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Agenouillée

Fustier, 1889 : Femme de mœurs faciles. Le mot, lancé il y a trois ans, n’a point fait fortune.

Pas de coin de rue qui n’ait maintenant sa douzaine d’agenouillées, toutes prêtes, moyennant salaire convenable, à adresser leurs prières à Vénus.

(Événement, août 1884)

Virmaître, 1894 : Fille du demi-monde et même du demi-quart qui a des aptitudes spéciales. L’expression est suffisamment expliquée par la position d’être agenouillée… pas sur les dalles d’une église pour prier le bon Dieu (Argot des filles). N.

France, 1907 : Prostituée dont la spécialité s’indique d’elle-même.

Apéritives

France, 1907 : Femmes du demi-monde.

Les loges sont toujours brillamment occupées par nos grandes horizontales, et les fauteuils par celles qu’Arène nomme des apéritives. On y voit aussi des hommes politiques et des ministres renversés qui semblent enchantés d’être débarrassés des soucis du pouvoir.

(Gil Blas)

Cagnotte

Larchey, 1865 : « Espèce de tirelire d’osier recevant les rétributions des joueurs. »

(Montépin)

Delvau, 1866 : s. f. Rétribution tacitement convenue qu’on place sous le chandelier de la demoiselle de la maison. Argot des joueurs du demi-monde.

France, 1907 : Argent prélevé sur les joueurs pour couvrir les frais du jeu.

Et on lui explique complaisamment de quelle façon on entendait faire marcher le cercle ; comment on y attirerait les joueurs, comment on les pousserait à se ruiner, et comment la cagnotte s’engraisserait à leurs dépens.

(Hogier-Grison, Le Monde où l’on triche)

— La cagnotte !… Voilà le plus clair du baccara… Oh ! la belle et bonne nourrice qu’une cagnotte !… Elle produit ici, petit cercle, partie moyenne, de dix-huit cents à quatre mille francs par soirée… Chez les frères Benoit, c’est le double, le triple… et encore, comme les directeurs trouvent que ce rendement n’est pas suffisant, les croupiers ont la consigne de l’augmenter le plus qu’ils peuvent.

(E. Lepelletier)

Faire une cagnotte, mettre en réserve les gains ou une partie des gains pour une dépense commune.

Crevette

Delvau, 1864 : Lorette. — Mot de création tout à fait récente.

Le petit crevé une fois affirmé, il a fallu lui trouver sa femelle, et à sa femelle donner un nom ; une dérivation toute naturelle a conduit au nom de crevette.

(Nestor Roqueplan)

Delvau, 1866 : s. f. Petite dame de Breda-Street. Mot de création tout à fait récente.

Rigaud, 1881 : Femelle du petit-crevé. Le peuple appelle crevettes les demoiselles qui portent des robes courtes et de couleur voyante (1868-69). — Femme galante. Viens-tu souper, il y aura de la crevette. Il y aura des femmes.

Virmaître, 1894 : Nom donné aux filles du demi-monde. On appelle aussi crevette une femme maigre (Argot du boulevard). V. Agenouillée.

France, 1907 : Jeune personne de mœurs légères. Féminin de crevé. C’est aussi une femme ou une jeune fille petite et maigre.

Demi-mondaine

Delvau, 1866 : s. f. Femme du demi-monde, — dans l’argot des gens de lettres.

France, 1907 : Femme ou fille qui a reçu une certaine éducation et qui est tombée dans la prostitution élégante.

Demi-monde

Larchey, 1865 : Une femme demi-monde est celle qu’on appelait en 1841 une femme déchue, — née dans un monde distingué dont elle conserve les manières sans respecter les lois. Le succès d’une pièce de Dumas fils a créé le nouveau mot. On a créé par analogie ceux de meilleur monde, et de quart de monde.

On écrit en toutes lettres que vous régnez sur le demi-monde. — C’est fort désagréable pour moi.

(A. Second)

Delvau, 1866 : s. m. Sphère galante de la société parisienne, dans l’argot de M. Alexandre Dumas fils, qui a fait une pièce là-dessus.

Levée

Rigaud, 1881 : Arrestation de filles publiques ; râfle opérée par la police sur les boulevards, dans les cafés, dans les hôtels garnis, chaque fois que le flot de la prostitution menace de monter trop haut.

France, 1907 : Se dit d’une femme retenue, engagée pour l’œuvre de chair.

Dans un bal costumé du demi-monde, un jeune copurchic s’approche d’une délicieuse créature dont le galant déguisement de page met de plantureuses formes en relief et lui parle éloquemment de l’ardeur des feux que cette vue vient d’allumer.
— Vous perdez votre temps, mon cher, minaude la gente horizontale, en repoussant doucement de téméraire, la levée est faite.

— Alors, l’union libre ?
— Mais oui.
— Et, ensuite, l’éperduement vers d’autres unions libres ?
— Parfaitement.
— Pas d’hymen ?
— Si fait, jusqu’au jour où il n’y a plus d’hymen consenti par le couple hyménéen.
— Mais le devoir conjugal ?
— Un devoir lui est supérieur : le devoir d’amour.
— Elles seraient donc dans leur droit, les filles qui rôdent dans les promenoirs des music halls ?
— Oui, si, à leur espoir de la nécessaire rétribution qu’exigent les marchandes à la toilette et les loueuses de garnis, elles joignaient la joie de leurs lèvres à des levées.
— C’est aller loin !
— Non pas. Même immonde, l’amour libre vaut mieux que, même honnête, l’amour esclave. Et, quoi qu’elle fasse, de quelque façon qu’il lui plaise de mentir, sans conviction, d’ailleurs, la société moderne a pour base, comme les temples des rishis aryens, la juxtaposition, aujourd’hui moins auguste, de l’Yoni et du Lingam.

(Catulle Mendès)

Marque (horizontale de)

France, 1907 : Fille ou femme du demi-monde, richement entretenue. Elle est de petite marque quand elle n’a ni hôtel, ni chevaux, ni voiture.

Décidément je ne sais quelle ardeur guerrière a soufflé sur nos horizontales de grande marque et de petite marque, mais depuis un mois nous avons à enregistrer un nouveau combat singulier dont elles sont les héroïnes.

(Le Figaro, octobre 1886)

Monde (demi)

France, 1907 : Monde de la prostitution élégante.

Dans ce qu’on appelle le demi-monde, il y a nombre de filles en carte, véritables chevaliers d’industrie de la jeunesse et de l’amour, qui, bien en règle avec la préfecture, mènent joyeuse vie pendant quinze ans et éludent constamment la police correctionnelle.

(Léo Taxil)

Œil (faire l’)

Rigaud, 1881 : Vendre à crédit.

Elle préférerait faire crier par les rues toutes ses cuites à sa fille que de faire deux sous d’œil.

(Privat d’Anglemont)

Virmaître, 1894 : Avoir à crédit chez les fournisseurs. Dans le peuple, quand on oublie de payer, le fournisseur refuse crédit ; alors on dit que l’œil est crevé (Argot du peuple).

France, 1907 : Faire crédit. Refuser le crédit se dit crever l’œil. On dit d’un marchand qui fait crédit pour une certaine somme, qu’il ouvre l’œil de tant. « Mon mastroquet m’a ouvert l’œil de dix francs. » « Baluchon a un œil ouvert chez le bistrot du coin. »

Quoique M. Charles Nisard — dit Alfred Delvau — s’en aille chercher jusqu’au premier siècle de notre ère un mot grec « forgé par saint Paul »… j’oserai croire que l’expression à l’œil… est tout à fait moderne. Elle peut avoir des racines dans le passé, mais elle est née sous sa forme actuelle, il n’y a pas quarante ans. Les consommateurs ont commencé par faire de l’œil aux dames de comptoir qui ont fini par leur faire l’œil : une galanterie vaut bien un diner…

(1883)

Faire de l’œil, regarder une personne de façon à lui faire comprendre qu’on se livrerait volontiers avec elle à une joute amoureuse. « Souvent, à force de faire de l’œil à une femme, on finit par lui taper dans l’œil. »

Entre femmes du monde, à la messe d’une heure à la Madeleine :
— N’est-ce pas, chère, que le nouveau chapeau de la comtesse est diantrement toc ?
— Oh ! oui. Il est tout à fait fin du demi-monde. Dites donc, mignonne, avez-vous remarqué comme le vicaire m’a fait de d’œil à la quête ?

Pêche à quinze sous

Delvau, 1866 : s. f. Lorette de premier choix, — dans l’argot des cens de lettres, qui consacrent ainsi le souvenir du demi-Monde d’Alexandre Dumas fils.

Rigaud, 1881 : Pécheresse du dessus du panier… de la prostitution. — Métaphore du cru Dumas fils, tonneau du Demi-Monde.

Je sais bien qu’on n’a encore aujourd’hui qu’une médiocre estime pour le panier des pêches à quinze sous.

(Ed. Texier, Les Choses du temps présent)

N’étaient-elles pas plus sympathiques, ces filles de Paris… que toutes ces drôlesses, pêches à quinze sous de Dumas fils ?

(Maxime Rude)

France, 1907 : Prostituée de premier choix ; la fleur du panier de Vénus.
Cette expression appartient à Alexandre Dumas fils.

C’était à la Comédie-Française, le soir de la reprise du Derni-Monde. On voyait là tout le champ familier des nobles et purs castors et même une jolie variété de pêches à quinze sous.

(Dubut de Laforest)

Placeur de lapins

Rigaud, 1881 : Farceur qui fait de la morale, moraliste qui vit aux dépens des autres et produit ses amis dans le monde galant.

Desgenais n’est, malgré ses malédictions à fracas, qu’un simple placeur de lapins.

(L. Chapron, Gaulois du 18 août 1877)

France, 1907 : Charlatan hypocrite qui joue au moraliste.

Desgenais n’est, malgré ses malédictions à fracas, qu’un simple placeur de lapins.

(L. Chapron, Le Gaulois)

France, 1907 : Individu qui vit aux dépens des « amis » qu’il présente à des femmes du demi-monde.

Quart de monde

France, 1907 : Monde des courtisanes d’un degré au-dessous du demi-monde. L’ambition des filles du quart de monde est de se ranger dans le demi.

Viande

d’Hautel, 1808 : De la viande à gens soûls. Alimens peu substantiels, peu solides : tels que les asperges, les concombres, et tout autre légume de ce genre.
On dit aussi dans un sens tout-à-fait semblable, de la viande creuse.
Montrer sa viande. Montrer des objets que la pudeur et la modestie prescrivent de dérober soigneusement aux regards.
Un mangeur de viande apprêtée. Un paresseux, un fainéant, qui aime à se divertir aux dépens des autres.

Delvau, 1864 : Femme publique.

Je vais connaître cette maison et savoir quelle viande il y a à son étal, à cette boucherie-la.

(Lemercier de Neuville)

Delvau, 1866 : s. f. La chair, — dans l’argot du peuple. Montrer sa viande. Se décolleter excessivement, comme font les demoiselles du demi-monde dans la rue et les dames du grand monde aux Italiens. Ce n’est pas d’aujourd’hui que l’on emploie cette expression froissante pour l’orgueil humain. Tabourot, parlant du choix d’une maîtresse, disait il y a trois cents ans :

Une claire brune face
Qui ne soit maigre ny grasse,
Et d’un gaillard embonpoint,
Ne put ny ne picque point :
Voilà la douce viande
Qu’en mes amours je demande.

Rigaud, 1881 : La chair humaine. Montrer sa viande, se décolleter. — Cacher sa viande, cacher un sein qu’on ne saurait voir.

Cache donc ta viande que je mange mon pain !

(É. Zola)

La Rue, 1894 : Le corps humain, la chair. Soigner sa viande, se bien nourrir, avoir soin de soi.

Virmaître, 1894 : Chair. A. Delvau trouve que cette expression est froissante pour l’orgueil humain. Pourquoi donc ? Est-ce que la chair humaine n’est pas de la viande au même titre que celle de n’importe quel animal ? Quand une femme a une belle carnation, rose, fraîche, c’est un hommage que lui rend le langage populaire en disant :
— Ah ! la belle viande, on en mangerait.
C’est assez rare en cette fin-de-siècle, pour que ce mot soit accepté comme une louange et non comme une grossièreté (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Chair humaine. Celui qui tombe ramasse sa viande.

France, 1907 : Chair. Étaler sa viande, se décolleter. Être en viande, être bien en chair. Mettre sa viande dans le torchon, se coucher. Ramasser sa viande, tomber. Basse viande, femme laide, avachie, basse prostituée. Viande de morgue, individu bon à tuer ; se dit aussi pour miséreux, vagabond.

Une claire brune face
Qui ne soit maigre ni grasse,
Et d’un gaillard embonpoint,
Ne pue ny ne pique point :
Voilà la douce viande
Qu’en mes amours je demande.

(Les Touches du Seigneur des Accords, 1583)


Argot classique, le livre • Telegram

Dictionnaire d’argot classique