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Bête à concours

France, 1907 : Élève d’un lycée ou d’une pension que l’on prépare exclusivement pour remporter des prix aux concours généraux, afin de faire honneur à l’établissement.

Durant toute l’année, nous avons tous vu le professeur s’adonner aux élèves de choix, aux bêtes à concours, pour le plus grand dommage du reste de la classe. J’ai passé toute une année en rhétorique latine, sans que le cuistre solennel et assommant qui menait la classe m’ait une seule fois adressé la parole.

(Henry Bauër, La Ville et le Théâtre)

Cuistre

d’Hautel, 1808 : Au propre, laveur de vaisselle ; ouvrier chargé des plus bas détails de la cuisine. Au figuré, homme sale et dégoûtant, d’une ignorance grossière.
Fait comme un cuistre. Mal vêtu ; malproprement habillé.

Latin rôti

France, 1907 : Latin que parlaient autrefois les marmitons et les cuistres dans les cuisines de l’ancienne Université. On pensait ainsi, dit Charles Nisard, faire honneur à sa profession et parler la langue de la maison… Si l’on en croit la tradition, certains pédants, ne trouvant pas toujours le mot propre, farcissaient leur latin de mots dérobés à celui des marmitons et des souillards, de ces mots qu’Érasme appelle pourris de cuire.

Mais ainsi qu’on le menoit pendre, advint qu’un seigneur passa par là, par le moyen duquel il obtint sa grâce du roy, pour avoir craché quelques mots de latin rôti, lesquels, encore qu’ils ne fussent entendus, firent penser que c’estoit quelque homme de service.

(Bonaventure des Périers)

On ne dit plus latin rôti, mais on dit encore latin de cuisine en parlant du latin d’Église, par exemple.

Piquer

d’Hautel, 1808 : Il est piqué comme une courte pointe. Se dit d’un homme très-susceptible, qui a pris de l’humeur, qui s’est offensé pour une frivolité, une bagatelle, et dont le silence et la réserve témoignent le mécontentement.
On ne sait quelle mouche l’a piqué. Pour, on ne connoît point le sujet de sa bourderie, de sa mauvaise humeur.
Se piquer. Se vanter, s’énorgueillir de quelques talens ; faire le fanfaron, marquer de l’arrogance et de l’orgueil, comme le font ordinairement les petits maîtres, les fats, les pédans.

Delvau, 1866 : v. a. Faire quelque chose, — dans l’argot des Polytechniciens. Piquer l’étrangère. S’occuper d’une chose étrangère à la conversation.

Rossignol, 1901 : Chiffonner.

France, 1907 : Donner une note ; argot des écoles militaires. Piquer bas, donner une note faible ; piquer haut, forcer la note. Piquer la constante, donner constamment la même note.

On site des examinateurs qui ne piquent jamais de 20, de 19 ou même de 18. Le célèbre Gérono disait à un élève qui venait de passer en colle d’une manière remarquable : « Si Dieu le Père passait chez moi à la planche, je lui piquerais 19 ; si c’était Jésus-Christ, je piquerais 18 : si c’était M. Chasles, je mettrais 17. Pour vous, Monsieur, je me contenterai de vous piquer 16. »

(Albert Lévy et G. Pinet)

Entre nous, le célèbre Gérono méritait d’être piqué cuistre.

Serpentin

Ansiaume, 1821 : Matelas de bagne.

J’avois mis ma filoche dans mon serpentin, je l’ai perdu à la bourasque.

Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Petit matelas que les forçats ont la permission d’acheter.

Vidocq, 1837 : s. m. — Matelas de forçat.

Delvau, 1866 : s. m. Matelas, — dans le même argot [des voleurs].

Rigaud, 1881 : Matelas, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Matelas.

France, 1907 : Mince bande de papier enroulé dont les Parisiens ont depuis 1893 pris la coutume d’abimer les arbres des boulevards ou de les lancer sur les passants de leurs fenêtres et balcons. L’origine de cet amusement est due à de petits télégraphistes qui, se trouvant de service un jour de carnaval et s’ennuyant fort dans leurs bureaux situés à un premier étage, place de la Bourse, s’imaginèrent de lancer au loin des rouleaux de bandes bleues destinées aux dépêches.

Les gais serpentins dans l’espace,
Pendent aux arbres travestis ;
Hourrah ! voici le Bœuf qui passe,
Lançons de rouges confettis,
Heureux et gras comme un ministre,
Il s’en va trônant sur son char,
Avec des allures de cuistre
Et l’arrogance du richard.

(Jacques Rédelsperger)

France, 1907 : Petit matelas de prisonnier.

Les forçats couchant sur la planche nue, s’ils n’ont les moyens de se procurer une couverture et un serpentin.

(A. Dauvin)

France, 1907 : Sobriquet que l’en donnait autrefois aux mouchards et qui, dit Ch. Nisard, peint à merveille leurs allures insinuantes, tortueuses et rampantes.

Soute aux douros

France, 1907 : Porte-monnaie, bourse.

C’est un horrible cuistre que cet imbécile qui vient de la cueillir pour une nuit… Mais la soute aux douros est bien sonnante, et puis, elle est toute pleine de sève, la belle fille, elle veut vivre ! Il a fallu passer par le mêmes chemin que les autres ! Dame ! puisqu’elle veut vivre et qu’elle n’en a pas le moyen…

(Louise Michel, Le Monde nouveau)

Vesprée

France, 1907 : Joli mot plein de poésie que les cuistres qui se posent en grammairiens ont effacé de la langue pour le remplacer par après-midi ; du latin vesper, soir, dont on a fait vêpres.

Franchement, le cœur sur la main,
Sans jamais parler de demain,
Du blanc matin à la vesprée,
Et de la vesprée au matin,
Célébrons la grandeur pourprée,
Du vin !

(Gustave Mathieu)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique