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Apport Paris (l’)

d’Hautel, 1808 : Lieu où s’assemblent les marchandes de denrées. Le peuple dit, par corruption, la Porte Paris.

Beurre

d’Hautel, 1808 : C’est entré là-dedans comme dans du beurre. Pour dire tout de go, librement, sans aucun effort.
Il est gros comme deux liards de beurre, et on n’entend que lui. Se dit par mépris d’un marmouset, d’un fort petit homme, qui se mêle dans toutes les affaires et dont la voix se fait entendre par-dessus celle des autres.
Promettre plus de beurre que de pain. Abuser de la crédulité, de la bonne-foi de quelqu’un ; lui promettre des avantages qu’on ne peut tenir.
Des yeux pochés au beurre noir. Yeux meurtris par l’effet d’une chute, d’un coup, ou d’une contusion quelconque.
C’est bien son beurre. Pour, cela fait bien son affaire ; c’est réellement ce qui lui convient.

Vidocq, 1837 : s. m. — Argent monnoyé.

Larchey, 1865 : Argent. — V. Graisse.

Nous v’là dans le cabaret
À boire du vin clairet,
À ct’heure
Que j’ons du beurre.

(Chansons, Avignon, 1813)

Mettre du beurre dans ses épinards : Voir augmenter son bien-être. — On sait que les épinards sont la mort au beurre.
Avoir du beurre sur la tête : Être couvert de crimes. — Allusion à un proverbe hébraïque. V. Vidocq. Beurrier : Banquier (Vidocq).

Delvau, 1866 : s. m. Argent monnayé ; profit plus ou moins licite. Argot des faubouriens. Faire son beurre. Gagner beaucoup d’argent, retirer beaucoup de profit dans une affaire quelconque. Y aller de son beurre. Ne pas craindre de faire des frais, des avances, dans une entreprise.

Rigaud, 1881 : Argent.

La Rue, 1894 : Argent (monnaie). Synonymes : braise, carme, nerf, blé, monarque, galette, carle, pognon, michon, cercle, pilon, douille, sauvette, billes, blanc, mitraille, face, philippe, métal, dalles, pèze, pimpions, picaillon, noyaux, quibus, quantum, cuivre, vaisselle de poche, zozotte, sonnettes, auber, etc. Milled, 1.000 fr. Demi-sac, 500 fr. Pile, mètre, tas, livre, 100 fr. Demi-jetée, 50 fr. Signe, cigale, brillard, œil-de-perdrix, nap, 20 fr. Demi-signe, 10 fr. Tune, palet, dringue, gourdoche, 5 fr. Escole, escaletta, 3 fr. Lévanqué, arantequé, larante, 2 fr. Linvé, bertelo, 1 fr. Grain, blanchisseuse, crotte de pie, lisdré, 50 cent. Lincé, 25 cent. Lasqué, 20 cent. Loité, 15 cent. Lédé, 10 cent. (Voir largonji). Fléchard, rotin, dirling, broque, rond, pétard, 5 cent. Bidoche, 1 cent.

Rossignol, 1901 : Bénéfice. Une bonne qui fait danser l’anse du panier fait son beurre. Un commerçant qui fait ses affaires fait son beurre. Un domestique qui vole ses maîtres sur le prix des achats fait son beurre. Le domestique, né à Lisieux, qui n’est pas arrive après vingt ans de Service à se faire des rentes parce que son maître, né à Falaise, est plus Normand que lui, n’a pas fait son beurre.

France, 1907 : Argent monnayé, profit de quelque façon qu’il vienne ; argot des faubouriens. Les synonymes sont : braise, carme, nerf, blé, monarque, galette, carte, pognon, michon, cercle, pilon, douille, sauvette, billes, blanc, mitraille, face, philippe, métal, dalles, pèze, pimpions, picaillon, noyaux, quibus, quantum, cuivre, vaisselle de poche, zozotte, sonnettes, etc.
Faire son beurre, prélever des bénéfices plus ou moins considérables, honnêtes ou non ; y aller de son beurre, ne pas hésiter à faire des frais dans une entreprise ; c’est un beurre, c’est excellent ; au prix où est le beurre, aux prix élevés où sont toutes les denrées, argot des portières.

Il faut entendre un restaurateur crier : « L’addition de M. le comte ! » pour s’apercevoir que la noblesse, de nos jours, pas plus que du temps de Dangeau, n’est une chimère. Pour une jeune fille dont le père s’appelle Chanteaud, pouvoir signer « comtesse » les billets aux bonnes amies qui ont épousé des Dupont et des Durand, c’est tout ! Remplacer le pilon ou le mortier, armes dérisoires de la rue des Lombards, par un tortil élégant surmontant des pals, des fasces, des croix ou des écus semés sur des champs de sinople, quel charmant conte de fées ! Et ça ne coûte que trois cent mille francs ; c’est pour rien, au prix où est le beurre.

(Edmond Lepelletier, Écho de Paris)

Avoir du beurre sur la tête, être fautif, avoir commis quelque méfait qui vous oblige à vous cacher. Cette expression vient évidemment d’un proverbe juif : « Si vous avez du beurre sur la tête, n’allez pas au soleil ; il fond et tache. »
Mettre du beurre dans ses épinards, se bien traiter, car, suivant les ménagères, les épinards sont la mort au beurre. Les politiciens ne visent qu’à une chose : à mettre du beurre dans leurs épinards.

Je pense que c’est à la politique des groupes que l’on doit la médiocrité presque universelle qui a éclaté dans la crise actuelle. Le député entre à la Chambre par son groupe, vote avec son groupe, a l’assiette au beurre avec lui, la perd de même. Il s’habitue à je ne sais quelle discipline qui satisfait, à la fois, sa paresse et son ambition. Il vit par une ou deux individualités qui le remorquent.

(Germinal)

Chien, Sacré-Chien

Rigaud, 1881 : Eau-de-vie aussi mauvaise que forte. — On disait et l’on dit encore dur comme du chien, pour désigner soit un liquide qui racle la gorge au passage, soit une denrée comestible rebelle à la mastication. Il n’est donc pas étonnant que l’eau-de-vie très forte ait été désignée sous le nom de sacré-chien et chien par abréviation.

Danser l’anse de panier (la faire)

Virmaître, 1894 : Domestique qui majore les denrées qu’elle achète et fait payer cent sous à la patronne ce qui en vaut quarante (Argot du peuple).

Danser l’anse du panier (faire)

France, 1907 : Spécialité des cuisinières et, généralement, des domestiques qui comptent à leur maître les denrées à un prix très supérieur à celui qu’elles les ont payées.

Je m’acostois souvent de certaines servantes
Que je voyais toujours propres, lestes, pimpantes,
Et qui, pour soutenir l’éclat de leurs atours,
Sur l’anse du panier faisaient d’habiles tours !

(La Mallose des Cuisinières)

Enfant de la balle

Delvau, 1866 : s. m. Celui qui a été élevé dans la profession paternelle, comédien parce que sa mère a appartenu au théâtre, épicier parce que son père a été marchand de denrées coloniales, etc. Argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Celui qui a appris et qui exerce le même métier que son père. L’expression est particulièrement répandue dans le monde des coulisses.

France, 1907 : Personne qui a pris la profession de son père. Se dit plus particulièrement des comédiens.

Je veux peindre le comédien pur sang, celui qui descend en droite ligne du La Rancune de Scarron, celui qui est né, dans les coulisses, d’un premier rôle et d’une soubrette ; celui qui peut se dire avec orgueil enfant de la balle, et qui a passé ses premières années à parcourir la France entière à la suite des auteurs de ses jours, gaminant sur les places publiques avec les gamins de toutes nos sous-préfectures, et jouant les anges, les amours et les petits démons, à la satisfaction du public de province.

(L. Couailhac)

Faire ses orges

Delvau, 1866 : v. a. Faire des profits illicites, — dans l’argot du peuple.

Virmaître, 1894 : Gratter. Faire danser l’anse du panier. Engraisser ses poches aux dépens de celles des autres (Argot du peuple).

France, 1907 : Voler ; détourner des marchandises ou des denrées ; s’engraisser du bien d’autrui.

Faisanderie

Rossignol, 1901 : Escroquer de la marchandise est faire de la faisanderie.

France, 1907 : La faisanderie ou bande noire comprend quatre catégories de fripons nécessaires à son confectionnement. C’est d’abord le courtier qui, au moyen de faux certificats, se donne comme agent d’une maison de commerce importante, négociant en vins, joaillier, négociant en denrées, facteur de la Halle. Il s’adresse à de petits marchands, appelés petits faisans ou frères de la côte et leur offre à bas prix des marchandises dont il prétend disposer.

— Il voulait faire mon éducation… il m’a engagé à chauffer des lettres que ma patronne écrivait un ancien étalier de chez nous… elle les mettait à la poste restante, et puis elle venait rechercher la réponse… j’ai pu mettre la main dessus… Ah ! ce qu’il a fait reluire le singe avec celle monnaie-là, je n’te dis qu’ça… V’là ce qui m’a donné le goût de la faisanderie…

(Edmond Lepelletier, Les Secrets de Paris)

Marcanti

Rossignol, 1901 : Marchand. On désigne ainsi en Algérie les marchands de denrées et liquides qui suivent les colonnes expéditionnaires.

Mercuriale (faire ou recevoir une)

France, 1907 : Faire ou recevoir des reproches où des remontrances.
On donnait le nom de mercuriales à des assemblées du parlement dans lesquelles les officiers royaux devaient rendre compte de leurs actes, et le président requérait le châtiment ou le blâme contre ceux qui avaient abusé de leurs fonctions. Ces assemblées se tenaient toujours un mercredi (jour de Mercure) et, d’après l’ordonnance de Villers-Cotterets (1539), devaient avoir lieu chaque trimestre ; mais il n’y en eut plus tard que tous les six mois, le premier mercredi après Pâques et après la Saint-Martin, et enfin une fois par an, à la rentrée des tribunaux. Le discours prononcé s’appelait mercuriale.
Avant François Ier, Charles VIII en 1493 et Louis XII en 1498 avaient déjà fait chacun un édit au sujet de ces assemblées.
Ménage, que Molière ridiculisa sous le nom de Vadius dans les Femmes savantes, tenait tous les mercredis des réunions qu’il nommait ses mercuriales et où l’on faisait de la critique littéraire. La mercuriale des marchés, registre où les maires des communes inscrivent la hausse ou la baisse des prix des grains, des foins, etc., tire également son nom des assemblées du parlement, car on s’y occupait aussi de la question du prix des denrées.

Style

d’Hautel, 1808 : Se mettre sur le haut style. S’éléganter, se parer ; ce que le peuple appelle plus ordinairement se pomponner, se mettre sur son dix-huit.

Rigaud, 1881 : Argent.

Nous vendrons ce butin à la première occasion, et nos profondes auront le style qui leur manque. — Chez les Zéphirs, où l’esprit est une denrée commune, l’argent est désigné par ce mot.

(A. Camus)

France, 1907 : Argent.

Y

France, 1907 : Signe dont les merciers se servaient autrefois comme enseigne. On le voit encore en province sur les carreaux de nombre de boutiques de mercerie. Cette enseigne que l’on peut comparer à cette autre, au Cygne de la Croix, de certaines auberges de villages dévots, ou à l’Épi scié des marchands de denrées coloniales, est un jeu de mot qui remonte au XVIIe siècle où les grègues ou culottes à la grecque furent à la mode. Ces hauts-de-chausses se fixaient à la taille par un ruban appelé lie-grègues, et tous les merciers, qui naturellement vendaient les lie-grègues, prirent en manière de calembour l’Y comme enseigne.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique