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Acabit de la bête

Delvau, 1866 : s. m. Bonne ou mauvaise qualité d’une chose ou d’une personne. Argot du peuple. Être de bon acabit. Avoir un excellent caractère, ou jouir d’une excellente santé.

Bestialité

Delvau, 1864 : Crime honteux que l’on commet avec une bête.

Rien ne fut plus commun au moyen-âge que ce crime que l’on punissait de mort quand il était patent et confirmé par le tribunal. — Les registres du Parlement sont remplis de ces malheureux qu’on brûlait avec leur chien, avec leur chèvre, avec leur vache, avec leur pourceau, avec leur oie ! — On aurait volontiers pardonné à la bête plutôt qu’à l’homme ; mais on la tuait de peur qu’elle ne vint à engendrer un monstrueux assemblage de la bête et de l’homme.

(Pierre Dufour)

La lutte s’engage, les coups se portent, la bête devient l’égale de l’homme, Sainte est embestialisée… ensinginée.

(Alfred de Musset, Gamiani)

Bête

d’Hautel, 1808 : Plus fin que lui n’est pas bête. Locution badine et dérisoire, qui signifie que quelqu’un n’est rien moins que malicieux.
Bête à Pain. Dénomination basse et satirique, que l’on donne communément à un homme peu intelligent, emprunté et inhabile dans tout ce qu’il entreprend.
Bête comme un pot, comme une cruche, comme un oie. Sot et stupide au suprême degré.
Remonter sur sa bête. Rétablir ses affaires ; réparer ses pertes ; reprendre son premier état ; rentrer en faveur après avoir été disgracié.
La bonne bête. Expression piquante qui se dit d’un hypocrite, d’une personne qui affiche des sentimens qu’elle ne ressent pas.
Prendre du poil de la bête. Reprendre ses travaux accoutumés, après un long divertissement ; et dans un sens opposé, se mettre de nouveau en ribotte.
C’est une méchante bête ; une fausse bête. Se dit grossièrement et par dénigrement, d’un homme qui sous des dehors mielleux cache une ame noire et perfide.
Morte la bête, mort le venin. Signifie qu’une fois mort, un méchant n’est plus à craindre.
Quand Jean-Bête est mort, il a laissé bien des héritiers. Pour dire qu’en ce monde, il y a plus de sots que de gens d’esprit.
C’est comme l’arche de Noé, il y a toutes sortes de bêtes. Voyez Arche.
On n’y voit ni bête ni gens. Se dit d’un lieu obscur, où l’on ne peut rien distinguer.
C’est la bête du bon Dieu. Manière ironique de dire que quelqu’un est bon jusqu’à la foiblesse ; qu’on le mène comme on veut.
Faire la bête, faire l’enfant. Jouer l’ingénu ; minauder, avoir l’air de ne pas comprendre une chose dont on a une parfaite connoissance.
Bête épaulée. Fille qui se réfugie sous les lois de l’hymen, pour réparer les désordres de l’amour.
Pas si bête ! Espèce, d’exclamation, pour exprimer que l’on n’a pas donné dans un piège ; que l’on n’a pas voulu consentir à des propositions artificieuses.

Vidocq, 1837 : s. m. — Dans la partie de billard dont les détails seront donnés à l’article Emporteur, la Bête est celui qui tient la queue.

Larchey, 1865 : Voir bachotteur.

Delvau, 1866 : s. f. Filou chargé de jouer le troisième rôle dans la partie de billard proposée au provincial par l’emporteur.

Rigaud, 1881 : Floueur qui, dans une partie de cartes ou de billard, allèche la dupe, en perdant quelques coups. Il fait la bête.

Rigaud, 1881 : Vache, — dans le jargon des bouchers.

Un boucher ne dit jamais : j’ai acheté une vache, mais bien : j’ai acheté une bête.

(É. de La Bédollière)

La Rue, 1894 : Compère qui allèche la dupe en perdant quelques coups au jeu.

France, 1907 : Compère d’un escroc au jeu qui allèche le dupe en perdant, en faisant la bête.

Bête à deux dos (faire la)

Delvau, 1864 : Faire l’acte vénérien, pendant lequel les deux fouteurs, cellés ensemble par le ventre, ont l’air de n’avoir que des dos. — L’expression a de l’usage. Coquillart s’en est servi, Rabelais après lui, et, après Rabelais, Shakespeare — dans la première scène d’Othello :

Your daughter and the Moor are now making the beast with two backs…

On s’en sert toujours avec avantage dans la conservation.

France, 1907 : Faire l’amour ; accomplir l’acte qui perpétue l’espèce humaine. L’expression est de vieille date.

Il est difficile à un auteur dramatique de s’échapper des sujets reconnus d’utilité théâtrale et de pratiquer une conception supérieure au mensonge sempiternel de l’amour et aux variations écœurantes de la bête à deux dos. En vain, nous réclamons, pour l’art dramatique avili, un champ plus vaste et plus haut d’expérience : il semble condamné au bagne de la pornographie macabre, sinistre ou farceuse, aux truculences de la pièce rosse, poncif du Théâtre-Libre, ou aux éjaculations idiotes du Vaudeville.

(Henry Bauër, Les grands Guignols)

… Les rideaux
Sont tirés. L’homme, sur la femme à la renverse,
Lui bave entre les dents, lui met le ventre en perce,
Leurs corps, de par la loi, font la bête à deux dos.

(Jean Richepin, Les Blasphèmes)

Comme il

France, 1907 : Abréviation de comme il faut, de bon ton, de bonne compagnie. « T’as rien l’air comme il. Tu as l’air d’un monsieur chic. »

Mais la nature et, seconde nature, l’habitude avaient sûrement mis la frappe du vice originel, héréditaire, cumulé et cultivé sur cette face comme il faut. L’œil, cette fenêtre de l’âme, furtif et faux, de forme oblique et d’une prunelle trop large pour le blanc, devenait, comme celui du félin, féroce en se fixant. L’oreille panique, pointue, était de même animale. Le nez ou le bec courbé, le menton relevé, la bouche mince et l’angle aigu n’étaient pas moins carnassiers. Il y avait de la bête de proie dans cet homme du monde, cet homme comme il faut.

(Edmond Lepelletier)

De la licence du Directoire, qui s’était transformée sous l’Empire en une décence obtenue par ordre, on passa, sous la Restauration, a une sorte de pruderie aussi bien dans le costume que dans les idées ; chacun demeura sur son quant-à-soi avec dignité, on rechercha le correct, l’absolu bon ton, le comme il faut, la suprême distinction dans des notes discrètes et sobres ; on se garda de l’éclat et du faux décorum ; la somptueuse pompe impériale fit place à la simplicité.

(Octave Uzanne, La Femme et la Mode)

Mandrin

d’Hautel, 1808 : Nom d’un voleur, d’un brigand insigne, qui est devenu commun à tout voleur, escroc ; filou ; et que l’on donne généralement aux gens sans foi, sans probité.

Delvau, 1866 : s. m. Bandit, homme capable de tout, à quelque rang de la société qu’il appartienne, sur quelque échelon qu’il se soit posé. Cette expression — de l’argot du peuple — est dans la circulation depuis longtemps. On dit aussi Cartouche, — ces deux coquins faisant la paire.

France, 1907 : Vaurien, scélérat, mauvais sujet. Du nom d’un célèbre coupeur de bourses qui fut roué à Valence, le 26 mai 1755, après avoir terrorisé longtemps les bourgades du Midi, à la tête d’une bande désignée d’après lui sous le nom de les Mandrins. En décembre 1754, Louis Mandrin, à la tête de soixante-cinq bandits, contraignait la mairie et la ferme des sels d’Autun à lui donner 20.000 livres. Le lendemain, il résistait avec succès à un détachement de hussards et de chasseurs commandé par le colonel Fisher, mais cet officier avant reçu du renfort, Mandrin fut complètement battu à Guénand, près Brion, dans le baillage d’Autun. D’autres disent que ce furent des volontaires du Dauphiné qui s’emparèrent de lui au bourg de la Sauvelat en Velay.

Sur ces entrefaites, des marchands de bon sens populaire, dégonfleurs d’outres et propagateurs de Libre examen, eurent la curiosité de se pencher sur la vie des plus illustres diplomates et en particulier sur celle de ce Talleyrand qui en est le type consacré, et ils virent que cette vie n’en laissait rien, pour le crime, l’infamie, de mensonge, les trahisons et toutes les hontes aux existences abominables des Mandrin des Cartouche et des exemplaires les plus abjects de la bête humaine.

(Émile Bergerat)

Maquilleur de gayés

Rigaud, 1881 : Individu chargé par un maquignon de rendre une rosse présentable à la vente. Le maquillage des gayés est souvent pratiqué par le maquignon lui-même. Ce maquillage consiste : pour les chevaux poussifs, à leur administrer, sous le nom de potion, une affreuse drogue qui les guérit… pendant un jour ou deux ; pour les chevaux couronnés, à coller sur leurs genoux des poils de chevaux morts ; pour l’assortiment d’un attelage, dans l’emploi de la teinture. Il y a encore le limage des dents, la taille des oreilles et une foule d’autres supercheries inspirées par les circonstances et l’état de la bête.

Pinçard

Fustier, 1889 : Bon cavalier. Argot des élèves de l’école de Saumur.

Il s’en va de la queue au crâne de la bête,
Tantôt penche à tribord, tantôt penche à bâbord.
S’il est vraiment pinçard, il entre dans le port.
Mais s’il est maladroit, hélas ! pique sa tête.

(Nos farces à Saumur)

France, 1907 : Cavalier qui possède de longues jambes à l’aide desquelles il peut serrer fortement les flancs de son cheval ; terme d’équitation.

Il s’en va de la queue au crâne de la bête,
Tantôt penche à tribord, tantôt penche à bâbord,
S’il est vraiment pinçard, il entre dans le port,
Mais s’il est maladroit, hélas ! pique une tête.

(Théo-Critt, Nos farces à Saumur)

Poil

d’Hautel, 1808 : Avoir un poil dans la main. Être disposé à ne rien faire, se laisser gagner par l’oisiveté.
Il y a laissé son poil. Se dit en parlant d’un homme qui dans une affaire a eu du dessous, ou un grand désavantage.
Poil de Judas. Cheveux ou barbe rousse.
Être au poil et à la plume. Être bon et habile à plusieurs choses.
Un brave à trois poils. Fanfaron, homme qui dit plus qu’il n’en fait.
C’est un gaillard à poil, un luron à poil. Se dit d’un homme fort, vigoureux, et bien taillé ; ou fin, habile et rusé.
Il a de beaux poils. Se dit par ironie de quel qu’un qui n’a pas de beaux cheveux.
Reprendre du poil de la bête. Se remettre au travail, reprendre ses travaux accoutumés après plusieurs jours de féerie.
Un poil ne passe pas l’autre. Se dit d’un homme ajusté, vêtu avec recherche.
Il se laisseroit arracher la barbe poil à poil. Se dit d’un poltron, qui souffre et passe sous silence les offenses les plus graves.

Larchey, 1865 : Réprimande.

Delvau, 1866 : s. m. Courage, — dans l’argot du peuple, qui, sans croire, comme les Anciens, aux gens qui naissent avec des poils sur le cœur (V. Pline, Histoire naturelle), a raison de supposer que les gens velus de corps sont plus portés à l’énergie que ceux à corps glabre. D’où les deux expressions : Avoir du poil, c’est-à-dire du courage, et Être à poils, c’est-à-dire résolu.

Delvau, 1866 : s. m. Paresse, envie de flâner, — dans le même argot [du peuple]. Avoir un poil dans la main, ou tout simplement le poil. N’avoir pas envie de travailler. Nos pères disaient d’un homme fainéant : « Il est né avec un poil dans la main, et on a oublié de le lui couper. »

Delvau, 1866 : s. m. Réprimande, objurgation, — dans l’argot des ouvriers paresseux.

La Rue, 1894 : Paresse. Avoir un poil dans la main. Réprimande. Courage. Faire le poil, surpasser, tromper. Tomber sur le poil, battre.

France, 1907 : Réprimande. « Recevoir un poil. »

— Comment être sûr que celle-ci ou celle-là, à qui je devrais adresser des observations, flanquer un poil, sur la manière dont elle s’acquitte de son service, ne… fréquente pas les genoux d’un député ou d’un sénateur, aussi amoureux qu’influent ? Dans le doute, je préfère rengainer mon speech et supprimer mon poil !

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

Reprendre du poil de la bête

Delvau, 1866 : v. a. Continuer le lendemain les débauches de la veille. Argot du peuple.

Reprendre le poil de la bête

France, 1907 : Continuer Les débauches de la veille.

Trompe-la-mort

Virmaître, 1894 : Individu condamné par les médecins, qui n’en meurt pas plus vite pour cela.
— Il trompe la mort qui le guette.
On dit également :
— Il a repris du poil de la bête.
Cette expression ; trompe la mort, date de 1848.
Un ouvrier forgeron, arrêté sur une barricade, lors de l’insurrection de Juin, fut conduit, avec un groupe de combattants, à la tombée de la nuit, au Champ de Mars, où se faisaient en masse les exécutions sommaires. On fusillait les malheureux rang par rang.
Il était au second rang ; par une présence d’esprit incroyable, à ce moment suprême, il tomba en même temps que le premier rang ; on n’y lit pas attention.
Vers onze heures du soir, l’exécution terminée, des tombereaux vinrent enlever les cadavres pour les transporter au cimetière Montmartre et les jeter dans la fosse commune.
On ne les recouvrait pas de terre, afin que les familles puissent les reconnaître le lendemain.
L’ouvrier avait eu la malchance d’être jeté au fond du tombereau ; il était inondé du sang qui coulait sur lui.
Pendant le trajet, après des efforts inouïs, il parvint à se hisser au-dessus des cadavres ; il sauta à bas de la lugubre voiture sans être aperçu, et alla se cacher chez un ami.
Le calme revenu, il rentra à l’atelier. Stupéfaction générale. Les camarades, qui connaissaient l’aventure, lui crièrent :
— Tiens ! voilà Trompe la mort.
Il l’avait rudement trompée, car il ne mourut qu’en 1888, à l’âge de quatre-vingts ans.
Trompe la mort (Argot du peuple).


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique