Entrez le mot à rechercher :
  Mots-clés Rechercher partout 


Chouette (faire une)

Delvau, 1866 : Jouer au billard seul contre deux autres personnes.

France, 1907 : Terme de tripot.

S’il vous prend la fantaisie de faire une chouette, ce qui est passablement téméraire, faites passer la table dans un coin du salon, asseyez-vous dans l’angle et ne souffrez personne derriére vous. C’est un droit qu’on ne peut vous contester lorsque la chouette est acceptée. Si vous prenez un associé dans une chouette, il faut que ce soit un joueur que vous connaissiez bien. Si vous ne le connaissez qu’imparfaitement ou pas du tout, exigez qu’il s’associe de moitié à la somme qu’il y a en chouette. Si ne mettait qu’une somme minime dans l’association, il pourrait « télégraphier » à votre adversaire votre jeu et vous décaver d’un seul coup.

(Hogier-Grison, Le Monde où l’on triche)

Consolation

Larchey, 1865 : Eau-de-vie. — Ce mot dit avec une éloquence navrante ce que le pauvre cherche souvent dans un petit verre ; — L’oubli momentané de ses maux, et souvent de sa faim.

Bon, il entre dans le débit de consolation.

(E. Sue)

Delvau, 1866 : s. f. eau-de-vie, — dans l’argot du peuple, qui se console à peu de frais. Débit de consolation. Liquoriste, cabaret.

Rigaud, 1881 : Débit de liqueurs. — L’eau-de-vie est la consolation des ivrognes.

Fustier, 1889 : Jeu de hasard à l’usage des filous.

Au lieu du rendez-vous, on jouait la consolation, partie qui consiste à diviser un tapis vert en cases, au moyen de lignes tracées à la craie, à numéroter chaque compartiment depuis un jusqu’au chiffre maximum que peuvent produire un certain nombre de dés et à payer enfin à chaque individu le montant de la mise qui se trouve dans la case que désigne la somme des points amenés par le coup de dés.

(La Loi, 1882)

La Rue, 1894 : Partie de cartes ou de dés proposée par les bonneteurs en wagon.

Virmaître, 1894 : Jeu qui se joue dans les wagons de chemins de fer au retour des courses. Les bonneteurs offrent la consolation aux joueurs malheureux, qui ont celle de se voir encore dépouillés (Argot des camelots).

Rossignol, 1901 : C’est un jeu de hasard que l’on appelait dans le temps la parfaite égalité, et, comme disait le teneur, « un petit jeu franc et loyal qui ne craint ni la rousse ni le municipal, c’est le petit jeu de la bobinette ; celui qui a peur de perdre, faut pas qu’il y mette. » Le mot consolation date de 1876 ; l’auteur est un nomme Loustelet, marchand de bijoux en chambre, qui importa ce jeu aux courses. Il se jouait en chemin de fer, à l’aller et au retour des courses, puis on s’arrêtait chez un marchand de vin pour y continuer la partie. Lorsque les joueurs étaient décavés, Loustelet faisait tirer gratuitement un bijou entre les perdants, ce qui était la consolation. Voyant que son métier prospérait, Loustelet avait pris plusieurs commis qui tenaient ce jeu séparément et pour lui ; mais ce petit truc fut vite connu et les chemins de fer infestés de teneurs de consolation. À cette époque c’était le petit jeu franc et loyal, les dés à jouer étaient dans un cornet ; depuis, ils se mettent dans une boîte en bois où il y a un avantage pour le teneur et toujours escroquerie (la boîte est arnaquée).

France, 1907 : Eau-de-vie.

France, 1907 : Jeu de filous qui se joue dans les wagons, au retour des courses, appelé ainsi pour soi-disant consoler ceux qui ont perdu. Il se joue avec trois dés et un tableau divisé en six cases. Quelques marchands de vins du voisinage de la gare Saint-Lazare sont connus pour offrir leur bar aux consolateurs.

Après le tirage du gros lot, on a recommencé la partie pour les vice-présidents ; c’est ce que, dans je monde des bonneteurs, on appelle le jeu de la consolation.

(Grosclaude, Gil Blas)

Décavé

Larchey, 1865 : Homme ruiné, qui n’a plus de quoi caver à la roulette.

À Bade, les décavés vivent sur l’espérance aussi somptueusement que les princes de la série gagnante.

(Villemot)

Delvau, 1866 : s. m. Homme ruiné, soit par le jeu, soit par les femmes, — dans l’argot de Breda-Street.

Rigaud, 1881 : Ruiné. Allusion aux joueurs de bouillotte décavés.

La Rue, 1894 : Ruiné.

France, 1907 : Joueur ruiné. Mot à mot : qui ne peut plus caver, c’est-à-dire ponter à la roulette.

Oh ! soyez assuré que son exemple n’empêchera pas demain une autre fille de marchand de lavements ou de débitant de limonades purgatives d’épouser le premier inutile rencontré, décavé, vanné, vidé, éteint, mais apportant à sa femme le droit de mettre sur ses cartes de visite une couronne plus ou moins entortillée.

(Edmond Lepelletier, Écho de Paris)

Corrects et mis à peindre, en costume gris fers,
Tubés, rasés de près et la peau satinée,
Deux par deux, stick en main, toute la matinée,
On les voit faire au Bois les cent pas du « masher »,
L’un doit à son coiffeur sa moustache d’or clair,
L’autre à son corsetier sa taille bondinée,
Le troisième à Guerlain sa peau veloutinée,
Et chacun au mépris l’objet dont il est fier.
Vieux beaux, pourvus trop tard de conseils de famille,
Prétentieux chercheurs de mariages rêvés,
De la Concorde au Bois, ce sont les décavés.

(Jean Lorrain)

— Tiens ! le petit vicomte ! quelle tête il fait ! Encore décavé, sans doute !

(Adolphe Belot)

Décavé de la vie

France, 1907 : Homme qui a tout perdu, argent, considération et espérance.

Décramponner (se)

France, 1907 : Se débarrasser d’une femme ou d’une maîtresse, enfin de toute personne gênante, dite crampon.

— Pourquoi ai-je quitté Paris ? Pour me décramponner tout à fait de cet imbécile qui, panné, décavé, commençait à me porter la guigne.

(Jean Richepin)

Krach

La Rue, 1894 : Déconfiture financière.

France, 1907 : Craquement, effondrement financier. Germanisme.

On fait, chez le tabellion, le dépôt de valeurs empruntées pour un mois, et par l’évêque à amis religieux. Les titres restent dans l’étude au nom du fiancé, pendant la période des négociations. Le mariage conclu, Monseigneur les retire. Et, vers la sixième semaine conjugale, il arrive pour annoncer au pauvre époux la perte de sa fortune, que lui enlèvent un krach imprévu sur la rente argentine, l’incendie de forêts tunisiennes, ou les malversations d’un banquier fictif.

(Paul Adam, Le Mystère des foules)

En attendant, le krach de Londres vaut à Paris un type nouveau. On connaissait le faux manchot, le faux écrasé, le faux orphelin : on a maintenant le faux dépouillé par quelque banque britannique.

(Gil Blas)

Il en est qui vivent encore sur le crédit de leur luxe passé. Jacques X… encore que décavé à fond, continua à faire bonne figure. Au lendemain du krach, il était aussi élégant que la veille, gardait sa voiture, pontait cher au cercle et dînait aux cabarets renommés. D’où tirait-il l’argent ? Du coffre-fort inépuisable de la sottise humaine.

(Henry Bauër)

Les disproportions de l’offre et de la demande, la concurrence ont de plus en plus abaissé le prix du travail au profit de la propriété inerte. Celle-ci s’est multipliée, mais avec une telle rapidité que, dans ses opérations, elle a perdu parfois l’équilibre, et l’histoire contemporaine nous apporte chaque jour un nouveau krach du capital.

(Maurice Pujo, Le Règne de la grâce)

Cependant, d’où provient — après un engouement dont l’Histoire gardera trace — l’impopularité actuelle du barreau ? Elle est, je crois, indéniable : le krach de la parole a précédé le krach de la plume. Et à le constater, je n’apporte aucune malveillance, très en désaccord, là-dessus, avec l’esprit public.

(Séverine)

Masse

d’Hautel, 1808 : C’est une grosse masse. Se dit par mépris d’une femme toute ronde, sans grace ni tournure.

Delvau, 1866 : s. f. Grande quantité de gens ou de choses, — dans l’argot du peuple. En masse. En grand nombre, en grande quantité.

La Rue, 1894 : Travail. Masser, travailler dur.

France, 1907 : Produit du travail d’un condamné qu’on lui remet à sa sortie de prison.

Avec les quelques louis de sa masse, il s’acheta des vêtements convenables, — pas de luxe inutile, des habits qui passent sans qu’on les voie, — partit pour l’Allemagne, se trouva, quatre jours après le levé d’écrou, aux environs d’Ober-Ursel, attendit le soir dans une auberge de la route.

(Catulle Mendès, La Vie et la Mort d’un clown)

France, 1907 : Somme placée par un joueur sur le tapis.

Quatre coups, masse en avant, il gagna, et fit sauter la banque qui, d’ailleurs, n’était pas considérable. Sans plus attendre, il se leva, empocha son gain et prit la porte : mais, sur son passage, il eut le temps d’entendre Philippe Marnier, le banquier décavé, qui murmurait rageusement : « Il est cocu, cet oiseau-là ! »

(Maurice Montégut)

Croupier, au lieu d’bourrer ta pipe,
Si le banquier est un bon type,
Bourre le trou, ta valade aussi,
Surtout sans fair’ bonnir un cri…
Si ton voisin battait morasse,
Plaque-lui deux sigs dans sa masse,
S’y r’naude envoie-le lascailler,
Cesse d’bourrer pour… étouffer.

(Hogier-Grison, Pigeons et Vautours)

France, 1907 : Somme versée autrefois au compte du soldat. Avoir la masse complète, posséder une bourse bien garnie ; expression militaire.

Orphelin

Ansiaume, 1821 : Orfèvre.

À l’arrivée de la sorgue l’orphelin sera le bon.

Bras-de-Fer, 1829 : Orfèvre.

Vidocq, 1837 : s. m. — Orfèvre, bijoutier.

Clémens, 1840 : Horloger, bijoutier, orfèvre.

Larchey, 1865 : Orfèvre (Vidocq). — Corruption du même mot. Les orphelins de muraille sont des factionnaires. v. ce mot. — L’abandon de leurs auteurs leur a fait donner ce nom. — Orphelins.

C’est sous ce nom que l’on veut dire en argot : une bande de voleurs.

(A. Durantin)

Delvau, 1866 : s. m. Orfèvre, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Bout de cigare, bout de cigarette réduite à sa dernière expression.

Rigaud, 1881 : Orfèvre.

La Rue, 1894 : Orfèvre Horloger. Bout de cigare. Mise (au jeu) abandonnée ou oubliée sur le tapis.

Virmaître, 1894 : Bout de cigare ou de cigarette que le fumeur abandonne dédaigneusement. Ils sont aussitôt recueillis par le ramasseur de mégots qui leur fait un sort (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Verre de vin à moitié bu que le buveur abandonne sur le comptoir du mastroquet. Quand un consommateur boit seul sans trinquer, il étouffe un orphelin. Dans les bars, il ne manque pas de Saint-Vincent-de-Paul pour les recueillir (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Voir mégot.

Hayard, 1907 : Bandit.

Hayard, 1907 : Bout de cigare ou bout de cigarette ; mégot.

France, 1907 : Bout de cigare.

France, 1907 : Dans l’argot des joueurs, ce sont les pièces laissées sur le tapis vert et que personne ne réclame. Le fait arrive assez fréquemment sur les tables de roulette. Des joueurs, pontant sur plusieurs chances à la fois, oublient quelquefois où ils ont ponté. La mise reste sur le tapis et le ramasseur d’orphelins s’en empare.

La plupart des décavés attendent patiemment le retour de la fortune. Ils savent qu’un coup heureux suffit et n’abandonnent jamais l’espoir. Ils suivent le précepte espagnol : « Lorsque tu n’as plus d’argent, ne t’éloigne pas de la maison de jeu » et fréquentent assidûment les salles. Le hasard est émaillé de joyeuses surprises. C’est un ami qui survient à point pour vous prêter le louis sauveur ; un orphelin égaré que pieusement on recueille ; une pièce perdue ramassée sous un banc.

(Hector France, Monaco)

On dit aussi orphelin sans refuge.

France, 1907 : Horloger, orfèvre.

France, 1907 : Individu sans profession, généralement voleur ; vieil argot.

Pouiller

d’Hautel, 1808 : Pouiller quelqu’un. Lui gagner en jouant tout son argent, le décaver ; le mettre à sec.
Pouiller. Dire des pouilles ; chercher querelle ; dire des injures à quelqu’un.

Rabibochage

Delvau, 1866 : s. m. Boni, dédommagement, consolation, — dans l’argot des enfants, qui font entre eux ce que M. Bénazet fait pour les décavés de Bade : à celui qui a perdu toutes ses billes à la Moquette ils en rendent une douzaine pour qu’il puisse en aller gagner d’autres — à d’autres.

Rigaud, 1881 : Réconciliation, — dans le jargon des enfants.

France, 1907 : Raccommodement, réconciliation de peu de durée.

Ratiboisé

Rigaud, 1881 : Ruiné.

J’ai fait faillite comme un vrai commerçant ; ratiboisé, ma chère.

(Huysmans, Marthe)

Virmaître, 1894 : Plus le sou.
— Je n’ai plus le sou, je n’ai plus de crédit et pas envie de bien faire, je suis ratiboisé (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Décavé, sans le sou.

France, 1907 : Ruiné.

— J’ai fait faillite comme un vrai commerçant ; ratiboisé, ma chère.

(Huysmans)

Roupané

Delvau, 1866 : adj. et s. Décavé aux billes ou à tout autre jeu exigeant une mise. Argot des gamins.

France, 1907 : Ruiné.

Spectre de banco

Rigaud, 1881 : Gros joueur ruiné qui se tient debout derrière une table de baccarat sans jouer, — dans l’argot des grecs.

France, 1907 : Joueur décavé qui se promène autour des tables de jeu avec une mine lamentable.

Vanné

Rigaud, 1881 : Harassé. — Ruiné.

Tous ces oisifs dangereux, décavés ou vannés qui sacrifient jusqu’à leur dernier sou pour s’afficher à la porte d’un café.

(F. d’Urville, Les Ordures de Paris, 1874)

La Rue, 1894 : Harassé. Ruiné.

Virmaître, 1894 : Avoir trop fait la noce et l’amour. Vanné : n’avoir plus rien dans le ventre, synonyme de vidé. Vanné par excès de travail (Argot du peuple). N.

Hayard, 1907 : Fatigué d’avoir nocé.

France, 1907 : Ruiné.

Un chirurgien fait une opération à un jeune homme vanné, le sang coule :
— Sang vert, sang vert, mâchonne l’homme de l’art.
— J’te crois, dit le malade, j’ai mangé tout mon blé en herbe !

(Rouge et Noir)

Viatique

Fustier, 1889 : « Littré appelle viatique l’argent qu’on donne aux religieux pour leurs dépenses de voyage. Enlevez les religieux, expulsez-les, remplacez-les par des joueurs et vous aurez la véritable signification du mot en langage monégasque. »

(Revue politique et littéraire, 1882)

France, 1907 : Somme d’argent que l’on donne dans les grosses maisons de jeu, telles que celle de Monte-Carlo, aux joueurs décavés, afin qu’ils puissent rentrer chez eux. C’est généralement le prix du voyage ; d’où le nom, du latin viaticum, provision de route.

À Monac’ si t’es pas bourrique,
Soutire trois fois le viatique.

(Hogier-Grison)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique