Ansiaume, 1821 : Fumer.
Il faut se dérondiner, rifauder le trèfle et bouffarder comme un messière.
Bras-de-Fer, 1829 / Halbert, 1849 : Fumer.
Delvau, 1866 : v. n. Fumer.
Rigaud, 1881 : Fumer la pipe.
Bouffarder
Ansiaume, 1821 : Fumer.
Il faut se dérondiner, rifauder le trèfle et bouffarder comme un messière.
Bras-de-Fer, 1829 / Halbert, 1849 : Fumer.
Delvau, 1866 : v. n. Fumer.
Rigaud, 1881 : Fumer la pipe.
Chiffonner
d’Hautel, 1808 : Une figure chiffonnée. Un visage dont les traits, sans être beaux ni réguliers, forment cependant un ensemble agréable.
Cela me chiffonne. Pour cela m’embarrasse, m’inquiète, me tourmente.
Delvau, 1866 : v. a. Contrarier, ennuyer, — dans l’argot des bourgeois.
Rigaud, 1881 : Taquiner amoureusement une femme, la pincer amoureusement.
Et lorsqu’ils sontpochards, ils chiffonnent les bonnes
(L. Huart. Ulysse ou les porcs vengés)
La Rue, 1894 : Contrarier.
France, 1907 : Contrarier, ennuyer.
— Si vous ne voulez pas être mon obligée, soyez tranquille, je vous demanderai quelque chose en échange : comme ça, nous serons quittes !
— Quoi donc ? Que me demanderez-vous ?
— De me faire mes heures supplémentaires la semaine prochaine. Je suis de garde et ça me chiffonne.
(Albert Cim, Demoiselles à marier)
Agacer, tripoter une femme ou une fille ; littéralement, lui chiffonner les jupes ou essayer de lever sa chemise.
— L’épouser ! L’épouser ! exclama bruyamment le capitaine, en battant du bras ; ce petit torchon… ce laideron, cette grêlée !… Il pensait à chiffonner ça parce que c’est jeune. Un amour d’étape. J’aurais deviné ça du coup… et je l’aurais secoué.
(Alexis Bouvier, La Belle Grêtée)
— Savez-vous comment on peut chiffonner le plus une soubrette au minois chiffonné ?
— En ne la chiffonnant pas.
(Dr Grégoire, Turlutaines)
Dégaine
Delvau, 1866 : s. f. Allures du corps, fourreau de l’âme. — dans l’argot du peuple, qui n’emploie ordinairement ce mot qu’en mauvaise part. Avoir une belle dégaine. Se dit ironiquement des gens qui n’ont pas de tenue, ou des choses qui sont mal faites.
France, 1907 : Tournure, tenue. Le mot ne s’emploie qu’en mauvaise part. « Quelle sale dégaine a ce pierrot ! »
La tournure d’une jolie femme, au dire de toutes les laiderons.
(Dr Grégoire, Dictionnaire humoristique)
Dérondiner
Ansiaume, 1821 : Déboutonner.
Pour me dérondiner, ils étoient cinq cognes.
Halbert, 1849 : Payer.
Rigaud, 1881 : Payer, — dans l’ancien argot.
Virmaître, 1894 : Un sou se nommant un rond, de là l’expression pour indiquer que l’on s’en sépare en payant :
— Je me dérondine tous les jours pour sorguer (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Payer. De celui qui est avare, qui ne sort pas ses ronds (sous) de son porte-monnaie on dit qu’il n’est pas facile de le faire dérondiner.
France, 1907 : Payer. Mot à mot : se défaire de ses ronds.
Gants
Delvau, 1864 : Ce qu’on donne aux femmes galantes comme supplément au prix convenu pour les baiser, qu’elles vous demandent avant de vous ouvrir leurs cuisses et qu’il est prudent de ne leur donner qu’après avoir joui — si elles vous ont fait jouir. Ce sont nos anciennes épingles, la drinkgeld des Flamands, le paraguantes des Espagnols et la buena mancia des Italiens — à propos de laquelle on pourrait dire, avec Rabelais, que ces sortes de femmes aiment mieux la manche que le bras.
Leurs vêtements sont élégants,
Mais toujours quelque chose y cloche :
Dans leur bourse elles ont leurs gants,
Et leur corset est dans leur poche.
(A. Delvau)
Employé dans un sens obscène pour désigner la virginité.
Elle fit toutes les grimaces que ses parents lui avaient dit de faire, pour lui faire croire qu’il en avait eu les gants.
(La France galante)
Mainte fille a perdu ses gants.
(La Fontaine)
Je puis donc m’attendre, dit Potiron, que si j’épouse cette demoiselle, je n’en aurai pas les gants.
(Voisenon)
Delvau, 1866 : s. m. pl. Les deux sous du garçon des filles, — avec cette différence que les sous du premier sont en cuivre et les sous des secondes en argent, et même en or. Ce sont nos anciennes épingles, la drinkgeld des Flamands, le paraguantes des Espagnols et la buona mancia des Italiens.
Rigaud, 1881 : Pourboire donné à ces dames ; le pourboire de la prostitution.
On donne ce qu’on veut à la femme pour ses gants.
(F. d’Urville, Les Ordures de Paris, 1874)
Rossignol, 1901 : Pourboire. Celui qui fait une mauvaise opération en est pour ses gants.
France, 1907 : Gratification donnée à une fille en dehors du prix convenu. Cette expression était autrefois prise dans le sens de pourboire. Elle vient de l’espagnol paraguante.
Ces cadeaux particuliers d’argent que les clients laissent aux prostituées à titre de gratitude, comme un pourboire à un cocher, s’appellent « des gants ». Les filles se disent entre elles en parlant de cette générosité : « J’ai reçu tant pour mes gants. » C’est le seul et unique produit qu’elles retirent de leur prostitution ; mais il n’est sorte de moyens qu’elles n’emploient pour l’obtenir ; quand elles sont rusées, qu’elles ont affaire à des jeunes gens ou à des hommes compatissants, elles parviennent à leur soutirer des sommes importantes.
(Léo Taxil, La Prostitution contemporaine)
Méfiez-vous des intrigants
Et surtout des femmes galantes
Qui vous demanderont des gants.
(A. Glatigny)
Il n’y a de femme chaste que celle qui ne trouve pas d’amant
France, 1907 : Cette locution proverbiale a mis en grande fureur l’excellent M. Quitard dans son recueil de Proverbes sur les femmes : « Que deviendrait la famille, — dit-il — que deviendrait la société, que deviendrait tout ce qu’il y a de plus sacré dans le genre humain, si cette infâme doctrine pouvait être accréditée ? Les libertins qui la professent mériteraient d’être punis ! » Elle n’est pas neuve cependant ; sans remonter à la plus haute antiquité, on la trouve exprimée dans le premier livre des Amours d’Ovide : « Casta est quam nemo rogacit. » « Est chaste celle que nul n’a sollicitée. » Mathurin Regnier en dit autant dans une de ses Satires :
Celle est chaste, sans plus, qui n’en est point priée.
La même idée est exprimée par Jehan de Meung, dans le Roman de la Rose, et nombre de poètes de tous les pays et de tous les temps l’ont répétée. Mais de tous, Montesquieu, dans ses Lettres Persanes, a le mieux rendu l’idée générale : « Il est des femmes vertueuses ; mais elles sont si laides, si laides, qu’il faudrait être un saint pour ne pas haïr la vertu. » Nous qui ne sommes pas saints, laissons leur vertu aux chastes laiderons, pour qu’elles en fassent hommage au Père Éternel :
Après an demi-siècle à peu près révolu,
Je conserve en mourant le trésor du bel âge
Mon Dieu ! Je vous en fais hommage…
Les hommes n’en ont point voulu.
Laideron
d’Hautel, 1808 : Mot injurieux et piquant, que l’on donne à une demoiselle extrêmement laide, qui fait la hautaine, la prude, la belle et l’agréable.
Delvau, 1866 : s. m. Fille ou femme fort laide, — dans l’argot des bourgeois, dont l’esthétique laisse beaucoup à désirer. On dit aussi Vilain laideron, — quand on veut se mettre un pléonasme sur la conscience.
Parée comme une épousée de village
France, 1907 : Avoir une mise prétentieuse et ridicule. Les paysannes, on le sait, n’ont pas l’apanage du bon goût ; plus elles se parent, plus elles paraissent grotesques et gauches, Telle fille, jolie en sa simple coiffe de village, devient laideron sous un chapeau de ville.
Rapapillotage, rapapiotage
France, 1907 : Réconciliation.
Souvent elles aimeront moins l’amant que l’amour, et, sachant par expérience que les rapapillotages ne valent pas mieux qu’un dîner réchauffé, elles se garderont bien, si elles sont lâchées par le second amant, de retourner au premier amant ; elles on prendront un troisième tout neuf, quitte à… passer la main à un quatrième, si le troisième ne fait pas l’affaire. C’est surtout pour la Parisienne qu’il est juste de dire que, s’il y a des femmes n’ayant pas d’amant, il n’y en a pas qui n’en ait eu qu’un.
(Colombine, Gil Blas)
Rondiner
d’Hautel, 1808 : Battre quelqu’un avec un rondin, lui donner des coups de bâton.
Vidocq, 1837 : v. a. — Boulonner.
Larchey, 1865 : Battre à coups de bâton. — Mot à mot : de rondin.
Qu’il est doux de pouvoir rondiner un ingrat.
(Le Rapatriage, parade du dix-huitième siècle)
Delvau, 1866 : v. a. Battre à coups de bâton, — dans l’argot du peuple.
Delvau, 1866 : v. a. Boutonner, — dans le même argot [des voleurs].
Delvau, 1866 : v. n. Dépenser de l’argent, des ronds, — dans l’argot des voyous. On dit aussi Se dérondiner.
Rigaud, 1881 : Sacrifier à Domange.
France, 1907 : Battre à coup de bâton, de rondin.
France, 1907 : Faire le tas, amasser.
Tout en cartonnant dans ton claque,
Rabats un douillard à ta marque ;
Qu’ell’ chauffe jarnaff, matelas,
Rondine et le tout sans taff’tas.
(Hogier-Grison, Pigeons et Vautours)
S’arrondir.
Son buste, d’une gracilité sèche qui, avec le duvet de ses lèvres et le déluré de sa mine, lui donnait à quinze ans l’air d’un joli garçon mauvais sujet, rondinait maintenant, appesanti d’un léger embonpoint. C’était l’acheminement à cette adiposité qui émoustillait les hommes du Culot, tous amoureux des femmes tétonnières, par un goût de chair mafflue.
(Camille Lemonnier, Happe-Chair)
France, 1907 : Faire ses besoins.
Rondiner (se)
Ansiaume, 1821 : Boutonner.
Tandis que je le dérondinois, les cognes sont arrivés et m’ont pris sur la falourde engourdie.
Singe
d’Hautel, 1808 : Payer en monnoie de singe, en gambades. Se moquer de celui à qui l’on doit, au lieu de le satisfaire. Ce proverbe vient de ce qu’autre fois les bateleurs qui montroient des singes, étoient obligés, pour tout péage, à l’entrée des villes, de faire danser leurs singes. ACAD.
Singe. C’est le nom que les imprimeurs à la presse donnent aux compositeurs qui ne font pour ainsi dire que copier le manuscrit, et pour se venger de ces derniers, qui les appellent ours.
C’est un vrai singe. Se dit d’un homme qui imite avec trop d’affectation les gestes d’un autre homme.
Adroit comme un singe. Se dit d’un homme agile et industrieux.
Malin comme un singe. Se dit d’un enfant fort espiègle, très-avisé.
Halbert, 1849 : Chef d’atelier, le patron.
Larchey, 1865 : « En revanche, les ours ont nommé les compositeurs des singes à cause du continuel exercice qu’ils font pour attraper les lettres dans les cinquante-deux petites cases où elles sont contenues. » — Balzac.
Monnaie de singe : Grimace. V. Roupie.
Il la payait, comme dit le peuple en son langage énergique, en monnaie de singe.
(Balzac)
Delvau, 1866 : s. m. Ouvrier compositeur, — dans l’argot des imprimeurs.
Delvau, 1866 : s. m. Patron, — dans l’argot des charpentiers, qui, les jours de paye, exigent de lui une autre monnaie que celle de son nom.
Rigaud, 1881 : Apprenti typographe.
Rigaud, 1881 : Patron. Nom donné primitivement par les peintres en bâtiment aux bourgeois qui les employaient, et, par extension, par tous les ouvriers à leurs patrons. Aujourd’hui ce sobriquet est trop connu pour qu’il soit employé en présence du patron ou’ du contre-maître. Dans la plupart des ateliers on choisit un sobriquet qui rappelle soit les mœurs, soit les habitudes, soit une infirmité du patron.
Boutmy, 1883 : s. m. Ouvrier typographe. Ce mot, qui n’est plus guère usité aujourd’hui et qui a été remplacé par l’appellation de typo, vient des mouvements que fait le typographe en travaillant, mouvements comparables à ceux du singe. Une opinion moins accréditée, et que nous rapportons ici sous toutes réserves, attribue cette désignation à la callosité que les compositeurs portent souvent à la partie inférieure et extérieure de la main droite. Cette callosité est due au frottement réitéré de la corde dont ils se servent pour lier leurs paquets.
Les noms d’ours et de singe n’existent que depuis qu’on a fait la première édition de « l’Encyclopédie », et c’est Richelet qui a donné le nom d’ours aux imprimeurs, parce que, étant un jour dans l’imprimerie à examiner sur le banc de la presse les feuilles que l’on tirait, et s’étant approché de trop près de l’imprimeur qui tenait le barreau, ce dernier, en le tirant, attrape l’auteur qui était derrière lui et le renvoie, par une secousse violente et inattendue, à quelques pas de lui. De là, il a plu à l’auteur d’appeler les imprimeurs à la presse des ours, et aux imprimeurs à la presse d’appeler les compositeurs des singes.
(Momoro)
Autrefois MM. les typographes se qualifiaient pompeusement eux-mêmes du titre d’hommes de lettres, et MM. les imprimeurs de celui d’hommes du barreau.
Virmaître, 1894 : Patron. Presque tous les corps de métiers, à l’exception des chapeliers, nomment leur patron un singe. Singe, ouvrier compositeur. Ce n’est pourtant pas dans un atelier de typographie qu’il faut chercher des grimaces (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Patron.
France, 1907 : Dessin d’imitation ; argot des polytechniciens.
Le singe imite tout ce qu’il voit faire, de là le mot singe employé pour désigner le dessin d’imitation… Les uns dessinent d’après les estampes, d’autres le paysage, d’autres des chevaux ; une section occupe un petit amphithéâtre réservé à la bosse ou à l’étude du modèle vivant. Ces différents genres de dessin sont ce qu’on appelle le singe mort, le jodot, les zèbres et le singe vivant.
(Albert Lévy et G. Pinet)
France, 1907 : Patron, directeur, chef, maître quelconque. Ce sobriquet est général, il est passé des ouvriers, des domestiques, aux employés de magasins et de bureaux.
France, 1907 : Petite fille ou femme laide, chétive, disgracieuse.
— Conment ! ce petit laideron que j’ai accueillie par charité, cette horreur que je suis forcé de voir chaque jour à ma table, qui a déjà apporté chez moi une maladie contagieuse… cette petite guenon, amenant le vice chez nous, est la cause de la mort de ce pauvre garçon… L’imbécile ! un singe comme ça !
(A. Bouvier, La Grêlée)
France, 1907 : Sobriquet donné autrefois aux ouvriers typographes à cause des gestes saccadés qu’ils font en levant la lettre. Ce mot a été remplacé par celui de typo.
France, 1907 : Viande de conserve ; argot militaire.
Comme de coutume au régiment le 14 juillet on nous a fait faire ripaille. Les grands chefs avaient ordonné à nos sacrés capitaines de bien nourrir leurs hommes.
Ah ! ils nous ont bien nourris !
Un de ces gradés n’a rien trouvé de mieux que de nous faire bouffer du singe.
Tu dois penser que ça ne doit pas être fameusement ragoûtant. Il s’en faut ! C’est de la bidoche qui a au moins cinq ans de magasin et qui, peut-être, est en conserves depuis six ou huit ans…, sinon plus !
(Le Père Peinard)
anon., 1907 : Patron.
Tapisserie (faire)
Larchey, 1865 : « Se dit par raillerie des femmes âgées qui au bal ne font plus que regarder danser. » — d’Hautel. — Rangées sur la banquette, le long du mur, elles font corps avec la tapisserie.
France, 1907 : Être au bal sans danser. On garnit les sièges le long des murs comme une tapisserie.
Une longue rangée de laiderons de tous âges formait une lamentable tapisserie.
(Les Propos du Commandeur)
Voyou
Delvau, 1866 : s. m. Gamin de Paris, enfant perdu de la voie publique ; produit incestueux de la boue et du caillou ; fumier sur lequel pousse l’héroïsme : hôpital ambulant de toutes les maladies morales de l’humanité ; laid comme Quasimodo, cruel comme Domitien, spirituel comme Voltaire, cynique comme Diogène, brave comme Jean Bart, athée comme Lalande, — un monstre en un mot. Type vieux — comme les rues. Mais le mot est moderne, quoiqu’on ait voulu le faire remonter jusqu’à Saint-Simon, qui traite de voyous les petits bourgeois de son temps.
Rigaud, 1881 : Gamin de Paris. — Dans les Mystères de Paris, Eug. Sue a doté le voyou, son Tortillard, de tous les vices. — Dans les Misérables, M. Victor Hugo a poétisé le voyou sous le nom de Gavroche.
C’était le même regard pénétrant et astucieux joint à cet air insolent, gouailleur et narquois, particulier au voyou de Paris, ce type alarmant de la dépravation précoce, véritable graine de bagne.
(E. Sue)
Ses parents l’avaient jeté dans la vie d’un coup de pied. C’était un garçon bruyant, blême, leste, éveillé, goguenard, à l’air vivace et maladif. Il allait, venait, chantait, jouait à la fayousse, grattait les ruisseaux, volait un peu, mais, comme les chats et les passereaux, gaiement, riait quand on l’appelait galopin, se fâchait quand on l’appelait voyou.
(V. Hugo)
C’est le gamin de Paris, l’enfant de la voie publique, le produit de la boue et du caillou, le fumier sur lequel passe l’héroïsme, l’hôpital ambulant de toutes les plaies morales de l’humanité. Laid comme Quasimodo, cruel comme Domitien, spirituel comme Voltaire, cynique comme Diogène, brave comme Jean-Bart, athée comme Lalande, un monstre.
(A. Delvau, La Journée d’un voyou)
Le voyou, le parisien naturel, ne pleure pas, il pleurniche ; il ne rit pas, il ricane ; il ne plaisante pas, il blague ; il ne danse pas, il chahute ; il n’est pas amoureux, il est libertin.
(L. Veuillot, Les Odeurs de Paris)
Rigaud, 1881 : Grossier, mal-appris, canaille et crapuleux personnage.
Virmaître, 1894 : Le voyou n’est pas à comparer à l’ancien titi, au gamin, au gavroche. C’est une petite crapule qui a en lui les germes de toutes les passions, de tous les vices et de tous les crimes imaginables. Le gamin de Paris est gouailleur, spirituel, courageux, susceptible de dévouement, il est flâneur, c’est vrai, mais sa flânerie est innocente. Le voyou a un langage à part ; comme le moineau franc, il a les instincts pillards, il est sans cœur, n’aime rien et convoite tout (Argot du peuple).
France, 1907 : Gamin mal élevé, cynique et mal embouché. Le type du genre est le voyou parisien. Alfred Delvau en a donné une définition à laquelle rien n’est à changer :
Gamin de Paris, enfant perdu de la voie publique ; produit incestueux de la boue et du caillou ; fumier sur lequel pousse l’héroïsme : hôpital ambulant de toutes les maladies morales de l’humanité ; laid comme Quasimodo, cruel comme Domitien, spirituel comme Voltaire, cynique comme Diogène, brave comme Jean Bart, athée comme Lalande, — un monstre en un mot.
Type vieux — comme les rues. Mais le mot est moderne, quoiqu’on ait voulu le faire remonter jusqu’à Saint-Simon, qui traite de voyous les petits bourgeois de son temps.
Dans ses Misérables, Victor Hugo, sous le tvpe de Gavroche, a idéalisé le petit voyou parisien. On dit au féminin voyouse ou voyoute. D’après Charles Nisard, voyou viendrait de voirou, individu malfaisant, loup-garou. « Le peuple de Paris, dit-il, qui fait et refait les mots et qui, bons ou mauvais, finit par les imposer, a perfectionné celui-là. Voyou prévaut sur voirou et a gagné la province. Seules les campanes tiennent bon encore, mais à la longue elles céderont. »
Voir Voirou.
Wilsonisme
France, 1907 : Trafic de charges publiques, des décorations ; néologisme créé sous la présidence de M. Grévy, dont Wilson était le gendre.
De Germiny nous avons fait Germinisme et ce mot est accroché comme un écriteau infamant au souvenir du misérable. De Wilson nous ferons Wilsonisme, et nous demanderons au Parlement de combler la lacune de la loi en votant un article ainsi conçu :
« Quiconque se sera rendu coupable de Wilsonisme… »
(Mot d’Ordre)
M. Gilly, on le comprend, était fort embarrassé. Il ne savait que dire. Il avait devant lui un millier d’électeurs qui commençaient à sourire de son attitude décontenancée. C’est alors que, d’un ton bonhomme, il prononça quelques mots pour expliquer et excuser son inaction : « Qu’est-ce que vous voulez que je fasse ? dit-il. Y a moyen de rien faire avec tous ces gens-là ! Ils tripotent tous ensemble ! On ne comprend rien à ce qu’ils font. Ils discutent toujours le budget, de gros volumes où le diable n’y connait goutte ! Dans cette commission du budget, il y a au moins vingt Wilson ! »
(Le Parti Ouvrier.)
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