Entrez le mot à rechercher :
  Mots-clés Rechercher partout 


Arlequins

Vidocq, 1837 : s. m. — Morceaux de viande de diverses sortes, provenant de la desserte des bonnes tables et des restaurateurs, qui se vendent à un prix modéré dans plusieurs marchés de Paris. Ce mot est passé dans la langue populaire.

Virmaître, 1894 : Détritus de toutes sortes de mets que les cuisiniers des restaurants vendent à des marchandes des Halles. Ces débris sont triés avec soin, et elles en font des assiettes assorties que les malheureux achètent un ou deux sous. Cette expression vient de l’habit d’Arlequin, qui est composé d’étoffes de différentes couleurs (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Débris d’aliments mélangés.

anon., 1907 : Mélange d’aliments.

Bric-à-brac

Larchey, 1865 : « Ces travaux, chefs-d’œuvre de la pensée, compris depuis peu dans ce mot populaire, le bric-à-brac. » — Balzac.

Le fait est qu’aujourd’hui le bric-à-brac est une industrie formidable, que le gros marchand de bric-à-brac possède jusqu’à 500 000 fr. de marchandises.

(Roqueplan, 1841)

Bric-à-brac : Marchand de bric-à-brac.

Ce voleur de bric-à-brac ne voulait me donner que quatre livres dix sous.

(Gavarni)

Delvau, 1866 : s. m. Choses de peu de valeur, — ou d’une valeur énorme, selon le monde où on emploie ce mot : Vieilles ferrailles ici, vieux Sèvres là.

Delvau, 1866 : s. m. Revendeur, petit marchand de débris, de bric-à-brac.

Rigaud, 1881 : Vieilleries artistiques, non artistiques, pseudoartistiques : vieux chandeliers, vieilles soupières, poteries, cuirs, cuivres, meubles des temps passés. — Commerce de vieux objets disparates. Les marchands de bric-à-brac sur une grande échelle s’instituent volontiers marchands de curiosités, marchands d’antiquités.

Casse

d’Hautel, 1808 : Donner de la casse. Supplanter quelqu’un ; le déposséder de son emploi ; signifie aussi parmi les soldats l’action de licencier un régiment ou un corps.

Delvau, 1866 : s. f. Ce que l’on casse. Argot des garçons de café.

Boutmy, 1883 : s. f. Ensemble des deux compartiments qui contiennent les diverses sortes de lettres. La casse se divise en deux parties : le bas de casse et le haut de casse ; la première renferme les lettres minuscules, les cadrats, les cadratins, les signes de ponctuation, etc. ; la seconde, les majuscules, les petites capitales, les lettres accentuées et diverses autres sortes moins usitées que celles du bas de casse. Au figuré, Fond de casse, reste d’une barbe de la veille.

France, 1907 : Ce que les garçons ou servantes de cafés, d’hôtels ou de restaurants sont supposés casser et pour laquelle le patron s’empare d’une partie des pourboires. « Dans beaucoup de villes, dit A. Luchet, le maître d’hôtel marié prend des pourboires, une part pour sa femme, une part pour ses enfants, une part pour la casse. » On appelle aussi casse les rognures et débris de pâtisserie vendus à bas prix aux pauvres gens.
C’est aussi, en bas langage rémois, un poêlon de cuivre pour boire.

Cassés (des)

Rigaud, 1881 : Débris de marrons glacés, débris de pâtisserie. Les gamins font une grande consommation de cassés.

Chambardement

Fustier, 1889 : Renversement, bris.

Gambetta, vil objet de mon ressentiment,
Ministres ennemis de tout chambardement,
Sénateurs que je bais…

(Événement, 1881)

Rossignol, 1901 : Faire du chambard.

France, 1907 : Bouleversement, destruction.

Les sociétés se succèdent et disparaissent, englouties tour à cour dans de formidables débâcles. Que reste-t-il des antiques civilisations de l’Asie, des Amériques et de celles dont ou découvre, çà et là, des traces au-delà des déserts africains ?
Comme elles, la nôtre ne sera plus qu’un souvenir.
Sur nos débris, d’autres races surgiront, qui ne comprendront ni notre histoire, ni nos mœurs, ni nos sottises, ni nos crimes.
Table rase ! Le jour du grand chambardement est proche, Les bruits précurseurs des tempêtes s’élèvent de toutes parts.

(Hector France, Lettres Rouges)

Choléra

Delvau, 1866 : s. m. Viande malsaine, ou seulement de qualité inférieure, — dans l’argot des bouchers, qui disent cela depuis cinquante ans.

Rigaud, 1881 : Viande malsaine, viande de qualité inférieure, — dans le jargon des bouchers. (A. Delvau)

Rigaud, 1881 : Zinc, zingueur, — dans le jargon des couvreurs.

Fustier, 1889 : Débris de fromages. Argot du peuple.

— Que désire monsieur ?
— Deux sous de choléra, s’il vous plaît !
On peut entendre cette demande et cette réponse s’échanger chez certains marchands de fromage, soit aux alentours des halles, soit dans les grands quartiers populeux. Or, qu’est-ce que le choléra ? Ce sont les rognures, les bribes, les miettes des divers fromages que les marchands recueillent à la fin de chaque journée à l’étalage et sur les tables de service.

(Figaro, oct. 1886)

Hayard, 1907 : Épouse.

France, 1907 : Viande malsaine ; raclure de comptoirs des marchands de fromages et que l’on revend aux pauvres affamés, à deux sous l’assiette.

Cochonaille

d’Hautel, 1808 : Basse charcuterie ; débris, réjouissance du porc ; et, par extension, toutes choses viles et dénuées de valeur.

Delvau, 1866 : s. f. Charcuterie, — dans l’argot des ouvriers, — qui ne redoutent pas les trichines. On dit aussi Cochonnerie.

France, 1907 : Charcuterie.

Débris (vieux)

Rigaud, 1881 : Homme vieux, cassé, femme vieille, cassée.

Ghetto

France, 1907 : Juiverie ; italianisme. Quartier de Rome, de Turin et autres villes d’Italie, réservé aux juifs et qu’on fermait la nuit au moyen de chaînes. Le nom de ghetto a été donné à tous les quartiers juifs.

Naples de même et ses ghetto révèlent mieux, en une brève escale, la crasse orientale à venir que les relations de voyage les plus documentées.

(Paul Bonnetain)

Entre ces parquets à jour l’eau fuit, rapide comme un malfaiteur. Les délayages ignobles des savonnages, des teintures, les immondices, les épluchures ont déposé un humus de vase qui est de la lie humaine. Des papiers, des débris d’assiettes collent sur ce fond une mosaïque. Des poignées de cheveux s’y fixent en façon d’algues. Et l’on songe tout ensemble à une Venise de truands et à un ghetto de lépreux, où l’ordure se coagule dans le vomissement des ivresses et dans le sang des rixes.

(Hugues Le Roux)

Gouape, gouapeur

France, 1907 : Fainéant, ivrogne et un peu escroc. Ce mot ne viendrait-il pas de l’espagnol guapo, beau, vêtu galamment ? — les fainéants ne s’occupant d’ordinaire qu’à se bien vêtir.

Découragés, les trois juges rapprochent leurs crânes beurre rance dans une délibération rapide. Pendant ce temps, Amaryllis, triomphante. se retourne et, du bout de ses doigts appliqués sur sa houche, fait s’envoler vers quelqu’un un doux baiser.
Le quelqu’un, campé au premier rang du public — joli tête de gouape — une cravate rose tendre au col, reçoit béatement les témoignages de tendresse que lui envoie Amaryllis.

(Montfermeil)

L’histoire l’amusait d’autant qu’il était bohème et gouapeur dans l’âme. La petite lui plaisait et l’excitait. Et, en vérité, tout cela était d’un imprévu absolument cocasse. La partie était presque terminée. Il en proposa une à trois. Le maître d’hôtel versa le champagne dans les coupes.

(René Maizeroy)

Oui, c’en est fait, il faut plier bagage
Et dire adieu pour toujours à Paris.
Que faire ici ? J’ai les mœurs d’un autre âge,
Du vieux quartier je suis le seul débris ;
Dernier rameau d’une tige brisée,
La ranimer, je l’essaierais en vain ;
Des vieux gouapeurs la race est épuisée ;
Non, il n’est plus, mon vieux quartier Latin.

(Lepère, député de l’Yonne)

On écrivait autrefois gouépeur :

Un soir, un gouépeur en ribotte
Tombe en frime avec un voleur

(Vidocq)

Graisse

d’Hautel, 1808 : La graisse ne l’étouffe pas, ne l’empêche pas de marcher. Se dit en plaisantant d’une personne très-maigre, qui marche avec vivacité.
Faire de la graisse. Dormir trop long-temps, paresser, se laisser aller à la mollesse.
Ce n’est pas le tout que des choux, il faut encore de la graisse. Se dit lorsque l’on n’a qu’une partie des choses nécessaires à une entreprise.

Vidocq, 1837 : s. m. — Les événemens de la première révolution paraissent avoir donné naissance au vol à la Graisse, qui fut commis souvent avec une rare habileté par les nommés François Motelet, Felice Carolina, italien, dit le Fou de Cette. Voici quelle était la manière de procéder de ces individus, et de presque tous ceux qui, par la suite, marchèrent sur leurs traces.
Deux hommes d’un extérieur respectable voyagaient en poste, se dirigeant vers la frontière, suivis d’un domestique ; ils descendaient toujours chez l’hôtelier qu’ils présumaient le plus riche, ou chez le maître de poste, si celui-ci logeait les étrangers.
Arrivés au gîte qu’ils avaient choisi, ils se faisaient donner le plus bel appartement de la maison, et tandis qu’ils se reposaient des fatigues de leur voyage, le domestique, cheville ouvrière du complot ourdi contre la bourse de l’hôtelier, faisait, en présence du personnel de l’hôtellerie, remiser la chaise de poste, et décharger les effets de ses maîtres. Au moment de terminer son opération, le domestique retirait de l’impériale de la voiture une petite cassette qu’il ne soulevait qu’avec peine, ce qui ne manquait pas d’étonner ceux qui étaient spectateurs de ses efforts.
C’est le magot, disait confidentiellement le domestique au maître de la maison ; et comme, à cette époque, le numéraire était plus rare et plus recherché que les assignats, celui-ci ne manquait pas de concevoir la plus haute opinion de ces étrangers qui en possédaient une aussi grande quantité.
Ces préliminaires étaient la première botte portée à la bourse de l’hôtelier ; lorsqu’ils avaient produit ce qu’en attendaient les fripons, la caisse était portée chez eux, et durant quelques jours il n’en était plus parlé.
Durant ces quelques jours, les étrangers restaient dans leurs appartements ; s’ils sortaient, ce n’etait que le soir ; ils paraissaient désirer ne pas être remarqués ; au reste, ils dépensaient beaucoup, et payaient généreusement.
Lorsqu’ils croyaient avoir acquis la confiance de l’hôtelier, ils envoyaient un soir leur domestique le prier de monter chez eux, celui-ci s’empressait de se rendre à cette invitation ; laissez-nous seuls, disait alors un des étrangers au domestique ; et, dès qu’il était sorti, l’autre prenait la parole, et s’exprimait à-peu-près en ces termes :
« La probité, Monsieur, est une qualité bien rare à l’époque où nous vivons, aussi doit-on s’estimer très-heureux lorsque par hasard on rencontre des honnêtes gens. Les renseignemens que nous avons fait prendre, et la réputation dont vous jouissez, nous donnent la conviction que vous êtes du nombre de ces derniers, et que nous ne risquons rien en vous confiant un secret d’une haute importance ; pour nous soustraire aux poursuites dirigées contre presque tous les nobles, nous avons été forcés de prendre subitement la fuite. Nous possédions, au moment de notre fuite, à-peu-près, 60,000 francs en pièces d’or, mais pour soustraire plus facilement cette somme aux recherches, nous l’avons fondue nous-mêmes et réduite en lingots ; nous nous apercevons aujourd’hui que nous avons commis une imprudence, nous ne pouvons payer notre dépense avec des lingots, nous vous prions donc de nous prêter 5,000 francs (la somme, comme on le pense bien, était toujours proportionnée à la fortune présumée de l’individu auquel les fripons s’adressaient) ; il est bien entendu que nous vous laisserons en nantissement de cette somme un ou plusieurs de nos lingots, et qu’en vous remboursant le capital nous vous tiendrons compte des intérêts. »
Cette dernière botte portée, les fripons attendaient la réponse de l’hôtelier, qui, presque toujours, était celle qu’ils désiraient ; dans le cas contraire, comme ils ne doutaient, disaient ils, ni sa bonne volonté, ni de son obligeance, ils le priaient de leur trouver, à quel que prix que ce fût, un richard disposé à traiter avec eux, et sur lequel on pût compter. C’était une manière adroite de lui faire entendre qu’ils accepteraient toutes les conditions qui leur seraient proposées. L’espoir de faire une bonne affaire, et surtout la vue des lingots que les fripons faisaient briller à ses yeux, ne manquaient de déterminer l’hôtelier ; après bien des pourparlers le marché était conclu, mais les voyageurs, soigneux de conserver les apparences d’hommes excessivement délicats, insistaient pour que le prêteur fît vérifier, par un orfèvre, le titre des lingots, celui-ci ne refusait jamais cette garantie nouvelle de sécurité ; mais comment soumettre ces lingots à l’essayeur sans éveiller des soupçons ? l’hôtelier et les voyageurs sont très-embarrassés. « Eh parbleu, » dit l’un de ces derniers, après quelques instans de réflexion « nous sommes embarrassés de bien peu, scions un des lingots par le milieu, nous ferons essayer la limaille. » Cet expédient est adopté à l’unanimité ; un des lingots est scié et la limaille recueillie dans un papier, mais les fripons savent substituer adroitement au paquet qui ne contient que de la limaille de cuivre, un paquet qui contient de la limaille d’or à vingt-deux carats ; fort du témoignage de l’essayeur, l’hôtelier livre ses écus, et reçoit en échange cinq à six livres de cuivre qu’il serre bien précieusement, et que jamais on ne vient lui redemander.
Les Graisses ne laissent pas toujours des lingots à leurs victimes, et ne procèdent pas tous de la même manière ; un individu qui maintenant porte l’épée et les épaulettes d’officier supérieur, escroqua une somme assez forte, à un prêteur sur gages, de la manière que je vais indiquer :
Il fit faire, à Paris, et par des fabricans différens, deux parures absolument semblables ; la seule différence qui existait entre elles, c’est que l’une était garnie de pierres précieuses, et l’autre d’imitations, mais d’imitations parfaites sous tous les rapports.
Muni de ces parures, l’individu alla trouver un prêteur sur gages, et lui engagea la véritable parure, puis au temps fixé il la dégagea ; il renouvela ce manège plusieurs fois, de sorte que le préteur, familiarisé avec l’objet qui lui était laissé en garantie ne prenait plus la peine d’examiner les diamans ; l’emprunteur avait toujours soin de bien fermer la boîte qui contenait la parure et d’y apposer son cachet ; il prenait cette précaution, disait-il, pour éviter qu’on ne se servît de ses diamans.
Lorsqu’il crut le moment d’agir arrivé, il alla, pour la dernière fois trouver le prêteur, et lui engagea comme de coutume sa parure, moyennant la somme de 10,000 francs, mais au lieu de lui donner la bonne, il ne lui remit que son sosie, et suivant son habitude il scella la boîte, sous le fond de laquelle il avait collé une étiquette peu apparente ; mais cette fois le cachet n’était pas celui dont il s’était servi jusqu’alors, quoique cependant il en différât très-peu.
À l’époque fixée, il se présenta pour dégager ses bijoux ; le prêteur, charmé de recouvrer avec ses écus un intérêt raisonnable, s’empressa de les lui remettre. Le fripon paie et prend sa boîte : « Tiens, dit-il, après l’avoir examinée quelques instans, vous avez mis une étiquette à ma boîte ; pourquoi cela ? — Je n’ai rien mis à votre boîte, répond le prêteur. — Je vous demande bien pardon, ce n’est pas ma boîte ; le cachet qui ferme celle-ci n’est pas le mien, » et pour prouver ce qu’il avance, il tire son cachet de sa poche ; le prêteur le reconnaît, et cependant ce n’est pas son empreinte qui est apposée sur la boîte ; pour couper court, le prêteur ouvre la boîte ; « c’est bien votre parure, s’écrie-t-il. — Vous plaisantez, répond l’emprunteur, ces diamans sont faux et n’ont jamais été à moi. »
La conclusion de cette affaire n’est pas difficile à deviner : le fripon justifia par une facture de la possession de la parure qu’il réclamait, ses relations antérieures avec le prêteur établissaient sa bonne foi. Le prêteur fut obligé de transiger avec lui, pour éviter un procès scandaleux.

Larchey, 1865 : Argent. — Il y a gras, il y a de la graisse : Il y a un bon butin à faire.

Il n’y a pas gras !

(Gavarni)

Delvau, 1866 : s. f. Argent, — dans l’argot du peuple, qui sait que c’est avec cela qu’on enduit les consciences pour les empêcher de crier lorsqu’elles tournent sur leurs gonds.

Delvau, 1866 : s. m. Variété de voleur dont Vidocq donne le signalement et l’industrie (p. 193).

Rigaud, 1881 : Argent. L’huile et le beurre ont également eu la même signification ; aujourd’hui ces mots ne sont plus employés que par quelques vieux débris des anciens bagnes.

France, 1907 : Or, argent, billet de banque, cadeau quelconque. Le mot est vieux : Lorédan Larchey cite ce passage d’une chanson gothique :

Vecy, se dit l’hotesse
Vecy bon payement vrayment :
Il n’y a pas gresse
De loger tel marc aut souvent.

Marcheuse

d’Hautel, 1808 : Nom que l’on donne aux femmes qui conduisent les courtisanes, qui les accompagnent dans le lieu de leur trafic.

Delvau, 1864 : Femme qui a été fille et qui, ne l’était plus, est chargée de conduire dans les chemins du vice celles qui le sont encore.

Ses fonctions sont d’appeler les passants à voix basse, de les engager à monter dans le bordel où, d’après ses annonces banales, ils doivent trouver un choix exquis de jeunes personnes. Dans, la maison de tolérance de première ligne, il y a ordinairement plusieurs marcheuses dont l’emploi principal est de promener les filles d’amour sur les boulevards et dans les passages.

Larchey, 1865 : « La marcheuse est un rat d’une grande beauté que sa mère, fausse ou vraie, a vendu le jour où elle n’a pu devenir ni premier, ni deuxième, ni troisième sujet de la danse, et où elle a préféré l’état de coryphée à tout autre, par la grande raison qu’après l’emploi de sa jeunesse, elle n’en pouvait pas prendre d’autre. Pour qu’un rat devienne marcheuse, c’est-à-dire figurante de la danse, il faut qu’elle ait eu quelque attachement solide qui l’ait retenu à Paris, un homme riche qu’elle n’aimait pas, un pauvre garçon qu’elle aimait trop. C’est un débris de la fille d’Opéra du dix-huitième siècle. »

(Balzac)

Larchey, 1865 : « Un simple bonnet la coiffe ; sa robe est d’une couleur foncée et un tablier blanc complète ce costume. Les fonctions de la marcheuse sont d’appeler les passants à voix basse, de les engager à monter dans la maison qu’elle représente, où, d’après ses annonces banales, ils doivent trouver un choix exquis de jeunes personnes. »

(Béraud)

Enfin arrivent les marcheuses… Elles marchent pour les filles demeurant en hôtel garni ; celles-ci n’ont qu’une chaussure et un jupon blanc Faut-il qu’elles exposent dans les boues leur unique habillement, la marcheuse affrontera pour elles les chemins fangeux.

(1783, Mercier)

Delvau, 1866 : s. f. Femme en bonnet et en tablier blanc, dont les fonctions « sont d’appeler les passants à voix basse et de les engager à monter dans la maison qu’elle représente ».

Delvau, 1866 : s. f. Rat d’une grande beauté que sa mère, fausse ou vraie, dit H. de Balzac, a vendue le jour où elle n’a pu devenir ni premier, ni deuxième, ni troisième sujet de la danse, et où elle a préféré l’état de coryphée à tout autre, par la grande raison qu’après l’emploi de sa jeunesse elle n’en pouvait pas prendre d’autres. C’est un débris de la fille d’Opéra du XVIIIe siècle.

Rigaud, 1881 : Dame comparse du corps de ballet, à l’Opéra.

Rigaud, 1881 : Racoleuse d’une maison de tolérance.

Fille publique qui fait la porte, c’est-à-dire qui, du seuil des maisons de joie, appelle les passants.

(Paris-Vivant, la Fille, 1858)

C’est-à-dire la femme stationnant sur le seuil de la porte de la maison de tolérance.

(Béraud, Les Filles publiques de Paris, t. II, 1839)

Par ordonnance de police, les marcheuses doivent être âgées d’au moins quarante ans… Est-ce pour inspirer plus de confiance ?

La Rue, 1894 : Dame comparse au théâtre. Racoleuse.

Virmaître, 1894 : Belle femme qui figure à l’Opéra, Marcheuse : la femme qui appelait les passants en termes très engageants ; elle détaillait avec complaisance les charmes de la marchandise qui était dans l’intérieur de la maison. La marcheuse était généralement un beefteack à corbeau hors d’âge et de service. Les marcheuses furent supprimées à la porte des maisons de tolérance par arrêté de M. Andrieux, préfet de police, en 1881 (Argot des souteneurs).

Rossignol, 1901 : La femme qui fait les cent pas à la porte d’une maison de tolérance où elle est pensionnaire pour y amener des clients, c’est la marcheuse.

Hayard, 1907 : Femme qui fait le trottoir.

France, 1907 : Fille qui se promenait sur le trottoir devant une maison de tolérance pour engager les passants à y entrer. Un arrêté du préfet de police Andrieux supprima en 1881 ce genre d’excitation à la débauche.

Les fonctions de la marcheuse sont d’appeler les passants à voix basse, de les engager à monter dans la maison qu’elle représente, où, d’après ces annonces banales, ils doivent trouver un choix… Il y a ordinairement plusieurs marcheuses dont l’emploi principal est de promener les filles d’amour sur les boulevards et dans les passages.

(F. Béraud)

La marcheuse est reconnaissable à ses chapeaux modestes, uniformément noirs, qui écrasent sa tête plus qu’ils ne la couronnent. C’est elle qui a lancé la première en France ces interminables waterproofs, ces cache-misère, longs comme un de ces jours sans pain qu’elle a plus d’une fois connus.

(Édouard Petit)

France, 1907 : Jolie fille qui figure dans un Corps de ballet.

La marcheuse est un rat d’une grande beauté que sa mère, fausse où vraie, à vendue le jour où elle n’a pu devenir ni premier, ni second, ni troisième sujet de la danse, et où elle a préféré l’état de coryphée à tout autre, par la grande raison qu’après l’emploi de sa jeunesse elle n’en pouvait pas prendre d’autre. Pour qu’un rat devienne marcheuse, c’est-à-dire figurante de la danse, il faut qu’elle ait eu quelque attachement solide qui l’ait retenue à Paris, un homme riche qu’elle m’aimait pas, un pauvre garçon qu’elle aimait trop.

(Balzac)

… Les marcheuses, dont le nom tristement significatif indique qu’elles seraient mieux sur l’asphalte où on les a prises, que sur les planches de l’Opéra.

(Théophile Gautier)

Marie-salope

Delvau, 1866 : s. f. Bateau dragueur, — dans l’argot des mariniers de la Seine.

Delvau, 1866 : s. f. Femme de mauvaise vie.

France, 1907 : Bateau dragueur. Se dit aussi pour fille ou femme de mauvaise vie.

La Seine fait vivre bien d’autres gens encore que les marins d’eau douce. Ce sont les lessiveuses qui battent à coups redoublés le linge, que l’eau gonfle. Ce sont les ravageurs de la Seine, ces chiffonniers du fleuve, qui butinent sur les débris tirés de la vase. Ce sont les dragueurs et leurs bruyantes machines qui nettoient le fond, ramassent la boue, et que le peuple surnomme des Marie-salope.

(Paul Alexis)

Matra

France, 1907 : Débris.

Tous ces vieux fatras,
Tous ces vieux matras,
Tous ces vieux plâtras
Et vieux patatras !…

(Montesquiou-Fezensac)

Pana, panailleux

Larchey, 1865 : « Vieux pana se dit d’un homme avare, Laid et âgé, qui se laisse difficilement ruiner par les lorettes. Les panas s’emploient dans le Dictionnaire de la Curiosité comme exemple de tessons, de loques, de débris de toutes sortes, et ceux qui les vendent sont des panailleux. » — Champfleury. — Pana est une forme de panné. — Panailleux viendrait plutôt du vieux mot penaille : guenille.

Paniers, vendanges sont faites (adieu) !

France, 1907 : La saison de faire une chose est passée. Trop tard, petit bonhomme ne vit plus. Brantôme donne une explication de ce dicton. Le grand prieur de Lorraine, François de Guise, envoya en course, du côté du Levant, deux de ses galères sous le commandement du capitaine de Beaulieu, brave et vaillant homme. Vers l’Archipel, il rencontra un grand navire vénitien et se mit à le canonner. Mais celui-ci lui répliqua si vigoureusement qu’il lui emporta à la première volée deux de ses bancs avec leurs forçats et son lieutenant du nom de Panier, bon compagnon, dit Brantôme, qui n’eut que le temps de dire ce seul mot : « Adieu, Panier, vendanges sont faites ! » Il y a tout lieu de supposer que ce dicton existait déjà dans la langue avant ledit Panier et que cet officier des chiourmes n’a fait qu’un jeu de mot sur son nom. C’est, du reste, un débris de chanson, dont Édouard Fournier donne l’histoire dans son livre des Chansons populaires.

Panure

France, 1907 : Débris de pain que ramassent les chiffonniers et qu’ils revendent aux charcutiers pour en faire de la chapelure.

Petit monde

Delvau, 1866 : s. m. Lentille, — dans l’argot des voleurs.

Delvau, 1866 : s. m. Les membres de la famille, femme et enfants. Se dit aussi à propos d’une Maîtresse.

Rigaud, 1881 : Lentille, — dans l’ancien argot. — La petite bourgeoisie, le monde des boutiquiers, — dans le jargon des vieux débris du faubourg Saint-Germain.

Virmaître, 1894 : Lentille. On dit aussi par allusion de forme et presque de couleur : punaise (Argot des voleurs).

France, 1907 : Lentilles ; argot des voleurs.

Quiqui

Delvau, 1866 : s. m. Abatis de toutes sortes de choses, têtes de chats, os de lapins, cous d’oies, etc., — dans l’argot des chiffonniers, qui vendent cela aux gargotiers, lesquels « en font de fameux potages ».

Rigaud, 1881 : Poulet et, en général, toute sorte de volaille, — dans le jargon des chiffonniers. — Par extension tout ce qu’ils trouvent bon pour leur casserole ou pour celle du gargotier, morceaux de choix tels que : épaves de pâtés, restes de poissons, manche de gigot encore fourni de viande, etc.

La Rue, 1894 : Cou. Abattis, os et débris de volaille ramassés dans les ordures et dont les gargotiers font du bouillon.

Virmaître, 1894 : Rognures de viandes ramassées par les chiffonniers dans les ordures. Ils les revendent aux Borgias à 1 fr. 15 qui en font des potages (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Le cou.

France, 1907 : Le con : on écrit aussi kiki.

France, 1907 : Poulet.

— Hein ? tu fais la traînée, bougre de trognon ! Je t’ai entendue danser d’en bas. Allons, avance ! Plus près, nom de Dien ! et en face : je n’ai pas besoin de renifler ton moutardier. Est-ce que je te touche, pour trembler comme un quiqui ?

(Émile Zola, L’Assommoir)

France, 1907 : Rognures de viandes, détritus ramassés par les chiffonniers dans les ordures et revendus aux restaurateurs à bon marché qui en confectionnent des potages fort appréciés de leur clientèle. Ce nom vient évidement de quiqui, cou, morceau généralement peu estimé et qu’on trouve plus souvent que les cuisses ou les ailes sur les tas d’ordures.

Ramasseur de mégots

Virmaître, 1894 : Ramasseur de bouts de cigares et de débris de cigarettes. Ces mégots sont séchés, triés, hachés, puis vendus par paquets aux ouvriers. La bourse aux mégots se tient place Maubert, au pied de la statue d’Étienne Dolet (Argot du peuple).

Ravage

Delvau, 1866 : s. m. Débris métalliques volés.

France, 1907 : Ferraille ; argot des voleurs.

Ravageur

Delvau, 1866 : s. m. Dragueur à la main, qui exploite les bords de la Seine au-dessous de Paris avec l’espérance d’y faire des trouvailles heureuses. Les ruisseaux de Paris avaient aussi, il y a une vingtaine d’années, leurs ravageurs, pauvres diables à l’affût de toutes les ferrailles que charriait la pluie.

Rigaud, 1881 : Ramasseur d’épaves rejetées par la Seine. Autrefois, lorsque les rues de Paris n’avaient qu’un seul ruisseau au milieu, les ravageurs y exerçaient leur industrie, principalement les jours de pluie.

Rigaud, 1881 : Voleur de linge dans un lavoir public, sur les bateaux-lavoirs.

La Rue, 1894 : Voleur de linge dans un lavoir. Ramasseur des épaves de la Seine.

Virmaître, 1894 : Individu qui, aux bords de la Seine, recherche les débris de ferrailles et d’os. Autrefois les ravageurs formaient une puissante corporation ; ils opéraient dans les ruisseaux qui coulaient au milieu des rues de Paris (Argot du peuple).

France, 1907 : Pêcheur dans la rade ; argot du Borda.

France, 1907 : Voleur de linge dans les lavoirs. Se dit aussi des individus qui explorent les bords de la rivière, dans l’espoir d’y trouver quelque objet dont ils puissent tirer profit.

Rouleur

Larchey, 1865 : « Ses fonctions consistent à présenter les ouvriers aux maîtres qui veulent les embaucher et à consacrer leur engagement. C’est lui qui accompagne les partants jusqu’à la sortie des villes. »

(G. Sand)

De rouler : voyager.

Larchey, 1865 : Trompeur.

Cela ne serait pas bien : nos courtiers passeraient pour des rouleurs.

(Lynol)

De rouler : vaincre.

Delvau, 1866 : s. m. Chiffonnier.

Delvau, 1866 : s. m. Compagnon du tour de France chargé de présenter les ouvriers aux maîtres et de consacrer leur engagement.

Delvau, 1866 : s. m. Vagabond, homme suspect.

Rigaud, 1881 : Vagabond doublé d’un filou. — Parasite effronté. — Individu de mauvaise mine et étranger à la localité, — dans le jargon des paysans de la banlieue de Paris. Le mot a été emprunté au jargon des pâtissiers.

En terme de métier, celui qui ne reste pas longtemps dans la même maison s’appelle rouleur.

(P. Vinçard, Les Ouvriers de Paris)

Boutmy, 1883 : s. m. Ouvrier typographe qui roule d’imprimerie en imprimerie sans rester dans aucune, et qui, par suite de son inconduite et de sa paresse, est plutôt un mendiant qu’un ouvrier. Aucune corporation, croyons-nous, ne possède un type aussi fertile en singularités que celui dont nous allons essayer d’esquisser les principaux traits. Les rouleurs sont les juifs errants de la typographie, ou plutôt ils constituent cet ordre mendiant qui, ennemi juré de tout travail, trouve que vivre aux crochets d’autrui est la chose la plus naturelle du monde. Il en est même qui considèrent comme leur étant due la caristade que leur alloue la commisération. Nous ne leur assimilons pas, bien entendu, les camarades besogneux dont le dénuement ne peut être attribué à leur faute : à ceux-ci, chacun a le devoir de venir en aide, dignes qu’ils sont du plus grand intérêt. Les rouleurs peuvent se diviser en deux catégories : ceux qui travaillent rarement, et ceux qui ne travaillent jamais. Des premiers nous dirons peu de chose : leur tempérament ne saurait leur permettre un long séjour dans la même maison ; mais enfin ils ne cherchent pas de préférence, pour offrir leurs services, les imprimeries où ils sont certains de ne pas être embauchés. Si l’on a besoin de monde là où ils se présentent, c’est une déveine, mais ils subissent la malchance sans trop récriminer. De plus, détail caractéristique, ils ont un saint-jean, ils sont possesseurs d’un peu de linge et comptent jusqu’à deux ou trois mouchoirs de rechange. Afin que leur bagage ne soit pour eux un trop grand embarras dans leurs pérégrinations réitérées, ils le portent sur le dos au moyen de ficelles, quelquefois renfermée dans ce sac de soldat qui, en style imagé, s’appelle azor ou as de carreau. Un des plus industrieux avait imaginé de se servir d’un tabouret qui, retenu aux reins par des bretelles, lui permettait d’accomplir allègrement les itinéraires qu’il s’imposait. Ce tabouret, s’il ne portait pas César, portait du moins sa fortune. Mais passons à la seconde catégorie. Ceux-là ont une horreur telle du travail que les imprimeries où ils soupçonnent qu’ils en trouveront peu ou prou leur font l’effet d’établissements pestilentiels ; aussi s’en éloignent-ils avec effroi, bien à tort souvent ; car le dehors de quelques-uns est de nature à préserver les protes de toute velléité d’embauchage à leur endroit. D’ailleurs, si les premiers ne se présentent pas souvent en toilette de cérémonie, les seconds, en revanche, exposent aux regards l’accoutrement le plus fantaisiste. C’est principalement l’article chaussure qui atteste l’inépuisable fécondité de leur imagination. L’anecdote suivante, qui est de la plus scrupuleuse exactitude, pourra en donner une idée : deux individus, venant s’assurer dans une maison de banlieue que l’ouvrage manquait complètement et toucher l’allocation qu’on accordait aux passagers, étaient, l’un chaussé d’une botte et d’un soulier napolitain, l’autre porteur de souliers de bal dont le satin jadis blanc avait dû contenir les doigts de quelque Berthe aux grands pieds. Des vestiges de rosette s’apercevaient encore sur ces débris souillés d’une élégance disparue. Au physique, le rouleur n’a rien d’absolument rassurant. La paresse perpétuelle dans laquelle il vit l’a stigmatisé. Il pourrait poser pour le lazzarone napolitain, si poser n’était pas une occupation. Sa physionomie offre une particularité remarquable, due à la conversion en spiritueux d’une grande partie des collectes faites en sa faveur : c’est son nez rouge et boursouflé. Lorsque, contre son attente, le rouleur est embauché, il n’est sorte de moyens qu’il n’emploie pour sortir de la souricière dans laquelle il s’est si malencontreusement fourvoyé : le plus souvent, il prétexte une grande fatigue et se retire en promettant de revenir le lendemain. Il serait superflu de dire qu’on ne le revoit plus. Il est un de ces personnages qu’on avait surnommé le roi des rouleurs, et que connaissaient tous les compositeurs de France et de Navarre. Celui-là n’y allait pas par trente-six chemins. Au lieu de perdre son temps à de fastidieuses demandes d’occupation, il s’avançait carrément au milieu de la galerie, et, d’une voix qui ne trahissait aucune émotion, il prononçait ces paroles dignes d’être burinées sur l’airain : « Voyons ! y-a-t-il mèche ici de faire quelque chose pour un confrère nécessiteux ? » Souvent une collecte au chapeau venait récompenser de sa hardiesse ce roi fainéant ; souvent aussi ce cynisme était accueilli par des huées et des injures capables d’exaspérer tout autre qu’un rouleur. Mais cette espèce est peu sensible aux mortifications et n’a jamais fait montre d’un amour-propre exagéré. Pour terminer, disons que le rouleur tend à disparaître et que le typo laborieux, si prompt à soulager les infortunes imméritées, réserve pour elles les deniers de ses caisses de secours, et se détourne avec dégoût du parasite sans pudeur, dont l’existence se passe à mendier quand il devrait produire. (Ul. Delestre.)

France, 1907 : Cheminot, vagabond.

Un vagabond passait par là, mangeant à petites pincées le pain sec qu’il portait sous le bras. Le froid mordait, la forêt était profonde, et le village prochain, avec ses chiens de chasse hargneux et ses paysans avares, accueillait mal, d’habitude, les maraudeurs. Un charbonnier, de bonne humeur, le héla d’une voix engageante :
— Hé ! le rouleur ! si tu vas à la fontaine, l’eau te glacera le sang. Viens donc boire un coup avec nous.
Le vagabond, sans une parole, lui répondit d’un regard en dessous, et poursuivit sa route à travers bois. On entendit son pas indécis qui traînait dans les feuilles sèches. Il ne se retourna plus, n’envoya ni salut, ni merci, et disparut au détour d’un sentier.

(Aug. Marin)

France, 1907 : Trompeur, escroc.

Sibérie

Boutmy, 1883 : s. f. Se dit de rangs situés à l’extrémité de la galerie et avec lesquels la chaleur n’a aucune espèce d’accointance. Dans quelques imprimeries, on donnait ce nom à un coin de l’atelier où les apprentis, personnages encombrants et plus spécialement affectés aux courses qu’à l’initiation de leur art, étaient relégués pour le tri du pâté. L’attrape-science, heureux de ne pas sentir là peser sur lui une surveillance constante, en profitait pour dévorer le moins de pâté possible et se livrer à toutes les malices que lui suggérait une imagination précoce. La bande joyeuse composait et jouait des drames inévitablement suivis de duels, où les épées, représentées par des réglettes, jonchaient de leurs débris le dessous des rangs. Mais tout, hélas ! n’était pas rose pour nos singes en herbe, et plus d’une fois les jeux se terminèrent par de terribles catastrophes. L’un d’eux ayant un jour chipé chez ses parents un mirifique jeu de piquet, quatre apprentis joyeux, quoique gelant dans leur Sibérie, se mirent à battre bravement les cartes. Ils se les étaient à peine distribuées, qu’ils furent pris d’une panique soudaine bien justifiée. On venait d’entendre le frôlement d’une robe qui n’était autre que celle de la patronne, laquelle n’entendait pas raillerie. Le plus avisé, ramassant vivement les pièces accusatrices, les jeta dans sa casquette, dont il se coiffa non moins vivement. Il était temps ! La patronne vit nos gaillards acharnés après la besogne qui semblait fondre sous leurs doigts. Aussi leur adressa-t-elle des paroles éloquentes de satisfaction. Mais, s’apercevant que l’un d’eux était couvert, et comme elle tenait au respect : « Dieu me pardonne, dit-elle, mais vous me parlez la casquette sur la tête. — Pardon, madame ! » dit l’interpelé. Aussitôt, le roi de pique, la dame de cœur et leur nombreuse cour dansèrent une sarabande effrénée et couvrirent le parquet, plus habitué à recevoir la visite de caractères en rupture de casse que celle de ces augustes personnages. Le jour même, nos quatre drôles avaient quitté la Sibérie et l’atelier. (Nous devons la définition de la Sibérie et les développements de cet article à M. Delestre, un des héros du drame… L’enfant promettait !)

France, 1907 : Arrière-partie d’un atelier où l’on relègue les apprentis qui s’y trouvent généralement dans l’ombre et exposés an froid.

Surfine, ou sœur de charité

Vidocq, 1837 : Les voleurs donnent ce nom à des voleuses qui procèdent à-peu-près de cette manière :
L’âge de la Sœur de Charité est raisonnable, sa mise décente, même quelque peu monastique, elle fréquente les églises, assiste à toutes les messes, fait l’aumône, fait allumer des cierges, se confesse et communie au besoin ; après avoir quelque temps fréquenté une église et s’y être fait remarquer par sa piété et son exactitude, la Sœur de Charité cause avec les employés de l’église et les prie de lui indiquer quelques nécessiteux dignes d’intérêt, car elle est, dit-elle, chargée de distribuer les aumônes d’une riche veuve ; l’un des employés, soit la loueuse de chaises ou tout autre, lui indique aussitôt quelques pauvres auxquels elle donne immédiatement deux ou trois francs, et elle se retire après avoir pris leur adresse et leur avoir promis des secours plus considérables.
Quelques jours après la Sœur de Charité rend chez un des pauvres qu’elle a assisté, et lui dit qu’elle est heureuse de pouvoir lui annoncer que madame la marquise ou madame la comtesse veut bien prendre sa position en considération, et lui accorder quelques secours ; mais, ajoute-t-elle, madame, qui ne veut point que ses bienfaits servent à satisfaire des passions mauvaises, ne donne jamais d’argent. Vous allez me dire ce qui vous manque, et vous l’obtiendrez en nature ; elle examine alors les effets de son protégé, fouille partout, car elle veut acquérir la certitude qu’on ne simule pas des besoins que l’on n’éprouve point.
Les pauvres honteux possèdent presque toujours, quelques débris de leur fortune passée, qui servent à leur rappeler des temps plus heureux ; pendant qu’elle fouille dans les tiroirs, la Sœur de Charité sait s’emparer adroitement de ces objets ; cela fait, elle fait sortir le pauvre diable pour le mener de suite chez la noble dame qui veut bien s’intéresser à lui, mais avant d’être arrivés à la destination indiquée elle a trouvé le moyen de s’en débarrasser.
Dans le courant de l’année 1814, deux Romamichelles, la mère Caron et la Duchène, dévalisèrent, en procédant ainsi, un grand nombre de malheureux ; elles avaient, à la même époque, commis un vol très-considérable au préjudice du brave curé de Saint-Gervais ; ces deux femmes, découvertes et arrêtées par moi, furent condamnées deux mois après la consommation de ce dernier vol.

Truqueur

Larchey, 1865 : « On appelle ainsi tous ces gens qui passent leur vie à courir de foire en foire, n’ayant pour toute industrie qu’un petit peu de hasard. » — Privat d’Anglemont. — C’est aussi un homme usant de trucs, dans toutes les acceptions susdites.

Delvau, 1866 : s. m. Homme qui passe sa vie à courir de foire en foire, de village en village, n’ayant pour toute industrie qu’un petit jeu de hasard.

Delvau, 1866 : s. m. Trompeur ; homme qui vit de trucs.

Rigaud, 1881 : Habile, malin.

Rigaud, 1881 : Industriel en plein vent qui exerce toute sorte de petits métiers ; vendeur de montres à dix sous, de chaînes de sûreté, de cartes transparentes, de porte-monnaie, etc., etc. — Individu qui court de foire en foire avec un jeu de hasard.

Fustier, 1889 : Individu du troisième sexe qui vit de son… industrie.

La Rue, 1894 : Malin. Contrefacteur. Individu qui exerce en plein vent un petit métier, un truc.

Virmaître, 1894 : Le truqueur est un filou qui va de village en village et de foire en foire, avec un petit jeu de hasard qu’il exploite habilement. Ce jeu est généralement un chandelier fait avec les débris d’un vieux chapeau ; il met un sou sur le chandelier qui est placé dans une assiette. Il s’agit, au moyen d’une longue baguette d’osier, de faire tomber le chandelier et que le sou reste dans l’assiette. Cela n’arrive jamais, à moins de connaître le truc. Il y a une masse de truqueurs, surtout en cette fin-de-siècle où tout est truc pour gagner sa vie. (Argot du peuple). N.

Hayard, 1907 : Malin.

France, 1907 : Trompeur, contrefacteur.

Des truqueurs, il n’est pas besoin de parler ; ouvrier sans travail, ancien militaire, faux demandeur, maladie, mort, sortie d’hôpital, tout est exploité d’une façon merveilleuse.

(L. Florian-Pharaon)

Vrilleurs

Virmaître, 1894 : Les vrilleurs sont des voleurs de nuit qui dévalisent les boutiques des bijoutiers. Ce vol nécessite une audace extraordinaire. Avec l’avant-courrier (mèche), ils percent la devanture en tôle de plusieurs trous en carré ; avec une scie fine introduite dans l’un des trous, ils scient la tôle et pratiquent une ouverture assez large pour y passer le bras. À l’aide d’un diamant, ils coupent la glace en carré également, pour que les débris ne fassent pas de bruit en tombant ; préalablement, ils appliquent sur la partie coupée un fort tampon de mastic, après quoi, à l’aide d’une tringle d’acier, ils attirent à eux tous les bijoux qu’ils peuvent. Ils en est qui raflent tout un étalage en quelques minutes (Argot des voleurs). N.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique