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Andouille

d’Hautel, 1808 : Il a le nez gros comme une andouille. Comparaison triviale et populaire, pour dire que quelqu’un a le nez gros et pointu.
Rompre l’andouille au genou. Négocier une affaire par des voies peu propres à la faire, réussir. On dit familièrement et dans le même sens, Rompre l’anguille au genou.

Vidocq, 1837 : s. m. — Homme qui a peu de vigueur, qui est indolent, sans caractère.

Delvau, 1864 : Le membre viril, dont les femmes sont si friandes, — elles qui aiment tant les cochonneries !

De tout te gibier, Fanchon,
N’aime rien que le cochon ;
Surtout devant une andouille,
Qu’aux carmes l’on choisira,
Elle s’agenouille, nouille,
Elle s’agenouillera.

(Collé)

Larchey, 1865 : Personne molle, sans énergie (Vidocq).

Delvau, 1866 : s. m. Homme sans caractère, sans énergie, — dans l’argot du peuple, qui emprunte volontiers ses comparaisons à la charcuterie.

Rigaud, 1881 : Personne sans énergie. Grand dépendeur d’andouilles, individu de haute taille, un peu sot. Les andouilles sont pendues au plafond. Il faut être grand pour les dépendre, et ce travail ne demande pas beaucoup d’intelligence.

Le grand dépendeur d’andouilles, qui l’endormait, a aussi disparu.

(Huysmans, Gaulois du 26 juin 1880)

France, 1907 : Sot. Grand dépendeur d’andouilles, triple sot.

Les hommes grands ne sont pas en faveur parmi le peuple ; il juge de leur esprit en sens inverse de leur taille. Ainsi, lorsqu’il qualifie quelqu’un de sot, il ne manque guère d’y joindre l’épithète de grand, pris dans le sens de long. Un nain lui parait alors un géant qui n’aurait qu’à étendre le bras pour dépendre une andouille, fut-elle raccourcie de moitié. C’est pour cela que, dans son langage, grand dépendeur d’andouilles est synonyme de sot, de niais, d’imbécile fieffé, puisque en fait de taille il n’y en a pas de supérieure à celle de l’individu qui se met, sans intermédiaire, en contact avec les plus hauts plafonds… Il y a, en quelques provinces, notamment en Bourgogne, ce dicton :
« Grand Niquedouille
Qui décroche des andouilles. »

…Il est question, dans Béroalde de Verville, non pas des dépendeurs, mais de dépouilleurs d’andouilles :

Or bien que nous faisions ici mine de rire si le disons-nous à la honte de ces despouilleurs d’andouilles (les cordeliers), pour les nettoyer, et qui nous voudroient reprendre, encore que toute leur vie soit confite d’actions impudentes. (Le Moyen de parvenir.)

(Charles Nisard)

Attignole

Rigaud, 1881 : Boulette de charcuterie cuite au four. Le déjeuner de bien des pauvres diables.

Beefsteak de la Chamareuse

Delvau, 1866 : s. m. Saucisse plate, — dans l’argot des faubouriens, qui savent de quelles charcuteries insuffisantes se compose souvent le déjeuner des ouvrières.

Bifteck de grisette

Rigaud, 1881 : Saucisse plate, morceau de charcuterie pris dans la boîte du charcutier.

Cargot

Larchey, 1865 : Cantinier. — Corruption de gargotier. — V. Aide.

Virmaître, 1894 : Cantinier. Ce n’est pas une corruption de gargotier, car d’après les règlements des prisons le cargot ne fait pas de cuisine et ne vend que des aliments froids, du fromage et de la charcuterie. Comme les cantiniers sont arabes, qu’ils étranglent le plus qu’ils peuvent, on les a baptisés du nom de cargot, synonyme d’usurier, abréviation de carcagnot (Argot des voleurs). N.

France, 1907 : Cantinier ; argot des prisons. Il est chargé de la cargue ou cargaison de boissons et de vivres.

Cavalier seul

Fustier, 1889 : Danse plus ou moins échevelée qu’on exécute seul, dans un quadrille, en face des trois autres personnes qui complètent la figure.

Peu à peu, elle se laissa aller à exécuter un étourdissant cavalier seul.

(Vie Parisienne, 1881)

France, 1907 : Figure de quadrille qu’un danseur exécute seul en face de son vis-à-vis escorté de deux dames.

Céladon

Delvau, 1866 : s. m. Vieillard galant, — dans l’argot des bourgeois, dont les grand’mères ont lu l’Astrée. On dit aussi Vieux céladon.

France, 1907 : Vieillard galant. Amant qui a passé l’âge d’aimer ou ridicule et langoureux, Celadon est un berger de célèbre pastorale allégorique d’Honoré d’Urfé qui eut un grand succès pendant le XVIIe siècle. Ce personnage, qui joue un rôle important dans cette œuvre volumineuse et illisible de nos jours, passe sa vie aux pieds de sa bergère, attentif à exécuter ses ordres, débitant des phrases langoureuses, et exprimant de grands sentiments. Honoré d’Urfé a tiré ce nom des Métamorphoses d’Ovide.

Cependant

d’Hautel, 1808 : Cependant… En se pendant on s’étrangle. Quolibet. Réponse goguenarde que l’on fait à une personne qui met des cependant partout ; qui trouve des obstacles dans les moindres choses, qui commente les ordres qu’on lui donne au lieu de les exécuter.

Chaloupe (faire la)

Rigaud, 1881 : Exécuter un pas de cancan à l’aide d’un tangage furieux du train de derrière.

Vous faites la chaloupe, et c’est une variété du cancan.

(Physiologie du Carnaval, 1842)

Charcuter

Delvau, 1866 : v. a. Couper un membre ; opérer.

Rigaud, 1881 : Faire une opération chirurgicale, — dans le jargon du peuple.

France, 1907 : Tailler ; amputer un membre, faire œuvre chirurgicale.

Charriage à la mécanique

Larchey, 1865 : Un voleur jette son mouchoir au cou d’un passant et le porte à demi-étranglé sur ses épaules pendant qu’un complice le dévalise.

Virmaître, 1894 : Ce genre de vol est l’enfance de l’art ; un mouchoir suffît. Le voleur le jette au cou d’un passant, il l’étrangle à moitié, le charge sur son épaule pendant qu’un complice le dévalise. C’est exactement le coup du père François, toutefois pour exécuter celui-ci les voleurs se servent d’une courroie flexible ou d’un foulard de soie (Argot des voleurs).

France, 1907 : Ce genre de vol exige deux complices. Le premier jette son mouchoir au cou d’un passant, et, tenant les deux bouts, se retourne vivement de façon à appuyer la victime sur son dos : tandis qu’il la tient soulevée et à moitié étranglée, le second la fouille et la dévalise. On l’appelle aussi le coup du Père François. Il était, il y a quelques années, fort commun à Londres, et les bandits qui le pratiquaient étaient désignés sous le nom d’étrangleurs. Mais, à la suite de nombreux forfaits de ce genre, les magistrats, indépendamment des travaux forcés, condamnèrent les étrangleurs à recevoir un certain nombre de coups d’un fouet appelé « chat à neufs queues », peine si terrible et si redoutée que l’industrie des étrangleurs cessa presque aussitôt les premières applications.

Pour se rendre compte de la cruauté du châtiment, il est bon de savoir que le fouet, instrument du supplice, se compose de neuf lanières de cuir fixées à un manche, une sorte de martinet, enfin. L’exécuteur doit manœuvrer de façon que chaque lanière laisse une trace, c’est-à-dire que chaque coup de fouet fasse neuf coupures sur la peau. Ces coups impriment des stigmates indélébiles, comme le fer avec lequel on marquait autrefois les forçats, et le condamné eu porte toute sa vie les cicatrices.

(Hector France, L’Armée de John Bull)

Chercher

d’Hautel, 1808 : Chercher des poux à la tête de quelqu’un. Pour dire lui faire une mauvaise querelle ; le chicaner sur la moindre chose ; lui chercher noise à propos de rien.
Chercher midi à quatorze heures. Chercher des détours dans une affaire ; trouver des obstacles dans les choses les plus simples.
Chercher la lune en plein jour. Entreprendre une chose impossible à exécuter ; se donner de la peine inutilement.
Chercher quelqu’un par mer et par terre. Mettre tous ses soins pour rencontrer quelqu’un.
Le bien cherche le bien. Pour dire que le bien vient toujours à ceux qui n’en ont pas besoin. Voyez Botte.

La Rue, 1894 : Chicaner, disputer : chercher quelqu’un.

Cochonaille

d’Hautel, 1808 : Basse charcuterie ; débris, réjouissance du porc ; et, par extension, toutes choses viles et dénuées de valeur.

Delvau, 1866 : s. f. Charcuterie, — dans l’argot des ouvriers, — qui ne redoutent pas les trichines. On dit aussi Cochonnerie.

France, 1907 : Charcuterie.

Cochonnaille, cochonnaillerie

Rigaud, 1881 : Charcuterie, la base de la cuisine des pauvres gens.

Cochonneries

Delvau, 1864 : Exercices amoureux : gamahuchage, branlage, suçage, postillon, feuille de rose, patte d’araignée, — en un mot, tout ce qu’ignorent les femmes honnêtes et que savent si bien les femmes galantes. — Le libertinage a emprunté beaucoup de termes à la charcuterie (V. langue fourrée, boudin, andouille, saucisse, vessie, etc.), et cela se comprend de reste, χοίρος signifiant à la fois cochon et con.

Commandite

Delvau, 1866 : s. f. Ouvriers travaillant ensemble pour le compte d’un tâcheron, — dans l’argot des typographes.

Rigaud, 1881 : « Association d’ouvriers pour la composition d’un travail quelconque. Les grands journaux de Paris sont, à peu d’exception près, tous faits en commandite. Les ouvriers élisent leur metteur en pages et se partagent chaque semaine la somme qui leur revient d’après le tarif, en faisant toutefois un léger avantage au metteur. » (Boutmy.)

Boutmy, 1883 : s. f. Association d’ouvriers pour la composition d’un travail quelconque. Les grands journaux de Paris sont, à peu d’exceptions près, tous faits en commandite. Il existe dans le public, à propos de la commandite typographique, une erreur qu’il importe de rectifier. Pour les uns, c’est le partage des bénéfices entre le patron et les ouvriers qu’il emploie ; pour d’autres, c’est l’annihilation même du patron, qui ne serait plus alors qu’un simple bailleur de fonds. La commandite n’est pas du tout cela. Un client apporte au bureau un journal quotidien à imprimer, par exemple ; le prix est débattu et fixé entre celui-ci et le maître imprimeur, ou plus ordinairement son prote, ce qui revient au même. Ce dernier désigne alors un certain nombre d’ouvriers pour exécuter le travail, seize à vingt pour les grands journaux, ou bien il charge l’un d’eux de réunir l’équipe nécessaire. Ces ouvriers élisent leur metteur en pages et se partagent chaque semaine la somme qui leur revient d’après le Tarif, en faisant toutefois un léger avantage au metteur. Voilà la commandite. Il y en a de deux sortes : la commandite autoritaire et égalitaire est celle au sein de laquelle chaque associé est obligé de faire un minimum de lignes déterminé, la somme gagnée étant ensuite partagée également entre tous les associés ; et la commandite au prorata, dans laquelle chacun touche d’après le travail qu’il a fait. C’est la plus juste des deux et la plus humaine : les jeunes gens et les vieillards peuvent y trouver place ; les hommes dans la force de l’âge et de l’habileté n’y perdent rien.

Virmaître, 1894 : Association d’un certain nombre d’ouvriers compositeurs pour faire un journal (Argot d’imprimerie).

France, 1907 : Association d’ouvriers pour entreprendre un travail.

Cornu

d’Hautel, 1808 : À mal enfourner, on fait les pains cornus. Signifie que le mauvais succès d’une affaire vient souvent de ce qu’on s’y est mal pris ; que pour bien exécuter, il faut bien concevoir.
Un avis cornu. C’est-à-dire, mauvais, téméraire, déraisonnable.

Cul

d’Hautel, 1808 : Vos raisons n’ont ni cul ni tête. Pour dire sont pitoyables ; n’ont pas le sens commun.
Un petit bas-du-cul. Se dit par ironie d’un bambin, d’un homme extrêmement petit, qui se carre et fait le fanfaron
Pour vivre long-temps, il faut donner à son cul vent. Dicton facétieux et populaire, qui se dit en plaisantant, et par manière d’excuse, lorsqu’il est échappé quelqu’incongruité.
Avoir le cul nu et les manches de même. Phrase triviale et bouffonne qui signifie être à peine vêtu ; être dans l’indigence la plus honteuse.
Retirer son cul de la presse. Se retirer d’une mauvaise affaire ; d’un embarras où l’on étoit engagé.
Il perdroit son cul s’il ne tenoit. Se dit d’un étourdi ; d’un homme peu soigneux de ses affaires ; d’un joueur malheureux.
On dit d’un peureux, d’un poltron, qu’on lui boucheroit le cul d’un grain de millet ; et bassement d’une personne pour laquelle on n’a aucune considération, aucun respect, qu’On l’a dans le cul.
Être à cul. Être interdit ; confus ; n’avoir plus de ressource ; avoir dissipé tout ce qu’on possédoit.
Elles ne font plus qu’un cul et qu’une chemise. Se dit de deux personnes qui sont devenues intimes et familières ; qui sont continuellement en semble.
Tirer le cul en arrière. Avoir de la peine à se résoudre à quelque chose.
Il est demeuré entre deux selles le cul par terre. Se dit d’une personne qui, faute d’opter entre plusieurs affaires avantageuses qui se présentoient, les a toutes manquées ; de quelqu’un qui se trouve sans emploi.
Brûler le cul. Se retirer sans mot dire, d’une compagnie ; se sauver furtivement d’un endroit où l’on étoit retenu malgré soi.
Montrer le cul dans une affaire. S’en retirer avant de l’avoir achevée ; faire le poltron ; abandonner une affaire que l’on avoit entreprise avec éclat, et avant qu’elle soit achevée.
Elle est laide comme un cul. Manière excessivement grossière de dire qu’une personne est laide à faire peur ; qu’elle est hideuse.
Cul rompu. Nom injurieux que les jeunes soldats entr’eux, donnent aux vieux invalides qui s’immiscent aux plaisirs de la jeunesse.
Péter plus haut que le cul. S’élever au-dessus de sa condition ; entreprendre plus qu’on ne peut exécuter.
Baiser le cul à quelqu’un. Voyez Baiser.
Faire quelque chose à écorche cul. Le faire à contre-sens, en rechignant.
Faire le cul de poule. Pousser la lippe ; être grimaud et boudeur.
Arrêter quelqu’un par le cul. L’arrêter tout court ; déjouer ses projets ; ruiner ses espérances.
Donner sur le cul. Corriger, châtier un enfant, en lui donnant le fouet.
Cul-de-jatte. Au propre, estropié, perclu de ses jambes ; impotent. Au figuré, homme inhabile et sans capacité.
Cul-de-plomb. Homme sédentaire et peu alerte ; on donne aussi ce nom à un homme fort laborieux qui travaille avec une grande assiduité, qui ne remue pas de dessus sa chaise.
Se lever le cul devant. Être maussade, grondeur en se levant.
Être crotté jusqu’au cul. Être plein de boue et de crotte.
Renverser cul par-dessus tête. Bouleverser tout ; mettre tout en désordre.
Ils se tiennent tous par le cul, comme des hannetons. Se dit d’une coterie, d’une assemblée de marchands qui s’entendent ensemble pour ne pas rabattre du prix de leurs marchandises.
Baiser le cul de la vieille. Voyez Baiser.
Charger à cul. Se dit d’un porteur ou d’un cheval que ton charge trop en arrière.
Donner du pied au cul. Chasser quelqu’un ; le renvoyer d’une manière ignominieuse.
Il y va de cul et de tête comme une corneille qui abat des noix. Voyez Abattre.
On lui verra bientôt le cul. Se dit d’un homme déguenillé ; vêtu misérablement ; ou qui est fort négligent pour son habillement.
Tenir quelqu’un au cul et aux chausses. Le tenir étroitement, de manière qu’il ne puisse échapper.

Larchey, 1865 : Homme bête et grossier. — Cul goudronné : Matelot — Cul de plomb : Homme sédentaire, peu alerte (d’Hautel, 1808). — Cul rouge : Soldat porteur du pantalon rouge qui compose l’uniforme de presque toute l’armée. — Autre temps, autres culottes. Au dix-huitième siècle, on disait culblanc, témoin ce passage des Mémoires de Bachaumont : « Le 27 janvier 1774. Il est encore arrivé à Marseille à la Comédie une catastrophe sanglante. Un officier du régiment d’Angoulême était dans une première loge ; il s’était retourné pour parler à quelqu’un. Le parterre, piqué de cette indécence, a crié à bas, cul blanc ! (le blanc est le fond de l’uniforme de l’infanterie), » etc., etc.

Rigaud, 1881 : Homme stupide. Tournure de femme au dix-huitième siècle. Aujourd’hui on dit faux-cul.

En entrant dans la première salle, chaque femme était obligée de quitter son cul, sa bouffante, ses soutiens, son corps, son faux chignon, et de vêtir une lévite blanche avec une ceinture de couleur.

(Lettre d’un garde du roi, pour servir de suite aux Mémoires de Cagliostro, 1786.)

France, 1907 : Imbécile. Garçon stupide et grossier.

Déparler

Delvau, 1866 : v. n. Cesser de parler, — dans l’argot du peuple. Ne pas déparler. Bavarder fort et longtemps.

Delvau, 1866 : v. n. Ne pas savoir ce que l’on dit, parler d’une chose que l’on ne connaît pas. Argot des faubouriens.

France, 1907 : Parler à tort et à travers ; discuter sur un sujet que l’on ne connaît pas.

Détourneur, -euse

Vidocq, 1837 : s. m. — Voleurs dans l’intérieur des boutiques. On ne saurait, dans le commerce, prendre de trop minutieuses précautions, l’on objecterait en vain que la méfiance est un vice, pour ma part je suis de l’avis du proverbe qui dit que la méfiance est la mère de la sûreté ; il est encore une considération qui doit, si je ne me trompe, lever les scrupules des ames timorées qui croiraient, en se tenant continuellement sur leurs gardes, blesser la susceptibilité des individus avec lesquels elles peuvent se trouver en relation, cette considération peut être formulée en peu de mots : la loi punit le crime, mais elle ne le prévient pas ; le législateur a voulu, sans doute, laisser ce soin aux particuliers. Combien, à l’heure qu’il est, y a-t-il, dans les bagnes et dans les prisons, de malheureux qui jamais n’auraient succombé, si l’incurie et la négligence n’avaient pas pris le soin d’écarter tous les obstacles qui pouvaient les embarrasser.
Ces réflexions devaient naturellement trouver place ici ; mais, pour être conséquent, il faut de suite pouvoir indiquer le remède propre à combattre le mal que l’on signale ; voici, au reste, les précautions qu’il faut prendre pour éviter les vols que tous les jours encore les Détourneurs et Détourneuses commettent dans l’intérieur des magasins.
Lorsqu’il se présente une femme, il faut examiner avec soin si, immédiatement après elle, et au même comptoir, il n’en vient pas une ou deux autres pour faire diversion ; s’il en est ainsi, la première entrée demande toujours des marchandises placées dans des rayons élevés ; elle examine et pousse de côté la pièce destinée à sa compagne, qui marchande de son côté, observe et saisit le moment propice pour escamoter une pièce et la faire adroitement passer par l’ouverture d’une robe à laquelle sont jointes, sur le devant, des poches dont la capacité peut facilement contenir deux pièces de taffetas ou de toute autre étoffe du même genre, de 25 à 30 aunes ; ces robes, on le pense bien, sont presque toujours très-amples ; ainsi l’ampleur excessive d’une robe à poches est un diagnostic qui trompe rarement.
L’hiver le manteau de ces femmes leur sert à exécuter la même manœuvre.
D’autres femmes ne volent que des dentelles ou malines, et quelque difficile qu’elle paraisse, voilà cependant leur manière de procéder : tout en marchandant, elles laissent, ou plutôt font tomber une ou deux pièces de dentelles qu’elles ramassent avec le pied et savent cacher dans leur soulier qui est un peu grand et sans cordons autour de la jambe, le bout du bas est coupé, ce qui forme une sorte de mitaine. Ces femmes se servent du pied avec une dextérité vraiment étonnante ; la première qui imagina ce genre de vol, que l’on nomme grinchir à la mitaine, la grande Dumiez, était douée d’une adresse extraordinaire.
Quoique ces femmes soient ordinairement vêtues avec une certaine élégance, avec de l’attention et la clé de leur individualité, il n’est pas difficile de les reconnaître ; elles prononcent souvent ces mots dans la conversation, coquez ou servez (prenez). Quelquefois aussi, si l’une d’elles remarque de l’attention de la part du commis qui la sert ou de quelqu’autre, elle prononce celui-ci : rengraciez (ne faites-rien, on regarde) ; ou bien elle affecte une sorte de crachement, cherchant à imiter celle qui aurait de la peine à expectorer.
D’autres voleuses de dentelles, voiles, foulards, etc., procèdent de la manière suivante. L’une d’elles arrive seule, et tandis qu’elle marchande, une femme d’une mise propre, mais quelque peu commune, arrive, tenant un enfant entre ses bras ; au même instant la première arrivée laisse tomber devant elle l’objet destiné à l’arrivante, celle-ci se baisse pour poser son enfant à terre, ramasse l’objet et le cache sous les jupes de l’enfant, qu’elle pince instantanément ; il crie, elle le relève avec une phrase ad hoc, et sort après avoir montré un échantillon qu’on ne peut lui assortir. Ainsi, si, contre toute attente, on venait à s’aperçevoir du vol qui vient d’être commis, celle qui reste n’a rien à craindre.
D’autres Détourneuses se servent d’un carton à double fond, qu’elles posent sur l’objet qu’elles convoitent, quoique ce carton paraisse toujours très-bien fermé, il peut néanmoins s’ouvrir très-facilement.
Les hommes qui exercent le métier de Détourneurs sont beaucoup plus faciles à reconnaître que les femmes, quoiqu’ils agissent d’une manière à-peu-près semblable. Beaucoup disent qu’ils viennent acheter pour une dame très-difficile, mais très-souvent ils travaillent de complicité avec une femme. Bon nombre de voleurs sont vêtus à la mode des gens de province, ou en marchands forains. Les Détourneuses les plus adroites sont évidemment celles qui ont été surnommées Enquilleuses, elles savent placer à nu entre leurs cuisses une pièce d’étoffe de vingt à vingt-cinq aunes, et marcher sans la laisser tomber et sans paraitre embarrassées, si ce n’est pour monter ou descendre un escalier.
Il faut être bien convaincu que les voleurs que je viens de faire connaître ont continuellement les yeux attachés sur la proie qu’ils convoitent, et qu’ils ne laissent pas échapper l’occasion lorsqu’elle se présente ou qu’ils l’ont fait naître ; on ne saurait donc exercer sur tous ceux qui se présentent dans un magasin, une trop grande surveillance. Il ne faut pas non plus se laisser éblouir par une mise recherchée, voire même par un équipage : les voleurs savent se procurer tous les moyens d’exécution qui leur paraissent nécessaires ; un excellent ton n’indique pas toujours un homme comme il faut, donc examinez comme les autres, et peut-être plus que les autres, celui qui se ferait remarquer par l’excellence de ses manières.
Lorsqu’ils auront conçu quelques soupçons sur un acheteur, le maître de la maison et l’inspecteur devront dire assez haut pour être entendus : Donnez-la sur les largues, ou bien : Allumez la Daronne et le Momacque, si ce sont des femmes du genre de celles qui ont été signalées.
Remouchez le Rupin et la Rupine, si ce sont des hommes ou des femmes vêtus avec élégance.
Débridez les chasses sur les Cambrousiers, si ceux que l’on soupçonne ressemblent à des marchands forains ou gens de la campagne.
On peut même, lorsque l’on soupçonne les personnes qui sont à un comptoir, venir dire au commis chargé de les servir : Monsieur, avez-vous fait les factures de M. Détourneur et de Mme l’Enquilleuse, cela suffira ; et si les soupçons étaient fondés, les voleurs se retireront presque toujours après avoir acheté. La mise en pratique de ces conseils, qui sont dictés par une vieille expérience, ne peut manquer de prouver leur sagesse.
Il y a parmi les Détourneurs de nombreuses variétés, entre lesquelles il faut distinguer ceux qui ont été surnommés les Avale tout cru ; ces voleurs sont presque toujours vêtus avec élégance, ils portent des lunettes a verres de couleur, du plus bas numéro possible, afin de passer pour myopes.
Ils se présentent chez un marchand de diamans et de perles fines, et demandent à voir de petits diamans ou de petites perles. Ces pierres sont ordinairement conservées sur papier ; le marchand leur présente ce qu’ils demandent ; comme ils sont myopes ils examinent la carte de très-près et savent, avec leur langue, enlever une certaine quantité de perles ou de diamans qu’ils conservent dans la bouche sans paraître gênés : ces voleurs sont rarement pris, et gagnent beaucoup.
Après les Avale tout cru, viennent les Aumôniers, ces derniers, comme ceux dont je viens de parler, sont toujours vêtus avec élégance ; ils entrent dans la boutique d’un joaillier, et demandent des bijoux que le marchand s’empresse de leur présenter ; tandis qu’ils les examinent, un mendiant ouvre la porte du magasin, et demande la caristade d’une voix lamentable, l’Aumônier, généreux comme un grand seigneur, jette une pièce de monnaie, le mendiant se baisse, et avec elle il ramasse soit une bague, soit une épingle de prix que l’Aumônier a fait tomber à terre. L’Aumônier se retire après avoir acheté quelque bagatelle ; mais si avant son départ le marchand s’est aperçu du vol qui a été commis à son préjudice, il insiste pour être fouillé, et ne sort que lorsque le marchand croit avoir acquis les preuves de son innocence.

Dette de cœur (payer une)

Rigaud, 1881 : Faire honneur à un engagement souscrit par le cœur au profit des sens, — dans l’argot des grandes dames. Dans le monde faubourien, où l’on n’enguirlande pas les expressions, les femmes disent : « S’exécuter à la bonne franquette. »

Diligence (la) de Lyon

Delvau, 1864 : C’est une des postures (voir ce mot) les plus curieuses et les plus rares. Nombre de grands amateurs de Vénus sont morts sans la connaître ; c’est que, pour l’exécuter, il faut trouver une femme qui réunisse deux qualités rares : l’ardeur, d’abord. Nombre de femmes feignent d’être ardentes pour plaire à l’homme qu’elles veulent séduire, mais ne sont au fond que de simples patients et non des agents, et ici il faut que la femme soit agent et que l’homme soit patient. Ensuite, il faut qu’elle ne soit pas neutralisée par une sotte pudeur, résultat de la tyrannie des hommes exercée continuellement jusqu’ici sur les femmes. Quand une femme donc est ardente et libre, elle prend un homme qui lui plaise sous tous les rapports ; elle le met nu comme un ver, l’étend sur un lit en lui mettant des coussins sous la tête et sous les reins, et toute nue elle-même, elle se met à cheval à cru sur lui, s’embrochant sur le pivot naturel, c’est-à-dire sur son vit. Alors, elle fait comme le postillon sur un des chevaux des anciennes diligences de Lyon. S’appuyant un peu sur les épaules de son amant, elle s’avance en chevauchant et le vit se relève près du ventre de l’homme. Elle recule et le vit se renfonce dans son con jusqu’à la garde. Elle s’anime ; elle va de plus fort en plus fort, comme si la diligence parcourait un chemin raboteux. Ses yeux s’égarent, ses cheveux se dénouent. Elle jouit, elle jouit, mais elle va toujours ; elle va jusqu’à ce qu’elle soit tout à fait exténuée de décharge spermatique ; car il faut remarquer que l’homme, étendu sur ses coussins, ne pouvant pas bouger, bande de plus en plus, jusqu’à la fin, mais ne décharge pas. La femme tombe alors comme morte dans les bras de son amant, lequel, tout enflammé, finit de son côté comme il peut.

Je serai bien aimable, je me mettrai toute nue, dit-elle insidieusement. — Passe ton chemin, répond le fidèle époux, ayant encore présente à la pensée l’image des charmes de sa jeune moitié. — Je te ferai le grand jeu ! — Non — Feuille de rose ! — Non. — Le tire-bouchon américain ? — Connu… tu m’ennuies. — Eh bien, tiens, tu me plais, viens, tu ne payeras pas et nous ferons la diligence de Lyon…

(Fantaisiste, I, 177.)

Discutailler

France, 1907 : Discuter mollement.

C’en était un, en effet, mais un bon : un type qui n’a qu’un tort, c’est d’en trop pincer pour Guesde, Vaillant, et toute la légumerie. Que voulez-vous, on n’est pas parfait ! Quoique ça, on peut causer avec lui, d’autant plus facilement qu’il n’a pas pour deux liards d’ambition. Illico, il s’affale sur une chaise et on continue à discutailler.

(Père Peinard)

Durillon

Delvau, 1866 : s. m. Gibbosité humaine, — dans l’argot des faubouriens, que les bossus feront toujours rire. Ils disent aussi Loupe.

Rossignol, 1901 : Avare. — « Il est tellement durillon qu’il se sert des règles de sa femme pour ne pas en acheter, » On dit aussi dur à la détente.

France, 1907 : Avare, difficile à ouvrir les cordons de sa bourse, dur à la détente.

Aussitôt que le vieux satyre c’est livré à quelques attouchements, l’enfant se met à crier, à pleurer et… il faut payer, sous peine de voir accourir les agents des mœurs… Mais s’il n’y a pas d’agent en vue, cela ne dérange pas pour si peu les chanteurs à l’innocence. C’est la mère qui est aux écoutes et se présente, la colère au visage et… la main tendue. Si le sujet est durillon ! l’amant de la matrone entre en scène, se donne pour inspecteur de police et, dame ! il faut bien s’exécuter !

(Hogier-Grison, Les Hommes de proie)

France, 1907 : Bosse.

Enterrement

Delvau, 1866 : s. m. Morceau de viande quelconque fourré dans un morceau de pain fendu, — comme, par exemple, une tranche de gras-double revenu dans la poêle et que la marchande vous donne tout apprêté, tout enterré dans une miche de pain de marchand de vin.

Rigaud, 1881 : Bout de charcuterie, tranche de gras-double, rogaton quelconque interné dans un morceau de pain. C’est le déjeuner de bien des pauvres gens. On voit beaucoup d’enterrements dans le quartier des halles à l’heure de midi, alors que l’oreille de morue crépite dans la poêle et que la moule nage dans un bain gris-verdâtre.

Rigaud, 1881 : Ouvrage abîmé par un apprenti ou par un ouvrier, — dans le jargon des cordonniers.

Rigaud, 1881 : Petite supercherie pratiquée par les soldats de cavalerie, laquelle consiste à cacher le crottin sous la paille, au lieu de le ramasser dans la vanette et de le porter au fumier.

Ça s’est-y bien tiré, ta garde d’écurie ?
— Ma foi, tu sais, avec des enterrements.

La Rue, 1894 : Fragment de charcuterie on rogaton interné dans un morceau de pain.

Virmaître, 1894 : Morceau de gras-double, de lard et de pain que les femmes vendent aux environs des halles. On les appelle Mesdames la poêle, parce qu’elles font frire leur marchandise dans cet instrument de cuisine. Un enterrement de première classe coûte trois sous, de deuxième deux sous, de troisième un sou. Ces femmes gagnent de dix à douze francs par jour (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Sandwich, c’est-à-dire morceau de viande ou de charcuterie placée dans un petit pain.

Leur spécialité consistait à vendre pour deux sous un morceau de pain dans lequel elles mettaient un morceau de gras-double rôti dans la poêle ; les plus riches allaient jusqu’à trois sous ; alors, pour ce prix, ils avaient une saucisse plate. Dans le langage du boulevard, cela s’appelait un enterrement de première classe.

(Ch. Virmaître, Paris oublié)

On appelle aussi enterrement de première classe une cérémonie longue et ennuyeuse.

Entrouducuter (ou s’)

Delvau, 1864 : Enculer, ou s’enculer mutuellement, entre pédérastes.

Que vont devenir nos talents,
Notre motte dodue
Puisque l’nombre de nos chalands
Chaque jour diminue ?
À se chatouiller,
S’entrouducuter
Chacun ici s’exerce…
De ce maudit Coin
Vite, foutons l’camp :
Au diable le commerce.

(Sultane Rozréa, p. 22.)

Épouffer

d’Hautel, 1808 : Il est tout épouffé de lui-même. Pour, il est bouffi d’orgueil ; il est très-épris de sa personne.
Il est venu tout épouffé m’apprendre cette nouvelle. Il s’est mis hors d’haleine, pour s’empresser de venir annoncer cette nouvelle.
S’épouffer. Disparoître, se cacher derrière quelqu’un.

Delvau, 1866 : v. a. et n. Saisir la victime à l’improviste, — dans l’argot des voleurs.

Virmaître, 1894 : Saisir à l’improviste un passant par derrière, comme cela se pratique pour exécuter le coup du père François (Argot des voleurs).

France, 1907 : Se jeter sur quelqu’un, le saisir à l’improviste ; argot des voleurs.

Exécuter

Rigaud, 1881 : En terme de Bourse, c’est mettre en état de faillite platonique le spéculateur qui ne peut pas payer ses différences. L’entrée de la Bourse lui est interdite, son nom est signalé chez les agents de change, tous les remisiers le connaissent, et, jusqu’au jour où il a payé, il ne peut spéculer ; c’est pourquoi il fait l’impossible pour arriver à payer.

France, 1907 : Dévoiler des fourberies ou les vilenies de quelqu’un, exhumer le cadavre qu’il cachait de façon qu’il ne soit plus reçu dans une société d’honnêtes gens.

Exécuter quelqu’un

Delvau, 1866 : v. a. Lui interdire l’entrée de la Bourse, parce qu’il est insolvable, — dans l’argot des coulissiers.

Exécution

Rigaud, 1881 : Mise en état de faillite platonique d’un spéculateur.

Fustier, 1889 : V. Delvau : Exécuter quelqu’un.

France, 1907 : Voir Exécuter.

Faignant

Rigaud, 1881 : Fainéant, — dans le jargon du peuple.

Il existe dans la musique un poste fort envié, c’est celui de porteur de grosse caisse. Le faignant qui l’obtient espère, etc.

(J. Noriac, Le 101e régiment.)

France, 1907 : Paresseux, lâche : corruption de fainéant.

L’appel terminé, un bourdonnement sourd se fit entendre.
Les prisonniers restés dans les cabanes reprochaient à ceux de la chaîne de ne pas exécuter leurs menaces.
Ces mots troublaient les airs :
— Faignants ! Fausses-couches ! Propariens !
Puis, les épithètes les plus ordurières étaient adressées à l’agent.

(Marc Mario et Louis Launay)

Telle est l’existence sévère
Que mena Trop-beau-pour-rien-faire,
Toujours peinant, jamais geignant,
Et toujours, malgré son courage
À ne pas refuser l’ouvrage,
Traité de lâche et de faignant.

(Jean Richepin)

Faire

d’Hautel, 1808 : Pour tromper, duper, attraper, friponner ; filouter, voler.
Je suis fait. Pour dire attrapé, on m’a trompé.
Faire de l’eau. Pour dire uriner, pisser. Hors de ce cas, c’est un terme de marine qui signifie relâcher en quelqu’endroit pour faire provision d’eau.
Faire de nécessité vertu. Se conformer sans rien dire aux circonstances.
Faire et défaire, c’est toujours travailler. Se dit par ironie à celui qui a mal fait un ouvrage quelconque, et qu’on oblige à le recommencer.
Quand on fait ce qu’on peut, on fait ce qu’on doit. Signifie qu’il faut savoir gré à celui qui marque du zèle et de l’ardeur dans une affaire, lors même qu’elle vient à ne pas réussir.
Paris ne s’est pas fait en un jour. Signifie qu’il faut du temps à un petit établissement pour devenir considérable ; qu’il faut commencer par de petites affaires avant que d’en faire de grandes.
Allez vous faire faire. Pour allez au diable ; allez vous promener, vous m’impatientez. Ce mot couvre un jurement très-grossier.
Le bon oiseau se fait de lui-même. Signifie qu’un bon sujet fait son sort par lui-même.
Faire et dire sont deux. Signifie qu’il est différent de faire les choses en paroles et de les exécuter.
Il n’en fait qu’à sa tête. Se dit d’un homme entier, opiniâtre, qui se dirige absolument d’après sa volonté.
Qui fait le plus fait le moins. Pour dire qu’un homme qui s’adonne à faire de grandes choses, peut sans contredit exécuter les plus petites.
Faire ses orges. S’enrichir aux dépens des autres s’en donner à bride abattue.
Faire le diable à quatre. Signifie faire des siennes, faire des fredaines ; un bruit qui dégénère en tintamare.
Faire les yeux doux. Regarder avec des yeux tendres et passionnés.
Faire son paquet. S’en aller ; sortir précipitamment d’une maison où l’on étoit engagé.
Faire la vie. Mener une vie honteuse et débauchée.
Il en fait métier et marchandise. Se dit en mauvaise part, pour c’est son habitude ; il n’est pas autrement.
Faire la sauce, et plus communément donner une sauce, etc. Signifie faire de vifs reproches à quelqu’un.
Faire d’une mouche un éléphant. Exagérer un malheur ; faire un grand mystère de peu de chose.
L’occasion fait le larron. C’est-à-dire, que l’occasion suffit souvent pour égarer un honnête homme.
Ce qui est fait n’est pas à faire. Signifie que quand on peut faire une chose sur-le-champ, il ne faut pas la remettre au lendemain.
Allez vous faire paître. Pour allez vous promener.
Les première et seconde personnes du pluriel du présent de l’indicatif de ce verbe sont altérées dans le langage du peuple. À la première personne il dit, par une espèce de syncope, nous fons, au lieu de nous faisons ; et à la seconde, vous faisez, au lieu de vous faites.

Larchey, 1865 : Faire la place, commercialement parlant.

De tous les points de Paris, une fille de joie accourait faire son Palais-Royal.

(Balzac)

Je suis heureux d’avoir pris ce jour-ci pour faire la vallée de l’Oise.

(Id.)

Larchey, 1865 : Nouer une intrigue galante.

Est-ce qu’un homme qui a la main large peut prétendre à faire des femmes ?

(Ed. Lemoine)

Dans une bouche féminine, le mot faire indique de plus une arrière-pensée de lucre. C’est l’amour uni au commerce.

Et toi, ma petite, où donc as-tu volé les boutons de diamant que tu as aux oreilles ? As-tu fait un prince indien ?

(Balzac)

Tu as donc fait ton journaliste ? répondit Florine. — Non, ma chère, je l’aime, répliqua Coralie.

(id.)

Larchey, 1865 : Risquer au jeu.

Nous faisions l’absinthe au piquet à trois.

(Noriac)

Faire dans la quincaillerie, l’épicerie, la banque, etc. ; Faire des affaires dans la quincaillerie, etc.

Larchey, 1865 : Voler.

Nous sommes arrivés à faire les montres avec la plus grande facilité.

(Bertall)

Son fils qui fait le foulard à ses moments perdus.

(Commerson)

Delvau, 1866 : s. m. Façon d’écrire ou de peindre, — dans l’argot des gens de lettres et des artistes.

Delvau, 1866 : v. a. Dépecer un animal, — dans l’argot des bouchers, qui font un veau, comme les vaudevillistes un ours.

Delvau, 1866 : v. a. Visiter tel quartier commerçant, telle ville commerçante, pour y offrir des marchandises, — dans l’argot des commis voyageurs et des petits marchands.

Delvau, 1866 : v. a. Voler, et même Tuer, — dans l’argot des prisons. Faire le foulard. Voler des mouchoirs de poche. Faire des poivrots ou des gavés. Voler des gens ivres. Faire une maison entière. En assassiner tous les habitants sans exception et y voler tout ce qui s’y trouve.

Delvau, 1866 : v. n. Cacare, — dans l’argot à moitié chaste des bourgeois. Faire dans ses bas. Se conduire en enfant, ou comme un vieillard en enfance ; ne plus savoir ce qu’on fait.

Delvau, 1866 : v. n. Jouer, — dans l’argot des bohèmes. Faire son absinthe. Jouer son absinthe contre quelqu’un, afin de la boire sans la payer. On fait de même son dîner, son café, le billard, et le reste.

Delvau, 1866 : v. n. Travailler, être ceci ou cela, — dans l’argot des bourgeois. Faire dans l’épicerie. Être épicier. Faire dans la banque. Travailler chez un banquier.

Rigaud, 1881 : Dérober. — Faire le mouchoir, faire la montre. L’expression date de loin. M. Ch. Nisard l’a relevée dans Apulée.

Vous êtes de ces discrets voleurs, bons pour les filouteries domestiques, qui se glissent dans les taudis des vieilles femmes pour faire quelque méchante loque. (Scutariam facitis)

Rigaud, 1881 : Distribuer les cartes, — dans le jargon des joueurs de whist. — Jouer des consommations, soit aux cartes, soit au billard. Faire le café en vingt points, — dans le jargon des piliers de café.

Rigaud, 1881 : Exploiter, duper. — Faire faire, trahir. Il m’a fait faire, — dans le jargon des voleurs.

Rigaud, 1881 : Faire le commerce de ; être employé dans une branche quelconque du commerce. — Faire les huiles, les cafés, les cotons. Mot à mot : faire le commerce des huiles, des cotons, etc.

Rigaud, 1881 : Guillotiner, — dans le langage de l’exécuteur des hautes-œuvres.

M. Roch (le bourreau de Paris) se sert d’une expression très pittoresque pour définir son opération. Les criminels qu’il exécute, il les fait.

(Imbert.)

Rigaud, 1881 : Parcourir un quartier au point de vue de la clientèle, — dans l’argot des filles. Elles font le Boulevard, le Bois, les Champs-Élysées, comme les placières font la place.

Rigaud, 1881 : Séduire.

La puissante étreinte de la misère qui mordait au sang Valérie, le jour où, selon l’expression de Marneffe, elle avait fait Hulot.

(Balzac, La Cousine Bette)

L’artiste qui, la veille, avait voulu faire madame Marneffe.

(Idem)

Faire une femme, c’est mot à mot : faire la conquête d’une femme.

Le temps de faire deux bébés que nous ramènerons souper ; j’ai le sac.

(Jean Rousseau, Paris-Dansant)

Quand une femme dit qu’elle a fait un homme, cela veut dire qu’elle fonde des espérances pécuniaires sur celui qu’elle a séduit, qu’elle a fait une affaire avec un homme. — Les bals publics sont des lieux où les femmes vont faire des hommes, mot à mot : le commerce des hommes.

Rigaud, 1881 : Tuer, — dans le jargon des bouchers : faire un bœuf, tuer un bœuf et le dépecer.

Rigaud, 1881 : Vaincre, terrasser, — dans l’argot des lutteurs.

Il ajouta qu’en se glorifiant d’avoir fait le Crâne-des-Crânes, certains saltimbanques en avaient menti.

(Cladel, Ompdrailles, Le Tombeau des lutteurs.)

Fustier, 1889 : Arrêter. Argot des voleurs. Être fait, être arrêté.

Le lendemain matin, il questionne la Lie-de-Vin… puis il part. Dans l’après-midi il était fait.

(Gil Blas, juin, 1886.)

La Rue, 1894 : Exploiter, duper. Arrêter. Jouer. Trahir. Séduire : faire une femme, faire un homme. Raccrocher. Dérober. Tuer. Vaincre, terrasser. Guillotiner.

Virmaître, 1894 : Les bouchers font un animal à l’abattoir. Faire : tuer, voler. Faire quelqu’un : le lever. Faire : synonyme de fabriquer (Argot du peuple et des voleurs).

France, 1907 : Exploiter.

Elles faisaient les bains de mer et les villes d’eaux, émigrant suivant la saison, comme les bohémiens, comme les hirondelles, des falaises grises de la Manche qu’un gazon plat encapuchonne aux côtes méditerranéennes où la blancheur luit dans l’azur.

(Paul Arène)

France, 1907 : Voler.

Deux filous causent de la future Exposition :
— C’est une bonne affaire pour nous… Ça fournit des occupations…
— Qu’est-ce que tu y faisais en 1869 ?
— Les montres.

(Le Journal)

Il lançait de vastes affaires sur le marché, comme la Caisse d’Algérie, et il ne dédaignait pas de vulgaires filouteries. Ses opérations se trouvèrent ainsi embrasser tous les cercles de la vie de Paris. Il ne dédaignait aucun coup à tenter. Il faisait le million aux riches gogos et le porte-monnaie aux passants.

(Edmond Lepelletier)

Un monsieur, très pressé, court dans la rue.
Un quidam le rejoint, lui frappe sur l’épaule et lui demande impérieusement :
— Où allez-vous ?
— Qu’est-ce que ça peut vous faire ? répond le monsieur furieux.
— Ça me fait beaucoup… on vient de me voler !
— Et vous m’accusez ?
— Oui.
— C’est trop fort !
— N’essayez pas de m’en imposer.
— Mais fouillez-moi, espèce de crétin !
Le quidam fouille le monsieur, et se retire en présentant de plates excuses.
Quand Le monsieur se fouille à son tour, il s’aperçoit qu’on lui a fait sa montre et son porte-monnaie.

(Gil Blas)

À la correctionnelle :
— Alors, dit familièrement le président au prévenu, vous vous vantez de faire la montre aves une remarquable dextérité ?
— Aussi bien que personne ici !
Puis il ajoute courtoisement :
— Soit dit sans vous offenser.

Fête du boudin

Delvau, 1866 : s. f. Le 25 décembre, fête de Noël, — dans l’argot du peuple, qui, ce jour-là, fait réveillon à grands renforts de charcuterie.

Fignoler

Larchey, 1865 : Exécuter avec fion.

C’est qu’vous fignolait (la contredanse). Dame, il y allait de tête et de queue.

(Rétif, 1783)

Quel style ! comme c’est fignolé.

(Labiche)

C’est un fignoleux, mais il fait trop le fendant à cause qu’il a du bec.

(Vadé, 1788)

Delvau, 1866 : v. a. Achever avec soin, finir avec amour, — dans l’argot des ouvriers et des artistes. Certain étymologiste veut que ce mot signifie : « Exécuter avec fions. » C’est possible, mais j’ai entendu souvent prononcer Finioler : or, la première personne du verbe finire n’est-elle pas finio ? — V. aussi Fionner.

Virmaître, 1894 : Polir une pièce d’ouvrage, l’achever avec un soin tout particulier (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Un travail fait avec soin est fignolé.

France, 1907 : Faire quelque chose avec recherche, avec soin ; s’attacher aux détails.

— Eh ! dit la portière, vous n’êtes pas dégoûté ! Tous les empereurs et les rois des Turcs en voudraient aussi, s’ils savaient comme c’est fignolé ! Seulement, c’est moi qui le mangerai. Et pourquoi auriez-vous de mon miroton ?

(Théodore de Banville, Gil Blas)

Ce qu’on cherche chez nous, c’est à fignoler le client. Polissez-la sans cesse — la peau — et la repolissez, semble être la devise du barbier occupé à rendre nette la joue du patient qu’il travaille « jusqu’à l’ongle » pour ainsi dire.

(Le Record du rasoir)

Filer la carte

Rigaud, 1881 : « Changer la première carte qui est dessus le jeu, celle qu’on doit donner à son adversaire, contre la deuxième carte. Le filage de carie est une opération très délicate et difficile à exécuter. » (A. de Caston) Les joueurs honnêtes du baccarat se servent de l’expression filer la carte, filer pour désigner l’action de découvrir par degrés, très lentement, une des deux cartes qu’ils ont en main ; c’est un moyen comme un autre de se procurer une émotion, et l’on sait que le joueur vit d’émotions.

Fort

d’Hautel, 1808 : C’est un peu fort de café. Calembourg, jeu de mot populaire qui se dit pour exprimer que quelque chose passe les bornes de la bienséance, sort des règles sociales.
Fort comme un Turc. C’est-à-dire, vigoureux, très-robuste.
Il est fort comme une puce. Se dit de quelqu’un qui a peu de moyens physiques, que la moindre chose incommode, et qui veut faire plus qu’il ne peut exécuter.
Il est le plus fort, il portera les coups. Se dit d’un homme qu’on est sûr de battre.
Être fort-en gueule. Parler beaucoup, avoir la répartie prompte, injurieuse et impertinente.
Se faire fort. Affirmer, promettre avec assurance ; se vanter.

Delvau, 1866 : adv. Étonnant, inouï, incroyable, — dans l’argot du peuple, qui dit cela à propos de tout ce qui lui semble amer ou difficile à avaler. On dit aussi Fort de café, fort de moka et fort de chicorée.
C’est plus fort que de jouer au bouchon.
C’est extrêmement étonnant.
L’expression ne date pas d’hier : « Vous m’avouerez que cela est fort, locution de la Cour, » dit de Caillières (1690). Dans un sens ironique : Cela n’est pas fort ! pour Cela n’est pas très spirituel, très gai, très aimable, ou très honnête.

Rigaud, 1881 : Pour fort de la halle. C’est ainsi qu’on dit par abréviation encore : fort aux poissons, fort aux blés, fort au beurre.

Je descends les barqu’s, j’vends des contre-marques, Et je suis fort au beurre.

(A. Remy, L’homme incomparable, chans.)

Francs-bourgeois ou drogueurs de la haute

Vidocq, 1837 : s. m. — Les pauvres diables que l’on rencontre sur la voie publique, sales et éclopés, accroupis les genoux dans la boue au coin d’une borne, et auxquels on jette un sol sans seulement daigner laisser tomber sur eux un regard de commisération, ne sont pas les seuls mendians que renferme la bonne ville de Paris. Il y a des mendians là où on ne croit trouver que des gens possédant pignon sur rue, ou une inscription sur le grand livre ; au café de Paris, au concert Musard, par exemple, quelquefois même au balcon de l’opéra, assis entre un diplomate qui lorgne les tibias de Fanny Essler, ou un banquier qui se pâme aux roulades de Mlle Falcon. Ces mendians, il est vrai, ne sont pas couverts de haillons, ils ne sont ni tristes, ni souffreteux ; bien au contraire, leur linge est d’une blancheur éblouissante, leurs gants d’une extrême fraîcheur, le reste à l’avenant ; leur teint est fleuri et leur regard fixe.

Le vrai peut quelquefois n’être pas vraisemblable,

a dit quelque part le régent du Parnasse, et jamais ce vers ne fut cité plus à propos. Comment ! me direz-vous, ce jeune dandy, cette petite maîtresse pimpante et minaudière, ce vieillard à cheveux blancs qui porte à sa boutonnière une brochette de décorations, tous ces individus qui paraissent si gais, si contens, si insoucieux du temps qui passe, sont des mendians ? Eh ! mon Dieu oui ! Prenez seulement la peine de lire cet article, vous connaîtrez tous les mystères de leur existence ; et si, ce qu’à Dieu ne plaise, vous avez rompu avec tous les nobles sentimens, vous pourrez suivre leur exemple, et mener bonne et joyeuse vie sans vous donner beaucoup de peine.
C’est un agent de police, dit-on de l’homme qui mène, dans la moderne Babylone, la vie d’un sybarite, et auquel on ne connaît ni revenus ni industrie. Quelle profonde erreur ! Quelqu’élevé que soit le chiffre des fonds secrets, le nombre des agens soldés du ministère de l’intérieur, de la préfecture de police et de l’état-major de la place des Tuileries, du Palais-Royal, est trop considérable pour que chacun d’eux puisse recevoir mensuellement une bien forte somme ; l’individu dont l’existence paraît un problème insoluble, est tout simplement un Franc Bourgeois, ou Drogueur de la Haute, et voici comment il procède.
L’Almanach du Commerce, l’Almanach Royal, celui des vingt-cinq mille adresses, sont les mines qu’il exploite, et dans lesquelles il trouve tous les jours quelques nouveaux filons. Après avoir choisi une certaine quantité d’adresses, il se met en course et bientôt il arrive chez un personnage de haute volée ; il a décliné au valet-de-chambre de Monsieur ou à la camériste de Madame un nom bien sonore, toujours précédé de la particule aristocratique ; et, comme il serait malséant de faire faire antichambre à un noble personnage, on l’a immédiatement introduit près de la personne qu’il désire voir ; c’est ici que la comédie commence. Je vais prendre pour type certain personnage très-connu dans Paris, qui se dit le dernier rejeton d’une ancienne famille de la basse Normandie, famille si ancienne en effet qu’il serait vraiment impossible à tous les d’Hozier de l’époque de découvrir son écusson.
Monsieur le Baron, monsieur le Comte, monsieur le Duc (le Drogueur de la haute ressemble beaucoup au tailleur du Bourgeois Gentilhomme, il n’oublie jamais les titres de celui auquel il s’adresse, et, s’il savait que cela dût lui faire plaisir, il lui dirait très-volontiers votre majesté), je n’ai point l’honneur d’être connu de vous, et cependant je viens vous prier de me rendre un important service ; mais tout le monde sait que vous êtes bon, généreux, c’est pour cela que je me suis adressé à vous, ici il parle de ses aïeux : s’il s’adresse à un des partisans de la famille déchue, ce sont de vieux bretons, son père qui était un des compagnons de Sombreuil, est mort à Quiberon ; s’il s’adresse à un des coryphées du juste-milieu, il se donne pour le neveu ou le cousin de l’un des 221 ; s’il veut captiver les bonnes grâces d’un républicain, son père, conventionnel pur, est mort sur la terre étrangère, son frère a été tué le 6 juin 1832 à la barricade Saint-Merry. Après avoir fait l’histoire de sa famille, le Drogueur de la haute passe à la sienne, venu à Paris pour la première fois, dit-il, j’ai donné tête baissée dans tous les pièges qui se sont trouvés sur mes pas : j’ai été dépouillé par d’adroits fripons, il ne me reste rien, absolument rien, je ne veux pas demeurer plus longtemps dans la capitale, et je viens, Monsieur, vous prier de vouloir bien me prêter seulement la somme nécessaire pour payer ma place à la diligence, plus quelques sous pour manger du pain durant la route, cela me suffira ; je dois supporter les conséquences de ma conduite, et sitôt mon arrivée, mon premier soin sera de m’acquitter envers vous. J’aurais pu, pour obtenir ce que je sollicite de votre obligeance, m’adresser à monsieur le Comte, à monsieur le Marquis un tel, intime ami de ma famille ; mais j’ai craint qu’il ne jugeât convenable de l’instruire de mes erreurs.
Il est peu d’hommes riches qui osent refuser une somme modique à un gentilhomme qui s’exprime avec autant d’élégance. Au reste, si sur dix tentatives deux seulement réussissent, ce qu’elles produisent est plus que suffisant pour vivre au large pendant plusieurs jours. Quelquefois, et ici le cas est beaucoup plus grave, ce n’est point pour leur compte que les Drogueurs de la haute mendient, c’est pour une famille ruinée par un incendie, pour un patriote condamné à une forte amende. Sous la restauration, ils quêtaient pour les braves du Texas, pour les Grecs ; ils ont, à cette époque reçu d’assez fortes sommes, et les compagnons du général Lefebvre Desnouettes ou d’Ypsilanti n’en virent jamais la plus petite parcelle.
Il vaut mieux, sans doute, lorsque l’on est riche, donner quelques pièces de vingt francs à un fripon que de refuser un solliciteur dont la misère peut-être n’est que trop réelle, aussi je n’ai point écrit cet article pour engager mes lecteurs à repousser impitoyablement tous ceux qui viendront les implorer, mais seulement pour leur faire sentir la nécessité de ne point donner à l’aveuglette, et sans avoir préalablement pris quelques renseignemens, et surtout pour les engager à ne point perdre un instant de vue ceux de ces adroits et audacieux solliciteurs qui sauront leur inspirer le plus de confiance ; car les événemens qui peuvent résulter de leur visite sont plus graves qu’on ne le pense ; plusieurs d’entre eux sont liés avec des voleurs de toutes les corporations, auxquels ils servent d’éclaireurs ; il leur est facile de savoir si les concierges sont attentifs, si les domestiques se tiennent à leur poste, si les clés dont, à l’aide de la Boîte de Pandore, ils chercheront à prendre les empreintes, restent sur les portes ; s’ils ont remarqué un endroit vulnérable, ils pourront l’indiquer à un voleur praticien du genre qu’ils auront jugé le plus facile à exécuter, et au premier jour on sera volé avec des circonstances telles, que l’on sera pour ainsi dire forcé de croire que le vol a été commis par des habitans de la maison.
Que conclure de ce qui précède ? Qu’il ne faut recevoir personne, et ne point soulager l’infortune ? Non, sans doute, ce serait se priver du plus doux de tous les plaisirs ; mais on peut sans inconvénient avoir continuellement l’œil ouvert, et ses portes constamment fermées.

Graoudgem

France, 1907 : Charcutier ; argot des voleurs.
Faire un graoudgem à la dure, voler sur un étal de charcuterie.

Graphiquer

France, 1907 : Exécuter un dessin graphique avec la règle et le compas ; argot des polytechniciens.

Gras-double (déjeuner du)

Rigaud, 1881 : Déjeuner de charcuterie institué le vendredi-saint par les libres-penseurs, ou mieux panseurs, qui regrettent qu’il n’y ait pas de gras-triple, pour mieux protester.

In anima vili

France, 1907 : Sur le corps humain ; littéralement : sur une âme vile. Faire une expérience in anima vili, opérer, charcuter un blessé.

L’absinthe ne vaut rien après déjeuner

Boutmy, 1883 : Locution peu usitée, que l’on peut traduire : Il est désagréable, en revenant de prendre son repas, de trouver sur sa casse de la correction à exécuter. Dans cette locution, on joue sur l’absinthe, considérée comme breuvage et comme plante. La plante possède une saveur amère. Avec quelle amertume le compagnon restauré, bien dispos, se voit obligé de se coller sur le marbre pour faire un travail non payé, au moment où il se proposait de pomper avec acharnement. Déjà, comme Perrette, il avait escompté cet après-dîner productif.

Lapin (manger un)

Boutmy, 1883 : v. Aller à l’enterrement d’un camarade. Cette locution vient sans doute de ce que, à l’issue de la cérémonie funèbre, les assistants se réunissaient autrefois dans quelque restaurant avoisinant le cimetière et, en guise de repas des funérailles, mangeaient un lapin plus ou moins authentique. Cette coutume tend à disparaître ; aujourd’hui, le lapin est remplacé par un morceau de fromage ou de la charcuterie et quelques litres de vin. Nous avons connu un compositeur philosophe, le meilleur garçon du monde, qui, avec raison, se croyait atteint d’une maladie dont la terminaison lui paraissait devoir être fatale et prochaine. Or, une chose surtout le chiffonnait : c’était la pensée attristante qu’il n’assisterait pas au repas de ses funérailles ; en un mot, qu’il ne mangerait pas son propre lapin. Aussi, à l’automne d’antan, par un beau dimanche lendemain de banque, lui et ses amis s’envolèrent vers le bas Meudon et s’abattirent dans une guinguette au bord de l’eau. On fit fête à la friture, au lapin et au vin bleu. Le repas, assaisonné de sortes et de bonne humeur, fut très gai, et le moins gai de tous ne fut pas le futur macchabée. N’est-ce pas gentil ça ? C’est jeudi. Il est midi ; une trentaine de personnes attendent à la porte de l’Hôtel-Dieu que l’heure de la visite aux parents ou aux amis malades ait sonné. Pénétrons avec l’une d’elles, un typographe, « dans l’asile de la souffrance ». Après avoir traversé une cour étroite, gravi un large escalier, respiré ces odeurs douceâtres et écœurantes qu’on ne trouve que dans les hôpitaux, nous entrons dans la salle Saint-Jean, et nous nous arrêtons au lit no 35. Là gît un homme encore jeune, la figure hâve, les traits amaigris, râlant déjà. Dans quelques heures, la mort va le saisir ; c’est le faux noyé dont il a été question à l’article attrape-science. Au bruit que fait le visiteur en s’approchant de son lit, le moribond tourne la tête, ébauche un sourire et presse légèrement la main qui cherche la sienne. Aux paroles de consolation et d’espoir que murmure son ami, il répond en hochant la tête : « N-i-ni, c’est fini, mon vieux. Le docteur a dit que je ne passerais pas la journée. Ça m’ennuie… Je tâcherai d’aller jusqu’à demain soir… parce que les amis auraient ainsi samedi et dimanche pour boulotter mon lapin. » Cela ne vaut-il pas le « Plaudite ! » de l’empereur Auguste, ou le « Baissez le rideau la farce est jouée ! » de notre vieux Rabelais ?

France, 1907 : Aller à l’enterrement d’un camarade ; argot des ouvriers. Cette locution vient de l’habitude qu’avaient autrefois les ouvriers, en revenant de l’enterrement d’un camarade d’atelier, de se réunir dans un des cabarets avoisinant le cimetière et d’y manger une gibelotte. Le lapin est généralement remplacé maintenant par un morceau de charcuterie.

Au bruit que fait le visiteur en s’approchant de son lit, le moribond tourne la tête, ébauche un sourire et presse légèrement la main qui cherche la sienne. Aux paroles de consolation et d’espoir que murmure son ami, il répond en hochant la tête : « N-i-ni, c’est fini, mon vieux. Le docteur a dit que je ne passerais pas la journée… Ça m’ennuie… Je tâcherai d’aller jusqu’à demain soir vendredi, parce que les amis auraient ainsi samedi et dimanche pour boulotter un lapin. »

(Eugène Boutmy, Argot des typographes)

Lièvre

d’Hautel, 1808 : Il ne faut pas courir deux lièvres à-la-fois. C’est-à-dire, traiter deux affaires en même temps.
Vouloir prendre un lièvre du son du tambour. Vouloir exécuter une entreprise avec éclat, lorsque la discrétion pouvoit seule la faire réussir.
Prendre le lièvre au collet. Saisir l’occasion dès qu’elle se présente.
Le lièvre revient toujours à son gîte. Pour dire qu’on finira par prendre un homme que l’on poursuit, dans les lieux même où il avoit habitude de se fixer.

Loup de mer

France, 1907 : Marin aguerri, rompu aux fatigues et aux dangers de son métier.

Par un heureux mélange des préjugés répandus dans le monde et des premières connaissances nautiques, l’élève de seconde classe qui vient enfin de recevoir sa lettre de nomination est seul réellement digne du nom de vieux loup de mer. Il a seize ou dix-huit ans au plus, et sort, ivre de joie, de l’école de marine. Il bourre alors ses phrases de jurons et de termes marins, fume par genre, roule en marchant, parle haut dans les lieux publics et affecte d’y paraître brusque et généreux ; il prend pour modèle Jean Bart à Versailles.

(G. de la Landelle)

Ils avaient de braves figures, hâlées pur l’embrun ; des mains d’honnêtes gens, durcies par la besogne, et, sous un accoutrement de rencontre, on les devinait loups de mer, fleuranut l’algue à dix pas.

(Séverine)

Si les loups de mer sont superbes sur leur navire, sur le dos d’un cheval ils n’ont pas le même prestige. Leur assiette est médiocre. On les voit exécuter sur la selle de leur monture les mêmes mouvements que le roulis et le tangage les obligent à faire sur le pont du vaisseau. À cheval, ils se croient encore à bord, et probablement à bord ils se croient encore à cheval.
Il s’ensuit qu’un très brillant officier de marine fait, sans s’en douter, un déplorable cavalier.

(Adolphe d’Ennery, Jacqueline)

Lynchage

France, 1907 : Action de lyncher, c’est-à-dire d’exécuter sommairement sans attendre l’arrêt de la justice. Voir Loi de lynch.
Une scène de lynchage, qui rappelle les supplices carthaginois, s’est passée à Ecchio (Texas). Une négresse, accusée du meurtre d’un enfant blanc, a été enfermée dans un tonneau dans lequel on avait préalablement enfoncé des clous et qu’on a laissé rouler sur une pente. Le corps déchiqueté de la victime a été ensuite pendu à un arbre et criblé de balles.
Autant qu’on a pu s’en assurer, la malheureuse était innocente du crime qu’on lui amputait.
Et cela se passait en 1893 ! Braves Yankees !

Malin

d’Hautel, 1808 : Malin comme une chouette. Manière ironique et contradictoire de dire que quelqu’un est sot et stupide, qu’il a l’air gauche et embarrassé.
Un malin. Pour dire un homme fin, rusé ; très-habile et très-versé dans un art ou une science quelconque.
C’est bien malin. Pour, c’est bien difficile ; c’est un beau miracle.
Le gros malin. Se dit par raillerie d’un homme sot et stupide, qui met beaucoup d’efforts et de vanité à exécuter des choses qui n’offrent par elles-mêmes aucune difficulté.

Marche par le flanc (exécuter la)

Merlin, 1888 : Dormir, se coucher.

Marie-couche-toi-là

Delvau, 1866 : s. f. Femme facile, — trop facile.

Virmaître, 1894 : Femme qui se met sur le dos pour un oui ou un non. Rôdeuse de caserne (Argot des troupiers). N.

France, 1907 : Rôdeuse de caserne, dans l’argot des troupiers, toujours prête à exécuter ce commandement.

— Entends-tu, Marie-couche-toi-là, la marguinchon de tous les goujats ?

(Vadé, Catéchisme poissard)

Médeciner

d’Hautel, 1808 : Se médeciner. Terme ironique qui signifie prendre continuellement, sans nécessité, des médicamens.

La Rue, 1894 : Empoisonner.

France, 1907 : Traitement des maladies, surtout par les empiriques de campagne.
Les façons de médeciner sont aussi grotesques qu’amusantes… pour ceux qu’on ne médecine pas. En voici quelques échantillons : tel empirique charge la poitrine d’un malade atteint de pleurésie d’un gros matou tout chaud qu’on vient d’exécuter ; tel autre place sur l’épigastre une planchette et la serre de toutes ses forces à l’aide d’une corde jusqu’à ce que le patient sente craquer ses côtes : c’est pour relever le crochet de l’estomac ! lisez : guérir la gastrite. Avez-vous des coliques ? Buvez un verre d’urine. Si ce sont des rhumatismes, il faut de la graisse de chrétien. Cette drogue ne se trouve pas dans les pharmacies, mais le guérisseux en conserve un petit pot, qu’il fait payer fort cher. Mais les plus habiles et les plus appréciés des bonnes femmes, ce sont ceux qui les médecinent à l’aide de paroles cabalistiques. Il en est pour toute espèce de maux. Ajoutons qu’un pâté de rats est souverain contre les fièvres tenaces. Peut-être pensez-vous que nous parlons de la façon de médeciner au moyen âge ? Erreur, nous parlons de la fin du XIXe siècle.

Ne vaut rien après déjeuner ! (l’absinthe)

France, 1907 : Cette locution des typographes, qui n’est plus guère usitée, peut se traduire ainsi : Il est désagréable, en revenant de prendre son repas, de trouver sur sa casse de la correction à exécuter. Dans cette locution, on joue sur l’absinthe considérée comme breuvage et comme plante. La plante possède une saveur amère. Avec quelle amertume le compagnon restauré, bien dispos, se voit obligé de se coller sur le marbre pour faire un travail non payé au moment où il se proposait de pomper avec acharnement ! (Argot des typographes)

Nèfle

d’Hautel, 1808 : Avec le temps et la paille, les nèfles mûrissent. Pour, il faut de la patience et de la constance pour exécuter ce que l’on entreprend, quand on ne veut pas faire de mauvais ouvrage.

France, 1907 : Narration française, cours de littérature : argot de l’École navale. Étymologie inconnue. Faire une composition française, c’est néfler.

Nourrir le poupard

Delvau, 1866 : v. a. Préparer un vol, le mijoter, pour ainsi dire, avant de l’exécuter. Quelques grammairiens du bagne prétendent qu’il faut dire : Nourrir le poupon.

Rossignol, 1901 : Préparer un vol, l’étudier.

Oculaire astronomique

Rigaud, 1881 : Carambolage facile à exécuter, les deux billes à toucher étant à côté l’une de l’autre. Les joueurs de billard disent également : « Une paire de lunettes ».

Pélerin

d’Hautel, 1808 : Pour, fourbe, hypocrite, qui fait le bon apôtre.
Vous ne connoissez pas le pélerin. Se dit en mauvaise part ; pour, vous ne connoissez pas l’homme.
Rouge au soir, blanc au matin, c’est la journée du pélerin. Signifie, qu’il faut boire du vin blanc le matin, et du rouge le soir ; et dans un autre sens que ces deux couleurs de l’horizon, dénotent que le jour qui commence sera beau.

France, 1907 : Individu quelconque. Ce mot est employé généralement en mauvaise part : « Je connais le pèlerin », dit-on d’une personne dont on a eu à se plaindre.

À son avidité naturelle, il joignait le plus insupportable des vices que donne la civilisation : le drôle était économiste. Il me fit un sermon en trois points pour me démontrer que bien vivre et à bon marché était la misère des peuples sans commerce et sans industrie, tandis que la cherté est la marque de la civilisation la plus avancée… Discuter avec ces fanatiques, qui n’ont qu’une idée, le ciel m’en garde. Je connais ces pèlerins. La France, ses arsenaux, sa marine, ses armées, sa gloire, ses droits, ils livreraient tout au Grand Turc, s’il leur promettait en échange la liberté… de la boucherie.

(René Lefebvre, Paris en Amérique)

C’était chose ordinaire de trouver quatre ou cinq pendus se balancer au vent du matin, à Denver particulièrement, surtout sur le pont du Cherry, jeté sur la crique de ce nom. On faisait monter le pèlerin sur le parapet auquel on avait attaché une corde, et un nœud coulant au cou, il sautait, bon gré mal gré, dans l’éternité.

(Hector France, Chez les Indiens)

Peloton de chasse

Rigaud, 1881 : Peloton de punition. (L. Larchey)

Merlin, 1888 : Peloton de punition, le bal.

France, 1907 : Exercice supplémentaire imposé aux hommes punis ; argot militaire.

Deux ou trois fois par jour, le trompette de garde sonnait au pélolenr de chinsse : Sur quoi les hommes punis se hâtaient de se mettre en tenue, pantalon de cheval et dolman, et de prendre leur mousqueton au râtelier. Flick, dans la cour, les attendait. Il les faisait placer en file, le nez au mur, et leur faisait exécuter une heure et demie de maniement d’armes en décomposant chaque mouvement.

(Georges Courteline, Les Gaietés de l’escadron)

Adieu l’clou, la sall’ de police ;
La grand’ boîte, le lazaaro
Où l’adjudant (qu’Dieu le bénisse !…)
Se faisait, hélas ! mon bourreau ;
Je dis zut au p’loton de chasse,
Mon cauchemar, mon désespoir,
V’là que nous sommes de la classe
Et que la classe part ce soir !…

(Chanson de régiment)

On dit aussi pelote : « Faire la pelote. »

Pincer

d’Hautel, 1808 : On l’a pincé. Pour dire on s’est saisi de sa personne ; on l’a incarcéré.
Pincer sans rire. Piquer, offenser quelqu’un sans avoir l’air d’y penser.

anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Prendre.

Clémens, 1840 : Arrêter.

Halbert, 1849 : Prendre.

Larchey, 1865 : Arrêter.

Nomme l’coupable, qu’on l’pince

(1813, Désaugiers)

En pincer : Avoir du goût.

Comm’ j’en pince pour le spectacle, j’vas souvent z’à la Gaîté.

(1809, Brazier)

On dit par extension en pincer pour Mme X : Aimer Mme X.

Larchey, 1865 : Exécuter.

En revenant, je pinçais la chansonnette.

(Ricard)

Le professeur nous pinçait une nuance de cancan véritablement inédite.

(L. Reybaud)

Delvau, 1866 : v. a. Exécuter. Pincer le cancan. Le danser. Pincer de la guitare. En jouer. Pincer la chansonnette. Chanter.

Delvau, 1866 : v. a. Prendre sur le fait, arrêter. Pincer au demi-cercle. Arrêter quelqu’un, débiteur ou ennemi, que l’on guettait depuis longtemps.

Delvau, 1866 : v. a. Voler, filouter, — dans l’argot des faubouriens.

Delvau, 1866 : v. n. Être vif, — dans l’argot du peuple. Cela pince dur. Il fait très froid.

Rigaud, 1881 : Filouter. — Exécuter. — Pincer le cancan, danser le cancan. — Pincer de la guitare, pincer de la harpe, être sous les verrous.

La Rue, 1894 : Filouter. Exécuter. Arrêter sur le fait. Pincer de la harpe. Être en prison. V. Harpe.

France, 1907 : Prendre, attraper.

Elle regrettait presque le mariage, cette vie à deux, toujours à deux, comme un verrou tiré sur les occasions de carrousse et de bombance. Mieux valait encore servir à la ville : on avait les dimanches pour rigoler, et quelquefois, avec un peu d’entregent, on pinçait un bourgeois qui vous collait des rentes.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Vive le mot à double entente !
Grâce au joyeux sous-entendu,
On ne manque jamais la vente
Et l’on pince le prétendu.

(Jacques Rédelsperger)

Pincer en demi-cercle, surprendre, arrêter au passage.

France, 1907 : S’emploie dans le sens de danser en étant suivi du genre de danse auquel on se livre.
Pincer un cancan.

Chaque dimanche nous fréquentions un bastringue hors barrière, où l’on pinçait des cancans à se dévisser la colonne, sans compter les autres pinçages pendant les entr’actes.

(Les Propos du Commandeur)

Pincer un cavalier.

As-tu vu Geneviève ?
Au milieu des filles d’Ève
Elle pince un cavalier ;
Geneviève,
Geneviève est à Bullier !

(Victor Meusy, Chansons d’hier et d’aujourd’hui)

Pincer de la harpe, être en prison.
Pincer un rigodon.

Lorsqu’on sort avec sa belle
Que l’on empoigne sous l’aile,
On pince un p’tit rigodon
Dans l’bal le plus folichon.

(Griolet)

Pistolier

France, 1907 : Prisonnier à la pistole. Voir ce mot.

Le régime alimentaire est le même pour les locataires des cellules que pour les hôtes de la salle commune. Mais le cantinier passe une fois par jour faisant ses offres de service. On peut se procurer ainsi de la charcuterie, du chocolat, du tabac et des portions au prix de 60 centimes. Un perruquier s’offre à barbifier et à tondre les pistoliers, nom des locataires des cellules. Certains détenus, condamnés pour diverses causes à des peines n’excédant pas un an, remplissent par tolérance, sous le nom d’auxiliaires, des services domestiques. Ils peuvent être utilisés par les pistoliers pour balayer leur cellule, faire leur lit et autres menus ouvrages. Ces auxiliaires sont vêtus de la casaque et du pantalon de couleur grise, qui est la livrée des établissements pénitentiaires.
Chaque adoucissement au régime se paie. Il faut aussi de l’argent en prison. Là, comme partout dans cette terrible société, la devise désespérante est : « Malheur aux pauvres ! »

(Edmond Lepelletier)

Plan (tirer un)

Ansiaume, 1821 : Faire un projet.

J’ai tiré un plan qu’il faut exécuter à la sorgue tombante.

Polard (?)

Rossignol, 1901 : « Mon homme, il ne faut pas discuter sur les goûts des femmes. Les unes aiment le boudin blanc, les autres le vinaigre, et moi j’aime mieux Tombouctou. »

Pont aux ânes

France, 1907 : Chose facile à exécuter que des plus ignorants doivent savoir et les plus obtus comprendre. En géométrie, le carré de l’hypoténuse est le pont aux ânes des paresseux. C’est aussi un obstacle léger qui suffit à arrêter une personne simple, ignorante où pusillanime s’effrayant de la moindre difficulté, comme l’âne qui refuse de passer sur un pont. L’origine de cette expression remonterait à environ trois cents ans, époque où le pont sur la rive gauche de la Seine entre le quai Montebello et la place du parvis Notre-Dame était appelé Pont aux ânes à cause des bestiaux et ânes qui le traversaient pour aller paitre dans les prairies où sont aujourd’hui l’Entrepôt et le Jardin des Plantes. Un meunier de Gentilly, cocu et jaloux, alla consulter un docte savant sur les moyens à employer pour ramener à bien l’infidèle. « Va sur le Pont aux ânes et observe ce qui s’y passera », répondit le sage homme. Le meunier alla et remarqua que les ânes qui escaladaient le pont dont l’accotement était escarpé, recevaient en guise de stimulant forces coups de trique. Il comprit et, rentré à la maison, mit à profit le conseil parabolique du docteur. Et la trique d’aller et la femme de crier et de promettre de s’amender. « Le moyen était bon, affirment les graves Débats qui racontent celle anecdote, rien n’était plus facile que de le trouver. C’était le pont aux ânes ! »

Quatre (se mettre en)

France, 1907 : Exécuter un quatuor ; argot des musiciens.

Quémandeux

France, 1907 : Quémandeur, pique-assiette, mendiant.
M. Paulian s’est livré à une statistique sur les quémandeux qui harcellent les gens pour demander un emploi, se déclarant prêts à accepter n’importe quelle besogne. Sur 727 mis au pied du mur, 18 s’exécutèrent. Le meilleur moyen de se débarrasser d’un quémandeux, c’est de lui proposer du travail. On ne le revoit plus.

Rechigner

d’Hautel, 1808 : Regimber ; avoir de l’aversion pour quelque chose, y répugner ; le faire avec humeur ; grogner, gronder, murmurer entre ses dents.
Un visage rechigné. Pour dire, un air dur, revêche ; une figure rebutante et refrognée.

France, 1907 : Hésiter ; exécuter une chose de mauvaise grâce.

Un jour, pendant des manœuvres aux environs de Neufchâteau, où il était colonel, le régiment se trouva obligé de traverser à gué une petite rivière. Voyant que les hommes et les officiers avaient l’air de rechigner un peu, le colonel descend de cheval, se place au milieu de la rivière et, dans l’eau jusqu’à la ceinture, il regarde défiler son régiment jusqu’à la dernière compagnie. Le soir, il alla faire un tour au cercle des officiers, et ceux-ci purent remarquer que le colonel, voulant leur donner une leçon, n’avait changé ni sa culotte ni ses bottes.

(Alex. Tisserand, Le Voltaire)

Roter (en)

France, 1907 : Être stupéfait ; argot populaire.

Disant que les soldats n’étaient pas de la charcuterie, qu’on traitait les chiens mieux que ça ; enfin un boniment à ne pas s’y reconnaitre. La sœur en rotait.

(Georges Courteline, Les Gaités de l’escadron)

Rouchi

Larchey, 1865 : Personne méprisable.

Veux-tu te cacher, vilain rouchi. Tu reviendras quand tu seras blanchi.

(1844. Catalogue poissard)

Du vieux mot rouchi : mauvais cheval. V. Roquefort.

Delvau, 1866 : s. m. Homme sans morale et sans honnêteté, voyou, — dans l’argot du peuple.

Rigaud, 1881 : Gredin ; homme de rien.

La Rue, 1894 : Gredin. Rouchie, vile prostituée.

Virmaître, 1894 : Homme sans conscience, pour qui le Code est un bréviaire. Terme méprisant très en usage (Argot du peuple).

France, 1907 : On norme ainsi le patois du Hainaut.

C’est au cabaret, maintenant, que les ouvriers se réunissent, pour s’entretenir des questions à l’ordre du jour, pour parler des salaires, des grèves, des fluctuations commerciales, pour discuter les problèmes sans cesse renaissants de la politique et des affaires. Là, on n’entend plus qu’un jargon informe, dégénéré, abâtardi,, mélangé de français, de picard, de rouchi, assaisonné d’un grand nombre de termes empruntés à l’argot des villes et des ateliers.

(Chanoine D. Haigneré, Introduction à l’étude du patois du Bas-Boulonnais)

Saigner

d’Hautel, 1808 : Saigner du nez. Manquer de résolution, de courage, quand il s’agit d’exécuter quelque chose que l’on s’étoit vanté de faire.
Se saigner. Faire de grands sacrifices pour quel qu’un.

Delvau, 1866 : v. a. Blesser quelqu’un volontairement, le tuer même, — dans l’argot des prisons.

Delvau, 1866 : v. a. Emprunter de l’argent, — dans l’argot du peuple. On dit aussi Faire ou Pratiquer une saignée. Saigner à blanc. Abuser de la bonté des gens à qui on emprunte. On dit aussi Faire une saignée blanche.

La Rue, 1894 : Assassiner.

Virmaître, 1894 : Emprunter de l’argent à quelqu’un. Mot à mot : faire une saignée à son porte-monnaie ou à son coffre-fort. Faire une saignée blanche : ce n’est pas un médecin qui est chargé de faire cette opération à moins que ce ne soit une doctoresse (Argot du peuple). N.

Virmaître, 1894 : Synonyme de buter. Cette expression est généralement employée par les bouchers qui conservent dans la vie les habitudes de l’abattoir (Argot des bouchers).

Rossignol, 1901 : Avoir de la peine.

J’ai dit à Jules que sa femme le trompait, je l’ai fait saigner.

Hayard, 1907 : Tuer.

France, 1907 : Assassiner.

Sauterelle

Vidocq, 1837 : s. f. — Puce.

Delvau, 1866 : s. f. Petite dame, — dans l’argot des gens de lettres qui ont emprunté ce mot à N. Roqueplan. C’est un des plus heureux qu’on ait inventés jusqu’ici pour désigner ces femmes maigres qui s’abattent chaque jour, par nuées, sur les boulevards, dont elles sont la plaie.

Delvau, 1866 : s. f. Puce, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : « On appelle ainsi (dans les magasins de nouveautés) les femmes qui font plier et déplier vingt ballots sans acheter. » (L. Noir.) — Exécuter une sauterelle, se débarrasser d’une femme qui n’a envie de rien acheter.

Rigaud, 1881 : Sauteuse. Puce.

Merlin, 1888 : Caleçon.

France, 1907 : Femme qui va dans les magasins, fait plier et déplier quantité de ballots sans rien acheter ; argot des commis de nouveautés. Exécuter une sauterelle, se débarrasser d’une façon quelconque de la dite cliente.

France, 1907 : Prostituée.

France, 1907 : Puce ; argot des voleurs.

Sauteur

d’Hautel, 1808 : C’est un habile sauteur. Se dit par ironie d’un fanfaron qui se vante de tout ce qu’il est incapable d’exécuter.

Clémens, 1840 : Fripon.

Larchey, 1865 : Voir Paillasse — Sauteuse : Danseuse de théâtre. — Pris en mauvaise part.

Delvau, 1866 : s. m. Filou.

Delvau, 1866 : s. m. Homme politique qui change d’opinion toutes les fois que cela peut lui profiter personnellement. Argot du peuple. Se dit aussi de tout Homme sans consistance, sans parole, sur lequel on ne peut pas compter.

Rigaud, 1881 : Personnage politique dont les opinions sautent tantôt au nord, tantôt au sud, tantôt à l’est, tantôt à l’ouest, — Individu sur la parole duquel on ne peut se fier. — Drôle à qui la bonne foi est complètement inconnue.

France, 1907 : Individu sans parole, fumiste sur lequel on ne peut compter. Le boulevard est rempli de sauteurs.

Spahia

France, 1907 : Spahis ; les spahis. On sait que c’est la cavalerie indigène d’Afrique. Spahi vient du persan sipahi, soldat, dont les Hindous ont fait sepon, fantassin, en anglais cipaye, et les Turcs spahi, cavalier. Les escadrons de spahis étaient recrutés parmi les fils de grandes tentes, riches ou notabilités arabes. Chaque cavalier en s’engageant devait amener son cheval, un mulet de bât et justifier de la possession d’un terrain cultivable.

Deux éléments divers s’unissent dans la cavalerie d’Afrique pour le succès de nos armes… le spahia et le chas’ d’Af. Ces grands soldats à la jaquette bleue n’auraient pu, malgré leur courage, exécuter seuls les hardis coups de main… l’Arabe sur la terre d’Afrique était nécessaire pour lutter avec l’Arabe… Telle fut l’origine des spahis… Ils eurent une discipline moins sévère que la discipline française et pour uniforme un burnous rouge s’enlevant au moindre signe du chef… Des sous-officiers et des officiers français furent donnés à ces cavaliers indigènes, et ainsi composée cette troupe a rendu de grande services. « Refuge des pécheurs », disait-on parfois. Bien des caractères, en effet, qui auraient eu peine à supporter la rigueur de la discipline française, allaient leur demander asile ; aussi, souvent rencontrait-on parmi les spahias des physionomies étranges, des coureurs d’aventures, dont la vie ressemble à un récit des temps passés détaché d’un vieux livre.

(Comte P. de Castellane, Souvenirs de la vie militaire en Afrique)

Tailler une basane

Rigaud, 1881 : Exécuter le geste familier aux voyous, geste qui consiste à s’administrer une claque sur la cuisse et à relever vivement jusqu’au bas ventre la main, paume ouverte, les quatre derniers doigts battant l’air. L’expression appartient aux soldats de cavalerie qui ne craignent pas d’exécuter ce geste sur la basane de leur culotte.

France, 1907 : Geste d’insulte consistant à se frapper sur la cuisse et à décrire avec le pouce pour pivot un demi-cercle qui ramène la main ouverte au-dessus des parties génitales.

Et tandis que du revers de sa main il se caressait le menton, de l’autre il se gifla la cuisse, taillant une basane gigantesque au nez du colonel absent.

(Georges Courteline)

Tas (des)

France, 1907 : Beaucoup.

Plus que le livre, la chronique fait un sort aux termes inédits jetés sur les snobs et les pschutteux aux échos du boulevard. C’est elle qui recueille sur son tremplin les propos que tiennent les cercleux, les gommeux, les soireux et les théâtreuses des music-halls.
Quand elle reste sérieuse, elle condescend à discuter les titres des locutions nouvelles offertes à la curiosité des masses, et disserte savamment sur l’origine de poser un lapin ou avoir des pieds nickelés.
Est-elle mondaine ou demi-mondaine, elle devient le plus bizarre réceptacle des gallicismes de ceux qui la lisent et s’en font leur habituel régal. On y trouve des bouts de phrases comme ceux-ci :
—Tu n’as donc pas confiance ?
— Pas des tas !

(Pontarmé, Le Petit Journal)

Tiroir

Rigaud, 1881 : Suppression d’une ou de plusieurs cartes dans le but d’aider la chance.

Le tiroir se pratique à tous les jeux, notamment au piquet, par l’enlèvement des trois as.

(A. Cavaillé, Les Filouteries du jeu)

France, 1907 : Filouterie de jeu consistant à enlever trois as.

France, 1907 : Parties sexuelles de la femme ; argot populaire. Mettre dans le tiroir, coïter. Voir Polichinelle.

Nous pauv’s ’tits fan-fans d’assassins,
Nous s’rons jamais les fantassins
Qui farfouillent dans les boïaux
Ou les tiroirs des Maternelles
Ousqu’y gn’a des Porichinelles.

(Jehan Rictus, Les Soliloques du pauvre)

France, 1907 : Vengeance et divertissement qui consiste à frapper avec ensemble sur le dos du tiroir d’un bureau, au moyen des genoux. Argot du Borda.

Les adjudants partagent avec le capitaine d’armes le privilège d’être l’objet de l’antipathie des élèves qui ne sont pas longs à découvrir et à souligner leurs petits travers, et qui, lorsqu’ils sont mécontents de l’un d’entre eux, lui font un tiroir.
Faire un tiroir est une petite vengeance très appréciée au Borda.
En étude, alors que l’adjudant visé se promène en surveillant la batterie, éclate tout à coup au bruit formidable, produit par le choc de cent quatre-vingts genoux frappant à coups précipités les tiroirs des bureaux.
Au préalable, de l’air le plus innocent du monde, les élèves ont eu soin d’abaisser les tableaux noirs entre les épontilles, de façon que le molosse ne puisse surveiller utilement qu’un côté de la batterie à la fois.
Au premier roulement, l’adjudant se précipite du côté d’où part le bruit. Aussitôt, derrière lui, un tapage infernal éclate. Évolution rapide de l’adjudant. Mais les tableaux baissés interceptent sa vue. Il passe ainsi de bâbord à tribord, jusqu’au moment où quelques élèves, excités par le succès, perdent toute prudence, sont pris, et expient par quatre jours de prison le plaisir d’exécuter à contretemps des roulements antiréglementaires.

(Histoire de l’École navale)

Train de charcuterie

Rigaud, 1881 : Train omnibus, — dans le jargon des employés des chemins de fer.

Parce que les voyageurs de secondes et de troisièmes en ont toujours dans leurs paniers, soit pour leur consommation en route, soit pour cadeaux apportés à leurs familles.

(Aymar de Flagv, Paris-Journal, du 24 mai 1878)

France, 1907 : Train composé de wagons de troisième classe, généralement destiné à l’écrabouillement des voyageurs ; expression populaire.

Trichiner (se)

Delvau, 1866 : Déjeuner avec de la charcuterie. L’expression est de l’année 1866, qui datera dans les fastes de la peur par l’invention des trichines que certains médecins allemands — ou iroquois — affirment être par milliers dans la viande de porc. Les jambons sont tombés en discrédit !

Trifouillée

Virmaître, 1894 : Remuer, chercher en bousculant tout. A. D. Trifouillée, c’est trois fois fouiller, mais le peuple ne donne pas ce sens à cette expression. Trifouillée veut dire battre.
— Je vais te coller une trifouillée en cinq sec (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Foule, tas ; grand nombre de personnes ou de choses. Argot populaire.

Bougre d’andouille, que j’y fais, tu ne vois donc pas que tous les bouffe-galette de l’Aquarium se foutent de vous ! Vous attendrez bougrement des années avant qu’ils votent nos lois ; et en admettant qu’ils les votent demain, tu ne vois donc pas qu’il y a dans les administraces une trifouillée d’employés qui n’entendent pas de celle oreille ? Même votée à l’Aquarium, à la Charcuterie Sénatoriale, partout, nom de dieu, ta loi sur les huit heures ne sera pas appliquée, parce que les ronds-de-cuir ne veulent pas.

(Le Père Peinard)

Trouducuteries

France, 1907 : Niaiseries, sottises, balivernes.

On a célébré, avec une foultitude de flaflas, une messe carillonnée, en l’honneur de la Noël russe. On a braillé un tas de trouducuteries tout comme chez les ratichons crétins et on a adoré le tzar, empereur et dieu vivant, le petit père de son peuple.

(La Sociale)

Vaisselle

d’Hautel, 1808 : Remuer la vaisselle. Exécuter quelqu’un par autorité de justice.
Prenez garde à votre vaisselle. C’est-à-dire, prenez garde à vous ; examinez bien ce que vous ferez dans cette affaire.

Merlin, 1888 : Décorations. — Lorsqu’un vieux soldat se met en grande tenue et porte toutes ses décorations, les loustics prétendent qu’il met sa vaisselle à l’air.

France, 1907 : Décorations ; argot populaire. Étaler sa vaisselle, porter toutes ses décorations. On dit aussi batterie de cuisine.

Water-polo

France, 1907 : Jeu de balle dans l’eau. Nom et genre de sport anglais. On connaît le polo, le water-polo est le même exercice, modifié très pittoresquement de façon à s’exécuter dans l’eau.
Il se joue par deux équipes de nageurs qui, ayant chacun un point de départ appelé goal, ont pour but de lancer une balle dans le goal du camp adverse ; les joueurs doivent joindre à l’adresse une énergie et une résistance peu coutumières.
Le water-polo a été adopté en Belgique par le Cercle des régates bruxelloises.

Yeps !

France, 1907 : Alerte ! Attention ! Exclamation par laquelle les élèves des arts et métiers préviennent de l’arrivée d’un professeur ou d’un surveillant ; synonyme et sans doute déformation de vesse.

Nous allions exécuter ce commandement quand soudain retentit un singulier mot, venant de je ne sais où : yeps !… yeps !… À ce mot le petit qui commandait et tous ses camarades se sauvèrent à toutes jambes…

(R. Roos)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique