Entrez le mot à rechercher :
  Mots-clés Rechercher partout 


Cric ! crac !

France, 1907 : Interjection usitée dans les chambrées pour s’assurer que personne ne dort quand on raconte une de ces mirobolantes histoires telles que celle du caporal La Ramée, ou celle de la princesse amoureuse du gendarme. Lorsqu’un narrateur se doute qu’un des membres de son auditoire dort, il s’interrompt pour crier cric ! et tous de répondre : crac ! Celui qui ne répond pas est mis à l’amende. Le Petit Piou-piou en donne un amusant exemple :

« Cric ! crac ! sabot, cuillère à pot, sous-pied de guêtre !… marche avec ! a force de marcher, on fait beaucoup de chemin, surtout si on ne tombe pas dans la m…élasse, on n’a pas la peine de se débarbouiller. Je traverse un fossé où il y avait cent pieds de moutarde ; on prenait la respiration par la première boutonnière de la guêtre. Je passe une Forêt où il n’y avait pas d’arbres et j’arrive dans un village où il n’y avait pas de maisons ; je frappe à la porte, tout le monde me répond. — Pan pan ! — Qui est là ? — C’est moi, ma petite Fanchon. — Attends que je fiche mon mari à la porte et que je tire le cordon. La place est chaude, viens donc. Veux-tu du poulet ou du dindon, du lard ou du cochon, de la soupe ou du bouillon, du saucisson, un oignon, où simplement une boule de son ? — Non, non, je suis bon garçon, et je me contente de baiser ton joli piton, tes petits pétons, et tes deux amours de tétons. — C’est bon ! maintenant vas-y et conte donc ! » Alors Brisquart commence. Un jour, il dit les farces de La Ramée, un autre, Aladin ou la Lampe merveilleuse, puis les trois poils du… du diable, car il en a un véritable sac, et toutes plus tordantes les unes que les autres. Écoutez et ne ronflez pas surtout, on n’aime pas le son de l’orgue. Soyez prêt lorsqu’il criera cric ! afin de voir si on ne dort pas, à répondre crac ! car ce n’est pas gai de conter pour les gamelles et les bidons.

Pochonne

France, 1907 : Écuelle, cuillère à pot ; vieux français.

Thé de la mère Gibou

Delvau, 1866 : s. m. Mélange insensé de choses et de mots ; discours incohérent ; pièce invraisemblable. Argot des coulisses.

France, 1907 : Mélange incohérent, déraisonnable ; soirée ridicule.
L’expression vient d’une pièce des Variétés, jouée en février 1832, intitulée : Madame Gibou et Madame Pochet, ou le Thé chez la ravaudeuse, par Dumarsau. Voici d’ailleurs la scène :

Mme Pochet. — Savez-vous faire du thé, madame Gibou ?
Mme Gibou. — Ma foi, non ; je n’en ai jamais mangé.
Mme Pochet. — C’est un fricot anglais… V’là mon huguenotte d’eau bouillante qui bout ; j’y ai jeté les petites crottes noires que l’épicière m’a données : faut goûter voir si ça a du goût…
Mme Gibou, — Ah ! Dieu ! comme c’est fade !
Mme Pochet. — (Goûtant dans la cuillère à pot.) Oui ! ça ne sent rien… y a pourtant là dedans six sous de thé et un cornet d’cassonade.

Les deux vieilles commères ajoutent un filet d’huile et de vinaigre, du poivre, du sel, deux œufs, une gousse d’ail, de la farine, de l’eau-de-vie. Le résultat est ce qu’on peut imaginer ; les invités font d’horribles grimaces en chantant le couplet suivant :

Ah ! Qu’est-ce que c’est que ça ?
Dieu ! quel goût ça vous a !
Ce thé-là,
Je l’sens là…
Jamais ne passera !

Truc (débiner le)

Rigaud, 1881 : Révéler le secret d’un métier, les ruses d’un métier, la manière d’opérer.

Je vois que vous êtes du métier : ne débinez pas le truc.

(G. Escudier, Les Saltimbanques)

Maquiller le truc, organiser une affaire.

France, 1907 : Dévoiler le secret.

… Vous prenez un de ces vases d’élection et vous y jetez un petit carnet de coulissier bien gras ; puis vous en fermez le couvercle et vous le laissez fermenter dans un coin sans y penser davantage : tous les cinq ans, vous l’ouvrez, et avec une cuillère à pot, vous en ramenez de la représentation nationale, soit une infinité de petits députés députants, de petits sénateurs sénatorisants qui, au moindre rayon de soleil, grandissent en dansant et deviennent des ministres ministrants tels que nous, que dis-je, des candidats à la présidence, pour ensuite se répandre et pulluler dans l’administration, les postes lucratifs, les fonctions honorifiques, les consulats, ambassades et perceptions. Et voilà, Messieurs et Mesdames, tel est le truc du système et le système du truc. Nous avons l’honneur de vous le débiner, afin que vous sachiez par quoi nous avons remplacé les vagues régimes, monarchies ou empires…

(Émile Bergerat)


Argot classique, le livre • Telegram

Dictionnaire d’argot classique