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Accident

d’Hautel, 1808 : C’est un malheur causé par un accident. Phrase burlesque et facétieuse, usitée en parlant d’un léger accident, d’une chose que l’on peut aisément réparer.

Delvau, 1864 : Manque d’haleine dans le discours amoureux ; hasard malencontreux qui fait tomber (accidere, ad cadere) le membre viril au moment même où il devrait relever le plus orgueilleusement sa tête chauve.

La malheureuse Hortense
Vient de perdre, à Paphos,
Un procès d’importance
Qu’on jugeait à huis-clos ;
Son avocat, dit-elle,
Resta court en plaidant :
Voilà ce qui s’appelle
Un accident.

(Collé)

France, 1907 : Pêché ou crime, suivant le point de vue où l’on se place ou la position sociale de celui qui l’a commis. Ainsi, le petit baron de X a fait un faux, c’est un accident de jeunesse ; le ministre Y a barbotté dans les deniers publics, c’est un accident de l’âge mûr ; l’évêque Z a violé sa nièce, c’est un accident de vieillesse. Qui n’a pas eu peu ou prou dans sa vie quelque petit accident ?

Pauvre Paterne ! Il est tout aussi intéressant que les autres de la pléiade, peut-être même l’est-il davantage. Pourquoi le chef de l’école décadente — il y a une école décadente, oui, monsieur, — si plein d’indulgence pour ce qu’il appelle les « accidents » de Verlaine, est-il si implacable pour le tourneur de rondels, son collaborateur, qui n’a commis d’autre crime que de déménager une amie à la cloche de bois ?

(« Germinal », Mot d’Ordre)

Acrobate

Rossignol, 1901 : Aide déménageur employé à l’époque du terme dans les moments de presse.

Avoir une chambre à louer

Delvau, 1866 : Être un peu fou et en tout cas très excentrique, — dans l’argot du peuple, qui suppose que la déraison peut être produite chez l’homme par la vacuité de l’un des compartiments du cerveau, à moins qu’il ne veuille faire allusion au déménagement du bon sens.
Signifie aussi Avoir une dent de moins.

Bataclan

d’Hautel, 1808 : Mot baroque et fait à plaisir, qui signifie ustensiles, instrumens, outils nécessaires à la préparation, à la confection d’un ouvrage quelconque.
Il a emporté tout son bataclan. Pour dire tous ses outils, toutes ses affaires.

Delvau, 1866 : s. m. Mobilier ; outils, — dans l’argot des ouvriers. Signifie aussi bruit, vacarme.

Virmaître, 1894 : Mobilier. Les jours de terme les ouvriers disent :
— Nous déménageons le bataclan, ou bien : nous enlevons le Saint-Frusquin (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Outils de malfaiteurs (Argot des voleurs) V. Agobilles.

Rossignol, 1901 : Tout ce que l’on possède, meubles et autres objets.

J’ai emporté tout mon bataclan dans une voiture à bras.

France, 1907 : Mobilier ; argot populaire.

France, 1907 : Outils ; argot des ouvriers. Nom d’un café chantant à Paris.

Branle-bas

Delvau, 1866 : s. m. Vacarme, bouleversement ; déménagement. Argot du peuple. Faire du branle-bas. Faire du tapage.

Cloche de bois

Virmaître, 1894 : Déménager furtivement sans prévenir son propriétaire. Quand le déménagement s’opère par la fenêtre on dit : déménager à la ficelle. Brûler ses meubles, c’est déménager par la cheminée. On dit aussi : déménager a la cloche de cuir ou à la sonnette de bois.

France, 1907 : Voir Déménager.

Cloche de bois (à la)

La Rue, 1894 : Déménager furtivement sans payer son terme.

Cloche de bois (déménagement à la)

Rigaud, 1881 : Déménagement furtif. — Déménager à la cloche de bois, déménager sans bruit et sans payer.

Pendant ces vingt ans, il a déménagé à la cloche de bois, c’est-à-dire qu’il est sorti de ses diverses résidences sans acquitter le prix de son terme.

(Maxime Parr)

Cloche de bois (déménager à la)

Larchey, 1865 : Déménager furtivement en tamponnant la clochette d’éveil adaptée aux portes de beaucoup d’hôtels garnis.

Hayard, 1907 : Sans payer, furtivement.

Condition

Rigaud, 1881 : Maison, — dans le jargon des voleurs. Faire une condition, voler dans une maison. Mot emprunté au jargon des domestiques qui disent être en condition, pour être placé dans une maison.

La Rue, 1894 : Chambre. Changer de condition, déménager. Faire la condition, voler dans la maison où l’on est domestique.

Rossignol, 1901 : Maison, domicile.

Je rentre à la condition (maison).

France, 1907 : Maison. Changer de condition, déménager. Faire la condition, voler chez ses maîtres. Faire une condition, voler avec effraction. Filer une condition, guetter une maison dans le but d’y voler. Acheter une condition, changer de conduite, mener un autre genre de vie.

Décanillage

France, 1907 : Départ, déménagement.

En juillet, le déménagement est une fête, Mais en octobre, n, i, ni, c’est fini de rire : le déménagement est funèbre et s’appelle de décanillage à la manque.

(Jean Richepin)

Déloger

d’Hautel, 1808 : Il a pris Jacques Déloge pour son procureur. Facétie populaire pour dire qu’un homme a déménagé sans payer ; qu’il s’en est allé furtivement.
Déloger sans tambour ni trompette. Mettre la clef sous la porte ; faire banqueroute ; s’en aller à petit bruit.

Déménager

d’Hautel, 1808 : On dit d’un homme qui a le cerveau foible, qui faits des extravagances, des folies, que as tête déménage.
Déménager.
Signifie aussi devenir vieux, foible et débile ; incliner vers sa dernière demeure.

Larchey, 1865 : Faire des extravagances, agoniser. — Ces deux sens étaient connus de d’Hautel.

Delvau, 1866 : v. n. Perdre la raison, le bon sens, le sang-froid, — dans le même argot [du peuple]. Signifie aussi : Être vieux, être sur le point de partir pour l’autre monde.

Rigaud, 1881 : Déraisonner.

Je craignais que dans le changement de domicile sa tête n’eût déménagé la première.

(E. Pelletan, La Nouvelle Babylone)

France, 1907 : Faire des folies, perdre la tête et aussi mourir.

Déménager à la cloche de bois

France, 1907 : Partir furtivement d’un logement ou d’un hôtel sans payer. On dit dans le même sens : à la cloche de zinc, ou à la clochette de bois.

Déménager à la ficelle

Larchey, 1865 : Déloger clandestinement par la fenêtre en descendant certains objets à l’aide d’une ficelle. — Mettre les ficelles : Garrotter.

Delvau, 1866 : v. n. À l’insu du propriétaire, la nuit, avec ou sans cordes, par la fenêtre ou par la porte, — dans l’argot des bohèmes, pour qui le dieu Terme est le diable. On dit aussi Déménager à la cloche de bois.

France, 1907 : Faire descendre ses meubles par la fenêtre à l’aide de cordes.

Déménager à la lune

France, 1907 : Variante lyonnaise de déménager à la cloche de bois.

Déménager avant le terme

Delvau, 1866 : Faire un Lapsus linguæ, « mettre la charrue devant les bœufs ». Argot du peuple.

Déménager par la cheminée

Delvau, 1866 : v. n. Brûler ses meubles lorsqu’on a reçu congé, — dans le même argot [du peuple].

France, 1907 : Brûler ses meubles pour faire une niche à son propriétaire qui s’apprête à les saisir. Le mot est de Murger.

Détraper, détrapper

France, 1907 : Déménager, débarrasser, tirer ; mot à mot : sortir d’une trappe ; du patois bourguignon, vieux français. On trouve dans Du Bartas, poète du XVIe siècle, ces vers tirés de la description du cheval de Caïn :

Le champ plat bat, abat, détrappe, grappe, attrappe
Le vent qui va devant…

(La Seconde Semaine)

Faire Jacques déloge

Delvau, 1866 : v. n. Partir précipitamment sans payer son terme ou sans prendre congé de la compagnie, — dans l’argot du peuple.

Rigaud, 1881 : S’enfuir. — Déménager en oubliant de payer son propriétaire. L’expression est démodée.

Faire pouf

France, 1907 : Quitter son logement sans payer. Même sens que déménager à la cloche de bois. Pouf, suivant Lorédan Larchey, est une onomatopée imitant la chute d’un paquet de vêtements lancé par la fenêtre dans la rue.

Mail-coach

France, 1907 : Voiture attelée à quatre chevaux de piste à grandes guides. Anglicisme.

Les sonneurs du temps n’ayant pas de mail-coachs pour y accrocher ces monuments encombrants, on se préoccupa de les réduire et c’est vers le XVe siècle qu’on eut l’idée de replier les tubes les uns sur les autres de manière à diminuer le volume sans atténuer le son. Les cors d’harmonie, trompettes et clairons étaient nés.

(Jean Frollo)

Et les fouets claquent et les cris redoublent, et s’en vont roulant les berlines et mail-coachs, les coucous, les voitures de déménagement, les omnibus hors d’usage, tout cela sonnant la ferraille et les grelots…

(F. Laffon, Le Monde des courses)

Manger du fromage

Delvau, 1866 : Être mécontent ; avoir de la peine à se débarbouiller de ses soucis. On connaît l’épigramme faite en 1814 contre Cambacérès, duc de Parme :

Le duc de Parme déménage ;
Plus d’hôtel, plus de courtisan !
Monseigneur mange du fromage,
Mais ce n’est plus du parmesan…

France, 1907 : Aller à l’enterrement. Cette expression vient de la coutume qu’ont les familles ouvrières parisiennes de collationner chez le marchand de vin en revenant du cimetière. On dit aussi, dans le même sens, manger du lapin.

France, 1907 : Être mécontent. Alfred Delvau cite, à ce sujet, l’épigramme faite en 1814 contre Cambacérès :

Le duc de Parme déménage ;
Plus d’hôtel, plus de courtisan.
Monseigneur mange du fromage,
Mais ce n’est pas du parmesan.

Cette expression n’a plus guère cours.

Matelassier

France, 1907 : Genre spécial de voleur dont Pierre Delcourt donne l’explication dans Paris voleur.
Le matelassier « fait » les matelas, il est vrai, mais pas à la façon qu’on pourrait croire. Cet industriel ne pratique jamais seul.
Le plus souvent, toujours, devrions-nous dire, il appartient à une bande de « déménageurs » et n’opére sur les matelas que lorsqu’il n’a que cette pitance, assez maigre, comme seuls moyens de subsistance.
Comme il est assez difficile d’emporter, en plein jour, un pareil ustensile de ménage sans être remarqué, les matelassiers, au nombre de deux ou de trois, entrent dans une villa, toujours au moment où on emménage, défont un ou plusieurs matelas, en prennent la laine et se la placent sur la poitrine, entre leurs vêtements.
Entrés maigres dans l’immeuble, ils en sortent gras. Un certain nombre d’allées et de venues suffisent au débitement complet d’un matelas qu’on réduit aisément, par ce procédé aussi simple que pratique, à l’état de galette.

Mettre la clef sous la porte

Virmaître, 1894 : Se sauver, déménager furtivement. Se dit communément d’un commerçant qui, ne faisant pas ses affaires, abandonne sa boutique (Argot du peuple).

Muselé

Delvau, 1866 : s. m. Imbécile, homme qui n’est bon à rien qu’à bavarder, — dans l’argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Propre à rien, maladroit.

France, 1907 : Imbécile, propre à rien. Allusion au chien à qui l’on a mis une muselière.
Le célèbre acteur Paulin-Ménier reçut au matin d’un ami de collège la lettre suivante :

Mon cher ami,
J’ai promis de vous voir à mon arrivée à Paris ; me voici. Je vous attends à dîner demain, à 6 heures.
Bernard,
Faubourg Saint-Denis.

— Faubourg Saint Denis ! dit Choppart, et pas de numéro ?
Il s’abstint, naturellement.
Deux jours après, nouvelle lettre :

Mon cher Monsieur,
Je vous ai attendu avec ma femme, et vous n’êtes pas venu. Cela n’est pas gentil.
J’espère que nous serons plus heureux dix aujourd’hui, 6 heures !
Bernard.

Il n’y avait même plus faubourg Saint-Denis. Avait-il déménagé ? où le chercher ?
Le lendemain, dernière lettre de Bernard :

Monsieur,
Vous m’avez fait poser. Vous n’êtes qu’un sale cabotin et un muselé.
Bernard.
Faubourg Saint-Denis, 344, au 3e, la porte à gauche.

Négresse

Vidocq, 1837 : s. m. — Paquet de marchandise enveloppé d’une toile cirée.

Halbert, 1849 : Ballot recouvert de toile cirée.

Larchey, 1865 : Paquet couvert de toile cirée (Vidocq, 1837). — La toile est noire.

Larchey, 1865 : Punaise.

Je sentis bien, quand nous étions couchés, Qu’i ne manquait pas de négresses, Et même de grenadiers.

(Lecart, Ch., 1851)

Allusion à la couleur foncée de la punaise. Quant aux grenadiers, qui représentent les poux de la plus forte taille, il faut se rappeler qu’on appelle grenadiers des soldats d’élite et garnison la vermine qui couvre une tête. Les gros poux sont donc les grenadiers de la garnison.

Delvau, 1866 : s. f. Litre ou bouteille de vin, — dans l’argot des faubouriens. Étouffer ou Éventrer une négresse. Boire une bouteille. On dit aussi Éternuer sur une négresse.

Delvau, 1866 : s. f. Punaise.

Delvau, 1866 : s. f. Toile cirée, — dans l’argot des voyous.

Rigaud, 1881 : Bouteille de vin rouge. — Étouffer, éreinter une négresse, éternuer sur une négresse, boire une bouteille de vin rouge.

Rigaud, 1881 : Ceinturon, — dans l’argot des marins.

Rigaud, 1881 : Paquet recouvert de toile cirée noire.

Rigaud, 1881 : Puce.

J’ sentis bien quand nous étions couchés
Qui n’ manquait pas d’négresses
Et même de grenadiers.

(E. Lecart, Une conquête au Prado, chans)

Qu’il s’ra content le vieux propriétaire
Quand il viendra pour toucher sonloyer,
D’voir en entrant toute la paill’par terre
Et les négress’s à ses jamb’s sautiller.

(Le Déménagement à la sonnette de bois, chans.)

La Rue, 1894 : Paquet enveloppé de toile cirée noire. Bouteille de vin. Punaise. Puce.

Virmaître, 1894 : Bouteille.
— Allons-nous étouffer une négresse de ginglard à Argenteuil ? (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Puce. Allusion de couleur (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Puce.

Hayard, 1907 : Bouteille de vin.

Hayard, 1907 : Puce.

France, 1907 : Bouteille de vin rouge. Allusion à la couleur foncée de la bouteille.

— Allons, la mère, du piccolo ! et deux négresses à la fois, s’il vous plaît !

(Ch. Dubois de Gennes)

Une négresse morte, une bouteille vide.

Le tas de négresses mortes grandissait. Un cimetière de bouteilles.

(Émile Zola, L’Assommoir)

Étouffer une négresse, boire une bouteille de vin.

France, 1907 : Ceinture ; argot des marins.

France, 1907 : Paquet enveloppé d’une toile cirée.

France, 1907 : Puce, Allusion à la couleur noire.

Qu’il s’ra content le vieux propriétaire,
Quand il viendra pour toucher son loyer,
D’voir en entrant toute la paill’ par terre
Et les négress’s à ses jambes sauter !

(La Cloche de bois)

Nourrisseur

Larchey, 1865 : « Les nourrisseurs préparent et nourrissent une affaire ; ils savent le moment où le rentier touche sa rente et les jours de rentrée du négociant ; ils étudient la maison et les habitudes des gens qu’ils veulent faire voler. » A. Monnier. — V. Cambriolleur.

Delvau, 1866 : s. m. Restaurateur, cabaretier, — dans l’argot des bohèmes.

Delvau, 1866 : s. m. Voleur qui indique une affaire, qui la prépare à ses complices.

Rigaud, 1881 : Charpentier en vols et assassinats. Il traite avec les metteurs en scène suivant l’importance et la réussite probable du drame.

Fustier, 1889 : Voleur qui dévalise les appartements dont les maîtres sont en voyage. La banlieue de Paris est pendant l’hiver infestée de nourrisseurs qui déménagent les villas.

La Rue, 1894 : Celui qui prépare, nourrit le vol. Voleur de la banlieue.

France, 1907 : Ce nom, dans l’argot des voleurs, désigne celui qui cherche les mauvais coups à faire. Le nourrisseur indique, moyennant une bonne redevance, soit un endroit à piller, soit quelqu’un à dévaliser. Jamais il ne prend de part à l’action. De cette façon, il touche le produit des vols qu’il organise sans encourir de danger sérieux.

Les nourrisseurs préméditent leurs coups de longue main, et ne se hasardent pas à cueillir la poire avant qu’elle ne soit mûre.

(Mémoires de Vidocq)

Nymphe

d’Hautel, 1808 : Mot ironique dont on qualifie souvent les filles publiques, les femmes galantes, et généralement les femmes de mauvaise vie.

Delvau, 1864 : Déesse qui consent à sortir de son nuage pour entrer dans le lit d’un homme qui la paie pour cela.

Il avait pris je ne sais quelle habitude vituperosa avec une nymphe de la rue des Gravilliers.

(Tallemant des Réaux)

Une nymphe, jeune et gentille.
Par un matin déménageait.

(Grécourt)

Nous entrâmes dans la salle où se trouvaient renfermées beaucoup de nymphes.

(Louvet)

Chez nos nymphes gentilles,
Aller négocier ;
Avoir toutes les filles,
Quand on est financier…

(Collé)

Delvau, 1866 : s. f. Fille de prostibulum, — dans l’argot des bourgeois.

France, 1907 : Fille publique.

Nous entrâmes dans la salle où se trouvaient renfermées beaucoup de nymphes.

(Louvet, Faublas)

— Ah ! comme je comprends bien que les hommes de la Révolution, les géants de la Convention, pour éviter toutes ces mendiantes et ces intrigantes, toutes ces vendeuses de sourires et joueuses de croupe, aient interdit aux représentantes du beau sexe, en général, et en particulier aux nymphes et muscadines, l’entrée des ministères et autres services de l’État ! Je ne désespère pas de voir, dans quelques années d’ici, une femme à la place que j’occupe aujourd’hui ; et je n’ai pas besoin d’ajouter que ce sera nécessairement et fatalement la moins capable, mais la plus catin qu’on élira.

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

France, 1907 : Nénuphar des marais.

Paillasse

d’Hautel, 1808 : Un paillasse. Nom que l’on donne par mépris à un mauvais comédien qui charge trop son rôle ; à un homme sans esprit qui fait le bouffon, le plaisant, et qui y réussit mal.

d’Hautel, 1808 : Une paillasse de corps-de-garde. Femme livrée à la débauche la plus crapuleuse, et entièrement adonnée au vice, gourgandine qui fréquente les casernes, les corps-de-garde, et qui sert de divertissement aux soldats.
Serviteur à la paillasse. Pour dire, adieu à l’armée, ou il faut coucher sur la paille.

d’Hautel, 1808 : Pour la bedaine, le ventre.
Il a bien bourré sa paillasse. Pour, il s’est bien repu, il a mangé d’une belle manière.
Il s’est fait crever la paillasse. Pour il s’est fait tuer ; il a été tué en se battant.

Delvau, 1864 : Fille de la dernière catégorie, — la digne femelle du paillasson.

En avant, la femm’ du sergent !
Balancez, la femm’ dm fourrier,
Demi-tour, la femm’ du tambour,
Restez là, paillasse à soldat…

(La Leçon de danse, — chant guerrier)

Eh ! titi ! oh ! èh ! là-bas,
Tiens ! est-c’ que tu déménages ?
— Pourquoi qu’ tu tiens ce langage ?
— C’est qu’ t’as ta paillass’ sous le bras.
— Eh ! non, mon vieux, c’est ma femme…

(Chanson populaire).

Larchey, 1865 : Caméléon politique. — Allusion à la chanson de Béranger : Paillass’, mon ami, N’saut’ pas à demi, Saute pour tout le monde, etc. De là aussi est venu le synonyme de sauteur.

Larchey, 1865 : Ventre. — La paille s’en échappe comme les intestins.

Il s’est fait crever la paillasse, il s’est fait tuer.

(d’Hautel, 1808)

Delvau, 1866 : s. f. Corps humain, — dans l’argot des faubouriens. Se faire crever la paillasse. Se faire tuer en duel, — ou à coups de pied dans le ventre. On dit aussi Paillasse aux légumes.

Delvau, 1866 : s. f. Femme ou fille de mauvaise vie. On dit aussi Paillasse de corps de garde, et Paillasse à soldats.

Delvau, 1866 : s. m. Homme politique qui change d’opinions aussi souvent que de chemises, sans que le gouvernement qu’il quitte soit, pour cela, plus sale que le gouvernement qu’il met. On dit aussi Pitre et Saltimbanque.

Rigaud, 1881 : Fille publique, — dans le jargon des troupiers.

Rigaud, 1881 : Saltimbanque politique dont les opinions sont plutôt à vendre qu’à louer. — Celui qui saute à pieds joints sur ses promesses.

La Rue, 1894 : Fille publique. Saltimbanque. Le corps humain. Se faire crever la paillasse, se faire tuer.

Virmaître, 1894 : Femme. Un homme se promène, sa femme au bras ; il est rencontré par un ami :
— Tiens, tu déménages, Charlot ?
— Pourquoi donc ?
— Puisque t’as ta paillasse sous le bras (Argot du peuple). V. Boulet.

Virmaître, 1894 : Pitre qui fait le boniment devant les baraques de saltimbanques. Paillasses : les hommes politiques qui servent tous les gouvernements, pourvu qu’ils paient.

Paillass’, mon ami,
N’saut’ pas à demi.
Saute pour tout le monde. (Argot du peuple).

France, 1907 : Femme de mauvaise vie, prostituée. Paillasse de corps de garde, fille à soldats. On dit aussi, dans le même sens, paillasse à troufion.

Les nymphes d’alentour ne se laissent pas approcher, ou si par hasard on accroche une jupe à la brune, on est sûr que c’est une vieille paillasse qui a servi à tous les avant-postes du camp.

(Hector France, L’Homme qui tue)

Du temps qu’elle faisait la noce,
Jamais on n’aurait pu rencontrer — c’est certain,
Paillasse plus cynique et plus rude catin.

(André Gill, La Muse à Bibi)

France, 1907 : Individualité. « S’il s’imagine que je vais me décarcasser pour sa paillasse ! »

France, 1907 : Ventre. Crever la paillasse à quelqu’un, le tuer.

Toujours bonne fille et sans corset, la France prit sur elle, et à ses frais, bien entendu, de mettre en œuvre l’utopie sentimentale du Bohême, et, sous tous les rois susnommés, des milliers de benêts, ses fils et nos pères, se firent crever glorieusement la paillasse pour assurer le droit contre la force et établir le fameux équilibre ! Cette besogne de la monarchie française est ce que l’on définit dans les manuels scolaires par la locution : « abaisser la maison d’Autriche. »
Que fit Louis XI ? — Il commença l’abaissement de la maison d’Autriche. — Que fit François Ier ? — Il continua à abaisser la maison d’Autriche. — Et Henri IV ? — Il abaissa la mais… ! — Et Richelieu ?… Et Louis XIV ?… — Sous leurs règnes, l’abaissement de la… etc., etc., et ainsi de suite, jusqu’au mariage de Napoléon avec Marie-Louise, ce dernier cran de l’abaissement est le coup du lapin aux Habsbourg.

(Émile Bergerat)

Paquecin

Larchey, 1865 : « Ne faut-il pas que baluchons et pacquecins (paquets) disparaissent subitement comme dans une féerie ? Personne n’égale le cambrioleur dans l’art de déménager sans bruit. » — A. Monnier.

Pipelet

Larchey, 1865 : Portier. Du nom d’un portier ridicule des Mystères de Paris.

Si vous avez un mauvais portier, envoyez-le-moi : je suis le grand redresseur de torts, le Cabrion des pipelets.

(Privat d’Anglemont)

Chapeau Pipelet : Chapeau tromblon. — Même origine.

Delvau, 1866 : s. m. Concierge, — dans l’argot du peuple, qui emploie cette expression, qui est une injure, depuis la publication des Mystères de Paris d’Eugène Sue. Chapeau-Pipelet. Chapeau de forme très évasée par le haut, comme en porte, dans le roman d’Eugène Sue, la victime de Cabrion.

France, 1907 : Concierge. C’est le nom d’un portier des Mystères de Paris d’Eugène Sue.

À part quelques calicots rétrogrades et quelques vagues paltoquets venus des plus lointaines provinces, personne, à l’heure actuelle, ne manifeste aucune haine contre les pipelets. Ces jeux sont surannés — et ce qui, surabondamment, le prouve, c’est la modération dont font preuve, à l’endroit des humbles gardiens de nos immeubles, les bardes des calés-concerts eux-mêmes.

(Georges Auriol)

Voir quelques extraits des chants d’un des bardes auxquels il est fait allusion ci-dessus :

Écoutez, des aïeux, l’avis plein de prudence :
Que vos pieds, armés de chaussons,
Sur l’escalier criard se posent en cadence,
Et, muets comme des poissons,
Descendez dans la nuit obscure,
Si Pipelet, sombre, a guetté,
Ne lui tapez sur la figure
Qu’à la dernière extrémité !
Du rez-d’-chaussé’ jusqu’en haut,
Sur les pip’lets délétères
Nous cogn’rons et, s’il le faut,
Nous ouvrirons les portières,
On les déménagera,
Les malheureux locataires ;
On les déménagera,
Le concierge en crèvera.

(Jules Jouy)

Poire (faire sa)

Larchey, 1865 : Jouer le dédain, — Allusion à une moue prononcée qui allonge les lèvres en gonflant légèrement les joues.

Je pourrais m’en targuer et faire ma poire.

(L. Pollet)

Rigaud, 1881 : Se faire prier, faire la prude, prendre des airs dédaigneux.

France, 1907 : Prendre de grands airs.

Quelque temps après, la petite disait à Zéozia d’un air mystérieux :
— Ça y est. J’ai un amoureux. Le monsieur qui m’a suivie, tu sais ?…
— Ah ! fit Zéozia.
— Nous déménageons, ma chère. Il me met dans un bel appartement. Ce que maman fait sa poire !

(Edgar Monteil, La Jambe)

M’approchant d’elle,
J’dis à la belle :
Permettez-moi de vous offrir mon bras,
Sans plus d’histoire.
Sans fair’ sa poire :
J’accept’, dit-ell’, tout ce que tu voudras.

(Chavanne)

Pouf

Larchey, 1865 : Catastrophe financière, fauteuil bas largement capitonné. V. Puff.

Les pertes que vos trous dans la lune ou vos poufs, pour parler le style du local, lui occasionnent.

(Vidal, 1833)

Delvau, 1866 : s. m. Dette qu’on ne paye pas ; crédit qu’on demande et auquel on ne fait pas honneur. Argot du peuple. Signifie aussi Banqueroute. Quoique pouf ait l’air de venir de puff, comme la malhonnêteté vient du mensonge, ce sont des mots d’une signification bien différente, et on aurait tort de les confondre.

France, 1907 : Dette chez un fournisseur, généralement un restaurateur ou un cafetier. « Faire un pouf ; partir en laissant un pouf. » Ce serait, suivant Lorédan Larchey, une onomatopée faisant allusion au bruit sourd produit par la chute d’un paquet lancé par la fenêtre dans un déménagement à la cloche de bois ; mais il faut observer que les Anglais ont le mot puff (prononcez pouf) pour exprimer un souffle des lèvres, moquerie ou mépris, ou un saut d’une place à l’autre. Faire un pouf serait donc donner du vent à ses créanciers, ou s’esquiver rapidement.

Pouf (faire un)

Rigaud, 1881 : Ne pas payer une dette. — Faiseur de poufs, celui qui a l’habitude de ne pas payer ses dettes. Le faiseur de poufs déménage tous les six mois en laissant dans tous les quartiers des créanciers consternés, jusqu’au jour où quelque escroquerie qualifiée l’envoie sur les bancs de la police correctionnelle.

Rebour

Vidocq, 1837 : s. m. — Déménagement furtif. Beaucoup de gens ont contracté l’habitude de ne jamais payer de loyers, et ils sont prêts à traiter d’aristocrate, d’ogre, d’homme barbare, leur propriétaire, lorsqu’il leur demande le montant des loyers échus. Si le prêtre doit vivre de l’autel, le propriétaire doit vivre de sa maison. Aussi, je crois devoir leur indiquer quelques-unes des ruses employées par ceux qui déménagent sans payer.
Un individu annonce au portier, quelques jours avant celui du déménagement, qu’il attend une certaine quantité de caisses pleines de marchandises. Au jour indiqué, les caisses arrivent en effet, et le portier, selon l’ordre qu’il en a reçu, les fait monter chez le locataire. Celui-ci vide les caisses qui ne contiennent que des pierres et de la paille, démonte ses meubles et les met à la place des pierres. Cela fait, il referme artistement les caisses, qui sortent de la maison comme elles y étaient entrées.
Le déménagement à Rebours proprement dit, s’exécute de cette manière. Le locataire introduit chez lui, à l’insu du portier, trois ou quatre commissionnaires qui lui sont dévoués. L’un prend le lit, l’autre le secrétaire, le troisième la commode, et ainsi chargés, ils descendent l’escalier à reculons, et dans le plus profond silence. Arrivés à proximité de la loge du portier, le plus éloigné crie à ses camarades : « Eh ! chacrebleu, che n’ai pas ici que nous avons affaire. — Je te dis que c’est ici, lui répond un autre, che reconnais bien l’escalier. — Et non. — Et si. » Grande dispute. Le portier met la tête à son carreau et demande aux commissionnaires ce qu’ils désirent. « N’est-ce pas ici le no 32, lui demande l’un d’eux. — C’est ici le no 30, répond le portier. — Mille pardons, Monsieur, nous nous étions trompés de numéro, voilà tout. »

Rebours

d’Hautel, 1808 : Le contre-sens d’une chose.
À rebours. Les personnes sans éducation disent habituellement à la rebours.

Delvau, 1866 : s. m. Déménagement clandestin, — dans l’argot des voyous. (V. Vidocq, p. 55)

Rigaud, 1881 : Déménagement furtif. Mot à mot : déménagement à rebours.

La Rue, 1894 : Déménagement furtif.

France, 1907 : Déménagement clandestin.

Un individu, inconnu du concierge de la maison, se charge sur le dos la malle que l’on veut emporter et descend l’escalier à rebours, en faisant beaucoup de bruit. Le concierge l’interpelle et, croyant qu’il monte, lui demande où il va : « Chez M. A… » répond l’homme. Naturellement A… est inconnu comme locataire. « Ce n’est pas ici ! » L’individu fait demi-tour et s’en avec la malle.

(Georges Delesalle)

Rebourser

France, 1907 : Déménager furtivement.

Saint-Frusquin

Virmaître, 1894 : Lot d’objets ou de mobilier (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Tout ce que l’on possède.

Pour déménager, j’ai mis tout mon Saint-Frusquin dans une voiture à bras.

France, 1907 : Vêtements, nippes et par suite avoir, fortune ; de frusques.

Le lendemain dans l’après-midi, la mère, accompagnée d’une autre de ses filles, amena ma squaw à mon tepee avec trois chevaux et son saint-frusquin. Elles nous préparèrent un lit en osier, mirent tout en ordre et se retirèrent. En ce moment, au dehors, avec quelques jeunes trappeurs, je trouvais à mon retour, à ma grande surprise, ma femme installée an logis.

(Hector France, Chez les Indiens)

Manger son saint-frusquin, dépenser son avoir.

J’étais, ma foi, trop bête
D’aimer ce libertin
Qui venait tête à tête
Manger mon saint-frusquin.
S’il me trouvait gentille,
D’autres aussi verront
Que je suis brave fille
Qui ne veut pas d’affront.

(Vadé)

Sonnette de bois

Delvau, 1866 : s. f. Sonnette d’hôtel garni que l’on bourre de chiffons pour l’empêcher de sonner lorsqu’on veut s’en aller clandestinement. D’où l’expression Déménager à la sonnette de bois.

Sonnette de bois (déménager à la)

Larchey, 1865 : Emporter ses effets sans avoir payé sa chambre, en tamponnant la sonnette d’éveil qui signale la sortie d’un hôtel garni.

Car il était réduit à déménager à la sonnette de bois (sans bruit et clandestinement).

(Chenu)

France, 1907 : Déménager sans payer son terme. On dit plus généralement : « à la cloche de bois ».

Sortir

d’Hautel, 1808 : On diroit qu’il sort de dessous une cloche. Voyez Cloche.
Cela lui entre par une oreille et lui sort par l’autre. Pour dire que quelqu’un ne fait aucune espèce d’attention aux reproches qu’on lui fait ou aux avis qu’on lui donne.
Si on le fait sortir par la porte, il rentre par la fenêtre. Se dit d’un importun dont on ne peut parvenir à se débarrasser.

Delvau, 1866 : v. a. Transporter un mobilier extra-muros, — dans l’argot des déménageurs. Le rentrer. Le ramener à Paris. On dit de même Sortie pour un déménagement extra-muros, et Rentrée pour le contraire.

Delvau, 1866 : v. n. Avoir des absences d’esprit, être distrait, — dans l’argot du peuple. On dit mieux Être sorti ou Être ailleurs, pour n’être pas à la conversation, ne pas savoir ce qu’on dit autour de soi.

Delvau, 1866 : v. n. Être insupportable, — dans l’argot des faubouriens. Ce verbe ne s’emploie guère qu’à la troisième personne de l’indicatif présent : Il me sort, — c’est-à-dire, je ne peux pas le voir sans en être blessé, offusqué. Quelques-uns, pour être plus expressifs, disent : Il me sort par le cul.

La Rue, 1894 : Être insupportable.

France, 1907 : Être agaçant, insupportable. « Cette petite rageuse me sort. »


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