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Accroche-cœurs

Vidocq, 1837 : s. m. — Favoris.

Delvau, 1864 : Petites mèches de cheveux que les femmes se collent sur les tempes, afin de se rendre plus séduisantes aux yeux des hommes et d’accrocher ainsi le cœur qu’ils portent à gauche — dans leur pantalon.

Sur nos nombreux admirateurs
Dirigeons nos accroche-cœurs.

(Louis Festeau)

Larchey, 1865 : Favoris (Vidocq). — Allusion aux accroche-cœurs féminins, petites mèches contournées et plaquées prétentieusement sous la tempe.

Delvau, 1866 : s. m. pl. Petites mèches de cheveux bouclées que les femmes fixent sur chaque tempe avec de la bandoline, pour donner du piquant à leur physionomie. Les faubouriens donnent le même nom à leurs favoris, — selon eux irrésistibles sur le beau sexe, comme les favoris temporaux du beau sexe sont irrésistibles sur nous.

Rigaud, 1881 : Mèche de cheveux que les souteneurs de barrière portent plaquée sur la tempe, coiffure qu’ils affectionnent : d’où le surnom donné au souteneur lui-même.

France, 1907 : Petite mèche de cheveux formant boucle sur les tempes, autrefois fort à la mode chez les Espagnoles. On appelle également ainsi les touffes plus grossières que ramenaient au-dessus des oreilles les jeunes souteneurs et plus vulgairement appelées rouflaquettes.

Accrocher

d’Hautel, 1808 : Il est accroché à un clou par terre. Facétie, pour dire qu’un objet quelconque que l’on croyoit avoir bien rangé, est tombé et traîne à terre.
Il a été accroché à la lanterne. Terme révolutionnaire ; pour, on l’a pendu à la lanterne.
Il s’est laissé accrocher en chemin. Pour, il s’est laissé entrainer à une partie de plaisir sur laquelle il ne comptoit nullement.
Cette affaire est accrochée. C’est-à-dire, retardée, suspendue par quelqu’opposition.
Belle fille et méchante robe trouvent toujours qui l’accroche.
S’accrocher. Se battre, se prendre aux cheveux, à la manière des porte-faix.

Delvau, 1864 : Faire l’acte vénérien — pendant lequel l’homme est accroché à la femme avec son épingle, qui la pique agréablement pendant quelques minutes.

Et elle rit quand on parle d’accrocher.

(Moyen de parvenir)

Deux minutes encore, et je l’accrochais sans vergogne sur la mousse.

(Em. Durand)

Larchey, 1865 : Mettre au Mont de Piété, c’est-à-dire au clou. Ce dernier mot explique le verbe.

Ah ! les biblots sont accrochés.

(De Montépin)

Accrocher : Consigner un soldat, c’est-à-dire l’accrocher à son quartier, l’empêcher d’en sortir.
S’accrocher : Combattre corps à corps, en venir aux mains, ou, pour mieux dire, aux crocs. De là le mot.

Delvau, 1866 : v. a. Engager quelque chose au mont-de-piété. Argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Mettre un objet au Mont-de-Piété. Il est accroché au clou.

La Rue, 1894 : Mettre un objet au Mont-de-Piété.

France, 1907 : Mettre en gage.

Êtes-vous entrés quelquefois dans un de ces nombreux bureaux de prêt qu’on désigne aussi sous le nom de ma tante ? Non. Tant mieux pour vous. Cela prouve que vous n’avez jamais eu besoin d’y accrocher vos bibelots et que votre montre n’a jamais retardé de cinquante francs.

(Frérault, La Vie de Paris)

Prendre par ruse. Se dit également pour consigner un soldat, le retenir au quartier.

Accrocher son paletot

Virmaître, 1894 : Voleur qui, chez le juge d’instruction, farde la vérité. Mot à mot : Mentir (Argot des voleurs). N.

Accrocher un paletot

Rigaud, 1881 : Mentir — dans le jargon du peuple. L’ouvrier qui a accroché son paletot au Mont-de-Piété n’annonce pas toujours bien exactement à sa ménagère le prix de l’engagement. Il escamote souvent une petite pièce au profit du marchand de vin.

La Rue, 1894 : Mentir.

Accrocher, agrafer, amarrer

Hayard, 1907 : Arrêter, aborder quelqu’un.

Affûter (ses crochets, ses crocs, ses meules, ses tabourets)

Hayard, 1907 : Manger.

Agrafer

Larchey, 1865 : Arrêter.

Le premier rousse qui se présentera pour m’agrafer.

(Canler)

Agrafer : Consigner. Même sens qu’accrocher.

J’ai jeté la clarinette par terre, et il m’a agrafé pour huit jours.

(Vidal, 1833)

Delvau, 1866 : v. a. Arrêter, consigner. Argot des soldats et du peuple. Se faire agrafer, Se laisser prendre.

Fustier, 1889 : Indépendamment du sens de arrêter, consigner, donné par Delvau et ses continuateurs, agrafer signifie aussi prendre, voler.

C’est clair et net, vois-tu, comme les jaunets que tu as négligé d’agrafer cette nuit-là.

(Belot et Dantin, Le Parricide)

La Rue, 1894 : Arrêter.

France, 1907 : Arrêter. Se faire agrafer, se laisser prendre. (Delvau)

Aller au persil ou persiller

France, 1907 : Sortir pendant le jour avec un panier au bras sous le prétexte d’aller aux provisions et, en réalité, pour raccrocher et se faire suivre par les hommes.

Aller aux mûres sans crochet

France, 1907 : Ne rien entreprendre sans être muni de ce qui est nécessaire pour faciliter le succès. Allusion à la façon dont il faut cueillir les mûres. Le mûrier étant un arbre qui étend ses rameaux flexibles loin de son tronc, pour atteindre les fruits, il faut attirer à soi les branches ; par conséquent, ceux qui n’ont pas eu la précaution de se munir d’un crochet ne peuvent faire qu’une maigre récolte.
On dit dans le même sens : S’embarquer sans biscuit.

Allumer la quitourne

Virmaître, 1894 : Fille qui fait la fenêtre, qui raccroche en chambre. À la tombée de la nuit elle allume sa lampe. Comme elle la tourne de façons différentes pour signaler aux passants qu’elle est libre ou occupée, de là, la qui-tourne (Argot des filles).

Andouille

d’Hautel, 1808 : Il a le nez gros comme une andouille. Comparaison triviale et populaire, pour dire que quelqu’un a le nez gros et pointu.
Rompre l’andouille au genou. Négocier une affaire par des voies peu propres à la faire, réussir. On dit familièrement et dans le même sens, Rompre l’anguille au genou.

Vidocq, 1837 : s. m. — Homme qui a peu de vigueur, qui est indolent, sans caractère.

Delvau, 1864 : Le membre viril, dont les femmes sont si friandes, — elles qui aiment tant les cochonneries !

De tout te gibier, Fanchon,
N’aime rien que le cochon ;
Surtout devant une andouille,
Qu’aux carmes l’on choisira,
Elle s’agenouille, nouille,
Elle s’agenouillera.

(Collé)

Larchey, 1865 : Personne molle, sans énergie (Vidocq).

Delvau, 1866 : s. m. Homme sans caractère, sans énergie, — dans l’argot du peuple, qui emprunte volontiers ses comparaisons à la charcuterie.

Rigaud, 1881 : Personne sans énergie. Grand dépendeur d’andouilles, individu de haute taille, un peu sot. Les andouilles sont pendues au plafond. Il faut être grand pour les dépendre, et ce travail ne demande pas beaucoup d’intelligence.

Le grand dépendeur d’andouilles, qui l’endormait, a aussi disparu.

(Huysmans, Gaulois du 26 juin 1880)

France, 1907 : Sot. Grand dépendeur d’andouilles, triple sot.

Les hommes grands ne sont pas en faveur parmi le peuple ; il juge de leur esprit en sens inverse de leur taille. Ainsi, lorsqu’il qualifie quelqu’un de sot, il ne manque guère d’y joindre l’épithète de grand, pris dans le sens de long. Un nain lui parait alors un géant qui n’aurait qu’à étendre le bras pour dépendre une andouille, fut-elle raccourcie de moitié. C’est pour cela que, dans son langage, grand dépendeur d’andouilles est synonyme de sot, de niais, d’imbécile fieffé, puisque en fait de taille il n’y en a pas de supérieure à celle de l’individu qui se met, sans intermédiaire, en contact avec les plus hauts plafonds… Il y a, en quelques provinces, notamment en Bourgogne, ce dicton :
« Grand Niquedouille
Qui décroche des andouilles. »

…Il est question, dans Béroalde de Verville, non pas des dépendeurs, mais de dépouilleurs d’andouilles :

Or bien que nous faisions ici mine de rire si le disons-nous à la honte de ces despouilleurs d’andouilles (les cordeliers), pour les nettoyer, et qui nous voudroient reprendre, encore que toute leur vie soit confite d’actions impudentes. (Le Moyen de parvenir.)

(Charles Nisard)

Anicroche

d’Hautel, 1808 : Obstacle, difficulté, embarras.
Il y a toujours quelqu’anicroche qui s’oppose à l’accomplissement des promesses. Se dit d’un homme de mauvaise foi, qui trouve toujours des prétextes pour ne pas tenir ce qu’il a promis.
On dit aussi d’une personne querelleuse, qu’Elle attrappe toujours quelqu’anicroche. Pour dire qu’elle se suscite de mauvaises affaires, qu’elle s’attire sans cesse de mauvais traitemens.

Apiquer

France, 1907 : Descendre ; argot du Borda.
Apiquer
un camarade, c’est décrocher le ruban de son hamac et le laisser ainsi prendre de lui-même la position verticale. S’apiquer en police, descendre à la salle de police.

Araigne

Rigaud, 1881 : Crochet en fer dont se servent les bouchers pour accrocher la viande. Primitivement ces crocs à plusieurs branches avaient la forme de pattes d’araignées.

Araignée de bastringue

Rigaud, 1881 : Fille qui tend ses toiles dans les bals publics ; (Riche-en-gueule ou le nouveau Vadé, 1824) Les voyous d’aujourd’hui appellent les filles qui raccrochent : des araignées de pissotière. Quœrens quem devoret.

Asphalteuse

Virmaître, 1894 : Fille qui raccroche sur le trottoir. Elle foule l’asphalte en tous sens (Argot des filles).

Attacher un bidon

France, 1907 : Dénoncer quelqu’un ; argot des voleurs. Le signaler à la police comme un chien à qui on accroche une casserole à la queue.

B (marqué au)

France, 1907 : On désigne ainsi toute personne atteinte d’une infirmité dont le nom commence par la deuxième lettre de l’alphabet : bancal, bancroche, bègue, boiteux, borgne, bossu. Une vieille superstition populaire attachait à ces disgrâces de la nature certaines fâcheuses influences… influences fâcheuses surtout pour ceux qui en sont atteints.

Banban

Larchey, 1865 : Personne de petite taille aux membres noués. — Allusion au dandinement particulier de la marche.

J’entrai chez Dinah, jolie petite brune un peu banban.

(Mogador)

Delvau, 1866 : s. des deux g. Boiteux, bancal, — dans l’argot des bourgeois, qui emploient principalement cette onomatopée à propos d’une femme.

Rigaud, 1881 : Boiteux, boiteuse. Le banban, la banban.

France, 1907 : Onomatopée qui désigne une personne chétive, bancale ou boiteuse ; abréviation redoublée de bancroche.

Bancroche

d’Hautel, 1808 : Terme burlesque et de mauvais goût, que l’on n’emploie que par ironie, en parlant de quelqu’un qui a les jambes torses, qui est mal fait de sa personne.

Delvau, 1866 : s. et adj. Qui a les jambes torses.

France, 1907 : Qui a les jambes torses.

Baptiser

d’Hautel, 1808 : Frelater, mélanger, falsifier.
Du vin baptisé. C’est-à-dire, dans lequel on a mis beaucoup d’eau ; fraude très-commune parmi les marchands de vin de Paris.
Un mulet baptisé. Épithète outrageante que l’on donne aux hommes de peine, aux porte-faix, aux crocheteurs.

Batteuse d’asphalte

France, 1907 : Prostituée qui raccroche sur le trottoir.
Les femmes des restaurants de nuit forment une catégorie toute spéciale de la prostitution parisienne, entre la batteuse d’asphalte et la fille de brasserie, plus près de celle-ci avec qui elles se rencontrent souvent dans les maisons où on soupe. Elles ont pour la première le plus profond mépris.

Battre son quart

Delvau, 1864 : Se dit des filles de bordel, qui descendent à tour de rôle, pendant un quart d’heure ou une demi-heure, sur le trottoir, où elles raccrochent les passants.

Dorante, en se promenant devant la maison au grand numéro, croise Sylvia, qui bat son quart.

(Lemercier de Neuville)

Delvau, 1866 : v. n. Raccrocher les passants, le soir à la porte des maisons mal famées, — dans l’argot des filles et de leurs souteneurs.

Rigaud, 1881 : Aller et venir sur la voie publique pour raccrocher, — dans le jargon des filles.

La Rue, 1894 : Chez les filles, raccrocher.

Belle de nuit

Delvau, 1866 : s. f. Fille oui hante les brasseries et les bals. Même argot [du peuple].

Rigaud, 1881 : Rôdeuse de pavé, coureuse de bastringues.

Virmaître, 1894 : Fille publique déjà vieille qui raccroche la nuit parce que la nuit tous les chats sont gris. Cette expression est ancienne. Vers 1850, on chantait dans une revue intitulée : Vive la Joie et les Pommes de terre représentée aux Folies-Dramatiques, à l’ancien boulevard du Temple.

Tous les soirs l’amateur contemple
Les belles de nuit qui s’font voir,
Sur le boulevard du Temple.

(Argot du peuple)

Bénir ses pieds

Delvau, 1866 : v. a. Être pendu, — dans l’argot impitoyable du peuple, qui fait allusion aux derniers gigottements d’un homme accroché volontairement à un arbre ou involontairement à une potence.

Biffin

Clémens, 1840 : Chiffonnier.

Rigaud, 1881 : Soldat d’infanterie de ligne, — dans le jargon des soldats des autres armes. — Son crochet à lui c’est son fusil.

La Rue, 1894 : Chiffonnier. Soldat d’infanterie.

Virmaître, 1894 : Chiffonnier. Ainsi dénommé par le peuple à cause de son crochet qui lui sert à deux fins : à se défendre et à travailler. Depuis 1818, on dit d’un chiffonnier qu’il est membre du comité de recherches. Allusion à ce qu’il fouille dans les tas d’ordures pour y trouver sa vie (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Chiffonnier. On nomme aussi les soldats de la ligne des biffins.

Hayard, 1907 / anon., 1907 : Chiffonnier.

Bifin

Delvau, 1866 : s. m. Chiffonnier, — dont le crochet sert à deux fins, à travailler et à se défendre.

Merlin, 1888 : Fantassin dont le sac est la hotte. Se dit aussi des prévôts d’arme dans la cavalerie.

Bitume (demoiselle du)

France, 1907 : Prostituée de bas étage. On dit que ces pauvres filles font le bitume ou qu’elles foulent ou polissent le bitume, quand elles raccrochent sur les boulevards.

Bitumer

Delvau, 1866 : v. n. Raccrocher les passants, — dans l’argot des filles habituées du trottoir. On dit mieux Faire le bitume.

France, 1907 : Raccrocher les passants.

Blanc (envoyer au)

Rigaud, 1881 : Envoyer promener, — dans le jargon des voyous ; par altération pour « envoyer au banc », c’est-à-dire envoyer s’asseoir. Adressée à une femme, l’expression prend le sens de « envoyer raccrocher », et fait partie du vocabulaire des souteneurs. L’étymologie est la même que dans mangeur de blanc.

Bonne enfant (être)

Delvau, 1864 : C’est, pour une putain, se prêter tous les caprices libertins de l’homme qu’elle a raccroché.

Déboutonn’-toi, tu verras comme
J’s’rai bonne enfant : j’ t’amus’rai bien

(Henry Monnier)

Boulon (vol au)

France, 1907 : Voler à l’aide d’un crochet dans la devanture des boutiques.

Boulonnaise

Rigaud, 1881 : Nymphe publique du Bois de Boulogne, elle attend la fortune, sous les traits du premier venu, le long des contre-allées du bois, tout près des taillis, tout près des mystérieux ombrages. La boulonnaise, une variété de la marneuse, est vêtue comme une ouvrière misérable, et porte ordinairement un panier, à l’instar des femmes de ménage.

Rigaud, 1881 : Voiture qui dessert le Bois de Boulogne.

France, 1907 : Fille de mœurs légères qui raccroche dans le Bois de Boulogne.

Branche

d’Hautel, 1808 : Être comme l’oiseau sur la branche. C’est être dans l’inaction, n’avoir point de sort fixe, être à la merci des autres.
Il vaut mieux se tenir au tronc qu’aux branches. C’est-à-dire, s’attacher plutôt au maître qu’au subalterne.

Larchey, 1865 : Ami aussi attaché de cœur qu’une branche à l’arbre.

Allons, Panaris, le dernier coup, ma vieille branche !

(J. Moinaux)

Brancher : Pendre. — Vidocq. — Mot à mot : accrocher à la branche.

Delvau, 1866 : s. f. Ami, compagnon, ma vieille branche, — dans le même argot [des faubouriens].

La Rue, 1894 : Ami.

Rossignol, 1901 : Ami. Une vieille branche est un vieil ami.

France, 1907 : Ami. Ce mot est précédé de vieille ; argot populaire. Ma vieille branche.

Brodancheur à la plaque

Delvau, 1866 : s. m. Notaire, — à cause de son écusson.

France, 1907 : Notaire, à cause de l’écusson accroché à sa porte.

Cabotinage

Delvau, 1866 : s. m. Le stage de comédien, qui doit commencer par être sifflé sur les théâtres de toutes les villes de France, avant d’être applaudi à Paris.

Rigaud, 1881 : Le cabotinage consiste à savoir se passer de talent, à se montrer plus souvent au café que sur les planches, à préférer les petits verres sur le comptoir aux alexandrins des classiques et même à la prose de M. Anicet-Bourgeois.

Le cabotinage est aussi la basse diplomatie des coulisses ; cabotiner c’est faire des affaires théâtrales comme certains courtiers font des affaires de bourse, écouter aux portes d’un comité pendant qu’un confrère lit son drame, et porter au théâtre voisin l’idée de, l’ouvrage qu’on vient de surprendre, mendier ou acheter des tours de faveur, monter une cabale contre un ouvrage, tout cela est du cabotinage.

(Petit dict. des coulisses, 1835.)

France, 1907 : Art perfectionné de la réclame qui devient de plus en plus commun chez les artistes, les plumitifs, et, ô horreur ! les hommes dits d’État.
Cet art s’étend partout, à tel point qu’on accuse même les anarchistes « militants » d’être des cabotins.

Faire du cabotinage quand la tête est en jeu, c’est raide.

France, 1907 : Vie de déceptions, de travail, de hauts et de bas de l’acteur avant qu’il prenne la place dont parlait Edmond Deschaumes, et décroche le ruban de la Légion d’honneur.

Cafmar

France, 1907 : Café, débit de boisson.

Tu rappliques tranquillement au cafmar, tu raccroches le pardessus du pante, et tu prends le mien, en disant au garçon avec indignation : « On ne peut donc plus se tromper, apprenez à mieux connaître votre monde ! »

(E. Lepelletier, Les Secrets de Paris)

Cambriolleur, -euse

Vidocq, 1837 : s. — On reconnaît un soldat, même lorsque qu’il a quitté l’uniforme pour endosser l’habit bourgeois, on peut se mettre à sa fenêtre, regarder ceux qui passent dans la rue et dire, sans craindre de se tromper, celui-ci est un tailleur, cet autre et un cordonnier ; il y a dans les habitudes du corps de chaque homme un certain je ne sais quoi qui décèle la profession qu’il exerce, et que seulement ceux qui ne savent pas voir ce qui frappe les yeux de tout le monde ne peuvent pas saisir ; eh bien, si l’on voulait s’en donner la peine, il ne serait guère plus difficile de reconnaître un voleur qu’un soldat, un tailleur ou un cordonnier. Comme il faut que ce livre soit pour les honnêtes gens le fil d’Ariane destiné à les conduire à travers les sinuosités du labyrinthe, j’indique les diagnostics propres à faire reconnaître chaque genre ; si après cela ceux auxquels il est destiné ne savent pas se conduire, tant pis pour eux.
Les Cambriolleurs sont les voleurs de chambre soit à l’aide de fausses clés soit à l’aide d’effraction. Ce sont pour la plupart des hommes jeunes encore, presque toujours ils sont proprement vêtus, mais quel que soit le costume qu’ils aient adopté, que ce soit celui d’un ouvrier ou celui d’un dandy, le bout de l’oreille perce toujours. Les couleurs voyantes, rouge, bleu ou jaune, sont celles qu’ils affectionnent le plus ; ils auront de petits anneaux d’or aux oreilles ; des colliers en cheveux, trophées d’amour dont ils aimeront à se parer ; s’ils portent des gants ils seront d’une qualité inférieure ; si d’aventure l’un d’eux ne se fait pas remarquer par l’étrangeté de son costume il y aura dans ses manières quelque chose de contraint qui ne se remarque pas dans l’honnête homme ; ce ne sera point de la timidité, ce sera une gêne, résultat de l’appréhension de se trahir. Ces diverses observations ne sont pas propres seulement aux Cambriolleurs, elles peuvent s’appliquer à tous les membres de la grande famille des trompeurs. Les escrocs, les faiseurs, les chevaliers d’industrie, sont les seuls qui se soient fait un front qui ne rougit jamais.
Les Cambriolleurs travaillent rarement seuls ; lorsqu’ils préméditent un coup, ils s’introduisent trois ou quatre dans une maison, et montent successivement ; l’un d’eux frappe aux portes, si personne ne répond, c’est bon signe, et l’on se dispose à opérer ; aussitôt, pour se mettre en garde contre toute surprise, pendant que l’un des associés fait sauter la gâche ou jouer le rossignol, un autre va se poster à l’étage supérieur, et un troisième à l’étage au-dessous.
Lorsque l’affaire est donnée ou nourrie, l’un des voleurs se charge de filer (suivre) la personne qui doit être volée, dans la crainte qu’un oubli ne la force à revenir au logis ; s’il en est ainsi, celui qui est chargé de cette mission la devance, et vient prévenir ses camarades, qui peuvent alors s’évader avant le retour du mézière.
Si, tandis que les Cambriolleurs travaillent, quelqu’un monte ou descend, et qu’il désire savoir ce que font dans l’escalier ces individus qu’il ne connaît pas, on lui demande un nom en l’air : une blanchisseuse, une sage-femme, une garde malade ; dans ce cas, le voleur interrogé balbutie plutôt qu’il ne parle, il ne regarde pas l’interrogateur, et empressé de lui livrer le passage, il se range contre la muraille, et tourne le dos à la rampe.
Si les voleurs savent que le portier est vigilant, et s’ils présument que le vol consommé ils auront de gros paquets à sortir, l’un d’eux entre tenant un paquet sous le bras ; ce paquet, comme on le pense bien, ne contient que du foin, qui est remplacé, lorsqu’il s’agit de sortir, par les objets volés.
Quelques Cambriolleurs se font accompagner, dans leurs expéditions, par des femmes portant une hotte ou un panier de blanchisseuse, dans lesquels les objets volés peuvent être facilement déposés ; la présence d’une femme sortant d’une maison, et surtout d’une maison sans portier, avec un semblable attirail, est donc une circonstance qu’il est important de remarquer, si, surtout, l’on croit voir cette femme pour la première fois.
Il y a aussi les Cambriolleurs à la flan (voleurs de chambre au hasard) qui s’introduisent dans une maison sans auparavant avoir jeté leur dévolu ; ces improvisateurs ne sont sûrs de rien, ils vont de porte en porte, où il y a ils prennent, où il n’y a rien, le voleur, comme le roi, perd ses droits. Le métier de Cambriolleur à la flan, qui n’est exercé que par ceux qui débutent dans la carrière, est très-périlleux et très-peu lucratif.
Les voleurs ont des habitudes qu’ils conservent durant tout le temps de leur exercice ; à une époque déjà éloignée, ils se faisaient tous chausser chez une cordonnière que l’on nommait la mère Rousselle, et qui demeurait rue de la Vannerie ; à la même époque, Gravès, rue de la Verrerie, et Tormel, rue Culture-Sainte-Catherine, étaient les seuls tailleurs qui eussent le privilège d’habiller ces messieurs. Le contact a corrompu les deux tailleurs, pères et fils sont à la fin devenus voleurs, et ont été condamnés ; la cordonnière, du moins je le pense, a été plus ferme ; mais, quoiqu’il en soit, sa réputation était si bien faite et ses chaussures si remarquables, que lorsqu’un individu était arrêté et conduit à M. Limodin, interrogateur, il était sans miséricorde envoyé à Bicêtre si pour son malheur il portait des souliers sortis des magasins de la mère Rousselle. Une semblable mesure était arbitraire sans doute, mais cependant l’expérience avait prouvé son utilité.
Les voleuses, de leur côté, avaient pour couturière une certaine femme nommée Mulot ; elle seule, disaient-elles, savait avantager la taille, et faire sur les coutures ce qu’elles nommaient des nervures.
Les nuances, aujourd’hui, ne sont peut-être pas aussi tranchées ; mais cependant, si un voleur en renom adopte un costume, tous les autres cherchent à l’imiter.
Je me suis un peu éloigné des Cambriolleurs, auxquels je me hâte de revenir ; ces messieurs, avant de tenter une entreprise, savent prendre toutes les précautions propres à en assurer le succès ; ils connaissent les habitudes de la personne qui habite l’appartement qu’ils veulent dévaliser ; ils savent quand elle sera absente, et si chez elle il y a du butin à faire.
Le meilleur moyen à employer pour mettre les Cambriolleurs dans impossibilité de nuire, est de toujours tenir la clé de son appartement dans un lieu sûr ; ne la laissez jamais à votre porte, ne l’accrochez nulle part, ne la prêtez à personne, même pour arrêter un saignement de nez ; si vous sortez, et que vous ne vouliez pas la porter sur vous, cachez-la le mieux qu’il vous sera possible. Cachez aussi vos objets les plus précieux ; cela fait, laissez à vos meubles toutes vos autres clés : vous épargnerez aux voleurs la peine d’une effraction qui ne les arrêterait pas, et à vous le soin de faire réparer le dégât que sans cela ils ne manqueraient pas de commettre.
es plus dangereux Cambriolleurs sont, sans contredit, les Nourrisseurs ; on les nomme ainsi parce qu’ils nourrissent des affaires. Nourrir une affaire, c’est l’avoir toujours en perspective, en attendant le moment le plus propice pour l’exécution ; les Nourrisseurs, qui n’agissent que lorsqu’ils ont la certitude de ne point faire coup fourré, sont ordinairement de vieux routiers qui connaissent plus d’un tour ; ils savent se ménager des intelligences où ils veulent voler ; au besoin même, l’un d’eux vient s’y loger, et attend, pour commettre le vol, qu’il ait acquis dans le quartier qu’il habite une considération qui ne permette pas aux soupçons de s’arrêter sur lui. Ce dernier n’exécute presque jamais, il se borne seulement à fournir aux exécutans tous les indices qui peuvent leur être nécessaires. Souvent même il a la précaution de se mettre en évidence lors de l’exécution, afin que sa présence puisse, en temps opportun, servir à établir un alibi incontestable.
Ce sont ordinairement de vieux voleurs qui travaillent de cette manière ; parmi eux on cite le nommé Godé, dit Marquis, dit Capdeville ; après s’être évadé du bagne, il y a plus de quarante ans, il vint s’établir aux environs de Paris, où il commit deux vols très-considérables, l’un à Saint-Germain en Laye, l’autre à Belleville ; cet individu est aujourd’hui au bagne de Brest, où il subit une condamnation à perpétuité.
Les vols de chambre sont ordinairement commis les dimanches et jours de fête.

Cerf-Volant (le)

Rigaud, 1881 : Vol pratiqué sur les petites filles, un genre de vol bien ancien et toujours nouveau.

Boulevard Picpus, une femme restée inconnue a abordé une petite fille de quatre ans, qui jouait devant la maison de ses parents, lui a donné dix centimes et lui a décroché ses boucles d’oreilles d’une valeur de quinze francs.

(Petit Journal du 14 août 1877)

La virtuose de ce genre de vol se nomme la cerf-volant, parce qu’après le vol, elle file avec la vitesse du cerf.

Chevalier du crochet

Delvau, 1866 : s. m. Chiffonnier.

France, 1907 : Chiffonnier.

Chic

Larchey, 1865 : Élégance.

Vous serez ficelé dans le chic.

(Montépin)

L’officier qui a du chic est celui qui serre son ceinturon de manière à ressembler à une gourde.

(Noriac)

À l’École de Saint-Cyr, sous le premier Empire, chic était déjà synonyme d’Élégance militaire. Une esquisse qui a du chic a un bon cachet artistique.

Il lui révéla le sens intime de l’argot en usage cette semaine-là, il lui dit ce que c’était que chic, galbe.

(Th. Gautier, 1838)

Une tête faite de chic, tout au contraire, n’a rien de sérieusement étudié. ici, chic est à l’art ce que ponsif est à la littérature.

C’étaient là de fameux peintres. comme ils soignaient la ligne et les contours ! comme ils calculaient les proportions ! ils ne faisaient rien de chic ou d’après le mannequin.

(La Bédollière)

Chic, quelquefois, veut dire mauvais genre, genre trop accusé.

C’était ce chic que le tripol colle à l’épiderme des gens et qui résiste à toute lessive comme le masque des ramoneurs.

(P. Féval)

Chic est, on le voit, un mot d’acceptions fort diverses et fort répandues dans toutes les classes. — Vient du vieux mot Chic : finesse, subtilité. V. Roquefort. — C’est donc, mot à mot, le fin du fin en tout genre, et les exemples les plus anciens confirment cette étymologie, car ils prennent tous chic en ce sens.

Delvau, 1866 : s. m. Goût, façon pittoresque de s’habiller ou d’arranger les choses, — dans l’argot des petites dames et des gandins. Avoir du chic. Être arrangé avec une originalité de bon — ou de mauvais — goût. Avoir le chic. Posséder une habileté particulière pour faire une chose.

Delvau, 1866 : s. m. Habileté de main, ou plutôt de patte, — dans l’argot des artistes, qui ont emprunté ce mot au XVIIe siècle. Faire de chic. Dessiner ou peindre sans modèle, d’imagination, de souvenir.

La Rue, 1894 : Distinction, élégance, cachet. Facilité banale ou bon goût en art. Signifie aussi mauvais genre en art.

Virmaître, 1894 : Il a du chic, il est bien.
C’est une femme chic, un beau porte-manteau, sa toilette est bien accrochée. L’origine de cette expression n’est pas éloignée. Un ministre de l’Empire, habitué des coulisses de l’Opéra, envoya deux danseuses du corps de ballet souper à ses frais chez le restaurateur Maire. Très modestes, elles ne dépensèrent à elles deux que quinze francs. Quand le ministre demanda la note, il lit la moue. Le soir même il leur en lit le reproche et leur dit : Vous manquez de chic, pas de chic. Quelques jours plus tard il renvoya deux autres danseuses souper au même restaurant. Elles dépensèrent cinq cents francs. Quand il paya il lit une grimace sérieuse : Trop de chic, trop de chic, fit-il. Le mot fit fortune dans les coulisses et est resté (Argot des filles).

Chiendent

d’Hautel, 1808 : Voilà le chiendent. Pour, voilà le point le plus difficile ou le plus important de l’affaire.

Delvau, 1866 : s. m. Difficulté, obstacle, anicroche, — dans l’argot du peuple, qui sait avec quelle facilité le hunds-grass pousse dans le champ de la félicité humaine. Voilà le chiendent. Voilà le hic.

La Rue, 1894 : Difficulté.

Cloche-pied

d’Hautel, 1808 : On dit vulgairement et par corruption à croche pied.

Clou

d’Hautel, 1808 : Gras comme un cent de clou. Phrase hyperbolique, pour dire maigre, étique, décharné.
Cela ne tient ni à fer ni à clou. Pour est dans un très-mauvais état ; se dit aussi d’un ornement d’une chose mobile qu’on peut emporter en changeant de logis.
Un clou chasse l’autre. Voy. Chasser.
River le clou à quelqu’un. C’est répondre d’une manière fermé et sèche à des paroles choquantes.
Compter les clous d’une porte. Se dit figurément, pour s’ennuyer d’attendre à une porte y planter le piquet.
On dit d’une chose en très bon état, qu’il n’y manque pas un clou.
Je n’en donnerois pas un clou à soufflet.
Se dit d’une chose pour laquelle on n’a aucune estime.
On dit d’un écervelé, d’un homme extravagant, qu’il faut un clou à son armet.

Delvau, 1864 : Le membre viril, avec lequel on fixe la femme sur le dos.

Larchey, 1865 : Mont-de-Piété. — Mot à mot : prison d’objets engagés.

Il avait mis le linge en gage ; on ne disait pas encore au clou.

(Luchet)

Larchey, 1865 : Prison. On ne peut pas en bouger plus que si on y était cloué.

Je vous colle au clou pour vingt-quatre heures.

(Noriac)

Delvau, 1866 : s. m. La salle de police, — dans l’argot des soldats, qui s’y font souvent accrocher par l’adjudant. Coller au clou. Mettre un soldat à la salle de police.

Delvau, 1866 : s. m. Le mont-de-piété, — où l’on va souvent accrocher ses habits ou ses bijoux quand on a un besoin immédiat d’argent. Coller au clou. Engager sa montre ou ses vêtements cher un commissionnaire au mont-de-piété. Grand clou. Le Mont-de-piété de la rue des Blancs-Manteaux, dont tous les autres monts-de-piété ne sont que des succursales.

Delvau, 1866 : s. m. Prison, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Baïonnette, — dans le jargon des soldats.

Rigaud, 1881 : Mont-de-Piété. — Mot emprunté par le peuple au jargon du régiment où clou signifie prison. Le Mont-de-Piété est la prison aux hardes. — Hospice des Enfants-Trouvés.

Rigaud, 1881 : Objet détérioré ou de peu de valeur, — dans le jargon des marchands de bric-à-brac. Pousser des clous, mettre des enchères sur des objets sans valeur.

Rigaud, 1881 : Ouvrier qui travaille mal.

Rigaud, 1881 : Prison, — dans le jargon des troupiers.

Vous y êtes pour deux jours de clou.

(Randon, Croquis militaires)

Rigaud, 1881 : Scène à effet, scène capitale, scène où les auteurs comptent accrocher le succès, — dans le jargon du théâtre.

Je lui ai donné la réplique et nous avons répété sa grande scène du deux !… c’est le clou de la pièce.

(Figaro du 6 juillet 1878)

Merlin, 1888 : Salle de police, prison. — Coller au clou, mettre en prison.

La Rue, 1894 : Prison. Mont-de-piété. Mauvais ouvrier. Mauvais outil. Baïonnette. Objet détérioré. Scène à effet au théâtre.

Virmaître, 1894 : Le mont-de-piété. On va, les jours de dèche, y accrocher ses habits. On dit aussi : aller chez ma tante, mon oncle en aura soin. On dit également : au plan (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Un individu bon à rien est un clou. Une mauvaise montre est un clou.

France, 1907 : Baïonnette.

France, 1907 : Mauvais outil, mauvais ouvrier. « Cela ne vaut pas un clou. » « Tu n’es qu’un clou, un rien qui vaille. »

France, 1907 : Mont-de-piété.

France, 1907 : Partie saillante d’une pièce, d’un livre, d’une représentation.

Un jeune auteur dramatique explique à un de ses amis le scenario d’une comédie future :
— Ce n’est pas mauvais, dit l’ami, mais pourquoi as-tu fait dérouler l’action dans un mont-de-piété ?
— Mais, mon cher, tout bonnement parce que le mont-de-piété sera le clou de ma pièce.

Aujourd’hui, au théâtre, il y a souvent plus de clous que de « charpente ». Le contraire nous semblerait préférable.

(Dr Grégoire, Turlutaines)

M. Hector Pessard vient de publier la première série de ses petits papiers dans la Revue bleue. Le clou de cette intéressante communication est l’histoire de la fondation du Courrier de Paris par M. Clément Duvernois. Le rôle joué par cette feuille éphémère et les rédacteurs qui y ont été attachés, ainsi que le talent de l’auteur, expliquent l’accueil fait à ce récit.

(Gil Blas)

Le livre est un petit bijou,
J’ai note des pages exquises,
Dont une un véritable clou.

(Jacques Redelsperger)

France, 1907 : Prison : on y est, en effet, cloué.

Nos chefs sont remplis d’malice ;
Pour un’ faute, un rien du tout,
V’lan ! à la sall de police !
— Y en a qui nomment ça le Clou ! —

Dès qu’il s’agit d’une corvée,
Vite, dans la cour mal pavée,
On fait appeler à l’instant
Le caporal et le sergent.
Et souvent, comme récompense
(Ça se voit plus qu’on ne le pense),
On flanque au clou, si ça va mal,
Le sergent et le caporal.

(Chanson de caserne)

Clouer

d’Hautel, 1808 : Il est sage comme une image clouée à la porte d’un savetier. Phrase badine et populaire, qui se dit d’un enfant qui, contre son ordinaire, est doux et tranquille.
On dit aussi d’un homme qui ne démarre pas d’un lieu, qu’Il y est cloué depuis le matin jusqu’au soir.

Larchey, 1865 : De clou dérivent accrocher, clouer, déclouer et surclouer. (Regager, dégager et renouveler au Mont-de-Piété)

Jeune insensé, oublies-tu que nous avons passé le 20 du mois, et qu’à cette époque les habits de ces messieurs sont cloués et surcloués.

(Murger)

France, 1907 : Mettre en gage, emprisonner.

Conasse

Rigaud, 1881 : Femme stupide. — Les filles de maison appliquent cette épithète aux femmes honnêtes aussi bien qu’aux filles insoumises qui, d’après ces cloîtrées de la prostitution, ne comprennent pas mieux leurs intérêts les unes que les autres. Pour elles, hors de la maison, pas de salut, pas d’esprit de conduite.

Devant les étrangers et surtout devant des jeunes gens ou des hommes à conversation libre et plaisante, elles (les filles publiques) vantent leur savoir-faire, elles reprochent à leurs camarades leur impéritie, et leur donnent ains ; le nom de conasse, expression par laquelle elles désignent ordinairement une femme honnête.

(Parent-Duchatelet, De la Prostitution)

Virmaître, 1894 : Fille peu au courant du métier, qui raccroche à n’importe quel prix (Argot des souteneurs).

Rossignol, 1901 : Prostituée ainsi nommée par les autres filles, parce qu’elle n’est pas inscrite à la police sur les registres de la prostitution.

Conasse ou connasse

France, 1907 : Parties sexuelles de la femme lorsqu’elles sont flétries par les années ou les abus. Nom donné aux filles publiques. « Fille peu au courant du métier, qui raccroche pour les plus bas prix. » (Ch. Virmaître)

Consigne

d’Hautel, 1808 : Donner une consigne à quelqu’un. Lui donner un ordre qui doit être exécuté strictement. Ce mot, exclusivement consacré à l’art militaire, est de mauvais goût dans la conversation.

Rigaud, 1881 : Tringle de fer qui sert à attiser le feu d’un poêle ; tisonnier, — dans le jargon des troupiers.

France, 1907 : Tisonnier. « Ainsi nommé parce qu’il est terminé par un crochet (on dit accrocher pour consigner). » (Lorédan Larchey)

Corvée

France, 1907 : Travail professionnel. Aller à la corvée, raccrocher les hommes. Faire passer une fille à la corvée, la traiter de gré ou de force en prostituée.

Côtier

Fustier, 1889 : Cheval de renfort. Homme qui le conduit.

Plus curieux encore sont les côtiers, c’est-à-dire les chevaux de renfort pour les montées.

(Estafette, 1882)

France, 1907 : Cheval de renfort qui aide les chevaux d’omnibus ou de camion à monter les côtes. L’homme qui le conduit est également appelé côtier.

Psit !… viens ici, viens que j’t’accroche,
V’là l’ommibus, faut démarrer !
Ruhau !… r’cul’ donc, hé ! têt’ de boche !
Tu vas p’têt’ pas t’foute à tirer
Au cul ? T’en as assez d’la côte ?
T’as déjà soupé du métier ?
Mais tu peux pus en faire un autre,
Te v’là comm’ moi, te v’là côtier.

(Aristide Bruant)

Coup

d’Hautel, 1808 : Se battre à coup de savatte. C’est-à dire, à coups de pieds, comme le font les crocheteurs et les porteurs d’eau.
Faire les cent coups. Donner dans de grands écarts, faire des fredaines impardonnables, se porter à toutes sortes d’extravagances, mener une vie crapuleuse et débauchée ; blesser, en un mot, les règles de la pudeur, de la bienséance et de l’honnêteté.
Il a été le plus fort, il a porté les coups. Se dit en plaisantant de quelqu’un qui, n’ayant pas été le plus fort dans une batterie, a supporté tous les coups.
On dit plaisamment d’un homme économe dans les petites choses et dépensier dans les grandes, qu’Il fait d’une allumette deux coups, et d’une bouteille un coup.
Il ne faut qu’un coup pour tuer un loup.
Signifie qu’il ne faut qu’un coup de hasard pour abattre l’homme le plus puissant et le plus favorisé de la fortune.
Faire un mauvais coup. Commettre quelque méchante action, quelqu’action criminelle.
Un coup de maître. Affaire conduite avec adresse, habileté.
Faire d’une pierre deux coups. Faire deux affaires en en traitant une.
Faire un mauvais coup. Ne pas réussir ou échouer dans une entreprise.
Un coup de Jarnac. Coup détourné et perfide qui se dirige contre une personne à qui l’on veut du mal.
Caire un coup de sa tête. Pour dire un coup décisif ; ne prendre conseil que de sa propre volonté.
Coup de main. On appelle ainsi un travail de peu de durée, comme lorsqu’on se fait aider par des étrangers dans un moment de presse.
Un coup de désespoir. Action causée par le chagrin, la douleur, la peine.
Avoir un coup de hache. Pour, être timbré ; avoir la tête exaltée.
Les plus grands coups sont portés. Pour dire, le plus fort est fait, le plus grand danger est passé.
Il n’y a qu’un coup de pied jusque-là. Pour dire qu’il n’y a pas loin. On se sert aussi de cette locution ironiquement, et pour se plaindre de l’éloignement d’un lieu où l’on a affaire.
Se donner un coup de peigne. Au propre, se coiffer, se retapper. Au figuré, se battre, se prendre aux cheveux.
C’est un coup d’épée dans l’eau. Pour, c’est un effort infructueux, un travail inutile.
Frapper les grands coups dans une affaire. Mettre tout en œuvre pour la faire réussir.
Discret comme un coup de canon. Homme étourdi et indiscret qui ne peut rien garder de ce qu’on lui confie.
Il fait ses coups à la sourdine. Se dit d’un fourbe, d’un hypocrite, d’un homme dont les actions sont traitres et cachées.

Delvau, 1864 : L’acte vénérien, qui est, en effet, un choc — agréable pour celle qui le reçoit comme pour celui qui le donne.

L’autre jour un amant disait
À sa maîtresse à basse voix,
Que chaque coup qu’il lui faisait
Lui coûtait deux écus ou trois.

(Cl. Marot)

Tu voudrais avoir pour un coup
Dix écus ; Jeanne, c’est beaucoup.

(Et. Tabourot)

Pour l’avoir fait deux coups en moins de demi-heure,
C’est assez travailler pour un homme de cour.

(Cabinet satyrique)

Il faut toujours se faire payer avant le coup.

(Tabarin)

L’homme philosophal que cherche, sans le trouver, la femme, est celui qui ferait réellement les cent coups.

(J. Le Vallois)

Rigaud, 1881 : Manœuvre faite dans le but de tromper. On dit : il m’a fait le coup, il m’a trompé ; c’est le coup du suicide, c’est un faux suicide annoncé pour attendrir la dupe. (L. Larchey)

La Rue, 1894 : Vol. Manœuvre dans le but de tromper. Ne pas en f…iche un coup, ne pas travailler.

Virmaître, 1894 : Procédé secret et particulier (Argot des voleurs).

Coup de chasses

Virmaître, 1894 : Coup d’œil. Système employé par certaines filles pour raccrocher les passants.
— Tu ne marches pas, as-tu vu ce coup de chasses ? (Argot du peuple).

Courtaud de boutanche

Delvau, 1866 : s. m. Commis de magasin, — dans l’argot des voleurs.

Virmaître, 1894 : Lourdaud de boutique. Synonyme de calicot (Argot des voleurs).

France, 1907 : Marchand ou commis marchand, dans l’argot des voleurs, qui n’ont fait que conserver le terme injurieux appliqué jadis par les nobles et les hauts bourgeois à tous les gens de commerce.
Tous les nobles autrefois portaient la robe longue ; les gens du peuple, seuls, avaient une jaquette qui ne descendait pas au-dessous du genou et les seigneurs les désignaient souvent sous le nom de courtaud.

Il n’est crocheteur, ni courtaud de boutique
Qui n’estime à vertu l’art où sa main s’applique.

(Mathurin Regnier, dans ses Satires)

Crampon

Larchey, 1865 : Fâcheux dont on ne peut se débarrasser.

Delvau, 1866 : s. m. Homme ennuyeux qui ne lâche pas sa victime et qu’on tuerait sur place, — si le Code ne punissait pas le meurtre, même dans le cas de légitime défense.

Rigaud, 1881 : Maîtresse trop fidèle, amant trop assidu, qui se cramponne à votre existence, et dont vous ne pouvez vous débarrasser. Par extension tout individu tenace.

Virmaître, 1894 : Femme ou maîtresse qui ne vous lâche pas et dont rien ne peut vous débarrasser pas même la mort — quand on en rêve (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Individu tenace de qui on ne peut se débarrasser.

France, 1907 : Maîtresse ; la femme que l’amour ou l’intérêt accroche à un mâle et qui ne lâche pas sa proie.

— Ma foi, je n’ai pu quitter mon crampon plus tôt ! Jonas avait encore une scène de jalousie à me faire.

(Édouard Ducret, Paris-Canaille)

Nous savons que le sexe tenace (vulgo : crampon) se défend mieux, dans la vie, que le sexe fort.

(Maxime Boucheron)

France, 1907 : Raseur, homme ennuyeux, dont on ne peut se défaire aisément, d’où le verbe cramponner, ennuyer, obséder.

Croche

Rigaud, 1881 : Main. Apocope de « accroche. » Les mains du voleur accrochent tout ce qu’elles peuvent.

Croché

France, 1907 : Attraper, saisir ; abréviation de crocheter.

Si le matelot est en bordée (c’est-à-dire hors de son bord sans autorisation), l’hôtesse sort pour explorer les lieux, elle guette le gendarme, prévient à temps et a toujours quelque moyen tout prêt de cacher ou de faire évader son protégé : une échelle est jetée d’une fenêtre à une autre, et le matelot s’esquive dans la maison en face, tandis que le gendarme visite le domicile. Tout le quartier s’intéresse à la ruse ; mais, si le délinquant est croché, un dernier verre de cognac lui sera offert par sa logeuse elle-même avant que son escorte l’emmène.

(G. de La Landelle, Les Gens de mer)

Crocher

Halbert, 1849 / France, 1907 : Sonner.

France, 1907 : Syncope de crocheter. Crocher une serrure.

Crocher (se)

Larchey, 1865 : « Je grille de vous voir crocher avec le Maître-d’École, lui qui m’a toujours rincé. » — E. Sue. — V. S’accrocher.

Delvau, 1866 : v. réfl. Se battre à coups de poing et de pied, comme les crocheteurs, — dans l’argot des bourgeois.

France, 1907 : Se battre.

Crocher une porte

Delvau, 1866 : v. a. La crocheter, — dans l’argot du peuple.

Crocher, crosser

Rigaud, 1881 : Sonner. — Faire crosser sa braise, faire sonner son argent. — Se crocher, se battre, pour se crocheter.

Crochet

d’Hautel, 1808 : Une lingère au petit crochet. Nom que l’on donne par raillerie aux femmes qui ramassent les chiffons de côté et d’autre, avec un petit crochet enté au bout d’un bâton.
Être aux crochets de quelqu’un. Vivre à ses dépens ; n’exister que de ses bienfaits.
Aller aux mûres sans crochet. Entreprendre quelque chose sans avoir ce qui est nécessaire à son exécution.

Crocheteur

d’Hautel, 1808 : C’est un vrai crocheteur. Épithète injurieuse ; homme grossier, brutal, et sans éducation.

Crochets

France, 1907 : Dents. Se rincer les crochets, boire ; se faire rincer des crochets, se faire paver à boire.

Crochets (vivre aux)

France, 1907 : Vivre aux dépens de quelqu’un, se faire héberger, entretenir.
On dit aussi vivre aux coches de quelqu’un, par allusion aux coches que faisaient autrefois les boulangers sur un petit bâton et qui servaient à compter les pains fournis.

— Oui ! eh bien, Mlle Ancelin, qui n’est pas une jeunesse, comme vous avez pu le constater, qui approche de la quarantaine, si elle ne l’a pas franchie, passe pour vivre aux crochets d’un amant.

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

Crochette

France, 1907 : Clé. C’est avec une clé que l’on crochète une porte.

Crochettes

Virmaître, 1894 : Clés (Argot des voleurs). V. Carouble.

Cueillir le persil

France, 1907 : Se promener dans les rues pour raccrocher les hommes. On dit aussi : aller au persil ou persiller.

Les pauvres filles sont obligées, pour ne pas mourir de faim, de cueillir le persil.

Cul de plomb

Delvau, 1866 : s. m. Bureaucrate, — dans l’argot des bourgeois.

Delvau, 1866 : s. m. Employé sans capacité ou sans ambition, destiné à mourir simple expéditionnaire, — dans l’argot des bureaucrates, qui se rêvent tous le titre de chef de division comme bâton de maréchal.

Rigaud, 1881 : Bureaucrate sans activité, sans intelligence. — Couturière.

Virmaître, 1894 : Employé rivé à son fauteuil d’un bout de l’année à l’autre (Argot du peuple).

France, 1907 : Homme lourd et lent ; employé de bureau. Raccrocheuse qui attend les clients au café.

Cupidon

Vidocq, 1837 : s. m. — Chiffonnier.

Larchey, 1865 : Chiffonnier (Vidocq). — Comparaison ironique du carquois et du trait de l’Amour à la hotte et au crochet du chiffonnier.

Delvau, 1866 : s. m. Chiffonnier, — dans l’argot des faubouriens, qui font allusion à son carquois d’osier. On dit mieux : Vieux Cupidon.

France, 1907 : Chiffonnier. Argot des voleurs, qui comparent sa hotte et son crochet au carquois et à la flèche de l’enfant de Vénus.

Débrider

d’Hautel, 1808 : Faire quelque chose sans débrider. Sans interruption, tout d’un seul trait.

Ansiaume, 1821 : Ouvrir.

D’un seul coup le dauphin a débridé la lourde.

anon., 1827 : Ouvrir.

Vidocq, 1837 : v. a. — Ouvrir.

Clémens, 1840 / M.D., 1844 : Ouvrir.

un détenu, 1846 : Ouvrir. Débrider une carrouble ; ouvrir une porte.

Larchey, 1865 : Ouvrir (Vidocq).Débrider les chasses : Ouvrir l’œil. V. Temps. — Débridoir : Clef.

Delvau, 1866 : v. n. Manger avec appétit, — dans l’argot du peuple, qui assimile l’homme an cheval.

Delvau, 1866 : v. n. Ouvrir, — dans l’argot des voleurs.

Rigaud, 1881 : Crocheter une serrure, ouvrir. — Débrider la margoulette, manger. — Débrider les chasses, ouvrir l’œil, faire attention.

Fustier, 1889 : Autoriser, permettre. Argot des forains. (V. supra, Brider.)

La Rue, 1894 : Ouvrir Manger. Crocheter une serrure. Autoriser.

France, 1907 : Ouvrir : terme de chirurgie. Manger, allusion au cheval que l’on débride pour le faire manger. Crocheter une serrure. Débrider la margoulette, manger. Débrider les châsses, ouvrir les yeux.

Puis dormoit sans desbrider jusques au lendemain huict heures.

(Rabelais)

Décavage

Rigaud, 1881 : Misère, ruine.

France, 1907 : État du joueur qui a perdu.

Vous connaissez le célèbre baron Rapineau. Le voici près du croupier, étalant sa face mafflue, son nez d’oiseau de proie et son ventre de silène. Une rosette raccrochée dans de véreuses affaires s’épanouit, insolente et énorme, sur son veston anglais. Un officier, en la voyant, met la sienne dans sa poche.
Il joue gros jeu, le maltôtier. De combien de larmes et de sueurs furent arrosés les billets volés qu’il entasse et les rouleaux d’or qu’il éventre sur le tapis ! Il perd, il gagne, il reperd. Hier, il a ramassé cent mille francs ; aujourd’hui, c’est la revanche de la banque, c’est le décavage !

(Hector France, Monaco)

Déclouer, décrocher

Rigaud, 1881 : Dégager un objet du Mont-de-Piété.

Décroche-moi ça

Rigaud, 1881 : Fripier. — Terme générique donné à toutes les friperies dont des spécimens sont accrochés au-dessus de la porte du revendeur à la toilette : chapeaux pour les deux sexes, souliers, bottines, habits, vestes, culottes et robes, autant de décroche-moi ça, de décrochez-moi ça.

Décroche-moi-ça

La Rue, 1894 : Fripier.

Décrocher

Larchey, 1865 : Faire tomber d’un coup de fusil.

Larchey, 1865 : Retirer du Mont-de-Piété. V. Clou — On dit aussi Déclouer.

Les révolutions m’ont réduite à mettre au clou les diamants de ma famille… faudra que tu me décroches ça, mon chéri.

(Lefils)

M. Auguste s’habille au décroche moi cela ce qui veut dire en français chez le fripier.

(Privat d’Anglemont)

Au Temple, un Décrochez-moi ça est un chapeau de femme d’occasion. — J’ai vu au carré du Palais-Royal (du Temple) des Décrochez-moi ça qu’on eût pu facilement accrocher au passage du Saumon.

(Mornand)

Delvau, 1866 : v. a. Dégager un objet du mont-de-piété, — dans l’argot des ouvriers.

Delvau, 1866 : v. a. Tuer d’un coup de fusil, — dans l’argot des troupiers. Ils disent aussi Descendre.

France, 1907 : Sonner, voler à la tire. Abattre d’un coup de fusil. Se dit aussi pour retirer un objet du mont-de-piété, c’est-à-dire décrocher ce qui est au clou.

Décrocher la lune avec les dents

Virmaître, 1894 : Vouloir accomplir une chose impossible. Expression employée par ironie (Argot du peuple).

Décrocher la timbale

Virmaître, 1894 : Arriver bon premier, réussir. Allusion au mât de cocagne, où le premier arrivé au sommet décroche le premier prix qui est généralement une timbale. Cette expression est populaire depuis la représentation de la pièce intitulée la Timbale (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Arriver le premier, réussir. Allusion au mât de cocagne, où le premier arrivé choisit le premier prix, qui est ordinairement une timbale d’argent.

Pour décrocher la timbale parlementaire, M. des Muffliers s’est donné un mal de chien, et il a surtout pioché les campagnes, ce qu’on appelle, en style noble, les masses profondes du suffrage universel. L’arrivée de sa charrette anglaise a effaré la volaille dans bien des rues de village. Il a pénétré, en redingote correcte et avec des gants de peau, dans des cours champêtres, où le porc familier venait flairer ses bottes vernies, et il a peloté le paysan tant qu’il a pu.

(François Coppée)

Décrocher les tableaux

Rigaud, 1881 : Pratiquer des fouilles dans l’édifice nasal.

Décrocher ses cymbales

Rigaud, 1881 : Mourir dans l’exercice des fonctions notariales, — dans le jargon des ouvriers. Les clercs de notaires et les clercs d’huissiers disent, dans une langue plus relevée, pour exprimer la même idée : Décrocher ses panonceaux.

Décrocher ses tableaux

Delvau, 1866 : v. a. Opérer des fouilles dans ses propres narines et en extraire les mucosités sèches qui peuvent s’y trouver. Argot des rapins.

La Rue, 1894 : Mettre les doigts dans son nez.

Virmaître, 1894 : Individu qui sans cesse se fourre les doigts dans le nez pour en retirer les ordures.
— Tu reçois donc du monde que tu décroches tes tableaux ? (Argot du peuple).

Rossignol, 1901 : Se mettre un doigt dans le nez.

France, 1907 : Allusion aux gens qui ont la vilaine habitude de se fourrer les doigts dans le nez.

Deux rapins causent ensemble. L’un d’eux se fourre désespérément les doigts dans le nez.
— Voyons, fait l’autre, est pas le moment de décrocher les tableaux, à la veille de l’ouverture du Salon.

Décrocher un enfant

Delvau, 1866 : v. a. Faire avorter une femme, — dans l’argot du peuple. Se faire décrocher. Employer des médicaments abortifs.

France, 1907 : Faire avorter.

Décrocher un lardon

Virmaître, 1894 : Faire avorter une femme. Les spécialistes qui se livrent à ce genre de travail se nomment des faiseuses d’anges (Argot du peuple). N.

Décrochez-moi ça

Delvau, 1866 : s. m. Boutique de fripier, — dans l’argot du peuple. Acheter une chose au décrochez-moi ça. L’acheter d’occasion, au Temple ou chez les revendeurs.

Delvau, 1866 : s. m. Chapeau de femme, — dans l’argot des revendeuses du Temple.

Virmaître, 1894 : Vêtements fripés que vendent les marchandes à la toilette. Comme les vêtements sont accrochés et étiquetés, inutile de marchander ; on n’a qu’à dire à la vendeuse : Décrochez-moi ça. Toute personne mal habillée sent le décrochez-moi ça (Argot du peuple).

Hayard, 1907 : Le carreau du Temple.

France, 1907 : Boutique de fripier ou patron de ladite boutique.

De ces anciens bohèmes qui, parlant une langue étrange, menant une vie décousue, s’habillant au décrochez-moi ça, pour aller dans le monde, et avaient de l’esprit chaque jour de la semaine, et même le dimanche, bien peu subsistent encore ; et si parfois on les rencontre, ce ne sont plus que les ombres blanchies d’un passé condamné aux mânes.

(Écho de Paris)

Démarrer

d’Hautel, 1808 : Changer continuellement de place ; être pétulant, vif et léger.
On dit d’un homme très-attaché, très-constant dans ses habitudes, qu’Il ne démarre pas d’un lieu.

Delvau, 1866 : v. n. S’en aller ; quitter une place pour une autre, — dans l’argot du peuple, qui a emprunté ce mot au vocabulaire des marins.

Rigaud, 1881 : Quitter un lieu après une longue station. Les soûlots démarrent péniblement de chez le mastroc, les ivrognes s’en vont avec peine de chez le marchand de vin.

France, 1907 : Partir ; terme venu des gens de mer. Quand on part, on lève l’amarre.

Psit !… viens ici, viens que j’t’accroche,
V’là l’omnibus, faut démarrer !
Rubau !… r’cul’ donc, hé ! têt’ de boche !Tu vas p’têt’ pas t’foute à tirer
Au cul ! T’en a assez d’la côte ?
T’as déjà soupé du métier ?
Mais tu peux pus en faire un aute,
Te v’là comm’ moi, te v’là côtier.

(Aristide Bruant)

Demoiselle des tuileries

Delvau, 1864 : Vieille fille en quête d’un mari.

La demoiselle des Tuileries appartient aux Tuileries à titre de meuble, comme la statue de Méléagre ou comme celle de Spartacus. — Elle avoue vingt-cinq ans et en a trente bien sonnés. Elle est arrivée à cette époque fatale de la vie ou l’on dit : Voilà une femme qui a dû être fort bien. De trente à trente-cinq ans, elle dissimule la tristesse qui la gagne, elle s’efforce de sourire. Quand elle voit passer à sa portée un bel enfant avec des cheveux blonds, elle l’attire a elle, l’embrasse tendrement et pousse un profond soupir qui veut dire : J’aurais été si bonne mère ! — Les trente-cinq ans arrivent : oh ! alors, c’est l’énergie du désespoir, c’est la rage, une fureur. La demoiselle des Tuileries s’accroche à tout ; elle est prête à tout ; elle épousera, si on le veut, avec un égal empressement, un jeune homme de dix-huit ans qui veut s’émanciper, ou un vieillard qui cherche une garde-malade… — À quarante ans, le rôle de la demoiselle des Tuileries est fini ; elle prend le mariage en horreur, elle est vieille fille et restera vieille fille…

(E. Glorieux)

Dessalée

Delvau, 1866 : s. f. Fille ou femme de mauvaise vie, — dans le même argot [du peuple]. Cette expression, qui a plus d’un siècle, signifie aussi femme rusée, roublarde.

Rigaud, 1881 : Femme rusée, coquine délurée, femme sans moralité ni tenue. La dessalée était la gourgandine de nos pères. Ce n’était primitivement qu’une épithète accrochée au vocable « morue. » On disait sous Louis XV « morue dessalée » pour donner plus de force à l’injure. Aujourd’hui tout est si cher, même les mots du bas langage, que d’mie injure on en a fait deux, et voilà pourquoi l’on dit « morue » pour désigner une femme sale, repoussante, et pourquoi « dessalée » dans le sens de fille de joie.

Vous paraissez toutes deux assez dessalées.

(Les Souffleurs)

La Rue, 1894 : Femme rusée ou sans moralité ni tenue.

France, 1907 : Femme de mœurs légères.

Donner du mal (se)

Delvau, 1864 : Dans l’argot des filles publiques, c’est raccrocher fréquemment sur le trottoir, c’est monter souvent avec de nouveaux michés.

Mais, va, c’est égal,
Je m’ donnerai du mal,
Je veux c’ soir, bravant Saint-Lazare.
Labourer l’ persil.

(Dumoulin)

Échalas d’omnicroche

France, 1907 : Cocher d’omnibus.

Écornage ou écorne (vol à l’)

France, 1907 : Vol qui consiste à couper un fragment de vitre à la devanture d’une boutique et à tirer à soi les marchandises étalées au moyen d’un crochet.

Empaumer

d’Hautel, 1808 : Enjôler, emboiser, amadouer quelqu’un ; se rendre maître absolu de son esprit ; abuser subtilement de sa bonne foi.
Empaumer une affaire. En saisir tous les détails avec adresse et habileté.
Empaumer la parole. S’en emparer d’autorité.

Delvau, 1866 : v. a. Circonvenir ; tromper, — dans l’argot du peuple, qui a eu l’honneur de prêter ce verbe à Corneille.

France, 1907 : Tromper.

— Tu vas te mettre un chapeau… Ta robe est très bien, t’as l’air d’une petite ouvrière endimanchée, c’est tout ce qu’il faut et tu feras le boulevard Beaumarchais, depuis la place jusqu’au Cirque d’Hiver, côté droit. Y a que celui-là de bon… Tu ne diras rien à personne. Mais t’es sûre de te faire raccrocher par un bourgeois du Marais… Plus il sera vieux, mieux ça vaudra. Aves ces gens-là, faut avoir l’air timide… Tu raconteras que tu t’es sauvée de chez toi parce que ton père te battait… que c’est la première fois que tu sors… pour une fois, tu ne mentiras pas et tu verras l’effet… Ces gens-là, ça paye toujours bien, parce que ça a peur de se faire remarquer et c’est trop bête pour être exigeant… Tu seras tout de suite à l’aise avec ces clients-là… Ne te laisse pas empaumer par un jeune, ça serait un lapin, il n’y a que des calicots par là…

(Oscar Méténier, Madame La Boule)

Emporteur

Vidocq, 1837 : s. m. — L’Emporteur, proprement dit, est le héros de la partie de billard dont nous avons ci-dessus promis les détails ; pour le truc dont nous allons parler, il faut de toute nécessité être trois : l’Emporteur, la Bête et le Bachotteur ; nous avons dit plus haut quelle était la tâche de ces deux derniers ; celle de l’Emporteur est beaucoup plus difficile, c’est lui qui doit chercher et trouver une dupe, et l’amener au lieu où elle doit être dépouillée.
Après avoir examiné si rien ne manque à son costume, qui doit être très-propre, l’Emporteur sort suivi de loin par ses deux acolytes, qui ne le perdent pas de vue, il se promène jusqu’à ce qu’il avise un individu tel qu’il le désire, c’est-à-dire qui annonce, soit par ses manières, soit par son costume, un étranger ou un provincial, et c’est ici le lieu de faire remarquer la merveilleuse perspicacité que possèdent ces hommes, et plusieurs autres espèces de fripons dont il sera parlé plus tard, qui savent tirer de la foule le seul individu propre à être dupé, ces hommes, presque toujours dépourvus d’éducation, savent cependant saisir le plus léger diagnostic ; ils jugent un homme à la coupe de ses habits, à la couleur de son teint, à celle de ses gants, et ils le jugent bien.
Lorsque l’Emporteur a rencontré ce qu’il cherche, il s’approche, et une conversation à peu-près semblable à celle-ci ne tarde pas à s’engager : « Monsieur pourrait-il m’indiquer la rue… — Cela m’est impossible, monsieur ; je suis étranger. — Eh ! parbleu, nous sommes logés à la même enseigne ; je ne suis à Paris que d’hier matin. »
L’Emporteur n’a pas cessé de marcher près du provincial. « Vous êtes étranger, ajoute-t-il après quelques instans de silence, vous devez désirer voir tout ce que la capitale renferme de curieux. » Signe affirmatif. « Si vous le voulez, nous irons ensemble voir les appartements du roi. J’allais, lorsque je vous ai rencontré, chercher ici près des billets que doit me donner un des aides-de-camp du duc d’Orléans ; c’est une occasion dont je vous engage à profiter. »
Le provincial hésite, il ne sait ce qu’il doit penser de cet inconnu si serviable ; mais, que risque-t-il ? Il n’est pas encore midi, et les rues de Paris ne sont pas dangereuses à cette heure ; et puis les appartemens du roi Louis-Philippe doivent être bien beaux ; et puis ce n’est pas lui, le plus mâdré des habitans de Landernau ou de Quimper-Corentin, qui se laisserait attraper : il accepte ; l’Emporteur fait le St-Jean à ses deux compagnons (voir ce mot), qui prennent les devans et vont s’installer au lieu convenu.
C’est un café estaminet d’assez belle apparence, dont le propriétaire est presque toujours affranchi. L’Emporteur y arrive bientôt, suivi de son compagnon ; en entrant il a demandé à la dame de comptoir si un monsieur à moustaches, et décoré, n’était pas venu le demander ; on lui a répondu que ce monsieur était venu, mais qu’il était sorti après toutefois avoir prié de faire attendre. « Eh bien, nous attendrons, » a-t-il répondu ; et il est monté au billard après avoir demandé quelques rafraichissemens qu’il partage avec son compagnon.
Le monsieur à moustaches n’arrive pas ; pour tuer le temps on regarde jouer les deux personnes qui tiennent le billard, et qui ne sont autres que la Bête et le Bachotteur. La Bête joue mal, et à chaque partie qu’elle perd elle veut augmenter son jeu, le Bachotteur ne veut plus jouer, et offre de céder sa place au premier venu, la Bête sort pour satisfaire au besoin, alors le Bachotteur s’exprime à-peu-près en ces termes, en s’adressant à l’Emporteur : « C’est une excellente occasion de gagner un bon dîner, le spectacle, et le reste, il est riche, il est entêté comme une mule ; rendez-lui quelque points, et son affaire est faite. — Si je savais seulement tenir une queue, répond l’Emporteur, j’accepterais la poposition. » Le provincial, qui a entendu cette conversation, et qui a vu jouer la Bête, trouve charmant de ce faire régaler par un parisien ; il pourra parler de cela dans son endroit. Il joue, il perd ; son adversaire raccroche toujours ; il s’échauffe, il joue de l’argent ; les enjeux sont mis entre les mains du Bachotteur ; le provincial envoie au diable l’Emporteur, qui l’engage à modérer son jeu. Somme totale, il sort du café les poches vides, mais cependant bien persuadé qu’il est beaucoup plus fort que son adversaire, qui n’est, suivant lui, qu’un heureux raccrocheur. (Voir Floueur.)

Delvau, 1866 : s. m. Filou qui a pour spécialité de raccrocher des provinciaux sous un prétexte quelconque, et de les amener dans un estaminet borgne, où ils sont plumés par le bachotteur et la bête. (Voir à propos de ce mot, le volume de Vidocq.)

Rigaud, 1881 : Filou qui vit au détriment des magasins. Après avoir fait un achat d’importance, l’emporteur se fait accompagner par un garçon de magasin, qu’il doit payer à domicile. Une fois en route, sous un prétexte quelconque, il écarte le garçon en ayant eu la précaution de se faire remettre la marchandise. Les hôtels garnis, les passages, les maisons à deux issues, favorisent beaucoup le jeu de l’emporteur.

France, 1907 : Filou qui racole des provinciaux ou des naïfs et les amène dans quelque cabaret borgne où ils sont dévalisés par des compères.

Enfant (décrocher un, faire couler un)

Rigaud, 1881 : Déterminer un avortement, — dans le jargon du peuple.

Oui, oui, t’as décroché un enfant à la fruitière.

(É. Zola, l’Assommoir)

Escoffion

d’Hautel, 1808 : Au propre bonnet ou chapeau de femme ; au figuré, horion, mauvais coup.
Il a reçu son escoffion. Pour il a reçu une volée de coups de bâton

France, 1907 : Foulard dont les paysannes et les filles de fabrique du département du Nord se serrent la tête ; on dit aussi marmotte.

Il avait à peine fait quelques pas qu’il se rencontrait avec une fille de dix-sept à dix-huit ans, brune, des accroche-cœur dépassant le petit escoffion de cotonnette qui lui coupait le front.

(Camille Lemonnier, Happe-Chair)

Espatrouiller

France, 1907 : Étonner, surprendre.

Ça semble espatrouillant, y a pourtant rien de bien malin : tout le monde sait qu’en vue des anicroches il suffit de poser des pétards pour que le train s’arrête…

(Almanach du Père Peinard, 1894)

Étrenner

Delvau, 1864 : Faire un miché ; raccrocher un homme dans la rue.

Voilà mon tour de bitume arrivé… Il faut qu’on m’étrenne !

(Lemercier de Neuville)

Delvau, 1866 : v. n. Recevoir un soufflet, un coup quelconque. Argot des faubouriens.

Rigaud, 1881 : Mal commencer la journée ; recevoir une réprimande en arrivant à l’atelier, — dans le jargon des ouvriers. — Recevoir une correction, — dans le jargon des mères de famille : Si tu n’es pas sage, tu vas étrenner.

Hayard, 1907 : Recevoir des coups.

France, 1907 : Expression que les marchands emploient lorsqu’ils vendent à un premier client.

Et rôdant autour des tables
À la porte des cafés,
Elle dit des mots aimables
Aux messieurs bien attifés.
— La coquine est déjà belle !
— Ça ne peut que mal tourner !
— Bons messieurs, murmure-t-elle,
Vous devriez m’étrenner.

(Clovis Hugues, La Petite Boutiquière)

France, 1907 : Recevoir ou donner des coups.

Faguenas

France, 1907 : Mauvaise odeur telle que celle d’un crocheteur échauffé. Faquin, de l’italien facchino, se disait pour crocheteur. Le mot est vieux et se trouve dans Rabelais. Saint-Amant, dans la description du Fromage de Cantal, commence son poème par ces mots qui expriment quatre mauvaises odeurs :

Gousset, escafignon, faguenas, cambouis.

Faire

d’Hautel, 1808 : Pour tromper, duper, attraper, friponner ; filouter, voler.
Je suis fait. Pour dire attrapé, on m’a trompé.
Faire de l’eau. Pour dire uriner, pisser. Hors de ce cas, c’est un terme de marine qui signifie relâcher en quelqu’endroit pour faire provision d’eau.
Faire de nécessité vertu. Se conformer sans rien dire aux circonstances.
Faire et défaire, c’est toujours travailler. Se dit par ironie à celui qui a mal fait un ouvrage quelconque, et qu’on oblige à le recommencer.
Quand on fait ce qu’on peut, on fait ce qu’on doit. Signifie qu’il faut savoir gré à celui qui marque du zèle et de l’ardeur dans une affaire, lors même qu’elle vient à ne pas réussir.
Paris ne s’est pas fait en un jour. Signifie qu’il faut du temps à un petit établissement pour devenir considérable ; qu’il faut commencer par de petites affaires avant que d’en faire de grandes.
Allez vous faire faire. Pour allez au diable ; allez vous promener, vous m’impatientez. Ce mot couvre un jurement très-grossier.
Le bon oiseau se fait de lui-même. Signifie qu’un bon sujet fait son sort par lui-même.
Faire et dire sont deux. Signifie qu’il est différent de faire les choses en paroles et de les exécuter.
Il n’en fait qu’à sa tête. Se dit d’un homme entier, opiniâtre, qui se dirige absolument d’après sa volonté.
Qui fait le plus fait le moins. Pour dire qu’un homme qui s’adonne à faire de grandes choses, peut sans contredit exécuter les plus petites.
Faire ses orges. S’enrichir aux dépens des autres s’en donner à bride abattue.
Faire le diable à quatre. Signifie faire des siennes, faire des fredaines ; un bruit qui dégénère en tintamare.
Faire les yeux doux. Regarder avec des yeux tendres et passionnés.
Faire son paquet. S’en aller ; sortir précipitamment d’une maison où l’on étoit engagé.
Faire la vie. Mener une vie honteuse et débauchée.
Il en fait métier et marchandise. Se dit en mauvaise part, pour c’est son habitude ; il n’est pas autrement.
Faire la sauce, et plus communément donner une sauce, etc. Signifie faire de vifs reproches à quelqu’un.
Faire d’une mouche un éléphant. Exagérer un malheur ; faire un grand mystère de peu de chose.
L’occasion fait le larron. C’est-à-dire, que l’occasion suffit souvent pour égarer un honnête homme.
Ce qui est fait n’est pas à faire. Signifie que quand on peut faire une chose sur-le-champ, il ne faut pas la remettre au lendemain.
Allez vous faire paître. Pour allez vous promener.
Les première et seconde personnes du pluriel du présent de l’indicatif de ce verbe sont altérées dans le langage du peuple. À la première personne il dit, par une espèce de syncope, nous fons, au lieu de nous faisons ; et à la seconde, vous faisez, au lieu de vous faites.

Larchey, 1865 : Faire la place, commercialement parlant.

De tous les points de Paris, une fille de joie accourait faire son Palais-Royal.

(Balzac)

Je suis heureux d’avoir pris ce jour-ci pour faire la vallée de l’Oise.

(Id.)

Larchey, 1865 : Nouer une intrigue galante.

Est-ce qu’un homme qui a la main large peut prétendre à faire des femmes ?

(Ed. Lemoine)

Dans une bouche féminine, le mot faire indique de plus une arrière-pensée de lucre. C’est l’amour uni au commerce.

Et toi, ma petite, où donc as-tu volé les boutons de diamant que tu as aux oreilles ? As-tu fait un prince indien ?

(Balzac)

Tu as donc fait ton journaliste ? répondit Florine. — Non, ma chère, je l’aime, répliqua Coralie.

(id.)

Larchey, 1865 : Risquer au jeu.

Nous faisions l’absinthe au piquet à trois.

(Noriac)

Faire dans la quincaillerie, l’épicerie, la banque, etc. ; Faire des affaires dans la quincaillerie, etc.

Larchey, 1865 : Voler.

Nous sommes arrivés à faire les montres avec la plus grande facilité.

(Bertall)

Son fils qui fait le foulard à ses moments perdus.

(Commerson)

Delvau, 1866 : s. m. Façon d’écrire ou de peindre, — dans l’argot des gens de lettres et des artistes.

Delvau, 1866 : v. a. Dépecer un animal, — dans l’argot des bouchers, qui font un veau, comme les vaudevillistes un ours.

Delvau, 1866 : v. a. Visiter tel quartier commerçant, telle ville commerçante, pour y offrir des marchandises, — dans l’argot des commis voyageurs et des petits marchands.

Delvau, 1866 : v. a. Voler, et même Tuer, — dans l’argot des prisons. Faire le foulard. Voler des mouchoirs de poche. Faire des poivrots ou des gavés. Voler des gens ivres. Faire une maison entière. En assassiner tous les habitants sans exception et y voler tout ce qui s’y trouve.

Delvau, 1866 : v. n. Cacare, — dans l’argot à moitié chaste des bourgeois. Faire dans ses bas. Se conduire en enfant, ou comme un vieillard en enfance ; ne plus savoir ce qu’on fait.

Delvau, 1866 : v. n. Jouer, — dans l’argot des bohèmes. Faire son absinthe. Jouer son absinthe contre quelqu’un, afin de la boire sans la payer. On fait de même son dîner, son café, le billard, et le reste.

Delvau, 1866 : v. n. Travailler, être ceci ou cela, — dans l’argot des bourgeois. Faire dans l’épicerie. Être épicier. Faire dans la banque. Travailler chez un banquier.

Rigaud, 1881 : Dérober. — Faire le mouchoir, faire la montre. L’expression date de loin. M. Ch. Nisard l’a relevée dans Apulée.

Vous êtes de ces discrets voleurs, bons pour les filouteries domestiques, qui se glissent dans les taudis des vieilles femmes pour faire quelque méchante loque. (Scutariam facitis)

Rigaud, 1881 : Distribuer les cartes, — dans le jargon des joueurs de whist. — Jouer des consommations, soit aux cartes, soit au billard. Faire le café en vingt points, — dans le jargon des piliers de café.

Rigaud, 1881 : Exploiter, duper. — Faire faire, trahir. Il m’a fait faire, — dans le jargon des voleurs.

Rigaud, 1881 : Faire le commerce de ; être employé dans une branche quelconque du commerce. — Faire les huiles, les cafés, les cotons. Mot à mot : faire le commerce des huiles, des cotons, etc.

Rigaud, 1881 : Guillotiner, — dans le langage de l’exécuteur des hautes-œuvres.

M. Roch (le bourreau de Paris) se sert d’une expression très pittoresque pour définir son opération. Les criminels qu’il exécute, il les fait.

(Imbert.)

Rigaud, 1881 : Parcourir un quartier au point de vue de la clientèle, — dans l’argot des filles. Elles font le Boulevard, le Bois, les Champs-Élysées, comme les placières font la place.

Rigaud, 1881 : Séduire.

La puissante étreinte de la misère qui mordait au sang Valérie, le jour où, selon l’expression de Marneffe, elle avait fait Hulot.

(Balzac, La Cousine Bette)

L’artiste qui, la veille, avait voulu faire madame Marneffe.

(Idem)

Faire une femme, c’est mot à mot : faire la conquête d’une femme.

Le temps de faire deux bébés que nous ramènerons souper ; j’ai le sac.

(Jean Rousseau, Paris-Dansant)

Quand une femme dit qu’elle a fait un homme, cela veut dire qu’elle fonde des espérances pécuniaires sur celui qu’elle a séduit, qu’elle a fait une affaire avec un homme. — Les bals publics sont des lieux où les femmes vont faire des hommes, mot à mot : le commerce des hommes.

Rigaud, 1881 : Tuer, — dans le jargon des bouchers : faire un bœuf, tuer un bœuf et le dépecer.

Rigaud, 1881 : Vaincre, terrasser, — dans l’argot des lutteurs.

Il ajouta qu’en se glorifiant d’avoir fait le Crâne-des-Crânes, certains saltimbanques en avaient menti.

(Cladel, Ompdrailles, Le Tombeau des lutteurs.)

Fustier, 1889 : Arrêter. Argot des voleurs. Être fait, être arrêté.

Le lendemain matin, il questionne la Lie-de-Vin… puis il part. Dans l’après-midi il était fait.

(Gil Blas, juin, 1886.)

La Rue, 1894 : Exploiter, duper. Arrêter. Jouer. Trahir. Séduire : faire une femme, faire un homme. Raccrocher. Dérober. Tuer. Vaincre, terrasser. Guillotiner.

Virmaître, 1894 : Les bouchers font un animal à l’abattoir. Faire : tuer, voler. Faire quelqu’un : le lever. Faire : synonyme de fabriquer (Argot du peuple et des voleurs).

France, 1907 : Exploiter.

Elles faisaient les bains de mer et les villes d’eaux, émigrant suivant la saison, comme les bohémiens, comme les hirondelles, des falaises grises de la Manche qu’un gazon plat encapuchonne aux côtes méditerranéennes où la blancheur luit dans l’azur.

(Paul Arène)

France, 1907 : Voler.

Deux filous causent de la future Exposition :
— C’est une bonne affaire pour nous… Ça fournit des occupations…
— Qu’est-ce que tu y faisais en 1869 ?
— Les montres.

(Le Journal)

Il lançait de vastes affaires sur le marché, comme la Caisse d’Algérie, et il ne dédaignait pas de vulgaires filouteries. Ses opérations se trouvèrent ainsi embrasser tous les cercles de la vie de Paris. Il ne dédaignait aucun coup à tenter. Il faisait le million aux riches gogos et le porte-monnaie aux passants.

(Edmond Lepelletier)

Un monsieur, très pressé, court dans la rue.
Un quidam le rejoint, lui frappe sur l’épaule et lui demande impérieusement :
— Où allez-vous ?
— Qu’est-ce que ça peut vous faire ? répond le monsieur furieux.
— Ça me fait beaucoup… on vient de me voler !
— Et vous m’accusez ?
— Oui.
— C’est trop fort !
— N’essayez pas de m’en imposer.
— Mais fouillez-moi, espèce de crétin !
Le quidam fouille le monsieur, et se retire en présentant de plates excuses.
Quand Le monsieur se fouille à son tour, il s’aperçoit qu’on lui a fait sa montre et son porte-monnaie.

(Gil Blas)

À la correctionnelle :
— Alors, dit familièrement le président au prévenu, vous vous vantez de faire la montre aves une remarquable dextérité ?
— Aussi bien que personne ici !
Puis il ajoute courtoisement :
— Soit dit sans vous offenser.

Faire accrocher (se)

Delvau, 1866 : Se faire mettre à la salle de police, — dans l’argot des soldats.

Faire la retape

Delvau, 1864 : Aller se promener sur les boulevards, pour y raccrocher des hommes et les amener baiser au bordel.

Delvau, 1866 : v. a. Aller se promener sur le trottoir des rues ou des boulevards, en toilette tapageuse et voyante, bien retapée en un mot, pour y faire la chasse à l’homme. Argot des filles et des souteneurs.

Faire le boulevard

Delvau, 1864 : Se promener sur le boulevard des Italiens, ou sur le boulevard Montmartre, à l’heure où les hommes abondent, pour en raccrocher un ou plusieurs. — Se dit des lorettes, dans l’intervalle d’un entreteneur à l’autre.

Delvau, 1866 : v. n. Se promener, en toilette provocante et en tournure exagérée, sur les boulevards élégants, — dans l’argot de Breda-Street, qui est l’écurie d’où sortent chaque soir, vers quatre heures, de si jolis pur-sang, miss Arabella, miss Love, etc. On dit aussi Faire la rue ou Faire le trottoir.


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique