Rigaud, 1881 : En voila assez, laissez-moi tranquille. Formule empruntée à celle dont se servent les présidents de chambre lorsqu’un témoin a terminé sa déposition.
Asseoir (allez vous)
Envoyer s’asseoir
France, 1907 : Même sens qu’envoyer promener. « C’est fini, nous n’avons plus besoin de vous… Allez vous asseoir. » Allusion à la phrase traditionnelle des magistrats qui viennent d’entendre la déposition d’un témoin.
On ne croit plus aux momeries
Que nous faisions pour les badauds ;
On se moque des singeries
Qui faisaient pâmer les lourdauds ;
Enfin, l’on ne croit plus au diable
Que nous prions matin et soir,
Et ce qui devint pitoyable,
Le bon Dieu nous envoie asseoir !
(Julien Fauque, Les Plaintes des Jésuites)
Farguement
Vidocq, 1837 : s. m. — Chargement. Se dit aussi pour rougir de honte.
Delvau, 1866 : s. m. Chargement.
France, 1907 : Déposition d’un témoin à charge.
Interviewer
Fustier, 1889 : Encore un mot d’importation anglaise qui joue chez nous le double rôle de verbe et de substantif. Il signifie selon le cas, interroger, questionner ou reporter, courriériste. Ex. ;
Félicie L… est passée de vie à trépas, sans accompagnement de chroniqueur. Aucun reporter n’est allé interviewer la regrattière d’en bas, ou la repasseuse du cinquième.
(L. Chapron)
Je vous dérange, mademoiselle, mille excuses ! Blowitz, interviewer… le grand interviewer Blowitz… C’est ma spécialité de tirer les vers du nez aux personnalités en vue.
(P. Ferrier)
France, 1907 : Entrevoir, interroger ; argot des journalistes. Mot d’importation américaine où l’interview est devenu l’élément le plus important du journalisme. C’est notre mot entrevue revenu déformé par son passage dans la langue anglaise. L’interview est un tête-à-tête entre deux personnes dont l’une est une célébrité quelconque, ou simplement une notoriété d’un instant, et la seconde un représentant de la presse qui l’interroge sur un fait destiné à intéresser le public. À l’époque des scandales du Panama, le fameux docteur Herz fut assailli par les reporters des deux mondes et se refusa à tout interview.
Quand le rédacteur d’un journal a interviewé un amateur où un spécialiste quelconque, il devrait, avant de livrer à l’impression un récit à peine entendu dans un lieu public, au milieu des conversations, le relire à celui qui en aura la responsabilité. C’est ce que fait le greffier après la déposition de l’accusé et des témoins assignés. Quand l’intéressé a rectifié des phrases dont le sens a été modifié où dénaturé par la rédaction, le juge lui demande : Voulez-vous signer votre déposition ainsi ramenée à son sens exact ?
(Aurélien Scholl)
France, 1907 : Journaliste chargé des entrevues.
Ligotage
Rigaud, 1881 : Terme de police.
Le ligotage enchaîne les mains au moyen d’une ficelle que l’on serre savamment jusqu’à ce que le sang jaillisse.
(Procès de la Lanterne 27 janv. 1879, plaidoirie de Me Delattre)
Tout le monde sait depuis M. Jacob jusqu’au dernier employé de la préfecture, que les individus qui ne veulent pas avouer sont attachés et frappés jusqu’à ce qu’ils aient avoué.
(Procès de la Lanterne, déposition de M. Crouza, inspecteur de la police de sûreté, 1879)
Parrainage
Vidocq, 1837 : s. m. — Témoignage.
France, 1907 : Déposition.
Poufiasse
Rossignol, 1901 : Prostituée.
France, 1907 : Sale femme, prostituée de bas étage ; argot populaire qui se trouve dans le parler béarnais.
Le directeur du bagne lui paya une chopine d’arnica, pour panser ses hochons, puis exigeant de la poufiasse qu’elle porte plainte, il rédigea pour elle une déposition.
Mais quand il s’est agi de dégotter des témoins, bernique ! personne n’a voulu marcher.
(Le Père Peinard)
Si j’ai pas l’rond, mon surin bouge,
Or quand la poufiasse a truqué,
Chez moi son beurre est pomaqué :
Mieux vaut bouffer du blanc qu’du rouge.
(Jean Richepin)
Tabac (passer au)
Rigaud, 1881 : Maltraiter, brutaliser, bourrer de coups, — dans le jargon de la police.
Quand je suis arrivé au service de sûreté, j’ai demandé aux anciens la cause des cris que poussaient des prisonniers, et ils m’ont répondu : Ce sont des individus qu’on ligote fortement en leur demandant s’ils veulent casser du sucre. On appelle cela passer au tabac.
(La Lanterne, compte-rendu du procès de la Lanterne, déposition de M. Cousin, inspect. de police, 23 janv. 1879)
M. Tard, inspecteur de police, déclare qu’en décembre 1876, il a vu amener un jeune homme de dix-huit à vingt ans qui refusait de donner son nom ; on lui a lié les mains si fortement que le sang a coulé, et comme il persistait à garder le silence, on l’a menacé de chauffer une barre de fer et de la lui passer sous la plante des pieds.
(Idem, idem)
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