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Araignée dans le plafond

Rossignol, 1901 : Une personne détraquée a une araignée dans le plafond.

Araignée dans le plafond (avoir une)

Larchey, 1865 : Être fou. Le cerveau serait ici le plafond et la monomanie y tendrait ses toiles.

Rigaud, 1881 : Extravaguer par instant. Le plafond figure le crâne ; l’araignée y file sa toile et empêche les idées de sortir claires et nettes.

Virmaître, 1894 : Synonyme de loufoque. Avoir la cervelle détraquée (Argot du peuple).

Battre la breloque

Virmaître, 1894 : Les tapins, au régiment, battent la breloque pour annoncer l’heure de la soupe. Une pendule détraquée qui marche comme les montres marseillaises, lesquelles abattent l’heure en quarante cinq minutes, bat la breloque. Avoir le coco fêlé, ne plus savoir ce que l’on fait, avoir des moments d’absence, c’est battre la breloque. On dit également : battre la campagne (Argot du peuple).

France, 1907 : Ne pas savoir ce que l’on fait ; perdre la tête ; aller comme une pendule détraquée.

Boguiste

Ansiaume, 1821 : Horloger.

Le boguiste est le bon, il quimpe pour la camelotte.

Vidocq, 1837 : s. m. — Horloger.

Delvau, 1866 : s. m. Horloger.

Rigaud, 1881 : Horloger, — dans le jargon des voleurs. — Ma toquante a le trac, faudrait la mettre en pension chez le boguiste, ma montre est détraquée, il faudrait la confier à l’horloger.

France, 1907 : Horloger.

Boule

d’Hautel, 1808 : Pour dire tête. Perdre la boule. Signifie perdre la tête, la tramontane, devenir fou.
Tenir pied à boule. Être assidu, attache à besogne, ou marquer de la tenacité dans une affaire.
Rond comme une boule. Se dit d’un homme surchargé d’embonpoint, gros, bouffi et replet.

Vidocq, 1837 : s. f. — Foire ou fête.

Vidocq, 1837 : s. f. — Tête.

Halbert, 1849 : Foire.

Larchey, 1865 : Tête. — Allusion de forme.

Polissonne de boule ! en fais-tu des caprices ?

(Les Amours de Mayeux, chanson, 1833)

Perdre la boule : Perdre la tête.

Mais Javotte a perdu la boule.

(E. de Pradel, 1822)

Boule de son : Figure couverte de rousseurs. — Celles-ci sont appelées communément taches de son. L’image est juste. — Boule de son : Pain de munition. — Il contenait autrefois beaucoup trop de son. — Boulendos : Bossu (Vidocq). — Allusion à l’effet de la bosse sous l’habit : on paraît avoir une boule dans le dos.

Delvau, 1866 : s. f. Foire, — dans le même argot [des voleurs].

Delvau, 1866 : s. f. Tête, — dans l’argot du peuple. Bonne boule. Physionomie grotesque. Perdre la boule. Ne plus savoir ce que l’on fait.

Rigaud, 1881 : Chien boule-dogue, boule-terrier.

Rigaud, 1881 : Foire, — dans le jargon des voleurs.

Rigaud, 1881 : Tête, visage. — Boule de siam, visage grotesque. — Boule de singe, personne laide.

La Rue, 1894 : Foire. Tête.

France, 1907 : Tête. Bonne boule, physionomie drôle ou sympathique ; perdre la boule, ne pas savoir ce que l’on fait ; avoir la boule détraquée. Boule de Siam, tête grotesque ; boule de neige, nègre ; boule de son, figure marquée de taches de rousseur appelées aussi taches de son.

Breloque

d’Hautel, 1808 : Battre une breloque. Dire des gaudrioles ; tenir des discours saugrenus ; payer ses dettes en alléguant de mauvaises raisons.

Vidocq, 1837 : s. f. — Pendule.

Larchey, 1865 : Pendule. — Vidocq. — Onomatopée imitant le bruit du balancier.

Delvau, 1866 : s. f. Pendule, — dans l’argot des faubouriens.
D’où est sans doute venue l’expression : Battre la breloque, pour signifier d’abord chez les soldats : « Annoncer à son de tambour l’heure des repas ; » puis au figuré, chez le peuple : « Déraisonner comme une pendule détraquée. »

Rigaud, 1881 : Pendule.

France, 1907 : Pendule. Battre la breloque, déraisonner ; « allusion, dit Lorédan Larchey, aux sons brisés de la batterie de tambour dite breloque, qui est particulièrement saccadée. »

Démancher

d’Hautel, 1808 : Se démancher. Se donner beaucoup de peine ; crier à tue tête ; s’agiter, se démener ; se détraquer pour des choses très-peu importantes.

Détraqué, détraquée

France, 1907 : Personne fantasque et que les nerfs surexcités poussent à toutes les extravagances.

Certes, il y a parmi nous des romanesques et des détraquées, mais alors celles-là s’adonnent entièrement à leur passion, sans réflexion, sans calcul : elles seront toujours sorties — et pour cause, — elles ne s’occuperont pas de leur intérieur, les enfants seront élevés à la grâce de Dieu par les gouvernantes, et le ménage ira à la diable.

(Colombine, Gil Blas)

Une des plus grandes détraquées de notre temps et qui n’est pas la première venue, en une heure d’abandon, a dit à un ami : « Vous voulez savoir pourquoi je suis qui je suis ? demandez-le à l’homme de ma famille qui m’a violée quand j’avais treize ans ! »

(Colombine)

Du haut en bas de l’échelle, les ferments cérébraux travaillent et décomposent l’argile humaine, depuis les grandes dames jusqu’aux filles ; et, du salon à l’atelier, le même travail de démoralisation s’accomplit dans les esprits. Les grandes détraquées et les grandes névrosées se touchent à travers les trop franchissables hiérarchies sociales.

(Arsène Houssaye)

Détraquer le trognon (se)

France, 1907 : Devenir fou.

Fancyman

France, 1907 : Amant ou simplement homme pour lequel on éprouve un caprice ; de l’anglais fancy, caprice, fantaisie, et man, homme ; pluriel : fancymen.

— Jamais je n’ai entendu parler de scandales comme j’en entends parler maintenant. Presque toutes ces dames ont des amants, des gigolos, des camarades, des flirts, des fancymen, que sais-je ! D’ailleurs, les maris font tout ce qu’ils peuvent pour en faire des détraquées : ils leur apprennent tout ce qu’ils savent et elles devinent le reste ; elles lisent ce qu’elles veulent, et Dieu sait si on écrit des choses raides depuis dix ans !

(Maurice Donnay, Chère Madame)

Fin de siècle

France, 1907 : Qualificatif imbécile employé à toutes sauces, désignant généralement le nec plus ultra, l’outrance, la décadence artistique, morale. Le fin de siècle, c’est le plus idiot boudiné, la fille la plus excentrique, la femme la plus dénuée de préjugés, l’enfant le plus insolent et le plus mal élevé. J’ai dit ce qualificatif imbécile, puisque les siècles sont une division arbitraire du temps qui n’a ni commencement ni fin.

Notre pauvre humanité a mal à la vie, et malheureusement ce ne sont ni les boulevards, ni les squares, ni l’éclairage à l’électricité, ni les trains-éclairs, ni les maisons chauffées au calorifère, ni le téléphone, et tous les et cætera dont le progrès l’a dotée, qui peuvent la guérir de ce mal-là. Aussi, allons patiner au Bois, pendant que les lacs sont gelés, et occupons-nous d’être bel et dûment fin de siècle.

(Gil Blas)

Il dépassait le but, devenant fringant et coquet, abusant outrageusement des cosmétiques et des coups de fer au chapeau et à la moustache, innovant cravates inouïes, bouleversant l’armoire aux chemises et s’instituant boudiné et fin de siècle.

(Marc Anfosse)

Pour moi, j’ai beau ne m’être jamais aventurée sur l’ombre d’un vélocipède, je n’en suis pas moins une jeune fille fin de siècle, détestablement élevée.

(Fernand Berolaud)

C’était une petite fin de siècle, curieuse et détraquée, désirant connaître, avant vingt ans tous les mystères de la passion ; une de ces femmes que le danger fascine, qui convoitent le fruit défendu, comme la seule joie tentatrice et digne de leurs cerveaux raffinés.

(Sapho, La Lanterne)

Grimpant

Rigaud, 1881 : Pantalon.

Mon grimpant se détraque et mes bottes sont blettes.

(Huysmans, Marthe)

Merlin, 1888 : Pantalon.

Virmaître, 1894 : Pantalon (Argot du peuple). V. Falzar.

Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 / France, 1907 : Pantalon.

Guitare (avoir une sauterelle dans la)

Boutmy, 1883 : v. Avoir le cerveau un peu détraqué. V. hanneton.

Hanneton

d’Hautel, 1808 : (l’h s’aspire).
Ils se tiennent par le cul comme des hannetons. Se dit des gens qui font clique et coterie ; qui sont toujours ensemble.
Il est étourdi comme un hanneton. Se dit d’un jeune écervelé, d’un homme qui agit inconsidérément.
Le peuple n’aspire point l’h, et dit au pluriel, des zannetons.

Delvau, 1866 : s. m. Manie quelconque, idée fixe, — dans l’argot de Breda-Street, où les hannetons hommes viennent d’eux-mêmes s’attacher le fil à la patte. Avoir un hanneton dans le plafond. Être fou de quelqu’un ou de quelque chose. Les voyous anglais ont une expression analogue : To have a bee in his bonnet (avoir une abeille dans son chapeau), disent-ils.

Rigaud, 1881 : Monomanie, idée fixe. On dit de quelqu’un qui est tourmenté d’une idée aussi fixe que saugrenue : « Encore son hanneton qui le travaille ». Celui qui a un hanneton dans le plafond est hannetonné, c’est-à-dire qu’il a la tête fêlée.

Boutmy, 1883 : s. m. Idée fixe et quelquefois saugrenue. Avoir un hanneton dans le plafond, c’est avoir le cerveau un peu détraqué. On dit aussi, mais plus rarement Avoir une sauterelle dans la guitare et une araignée dans la coloquinte. Le hanneton le plus répandu parmi les typographes c’est, nous l’avons déjà dit, la passion de l’art dramatique. Dans chaque compositeur il y a un acteur. Ce hanneton-là, il ne faut ni le blâmer ni même plaisanter à son sujet ; car il tourne au profit de l’humanité. Combien de veuves, combien d’orphelins, combien de pauvres vieillards ou d’infirmes doivent au hanneton dramatique quelque bien-être et un adoucissement à leurs maux ! Mais il en est d’autres dont il est permis de rire. Ils sont si nombreux et si variés, qu’il serait impossible de les décrire ou même de les énumérer ; comme la fantaisie, ils échappent à toute analyse. On peut seulement en prendre quelques-uns sur le fait. Citons, par exemple, celui-ci : Un bon typographe, connu de tout Paris, d’humeur égale, de mœurs douces, avait le hanneton de l’improvisation. Quand il était pris d’un coup de feu, sa manie le talonnant, il improvisait des vers de toute mesure, de rimes plus ou moins riches, et quels vers ! Mais la pièce était toujours pathétique et l’aventure tragique ; il ne manquait jamais de terminer par un coup de poignard, à la suite duquel il s’étendait lourdement sur le parquet. Un jour qu’il avait improvisé de cette façon et qu’il était tombé mort au milieu de la galerie de composition, un frère, peu touché, se saisit d’une bouteille pleine d’eau et en versa le contenu sur la tête du pseudo Pradel. Le pauvre poète se releva tout ruisselant et prétendit à juste raison que « la sorte était mauvaise ». C’est le hanneton le plus corsé que nous ayons rencontré et on avouera qu’il frise le coup de marteau. Un autre a le hanneton de l’agriculture : tout en composant, il rêve qu’il vit au milieu des champs ; il soigne ses vergers, échenille ses arbres, émonde, sarcle, arrache, bêche, plante, récolte. Le O rus, quando ego te aspiciam ? d’Horace est sa devise. Parmi les livres, ceux qu’il préfère sont la Maison rustique et le Parfait Jardinier. Il a d’ailleurs réalisé en partie ses désirs. Sa conduite rangée lui a permis de faire quelques économies, et il a acquis, en dehors des fortifications, un terrain qu’il cultive ; malheureusement ce terrain, soumis à la servitude militaire, a été saccagé par le génie à l’approche du siège de Paris. Vous voyez d’ici la chèvre ! Un troisième a une singulière manie. Quand il se trouve un peu en barbe, il s’en va, et, s’arrêtant à un endroit convenable, se parangonne à l’angle d’un mur ; puis, d’une voix caverneuse, il se contente de répéter de minute en minute : « Une voiture ! une voiture ! » jusqu’à ce qu’un passant charitable, comprenant son désir, ait fait approcher le véhicule demandé. Autre hanneton. Celui-ci se croit malade, consulte les ouvrages de médecine et expérimente in anima sua les méthodes qu’il croit applicables à son affection. Nous l’avons vu se promener en plein soleil, au mois de juillet, la tête nue, et s’exposer à une insolation pour guérir des rhumatismes imaginaires. — Actuellement, son rêve est de devenir… cocher. Un de nos confrères, un correcteur celui-là, a le hanneton de la pêche à la ligne. Pour lui, le dimanche n’a été inventé qu’en vue de ce passe-temps innocent, et on le voit dès le matin de ce jour se diriger vers la Seine, muni de ses engins. Il passe là de longues heures, surveillant le bouchon indicateur. On ne dit pas qu’il ait jamais pris un poisson. En revanche, il a gagné, sur les humides bords des royaumes du Vent, de nombreux rhumes de cerveau.

France, 1907 : Idée baroque, saugrenue on simplement idée fixe, dans l’argot des typographes. Le hanneton est ce que, dans l’argot de tout le monde, on appelle le dada.

À la suite de l’exposé de ce hanneton qui a produit le plus grand effet, une discussion bruyante, raisonnée, mais peu raisonnable, s’engage entre les diverses parties de l’atelier.

(Décembre-Alonnier, Typographes et gens de lettres)

France, 1907 : Personne étourdie, qui va donner tête baissée et sans réfléchir dans tous les potins et toutes les aventures. Maladroit sans réflexion.

Nous disons volontiers de certaines personnes dont les façons étourdies ne nous agréent pas : « C’est un hanneton ! Ce n’est qu’un hanneton ! » En politique, cette espèce de hanneton est très répandue. Les moins mauvais parmi les boulangistes étaient des hannetons. Que de fois on a dit, en parlant de MM. Turquet et Laur : « Pas méchants, mais quels hannetons ! »

(Léon Bernard-Derosne, Gil Blas)

Avoir un hanneton dans le plafond, être un peu timbré.

Naturalisme

Rigaud, 1881 : Nouvelle couche de littérateurs qui sont en train de fonder le musée Dupuytren de la syphilis morale, en s’attachant à faire ressortir dans leurs œuvres les côtés monstrueux et ignobles de la nature humaine.

France, 1907 : École littéraire qui consiste à représenter les choses telles qu’on les voit où telles qu’elles existent sans rien gazer, et sans souci des convenances.

Une des plus étranges turlutaines de l’heure présente, c’est le naturalisme… une maladie, une folie, dont on peut définir, de la façon suivante, les personnes qui en sont atteintes. Le naturaliste est un détraqué qui se croit un original, et qui prend la maladie pour l’état normal, l’hôpital pour la maison, Nane pour Ninon, l’égout pour la cité, et Pantin pour Paris.

(Dr Grégoire, Dictionnaire humoristique)

Panier à Charlot

France, 1907 : Panier destiné à recevoir la tête du guillotiné quand le couperet la sépare du tronc.

À l’autre extrémité de la salle, un groupe de détraqués dévisagent une fille qui a été la maîtresse d’un guillotiné… Ils aiment l’odeur du panier à Charlot.

(Louise Michel)

Patraque

d’Hautel, 1808 : Une patraque. Pour dire une mauvaise montre ; se dit généralement de toute chose mécanique dont les ressorts sont usés.
Une vieille patraque. Terme injurieux et de mépris, qui se dit d’une personne âgée, foible et débile, qui est hors d’état de supporter le travail et la fatigue.

Vidocq, 1837 : s. f. — Patrouille.

Larchey, 1865 : Montre bonne ou mauvaise. — Patraque : En mauvais état de santé.

Larchey, 1865 : Patrouille (Vidocq). — Jeu de mots ironique. — On sait que les anciennes patrouilles étaient peu redoutables ; elles marchaient aussi mal qu’une patraque. V. Moucharde.

Delvau, 1866 : adj. Malade ou d’une santé faible, dans l’argot des bourgeois.

Delvau, 1866 : s. f. Vieille montre qui marche mal ; machine usée, sans valeur.

Rigaud, 1881 / La Rue, 1894 : Patrouille.

France, 1907 : Patrouille ; vieil argot.

France, 1907 : Personne maladive, indolente, qui semble avoir toujours quelque chose de détraqué, et, par extension, vieilleries.

Antiques mœurs et lois patraques,
Trône, églises, tsars, dieux (ces craques),
Vieille Societé, tu craques !
Hymne auguste qui s’était tu
Et renait chanson, la Vertu
A pour refrain : Turlututu !

(Catulle Mendès)

Potache

Delvau, 1866 : s. m. Camarade ridicule et bête comme un pot, — dans l’argot des lycéens. Voir dans un autre sens Potasseur. On dit aussi Pot-à-chien.

Rigaud, 1881 : Collégien.

La Rue, 1894 : Collégien. Camarade.

France, 1907 : Collégien, lycéen. Abréviation de pot à chien, nom du chapeau de soie porté dans les collèges avant l’adoption de la casquette, remplacée sous l’empire par le képi. D’autres donnent comme étymologie le verbe potasser, travailler, argot des écoles militaires.

Mais un potache n’est jamais qu’un potache, n’est-ce pas, c’est-à-dire un petit bougre très vicieux, et tout assoiffé de connaître précisément ce qu’on veut lui cacher.

(Jean Richepin)

Que ce soit sur le premier, le second, le dixième ou le dernier échelon de l’échelle sociale ; qu’il s’agisse des gavroches du ruisseau, des potaches de la bourgeoisie ou des précoces grelotteux du monde, l’enfant est maintenant un être détraqué avant l’âge, insolent, railleur, mal embouché, aimant à prendre le ton et l’attitude qui peuvent le mieux détruire tout ce qui devrait nous séduire et nous charmer en lui.

(Maxime Boucheron)

Lorsque devant moi se détache,
Le soir de rentrée au bahut,
La silhouette d’un potache,
Je lui décoche un grand salut
Avec sa mine déconfite
Sous son képi tout biscornu,
Il va subir, ce néophyte,
Le sort navrant d’un détenu.

(Jacques Rédelsperger)

Depuis la création des lycées de jeunes filles, le mot s’emploie au féminin.

Roulotte

Ansiaume, 1821 : Charrette.

Je préfère travailler à la roulotte sur le grand trimard.

Vidocq, 1837 : s. — Charrette, camion.

Clémens, 1840 / M.D., 1844 / Halbert, 1849 : Voiture.

Delvau, 1866 : s. f. Voiture. Grinchir une roulotte en salade. Voler sur une voiture.

Rigaud, 1881 : Voiture, charrette, camion, voiture de saltimbanque. — Grinchir une roulotte en salade, voler sur une voiture.

La Rue, 1894 : Charrette. Voiture de saltimbanque. Roulotte à treppe, omnibus.

Virmaître, 1894 : Voiture. Les voleurs qui pratiquent le vol à la roulotte disent :
— Grinchir une roulotte en salade (Argot des voleurs).

Hayard, 1907 : Voiture.

France, 1907 : Voiture, en général ; argot populaire.

Un coupé s’était en effet détaché de la file pendant que nous parlions — pauvre roulotte de remise prise cher un modeste loueur, dont la médiocrité contrastait singulièrement avec les autres équipages somptueusement attelés dont les chevaux piaffaient dans la longue rue.

(Paul Bourget, Trois âmes d’artistes)

Voiture de forain.

Cependant deux voitures, de celles que dans le monde des saltimbanques où appelle des roulottes, descendant la côte de Champs, trainées par des chevaux efflanqués et de couleur indécise : dans le calme du soir on entendait les mécaniques serrées grincer et les essieux crier avec la plainte lamentable des choses détraquées.

(Hector Malot, Zyte)

Tirelire

Delvau, 1866 : s. f. La tête, — où se mettent les économies de l’Étude et de l’Expérience. Argot des faubouriens.

Delvau, 1866 : s. f. Le podex, — dans l’argot ironique des ouvriers.

Rigaud, 1881 : Derrière.

S’il a envie de se faire coller un atout dans la tirelire.

(Tam-Tam du 6 juin 1880)

Rigaud, 1881 : Gagne-pain des filles de joie.

Virmaître, 1894 : La tête. Allusion à la bouche qui représente exactement l’ouverture par laquelle on introduit les pièces de monnaies dans une tirelire. Tirelire veut aussi dire le contraire de la tête, mais celle-là ne contient que de la monnaie pour la compagnie Richer (Argot du peuple). N.

Virmaître, 1894 : Toutes les filles publiques mettent l’argent que les michés leur donnent pour leurs gants, dans leurs bas. Leurs bas sont des tirelires (Argot des souteneurs). N.

Rossignol, 1901 : Visage.

Hayard, 1907 : Tête.

France, 1907 : Estomac. S’emplir la tirelire, boire ou manger.

Au cidre ! au cidre ! il fait chaud.
Vous avez beau dire.
Au cidre ! au cidre ! il fait chaud,
J’m’emplis la tir’lire.
Du cidre il faut,
Tire, tire,
Du cidre il faut,
Larigot.

(Jean Richepin, La Chanson des gueux)

France, 1907 : Le derrière ou le devant, ce que Rigaud appelle le gagne-pain des files de joie. Coller un atout dans la tirelire, donner un coup de pied au derrière. Mettre dans la tirelire, coïter. Expressions populaires.

France, 1907 : Prison.

On l’a fourré dans la tirelire
Avec les pègres d’Pelago.

(Jean Richepin)

France, 1907 : Tête. Vieille tirelire, vieux détraqué.

anon., 1907 : Cervelle.

Tourte

Rigaud, 1881 : Tête. — Écrevisse dans la tourte, grain de folie, grande excentricité. Variantes : Obus dans la casemate, chauve-souris dans la mansarde.

Rigaud, 1881 : Vieille femme ridicule. — Chapeau mal fait, grotesque, — dans le jargon des modistes.

La Rue, 1894 : Vieille ridicule, Imbécile.

Hayard, 1907 : Bête, imbécile.

France, 1907 : Imbécile.

La fille se sentit un froid dans le dos — et positivement elle trembla, lorsque son vieux vint se camper devant le poêle et commença d’un air soupçonneux :
— Ah çà ! vous autres, qu’est-ce que c’est que cette histoire-là ?…
Connais pas Séraphin, moi ! Es-tu mariée avec lui, Mélie, par hasard ! Toi, vieille, tu m’as donc caché quelque chose ? Eh bien ! quoi, vous restez là, comme des tourtes ; faudrait voir à parler, hein ? et un peu vite.

(Serge Basset)

Rigoler comme une tourte, rire niaisement.

— Oh ! lui, il a rigolé comme une tourte. D’abord, tous les amants sont des tourtes, d’infâmes tourtes. Il s’est foutu de moi.

(Hook, Fin-de-Siècle)

France, 1907 : Tête. Avoir une écrevisse dans la tourte, être détraqué.

France, 1907 : Vieille coquette.

Tout-Paris

France, 1907 : Le monde élégant, littéraire, intellectuel et artistique.

— Mais pardon, le Tout-Paris n’est pas Paris.
— Ah ! s’exclame-t-il, les autres, les trois millions d’autres, dont je suis, oui, en effet, parlons-en ! À part une toute petite minorité de bourgeoisie tranquille, qui fait de certains coins de Paris des coins de province, les autres sont des affolés, des détraqués, en proie au delirium tremens et à la danse de Saint-Guy…, tous, depuis le pseudo-artiste qui ne songe qu’au million, jusqu’au prolétaire qui s’intoxique de paradis futurs, depuis le politicien qui se rue à la curée de l’assiette au beurre, jusqu’à la fillette qui rêve d’hôtel, depuis le commerçant qui spécule jusqu’au môme qui parie aux courses, depuis la madame qui se morphinise par ennui, jusqu’au journaliste qui raccroche ses lecteurs à la ligne, avec son esprit au bout de la ligne en guise d’asticot…

(Jean Richepin)

Tuyau

d’Hautel, 1808 : Il m’a conté cela dans le tuyau de l’oreille. Pour dire mystérieusement, à voix basse, en cachette.

Delvau, 1866 : s. m. Gorge, gosier, — dans l’argot des faubouriens. Se jeter quelque chose dans le tuyau. Manger ou boire. Le tuyau est bouché. Quand on est enrhumé. Se dit aussi pour Oreille.

Fustier, 1889 : Argot de sport. Renseignement.

De plus, sportwoman passionnée et renseignée admirablement. Elle possède, comme on dit, les meilleurs tuyaux.

(Gazette de Cythère, journal, 1882)

En argot financier, avoir un tuyau signifie avoir reçu confidence d’un mouvement préparé par les banquiers, maîtres du parquet.

Rachetons, avait dit Léontin. — Pas encore, avait répondu le fils Marleroi. Ça n’est pas fini. La panique gagne les départements. J’ai un tuyau. Nous pouvons racheter plus bas encore.

(Cadol, La colonie étrangère)

La Rue, 1894 : Communication confidentielle.

Virmaître, 1894 : Le gosier. Le tuyau est bouché, pas mèche de boulotter (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Renseignement.

France, 1907 : Botte, soulier percé ; argot populaire.

France, 1907 : Gosier. Se rincer le tuyau, boire. Argot populaire.

France, 1907 : Renseignement confidentiel, de bonne source, sur l’état d’entrainement des chevaux qui doivent courir, les intentions de leurs propriétaires, le gagnant probable. Terme de course appelé ainsi parce qu’on se le glisse dans le tuyau de l’oreille.

Le samedi, veille de Grand Prix, mon patron, qui est notaire à Pontoise, me confie trois mille francs, avec mission de les déposer au Crédit lyonnais. J’arrive à Paris, j’entre chez un coiffeur pour me faire raser. Clients et garçons ne parlaient que de la course du lendemain. Il y avait des millions à brasser, une fortune à faire avec quelques louis, un rien, et ils le prouvaient par des calculs infaillibles, avec une certitude contagieuse, convaincante. Alors le garçon qui me rasait, une bonne figure sympathique, me dit à l’oreille :
— Monsieur veut-il un tuyau pour demain ? Une affaire d’or, mais nous partagerons les bénéfices.
Qu’est-ce que je risquais ? Je réponds :
— Dites toujours.
Alors il m’explique qu’il est le cousin du valet de chambre d’un gros entraineur de Chantilly, qu’il a une certitude pour le lendemain, et finalement il me donne rendez-vous jour le soir même dans un bar de la rue d’Amsterdam.
Plus souvent que j’y aurais manqué !

(Saint-Yrieix)

Comme je n’suis pas trop mal faite,
Dans un bar anglais je m’rends,
Et j’essaye la conquête
D’un garçon d’entrainement ;
Lui, pas fier, me dit de suite :
C’est un gagnant qu’il vous faut,
V’nez m’voir à Maisons-Lafitte,
Je vous donn’rai un tuyau.

(Puce)

Du monde des sports, tuyau est passé sur le boulevard et se dit maintenant pour toute information confidentielle concernant les personnes, les affaires.

Mme de Vizavih. — C’est une vieille catin ! Non, ça me met en colère qu’une femme comme ça vienne vous faire de la morale. Si on avait autant de toupet qu’elle, ça serait rudement facile de lui répondre, de lui river son clou. Mais la prochaine fois, si elle se met encore à rosser, je te promets que je ne me gênerai pas. Elle a été la maîtresse de l’oncle de mon mari et j’ai des tuyaux sur elle, ma chère, épatants. Ah ! elle trouve les femmes d’à-présent détraquées… et de son temps, c’était bien autre chose. Figure-toi qu’en 1840.

(Maurice Donnay)

Et nos frères, qui, au mépris de nos chastes oreilles, — tante Félicie, j’emprunte votre style ! — osent chanter devant nous les refrains à la mode, qu’ils rapportent de leurs cafés-concerts ! Et nos cousins, donc : en voilà qui fournissent de précieux tuyaux !

(Fernand Berolend)


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