Virmaître, 1894 : Mot à mot allez vous faire voir, vous m’ennuyez (Argot du peuple).
Aller à dache
Bardache
Delvau, 1864 : Pédéraste actif ou passif, au choix — des autres.
C’est là un cul de châtré ou de bardache, si jamais il y en a eu.
(La Popelinière)
Le capitan était bardache :
Godefroy, seigneur de Bouillon,
L’encula dans une patache.
(B. de Maurice)
France, 1907 : Jeune garçon dont les gens de mœurs levantines abusent. On disait enfant d’honneur.
Le prince de Bidache
Criait aux Allemands :
Rendez-moi mon bardache.
(Tallemant des Réaux)
Bidache ou bidoche
France, 1907 : Viande ; argot populaire.
Bidoche est le nom d’une marchande de soupes qui, vers 1830, tenait, près des Halles, une gargote appelée le Restaurant des Pieds humides.
Pour deux sous, la mère Bidoche donnait une portion de haricots, d’oseille, de pois cassés ou d’épinards. La soupe coûtait un sou ; les riches, pour trois sous, pouvaient s’offrir un bœuf entrelardé ou un ragoût de mouton. Quant au vin, il était gratis ; la Fontaine des Innocents ne tarissait jamais ! C’était un type que la mère Bidoche. Ancienne cantinière, elle avait conservé de son existence au régiment des habitudes militaires. Elle avait horreur de la carotte, et ne l’admettait que dans la soupe.
(Ch. Virmaître, Paris oublié)
Bidoche
un détenu, 1846 / Halbert, 1849 : Viande.
Delvau, 1866 : s. f. Viande, — dans l’argot des faubouriens. Portion de bidoche. Morceau de bœuf bouilli.
Rigaud, 1881 : Viande, — dans le jargon du peuple. — Morceau de bœuf bouilli, l’ordinaire du soldat, — dans le jargon des troupiers. Il faut joliment tirer sur la bidoche, pour la démolir.
Merlin, 1888 : Portion de viande.
La Rue, 1894 : Mauvaise viande. Pièce d’un centime.
Virmaître, 1894 : Viande. Cette expression est connue depuis 1830. Le nom de la mère Bidoche avait été donné à la marchande de soupe qui tenait le restaurant des Pieds humides à l’ancien marché des Innocents, aux Halles. Le mot est resté dans le peuple, qui dit aussi quand la bidoche est trop dure : c’est de la carne (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Viande.
France, 1907 : Voir Bidache.
anon., 1907 : Viande.
Bordache
France, 1907 : Élève de l’École navale, du vaisseau-école le « Borda ».
Connaissance
Delvau, 1864 : Maîtresse, concubine.
Ah ! vous avez une connaissance, monsieur !
(De Leuven)
Larchey, 1865 : Maîtresse.
Ah ! vous avez une connaissance, monsieur !
(De Leuven)
Delvau, 1866 : s. f. Maîtresse, — dans l’argot des ouvriers, qui veulent connaître une fille avant de la prendre pour femme.
Rigaud, 1881 : Amant, maîtresse ; fiancé, fiancée, — dans le jargon des ouvriers, des militaires et des bonnes d’enfants.
T’nez M’sieu, j’aime mieux vous dire tout d’ suite, j’ai z’une connaissance.
(Grévin)
France, 1907 : Bonne amie, maîtresse.
— Tu l’aim’s donc bien, c’te connaissance ?
— N’m’en parl’ donc pas, j’m’en frais crever !
(Chant d’atelier)
La connaissance est la compagne obligatoire du pioupiou et même du cavalier et du pompier. C’est elle qui vous fait passer agréablement les heures de promenade entre la soupe et la retraite ; elle qui vous refile une petite fiole de fine et de la bonne, prélevée sur la bouteille du bourgeois ; elle qui vous fait pénétrer dans la boîte par l’escalier de service, afin de vous donner le tendre bécot qu’elles n’a pas épanché sur votre joue aux Tuileries ; elle qui vous nourrit du quartier de poulet qu’elle mis en réserve à votre intention et qu’elle arrose, la chère amie, d’une bouteille de vin cacheté et de ses plus ineffables tendresses ; elle qui vous donne la clé de sa chambre lorsque vous avez la permission de la nuit ; elle qui vous paye de bons cigares avec son sou du franc, si toutefois son singe ne fume pas ; elle encore que vous verrez au premier rang de la foule, derrière le cipal, aux jours de revue, fière de vous voir si beau sous l’uniforme, admirant votre air crâne et martial, et vous électrisant avec ses œillades pleines de promesses.
(Traité de civilité militaire et d’honnêteté, enseignée par Dache)
Le boursier X…, l’homme le plus riche, mais le plus connu pour sa paillardise, allait rendre le dernier soupir.
Son neveu arrive en toute hâte de Nice pour le voir une dernière fois.
— Savez-vous, demande-t-il au valet de chambre, si mon oncle a encore sa connaissance ?
— Certainement, monsieur, ils sont même ensemble depuis ce matin.
(Tintamarre)
— Laisse-moi parler ; tu vois bien que c’est la dernière fois que j’t’embête… Dis donc, Albert, comment que ça se fait que tu parles toujours de tes connaissances, et qu’j’aurais pas eu l’droit d’aimer aussi, moi…
(L.-V. Meunier, Chair à plaisir)
Conter à Dache où au perruquier des zouaves
France, 1907 : Expression militaire qui signifie : Je ne vous crois pas. Allez conter cela aux imbéciles.
Dache était, parait-il, un soldat resté légendaire pour sa naïveté au 3e régiment de zouaves. Les Anglais ont une expression analogue, ils disent : Contez cela aux soldats d’infanterie de marine (Tell that to the marines).
Coup de torchon
Delvau, 1866 : s. m. Baiser, — dans l’argot des faubouriens, qui sans doute, veulent parler de ceux qu’on donne aux femmes maquillées, dont alors les lèvres essuient le visage.
Rigaud, 1881 : Duel au sabre, en terme de régiment. Se flanquer un coup de torchon.
France, 1907 : Combat, bataille.
— Eh ! margi, lui criai-je à travers les barreaux de ma lucarne, quoi de nouveau ?
— Il y a qu’on va se flanquer des coups de torchon, mon fils. Une belle occasion de dépuceler ton sabre.
(Hector France, L’Homme qui tue)
Hop là ! hardi ! Il va y avoir un coup de torchon !
Pas un pioupiou ne boude.
Sac au dos ! empoignez-moi votre flingot, la cartouchière sur le bedon, et, pas gymnastique, en avant, marche !
(Traité de civilité militaire et honnête, enseignée par Dache)
Se donner un coup de torchon, se battre en duel.
Dache
Delvau, 1866 : s. m. Diable, — dans l’argot des voleurs, qui pourtant ne croient ni à Dieu ni à diable. Envoyer à dache. Envoyer promener, envoyer au diable. Les ouvriers emploient aussi cette expression.
Rigaud, 1881 : Diable. — Envoyer à dache, envoyer au diable.
La Rue, 1894 : Diable. À dache ! au diable.
Rossignol, 1901 : Dire à quelqu’un : Allez raconter çà à Dache, le perruquier des zouaves, c’est lui dire : je ne vous crois pas.
France, 1907 : Diable ; argot des voleurs. De diache, vieux mot qui a même signification. Dans l’argot militaire, Dache est un perruquier passé légendaire aux zouaves pour sa simplicité ; on dit, après avoir écouté quelques grosses gasconnades : Allez donc raconter cela à Dache, le perruquier des zouaves !
Mais voici que la voix de coq enrhumé de l’infirmier-sacristain retentit dans la salle :
— Eh ! les amis, y aura des brioches à la messe.
— Des brioches ! Faut conter ça à Dache.
— Oui, oui, des brioches en place de pain bénit.
— C’est pas des blagues, au moins, Lenglumé ?
— Parole d’honneur ! D’ailleurs, allez-y voir.
Et Lenglumé passait et continuait dans la salle voisine :
— Eh ! les amis, vous savez, y aura des brioches à la messe.
— Nom de Dieu ! c’est donc pas pour rire ?
(Hector France, L’Homme qui tue)
Dache, perruquier des zouaves
Merlin, 1888 : Personnage imaginaire (d’aucuns prétendent pourtant qu’il a réellement existé) à qui l’on renvoie les hâbleurs, les raseurs, les importuns : Allez donc raconter cela à Dache !
Fistaille
France, 1907 : Élève de première année à l’École navale. On dit aussi fistot. Voir Bordache.
Fistot
Fustier, 1889 : Élève de première année à l’École navale.
Les anciens attendaient leurs fistots pour les piloter et commencer leur éducation maritime.
(Illustration, octobre 1885)
France, 1907 : Élève de première année à l’École navale. Voir Bordache.
Le Borda, d’où le surnom bordache donné aux élèves de l’École navale, est un ancien vaisseau de ligne hors de service qui servait de vaisseau-école et restait stationnaire en rade de Brest. C’est là où, pendant deux ans, nos futurs officiers de marine faisaient leur apprentissage de marin. Les élèves forment deux divisions : ceux de la deuxième année, constituant la division des anciens, et ceux de première année, la division des fistots.
En outre du Borda, il existe deux bâtiments annexes, le James, corvette à voiles, et le Bougainville, transport mixte.
C’est sur ce dernier bâtiment qu’embarquent les fistots vers la fin du mois de juillet pour faire leur premier voyage, pendant que les anciens partent pour deux mois de congé avant de s’embarquer sur l’Iphigénie avec le grade d’aspirant de deuxième classe.
Le vovage du Bougainville se partage en deux. Du 20 juillet au 5 ou 6 août, il fait ce que l’on appelle la campagne des baies, c’est-à-dire visite chaque jour les baies si curieuses et si pittoresques situées à l’extrémité du Finistère, et revient tous les soirs au mouillage en rade de Brest. Enfin, le 6 août, grand appareillage pour le voyage des côtes durant environ un mois.
Grand C
France, 1907 : Dans l’argot de l’École navale, le « grand C » est le chiffre algébrique correspondant au numéro matricule le plus élevé de la promotion et qui sert à établir le calendrier spécial du bord.
Matériellement, le « grand C » est représenté par un mannequin, antiréglementaire dans tous les détails de sa tenue, qu’on fait passer en jugement et que, finalement, on jette par-dessus bord avec — d’aucuns disent sans — 51 sous dans sa poche.
L’explication de ces 51 sous du « grand C » consiste dans la défense qui est faite aux pauvres « bordaches » d’avoir jamais plus de cinquante sous dans leur poche.
Le jour où le « grand C » devient « un homme à la mer », a lieu aussi « l’adoration du sextant », — un vieux sextant en bois baptisé du nom d’Antoine.
Telles sont les gaietés du bord, qui n’empêcheront pas nos « fistots » de devenir plus tard de brillants et savants officiers de marine et de vaillants défenseurs de la patrie.
Voir Bordache, Fistot.
Gripper
d’Hautel, 1808 : Voler, filouter.
Être grippé. Avoir la grippe.
On lui a grippé sa montre, son argent, son mouchoir. Pour, on lui a volé, etc.
Delvau, 1866 : v. a. Chiper, et même voler, — dans l’argot du peuple.
France, 1907 : Dérober, agripper ; arrêter pour mettre en prison.
Loupiat, Sans-Quartier, Belle-Humeur, La Rondache,
Brise-Mâchoire, Harpin, Berry, Brûle-Moustache,
Tant d’autres dont les noms me sont presque échapés,
Et mille autres encore que la Pousse a gripé.
(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)
Ramassés (Beni)
France, 1907 : Littéralement, enfants ramassés. Élisée Reclus donne de ce nom l’explication suivante :
Telle ou telle des mille ou onze cents tribus qu’on énumère en Algérie se compose d’éléments distincts par la race ; il en est de même des groupements inférieurs, douar, dachera, ferka, arch : ils peuvent différer les uns des autres par la composition dans un même kbaïla ou ligue fédérale. Mainte peuplade n’est qu’une agglomération confuse de familles de toute couleur et de toute origine, venues de toutes les parties de la contrée ; suivant l’expression française, ce sont des Beni Ramassés. Chaque ville a des tribus de ce genre dans ses faubourgs.
Ramorder
France, 1907 : Travailler ; argot du Borda.
En entendant un bordache dire à un de ses camarades « qu’il ramorde chiade sa carlingue pour ne pas être cramé par un élitard », on ne se douterait pas que cet élève travaille ferme son cours d’architecture navale, pour ne pas être dépassé par un élève d’élite.
(Histoire de L’École navale)
Rondache
Halbert, 1849 : Alliance.
Rondache, rondine
France, 1907 : Bague ; argot des voleurs.
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