d’Hautel, 1808 : Il y a bien un autre accroc à cette affaire. Signifie qu’il ’y est survenu de grands obstacles qui en empêchent le succès.
Accroc
Accroc au mariage (faire un)
Delvau, 1864 : Faire son mari cocu ; donner une rivale à sa femme.
Mais quand tu s’ras dans ton ménage,
Faut pas pour ça t’ priver d’amant,
Car les accrocs faits au mariage,
C’est du nanan.
(É. Debraux)
Accroche-cœurs
Vidocq, 1837 : s. m. — Favoris.
Delvau, 1864 : Petites mèches de cheveux que les femmes se collent sur les tempes, afin de se rendre plus séduisantes aux yeux des hommes et d’accrocher ainsi le cœur qu’ils portent à gauche — dans leur pantalon.
Sur nos nombreux admirateurs
Dirigeons nos accroche-cœurs.
(Louis Festeau)
Larchey, 1865 : Favoris (Vidocq). — Allusion aux accroche-cœurs féminins, petites mèches contournées et plaquées prétentieusement sous la tempe.
Delvau, 1866 : s. m. pl. Petites mèches de cheveux bouclées que les femmes fixent sur chaque tempe avec de la bandoline, pour donner du piquant à leur physionomie. Les faubouriens donnent le même nom à leurs favoris, — selon eux irrésistibles sur le beau sexe, comme les favoris temporaux du beau sexe sont irrésistibles sur nous.
Rigaud, 1881 : Mèche de cheveux que les souteneurs de barrière portent plaquée sur la tempe, coiffure qu’ils affectionnent : d’où le surnom donné au souteneur lui-même.
France, 1907 : Petite mèche de cheveux formant boucle sur les tempes, autrefois fort à la mode chez les Espagnoles. On appelle également ainsi les touffes plus grossières que ramenaient au-dessus des oreilles les jeunes souteneurs et plus vulgairement appelées rouflaquettes.
Accrocher
d’Hautel, 1808 : Il est accroché à un clou par terre. Facétie, pour dire qu’un objet quelconque que l’on croyoit avoir bien rangé, est tombé et traîne à terre.
Il a été accroché à la lanterne. Terme révolutionnaire ; pour, on l’a pendu à la lanterne.
Il s’est laissé accrocher en chemin. Pour, il s’est laissé entrainer à une partie de plaisir sur laquelle il ne comptoit nullement.
Cette affaire est accrochée. C’est-à-dire, retardée, suspendue par quelqu’opposition.
Belle fille et méchante robe trouvent toujours qui l’accroche.
S’accrocher. Se battre, se prendre aux cheveux, à la manière des porte-faix.
Delvau, 1864 : Faire l’acte vénérien — pendant lequel l’homme est accroché à la femme avec son épingle, qui la pique agréablement pendant quelques minutes.
Et elle rit quand on parle d’accrocher.
(Moyen de parvenir)
Deux minutes encore, et je l’accrochais sans vergogne sur la mousse.
(Em. Durand)
Larchey, 1865 : Mettre au Mont de Piété, c’est-à-dire au clou. Ce dernier mot explique le verbe.
Ah ! les biblots sont accrochés.
(De Montépin)
Accrocher : Consigner un soldat, c’est-à-dire l’accrocher à son quartier, l’empêcher d’en sortir.
S’accrocher : Combattre corps à corps, en venir aux mains, ou, pour mieux dire, aux crocs. De là le mot.
Delvau, 1866 : v. a. Engager quelque chose au mont-de-piété. Argot des faubouriens.
Rigaud, 1881 : Mettre un objet au Mont-de-Piété. Il est accroché au clou.
La Rue, 1894 : Mettre un objet au Mont-de-Piété.
France, 1907 : Mettre en gage.
Êtes-vous entrés quelquefois dans un de ces nombreux bureaux de prêt qu’on désigne aussi sous le nom de ma tante ? Non. Tant mieux pour vous. Cela prouve que vous n’avez jamais eu besoin d’y accrocher vos bibelots et que votre montre n’a jamais retardé de cinquante francs.
(Frérault, La Vie de Paris)
Prendre par ruse. Se dit également pour consigner un soldat, le retenir au quartier.
Accrocher son paletot
Virmaître, 1894 : Voleur qui, chez le juge d’instruction, farde la vérité. Mot à mot : Mentir (Argot des voleurs). N.
Accrocher un paletot
Rigaud, 1881 : Mentir — dans le jargon du peuple. L’ouvrier qui a accroché son paletot au Mont-de-Piété n’annonce pas toujours bien exactement à sa ménagère le prix de l’engagement. Il escamote souvent une petite pièce au profit du marchand de vin.
La Rue, 1894 : Mentir.
Accrocher, agrafer, amarrer
Hayard, 1907 : Arrêter, aborder quelqu’un.
Accrocs
La Rue, 1894 : Mains.
Affûter (ses crochets, ses crocs, ses meules, ses tabourets)
Hayard, 1907 : Manger.
Agrafer
Larchey, 1865 : Arrêter.
Le premier rousse qui se présentera pour m’agrafer.
(Canler)
Agrafer : Consigner. Même sens qu’accrocher.
J’ai jeté la clarinette par terre, et il m’a agrafé pour huit jours.
(Vidal, 1833)
Delvau, 1866 : v. a. Arrêter, consigner. Argot des soldats et du peuple. Se faire agrafer, Se laisser prendre.
Fustier, 1889 : Indépendamment du sens de arrêter, consigner, donné par Delvau et ses continuateurs, agrafer signifie aussi prendre, voler.
C’est clair et net, vois-tu, comme les jaunets que tu as négligé d’agrafer cette nuit-là.
(Belot et Dantin, Le Parricide)
La Rue, 1894 : Arrêter.
France, 1907 : Arrêter. Se faire agrafer, se laisser prendre. (Delvau)
Aiglefin
Delvau, 1866 : s. m. Chevalier d’industrie, escroc du grand et du petit monde, vivant aux dépens de quiconque l’écoute.
C’est à dessein que je donne cette orthographe, qui est aussi véritable, — c’est-à-dire aussi problématique, — que l’orthographe officielle, aigrefin. Le peuple prononce le nom comme je l’écris : est-ce par euphonie, est-ce par tradition ? je l’ignore, et les savants n’en savent pas plus que moi là-dessus « Aigre faim, faim très vive (homme affamé) », dit Littré. Sans doute, mais il y a eu jadis une monnaie dite aiglefin, et les escrocs ne sont pas moins affamés d’argent que d’autre chose.
France, 1907 : Filou, chevalier d’industrie. Le peuple prononce ce mot tel qu’il doit être écrit, tandis que les puristes disent aigrefin, qui n’a aucune signification. L’orthographe populaire s’explique d’elle-même, escroc hardi et entreprenant, vivant comme l’aigle de hardies rapines. C’est aussi le nom d’une ancienne monnaie.
Aller au persil ou persiller
France, 1907 : Sortir pendant le jour avec un panier au bras sous le prétexte d’aller aux provisions et, en réalité, pour raccrocher et se faire suivre par les hommes.
Aller aux mûres sans crochet
France, 1907 : Ne rien entreprendre sans être muni de ce qui est nécessaire pour faciliter le succès. Allusion à la façon dont il faut cueillir les mûres. Le mûrier étant un arbre qui étend ses rameaux flexibles loin de son tronc, pour atteindre les fruits, il faut attirer à soi les branches ; par conséquent, ceux qui n’ont pas eu la précaution de se munir d’un crochet ne peuvent faire qu’une maigre récolte.
On dit dans le même sens : S’embarquer sans biscuit.
Allumer la quitourne
Virmaître, 1894 : Fille qui fait la fenêtre, qui raccroche en chambre. À la tombée de la nuit elle allume sa lampe. Comme elle la tourne de façons différentes pour signaler aux passants qu’elle est libre ou occupée, de là, la qui-tourne (Argot des filles).
Andouille
d’Hautel, 1808 : Il a le nez gros comme une andouille. Comparaison triviale et populaire, pour dire que quelqu’un a le nez gros et pointu.
Rompre l’andouille au genou. Négocier une affaire par des voies peu propres à la faire, réussir. On dit familièrement et dans le même sens, Rompre l’anguille au genou.
Vidocq, 1837 : s. m. — Homme qui a peu de vigueur, qui est indolent, sans caractère.
Delvau, 1864 : Le membre viril, dont les femmes sont si friandes, — elles qui aiment tant les cochonneries !
De tout te gibier, Fanchon,
N’aime rien que le cochon ;
Surtout devant une andouille,
Qu’aux carmes l’on choisira,
Elle s’agenouille, nouille,
Elle s’agenouillera.
(Collé)
Larchey, 1865 : Personne molle, sans énergie (Vidocq).
Delvau, 1866 : s. m. Homme sans caractère, sans énergie, — dans l’argot du peuple, qui emprunte volontiers ses comparaisons à la charcuterie.
Rigaud, 1881 : Personne sans énergie. Grand dépendeur d’andouilles, individu de haute taille, un peu sot. Les andouilles sont pendues au plafond. Il faut être grand pour les dépendre, et ce travail ne demande pas beaucoup d’intelligence.
Le grand dépendeur d’andouilles, qui l’endormait, a aussi disparu.
(Huysmans, Gaulois du 26 juin 1880)
France, 1907 : Sot. Grand dépendeur d’andouilles, triple sot.
Les hommes grands ne sont pas en faveur parmi le peuple ; il juge de leur esprit en sens inverse de leur taille. Ainsi, lorsqu’il qualifie quelqu’un de sot, il ne manque guère d’y joindre l’épithète de grand, pris dans le sens de long. Un nain lui parait alors un géant qui n’aurait qu’à étendre le bras pour dépendre une andouille, fut-elle raccourcie de moitié. C’est pour cela que, dans son langage, grand dépendeur d’andouilles est synonyme de sot, de niais, d’imbécile fieffé, puisque en fait de taille il n’y en a pas de supérieure à celle de l’individu qui se met, sans intermédiaire, en contact avec les plus hauts plafonds… Il y a, en quelques provinces, notamment en Bourgogne, ce dicton :
« Grand Niquedouille
Qui décroche des andouilles. »
…Il est question, dans Béroalde de Verville, non pas des dépendeurs, mais de dépouilleurs d’andouilles :
Or bien que nous faisions ici mine de rire si le disons-nous à la honte de ces despouilleurs d’andouilles (les cordeliers), pour les nettoyer, et qui nous voudroient reprendre, encore que toute leur vie soit confite d’actions impudentes. (Le Moyen de parvenir.)
(Charles Nisard)
Anicroche
d’Hautel, 1808 : Obstacle, difficulté, embarras.
Il y a toujours quelqu’anicroche qui s’oppose à l’accomplissement des promesses. Se dit d’un homme de mauvaise foi, qui trouve toujours des prétextes pour ne pas tenir ce qu’il a promis.
On dit aussi d’une personne querelleuse, qu’Elle attrappe toujours quelqu’anicroche. Pour dire qu’elle se suscite de mauvaises affaires, qu’elle s’attire sans cesse de mauvais traitemens.
Apiquer
France, 1907 : Descendre ; argot du Borda.
Apiquer un camarade, c’est décrocher le ruban de son hamac et le laisser ainsi prendre de lui-même la position verticale. S’apiquer en police, descendre à la salle de police.
Araigne
Rigaud, 1881 : Crochet en fer dont se servent les bouchers pour accrocher la viande. Primitivement ces crocs à plusieurs branches avaient la forme de pattes d’araignées.
Araignée de bastringue
Rigaud, 1881 : Fille qui tend ses toiles dans les bals publics ; (Riche-en-gueule ou le nouveau Vadé, 1824) Les voyous d’aujourd’hui appellent les filles qui raccrochent : des araignées de pissotière. Quœrens quem devoret.
Arguche
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Argot. Jaspiner arguche, parler argot.
Vidocq, 1837 : s. m. abst. — Argot. Jargon des voleurs et des filous, qui n’est compris que par eux seuls ; telle est du moins la définition du Dictionnaire de l’Académie. Cette définition ne me paraît pas exacte ; argot, maintenant, est plutôt un terme générique destiné à exprimer tout jargon enté sur la langue nationale, qui est propre à une corporation, à une profession quelconque, à une certaine classe d’individus ; quel autre mot, en effet, employer pour exprimer sa pensée, si l’on veut désigner le langage exceptionnel de tels ou tels hommes : on dira bien, il est vrai, le jargon des petits-maîtres, des coquettes, etc., etc., parce que leur manière de parler n’a rien de fixe, d’arrêté, parce qu’elle est soumise aux caprices de la mode ; mais on dira l’argot des soldats, des marins, des voleurs, parce que, dans le langage de ces derniers, les choses sont exprimées par des mots et non par une inflexion de voix, par une manière différente de les dire ; parce qu’il faut des mots nouveaux pour exprimer des choses nouvelles.
Toutes les corporations, toutes les professions ont un jargon (je me sers de ce mot pour me conformer à l’usage général), qui sert aux hommes qui composent chacune d’elles à s’entendre entre eux ; langage animé, pittoresque, énergique comme tout ce qui est l’œuvre des masses, auquel très-souvent la langue nationale a fait des emprunts importans. Que sont les mots propres à chaque science, à chaque métier, à chaque profession, qui n’ont point de racines grecques ou latines, si ce ne sont des mots d’argot ? Ce qu’on est convenu d’appeler la langue du palais, n’est vraiment pas autre chose qu’un langage argotique.
Plus que tous les autres, les voleurs, les escrocs, les filous, continuellement en guerre avec la société, devaient éprouver le besoin d’un langage qui leur donnât la faculté de converser librement sans être compris ; aussi, dès qu’il y eut des corporations de voleurs, elles eurent un langage à elles, langage perdu comme tant d’autres choses.
Il n’existe peut-être pas une langue qui ait un point de départ connu ; le propre des langues est d’être imparfaites d’abord, de se modifier, de s’améliorer avec le temps et la civilisation ; on peut bien dire telle langue est composée, dérive de telles ou telles autres ; telle langue est plus ancienne que telle autre ; mais je crois qu’il serait difficile de remonter à la langue primitive, à la mère de toutes ; il serait difficile aussi de faire pour un jargon ce qu’on ne peut faire pour une langue ; je ne puis donc assigner une date précise à la naissance du langage argotique, mais je puis du moins constater ces diverses époques, c’est l’objet des quelques lignes qui suivent.
Le langage argotique n’est pas de création nouvelle ; il était aux quatorzième, quinzième et seizième siècles celui des mendians et gens de mauvaise vie, qui, à ces diverses époques, infestaient la bonne ville de Paris, et trouvaient dans les ruelles sombres et étroites, alors nommées Cour des Miracles, un asile assuré. Il n’est cependant pas possible d’en rien découvrir avant l’année 1427, époque de la première apparition des Bohémiens à Paris, ainsi l’on pourrait conclure de là que les premiers élémens de ce jargon ont été apportés en France par ces enfans de la basse Égypte, si des assertions d’une certaine valeur ne venaient pas détruire cette conclusion.
Sauval (Antiquités de Paris, t. 1er) assure que des écoliers et des prêtres débauchés ont jeté les premiers germes du langage argotique. (Voir Cagoux ou Archi-suppôt de l’argot.)
L’auteur inconnu du dictionnaire argotique dont il est parlé ci-dessus, (voir Abbaye ruffante), et celui de la lettre adressée à M. D***, insérée dans l’édition des poésies de Villon, 1722, exemplaire de la Bibliothèque Royale, pensent tous deux que le langage argotique est le même que celui dont convinrent entre eux les premiers merciers et marchands porte-balles qui se rendirent aux foires de Niort, de Fontenay et des autres villes du Poitou. Le docteur Fourette (Livre de la Vie des Gueux) est du même avis ; mais il ajoute que le langage argotique a été enrichi et perfectionné par les Cagoux ou Archi-Suppôts de l’Argot, et qu’il tient son nom du premier Coësré qui le mit en usage ; Coësré, qui se nommait Ragot, dont, par corruption, on aurait fait argot. L’opinion du docteur Fourette est en quelque sorte confirmée par Jacques Tahureau, gentilhomme du Mans, qui écrivait sous les règnes de François Ier et de Henri II, qui assure que de son temps le roi ou le chef d’une association de gueux qu’il nomme Belistres, s’appelait Ragot. (Voir Dialogues de Jacques Tahureau, gentilhomme du Mans. À Rouen, chez Martin Lemesgissier, près l’église Saint-Lô, 1589, exemplaire de la Bibliothèque Royale, no 1208.)
La version du docteur Fourette est, il me semble, la plus vraisemblable ; quoi qu’il en soit, je n’ai pu, malgré beaucoup de recherches, me procurer sur le langage argotique des renseignemens plus positifs que ceux qui précèdent. Quoique son origine ne soit pas parfaitement constatée, il est cependant prouvé que primitivement ce jargon était plutôt celui des mendians que celui des voleurs. Ces derniers, selon toute apparence, ne s’en emparèrent que vers le milieu du dix-septième siècle, lorsqu’une police mieux faite et une civilisation plus avancée eurent chassé de Paris les derniers sujets du dernier roi des argotiers.
La langue gagna beaucoup entre les mains de ces nouveaux grammairiens ; ils avaient d’autres besoins à exprimer ; il fallut qu’ils créassent des mots nouveaux, suivant toujours une échelle ascendante ; elle semble aujourd’hui être arrivée à son apogée ; elle n’est plus seulement celle des tavernes et des mauvais lieux, elle est aussi celle des théâtres ; encore quelques pas et l’entrée des salons lui sera permise.
Les synonymes ne manquent pas dans le langage argotique, aussi on trouvera souvent dans ce dictionnaire plusieurs mots pour exprimer le même objet, (et cela ne doit pas étonner, les voleurs étant dispersés sur toute l’étendue de la France, les mots, peuvent avoir été créés simultanément). J’ai indiqué, toutes les fois que je l’ai pu, à quelle classe appartenait l’individu qui nommait un objet de telle ou telle manière, et quelle était la contrée qu’il habitait ordinairement ; un travail semblable n’a pas encore été fait.
Quoique la syntaxe et toutes les désinences du langage argotique soient entièrement françaises, on y trouve cependant des étymologies italiennes, allemandes, espagnoles, provençales, basques et bretonnes ; je laisse le soin de les indiquer à un philologue plus instruit que moi.
Le poète Villon a écrit plusieurs ballades en langage argotique, mais elles sont à-peu-près inintelligibles ; voici, au reste, ce qu’en dit le célèbre Clément Marot, un de ses premiers éditeurs : « Touchant le jargon, je le laisse exposer et corriger aux successeurs de Villon en l’art de la pince et du croc. »
Le lecteur trouvera marqué d’un double astérisque les mots extraits de ces ballades dont la signification m’était connue.
Delvau, 1866 : s. m. Argot. Arguche, arguce, argutie. Nous sommes bien près de l’étymologie véritable de ce mot tant controversé : nous brûlons, comme disent les enfants.
Rigaud, 1881 : Argot, avec changement de la dernière syllabe.
Rigaud, 1881 : Niais, — dans le jargon des voleurs.
France, 1907 : Argot du vieux mot argu, ruse, finesse, dont on a fait argutie.
Arrangeur
Fustier, 1889 : Argot de cercle. Individu qui, lorsqu’un chef de partie ne sait pas séquencer les cartes, les arrange et touche 10, 15 ou 20 % pour sa… collaboration.
France, 1907 : Escroc qui met un jeu de cartes en train.
Asphalteuse
Virmaître, 1894 : Fille qui raccroche sur le trottoir. Elle foule l’asphalte en tous sens (Argot des filles).
Attacher un bidon
France, 1907 : Dénoncer quelqu’un ; argot des voleurs. Le signaler à la police comme un chien à qui on accroche une casserole à la queue.
Avoir son vin au croc
Fustier, 1889 : Être privé de la ration de vin réglementaire. Argot des matelots.
Aussi lui était-il arrivé souvent d’être privé de sa ration de vin ; en terme de marin, d’avoir son vin au croc.
(Patrie, février 1887)
B (marqué au)
France, 1907 : On désigne ainsi toute personne atteinte d’une infirmité dont le nom commence par la deuxième lettre de l’alphabet : bancal, bancroche, bègue, boiteux, borgne, bossu. Une vieille superstition populaire attachait à ces disgrâces de la nature certaines fâcheuses influences… influences fâcheuses surtout pour ceux qui en sont atteints.
Balancer
Ansiaume, 1821 : Abattre.
Il faut balancer la lourde pour arriver à la malouse.
Bras-de-Fer, 1829 : Remuer.
Vidocq, 1837 : v. a. — Jeter.
Clémens, 1840 : Jeter, refuser.
M.D., 1844 : Jeter.
M.D., 1844 : Renvoyer.
un détenu, 1846 : Chasser, renvoyer d’un emploi.
Larchey, 1865 : Jeter au loin. On sait que l’action de balancer imprime plus de force à une projection. V. Litrer. Balancer, envoyer à la balançoire : Congédier, renvoyer.
Elle m’a traité de mufle. — Alors il faut la balancer.
(Monselet)
Je l’envoie à la balançoire.
(id.)
On dit aussi exbalancer :
Je vais les payer et les exbalancer à la porte.
(Vidal, 1833)
Balancer son chiffon rouge : Parler, remuer la langue. — Balancer sa canne : Devenir voleur. — C’est-à-dire jeter la canne de l’homme qui marche dans l’unique but de se promener. — Balancer ses halènes : Cesser de voler, jeter ses outils de voleur. — Balancer une lazagne : Adresser une lettre. — Balancer ses chasses : Regarder à droite et à gauche. Balancement :
Le conducteur appelle son renvoi de l’administration un balancement.
(Hilpert)
Balançoire : mensonge, conte en l’air.
Non, monsieur ! je n’avais pas fait un accroc. — C’est une balançoire.
(P. de Kock)
Delvau, 1866 : v. a. Donner congé à quelqu’un, renvoyer un employé, un domestique, — dans l’argot du peuple, qui ne se doute pas qu’il emploie là, et presque dans son sens originel, un des plus vieux mots de notre langue.
On dit aussi Envoyer à la balançoire.
Rigaud, 1881 : Jeter au loin, renvoyer, envoyer promener.
Quand votre femme vous ennuie… Toc ! on la balance.
(E. Grangé et Lambert-Thiboust. La Mariée du Mardi-Gras)
Rossignol, 1901 : Voir balanstiquer.
France, 1907 : Balancer quelqu’un, le renvoyer, lui donner son congé. Se dit aussi pour se moquer de lui, le berner.
Mais surtout tu te garderas
De l’amour d’un étudiant.
Toujours d’avance tu exigeras
Qu’il fasse tinter son argent,
Sinon tu le balanceras…
On ne vit pas de l’air du temps.
(Règles de la chasse aux hommes)
Banban
Larchey, 1865 : Personne de petite taille aux membres noués. — Allusion au dandinement particulier de la marche.
J’entrai chez Dinah, jolie petite brune un peu banban.
(Mogador)
Delvau, 1866 : s. des deux g. Boiteux, bancal, — dans l’argot des bourgeois, qui emploient principalement cette onomatopée à propos d’une femme.
Rigaud, 1881 : Boiteux, boiteuse. Le banban, la banban.
France, 1907 : Onomatopée qui désigne une personne chétive, bancale ou boiteuse ; abréviation redoublée de bancroche.
Bancroche
d’Hautel, 1808 : Terme burlesque et de mauvais goût, que l’on n’emploie que par ironie, en parlant de quelqu’un qui a les jambes torses, qui est mal fait de sa personne.
Delvau, 1866 : s. et adj. Qui a les jambes torses.
France, 1907 : Qui a les jambes torses.
Banque
Delvau, 1866 : s. f. Escroquerie, ou seulement mensonge afin de tromper, — dans l’argot du peuple, qui connaît son Robert Macaire par cœur. Faire une banque. Imaginer un expédient — d’une honnêteté douteuse — pour gagner de l’argent.
Delvau, 1866 : s. f. Paye, — dans l’argot des typographes.
Delvau, 1866 : s. f. Tout le monde des saltimbanques, des banquistes. Truc de banque ! Mot de passe et de ralliement qui sert d’entrée gratuite aux artistes forains dans les baraques de leurs confrères. On les dispense de donner à la quête faite par les banquistes d’une autre spécialité que la leur.
Rigaud, 1881 : Association entre escrocs. Art de flouer son prochain. Faire une banque, combiner une escroquerie.
Rigaud, 1881 : Métier du saltimbanque.
Rigaud, 1881 : Paye des ouvriers typographes.
Rigaud, 1881 : Ruse, frime.
C’est une banque.
(Scribe, L’honneur de ma fille, 1836)
Rigaud, 1881 : Troupe de théâtre, — dans l’ancien, argot des comédiens.
Le gonze qui est à votre ordre est-il de la banque ? Celui qui est à côté de vous est-il un comédien ?
(Mémoires de Dumesnil)
Boutmy, 1883 : s. f. Paye des ouvriers. Le prote fait la banque aux metteurs en pages, qui à leur tour la font aux paquetiers. Ce mot entre dans plusieurs locutions. Par exemple on dit : La banque a fouaillé, pour indiquer que le patron n’a pas payé au jour dit. Être bloqué à la banque, c’est ne rien recevoir. Faire banque blèche s’emploie dans le même sens.
La Rue, 1894 : Troupe de théâtre. Métier de saltimbanque. Ruse, frime. Paye des ouvriers typographes. Association entre voleurs : Faire une banque, être de la banque.
Virmaître, 1894 : Les voleurs qui se partagent le produit d’un vol emploient cette expression (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : Les forains propriétaires des grandes baraques, Pezon, Bidel, Marquetti, Corvi, sont ce que l’on nomme dans les fêtes la Banque, parce qu’ils sont riches.
France, 1907 : Escroquerie, duperie ; paiement, dans l’argot des ouvriers imprimeurs ; réunion de saltimbanques. Être de la banque, faire partie d’une bande d’escrocs ; faire la banque, allécher le client ; faire une banque, imaginer, préparer une escroquerie. Tailler une banque, tenir les cartes au baccara.
Banquiste
Halbert, 1849 : Opérateur.
Delvau, 1866 : s. m. Charlatan ; chevalier d’industrie ; faiseur. Argot du peuple.
Rigaud, 1881 : Saltimbanque. Tout individu dont le commerce n’est établi qu’en vue de faire des dupes est un banquiste. Le grand rendez-vous des banquistes est à la Bourse.
La Rue, 1894 : Saltimbanque. Escroc. Compère, complice.
Virmaître, 1894 : Charlatan. Tous ceux qui fardent la vérité sont des banquistes, à quelque classe de la société qu’ils appartiennent. Tous les banquistes ne sont pas sur des tréteaux (Argot du peuple).
France, 1907 : Charlatan, faiseur, chevalier d’industrie.
Les scandales qui se succèdent dans les assemblées municipales, montrent la légèreté de certains choix populaires. Les suffrages sont escamotés par des banquistes, promettant au peuple plus de beurre que de pain et qui ne songent qu’à faire de leur mandat un instrument d’industries obliques et de spéculations inavouables.
(Henry Bauër, La Ville et le Théâtre)
Baptiser
d’Hautel, 1808 : Frelater, mélanger, falsifier.
Du vin baptisé. C’est-à-dire, dans lequel on a mis beaucoup d’eau ; fraude très-commune parmi les marchands de vin de Paris.
Un mulet baptisé. Épithète outrageante que l’on donne aux hommes de peine, aux porte-faix, aux crocheteurs.
Battage
Halbert, 1849 : Menée astucieuse.
Delvau, 1866 : s. m. Tromperie ; mensonge ; menée astucieuse. Argot des ouvriers. Signifie aussi Accident arrivé à une chose, accroc à une robe, brisure à un meuble, etc.
Rigaud, 1881 : Abordage commis par malveillance ; bordée d’injures lancées d’un canot à l’autre, farces de mauvais goût faites aux paisibles bourgeois en pleine Seine, — dans le jargon des canotiers.
Boutmy, 1883 : s. m. Plaisanterie, mensonge ; synonyme de montage.
Virmaître, 1894 : Se moquer de quelqu’un, dire ce que l’on ne pense pas.
— C’est du battage il n’est pas plus malade que moi (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Dire une chose qu’on ne pense pas est du battage. Celui qui fait le malade, c’est du battage.
Hayard, 1907 : Mensonge, fausseté.
France, 1907 : Mensonge, tromperie ; argot des ouvriers. Signifie aussi dommage.
Batteur
d’Hautel, 1808 : Terme de mépris ; bretteur, spadassin ; homme hargneux et querelleur ; vaurien qui cherche continuellement noise à ceux qui lui sont inférieurs en force.
Batteur de pavé. Vagabond, qui passe son temps et sa vie à rôder.
un détenu, 1846 : Un désœuvré, fainéant, tapageur, coureur des rues.
Halbert, 1849 : Menteur.
Delvau, 1866 : s. m. Menteur ; fourbe. C’est plus spécialement le tiers qui bat comtois pour lever le pante.
Boutmy, 1883 : s. m. Qui fait des mensonges, des battages.
La Rue, 1894 : Menteur. Escroc. Normand.
France, 1907 : Enjôleur.
France, 1907 : Menteur ; argot des voleurs.
— Parbleu ! tu dois faire tes chopins à la sourdine.
— Pas du tout.
— Tu n’affures rien ?
— Ma solde me suffit.
— Batteur !
— Je suis nourri, habillé, blanchi ; je ne manque de rien.
— Pourtant, il y a ici des grinches.
— N’y en a-t-il pas partout ?
(Marc Mario et Louis Launay, Vidocq)
Batteur d’antif, voleur qui amorce les pantes par son bagout ; argot des prisons. Batteur de flanche, fainéant.
Même aux yeux du peuple qui l’aime,
Il passe un peu pour une flemme,
Gouapeur moins homme que gamin,
Artisse, quoi ! batteur de flanche,
Cheveux trop bouclés, peau trop blanche,
Main trop propre, et poil dans la main.
(Jean Richepin)
Batteuse d’asphalte
France, 1907 : Prostituée qui raccroche sur le trottoir.
Les femmes des restaurants de nuit forment une catégorie toute spéciale de la prostitution parisienne, entre la batteuse d’asphalte et la fille de brasserie, plus près de celle-ci avec qui elles se rencontrent souvent dans les maisons où on soupe. Elles ont pour la première le plus profond mépris.
Battre son quart
Delvau, 1864 : Se dit des filles de bordel, qui descendent à tour de rôle, pendant un quart d’heure ou une demi-heure, sur le trottoir, où elles raccrochent les passants.
Dorante, en se promenant devant la maison au grand numéro, croise Sylvia, qui bat son quart.
(Lemercier de Neuville)
Delvau, 1866 : v. n. Raccrocher les passants, le soir à la porte des maisons mal famées, — dans l’argot des filles et de leurs souteneurs.
Rigaud, 1881 : Aller et venir sur la voie publique pour raccrocher, — dans le jargon des filles.
La Rue, 1894 : Chez les filles, raccrocher.
Belle de nuit
Delvau, 1866 : s. f. Fille oui hante les brasseries et les bals. Même argot [du peuple].
Rigaud, 1881 : Rôdeuse de pavé, coureuse de bastringues.
Virmaître, 1894 : Fille publique déjà vieille qui raccroche la nuit parce que la nuit tous les chats sont gris. Cette expression est ancienne. Vers 1850, on chantait dans une revue intitulée : Vive la Joie et les Pommes de terre représentée aux Folies-Dramatiques, à l’ancien boulevard du Temple.
Tous les soirs l’amateur contemple
Les belles de nuit qui s’font voir,
Sur le boulevard du Temple.
(Argot du peuple)
Bénir ses pieds
Delvau, 1866 : v. a. Être pendu, — dans l’argot impitoyable du peuple, qui fait allusion aux derniers gigottements d’un homme accroché volontairement à un arbre ou involontairement à une potence.
Bête
d’Hautel, 1808 : Plus fin que lui n’est pas bête. Locution badine et dérisoire, qui signifie que quelqu’un n’est rien moins que malicieux.
Bête à Pain. Dénomination basse et satirique, que l’on donne communément à un homme peu intelligent, emprunté et inhabile dans tout ce qu’il entreprend.
Bête comme un pot, comme une cruche, comme un oie. Sot et stupide au suprême degré.
Remonter sur sa bête. Rétablir ses affaires ; réparer ses pertes ; reprendre son premier état ; rentrer en faveur après avoir été disgracié.
La bonne bête. Expression piquante qui se dit d’un hypocrite, d’une personne qui affiche des sentimens qu’elle ne ressent pas.
Prendre du poil de la bête. Reprendre ses travaux accoutumés, après un long divertissement ; et dans un sens opposé, se mettre de nouveau en ribotte.
C’est une méchante bête ; une fausse bête. Se dit grossièrement et par dénigrement, d’un homme qui sous des dehors mielleux cache une ame noire et perfide.
Morte la bête, mort le venin. Signifie qu’une fois mort, un méchant n’est plus à craindre.
Quand Jean-Bête est mort, il a laissé bien des héritiers. Pour dire qu’en ce monde, il y a plus de sots que de gens d’esprit.
C’est comme l’arche de Noé, il y a toutes sortes de bêtes. Voyez Arche.
On n’y voit ni bête ni gens. Se dit d’un lieu obscur, où l’on ne peut rien distinguer.
C’est la bête du bon Dieu. Manière ironique de dire que quelqu’un est bon jusqu’à la foiblesse ; qu’on le mène comme on veut.
Faire la bête, faire l’enfant. Jouer l’ingénu ; minauder, avoir l’air de ne pas comprendre une chose dont on a une parfaite connoissance.
Bête épaulée. Fille qui se réfugie sous les lois de l’hymen, pour réparer les désordres de l’amour.
Pas si bête ! Espèce, d’exclamation, pour exprimer que l’on n’a pas donné dans un piège ; que l’on n’a pas voulu consentir à des propositions artificieuses.
Vidocq, 1837 : s. m. — Dans la partie de billard dont les détails seront donnés à l’article Emporteur, la Bête est celui qui tient la queue.
Larchey, 1865 : Voir bachotteur.
Delvau, 1866 : s. f. Filou chargé de jouer le troisième rôle dans la partie de billard proposée au provincial par l’emporteur.
Rigaud, 1881 : Floueur qui, dans une partie de cartes ou de billard, allèche la dupe, en perdant quelques coups. Il fait la bête.
Rigaud, 1881 : Vache, — dans le jargon des bouchers.
Un boucher ne dit jamais : j’ai acheté une vache, mais bien : j’ai acheté une bête.
(É. de La Bédollière)
La Rue, 1894 : Compère qui allèche la dupe en perdant quelques coups au jeu.
France, 1907 : Compère d’un escroc au jeu qui allèche le dupe en perdant, en faisant la bête.
Biffin
Clémens, 1840 : Chiffonnier.
Rigaud, 1881 : Soldat d’infanterie de ligne, — dans le jargon des soldats des autres armes. — Son crochet à lui c’est son fusil.
La Rue, 1894 : Chiffonnier. Soldat d’infanterie.
Virmaître, 1894 : Chiffonnier. Ainsi dénommé par le peuple à cause de son crochet qui lui sert à deux fins : à se défendre et à travailler. Depuis 1818, on dit d’un chiffonnier qu’il est membre du comité de recherches. Allusion à ce qu’il fouille dans les tas d’ordures pour y trouver sa vie (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Chiffonnier. On nomme aussi les soldats de la ligne des biffins.
Hayard, 1907 / anon., 1907 : Chiffonnier.
Bifin
Delvau, 1866 : s. m. Chiffonnier, — dont le crochet sert à deux fins, à travailler et à se défendre.
Merlin, 1888 : Fantassin dont le sac est la hotte. Se dit aussi des prévôts d’arme dans la cavalerie.
Bitume (demoiselle du)
France, 1907 : Prostituée de bas étage. On dit que ces pauvres filles font le bitume ou qu’elles foulent ou polissent le bitume, quand elles raccrochent sur les boulevards.
Bitumer
Delvau, 1866 : v. n. Raccrocher les passants, — dans l’argot des filles habituées du trottoir. On dit mieux Faire le bitume.
France, 1907 : Raccrocher les passants.
Blanc (envoyer au)
Rigaud, 1881 : Envoyer promener, — dans le jargon des voyous ; par altération pour « envoyer au banc », c’est-à-dire envoyer s’asseoir. Adressée à une femme, l’expression prend le sens de « envoyer raccrocher », et fait partie du vocabulaire des souteneurs. L’étymologie est la même que dans mangeur de blanc.
Bohème
d’Hautel, 1808 : Vivre comme un bohème. N’avoir ni feu ni lieu ; mener une vie errante et vagabonde.
Larchey, 1865 : « La bohème se compose de jeunes gens. tous âgés de plus de vingt ans, mais qui n’en ont pas trente, tous hommes de génie en leur genre, peu connus encore, mais qui se feront connaître, et qui seront alors des gens fort distingués… Tous les genres de capacité, d’esprit, y sont représentés… Ce mot de bohème vous dit tout. La bohème n’a rien et vit de ce qu’elle a. »
(Balzac)
La citation suivante est le correctif de cette définition trop optimiste.
La bohème, c’est le stage de la vie artistique, c’est la préface de l’Académie, de l’Hôtel-Dieu ou de la Morgue… Nous ajouterons que la bohème n’existe et n’est possible qu’à Paris.
(Murger)
On dit un bohème.
Tu n’es plus un bohème du moment que je t’attache à ma fortune.
(Augier)
Comme on voit, le bohème du dix-neuvième siècle n’a de commun que le nom avec celui de callot. Saint-Simon a connu l’acception fantaisiste du mot bohème. M. Littré en donne un exemple, bien qu’il n’admette bohème qu’en mauvaise part.
Delvau, 1866 : s. f. Etat de chrysalide, — dans l’argot des artistes et des gens de lettres arrivés à l’état de papillons ; Purgatoire pavé de créanciers, en attendant le Paradis de la Richesse et de la Députation ; vestibule des honneurs, de la gloire et du million, sous lequel s’endorment — souvent pour toujours — une foule de jeunes gens trop paresseux ou trop découragés pour enfoncer la porte du Temple.
Delvau, 1866 : s. m. Paresseux qui use ses manches, son temps et son esprit sur les tables des cafés littéraires et des parlottes artistiques, en croyant à l’éternité de la jeunesse, de la beauté et du crédit, et qui se réveille un matin à l’hôpital comme phthisique ou en prison comme escroc.
Ce mot et le précédent sont vieux, — comme la misère et le vagabondage. Ce n’est pas à Saint-Simon seulement qu’ils remontent, puisque, avant le filleul de Louis XIV, Mme de Sévigné s’en était déjà servie. Mais ils avaient disparu de la littérature : c’est Balzac qui les a ressuscités, et après Balzac, Henri Murger — dont ils ont fait la réputation.
France, 1907 :
est un mot vieilli que nous eussions voulu éviter ; non point précisément parce qu’il a vieilli, mais parce qu’il ne s’applique plus qu’imparfaitement au groupe de Parisiens dont nous entreprenons de décrire les mœurs et d’esquisser les silhouettes. Bohème est un mot du vocabulaire courant de 1840. Dans le langage d’alors, il est synonyme d’artiste ou d’étudiant, viveur, joyeux, insouciant du lendemain, paresseux et tapageur… Le bohème de 1840 se moque de ses créanciers, tire des carottes à son paternel et contre les créanciers.
(Gabriel Guillemot)
S’il faut s’en rapporter à la définition d’Alfred Delvau, le bohème ne serait qu’un paresseux qui use ses manches, son temps et son esprit sur les tables de cafés littéraires et des parlottes artistiques, en croyant à l’éternité de la jeunesse, de la beauté et du crédit, et qui se réveille un matin à l’hôpital comme phtisique, ou en prison comme escroc.
Ce mot est vieux, — comme la misère et le vagabondage. Ce n’est pas à Saint-Simon seulement qu’il remonte, puisque avant le filleul de Louis XIV, Mme de Sévigné s’en était déjà servie. Mais il avait disparu de la littérature : c’est Balzac qui l’a ressuscité, et, après Balzac, Henri Mürger — dont il a fait la réputation, — dans son livre La Vie de Bohème.
Voyons maintenant quelle était, sur la bohème, l’opinion de Balzac et Mürger :
La bohème, die Balzac, se compose de jeunes gens, tous âgés de plus de vingt ans, mais qui n’en ont pas trente, tous hommes de génie en leur genre, peu connus encore, mais qui se feront connaître et qui seront alors des gens fort distingués… Tous les genres de capacité, d’esprit y sont représentés… Ce mot bohème vous dit tout. La bohème n’a rien et vit de ce qu’elle a.
Le tableau est un peu flatteur et je préfère le correctif de l’auteur de la Vie de Bohème :
La bohème c’est le stage de la vie artistique, c’est la préface de l’Académie, de l’Hôtel-Dieu ou de la Morgue… La bohème n’existe et n’est possible qu’à Paris.
Au royaume de Bohème :
— Je te quitte, je suis en retard. Tu n’aurais pas six sous à me prêter pour prendre l’omnibus ?
— Impossible, je n’ai qu’une pièce de deux francs.
— Ça ne fait rien, prête tout de même, je prendrai un fiacre.
Bonne enfant (être)
Delvau, 1864 : C’est, pour une putain, se prêter tous les caprices libertins de l’homme qu’elle a raccroché.
Déboutonn’-toi, tu verras comme
J’s’rai bonne enfant : j’ t’amus’rai bien
(Henry Monnier)
Bonneteur
Vidocq, 1837 : s. m. — Celui qui tient dans les campagnes des jeux de cartes auxquels on ne gagne jamais.
Larchey, 1865 : Industriel tenant aux foires de campagne un de ces jeux de cartes auxquels on ne gagne jamais. — Vidocq.
Delvau, 1866 : s. m. Filou qui, dans les fêtes des environs de Paris, tient des jeux de cartes où l’on ne gagne jamais.
Rigaud, 1881 : Industriel, doublé d’un filou, tenant un jeu de bonneteau.
La Rue, 1894 : Escroc tenant un jeu de bonneteau. Annonceur ; il amadoue (bonnette) le public.
Bouliner
d’Hautel, 1808 : Filouter, dérober furtivement.
On lui a bouliné tous ses effets. Pour, on lui a tout emporté.
Ansiaume, 1821 : Faire un trou.
Il a fallu décarrer après avoir bouliné deux heures.
anon., 1827 : Voler.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Voler. (Voyez Grincher, Sauter, Rincer, Effaroucher.)
Vidocq, 1837 : v. a. — Trouer la muraille.
Halbert, 1849 : Voler.
Larchey, 1865 : Faire un trou ou boulin à la muraille (Vidocq). — C’est pour la même raison qu’on appelle un villebrequin une boulinoire, à cause du mouvement circulaire imprimé à cet instrument.
Delvau, 1866 : v. a. Voler, — quand cela exige qu’on fasse des boulins (ou trous) aux murs d’une maison ou aux volets d’une boutique. Les escrocs des siècles passés disaient bouler.
Rigaud, 1881 : Feindre une quête pour entraîner le public, — dans le jargon des saltimbanques.
Rigaud, 1881 : Voler en pratiquant un trou à l’aide du vilebrequin, boulinoire, — dans le jargon des voleurs.
La Rue, 1894 : Percer, voler en pratiquant un trou à l’aide du vilebrequin ou boulinoire.
France, 1907 : Caler des boulins aux lourdes, faire des trous dans une porte ; argot des voleurs.
Boulineur
d’Hautel, 1808 : Escroc, filou, voleur.
Boulon (vol au)
France, 1907 : Voler à l’aide d’un crochet dans la devanture des boutiques.
Boulonnaise
Rigaud, 1881 : Nymphe publique du Bois de Boulogne, elle attend la fortune, sous les traits du premier venu, le long des contre-allées du bois, tout près des taillis, tout près des mystérieux ombrages. La boulonnaise, une variété de la marneuse, est vêtue comme une ouvrière misérable, et porte ordinairement un panier, à l’instar des femmes de ménage.
Rigaud, 1881 : Voiture qui dessert le Bois de Boulogne.
France, 1907 : Fille de mœurs légères qui raccroche dans le Bois de Boulogne.
Bourse
d’Hautel, 1808 : Coupeur de bourses. Escroc, filou, qui vole avec adresse.
Il s’est laissé couper la bourse. Pour, il a consenti à se relâcher de ses droits pour l’accommodement de cette affaire.
Demander la bourse ou la vie. Faire le métier de bandit sur les grands chemins.
Avoir le diable dans sa bourse. N’avoir pas le sou, être réduit aux expédiens.
Au plus larron la bourse. Pour dire que ce sont toujours les plus fins et les moins fidèles qui sont chargés de la garde des dépôts les plus précieux.
Branche
d’Hautel, 1808 : Être comme l’oiseau sur la branche. C’est être dans l’inaction, n’avoir point de sort fixe, être à la merci des autres.
Il vaut mieux se tenir au tronc qu’aux branches. C’est-à-dire, s’attacher plutôt au maître qu’au subalterne.
Larchey, 1865 : Ami aussi attaché de cœur qu’une branche à l’arbre.
Allons, Panaris, le dernier coup, ma vieille branche !
(J. Moinaux)
Brancher : Pendre. — Vidocq. — Mot à mot : accrocher à la branche.
Delvau, 1866 : s. f. Ami, compagnon, ma vieille branche, — dans le même argot [des faubouriens].
La Rue, 1894 : Ami.
Rossignol, 1901 : Ami. Une vieille branche est un vieil ami.
France, 1907 : Ami. Ce mot est précédé de vieille ; argot populaire. Ma vieille branche.
Briseur
Delvau, 1866 : s. m. Variété d’escrocs dont parle Vidocq.
France, 1907 : Variété d’escroc. En voici la définition que donne Vidocq : « Les briseurs sont tous Auvergnats et se prétendent commerçants. Ils s’entendent pour inspirer la confiance à des fabricants qu’ils trompent pour une grosse somme, après leur en avoir payé plusieurs petites. Les marchandises brisées sont revendues à 40 pour 100 de perte, et le produit de la brisure est placé en Auvergne. »
Briseur, -euse
Vidocq, 1837 : s. — Escroc. Terme auvergnat.
Brisure
Vidocq, 1837 : s. m. — Escroquerie. Terme des escrocs auvergnats.
Rigaud, 1881 : Suspension momentanée de travail accordée aux compositeurs des journaux vers le milieu de leur besogne. (Boutmy.)
Boutmy, 1883 : s. f. Suspension momentanée de travail accordée aux compositeurs des journaux vers le milieu de leur besogne. Au Rappel, la pige dure six heures avec une brisure d’une demi-heure à dix heures. La grande brisure est la cessation définitive du travail, le journal étant achevé.
Fustier, 1889 / La Rue, 1894 / France, 1907 : Escroquerie.
Brodancheur à la plaque
Delvau, 1866 : s. m. Notaire, — à cause de son écusson.
France, 1907 : Notaire, à cause de l’écusson accroché à sa porte.
Brodeur
Vidocq, 1837 : s. m. — Écrivain.
Delvau, 1866 : s. m. Écrivain public — ou particulier.
Fustier, 1889 : Escroc, faussaire. Argot des voleurs. Au sens d’écrivain public qu’ont donné à ce mot brodeur Delvau et ses continuateurs, il convient d’ajouter celui d’escroc et de faussaire.
Dans le langage spécial de la haute pègre, on désigne sous le nom de brodeurs les individus qui, moyennant une jolie pièce de vingt à quarante sous signent des valeurs de complaisance lancées dans la circulation et qui, naturellement, ne sont jamais payées.
(Figaro, octobre 1885)
Fustier, 1889 : Prêteur d’un cercle qui vous donne 10,000 francs et vous en réclame 12,000 à l’aide d’un bon, en vous soutenant effrontément qu’il vous a prêté 12,000 francs et non 10,000 francs. Vous êtes encore son obligé.
La Rue, 1894 : Écrivain public. Escroc, faussaire.
France, 1907 : Écrivain. Faussaire.
Brûlé (être)
Delvau, 1866 : Être déjoué par la police, dans l’argot des voleurs.
Delvau, 1866 : N’inspirer plus aucune confiance dans les endroits où l’on était bien reçu, où l’on avait crédit sur sa mine. Argot des bohèmes et des escrocs.
France, 1907 : N’inspirer plus de confiance dans les endroits où l’on était bien reçu ; avoir perdu tout crédit. « Il est brûlé chez ses fournisseurs. » Un politicien brûlé est un homme qui a perdu toute influence ; un auteur ou un acteur brûlé est celui qui a perdu la faveur du public. Se dit aussi pour être démasqué, mis à jour.
Voyez-vous cet inspecteur obligé de rester dix heures en surveillance dans une rue de la Villette ou des Batignolles et ayant pour toutes ses dépenses trente-cinq centimes dans sa poche, juste deux sous de plus que le Juif errant ! il lui faut arpenter le pavé de long en large comme une sentinelle. Au bout d’une heure, tout le quartier l’a remarqué et se le montre. Comme on dit, en termes du métier, « il est brûlé ».
(Hogier-Grison, La Police)
Cabotinage
Delvau, 1866 : s. m. Le stage de comédien, qui doit commencer par être sifflé sur les théâtres de toutes les villes de France, avant d’être applaudi à Paris.
Rigaud, 1881 : Le cabotinage consiste à savoir se passer de talent, à se montrer plus souvent au café que sur les planches, à préférer les petits verres sur le comptoir aux alexandrins des classiques et même à la prose de M. Anicet-Bourgeois.
Le cabotinage est aussi la basse diplomatie des coulisses ; cabotiner c’est faire des affaires théâtrales comme certains courtiers font des affaires de bourse, écouter aux portes d’un comité pendant qu’un confrère lit son drame, et porter au théâtre voisin l’idée de, l’ouvrage qu’on vient de surprendre, mendier ou acheter des tours de faveur, monter une cabale contre un ouvrage, tout cela est du cabotinage.
(Petit dict. des coulisses, 1835.)
France, 1907 : Art perfectionné de la réclame qui devient de plus en plus commun chez les artistes, les plumitifs, et, ô horreur ! les hommes dits d’État.
Cet art s’étend partout, à tel point qu’on accuse même les anarchistes « militants » d’être des cabotins.
Faire du cabotinage quand la tête est en jeu, c’est raide.
France, 1907 : Vie de déceptions, de travail, de hauts et de bas de l’acteur avant qu’il prenne la place dont parlait Edmond Deschaumes, et décroche le ruban de la Légion d’honneur.
Cafmar
France, 1907 : Café, débit de boisson.
Tu rappliques tranquillement au cafmar, tu raccroches le pardessus du pante, et tu prends le mien, en disant au garçon avec indignation : « On ne peut donc plus se tromper, apprenez à mieux connaître votre monde ! »
(E. Lepelletier, Les Secrets de Paris)
Calège
Vidocq, 1837 : s. f. — Quoiqu’on ne rencontre pas la Calège sur la voie publique, elle n’est pas cependant une femme honnête ; ses appas sent la marchandise qu’elle débite, mais elle vend très-cher ce que la Ponante et la Dossière (voir ces mots), livrent à un prix modéré ; sa toilette est plus fraîche, ses manières plus polies, mais ses mœurs sont les mêmes ; la Ponante danse le chahut à la Courtille ; la Calège danse le cancan au bal Musard ; l’une boit du vin à quinze et se grise ; l’autre boit du champagne et s’énivre ; la première a pour amant un Cambriolleur ou un Roulotier ; l’amant de la seconde est faiseur ou escroc. Il ne faut pas juger sur l’étiquette du sac.
Larchey, 1865 : Prostituée élégante, et associée à des hommes dangereux.
Elle vend très-cher ce que la ponante et la dossière livrent à des prix modérés. Sa toilette est plus fraîche ; ses manières plus polies. Elle a pour amant un faiseur ou un escroc, tandis que les autres sont associées à un cambriolleur ou à un roulotier.
(Vidocq)
Vient de cale, qui signifiait grisette au dix-septième siècle.
Gombault, qui se piquait de n’aimer qu’en bon lieu, cajolait une petite cale crasseuse.
(Tallemant des Réaux)
Rigaud, 1881 : Fille richement entretenue, — dans le jargon des voleurs. C’est-à-dire fille calée, par altération.
La Rue, 1894 : Fille entretenue richement.
Cambriolleur, -euse
Vidocq, 1837 : s. — On reconnaît un soldat, même lorsque qu’il a quitté l’uniforme pour endosser l’habit bourgeois, on peut se mettre à sa fenêtre, regarder ceux qui passent dans la rue et dire, sans craindre de se tromper, celui-ci est un tailleur, cet autre et un cordonnier ; il y a dans les habitudes du corps de chaque homme un certain je ne sais quoi qui décèle la profession qu’il exerce, et que seulement ceux qui ne savent pas voir ce qui frappe les yeux de tout le monde ne peuvent pas saisir ; eh bien, si l’on voulait s’en donner la peine, il ne serait guère plus difficile de reconnaître un voleur qu’un soldat, un tailleur ou un cordonnier. Comme il faut que ce livre soit pour les honnêtes gens le fil d’Ariane destiné à les conduire à travers les sinuosités du labyrinthe, j’indique les diagnostics propres à faire reconnaître chaque genre ; si après cela ceux auxquels il est destiné ne savent pas se conduire, tant pis pour eux.
Les Cambriolleurs sont les voleurs de chambre soit à l’aide de fausses clés soit à l’aide d’effraction. Ce sont pour la plupart des hommes jeunes encore, presque toujours ils sont proprement vêtus, mais quel que soit le costume qu’ils aient adopté, que ce soit celui d’un ouvrier ou celui d’un dandy, le bout de l’oreille perce toujours. Les couleurs voyantes, rouge, bleu ou jaune, sont celles qu’ils affectionnent le plus ; ils auront de petits anneaux d’or aux oreilles ; des colliers en cheveux, trophées d’amour dont ils aimeront à se parer ; s’ils portent des gants ils seront d’une qualité inférieure ; si d’aventure l’un d’eux ne se fait pas remarquer par l’étrangeté de son costume il y aura dans ses manières quelque chose de contraint qui ne se remarque pas dans l’honnête homme ; ce ne sera point de la timidité, ce sera une gêne, résultat de l’appréhension de se trahir. Ces diverses observations ne sont pas propres seulement aux Cambriolleurs, elles peuvent s’appliquer à tous les membres de la grande famille des trompeurs. Les escrocs, les faiseurs, les chevaliers d’industrie, sont les seuls qui se soient fait un front qui ne rougit jamais.
Les Cambriolleurs travaillent rarement seuls ; lorsqu’ils préméditent un coup, ils s’introduisent trois ou quatre dans une maison, et montent successivement ; l’un d’eux frappe aux portes, si personne ne répond, c’est bon signe, et l’on se dispose à opérer ; aussitôt, pour se mettre en garde contre toute surprise, pendant que l’un des associés fait sauter la gâche ou jouer le rossignol, un autre va se poster à l’étage supérieur, et un troisième à l’étage au-dessous.
Lorsque l’affaire est donnée ou nourrie, l’un des voleurs se charge de filer (suivre) la personne qui doit être volée, dans la crainte qu’un oubli ne la force à revenir au logis ; s’il en est ainsi, celui qui est chargé de cette mission la devance, et vient prévenir ses camarades, qui peuvent alors s’évader avant le retour du mézière.
Si, tandis que les Cambriolleurs travaillent, quelqu’un monte ou descend, et qu’il désire savoir ce que font dans l’escalier ces individus qu’il ne connaît pas, on lui demande un nom en l’air : une blanchisseuse, une sage-femme, une garde malade ; dans ce cas, le voleur interrogé balbutie plutôt qu’il ne parle, il ne regarde pas l’interrogateur, et empressé de lui livrer le passage, il se range contre la muraille, et tourne le dos à la rampe.
Si les voleurs savent que le portier est vigilant, et s’ils présument que le vol consommé ils auront de gros paquets à sortir, l’un d’eux entre tenant un paquet sous le bras ; ce paquet, comme on le pense bien, ne contient que du foin, qui est remplacé, lorsqu’il s’agit de sortir, par les objets volés.
Quelques Cambriolleurs se font accompagner, dans leurs expéditions, par des femmes portant une hotte ou un panier de blanchisseuse, dans lesquels les objets volés peuvent être facilement déposés ; la présence d’une femme sortant d’une maison, et surtout d’une maison sans portier, avec un semblable attirail, est donc une circonstance qu’il est important de remarquer, si, surtout, l’on croit voir cette femme pour la première fois.
Il y a aussi les Cambriolleurs à la flan (voleurs de chambre au hasard) qui s’introduisent dans une maison sans auparavant avoir jeté leur dévolu ; ces improvisateurs ne sont sûrs de rien, ils vont de porte en porte, où il y a ils prennent, où il n’y a rien, le voleur, comme le roi, perd ses droits. Le métier de Cambriolleur à la flan, qui n’est exercé que par ceux qui débutent dans la carrière, est très-périlleux et très-peu lucratif.
Les voleurs ont des habitudes qu’ils conservent durant tout le temps de leur exercice ; à une époque déjà éloignée, ils se faisaient tous chausser chez une cordonnière que l’on nommait la mère Rousselle, et qui demeurait rue de la Vannerie ; à la même époque, Gravès, rue de la Verrerie, et Tormel, rue Culture-Sainte-Catherine, étaient les seuls tailleurs qui eussent le privilège d’habiller ces messieurs. Le contact a corrompu les deux tailleurs, pères et fils sont à la fin devenus voleurs, et ont été condamnés ; la cordonnière, du moins je le pense, a été plus ferme ; mais, quoiqu’il en soit, sa réputation était si bien faite et ses chaussures si remarquables, que lorsqu’un individu était arrêté et conduit à M. Limodin, interrogateur, il était sans miséricorde envoyé à Bicêtre si pour son malheur il portait des souliers sortis des magasins de la mère Rousselle. Une semblable mesure était arbitraire sans doute, mais cependant l’expérience avait prouvé son utilité.
Les voleuses, de leur côté, avaient pour couturière une certaine femme nommée Mulot ; elle seule, disaient-elles, savait avantager la taille, et faire sur les coutures ce qu’elles nommaient des nervures.
Les nuances, aujourd’hui, ne sont peut-être pas aussi tranchées ; mais cependant, si un voleur en renom adopte un costume, tous les autres cherchent à l’imiter.
Je me suis un peu éloigné des Cambriolleurs, auxquels je me hâte de revenir ; ces messieurs, avant de tenter une entreprise, savent prendre toutes les précautions propres à en assurer le succès ; ils connaissent les habitudes de la personne qui habite l’appartement qu’ils veulent dévaliser ; ils savent quand elle sera absente, et si chez elle il y a du butin à faire.
Le meilleur moyen à employer pour mettre les Cambriolleurs dans impossibilité de nuire, est de toujours tenir la clé de son appartement dans un lieu sûr ; ne la laissez jamais à votre porte, ne l’accrochez nulle part, ne la prêtez à personne, même pour arrêter un saignement de nez ; si vous sortez, et que vous ne vouliez pas la porter sur vous, cachez-la le mieux qu’il vous sera possible. Cachez aussi vos objets les plus précieux ; cela fait, laissez à vos meubles toutes vos autres clés : vous épargnerez aux voleurs la peine d’une effraction qui ne les arrêterait pas, et à vous le soin de faire réparer le dégât que sans cela ils ne manqueraient pas de commettre.
es plus dangereux Cambriolleurs sont, sans contredit, les Nourrisseurs ; on les nomme ainsi parce qu’ils nourrissent des affaires. Nourrir une affaire, c’est l’avoir toujours en perspective, en attendant le moment le plus propice pour l’exécution ; les Nourrisseurs, qui n’agissent que lorsqu’ils ont la certitude de ne point faire coup fourré, sont ordinairement de vieux routiers qui connaissent plus d’un tour ; ils savent se ménager des intelligences où ils veulent voler ; au besoin même, l’un d’eux vient s’y loger, et attend, pour commettre le vol, qu’il ait acquis dans le quartier qu’il habite une considération qui ne permette pas aux soupçons de s’arrêter sur lui. Ce dernier n’exécute presque jamais, il se borne seulement à fournir aux exécutans tous les indices qui peuvent leur être nécessaires. Souvent même il a la précaution de se mettre en évidence lors de l’exécution, afin que sa présence puisse, en temps opportun, servir à établir un alibi incontestable.
Ce sont ordinairement de vieux voleurs qui travaillent de cette manière ; parmi eux on cite le nommé Godé, dit Marquis, dit Capdeville ; après s’être évadé du bagne, il y a plus de quarante ans, il vint s’établir aux environs de Paris, où il commit deux vols très-considérables, l’un à Saint-Germain en Laye, l’autre à Belleville ; cet individu est aujourd’hui au bagne de Brest, où il subit une condamnation à perpétuité.
Les vols de chambre sont ordinairement commis les dimanches et jours de fête.
Cerf-Volant (le)
Rigaud, 1881 : Vol pratiqué sur les petites filles, un genre de vol bien ancien et toujours nouveau.
Boulevard Picpus, une femme restée inconnue a abordé une petite fille de quatre ans, qui jouait devant la maison de ses parents, lui a donné dix centimes et lui a décroché ses boucles d’oreilles d’une valeur de quinze francs.
(Petit Journal du 14 août 1877)
La virtuose de ce genre de vol se nomme la cerf-volant, parce qu’après le vol, elle file avec la vitesse du cerf.
Cession de pari
France, 1907 : Genre d’escroquerie par laquelle le filou prétend avoir fait un pari sur le favori dans des conditions avantageuses et cède à un naïf son cheval au comptant.
Les lads et les bookmakers ne sont point les seuls escrocs dangereux sur les champs de courses : il est bon de redouter aussi les gentlemen pratiquant la cession de pari et ils sont nombreux ! Nous connaissons maint Anglais véreux dont cette escroquerie est le seul moyen d’existence.
(Hogier-Grison, Le Monde où l’on flibuste)
Chapon
d’Hautel, 1808 : Gros comme un chapon.
Il a les mains en chapon rôti. Se dit figurément d’un homme qui est sujet à prendre, qui s’empare de tout ce qui lui tombe sous la main ; et au propre de quelqu’un qui a les doigts crochus et retirés.
Qui chapon mange, chapon lui vient. Signifie que le bien vient souvent à ceux qui n’en ont pas besoin.
Deux chapons de rente. Se dit de deux personnes ou de deux choses inégales, parce que il y a toujours un de ces chapons gras et l’autre maigre.
Ce n’est pas celui à qui le bien appartient qui en mange les chapons. Se dit d’un bien, d’une terre dont le véritable propriétaire est frustré ; ou d’un homme qui porte le nom d’une terre, et n’en touche pas les revenus.
On appelle chapon de Limousin, des chataignes ou marrons, parce que ces fruits sont très-abondans en Limoge.
Se coucher en chapon. Se coucher après avoir bien bu, bien mangé ; ou se coucher les jambes recroquevillées.
Delvau, 1864 : (au figuré) ; Homme châtré ou impuissant.
En termes de cuisine, l’on appelle chapon le croûton de pain frotté d’ail qui aromatise la salade.
Un de nos confrères, célèbre par sa continence… forcée, dînait dimanche à la campagne.
— Aimez-vous le chapon ? lui demande la maîtresse de la maison.
— Oh ! non, je ne peux pas le sentir.
— Parbleu ! fit un convive, ça lui rappelle Boileau.
(Émile Blondet)
Pour ma part, moi j’en réponds,
Bien heureux sont les chapons.
(Béranger)
Delvau, 1866 : s. m. Morceau de pain frotté d’ail, — dans l’argot du peuple, qui en assaisonne toutes les salades. On dit aussi Chapon de Gascogne.
France, 1907 : Moine, dans l’argot populaire. Cage à chapons, monastère ; les moines s’engraissant généralement dans une douce oisiveté, comme le chapon en cage.
France, 1907 : Un croûton de pain frotté d’ail que l’on met dans la salade. On dit aussi dans le mème sens chapon de Gascogne.
Charrieur de ville
Halbert, 1849 : Voleur par les procédés chimiques.
France, 1907 : Voleur qui, à l’aide de drogues, met sa victime dans l’impossibilité de se défendre.
On donne aussi le nom de charrieur, charrieuse à des escrocs des deux sexes chargés de rabattre les pigeons destinés à être plumés dans les tripots clandestins, tripots ordinairement tenus par des femmes. C’est le pendant des rameneurs des cercles.
Dans beaucoup de tripots, dans presque tous même, il y a un mot de passe qu’il faut donner pour entrer. Le mot de passe est communiqué aux joueurs par les charrieurs et les charrieuses qui les racolent.
(Hogier-Grison, Le Monde où l’on triche)
Chevalier de la bande noire
France, 1907 : Escroc qui, à l’aide de fausses références et sous le titre d’un établissement fictif, se fait envoyer des marchandises qu’il ne paye jamais et revend à bas prix. Voir Coup de fusil.
Elle ne douta plus un instant qu’il ne fit partie de la fameuse bande noire qui a son centre spécial dans un café du voisinage de « Leicester Square » et des ramifications chez Tom Dick et une demi-douzaine de tavernes mal famées de la métropole, où l’on met systématiquement à rançon les maisons du continent assez confiantes pour envoyer sur d’illusoires garanties leurs marchandises à ces forbans.
(Hector France, La Taverne de l’Éventreur)
Chevalier du crochet
Delvau, 1866 : s. m. Chiffonnier.
France, 1907 : Chiffonnier.
Chic
Larchey, 1865 : Élégance.
Vous serez ficelé dans le chic.
(Montépin)
L’officier qui a du chic est celui qui serre son ceinturon de manière à ressembler à une gourde.
(Noriac)
À l’École de Saint-Cyr, sous le premier Empire, chic était déjà synonyme d’Élégance militaire. Une esquisse qui a du chic a un bon cachet artistique.
Il lui révéla le sens intime de l’argot en usage cette semaine-là, il lui dit ce que c’était que chic, galbe.
(Th. Gautier, 1838)
Une tête faite de chic, tout au contraire, n’a rien de sérieusement étudié. ici, chic est à l’art ce que ponsif est à la littérature.
C’étaient là de fameux peintres. comme ils soignaient la ligne et les contours ! comme ils calculaient les proportions ! ils ne faisaient rien de chic ou d’après le mannequin.
(La Bédollière)
Chic, quelquefois, veut dire mauvais genre, genre trop accusé.
C’était ce chic que le tripol colle à l’épiderme des gens et qui résiste à toute lessive comme le masque des ramoneurs.
(P. Féval)
Chic est, on le voit, un mot d’acceptions fort diverses et fort répandues dans toutes les classes. — Vient du vieux mot Chic : finesse, subtilité. V. Roquefort. — C’est donc, mot à mot, le fin du fin en tout genre, et les exemples les plus anciens confirment cette étymologie, car ils prennent tous chic en ce sens.
Delvau, 1866 : s. m. Goût, façon pittoresque de s’habiller ou d’arranger les choses, — dans l’argot des petites dames et des gandins. Avoir du chic. Être arrangé avec une originalité de bon — ou de mauvais — goût. Avoir le chic. Posséder une habileté particulière pour faire une chose.
Delvau, 1866 : s. m. Habileté de main, ou plutôt de patte, — dans l’argot des artistes, qui ont emprunté ce mot au XVIIe siècle. Faire de chic. Dessiner ou peindre sans modèle, d’imagination, de souvenir.
La Rue, 1894 : Distinction, élégance, cachet. Facilité banale ou bon goût en art. Signifie aussi mauvais genre en art.
Virmaître, 1894 : Il a du chic, il est bien.
C’est une femme chic, un beau porte-manteau, sa toilette est bien accrochée. L’origine de cette expression n’est pas éloignée. Un ministre de l’Empire, habitué des coulisses de l’Opéra, envoya deux danseuses du corps de ballet souper à ses frais chez le restaurateur Maire. Très modestes, elles ne dépensèrent à elles deux que quinze francs. Quand le ministre demanda la note, il lit la moue. Le soir même il leur en lit le reproche et leur dit : Vous manquez de chic, pas de chic. Quelques jours plus tard il renvoya deux autres danseuses souper au même restaurant. Elles dépensèrent cinq cents francs. Quand il paya il lit une grimace sérieuse : Trop de chic, trop de chic, fit-il. Le mot fit fortune dans les coulisses et est resté (Argot des filles).
Chiendent
d’Hautel, 1808 : Voilà le chiendent. Pour, voilà le point le plus difficile ou le plus important de l’affaire.
Delvau, 1866 : s. m. Difficulté, obstacle, anicroche, — dans l’argot du peuple, qui sait avec quelle facilité le hunds-grass pousse dans le champ de la félicité humaine. Voilà le chiendent. Voilà le hic.
La Rue, 1894 : Difficulté.
Cloche-pied
d’Hautel, 1808 : On dit vulgairement et par corruption à croche pied.
Clou
d’Hautel, 1808 : Gras comme un cent de clou. Phrase hyperbolique, pour dire maigre, étique, décharné.
Cela ne tient ni à fer ni à clou. Pour est dans un très-mauvais état ; se dit aussi d’un ornement d’une chose mobile qu’on peut emporter en changeant de logis.
Un clou chasse l’autre. Voy. Chasser.
River le clou à quelqu’un. C’est répondre d’une manière fermé et sèche à des paroles choquantes.
Compter les clous d’une porte. Se dit figurément, pour s’ennuyer d’attendre à une porte y planter le piquet.
On dit d’une chose en très bon état, qu’il n’y manque pas un clou.
Je n’en donnerois pas un clou à soufflet. Se dit d’une chose pour laquelle on n’a aucune estime.
On dit d’un écervelé, d’un homme extravagant, qu’il faut un clou à son armet.
Delvau, 1864 : Le membre viril, avec lequel on fixe la femme sur le dos.
Larchey, 1865 : Mont-de-Piété. — Mot à mot : prison d’objets engagés.
Il avait mis le linge en gage ; on ne disait pas encore au clou.
(Luchet)
Larchey, 1865 : Prison. On ne peut pas en bouger plus que si on y était cloué.
Je vous colle au clou pour vingt-quatre heures.
(Noriac)
Delvau, 1866 : s. m. La salle de police, — dans l’argot des soldats, qui s’y font souvent accrocher par l’adjudant. Coller au clou. Mettre un soldat à la salle de police.
Delvau, 1866 : s. m. Le mont-de-piété, — où l’on va souvent accrocher ses habits ou ses bijoux quand on a un besoin immédiat d’argent. Coller au clou. Engager sa montre ou ses vêtements cher un commissionnaire au mont-de-piété. Grand clou. Le Mont-de-piété de la rue des Blancs-Manteaux, dont tous les autres monts-de-piété ne sont que des succursales.
Delvau, 1866 : s. m. Prison, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Baïonnette, — dans le jargon des soldats.
Rigaud, 1881 : Mont-de-Piété. — Mot emprunté par le peuple au jargon du régiment où clou signifie prison. Le Mont-de-Piété est la prison aux hardes. — Hospice des Enfants-Trouvés.
Rigaud, 1881 : Objet détérioré ou de peu de valeur, — dans le jargon des marchands de bric-à-brac. Pousser des clous, mettre des enchères sur des objets sans valeur.
Rigaud, 1881 : Ouvrier qui travaille mal.
Rigaud, 1881 : Prison, — dans le jargon des troupiers.
Vous y êtes pour deux jours de clou.
(Randon, Croquis militaires)
Rigaud, 1881 : Scène à effet, scène capitale, scène où les auteurs comptent accrocher le succès, — dans le jargon du théâtre.
Je lui ai donné la réplique et nous avons répété sa grande scène du deux !… c’est le clou de la pièce.
(Figaro du 6 juillet 1878)
Merlin, 1888 : Salle de police, prison. — Coller au clou, mettre en prison.
La Rue, 1894 : Prison. Mont-de-piété. Mauvais ouvrier. Mauvais outil. Baïonnette. Objet détérioré. Scène à effet au théâtre.
Virmaître, 1894 : Le mont-de-piété. On va, les jours de dèche, y accrocher ses habits. On dit aussi : aller chez ma tante, mon oncle en aura soin. On dit également : au plan (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Un individu bon à rien est un clou. Une mauvaise montre est un clou.
France, 1907 : Baïonnette.
France, 1907 : Mauvais outil, mauvais ouvrier. « Cela ne vaut pas un clou. » « Tu n’es qu’un clou, un rien qui vaille. »
France, 1907 : Mont-de-piété.
France, 1907 : Partie saillante d’une pièce, d’un livre, d’une représentation.
Un jeune auteur dramatique explique à un de ses amis le scenario d’une comédie future :
— Ce n’est pas mauvais, dit l’ami, mais pourquoi as-tu fait dérouler l’action dans un mont-de-piété ?
— Mais, mon cher, tout bonnement parce que le mont-de-piété sera le clou de ma pièce.
Aujourd’hui, au théâtre, il y a souvent plus de clous que de « charpente ». Le contraire nous semblerait préférable.
(Dr Grégoire, Turlutaines)
M. Hector Pessard vient de publier la première série de ses petits papiers dans la Revue bleue. Le clou de cette intéressante communication est l’histoire de la fondation du Courrier de Paris par M. Clément Duvernois. Le rôle joué par cette feuille éphémère et les rédacteurs qui y ont été attachés, ainsi que le talent de l’auteur, expliquent l’accueil fait à ce récit.
(Gil Blas)
Le livre est un petit bijou,
J’ai note des pages exquises,
Dont une un véritable clou.
(Jacques Redelsperger)
France, 1907 : Prison : on y est, en effet, cloué.
Nos chefs sont remplis d’malice ;
Pour un’ faute, un rien du tout,
V’lan ! à la sall de police !
— Y en a qui nomment ça le Clou ! —
…
Dès qu’il s’agit d’une corvée,
Vite, dans la cour mal pavée,
On fait appeler à l’instant
Le caporal et le sergent.
Et souvent, comme récompense
(Ça se voit plus qu’on ne le pense),
On flanque au clou, si ça va mal,
Le sergent et le caporal.
(Chanson de caserne)
Clouer
d’Hautel, 1808 : Il est sage comme une image clouée à la porte d’un savetier. Phrase badine et populaire, qui se dit d’un enfant qui, contre son ordinaire, est doux et tranquille.
On dit aussi d’un homme qui ne démarre pas d’un lieu, qu’Il y est cloué depuis le matin jusqu’au soir.
Larchey, 1865 : De clou dérivent accrocher, clouer, déclouer et surclouer. (Regager, dégager et renouveler au Mont-de-Piété)
Jeune insensé, oublies-tu que nous avons passé le 20 du mois, et qu’à cette époque les habits de ces messieurs sont cloués et surcloués.
(Murger)
France, 1907 : Mettre en gage, emprisonner.
Cocangeur
Delvau, 1866 : s. m. Voleur qui a la spécialité des Cocanges et de la Roubignole.
France, 1907 : Escroc qui pratique le jeu de cocange.
Cocantin
France, 1907 : Agent d’affaires plus ou moins fripon, qui sert d’intermédiaire entre le débiteur et le créancier.
Ne sont-ils pas, pour la majeure partie, des officiers ministériels révoqués, d’anciens notaires ayant eu des malheurs… judiciaires, des avocats rayés du tableau de l’ordre ? Leur finasserie, leur connaissance du droit n’est-elle pas à chaque instant mise à contribution par les avocats ou les avoués eux-mêmes, heureux de faire préparer une affaire par un roué, un malin de la procédure. Nous parlons ici des cocantins de la haute. Ceux-ci s’intitulent « receveurs de rentes », « avocats consultants », « conseils », et ne sont au fond que de vulgaires escrocs.
(Hogier-Grison, Le Monde où l’on flibuste)
Colin-maillard (jeu de)
France, 1907 : Jean Colin Maillard était un chevalier du pays de Liège qui vivait vers la fin du Xe siècle. Doué d’une force herculéenne, il avait coutume de se battre avec un énorme maillet ou maillard ; de là son surnom. Ayant eu les deux yeux crevés dans une bataille contre le comte de Louvain, il continua de combattre, frappant à l’aventure sur l’ennemi.
C’est à cette particularité dramatique qu’on fait remonter l’origine de ce jeu si cher aux enfants petits et grands.
Les yeux bandés, le bras tendu,
Colin-maillard court à la ronde,
À la ronde il court éperdu,
Au grand plaisir du petit monde,
Quand il croit surprendre une main,
Sur un croc-en-jambe il trébuche ;
Et nigaud, d’embûche en embûche,
Mesure en chutes son chemin.
Et c’est le monde, et c’est la vie :
Le jeu d’enfants que chaque jour
Nous revoyons avec envie,
Nous le rejouons dans l’amour.
(Albert Gros)
… Ce qui est plus extraordinaire, c’est le jeu de colin-maillard qu’on joue ensuite après être passé au salon, quand portes et fenêtres sont bien closes et gens de maison partis. Le sort désigne d’abord celui qui, les veux bandés, doit prendre un camarade ou une amie.
Dès qu’il tient une victime, sa main ne doit la reconnaître qu’à ce signe particulier qui, jusqu’a ce jour, ne nous avait paru appelé qu’à distinguer les sexes. Mais, pour diminuer les difficultés, il a le droit de pousser aussi loin qu’il le juge nécessaire ses précieuses investigations.
(Gil Blas)
Conasse
Rigaud, 1881 : Femme stupide. — Les filles de maison appliquent cette épithète aux femmes honnêtes aussi bien qu’aux filles insoumises qui, d’après ces cloîtrées de la prostitution, ne comprennent pas mieux leurs intérêts les unes que les autres. Pour elles, hors de la maison, pas de salut, pas d’esprit de conduite.
Devant les étrangers et surtout devant des jeunes gens ou des hommes à conversation libre et plaisante, elles (les filles publiques) vantent leur savoir-faire, elles reprochent à leurs camarades leur impéritie, et leur donnent ains ; le nom de conasse, expression par laquelle elles désignent ordinairement une femme honnête.
(Parent-Duchatelet, De la Prostitution)
Virmaître, 1894 : Fille peu au courant du métier, qui raccroche à n’importe quel prix (Argot des souteneurs).
Rossignol, 1901 : Prostituée ainsi nommée par les autres filles, parce qu’elle n’est pas inscrite à la police sur les registres de la prostitution.
Conasse ou connasse
France, 1907 : Parties sexuelles de la femme lorsqu’elles sont flétries par les années ou les abus. Nom donné aux filles publiques. « Fille peu au courant du métier, qui raccroche pour les plus bas prix. » (Ch. Virmaître)
Connaître le numéro
Delvau, 1866 : v. a. Avoir de l’habileté, de l’expérience, — dans l’argot du peuple, qui ne se doute pas que l’expression a appartenu à l’argot des chevaliers d’industrie. « Les escrocs disent d’une personne qu’ils n’ont pu duper : Celui-là sait le numéro, il n’y a rien à faire. » (Les Numéros parisiens, 1788.) Connaître le numéro de quelqu’un. Savoir ce qu’il cache ; connaître ses habitudes, son caractère, etc.
Consigne
d’Hautel, 1808 : Donner une consigne à quelqu’un. Lui donner un ordre qui doit être exécuté strictement. Ce mot, exclusivement consacré à l’art militaire, est de mauvais goût dans la conversation.
Rigaud, 1881 : Tringle de fer qui sert à attiser le feu d’un poêle ; tisonnier, — dans le jargon des troupiers.
France, 1907 : Tisonnier. « Ainsi nommé parce qu’il est terminé par un crochet (on dit accrocher pour consigner). » (Lorédan Larchey)
Corvée
France, 1907 : Travail professionnel. Aller à la corvée, raccrocher les hommes. Faire passer une fille à la corvée, la traiter de gré ou de force en prostituée.
Côtier
Fustier, 1889 : Cheval de renfort. Homme qui le conduit.
Plus curieux encore sont les côtiers, c’est-à-dire les chevaux de renfort pour les montées.
(Estafette, 1882)
France, 1907 : Cheval de renfort qui aide les chevaux d’omnibus ou de camion à monter les côtes. L’homme qui le conduit est également appelé côtier.
Psit !… viens ici, viens que j’t’accroche,
V’là l’ommibus, faut démarrer !
Ruhau !… r’cul’ donc, hé ! têt’ de boche !
Tu vas p’têt’ pas t’foute à tirer
Au cul ? T’en as assez d’la côte ?
T’as déjà soupé du métier ?
Mais tu peux pus en faire un autre,
Te v’là comm’ moi, te v’là côtier.
(Aristide Bruant)
Coup
d’Hautel, 1808 : Se battre à coup de savatte. C’est-à dire, à coups de pieds, comme le font les crocheteurs et les porteurs d’eau.
Faire les cent coups. Donner dans de grands écarts, faire des fredaines impardonnables, se porter à toutes sortes d’extravagances, mener une vie crapuleuse et débauchée ; blesser, en un mot, les règles de la pudeur, de la bienséance et de l’honnêteté.
Il a été le plus fort, il a porté les coups. Se dit en plaisantant de quelqu’un qui, n’ayant pas été le plus fort dans une batterie, a supporté tous les coups.
On dit plaisamment d’un homme économe dans les petites choses et dépensier dans les grandes, qu’Il fait d’une allumette deux coups, et d’une bouteille un coup.
Il ne faut qu’un coup pour tuer un loup. Signifie qu’il ne faut qu’un coup de hasard pour abattre l’homme le plus puissant et le plus favorisé de la fortune.
Faire un mauvais coup. Commettre quelque méchante action, quelqu’action criminelle.
Un coup de maître. Affaire conduite avec adresse, habileté.
Faire d’une pierre deux coups. Faire deux affaires en en traitant une.
Faire un mauvais coup. Ne pas réussir ou échouer dans une entreprise.
Un coup de Jarnac. Coup détourné et perfide qui se dirige contre une personne à qui l’on veut du mal.
Caire un coup de sa tête. Pour dire un coup décisif ; ne prendre conseil que de sa propre volonté.
Coup de main. On appelle ainsi un travail de peu de durée, comme lorsqu’on se fait aider par des étrangers dans un moment de presse.
Un coup de désespoir. Action causée par le chagrin, la douleur, la peine.
Avoir un coup de hache. Pour, être timbré ; avoir la tête exaltée.
Les plus grands coups sont portés. Pour dire, le plus fort est fait, le plus grand danger est passé.
Il n’y a qu’un coup de pied jusque-là. Pour dire qu’il n’y a pas loin. On se sert aussi de cette locution ironiquement, et pour se plaindre de l’éloignement d’un lieu où l’on a affaire.
Se donner un coup de peigne. Au propre, se coiffer, se retapper. Au figuré, se battre, se prendre aux cheveux.
C’est un coup d’épée dans l’eau. Pour, c’est un effort infructueux, un travail inutile.
Frapper les grands coups dans une affaire. Mettre tout en œuvre pour la faire réussir.
Discret comme un coup de canon. Homme étourdi et indiscret qui ne peut rien garder de ce qu’on lui confie.
Il fait ses coups à la sourdine. Se dit d’un fourbe, d’un hypocrite, d’un homme dont les actions sont traitres et cachées.
Delvau, 1864 : L’acte vénérien, qui est, en effet, un choc — agréable pour celle qui le reçoit comme pour celui qui le donne.
L’autre jour un amant disait
À sa maîtresse à basse voix,
Que chaque coup qu’il lui faisait
Lui coûtait deux écus ou trois.
(Cl. Marot)
Tu voudrais avoir pour un coup
Dix écus ; Jeanne, c’est beaucoup.
(Et. Tabourot)
Pour l’avoir fait deux coups en moins de demi-heure,
C’est assez travailler pour un homme de cour.
(Cabinet satyrique)
Il faut toujours se faire payer avant le coup.
(Tabarin)
L’homme philosophal que cherche, sans le trouver, la femme, est celui qui ferait réellement les cent coups.
(J. Le Vallois)
Rigaud, 1881 : Manœuvre faite dans le but de tromper. On dit : il m’a fait le coup, il m’a trompé ; c’est le coup du suicide, c’est un faux suicide annoncé pour attendrir la dupe. (L. Larchey)
La Rue, 1894 : Vol. Manœuvre dans le but de tromper. Ne pas en f…iche un coup, ne pas travailler.
Virmaître, 1894 : Procédé secret et particulier (Argot des voleurs).
Coup de chasses
Virmaître, 1894 : Coup d’œil. Système employé par certaines filles pour raccrocher les passants.
— Tu ne marches pas, as-tu vu ce coup de chasses ? (Argot du peuple).
Coup de la bascule
France, 1907 : Genre de vol très usité chez les rôdeurs qui travaillent isolément. Dans le Bas du Pavé parisien, Guy Tomel en donne l’explication :
D’une main ils saisissent au collet le passant, qui, surpris par la brusquerie de l’attaque, se rejette instinctivement en arrière. À ce moment, il trébuche, car l’assaillant lui a lié la jambe par un croc-en-jambe qui constitue le truc essentiel du coup. La victime, sentant qu’elle perd l’équilibre, étend ses bras en croix et bat l’air, au lieu de prendre à son tour l’agresseur au collet. Pendant ces oscillations, le voleur, de sa main libre, fouille rapidement les poches ou arrache la montre, avec la chaîne, cette fois. L’opération est faite, il ne reste plus qu’à imprimer une dernière poussée au bonhomme, au besoin à l’envoyer rouler dans le ruisseau par un coup de pied de zouave appliqué au creux de l’estomac et à prendre la fuite. La bascule exige beaucoup de rapidité et de précision ; c’est un coup qui rate souvent et qui n’est pas très recommandé sur les boulevards extérieurs.
On lui préfère avec raison le coup de la petite chaise, qui exige un copain.
Coup du malade
Virmaître, 1894 : Le voleur va chez un bijoutier choisir des bijoux ; il demande qu’on lui porte sa commande à son appartement ; il s’en va, et, aussitôt rentré, il se couche en attendant le commis et simule un mal subit. Quand le commis arrive il trouve l’acheteur entouré de fioles et de pommades, gémissant, il paraît souffrir mille douleurs. Il renvoie le commis chercher un autre objet qu’il dit avoir commandé la veille ; le commis part sans défiance en laissant les bijoux sur la cheminée ; aussitôt le malade se lève et se sauve au plus vite. Quand le commis revient, visage de bois (Argot des voleurs).
France, 1907 : Un escroc fait des emplettes chez un bijoutier et demande qu’ou les lui porte à son domicile, un hôtel généralement. Il se hâte de rentrer chez lui et se met au lit : quand le commis arrive avec son paquet, il trouve le client se tordant dans d’affreuses douleurs. Cependant elles se calment un peu et il demande au commis si tout est bien dans le paquet et si l’un n’a pas oublié les objets achetés la veille. Le commis, qui ignore si l’on a acheté la veille, retourne à sa boutique pour s’enquérir, en laissant le paquet. Inutile d’ajouter que lorsqu’il revient, client et bijouterie ont disparu.
Courtaud de boutanche
Delvau, 1866 : s. m. Commis de magasin, — dans l’argot des voleurs.
Virmaître, 1894 : Lourdaud de boutique. Synonyme de calicot (Argot des voleurs).
France, 1907 : Marchand ou commis marchand, dans l’argot des voleurs, qui n’ont fait que conserver le terme injurieux appliqué jadis par les nobles et les hauts bourgeois à tous les gens de commerce.
Tous les nobles autrefois portaient la robe longue ; les gens du peuple, seuls, avaient une jaquette qui ne descendait pas au-dessous du genou et les seigneurs les désignaient souvent sous le nom de courtaud.
Il n’est crocheteur, ni courtaud de boutique
Qui n’estime à vertu l’art où sa main s’applique.
(Mathurin Regnier, dans ses Satires)
Crac-cric-croc
Delvau, 1866 : s. m. Onomatopée à l’usage du peuple lorsqu’il veut rendre le bruit d’une chose qui se déchire pièce par pièce, ou qu’il broie avec ses dents.
France, 1907 : Onomatopée imitant le bruit d’une chose qui se déchire ou que l’on broie avec les dents.
Crampon
Larchey, 1865 : Fâcheux dont on ne peut se débarrasser.
Delvau, 1866 : s. m. Homme ennuyeux qui ne lâche pas sa victime et qu’on tuerait sur place, — si le Code ne punissait pas le meurtre, même dans le cas de légitime défense.
Rigaud, 1881 : Maîtresse trop fidèle, amant trop assidu, qui se cramponne à votre existence, et dont vous ne pouvez vous débarrasser. Par extension tout individu tenace.
Virmaître, 1894 : Femme ou maîtresse qui ne vous lâche pas et dont rien ne peut vous débarrasser pas même la mort — quand on en rêve (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Individu tenace de qui on ne peut se débarrasser.
France, 1907 : Maîtresse ; la femme que l’amour ou l’intérêt accroche à un mâle et qui ne lâche pas sa proie.
— Ma foi, je n’ai pu quitter mon crampon plus tôt ! Jonas avait encore une scène de jalousie à me faire.
(Édouard Ducret, Paris-Canaille)
Nous savons que le sexe tenace (vulgo : crampon) se défend mieux, dans la vie, que le sexe fort.
(Maxime Boucheron)
France, 1907 : Raseur, homme ennuyeux, dont on ne peut se défaire aisément, d’où le verbe cramponner, ennuyer, obséder.
Craq, criq, croc
d’Hautel, 1808 : Manière d’exprimer le bruit que fait une chose que l’on met en pièce, soit en la déchirant, soit en la brisant ; imitation du bruit que fait un homme qui mange excessivement vite ; qui, comme on dit vulgairement, ne fait que tordre et avaler.
Cric-croc
Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Halbert, 1849 : À ta santé.
Rigaud, 1881 : À ta santé, — dans l’ancien argot.
France, 1907 : Toast des voleurs.
Cric-croc !
Delvau, 1866 : À ta, ou À votre santé ! — dans l’argot du peuple et des voleurs.
Cric-croc !
La Rue, 1894 : À ta santé !
Cric, croc
anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : À ta santé.
Croc
d’Hautel, 1808 : Aphérèse d’escroc.
C’est un fameux croc. Dénomination injurieuse, et qui équivaut à fourbe, fripon, misérable, qui ne vit que de vols et de rapines.
Fier comme un croc. Sans doute par analogie avec croc, espèce de moustache qu’on laisse croître au-dessus des lèvres supérieures, et qui donne au visage un air noble, male et vigoureux.
Pendre une affaire au croc. La mettre à l’arriéré.
On dit aussi pendre son épée au croc. Pour se retirer du service militaire.
France, 1907 : Aphérèse d’escroc.
France, 1907 : Eau-de-vie : forme de cric.
Les trois cents marins s’abandonnaient à leur joie avec frénésie ; les marchandes leur vendaient des cannes, des étuis de fer-blanc pour leurs feuilles de route, et leur distribuaient de larges verres de croc.
(G. de La Landelle, Les Gens de mer)
France, 1907 : Pièce de vingt sous.
C’pauv’ Erness’, mince c’qui r’naude !
(C’est pour lui qu’est mon jaspin.)
Pus un croc dans sa bagn’aude :
Sa Louise y pose un lapin.
(Blédort)
Croc (avoir les)
Hayard, 1907 : Avoir faim.
Croc-en-jambe
d’Hautel, 1808 : Donner un croc-en-jambe à quelqu’un. Au figuré, signifie ruiner les espérances de quelqu’un, lui jouer de mauvais tours.
Croche
Rigaud, 1881 : Main. Apocope de « accroche. » Les mains du voleur accrochent tout ce qu’elles peuvent.
Croché
France, 1907 : Attraper, saisir ; abréviation de crocheter.
Si le matelot est en bordée (c’est-à-dire hors de son bord sans autorisation), l’hôtesse sort pour explorer les lieux, elle guette le gendarme, prévient à temps et a toujours quelque moyen tout prêt de cacher ou de faire évader son protégé : une échelle est jetée d’une fenêtre à une autre, et le matelot s’esquive dans la maison en face, tandis que le gendarme visite le domicile. Tout le quartier s’intéresse à la ruse ; mais, si le délinquant est croché, un dernier verre de cognac lui sera offert par sa logeuse elle-même avant que son escorte l’emmène.
(G. de La Landelle, Les Gens de mer)
Crocher
Halbert, 1849 / France, 1907 : Sonner.
France, 1907 : Syncope de crocheter. Crocher une serrure.
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