, et cependant 150 lieutenants de vaisseau croyaient avoir des titres !…

(A. Saissy, Mot d’Ordre)

Fourchette (marquer à la)

Rigaud, 1881 : Enfler un compte, comme si on l’inscrivait avec les quatre dents d’une fourchette.

France, 1907 : Grossir le compte d’un débiteur en marquant quatre pour un, ainsi qu’il arrive à certains fournisseurs militaires et même civils, cafetiers, tailleurs, etc., qui se dédommagent ainsi des mauvaises payes en prélevant sur les bonnes de forts intérêts du crédit qu’ils font.

Quand on avait à se plaindre du repas ou de toute autre chose, on faisait appeler la vestale du fourneau, laquelle répondait qu’elle ne voulait pas se déranger. On demandait alors le mari ; il s’empressait d’arriver en bras de chemise ou la veste non boutonnée.
— Trompette, disait le président de la table, vous serez deux jours à la salle de police pour vous être présenté à la pension des sous-officiers dans une tenue indécente.
— Mais…
— Silence !
— C’est encore cette g… de Jeanne qui est cause de cela. Je vais lui régler son compte.
Cinq minutes après, on entendait le mari administrer sa moitié qui montait en pleurant nous demander la grâce de son homme. Nous n’avons jamais eu le cœur de refuser, d’autant plus que nous devenions alors les maîtres de la maison, avec marque à la fourchette sur notre compte.

(La Vie militaire)

Gambettiste

Rigaud, 1881 : Partisan de la politique de M. Gambetta ; admirateur de M. Gambetta. — Fonctionnaire nommé par M. Gambetta, à l’époque de la guerre de 1870-71. — Préfet, général gambettiste.

France, 1907 : Partisan de Gambetta, ou fonctionnaire nommé par Gambetta.
Des buveurs de bocks, des braillards de brasserie du quartier Latin furent bombardés sous-préfets, préfets, officiers supérieurs d’état-major et devinrent d’enragés gambettistes.

Infante

Delvau, 1864 : Maîtresse, femme aimée — les infantes, filles puinées des rois d’Espagne et de Portugal, étant supposées belles.

Qu’en dites vous, amies, qu’en dites vous, infantes,
Dont les trous sadinets vivent bien de leurs rentes ?

(Recueil de poésies françaises)

Aux petits oignons, mon infante !

(Lemercier de Neuville)

Delvau, 1866 : s. f. Maîtresse, — dans l’argot des troupiers. Les infantes étant les filles puînées des rois d’Espagne et de Portugal, sont supposées belles, et l’on sait que tous les amants jouent volontiers de l’hyperbole a propos de leurs maîtresses : ils disent « mon infante » comme ils disent « ma reine ». Une couronne leur coûte moins à donner avec les lèvres qu’une robe de soie avec les mains.

Rigaud, 1881 : Maîtresse d’un jour, femme que l’on courtise, — dans le jargon des sous-officiers.

France, 1907 : Coureuse ; jeune personne de mœurs faciles, ou simplement maîtresse. « Je vous quitte, mon infante m’attend. »

Jaunet

d’Hautel, 1808 : Des jaunets. Pour dire des louis ; la pluie d’or ; argument auquel rien ne résiste ; qui d’un fat fait un honnête homme, et après lequel enfin tant de pauvres humains soupirent.

Larchey, 1865 : Pièce d’or.

Un seul regret, celui de n’avoir pu débarrasser les pigeons de leurs jaunets.

(Paillet)

Delvau, 1866 : s. m. Pièce d’or de vingt francs, — dans l’argot des faubouriens. Ils disent aussi Jauniau. Au XVIIe siècle, on disait Rouget.

France, 1907 : Pièce d’or.

Et, en attendant, il grêlait des sous, des francs, des roues de cinq balles, des jaunets, et aussi des cigares, des oranges, et il tourbillonnait encore des mouchoirs de dentelles, et des cravates de soie claire et des foulards, et des écharpes, qui venaient battre de l’aile autour du chanteur comme un vol caressant de grands papillons multicolores.

(Jean Richepin)

D’jaunets tu vas meubler ma poche,
Afin de rigoler à mort.

(Festeau)

Marche de flanc

Delvau, 1866 : s. f. Le sommeil, ou seulement le repos, — dans l’argot des sous-officiers.

Rigaud, 1881 : Repos sur le lit de camp, — dans le jargon des troupiers. — Razzia, maraude, — dans le jargon des soldats du bataillon d’Afrique.

France, 1907 : Le repos ou le sommeil. Faire une marche de flanc, se coucher, s’allonger.

Masser

M.D., 1844 / un détenu, 1846 : Travailler.

Delvau, 1866 : v. a. et n. Payer, donner l’argent de sa masse. Argot des faubouriens.

Delvau, 1866 : v. n. Travailler, — dans l’argot des ouvriers.

Rigaud, 1881 : Travailler consciencieusement.

Virmaître, 1894 : Travailler, peiner ferme. Allusion au cantonnier qui casse avec une masse les cailloux sur les routes. Il n’existe pas de métier plus pénible, il est vrai qu’ils n’en prennent qu’à leur aise, car la sueur des cantonniers n’a pas de prix. Ce n’est sûrement pas eux qui ont créé la fameuse légende, que les riches mangeaient la sueur du peuple (Argot du peuple). N.

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Travailler.

France, 1907 : Travailler dur : allusion à la masse dont se sert le cantonnier pour casser les cailloux.

Pour gagner mon argent, moi, j’masse ;
J’voudrais pas des sous qu’on ramasse
Sur l’pavé.

(Aristide Bruant)

Tu sais, j’dis ça à ton copain,
Pa’c’que j’vois qu’c’est un gonc’ qui boude,
Mais entre nous, mon vieux lapin,
J’ai jamais massé qu’à l’ver l’coude.

(Jean Richepin)

Midship, midshipman

France, 1907 : Aspirant de marine. Anglicisme.

Dans les allées, un flot naissait, plus mêlé, des soldats, des marins, des officiers de tous corps, des filles à toilette tapageuse, des ouvrières riant très haut et des jeunes gens par bandes, — beaucoup de jeunes gens, une jeunesse de province, calicots ou commis, — des étudiants en médecine, des midships aussi, des aide-médecins, des sous-lieutenants en bourgeois qui, très gais, brocardaient les femmes au passage.

(Paul Bonnetain, Le nommé Perreux)

Mieux vaut règle que rente

France, 1907 : Régler l’emploi d’un revenu si modique qu’il soit est préférable que dépenser au delà d’un revenu même considérable ; l’homme de fortune modeste qui règle sa dépense est plus riche que l’opulent qui dépense sans compter.
« On ne devient pas riche, dit Fielding, parce que l’on gagne, mais par ce que l’on épargne. » C’est la traduction du dicton italien : Lo sparagno è to primo guadagno, l’épargne est le premier gain. Les Anglais, gens pratiques, ont une quantité de dictons sur ce sujet. En voici quelques-uns : Waste not, want not : ne gaspillez rien, vous n’aurez besoin de rien. Take care of the pence, the pounds will take care of themselves : prenez soin des sous, les pièces d’or prendront soin d’elles-mêmes. A fool and his money are soon parted, un écervelé et son argent sont bientôt séparés. A fool may make money, but it takes a wise man to spend it ; un fou peut gagner de l’argent, mais il faut un sage pour le dépenser. Wilful waste makes woeful want, grands gaspillages engendrent grands besoins. A penny saved is a penny got, sou épargné est sou gagné.

Pièce tapée

France, 1907 : C’était autrefois et c’est encore aujourd’hui, dans les départements du Centre, une récompense en une pièce de monnaie de quelque valeur. On trouve cette expressions dans Molière :

— Moi, j’ai bravement bouté à terre quatre pièces tapées et cinq sous en double.

(Le Festin de Pierre)

Pièce tapée s’est dit de certains sous parisi au milieu desquels on avait ajouté la marque d’une fleur de lis pour en faire des sous tournois.

Pré (aller sur le)

France, 1907 : Se battre en duel, synonyme d’aller sur le terrain.

Il avait été malmené par un sous-officier et voulait à toute force se battre avec lui… Je mis le holà en lui expliquant qu’il risquait le conseil de guerre, attendu que pour un brigadier-fourrier, un maréchal des logis était un supérieur hiérarchique. Quelques jours plus tard, il se prenait de bec avec un brigadier et voulut encore aller sur le pré. Je m’y opposai, en lui disant que le brigadier-fourrier était le premier brigadier de l’escadron, qu’il commandait aux autres et devait être considéré comme leur supérieur. Alors de s’écrier avec un désespoir comique : « Mais, mon capitaine, vous ne voulez pas que je me batte avec des sous-officiers ; vous ne voulez pas que je me batte avec les brigadiers Avec qui voulez-vous que j’aille sur le pré ? »

(Général Du Barail, Mes Souvenirs)

Prévôt

Vidocq, 1837 : s. m. — La place de Prévôt appartient de droit au plus ancien détenu. Il y en a ordinairement un par chambrée ou par corridor. Il est chargé par l’administration de veiller à la propreté de son quartier, et de remettre à chaque prisonnier la ration de pain qui lui est allouée, et les prisonniers lui accordent le droit d’exiger des arrivans une certaine rétribution nommée bienvenue, dont il dispose à son gré.
Les voleurs émérites, les évadés du bagne ou des prisons étaient autrefois si vénérés de leurs compagnons de moindre importance que, lorsqu’ils arrivaient en prison, et que le Prévôt en exercice leur demandait la bienvenue, ils se contentaient de répondre : Je suis un garçon, un homme de peine, un fagot, un cheval de retour. À l’audition d’un de ces mots, le Prévôt en exercice remettait ses droits à l’arrivant ; les prisonniers se cotisaient, alors le vin coulait à flots, chacun racontait son histoire, et les plus criminels étaient les plus applaudis.
Lorsqu’un voleur en renom arrive au bagne, il a le droit de choisir la meilleure place du banc (lit de camp), les braves garçons (les bons voleurs) lui apportent tous les petits objets nécessaires à un forçat ; ils dégarnissent leur serpentin (matelas) pour améliorer celui du nouveau venu. Lorsque les Beaumont, les Goras, les Jambe-d’Argent, les Fossard, les Noël aux Bésicles arrivaient à Brest ou à Toulon, des souscriptions volontaires étaient aussitôt ouvertes en leur faveur.
Les argousins, les comes et sous-comes avaient pour ces hommes une sorte de respect, et des égards qu’ils n’accordaient ni aux voleurs de bas étage, ni à ceux qui expiaient un délit de peu d’importance.

Halbert, 1849 : Domestique de prison ou plus ancien de chambrée.

Delvau, 1866 : s. m. Chef de chambrée, — dans l’argot des prisons.

Rigaud, 1881 : Chef de chambrée dans une prison.

Quatrième du trois

France, 1907 : Sobriquet donné par les cavaliers aux fantassins à cause de la réponse que ceux-ci font généralement quand on les interroge sur le corps auquel ils appartiennent : « Je suis de la première du deux ; … de la cinquième du quatre ; …. de la quatrième du trois… » Sous-entendus compagnie et bataillon.

Que dira cette chère petite Mme Étienne, du café des sous-officiers, lorsqu’elle nous verra revenu les mains vides ? Et ces dames de la rue de l’Échelle ? Allons-nous être obligés de rester, comme les fantassins de la quatrième du trois, en extase devant les étalages de chair fraîche de leur vestibule ? Serons-nous réduits à bazarder notre burnous blanc dans la rue des Juifs pour faire une honnêteté à notre amie ? Et passerons-nous nos soirées à errer par les rues, les mains dans les poches, le sabre battant tristement l’éperon, cherchant d’un œil en détresse le camarade du jour d’infortune qui offre chez Le Maltais du coin l’absinthe à quatre sous le verre ou le champoreau de l’amitié ?

(Hector France, L’Homme qui tue)

Quibus

d’Hautel, 1808 : Du quibus. Pour dire des espèces, de l’argent monnoyé.

Larchey, 1865 : « Il a du quibus, c’est à dire des écus, de quibus fiunt omnia. »

(Le Duchat, 1738)

Delvau, 1866 : s. m. Argent, — dans l’argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Argent.

Vlà qu’un jour que le quibus répondait à l’appel, je dis à Manon la noceuse…

(Charrin, Une nuit bachique, chans.)

La Rue, 1894 : Argent.

France, 1907 : Argent. D’après Ch. Nisard, quibus serait une corruption du bas latin cuignus, type auquel on frappait la monnaie.

Qui a de quoy tousjours est honoré
De toute gent en chascune saison ;
Car devant tous il sera préféré ;
Sans de quibus, il va à reculon.

(Le Débat de l’homme et de l’argent)

Voici les différentes expressions argotiques pour désigner le « vil métal » : des achetoires, de l’affure, de l’artiche, de l’as, de l’atout, de l’auber, — du bath, du beurre, des billes, de la bougie, de da braise, — du carle, du carme, du cé, de ce qui se pousse, du cercle, — de la dole, de la douille, — des faces, du foin, — de la galette, du gallos, de la galtouze, du gras, du graissage, de la graisse, — de l’huile, de l’huile de main, — des jaunets — du métal, de la miche de profondes, du michon, des monacos, des monnerons, de la mornifle, des mouscaillons, — du nerf, des noyaux, — de l’oignon, de l’oignon pèse, de l’onguent, de l’os, de l’oseille, — des patards, de la pécune, des pépettes, des pépins, du pèze, des pedzoles, des picaillons, des piestos, du plâtre, des plombes, des pimpoins, du pognon, du pouiffe, du poussier, — du quantum, du de quoi, — du radin, des radis, des rouscaillons, — du sable, de la sauvette, du sine qua non, du sit nomen, des soldats, des sonnettes, des sous, — de la vaisselle de poche, — du zing, des zozottes.

Ramastiqueur

Larchey, 1865 : Filou ramassant à terre des bijoux faux perdus par un compère et les cédant à un passant moyennant une prime qui dépasse leur valeur réelle.

Delvau, 1866 : s. m. Variété de filous décrite par Vidocq.

Rigaud, 1881 : Filou qui vend à une dupe, comme étant de l’or, un bijou en imitation, soi-disant trouvé sur la voie publique.

Virmaître, 1894 : Désigne le genre de vol qui consiste à ramasser à terre un bijou faux qu’un compère a préalablement laissé tomber (Argot des voleurs). V. Trouceurs.

Rossignol, 1901 : Celui qui commet l’escroquerie au ramastique qui consiste à ramasser ou faire semblant de ramasser, devant une bonne tête, un écrin contenant une chaîne, dite Jeannette, avec une petite croix imitation or, d’une valeur de soixante-cinq centimes. Le ramastiqueur dit : « Part à deux », et ouvre l’écrin, en évalue la soi-disant trouvaille à une dizaine de francs ; la bonne tête donne 5 francs, et c’est un bénéfice de 4 fr. 35 pour le ramastiqueur. Ce genre d’escroquerie se fait à la campagne, mais à Paris, il y a une autre façon qui se pratique aux abords des gares : le ramastiqueur remarque un frais débarqué, bon à faire, il le suit, et à un moment donné, il ramasse, de façon à être aperçu, un écrin, puis il s’adresse au frais débarqué et lui dit : part à deux ; l’écrin contient une bague en or, ornée d’un brillant ; on la fait évaluer chez le plus proche bijoutier qui l’estime 80 francs ; il est rare que le voyageur ne donne pas 40 francs pour un bijou estimé 80. Mais le ramastiqueur avait un autre écrin semblable, contenant une bague exactement la même que celle que l’on a fait estimer, elle est en doublé et ornée d’un simili d’une valeur de 1 fr. 50 ; il la remet au voyageur en échange de 40 francs.

France, 1907 : Voleur à la ramastic. Se dit aussi des mendiants qui vont chanter ou mendier dans les cours et ramassent les sous jetés des fenêtres. « Les arcassineurs sont les mendiants à domicile ; les ramastiqueurs, les mendiants de cours qui ramassent des sous. Les tendeurs de demi-aune, les mendiants des rues. »

(Mémoires de M. Claude)

Sardine

Rigaud, 1881 : Galon de caporal, galon de sergent.

Merlin, 1888 : Galon d’or pour sous-officiers.

France, 1907 : Galon d’or ou d’argent sur la manche des sous-officiers.

Sur la manche de la tunique
Il a la fin’ sardine d’or :
Pour l’élégance, il est unique
Quand, le dimanche, il prend l’essor.

Arroser la sardine, payer à boire à ses camarades lorsque l’on vient d’être promu sous-officier.

Avancement, anniversaire,
Tout est motif au régiment
Pour vider un bon petit verre
Et faire un diner succulent.
Quand on arroser la sardine
D’un fourrier ou bien d’un sergent,
Faut voir alors comment on dine
À la cantine !

(Griolet)

Semaine

Fustier, 1889 : Expression empruntée au service des caporaux et des sous-officiers. Ex. ; C’est à moi que tu contes cela ? je ne suis pas de semaine. — Moyen expéditif de faire rompre un fâcheux.

(Ginisty, Manuel du parfait réserviste)

Sous

Delvau, 1866 : s. m. pl. Argent, fortune, — dans l’argot des ouvriers. Avoir des sous. Être riche.

Sous-pied

Rigaud, 1881 : Viande coriace qu’on prendrait pour un morceau de cuir, — dans le jargon des soldats de cavalerie.

Merlin, 1888 : Mauvais morceau de viande, fait de nerfs et dur comme le cuir des sous-pieds, Ramasser son sous-pied veut dire tomber de cheval.

Spahia

France, 1907 : Spahis ; les spahis. On sait que c’est la cavalerie indigène d’Afrique. Spahi vient du persan sipahi, soldat, dont les Hindous ont fait sepon, fantassin, en anglais cipaye, et les Turcs spahi, cavalier. Les escadrons de spahis étaient recrutés parmi les fils de grandes tentes, riches ou notabilités arabes. Chaque cavalier en s’engageant devait amener son cheval, un mulet de bât et justifier de la possession d’un terrain cultivable.

Deux éléments divers s’unissent dans la cavalerie d’Afrique pour le succès de nos armes… le spahia et le chas’ d’Af. Ces grands soldats à la jaquette bleue n’auraient pu, malgré leur courage, exécuter seuls les hardis coups de main… l’Arabe sur la terre d’Afrique était nécessaire pour lutter avec l’Arabe… Telle fut l’origine des spahis… Ils eurent une discipline moins sévère que la discipline française et pour uniforme un burnous rouge s’enlevant au moindre signe du chef… Des sous-officiers et des officiers français furent donnés à ces cavaliers indigènes, et ainsi composée cette troupe a rendu de grande services. « Refuge des pécheurs », disait-on parfois. Bien des caractères, en effet, qui auraient eu peine à supporter la rigueur de la discipline française, allaient leur demander asile ; aussi, souvent rencontrait-on parmi les spahias des physionomies étranges, des coureurs d’aventures, dont la vie ressemble à un récit des temps passés détaché d’un vieux livre.

(Comte P. de Castellane, Souvenirs de la vie militaire en Afrique)

Tartempion

France, 1907 : Individu quelconque méprisable ou nul. « C’est, dit Gustave Fustier, un personnage imaginaire et quelque peu ridicule qui revenait constamment dans les articles du Charivari entre 1840 et 1850. » En voici un exemple du susdit journal :

Le nom n’est rien, la chose est tout ;
On peut être à la fois plein d’esprit et de goût.
Écrire avec talent, s’exprimer avec grâce
Et se nommer Coco, Tartempion ou Pancrace.

(Épigraphe de Cadet-Roussel)

Mais, jaspinons des réunions : des empotés le la haute, ainsi qu’un abbé Tartempion ont jérémié sur le socialisme dans la campluche. Y a des orateurs qui parlent mal, mais qui se font néanmoins comprendre par les culs-terreux. Faut réagir, doux Jésus. Faut opposer notre propagande à la leur, car, par Sainte Marie à la coque, qu’est-ce qu’on deviendrait nous, les culs-bénits, si les paysans nous plaquaient ?

(Le Père Peinard)

Nous autres hommes avons bien tort de faire notre poire, car nous sommes en toutes choses plus maladroits que les femmes. Nous ne savons, aussi bien qu’elles, ni parler (ni mentir par conséquent !), ni écrire, ni calculer, ni même voter. Le sexe fort ne perd pas une occasion, en effet, d’exercer son droit de voter de la façon la plus ridicule. Nous envoyons à la Chambre de déplorables tartempions, des sous-vétérinaires dont les chevaux ne voudraient pas pour leur servir l’avoine.

(Eug. Thebault, L’Aurore)

À Tartempion on joignait généralement un autre personnage imaginaire du nom de Barbanchu.

Teinturier

Larchey, 1865 : « Tous les hommes politiques ont besoin d’avoir auprès d’eux des sous-hommes politiques ou des supérieurs qu’ils consultent, qu’ils laissent écrire ou qu’ils s’assimilent… Dans le style des affaires publiques, ceux qui exercent cette influence s’appellent des teinturiers, parce qu’en effet ils se chargent de donner de l’étoffe à des hommes d’État des couleurs différentes. » — Roqueplan. Il y a aussi des teinturiers littéraires. On lit dans les mémoires secrets (25 sept. 1775) :

La comtesse de Beauharnais a fait présenter une comédie. Elle a été reçue : on ne doute pas que le sieur Dorat ne soit son teinturier.

Delvau, 1866 : s. m. Homme de lettres qui met en français un travail littéraire fait par un illettré, et lui donne du style, de la poésie, de la couleur. Il y a aussi les teinturiers politiques, c’est-à-dire des gens supérieurs que les hommes d’État inférieurs s’attachent par tous les moyens pour profiter de leurs lumières et s’assimiler leurs talents. Voltaire a employé ce mot, très clair, très significatif.

Rigaud, 1881 : Manœuvre de lettres, chargé de corriger, de faire même l’œuvre d’un autre et qu’un autre signera. Voltaire a été le teinturier de Frédéric le Grand.

Une espèce de petit-collet, teinturier, chargé de soumettre le génie de madame aux règles de la syntaxe.

(Jouy, Guillaume le franc-parleur)

La Rue, 1894 : Avocat. Homme de lettres qui revoit, corrige et met en français le travail d’un autre avant sa composition.

France, 1907 : Avocat. Il teint son client de couleurs avantageuses.

Ne va rien casser au jaunier,
Mais jaspine à ton teinturier.

(Hogier-Grison, Maximes des tricheurs)

France, 1907 : Écrivain qui remanie le travail d’un confrère inexpert ou sans talent.

On pourrait dire que de même qu’un teinturier donne une couleur aux tissus qui n’en ont pas, de même l’industrie du teinturier littéraire consiste à mettre en couleur un pâle canevas. Cependant il se pourrait que cet emploi du mot teinturier fût l’application d’un passage de J.-J. Rousseau : « À Paris, le riche sait tout ; il n’y a d’ignorant que le pauvre. Cette capitale est pleine d’amateurs, et surtout d’amatrices, qui font leurs ouvrages comme M. Guillaume inventait ses couleurs. »

(L’intermédiaire des chercheurs et curieux)

Ce M. Guillaume dont parle Rousseau est un personnage de l’Avocat Patelin, comédie de Brueys et Palaprat, qui, complimenté sur la couleur d’un certain drap qu’il a en magasin et félicité de l’avoir trouvée, répond modestement qu’il en est l’auteur avec son teinturier.

Il ne rêvait que le ruban rouge, n’aspirait qu’a fleurir de cet œillet sa boutonnière, et ne savait comment y atteindre, comment réaliser le plus cher, le plus obsédant et poignant de ses désirs. Il avait fait rédiger par un de ses commis un gros mémoire sur la « Question monétaire », et publié, toujours grâce au même teinturier, un Aide-manuel des assurances, que l’Académie des sciences morales et politiques avait daigné honorer d’une mention.

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

France, 1907 : Marchand de vin.

Troufion

Hayard, 1907 : Postérieur, soldat.

France, 1907 : Soldat d’infanterie ; argot faubourien.

Elle ouvrit. Je vis une chambre sommairement meublée d’un lit de sangle, d’une table, d’un lavabo, d’une chaise et d’un poêle en fonte sur lequel était posée une casserole contenant des rogatons. Sur la cheminée, une douzaine de si daguerréotypes représentant des soldats et des sous-officiers de toutes armes, ses anciens greluchons. Un véritable intérieur de fille à troufions !

(Hector France, Les Mystères du monde)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique