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Chose de nuit (faire la)

France, 1907 : Dans l’argot des pudiques bourgeoises, pour exprimer l’acte conjugal.

— C’est un peu tard pour… de pareilles choses.
— Quelles choses ?
— De ces choses, roucoula la dévote, qu’on ne doit pas avouer parce qu’elles font rougir.
— Mais je n’avoue rien, belle dame !
— Il vaut mieux faire, n’est-ce pas ?
— Mais je ne fais rien !
— Non, mais vous avez l’intention…
— L’intention ?… de quoi ? demanda ingénument la victime.
— De faire…
— Quoi ?
— La chose ! soupira la dévote.
— Quelle chose ? repliqua-t-il, feignant de ne pas entendre.
Madame Renaud ne répondit pas, mais elle posa sa main tremblante sur celle de ce sourd obstiné.

(Hector France, Le Pêché de Sœur Cunégonde)

On disait autrefois la chose de par Dieu :
— Doncques, Hélaine est vostre femme ?
— Ouy, Hélaine est ma femme,
— Vous croiray-je ?
— Oy, si tu veux, et te dy que je lui ay faict laquelle chose de par Dieu.

(Larivey, Le Morfondu)

Mettre la main au feu (en)

France, 1907 : Avancer une chose dont on est certain, ou dont on croit être certain.
Vieux souvenir de la barbarie de nos pères. Du VIe au XIIIe siècle, où un concile de Latran mit fin à cette superstition, les gens accusés ou simplement soupçonnés d’un crime étaient obligés, pour se justifier, soit de saisir un fer rouge, soit de placer leur main dans les flammes. Si la main sortait intacte de l’épreuve, l’accusé était déclaré innocent.
On essayait l’innocence par trois manières : le duel ou jugement de Dieu, l’eau ou l’huile bouillante, ou le feu ardent, dans la confiance que Dieu protégeait l’innocent et le préservait de tout mal. À quelques-uns on présentait un gantelet de fer rougi à blanc et l’accusé devait y plonger son bras jusqu’au coude. Un chroniqueur du XIIIe siècle raconte comment un pauvre diable, accusé de je ne sais quel délit, sut se dispenser de cette redoutable épreuve. Il répondit qu’il était prêt à ganter le terrible engin si l’archevêque revêtu de son étole voulait le lui remettre en main. Le prélat déclina de remplir cet office et convint, avec l’accusé, que l’usage venait des barbares et qu’il ne fallait pas tenter Dieu.
En dit que Cunégonde, femme de l’empereur Henri de Bavière, ayant été accusée l’adultère, offrit de se disculper en marchant pieds nus sur des socs de charrue ardents. L’empereur en fit disposer douze et la vertueuse princesse ayant marché sur onze s’arrêta sur le douzième et, là, fit un petit discours affirmant que jamais homme n’avait attenté à sa vertu !
On dit aussi : Je n’en voudrais pas pour tenir un fer chaud, pour : je n’en voudrais pas répondre.

Plomb

d’Hautel, 1808 : La calotte de plomb. Pour dire, l’expérience que donnent le temps et un âge mûr.
Il lui faudroit un peu de plomb dans la tête. Se dit d’une tête légère ; d’un étourdi.
Fondre du plomb. Se croiser les bras ; paresser ; passer la journée à ne rien faire.
N’avoir ni poudre ni plomb. Être sans argent, sans moyens ; être dénué de ressources.
Jeter son plomb sur quelque chose. Former un dessein pour y parvenir.
Être en plomb. Pour dire, être mort ; être dans un cercueil de plomb.
Un cul de plomb. On appelle ainsi un homme qui ne prend pas d’exercice ; qui n’a pas d’activité. On le dit aussi d’un homme très-assidu, qui ne bronche pas quand il est à l’ouvrage.
Le plomb. Maladie honteuse et secrète qu’engendrent le vice et la débauche.

Vidocq, 1837 : s. m. — Mal vénérien.

Delvau, 1864 : La vérole — avec laquelle on blesse, et quelquefois on tue la personne à qui on la communique.

Le plus marlou peut attraper le plomb.

(Dumoulin)

Larchey, 1865 : « Gaz caché dans les fentes des pierres, et qui tue comme la foudre le vidangeur qui en est atteint. » — Berthaud. — Plomb : Vérole. — Plomber : Infecter, donner la vérole.

Delvau, 1866 : s. m. Gorge, gosier, — dans l’argot des faubouriens. L’expression est juste, surtout prise ironiquement, le plomb (pour Cuvette en plomb) étant habitué, comme la gorge, à recevoir des liquides de toutes sortes, et la gorge, comme le plomb, s’habituant parfois à renvoyer de mauvaises odeurs. Jeter dans le plomb. Avaler.

Delvau, 1866 : s. m. Hydrogène sulfuré qui se dégage des fosses d’aisances, — dans l’argot du peuple.

Delvau, 1866 : s. m. Sagette empoisonnée décochée par le « divin archerot. »

Rigaud, 1881 : Chambre de domestique ; chambre sous les plombs du toit.

Rigaud, 1881 : Gaz délétère ; gaz hydrogène sulfuré qui se dégage des fosses d’aisances.

Rigaud, 1881 : Gosier. — Est-ce que c’est ton plomb ou tes pieds qui schelinguent comme ça ? — C’est les deux.

Rigaud, 1881 : Syphilis. — Être au plomb, avoir gagné la syphilis, — dans le jargon des voyous. — Manger du plomb, être blessé, tué par une arme à feu. (L. Larchey)

La Rue, 1894 : Gosier. Gaz délétère des fosses d’aisances. Syphilis.

Rossignol, 1901 : La gorge.

Hayard, 1907 : Estomac, gosier.

France, 1907 : La bouche, le gosier. « Ferme ton plomb », tais-toi. Avoir une carotte dans le plomb, avoir mauvaise haleine.

— D’où sert-elle donc celle-là… elle ferait bien mieux de clouer son bec.
— Celle-là !… Celle-là vaut bien Madame de la Queue-Rousse. Ferme ton plomb toi-même.

(Hector France, Le Péché de Sœur Cunégonde)

Qui qu’a soif ? Qui qui veut boire à la fraîche ?
Sur mon dos, au soleil, la glace fond.
De crier ça me fait la gorge sèche,
J’ai le plomb tout en plomb. Buvons mon fond !

(Jean Richepin, La Chanson des gueux)

Voici les synonymes argotiques de plomb : avaloir, bavarde, babouine, bécot, boîte, égout, entonnoir, cassolette, gaffe, gargoine, gaviot, goulot, mouloir.

France, 1907 : Maladie vénérienne ; quand on l’attrape, on est plombé.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique