Rossignol, 1901 : Être en colère.
À cran
Acajou
d’Hautel, 1808 : Bois qui vient de l’Amérique, et dont on fait de fort beaux meubles. Le peuple de Paris prononce Arcajou, et dit, Une commode de bois d’arcajou. Il prononce de même Barque, pour Bac, et dit : Passer le barque. La rue du Barque.
Rigaud, 1881 : Crâne chauve. — Avoir un acajou, un bel acajou bien luisant.
Hayard, 1907 : Chauve.
Acreniller (s’)
France, 1907 : Se rider, former de petits angles, cesser d’être lisse, en parlant des prunes et autres fruits qui sèchent. Mot poitevin, saintongeais, etc., dérivé de crea, angle, cran.
(P. Malvezin)
Aller de son beurre
Delvau, 1864 : Jouir copieusement, lorsqu’on est sous l’homme, sans craindre la vérole et les enfants, et décharger deux ou trois fois sans qu’il ait déconné.
Tu m’as fait crânement jouir, cochon ! Voilà la première fois que j’y vas de mon beurre aussi franchement.
(Lemercier de Neuville)
Allumer le flambeau d’amour
Delvau, 1864 : Copuler.
J’m’approch’ crânement et j’ lui propose
D’allumer le flambeau d’ l’amour ;
Cédant au désir qui m’allèche.
De mon feu n’ jaillit qu’un’ flammèche.
(F. de Calonne)
Araignée dans le plafond (avoir une)
Larchey, 1865 : Être fou. Le cerveau serait ici le plafond et la monomanie y tendrait ses toiles.
Rigaud, 1881 : Extravaguer par instant. Le plafond figure le crâne ; l’araignée y file sa toile et empêche les idées de sortir claires et nettes.
Virmaître, 1894 : Synonyme de loufoque. Avoir la cervelle détraquée (Argot du peuple).
Avoir une crane giberne
Delvau, 1864 : Se dit d’une femme qui a de belles fesses, une Parisienne callipyge, — naturellement ou artificiellement.
Elle a une crane giberne, ton adorée, faut lui rendre justice : tout est à elle, dis ?
(Charles Monselet)
Barbizet
France, 1907 : Souteneur.
Magnette excitait par sa crânerie une admiration que rehaussait encore la renommée de son bon cœur et de sa probité, on le donnait pour exemple aux barbizets qui débutaient dans la carrière.
(Oscar Méténier)
Bille de billard
Fustier, 1889 : Crâne dénudé et, par extension, vieillard.
Ah ! mince alors ! si les billes de billard se mettent à moucharder la jeunesse !…
(Meilhac et Halévy, Lolotte)
France, 1907 : Tête chauve. Une bille à la châtaigne, une tête ridicule, à cause de l’habitude de quelques gens de s’amuser à graver des figures grotesques sur des châtaignes.
Bobine
un détenu, 1846 : Figure risible.
Delvau, 1866 : s. f. Tête, visage, — dans l’argot du peuple, qui a constaté fréquemment les bobes ou grimaces que les passions font faire à la figure humaine, d’ailleurs terminée cylindriquement.
Rigaud, 1881 : Tête, physionomie. — Bobine décidée, crâne chauve. La variante est : Bille d’ivoire.
Comme ta bille d’ivoire reluit ! disait à Murger une Aspasie au rabais. — Je crois bien, je fais venir le frotteur une fois par semaine.
Virmaître, 1894 : Tête (Argot du peuple). V. Tronche.
Rossignol, 1901 : Visage.
Tu es malade, il faut te soigner : tu as une sale bobine.
Hayard, 1907 : Visage.
France, 1907 : Figure ; du vieux français bobe, moue, grimace.
Beau jeune homme, écoutez-moi donc !
Votre figure est charmante et mutine.
Beau jeune homme, écoutez-moi donc !
Laissez-moi baiser votre cou mignon.
Non, mam’sell’, je ne vous écout’ pas !
De l’échafaud j’ai sauvé ma bobine ;
Non, mam’sell’, je ne vous écout’ pas !
Car j’ai fait la nique au grand coutelas.
(Jules Jouy)
Plus de fil sur la bobine, être chauve.
France, 1907 : Montre.
Bouffer son cran
Virmaître, 1894 : Ne pas être content, marronner. On dit aussi : bouffer son bœuf (Argot d’imprimerie).
Bourreau des cranes
France, 1907 : Matador, fier-à-bras.
Cadet
d’Hautel, 1808 : Un cadet hupé. Le coq du village ; campagnard qui a du foin dans ses bottes ; garçon jeune, robuste et vigoureux.
Le cadet. Pour dire le derrière.
C’est un torche cadet ; ce n’est bon qu’à torcher cadet. Se dit d’un papier inutile, ou pour marquer le mépris que l’on fait d’un mauvais ouvrage.
Cadet de haut appétit. Voy. Appétit.
Ansiaume, 1821 : Pince pour voler.
Il faut un fameux cadet pour débrider la lourde de l’antonne.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Pince en fer (Voyez Monseigneur).
Vidocq, 1837 : s. m. — Pince de voleur.
M.D., 1844 : Instrument avec lequel on casse une porte.
un détenu, 1846 : Principal outil pour casser les portes.
Halbert, 1849 : Outil pour forcer les portes.
Larchey, 1865 : Derrière.
Sur un banc elle se met. C’est trop haut pour son cadet.
(Vadé)
Larchey, 1865 : Individu. — Pris souvent en mauvaise part.
Le cadet près de ma particulière s’asseoit sur l’ banc.
(Le Casse-Gueule, chanson, 1841)
Larchey, 1865 : Pince de voleur (Vidocq). — Cadet a ici le sens d’aide, de servant. On sait que le nom de cadet est donné aux apprentis maçons. V. Caroubleur.
Delvau, 1866 : s. m. Les parties basses de l’homme, « la cible aux coups de pied ». Argot du peuple. Baiser Cadet. Faire des actions viles, mesquines, plates. Faubouriens et commères disent fréquemment, pour témoigner leur mépris à quelqu’un ou pour clore une discussion qui leur déplaît : « Tiens, baise Cadet ! »
Delvau, 1866 : s. m. Outil pour forcer les portes. Même argot [des voleurs].
Delvau, 1866 : s. m. Synonyme de Quidam ou de Particulier. Tu es un beau cadet ! Phrase ironique qu’on adresse à celui qui vient de faire preuve de maladresse ou de bêtise.
Rigaud, 1881 : Apprenti maçon.
Rigaud, 1881 : Derrière. — Baiser cadet, se conduire ignoblement. — Baise cadet, apostrophe injurieuse à l’adresse d’un importun, d’un ennuyeux personnage ; locution autrefois très répandue dans le grand monde des halles où, pour un rien, Cadet était sur le tapis et quelquefois à l’air.
Rigaud, 1881 : Pince à l’usage des voleurs, petite pince.
La Rue, 1894 : Petite pince de voleur. Le postérieur. Paquet d’objets votés ; fargué au cadet, chargé du vol.
Virmaître, 1894 : Le postérieur.
— Viens ici, bibi, que je torche ton petit cadet.
— Tu as une figure qui ressemble à mon cadet (Argot du peuple).
France, 1907 : Individu quelconque ; apostrophe adressée à quelqu’un qui vient de faire une bêtise : Vous êtes un fameux cadet. Se dit aussi pour un paquet d’objets volés. Cadet de mes soucis, chose qui n’importe pas et dont je ne m’inquiète nullement.
Les femmes veulent qu’on obéisse, non à ce qu’elles disent, mais à ce qu’elles pensent. Avec elles, il faut sentir et non pas raisonner. Aussi bien la logique est-elle le cadet de leurs soucis. Un jour, une de mes bonnes amies m’a donné là-dessus une leçon dont j’ai fait mon profit. Je veux que vous en ayez votre part.
(Hugues Le Roux)
France, 1907 : Le derrière.
— Monsieur Coquelin cadet ?
Et, debout devant son armoire à glace, en manches de chemise, un bonnet de coton rouge sur la tête, la figure navrée, j’aperçus Cadet !
J’éclatai de rire.
— Pourquoi ce bonnet ? vous êtes malade ?
— J’ai un clou.
— Sur le crâne ?
— Non, plus bas… Ici. Mais ne le dites pas.
— Pourquoi cela ?
— Parce qu’il ne serait pas content… mon homonyme, sur lequel je ne puis plus m’asseoir.
(Lucien Puech, Gil Blas)
Bon pour Cadet, chose de nulle valeur. Baiser Cadet, faire des actions basses, se mettre à plat ventre devant un chef, ce que les faubouriens appellent lécher le cul.
France, 1907 : Pince de voleurs ; paquet d’objets volés.
Cadratins
Boutmy, 1883 : s. m. pl. Petits parallélépipèdes de même métal et de même force que les caractères d’imprimerie, mais moins hauts que les lettres de diverses sortes. Ils servent à renfoncer les lignes pour marquer les alinéas et portent sur une de leurs faces un, deux ou trois crans. Jeu des cadratins. On joue avec ces petits prismes rectangulaires à peu près comme avec les dés à jouer. Les compositeurs qui calent, et même ceux qui ne calent pas, s’amusent quelquefois à ce jeu sur le coin d’un marbre. Quand le joueur n’amène aucun point, on dit qu’il fait blèche. Il va sans dire que l’enjeu est toujours une chopine, un litre ou toute autre consommation. Les typographes appellent aussi cadratin le chapeau de haute forme, désigné dans l’argot parisien sous le nom si juste et si pittoresque de tuyau de poêle.
Caillou
Delvau, 1866 : s. m. Figure grotesque, — dans l’argot des voyous. Signifie aussi Nez.
Rigaud, 1881 : Figure. — Se sucer le caillou, s’embrasser. — Avez-vous fini de vous sucer le caillou ?
Rigaud, 1881 : Nez, — dans le jargon des voyous. (A. Delvau) — Avoir son caillou, être légèrement pris de vin.
La Rue, 1894 : Bonne tête, Naïf. Crâne. Nez.
Virmaître, 1894 : Tête. Il a rien un sale caillou (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Tête.
Hayard, 1907 : Tête chauve.
France, 1907 : Figure, crâne. Caillou déplumé, tête chauve. On dit aussi dans le même sens : n’avoir plus de mousse sur le caillou.
Un affreux rôdeur de barrière comparaît en cour d’assises ; il a assassiné un malheureux vieillard sans défense.
— Votre profession ?
— Casseur de cailloux.
Et il jette un regard menaçant et féroce sur le crâne chauve du président !
Se dit aussi simplement pour tête.
Si l’bigornot barr’ ton trimin,
Sur le caillou mets-lui un pain.
(Hogier-Grison)
Le mot caillou désigne également un naïf qui, dans les salles de vente, se laisse entraîner et se voit adjuger l’objet beaucoup plus cher qu’il ne vaut.
Casseur
d’Hautel, 1808 : Un casseur. Terme injurieux et de mépris qui équivaut à tapageur, crâne, mauvais sujet, hâbleur, fanfaron.
Larchey, 1865 : Tapageur, prêt à tout casser.
La manière oblique dont ils se coiffent leur donne un air casseur.
(R. de la Barre)
Delvau, 1866 : s. m. Fanfaron, qui a l’air de vouloir tout casser, — dans l’argot du peuple. Mettre son chapeau en casseur. Sur le coin de l’oreille, d’un air de défi.
La Rue, 1894 : Tapageur. Dénonciateur.
France, 1907 : Dénonciateur.
France, 1907 : Tapageur. Se coiffer en casseur, mettre son chapeau sur l’oreille à la façon des anciens fiers-à-bras. Le type est un peu passé, on s’est aperçu que tous ces casseurs n’étaient au fond que des casseurs d’assiettes et des enfonceurs de portes ouvertes. On disait autrefois casseur d’acier.
Chausser une femme
Delvau, 1864 : Être le mâle qui lui convient, avoir le membre qui s’adapte le mieux à son con.
Je veux dire que tu es un crâne fouteur, que ta me cgausses comme jamais, en effet, je n’ai été chaussée.
(Lemercier de Neuville)
Coiffé comme saint Roch
France, 1907 : Coiffé de travers, en casseur d’assiettes, en bourreau des crânes. Cette expression, qui a vieilli, vient de ce que l’on représente généralement saint Roch avec un chapeau retroussé par devant, omme se coffaient, autrefois, les « mauvais garçons », et légèrement inclinée sur l’oreille. On trouve, dans le Poêle crotté de Saint-Amaunt :
Un feustre noir, blanc de vieillesse,
Garny d’un beau cordon de gresse,
…
Couvrait la hure de la beste,
Trousse par devant en Saint Roch,
Avec une plume de coq.
Connaissance
Delvau, 1864 : Maîtresse, concubine.
Ah ! vous avez une connaissance, monsieur !
(De Leuven)
Larchey, 1865 : Maîtresse.
Ah ! vous avez une connaissance, monsieur !
(De Leuven)
Delvau, 1866 : s. f. Maîtresse, — dans l’argot des ouvriers, qui veulent connaître une fille avant de la prendre pour femme.
Rigaud, 1881 : Amant, maîtresse ; fiancé, fiancée, — dans le jargon des ouvriers, des militaires et des bonnes d’enfants.
T’nez M’sieu, j’aime mieux vous dire tout d’ suite, j’ai z’une connaissance.
(Grévin)
France, 1907 : Bonne amie, maîtresse.
— Tu l’aim’s donc bien, c’te connaissance ?
— N’m’en parl’ donc pas, j’m’en frais crever !
(Chant d’atelier)
La connaissance est la compagne obligatoire du pioupiou et même du cavalier et du pompier. C’est elle qui vous fait passer agréablement les heures de promenade entre la soupe et la retraite ; elle qui vous refile une petite fiole de fine et de la bonne, prélevée sur la bouteille du bourgeois ; elle qui vous fait pénétrer dans la boîte par l’escalier de service, afin de vous donner le tendre bécot qu’elles n’a pas épanché sur votre joue aux Tuileries ; elle qui vous nourrit du quartier de poulet qu’elle mis en réserve à votre intention et qu’elle arrose, la chère amie, d’une bouteille de vin cacheté et de ses plus ineffables tendresses ; elle qui vous donne la clé de sa chambre lorsque vous avez la permission de la nuit ; elle qui vous paye de bons cigares avec son sou du franc, si toutefois son singe ne fume pas ; elle encore que vous verrez au premier rang de la foule, derrière le cipal, aux jours de revue, fière de vous voir si beau sous l’uniforme, admirant votre air crâne et martial, et vous électrisant avec ses œillades pleines de promesses.
(Traité de civilité militaire et d’honnêteté, enseignée par Dache)
Le boursier X…, l’homme le plus riche, mais le plus connu pour sa paillardise, allait rendre le dernier soupir.
Son neveu arrive en toute hâte de Nice pour le voir une dernière fois.
— Savez-vous, demande-t-il au valet de chambre, si mon oncle a encore sa connaissance ?
— Certainement, monsieur, ils sont même ensemble depuis ce matin.
(Tintamarre)
— Laisse-moi parler ; tu vois bien que c’est la dernière fois que j’t’embête… Dis donc, Albert, comment que ça se fait que tu parles toujours de tes connaissances, et qu’j’aurais pas eu l’droit d’aimer aussi, moi…
(L.-V. Meunier, Chair à plaisir)
Couillon
Rigaud, 1881 : Poltron. Vient de Coilly ou Couilly, petit village de la Brie Champenoise, aujourd’hui dans le département de Seine-et-Marne, arrondissement de Meaux. Un vieux quatrain recueilli dans les adages français donne une haute idée du courage des gens de Couilly, les Couillyons.
Mil cinq cent vingt et quatre
Coilli fut pris sans combattre ;
Et les blés furent engelés
Et maints gens déshonorés.
Virmaître, 1894 : Imbécile, peureux (Argot du peuple).
France, 1907 : Poltron, bête, pusillanime ; du vieux français couillu, même sens.
Quoique ça, les malins voyaient le bout de l’oreille : « Méfiez-vous, les aminches, qu’ils rengainaient, les chefs vous lâcheront d’un cran un de ces quatre matins… Et vous vous retrouverez couillons comme devant. »
(Le Père Peinard)
On écrit aussi coïon.
— Tenez, voulez-vous que je vous dise ? s’exclama à la fin Béchu, vous êtes tous des coïons. Eh bien ! j’irai, moi.
Chamerot, qui rentrait en bouclant la ceinture de son pantalon, lui serra les mains :
— C’est bien, ça, Béchu. Tu es un homme. toi !
(Camille Lemonnier)
Coup de marteau
Rigaud, 1881 : Grain de folie. Mot à mot : coup de marteau qui a fendu le crâne. Autrefois on disait dans le même sens « coup de hache. » Celui qui avait reçu un coup de hache était réputé aux trois quarts fou.
Oui, il aime à bouffonner ; et l’on dirait parfois, ne v’s en déplaise, qu’il a quelque petit coup de hache à la tête.
(Molière, Le Médecin malgré lui, acte II, sc. 1.)
Virmaître, 1894 : Fou par instant (Argot du peuple). V. Mailloché.
Cran
Boutmy, 1883 : s. m. Entaillure faite à la lettre pour en distinguer le sens. Au figuré, avoir son cran, c’est Avoir son bœuf ou sa chèvre, mais à un degré moindre.
France, 1907 : Consommation.
Cran (avoir son ou être à)
France, 1907 : Être en colère, se tourmenter. Bouffer son cran, même sens. Se mettre à cran, s’échauffer. Faire un cran, allusion à la coutume des boulangers de marquer le nombre de pains que prennent leurs clients par un cran sur un morceau de bois appelé taille. Lâcher d’un cran, quitter quelqu’un, s’en séparer subitement. Se serrer d’un cran, jeûner.
Cran (avoir son)
Rigaud, 1881 : Être en colère, — dans le jargon des typographes.
Cran (être à cran)
Virmaître, 1894 : Être furieux. On dit aussi : être à crin (Argot du peuple).
Cran (être à)
Hayard, 1907 : Être furieux.
Cran (lâcher d’un)
Larchey, 1865 : Planter là, abandonner subitement.
Nous vous lâcherons d’un cran.
(Vidal, 1833)
Rigaud, 1881 : Quitter. On lâche d’un cran, les gens qui ennuient ou déplaisent.
Cran (se serrer d’un)
Fustier, 1889 : Se priver de. Se serrer le ventre, ne pas manger à sa faim.
Crâne
d’Hautel, 1808 : Tapageur, mauvaise tête, vaurien, qui ne cherche que dispute et querelle.
Mettre son chapeau en crâne. C’est-à-dire, sens-devant-derrière, à la façon des tapageurs et des mauvais sujets ; à la sacrée mon ame.
Larchey, 1865 : Beau.
C’est ça qui donne une crâne idée de l’homme !
(Gavarni)
Larchey, 1865 : Bon.
Quand j’étais sur la route de Valenciennes, c’est là que j’en avais du crâne du tabac !
(H. Monnier)
Vient de l’ancien terme : mettre son chapeau en crâne. C’était le mettre sens devant derrière, à la façon des tapageurs qui prétendaient faire partout la loi sous le premier Empire. V. d’Hautel.
Larchey, 1865 : Hardi.
Est-il crâne cet enragé-là !
(P. Lacroix, 1832)
Delvau, 1866 : adj. Superlatif de Beau, de Fort, d’Éminent, de Bon. Avoir un crâne talent. Avoir beaucoup de talent.
Delvau, 1866 : s. m. Homme audacieux, — dans l’argot du peuple. Faire son crâne. Faire le fanfaron.
France, 1907 : Beau, hardi, fort. Homme crâne, homme audacieux. Un crâne talent, un grand talent. Faire son crâne, faire le fanfaron.
Et le capitaine Marius Courtebaisse ne s’en portait pas plus mal, avait l’air crâne et heureux, se livrait à son innocente manie avec le calme d’un philosophe qui a beaucoup vu, beaucoup retenu, et trouve qu’après tout rien ne vaut de belles lèvres rouges et charnues et une croupe de femme éblouissante, rose et blanche aux fraicheurs de marbre, et une petite vigne où, à pointe d’aube, l’on ramasse des escargots, l’on cueille des grappes tout humides de rosée et une maison où nul importun ne vous gêne, où l’on mange sur du linge qui fleure la bonne lessive, ou l’on dort dans de beaux draps, souvent avec, à côté de soi, une passagère maîtresse qu’on ne reverra plus le lendemain…
N’est-ce pas là le bonheur — le vrai bonheur qui ne laisse pas de désillusions et de nostalgiques regrets ?
(Mora, Gil Blas)
Crânement
Larchey, 1865 : Supérieurement.
J’ai été maître d’armes… et je puis dire que je tirais crânement.
(Méry)
Elle prenait la brosse chez un peintre, la maniait par raillerie, et faisait une tête assez crânement.
(Balzac)
Je suis crânement contente de vous voir.
(E. Sue)
Delvau, 1866 : adv. Beaucoup, supérieurement, fortement. Avoir crânement de talent. En avoir beaucoup.
France, 1907 : Supérieurement.
Crâner
Rigaud, 1881 : Faire le rodomont.
Rossignol, 1901 : Faire le malin.
Tu n’as pas besoin de crâner, parce que tu as quatre sous dans ta poche.
France, 1907 : Faire le fanfaron, le poseur.
Crâneur
Delvau, 1866 : s. m. Homme audacieux, ou plutôt fanfaron d’audace. Faire son crâneur. Parler ou marcher avec aplomb, comme un homme qui ne craint rien.
Rossignol, 1901 : Celui qui crâne. Avoir l’air indifférent d’une chose qui fait de la peine, s’en moquer, c’est crâner.
Tu fais le malin parce vue vous êtes deux contre moi ; si tu étais seul, tu ne serais pas si crâneur.
Hayard, 1907 : Vantard.
France, 1907 : Fanfaron.
Crâneur (faire le)
Virmaître, 1894 : Homme qui se fait plus fort qu’il ne l’est, au physique connue au moral. Un souteneur qui veut tenir le haut du pavé, est un crâneur (Argot du peuple).
Cric
Delvau, 1866 : s. m., ou crique s. f. Eau-de-vie de qualité inférieure, — dans l’argot des faubouriens.
Merlin, 1888 : Voyez Schnick.
La Rue, 1894 : Eau-de-vie. Être remonté, comme l’outil du même nom. Un cran est une consommation.
Rossignol, 1901 : Mauvaise eau-de-vie.
France, 1907 : Eau-de-vie.
David
Fustier, 1889 : Casquette de soie. Du nom du bon faiseur.
Parlant argot, portant les rouflaquettes bien cirées, la blouse de fil tirée aux épaules, le David crânement posé sur le front…
(Humbert, Mon bagne)
France, 1907 : Casquette de soie qu’affectionnent les souteneurs, vulgairement appelée casquette à trois ponts. David est, paraît-il, l’industriel qui, le premier, lança cette coiffure.
… Les rouflaquettes bien cirées, la blouse de fil tirée aux épaules, le David crânement posé sur le front…
(Humbert, Mon bagne)
Débagouler
d’Hautel, 1808 : Au propre, dégueuler, vomir. Au figuré, parler sans ménagement, clabauder, en dégoiser.
On dit d’un bavard, d’un homme qui se plaît à dire des grossièretés, des injures, que quand il aura tout débagoulé, il finira par se taire.
Delvau, 1866 : v. a. Parler, — dans l’argot du peuple.
Virmaître, 1894 : Cette expression est usitée dans les faubourgs pour qualifier un orateur de réunion publique qui débagoule son boniment (Argot du peuple).
Hayard, 1907 : Parler avec abondance.
France, 1907 : Parler.
Il montra le poing à la vision de cet inconnu hostile, débagoula un flot d’injures en sacrant effroyablement.
(C. Lemonnier)
Pour qu’on entende tes harangues,
Braille-les dans l’argot du jour ;
Pourquoi pas ? Tu dois, tour à tour,
Débagouler toutes les langues.
(André Gill, La Muse à Bibi)
Déplumer (se)
Delvau, 1866 : v. réfl. Perdre ses cheveux.
Rigaud, 1881 : Perdre ses cheveux. — Déplumé, chauve.
France, 1907 : Devenir chauve.
Certes, ce mariage ne remplissait pas tous les vœux d’Aline, il s’en fallait ! M. Saulnoy n’avait plus l’âge ni la tournure d’un jeune premier ; son ventre commençait à bedonner, son crâne à se déplumer ; ce n’était pas son idéal, à elle, le mari de ses rêves, oh ! non. Mais le rencontre-t-on jamais ce parfait galant et soupirant accompli, ce pur être de raison ?
(Albert Cim, Demoiselles à marier)
Distribuer
Boutmy, 1883 : v. intr. Mettre chaque lettre dans le cassetin qui lui est propre Distribuer à la Belge. Distribuer cran dessus.
Écoutille (l’)
Delvau, 1864 : La nature de la femme — dans l’argot des marins d’eau de mer et d’eau douce.
Allons, la garce, haut la quille !
Mon vit est crânement drissé ;
Ouvre moi ta large écoutille,
Embarque-moi : je suis pressé.
(Alphonse Karr)
Écran
d’Hautel, 1808 : Servir d’écran à quelqu’un. Le protéger contre toute atteinte ; le favoriser.
On dit aussi, par ironie, de quelqu’un qui a l’incivilité de se placer devant le feu, à l’exclusion de toute la société, qu’Il sert d’écran.
Estomac
d’Hautel, 1808 : Il a un estomac d’autruche, il digéreroit le fer. Se dit d’un gourmand à qui rien ne peut faire mal ; et d’un homme qui a l’estomac bien constitué.
Delvau, 1866 : s. m. La gorge de la femme, — dans l’argot du peuple, qui parle comme écrivait Marot :
Quant je voy Barbe en habit bien luisant,
Qui l’estomac blanc et poli desœuvre.
Rigaud, 1881 : Courage, intrépidité, — dans l’argot des joueurs.
Avoir de l’estomac au jeu, c’est poursuivre la veine sans se déconcerter, sans broncher, dans la bonne ou la mauvaise fortune.
(Les Joueuses, 1868)
Peu de joueurs étaient aussi crânes, avaient un pareil estomac !
(Vast-Ricouard, le Tripot, 1880)
Beau joueur, Grandjean, et quel estomac !
(Figaro du 5 mars 1880)
On dit d’un joueur très intrépide qu’il a un estomac d’enfer.
La Rue, 1894 : Courage, audace au jeu.
France, 1907 : Aplomb, audace, sang-froid, effronterie. On dit d’un beau joueur : « Il a de l’estomac. » Se dit aussi d’un politicien roublard et sans vergogne.
Le langage populaire désigne deux sortes d’intrépidité par deux locutions spéciales ; et cette phrase : « Il n’a pas froid aux yeux », ne signifie pas précisément la même chose que : « Il a un rude toupet. » Or nous sommes tellement démoralisés que nous en arrivons à ne plus sentir cette nuance. Combien de fois, devant un coquin qui se carre dans sa mauvaise réputation et porte beau sous l’infamie, n’avez-vous pas entendu dire : « Il est crâne, il a de l’estomac… »
(François Coppée)
Je ne suis certes pas pessimiste, et j’aime la bataille par tempérament, mais j’avoue que le métier de député, accepté d’une certaine manière, est un métier abominablement écœurant.
Il exige, pour quelques-uns, une réelle maîtrise dans la canaillerie familière et dans la roublardise. Il faut de l’estomac, comme on dit, pour bien tenir l’emploi.
(A. Maujan)
Avoir de l’estomac se dit aussi pour avoir une grosse fortune, offrir de sérieuses garanties dans les affaires. « Vous pouvez aller en toute confiance, le patron a de l’estomac. »
Être à cran
Rossignol, 1901 : En colère.
Faire
d’Hautel, 1808 : Pour tromper, duper, attraper, friponner ; filouter, voler.
Je suis fait. Pour dire attrapé, on m’a trompé.
Faire de l’eau. Pour dire uriner, pisser. Hors de ce cas, c’est un terme de marine qui signifie relâcher en quelqu’endroit pour faire provision d’eau.
Faire de nécessité vertu. Se conformer sans rien dire aux circonstances.
Faire et défaire, c’est toujours travailler. Se dit par ironie à celui qui a mal fait un ouvrage quelconque, et qu’on oblige à le recommencer.
Quand on fait ce qu’on peut, on fait ce qu’on doit. Signifie qu’il faut savoir gré à celui qui marque du zèle et de l’ardeur dans une affaire, lors même qu’elle vient à ne pas réussir.
Paris ne s’est pas fait en un jour. Signifie qu’il faut du temps à un petit établissement pour devenir considérable ; qu’il faut commencer par de petites affaires avant que d’en faire de grandes.
Allez vous faire faire. Pour allez au diable ; allez vous promener, vous m’impatientez. Ce mot couvre un jurement très-grossier.
Le bon oiseau se fait de lui-même. Signifie qu’un bon sujet fait son sort par lui-même.
Faire et dire sont deux. Signifie qu’il est différent de faire les choses en paroles et de les exécuter.
Il n’en fait qu’à sa tête. Se dit d’un homme entier, opiniâtre, qui se dirige absolument d’après sa volonté.
Qui fait le plus fait le moins. Pour dire qu’un homme qui s’adonne à faire de grandes choses, peut sans contredit exécuter les plus petites.
Faire ses orges. S’enrichir aux dépens des autres s’en donner à bride abattue.
Faire le diable à quatre. Signifie faire des siennes, faire des fredaines ; un bruit qui dégénère en tintamare.
Faire les yeux doux. Regarder avec des yeux tendres et passionnés.
Faire son paquet. S’en aller ; sortir précipitamment d’une maison où l’on étoit engagé.
Faire la vie. Mener une vie honteuse et débauchée.
Il en fait métier et marchandise. Se dit en mauvaise part, pour c’est son habitude ; il n’est pas autrement.
Faire la sauce, et plus communément donner une sauce, etc. Signifie faire de vifs reproches à quelqu’un.
Faire d’une mouche un éléphant. Exagérer un malheur ; faire un grand mystère de peu de chose.
L’occasion fait le larron. C’est-à-dire, que l’occasion suffit souvent pour égarer un honnête homme.
Ce qui est fait n’est pas à faire. Signifie que quand on peut faire une chose sur-le-champ, il ne faut pas la remettre au lendemain.
Allez vous faire paître. Pour allez vous promener.
Les première et seconde personnes du pluriel du présent de l’indicatif de ce verbe sont altérées dans le langage du peuple. À la première personne il dit, par une espèce de syncope, nous fons, au lieu de nous faisons ; et à la seconde, vous faisez, au lieu de vous faites.
Larchey, 1865 : Faire la place, commercialement parlant.
De tous les points de Paris, une fille de joie accourait faire son Palais-Royal.
(Balzac)
Je suis heureux d’avoir pris ce jour-ci pour faire la vallée de l’Oise.
(Id.)
Larchey, 1865 : Nouer une intrigue galante.
Est-ce qu’un homme qui a la main large peut prétendre à faire des femmes ?
(Ed. Lemoine)
Dans une bouche féminine, le mot faire indique de plus une arrière-pensée de lucre. C’est l’amour uni au commerce.
Et toi, ma petite, où donc as-tu volé les boutons de diamant que tu as aux oreilles ? As-tu fait un prince indien ?
(Balzac)
Tu as donc fait ton journaliste ? répondit Florine. — Non, ma chère, je l’aime, répliqua Coralie.
(id.)
Larchey, 1865 : Risquer au jeu.
Nous faisions l’absinthe au piquet à trois.
(Noriac)
Faire dans la quincaillerie, l’épicerie, la banque, etc. ; Faire des affaires dans la quincaillerie, etc.
Larchey, 1865 : Voler.
Nous sommes arrivés à faire les montres avec la plus grande facilité.
(Bertall)
Son fils qui fait le foulard à ses moments perdus.
(Commerson)
Delvau, 1866 : s. m. Façon d’écrire ou de peindre, — dans l’argot des gens de lettres et des artistes.
Delvau, 1866 : v. a. Dépecer un animal, — dans l’argot des bouchers, qui font un veau, comme les vaudevillistes un ours.
Delvau, 1866 : v. a. Visiter tel quartier commerçant, telle ville commerçante, pour y offrir des marchandises, — dans l’argot des commis voyageurs et des petits marchands.
Delvau, 1866 : v. a. Voler, et même Tuer, — dans l’argot des prisons. Faire le foulard. Voler des mouchoirs de poche. Faire des poivrots ou des gavés. Voler des gens ivres. Faire une maison entière. En assassiner tous les habitants sans exception et y voler tout ce qui s’y trouve.
Delvau, 1866 : v. n. Cacare, — dans l’argot à moitié chaste des bourgeois. Faire dans ses bas. Se conduire en enfant, ou comme un vieillard en enfance ; ne plus savoir ce qu’on fait.
Delvau, 1866 : v. n. Jouer, — dans l’argot des bohèmes. Faire son absinthe. Jouer son absinthe contre quelqu’un, afin de la boire sans la payer. On fait de même son dîner, son café, le billard, et le reste.
Delvau, 1866 : v. n. Travailler, être ceci ou cela, — dans l’argot des bourgeois. Faire dans l’épicerie. Être épicier. Faire dans la banque. Travailler chez un banquier.
Rigaud, 1881 : Dérober. — Faire le mouchoir, faire la montre. L’expression date de loin. M. Ch. Nisard l’a relevée dans Apulée.
Vous êtes de ces discrets voleurs, bons pour les filouteries domestiques, qui se glissent dans les taudis des vieilles femmes pour faire quelque méchante loque. (Scutariam facitis)
Rigaud, 1881 : Distribuer les cartes, — dans le jargon des joueurs de whist. — Jouer des consommations, soit aux cartes, soit au billard. Faire le café en vingt points, — dans le jargon des piliers de café.
Rigaud, 1881 : Exploiter, duper. — Faire faire, trahir. Il m’a fait faire, — dans le jargon des voleurs.
Rigaud, 1881 : Faire le commerce de ; être employé dans une branche quelconque du commerce. — Faire les huiles, les cafés, les cotons. Mot à mot : faire le commerce des huiles, des cotons, etc.
Rigaud, 1881 : Guillotiner, — dans le langage de l’exécuteur des hautes-œuvres.
M. Roch (le bourreau de Paris) se sert d’une expression très pittoresque pour définir son opération. Les criminels qu’il exécute, il les fait.
(Imbert.)
Rigaud, 1881 : Parcourir un quartier au point de vue de la clientèle, — dans l’argot des filles. Elles font le Boulevard, le Bois, les Champs-Élysées, comme les placières font la place.
Rigaud, 1881 : Séduire.
La puissante étreinte de la misère qui mordait au sang Valérie, le jour où, selon l’expression de Marneffe, elle avait fait Hulot.
(Balzac, La Cousine Bette)
L’artiste qui, la veille, avait voulu faire madame Marneffe.
(Idem)
Faire une femme, c’est mot à mot : faire la conquête d’une femme.
Le temps de faire deux bébés que nous ramènerons souper ; j’ai le sac.
(Jean Rousseau, Paris-Dansant)
Quand une femme dit qu’elle a fait un homme, cela veut dire qu’elle fonde des espérances pécuniaires sur celui qu’elle a séduit, qu’elle a fait une affaire avec un homme. — Les bals publics sont des lieux où les femmes vont faire des hommes, mot à mot : le commerce des hommes.
Rigaud, 1881 : Tuer, — dans le jargon des bouchers : faire un bœuf, tuer un bœuf et le dépecer.
Rigaud, 1881 : Vaincre, terrasser, — dans l’argot des lutteurs.
Il ajouta qu’en se glorifiant d’avoir fait le Crâne-des-Crânes, certains saltimbanques en avaient menti.
(Cladel, Ompdrailles, Le Tombeau des lutteurs.)
Fustier, 1889 : Arrêter. Argot des voleurs. Être fait, être arrêté.
Le lendemain matin, il questionne la Lie-de-Vin… puis il part. Dans l’après-midi il était fait.
(Gil Blas, juin, 1886.)
La Rue, 1894 : Exploiter, duper. Arrêter. Jouer. Trahir. Séduire : faire une femme, faire un homme. Raccrocher. Dérober. Tuer. Vaincre, terrasser. Guillotiner.
Virmaître, 1894 : Les bouchers font un animal à l’abattoir. Faire : tuer, voler. Faire quelqu’un : le lever. Faire : synonyme de fabriquer (Argot du peuple et des voleurs).
France, 1907 : Exploiter.
Elles faisaient les bains de mer et les villes d’eaux, émigrant suivant la saison, comme les bohémiens, comme les hirondelles, des falaises grises de la Manche qu’un gazon plat encapuchonne aux côtes méditerranéennes où la blancheur luit dans l’azur.
(Paul Arène)
France, 1907 : Voler.
Deux filous causent de la future Exposition :
— C’est une bonne affaire pour nous… Ça fournit des occupations…
— Qu’est-ce que tu y faisais en 1869 ?
— Les montres.
(Le Journal)
Il lançait de vastes affaires sur le marché, comme la Caisse d’Algérie, et il ne dédaignait pas de vulgaires filouteries. Ses opérations se trouvèrent ainsi embrasser tous les cercles de la vie de Paris. Il ne dédaignait aucun coup à tenter. Il faisait le million aux riches gogos et le porte-monnaie aux passants.
(Edmond Lepelletier)
Un monsieur, très pressé, court dans la rue.
Un quidam le rejoint, lui frappe sur l’épaule et lui demande impérieusement :
— Où allez-vous ?
— Qu’est-ce que ça peut vous faire ? répond le monsieur furieux.
— Ça me fait beaucoup… on vient de me voler !
— Et vous m’accusez ?
— Oui.
— C’est trop fort !
— N’essayez pas de m’en imposer.
— Mais fouillez-moi, espèce de crétin !
Le quidam fouille le monsieur, et se retire en présentant de plates excuses.
Quand Le monsieur se fouille à son tour, il s’aperçoit qu’on lui a fait sa montre et son porte-monnaie.
(Gil Blas)
À la correctionnelle :
— Alors, dit familièrement le président au prévenu, vous vous vantez de faire la montre aves une remarquable dextérité ?
— Aussi bien que personne ici !
Puis il ajoute courtoisement :
— Soit dit sans vous offenser.
Faire son fendant
France, 1907 : Faire l’important, le rodomont, le tranche-montagne, toujours prêt à fendre les crânes suivant l’usage des Gascons. Aussi disait-on autrefois fendant de Gascogne.
Sans faire cependant le fendant de Gascogne,
Si j’eusse eu la mia spada di Catalogne,
Je croi qu’ils n’en auroient croqué que d’une dent ;
Mais elle se rompit, ô cruel accident !
Je sentis un frisson se couler dans mes veines.
(Nicolas R. de Grandval, Le Vice puni)
Faire un cran
Larchey, 1865 : Tenir bonne note d’une chose.
Faraud
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Monsieur comme il faut.
Halbert, 1849 : Monsieur.
Delvau, 1864 : Amant de cœur, maquereau.
Monsieur, il faut vous déclarer
Que c’est une femme effrontée.
Qui fit assassiner son homme
Par son faraud…
dit l’auteur de la chanson sur le supplice de la Lescombat.
Delvau, 1866 : s. m. Monsieur, — dans l’argot des voleurs et du peuple, qui ont remarqué que les messieurs avaient assez ordinairement l’air fiérot. A signifié aussi, à l’origine, souteneur de filles, comme le prouvent ces vers cités par Francisque Michel :
Monsieur, faut vous déclarer
Que c’est une femme effrontée
Qui fit son homme assassiner
Par son faraud…
Faire son faraud. Se donner des airs de gandin quand on est simple garçon tailleur, ou s’endimancher en bourgeois quand on est ouvrier.
Rigaud, 1881 : Monsieur, — dans l’ancien argot. — En patois provençal, faraud désigne un homme bien mis. — Faraude, faraudesse, madame. — Faraudette, mademoiselle.
La Rue, 1894 : Monsieur. Faraudec, mademoiselle. Faraudène, madame.
France, 1907 : Gommeux, petit jeune homme, qui fait ses embarras.
Le calicot, rêveur, pour m’admirer, s’arrête,
Tandis que je vais, crâne et redressant la crête,
Et sonnant du talon, et faisant mon faraud,
Grâce à lui, je suis un jeune homme comme il faut ;
Un jonc en main, un gros partagas à la bouche,
Je m’épanouis sur les trottoirs de Lyon ;
Je suis gommeux, pschutteux, très v’lan, un vrai lion.
(George Bois, Cœur au vent)
Signifiait autrefois amant :
… C’est une femme effrontée
Qui fit son homme assassiner
Par son faraud.
On écrivait aussi fareau :
Tout allait bien, quand des fareaux,
Sur l’oreille ayant leurs chapeaux,
Canne en main, cheveux en béquilles,
Entrent sans façon, et les drilles
Dansent sans en être priés.
(J.-J. Vadé)
Fendre l’oreille
Rigaud, 1881 : Mettre à la retraite dans le jargon des troupiers.
Dire qu’ils vont lui fendre l’oreille ! un crâne soldat, qui vous vernit un meuble comme un garçon ébéniste.
(Fr. de Reiffenberg, La Vie de garnison, 1863)
Allusion aux chevaux réformés auxquels on fend l’oreille. — On dit également couper l’oreille.
Virmaître, 1894 : Mise à la retraite de quelqu’un, fonctionnaire, officier ou employé avant l’âge révolu.
— Sacré nom de Dieu, les cochons m’ont fendu l’oreille : J’ai pourtant encore du sang.
Allusion à la coutume de fendre l’oreille aux chevaux mis à la réforme (Argot des troupiers).
France, 1907 : Mettre à la retraite. Cette expression vient de ce qu’on fendait autrefois l’oreille des chevaux réformés.
Fiole
Halbert, 1849 : Figure. On dit aussi fertille.
Larchey, 1865 : Bouteille de vin.
Nous avons presque entièrement vidé nos fioles.
(Frémy)
Fioler, c’est boire avec excès.
(d’Hautel, 1808)
C’est un mot de langue romane. V. Roquefort.
Delvau, 1866 : s. f. Bouteille de vin, — dans l’argot du peuple, qui ne sait pas être si près de la véritable étymologie : φιάλη, (vase à boire).
Rigaud, 1881 : Tête, figure, — dans le jargon des voleurs. Fiole à cubèbe, à copahu, physionomie malsaine, figure de syphilitique.
Fustier, 1889 : Souper de la fiole de quelqu’un, en être fatigué, importuné.
La Rue, 1894 : Physionomie. Fioler, dévisager.
Rossignol, 1901 : Visage.
Je ne veux plus de toi comme maîtresse, j’ai soupé de ta fiole.
France, 1907 : Bouteille de vin ; du grec phialé, vase à boire.
France, 1907 : Figure, tête.
Sacré boutiquier ! Si t’avais la cervelle moines racornie, tu saisirais que, puisque personne ne crèvera plus de faim, on ne fera pas une exception pour ta fiole. Sache donc qu’une fois tes actions tombées en capilotade, tu auras, grâce à la Sociale, de quoi croûter sur tes vieux jours. M’est avis même que tu te la couleras plus heureuse qu’avec tes revenus.
(Père Peinard)
Oui, je l’sais ben, j’ai-z’une sal’ fiole,
J’ai vraiment pas l’air d’un rupin.
Aussi, bon Dieu, j’fais pas l’mariolle,
Ej’ cranott’ pas comme un youpin.
(Aristide Bruant)
Fleur de macadam
Fustier, 1889 : Fille galante qui bat le trottoir.
Encore eût-elle (madame de Metternich) éclipsé cette fleur de macadam par la crânerie de sa désinvolture.
(Événement, 1880)
Fouteur
Delvau, 1864 : Homme qui satisfait les femmes, au lit ou en fiacre, à pied ou à cheval.
Veuve de son fouteur, la gloire,
La nuit, dans son con souverain,
Enfonce — tirage illusoire !—
Ce grand godemichet d’airain !
(Parnasse satyrique)
Et mandons à tous nos fouteurs,
Fussent-ils un peu plus à l’aise,
De prendre au con seul leurs ébats.
(Collé)
Je veux dire que tu es un crâne fouteur, que tu me chausses comme jamais en effet je n’ai été chaussée.
(Lemercier de Neuville)
Garce
d’Hautel, 1808 : Mot déshonnête et insultant que l’on ne donne qu’à une fille ou femme de mauvaise vie.
Delvau, 1864 : Mot qui, dans le vieux langage, a signifié fille pucelle, et qui, dans le langage moderne, signifie tout le contraire.
Car il n’aſſiert à garces diffamées,
User des droits de vierges bien famées.
(Cl. Marot)
Allons, la garce, haut la quille !
Mon vit est crânement drissé.
(A. Karr)
Delvau, 1866 : s. f. Fille ou femme qui recherche volontiers la compagnie des hommes, — surtout quand ils sont riches. Un mot charmant de notre vieux langage, que l’usage a défloré et couvert de boue. Il n’y a plus aujourd’hui que les paysans qui osent dire d’une jeune fille chaste : « C’est une belle garce. » S’emploie fréquemment avec de, à propos des choses.
France, 1907 : Fille nubile ; féminin de gars, auquel l’imbécillité populaire a attribué un sens injurieux.
Le mâle est gars à quatorze ans, et la femelle est garce à douze.
(Montfaucon)
— Il me faut bien avouer que j’y fus garce au-delà même de tout ce qu’il est possible ! Il n’est amant que je ne me souvienne d’avoir trompé, soit que pour m’y résoudre celui-ci me donnât un écu, ou celui-là un nœud à mettre au chignon, ou un autre rien du tout, mais il avait de noires moustaches touffues sur de belles rouges lèvres !…
(Catulle Mendès, Le Journal)
— Oh ! pourtant je vous jure bien que je n’l’aurais pas pris si je n’l’avais pas aimé. Et puis, tu m’app’lais garce toujours… Voilà tout, que j’vous dis… J’aurais p’tê’te été autrement si on m’avait appris… Maintenant, quoi ?… j’suis perdue… vous m’maudissez… j’ai voulu être… un peu heureuse, moi, j’en avais bien le droit.
(L.-V. Meunier, Chair à plaisir)
Gâte-sauce
d’Hautel, 1808 : Sobriquet que l’on donne à un mauvais cuisinier, à un mauvais traiteur.
Delvau, 1866 : s. m. Garçon pâtissier.
Virmaître, 1894 : Garçon pâtissier. A. D. Gâte-sauce ne s’emploie pas exclusivement pour désigner un garçon pâtissier, cette expression s’applique à tous les métiers. Dire à un mari qu’il est cocu et troubler la félicité des amants, c’est gâter la sauce. Quand un commissaire de police tombe comme un aréolithe au milieu d’un tripot, la sauce est gâtée pour les joueurs. Dans le peuple, de tout, ce qui va mal, la sauce se gâte. Le synonyme est : ça tourne au vinaigre (Argot du peuple).
France, 1907 : Garçon pâtissier, marmiton ou généralement trouble-fête.
En face de moi se trouvait un jeune homme d’une vingtaine d’années, revêtu d’un costume de franc-tireur : casquette américaine, vareuse et pantalon bleu foncé, bottes en cuir fauve. La vareuse était fortement galonnée et, sur l’épaule gauche, retombait tu flot d’aiguillettes, comme en portent les aspirants de marine… On causa. Intrigué, je lui demandai quelle était sa profession : « Cuisinier », me répondit-il. Mon admiration baissa d’un cran. Je me sentis même humilié de mon peu de pénétration, ayant pris un gâte-sauce pour un artiste.
(Sutter Laumann, Histoire d’un Trente sous)
Ils étaient quinze ou vingt
Gâte-sauce, écoliers, un tas de rien qui vaille.
(François Coppée)
Gazon
Larchey, 1865 : Perruque mal peignée, ébouriffée comme une touffe d’herbes.
Delvau, 1866 : s. m. Perruque plus ou moins habilement préparée, destinée à orner les crânes affligés de calvitie.
Rigaud, 1881 : Chevelure apocryphe, perruque « jouant la nature », comme s’expriment les prospectus et les traités de littérature de pissotière.
Je mets mon gazon, mes favoris, mon tuyau de poêle en toile cirée et me voilà cocher.
(X. de Montépin, Le Fiacre no 13)
Rigaud, 1881 : Chevelure authentique, — dans le jargon du peuple. — Ne plus avoir de gazon sur la pelouse, être chauve.
La Rue, 1894 : Chevelure. Perruque.
Rossignol, 1901 : Cheveux, perruque. Celui qui n’a plus de cheveux, n’a plus de gazon sur la fontaine.
France, 1907 : Cheveux, perruque. Se râtisser le gazon, se peigner. Se gazonner la plate-bande, porter perruque.
Genou
d’Hautel, 1808 : Il coupe comme les genoux de ma grand’mère. Se dit d’un mauvais couteau qui n’est point affilé, qui n’est point habile à la coupe.
Rompre l’anguille au genou. Se servir de moyens peu convenables pour réussir dans une affaire.
Larchey, 1865 : Tête chauve.
Il ébauchait une calvitie dont il disait lui-même sans tristesse : Crâne à trente ans, genou à quarante.
(Victor Hugo)
Delvau, 1866 : s. m. Crâne affligé de calvitie. Avoir son genou dans le cou. Être chauve.
Rigaud, 1881 : Crâne dénudé. — Homme chauve. — On voit beaucoup de genoux à l’orchestre de la Comédie-Française.
France, 1907 : Crâne chauve. Avoir son genou dans de cou, être dépourvu de cheveux.
Je la connus un peu avant son divorce, et les émotions de cette crise la rendaient plus jolie et plus intéressante. Elle était même courtisée, en même temps par un banquier fort riche, mais vieux, chauve comme un genou, et vraiment laid.
(Paul Alexis)
Bébé joue avec un vieux beau, cassé comme un divan d’hôtel meublé, chauve comme un concombre :
— Oh ! Dis, Monsieur, s’écrie tout à coup Bébé en caressant le crâne du vieux beau, pourquoi n’y mets-tu pas une jarretière ?
Giberne
Delvau, 1864 : Le fessier, d’une femme, qui est, si on le veut, une boîte à cartouches. Allusion à la place ordinaire de la giberne.
Elle a une crâne giberne, ton adorée, faut lui rendre justice. Tout est-il à elle, dis ?
(Charles Monselet)
Delvau, 1866 : s. f. La partie du corps dont les femmes augmentent encore le volume à grand renfort de jupons et de crinolines. Ce mot, — de l’argot des faubouriens, s’explique par la position que les soldats donnaient autrefois à leur cartouchière.
France, 1907 : Derrière, fesses.
La grosse dondon qui nous servait à table était agrémenté de rotondités antérieures et postérieures qui faisaient loucher les jeunes lieutenants ; on n’entendait que ces exclamations : « Pristi ! quelles avant-scènes ! Nom de Dieu ! Belle giberne ! »
(Les Gaietés du régiment)
Gironde
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Belle, jolie.
Clémens, 1840 : Gentil.
Halbert, 1849 : Fille perdue, jolie, terme de mépris énergique.
Larchey, 1865 : Jolie fille. — Terme de mépris (Bailly).
Delvau, 1866 : adj. f. Se dit de toute fille ou femme agréable, plaisante à voir ou à avoir. Argot des voleurs. On dit aussi Girofle.
Rigaud, 1881 : Jolie femme, belle femme.
La Rue, 1894 : Jolie femme.
Virmaître, 1894 : Belle femme (Argot des souteneurs). Le souteneur qui se lamente lorsqu’elle vieillit, lui chante :
Dans ce temps-là t’étais rien gironde.
Maint’nant tu toquardes de la frime
T’es comme une planche toujours en bombe,
T’es même des mois sans changer de lime.
Rossignol, 1901 : Belle.
France, 1907 : Jolie, bien faite.
Roméo. — Quelle est cette gonzesse qui déboule par ici !
Juliette. — Oh ! la jolie gueule !
Roméo. — Bonjour, Mam’zelle, vous êtes rien gironde.
Juliette. — Et vous, je vous trouve rudement chouette… Vous devez an moins vous appeler Alphonse.
Roméo. — Non. Roméo seulement.
(Le Théâtre Libre)
Ma gosse à moi, c’est eun’ gironde,
Mais a’ crân’ pas comm’ ces femm’s-là,
D’ailleurs faut qu’a’ parle à tout l’monde
Pisque c’est l’métier qui veut ça.
(Aristide Bruant)
Gorge noire
France, 1907 : Rubiette à queue rouge.
France, 1907 : Sobriquet que les protestants du Midi donnent aux catholiques qui leur ripostent par celui de parpaillot.
Du poing, il menaçait Renée qu’il aurait broyée avec volupté ; mais, en son orgueil de petit bout d’homme déjà dédaigneux du sexe faible, il se contint dignement, et se borna à laisser tomber de ses lèvres ironiques cette insulte cinglante :
— Espèce de gorge noire !
Elle eut un bond de chatte furieuse. Et les poings sur la hanche, très crâne avec son petit air de mère Angot, elle lui cria, la voix étranglée par la colère :
— Parpaillot !… Affreux parpaillot !
(Jean Dalvy, Protestante)
Gouape, gouapeur
France, 1907 : Fainéant, ivrogne et un peu escroc. Ce mot ne viendrait-il pas de l’espagnol guapo, beau, vêtu galamment ? — les fainéants ne s’occupant d’ordinaire qu’à se bien vêtir.
Découragés, les trois juges rapprochent leurs crânes beurre rance dans une délibération rapide. Pendant ce temps, Amaryllis, triomphante. se retourne et, du bout de ses doigts appliqués sur sa houche, fait s’envoler vers quelqu’un un doux baiser.
Le quelqu’un, campé au premier rang du public — joli tête de gouape — une cravate rose tendre au col, reçoit béatement les témoignages de tendresse que lui envoie Amaryllis.
(Montfermeil)
L’histoire l’amusait d’autant qu’il était bohème et gouapeur dans l’âme. La petite lui plaisait et l’excitait. Et, en vérité, tout cela était d’un imprévu absolument cocasse. La partie était presque terminée. Il en proposa une à trois. Le maître d’hôtel versa le champagne dans les coupes.
(René Maizeroy)
Oui, c’en est fait, il faut plier bagage
Et dire adieu pour toujours à Paris.
Que faire ici ? J’ai les mœurs d’un autre âge,
Du vieux quartier je suis le seul débris ;
Dernier rameau d’une tige brisée,
La ranimer, je l’essaierais en vain ;
Des vieux gouapeurs la race est épuisée ;
Non, il n’est plus, mon vieux quartier Latin.
(Lepère, député de l’Yonne)
On écrivait autrefois gouépeur :
Un soir, un gouépeur en ribotte
Tombe en frime avec un voleur
(Vidocq)
Idées (avoir, donner des)
Delvau, 1864 : Avoir, donner des envies de baiser.
Ces formes en tout sens trop longtemps regardées,
Dans son crâne embrasé font germer des idées.
(Louis Protat)
Jambonneau
Virmaître, 1894 : Les cuisses (Argot du peuple). V. Boudinots.
Rossignol, 1901 : La tête. Celui qui n’a plus de cheveux, n’a plus de chapelure sur le jambonneau.
France, 1907 : Cuisse. Se dit aussi pour crâne. Ne plus avoir de chapelure sur le jambonneau, être chauve.
Tu dénichais des demoiselles
Demi-vierges, quart de pucelles
Pour les casinos,
Sans Falconisme et dont les rentes
Se trouvaient surtout apparentes
Dans leurs jambonneaux.
(Raoul Ponchon)
Jouer du bancal
France, 1907 : Se battre au sabre. Les sabres de la cavalerie légère étaient appelés bancals à cause de leur forme recourbée. Ceux de la cavalerie de ligne, qui sont droits, sont nommés lattes.
Hardi sur eux, mon bon cheval ;
De tes sabots, brise les crânes.
J’ai derrière moi les plus crânes ;
Ils savent jouer du bancal,
Guide, emballe, cette avalanche ;
Nous aurons, ô Postérité !
Sabre rouge et conscience banche.
(Alfred L. Marquiset, Rasures et Ramandons)
Lâcher
d’Hautel, 1808 : Ce verbe reçoit un grand nombre d’acceptions parmi le vulgaire. Voici les manières les plus usitées d’en faire usage.
Lâcher quelqu’un. L’abandonner, le planter là.
On dit qu’une femme a lâché son mari, pour exprimer qu’elle l’a abandonné pour aller avec un autre ; qu’elle s’est séparée de lui.
En lâcher de bonnes. Dire des gausses, des contes bleus, des gasconnades.
En lâcher une. Pour donner essor à un mauvais vent.
Lâcher le pied. Pour s’enfuir honteusement ; montrer les talons.
Delvau, 1864 : Quitter une femme dont on est l’amant, ou un homme dont on est la maîtresse.
Après ! Milie veut te lâcher.
(Ch. Monselet)
— On dit aussi, dans le même sens : lâcher d’un cran.
Delvau, 1866 : v. a. Quitter. Lâcher d’un cran. Abandonner subitement.
Rigaud, 1881 : Quitter, abandonner.
Voilà les femmes !… ça vous lâche dans le malheur.
(Dumanoir et d’Ennery, Les Drames du cabaret, 1864)
Lâcher le coude, laisser tranquille. On dit à quelqu’un qui vous ennuie : Lâche-moi le coude. — Lâcher comme un pet, abandonner sans vergogne, à l’improviste, — dans le jargon du peuple. — Lâcher la rampe, mourir. — Lâcher le paquet, faire des aveux. — Lâcher de l’argent, payer. — Lâcher l’écluse, uriner. — En lâcher un, sacrifier à crepitus.
Rigaud, 1881 : Sortir un objet, exhiber. — Lâcher le tuyau de poêle, lâcher le sifflet d’ébène.
France, 1907 : Quitter, abandonner. Se dit surtout en parlant d’un amant qui abandonne sa maîtresse et vice-versa.
— Chaque fois, il m’apporte un bouquet, nous causons… il m’appelle « Madame » — quelquefois « baronne ». Je crois que je ressemble à une de ses anciennes qui serait défunte ou qui l’aurait lâché.
(Maurice Montégut)
— Mais épouser, unir son bienheureux sort à celui d’une de ses infortunées, — avant du moins qu’un respectable héritage eût permis à cette candidate ou cette collègue de « lâcher la boîte » — ah ! mais non, grand Dieu, pas si sot !
(Albert Cim, Demoiselles à marier)
Quand j’aurai votre âge,
J’pourrai m’arrêter,
Mais la Môm’ Fromage,
Je crois, vient d’entrer,
Gémissez, mon père,
Et priez bien, car…
J’vous lâche et préfère
Voir le grand écart.
(Henry Naulus)
Lâcher d’un cran
Rossignol, 1901 : « Fiche-nous la paix, tu nous ennuies, lâche-nous d’un cran. — Ma maîtresse m’a quitté, elle m’a lâché d’un cran. »
France, 1907 : Se débarrasser de quelqu’un.
— Les hommes sont si bêtes qu’ils n’estiment que ce qui coûte cher. Moi aussi, j’avais un amant, un poète, que j’adorais de tout mon petit cœur. Eh bien ! comme j’étais très sage et très douce avec lui, que je travaillais honnêtement afin de lui enlever l’ombre d’une dépense, un beau jour il m’a lâchée de plusieurs crans pour s’acoquiner avec une vieille lorette, maquillée comme un mur peint à neuf, et qui lui a mangé ses onze mille francs de capital en trois mois.
(Ces Dames du Casino, 1862)
Lâcher un cran
Delvau, 1866 : v. a. Se déboutonner un peu quand on a bien dîné, — dans l’argot des bourgeois.
France, 1907 : Se déboutonner.
Lâchez-moi d’un cran
Virmaître, 1894 : Allez-vous en. Compliment peu flatteur fait habituellement aux gens qui vous importunent. On lâche sa ceinture d’un cran quand on a trop mangé. On la serre d’un cran quand on a faim. On lâche sa femme ou sa maîtresse d’un cran quand elle est par trop embêtante. Mourir, c’est lâcher la vie d’un cran. Quand un homme est maussade en société, on lui dit :
— Allons, lâchez-vous d’un cran, déboutonnez-vous.
Ce à quoi un farceur répond. — Ah ! non, il y a des dames.
On dit aussi : remonter d’un cran dans l’estime du monde (Argot du peuple). N.
Lorette
Delvau, 1864 : Femme entretenue par Monseigneur Tout-le-Monde, et qui habite volontiers dans les environs de l’église de notre dame de Lorette. D’où son nom, qui lui a été donné par Nestor Roqueplan.
Je suis coquette
Je suis lorette
Reine du jour, reine sans feu ni lieu !
Eh bien ! J’espère
Quitter la terre
En mon Hotel… Peut-être en l’Hotel-Dieu
(G. Nadaud)
Larchey, 1865 : « C’est peut-être le plus jeune mot de la langue française ; il a cinq ans à l’heure qu’il est, ni plus ni moins, l’âge des constructions qui s’étendent derrière Notre-Dame-de-Lorette, depuis la rue Saint-Lazare jusqu’à la place Bréda, naguère encore à l’état de terrain vague, maintenant entourée de belles façades en pierres de taille, ornées de sculptures. Ces maisons, à peine achevées, furent louées à bas prix, souvent à la seule condition de garnir les fenêtres de rideaux, pour simuler la population qui manquait encore à ce quartier naissant, à de jeunes filles peu soucieuses de l’humidité des murailles, et comptant, pour les sécher, sur les flammes et les soupirs de galants de tout âge et de toute fortune. ces locataires d’un nouveau genre, calorifères économiques à l’usage des bâtisses, reçurent, dans l’origine, des propriétaires peu reconnaissants, le surnom disgracieux, mais énergique, d’essuyeuses de plâtres. l’appartement assaini, on donnait congé à la pauvre créature, qui peut-être y avait échangé sa fraîcheur contre des fraîcheurs. À force d’entendre répondre « rue Notre-Dame-de-Lorette » à la question « où demeurez-vous, où allons-nous ? » si naturelle à la fin d’un bal public, ou à la sortie d’un petit théâtre, l’idée est sans doute venue à quelque grand philosophe, sans prétention, de transporter, par un hypallage hardi, le nom du quartier à la personne, et le mot Lorette a été trouvé. Ce qu’il y a de certain, c’est qu’il a été lithographié pour la première fois par Gavarni, dans les légendes de ses charmants croquis, et imprimé par Nestor Roqueplan dans ses Nouvelles à la main. Ordinairement fille de portier, la Lorette a eu d’abord pour ambition d’être chanteuse, danseuse ou comédienne ; elle a dans son bas âge tapoté quelque peu de piano, épelé les premières pages de solfège, fait quelques pliés dans une classe de danse, et déclamé une scène de tragédie, avec sa mère, qui lui donnait la réplique, lunettes sur le nez. Quelques-unes ont été plus ou moins choristes, figurantes ou marcheuses à l’Opéra ; elles ont toutes manqué d’être premiers sujets. Cela a tenu, disent-elles, aux manœuvres d’un amant évincé ou rebuté ; mais elles s’en moquent. Pour chanter, il faudrait se priver de fumer des cigares Régalia et de boire du vin de Champagne dans des verres plus grands que nature, et l’on ne pourrait, le soir, faire vis-à-vis a la reine Pomaré au bal Mabile pour une polka, mazurka ou frotteska, si l’on avait fait dans la journée les deux mille battements nécessaires pour se tenir le cou-de-pied frais. La Lorette a souvent équipage, ou tout au moins voiture. — Parfois aussi elle n’a que des bottines suspectes, à semelles feuilletées qui sourient à l’asphalte avec une gaîté intempestive. Un jour elle nourrit son chien de blanc-manger ; l’autre, elle n’a pas de quoi avoir du pain, alors elle achète de la pâte d’amandes. Elle peut se passer du nécessaire, mais non du superflu. Plus capable de caprice que la femme entretenue, moins capable d’amour que la grisette, la Lorette a compris son temps, et l’amuse comme il veut l’être ; son esprit est un composé de l’argot du théâtre, du Jockey Club et de l’atelier. Gavarni lui a prêté beaucoup de mots, mais elle en a dit quelques-uns. Des moralistes, même peu sévères, la trouveraient corrompue, et pourtant, chose étrange ! elle a, si l’on peut s’exprimer ainsi, l’innocence du vice. Sa conduite lui semble la plus naturelle du monde ; elle trouve tout simple d’avoir une collection d’Arthurs et de tromper des protecteurs à crâne beurre frais, à gilet blanc. Elle les regarde comme une espèce faite pour solder les factures imaginaires et les lettres de change fantastiques : c’est ainsi qu’elle vit, insouciante, pleine de foi dans sa beauté, attendant une invasion de boyards, un débarquement de lords, bardés de roubles et de guinées. — Quelques-unes font porter, de temps à autre, par leur cuisinière, cent sous à la caisse d’épargne ; mais cela est traité généralement de petitesse et de précaution injurieuse à la Providence. » — Th. Gautier, 1845.
Delvau, 1866 : s. f. Fille ou femme qui ne vit pas pour aimer, mais au contraire, aime pour vivre. Le mot a une vingtaine d’années (1840), et il appartient à Nestor Roqueplan, qui a par un hypallage audacieux, ainsi baptisé ces drôlesses du nom de leur quartier de prédilection, — le quartier Notre-Dame-de-Lorette.
Rigaud, 1881 : Femme galante, femme entretenue. M. Prudhomme l’appelle « la moderne hétaïre ». Le mot a été créé en 1840 par Nestor Roqueplan.
Comme Vénus aphrodite de l’écume des flots, la lorette était née de la buée des plâtres malsains, là-haut, dans les quartiers bâtis en torchis élégants, la petite Pologne des femmes. Roqueplan s’était fait son parrain ; Balzac son historien ; Gavarni sa marchande de mots et de modes.
(Les Mémoires du bal Mabille)
Qu’est-ce que la lorette ? C’est la loi du divorce rétablie et, pour plus d’un mari, je le dis avec tristesse, la patience du mariage… La lorette n’est ni fille, ni femme, à proprement parler. C’est une profession c’est une boutique.
(Eug. Pelletan, La nouvelle Babylone)
Elle a un père à qui elle dit : Adieu papa ; tu viendras frotter chez moi dimanche. — Elle a une mère qui prend son café quotidien sur un poêle en fonte.
(Ed. et J. de Goncourt)
Il y a mille et une manières, en apparence de devenir lorette, mais au fond c’est la même. Une pauvre fille que l’on vend, une pauvre fille que l’on trompe.
(Paris-Lorette)
Une lorette, parlant d’un entreteneur pour lequel elle a du goût, dit : « Mon homme » ; l’entreteneur qu’elle considère et respecte est son monsieur ; quant à l’entreteneur pur et simple, quoi qu’il fasse, et quoi qu’il donne, il n’est jamais qu’un mufle.
(Idem)
Aujourd’hui les lorettes célèbres de 1840 ont vieilli. Elles comptent leur dépense avec leurs cuisinières, prennent l’omnibus quand il pleut, et élèvent des oiseaux. La lorette pure est maintenant un type évanoui, une race disparue.
(Paris à vol de canard.)
France, 1907 : Femme galante d’un certain luxe de tenue. Le mot a été mis à la mode par Nestor Roqueplan, vers 1840, à cause du nombre considérable de ces filles dans le quartier de Notre-Dame-de-Lorette. « L’ensemble des rues de ce quartier, écrivait-il, s’appelle le quartier des Lorettes, et, par extension, toutes ces demoiselles reçoivent dans le langage de la galanterie sans conséquence le nom de lorettes. » Le quartier est à peu près resté le même, mais le mot n’est plus guère employé que par les provinciaux.
Lorette, dit Balzac, est un mot décent inventé pour exprimer l’état d’une fille ou la fille d’un état difficile à nommer et que, dans sa pudeur, l’Académie a négligé de définir, vu l’âge de ses quarante membres. Quand un nom nouveau répond à un cas social qu’on ne pouvait pas dire sans périphrase, la fortune de ce mot est faite. Aussi la lorette passa-t-elle dans toutes les classes de la société, même dans celles où ne passera jamais une lorette.
Les lorettes habitent invariablement rue Notre-Dame-de-Lorette, rue Bréda, rue du Helder, rue Taitbout, rue Neuve-des-Mathurins ou rue Richer. Elles ne traversent jamais la Seine et s’écartent peu de la zone des boulevards. Elles savent Barême par cœur, jouent à la Bourse, roulent équipage, éclaboussent ceux qui vont à pied, et m’admettent dans leur salon que les hommes du meilleur monde… Elles ont les hommes en profond mépris et m’estiment que les coupons de la Banque de France.
(Ces Dames. — Physionomies parisiennes)
L’autre jour, j’ai entendu faire la définition suivante d’une lorette par la petite fille d’une portière de la place Vintimille :
— Une lorette, a-t-elle dit, c’est une dame qu’a une chemise sale, emprunte dix sous à mon papa, porte des jupons bariolés comme des drapeaux, ses bijoux au clou quand elle en a, et des plumes à son chapeau. À quarante ans, elle est ouvreuse aux Délassements-Comiques.
J’ai interrogé l’enfant terrible dans le but de savoir de qui elle tenait des renseignements aussi exacts.
— Monsieur, m’a-t-elle répondu naïvement, je le sais mieux que vous, puisque c’est arrivé à ma sœur.
(Léon Rossignol, Lettres d’un Mauvais Jeune homme à sa Nini)
Enfin, dans la catégorie des clandestines, c’est-à-dire parmi des filles dont l’insoumission à la police des mœurs est continuelle, toutes, depuis la riche lorette jusqu’à la pierreuse, sont dans la nécessité de se faire protéger. On conçoit alors que la position sociale des souteneurs doit varier autant que celle dans laquelle les filles se sont elles-mêmes placées.
(Léo Taxil, La Prostitution contemporaine)
Manchon
Delvau, 1866 : s. m. Chevelure absalonienne, — dans l’argot des faubouriens. Avoir des vers dans son manchon. Avoir çà et là des places chauves sur la tête.
France, 1907 : Tête garnie d’une abondante chevelure. Avoir des vers dans son manchon, avoir le crâne dégarni.
Manchon (avoir des vers dans son)
Virmaître, 1894 : Avoir le crâne dénudé par place. Allusion aux mites qui font des stries dans les étoffes de laine (Argot du peuple).
Marianne
Delvau, 1866 : s. f. La République, — dans l’argot des démocrates avancés. Avoir la Marianne dans l’œil. Clignoter des yeux sous l’influence de l’ivresse.
Rigaud, 1881 : Prénom de la vraie République des faubourgs, la République coiffée du bonnet phrygien, la République aux « puissantes mamelles » chantée par Barbier.
C’est la Marianne qui a pris possession de l’Elysée et de nos administrations, et c’est la Marianne qu’adoptent en ce moment toutes nos municipalités.
(Petite République Franc. 24 fév. 1880)
Ce prénom, si commun chez les femmes du Midi, lui a été donné d’abord dans le Midi comme un hommage et un souvenir, puis adopté par toute la France.
France, 1907 : La République rouge.
Elle est plus maligne que notre pauvre Marianne, cette forte Église apostolique et romaine qui implante l’un de ses représentants partout où il y a un certain nombre d’âmes réunies. Elle ne laisse pas le moindre troupeau d’ouailles sans berger. Aussi, vous voyez comme elle tient le monde ! Elle a les petits, les pauvres et les faibles. Elle a tous les villages et leurs hameaux. Oh ! l’étonnante, l’admirable organisation que celle du clergé ! Songez que plus d’un siècle après Voltaire et la Révolution, on construit encore, du ponant au levant et du nord au sud, partout, toujours, de plus en plus, des basiliques et des basiliquettes sur le territoire de la… démocratie scientifique, et qu’il y a pas un périmètre de deux hectares peut-être qui ne fleurisse sa boîte à messe et à prêche, avec, autour, le presbytère et la cure.
(Émile Bergerat)
On m’interrompait fréquemment pour trinquer à la santé de Marianne. Le vin me montait au cerveau… J’étais sons le coup d’une triple ivresse : celle du patriotisme, celle du vin, celle de l’amour.
(Sutter-Laumann, Histoire d’un Trente sous)
Brusquement, une génération s’est levée, qui ne s’enivre que de bocks idéaux, ne connait d’autre maîtresse que la Marianne ; et en elle revivent les sentiments généreux, les soucis altiers, les nobles abnégations des jeunesses de 1830 et 1869, dont le souvenir est si justement légendaire.
(Joseph Caraguel)
Mon nom à moi, c’est Marianne,
Un nom connu dans l’univers,
Et j’aime à porter d’un air crâne
Mon bonnet rouge de travers.
Marmite
d’Hautel, 1808 : Il a le nez fait en pied de marmite. Se dit d’un homme qui a le nez large et épaté.
Un écumeur de marmite. Pour dire, un parasite ; un piqueur d’assiette.
La marmite est bonne dans cette maison. Pour dire, qu’on y fait bonne chère.
La marmite est renversée. Signifie que l’on n’a plus son couvert dans une maison.
On dit aussi qu’Une chose fait bouillir la marmite, ou sert à faire bouillir la marmite, quand elle fournit à l’entretien de la maison.
Delvau, 1864 : Putain, — la femelle naturelle du maquereau, à qui elle fournit de quoi manger, boire et rigoler avec ou sans elle.
Tu es un crâne fouteur… et… si tu y consens, ce n’est pas toi qui me donneras de la braise, c’est moi qui serai ta marmite.
(Lemercier de Neuville)
Larchey, 1865 : Fille publique nourrissant un souteneur. — Allusion facile à saisir.
Un souteneur sans sa marmite est un ouvrier sans ouvrage.
(Canler)
Marmite de terre : Prostituée ne gagnant pas d’argent à son souteneur. — La Marmite de fer gagne un peu plus. — La Marmite de Cuivre rapporte beaucoup. — (Dict. d’argot, 1844)
Delvau, 1866 : s. f. Maîtresse, — dans l’argot des souteneurs, qui n’éprouvent aucune répugnance à se faire nourrir par les filles. Marmite de cuivre. Femme qui gagne — et rapporte beaucoup. Marmite de fer. Femme qui rapporte un peu moins. Marmite de terre. Femme qui ne rapporte pas assez, car elle ne rapporte rien.
Rigaud, 1881 : C’est ainsi que les dragons appellent leurs casques. — Je récure la marmite pour la revue de demain.
Rigaud, 1881 : Maîtresse d’un souteneur. Elle fait bouillir la marmite.
Merlin, 1888 : Cuirasse.
La Rue, 1894 : La femme du souteneur. Marmite de terre, qui rapporte peu ; marmite de fer, qui rapporte davantage, marmite de cuivre, qui rapporte beaucoup.
Virmaître, 1894 : D’après M. Lorédan Larchey, c’est une fille publique nourrissant son souteneur. Un souteneur sans sa marmite est un ouvrier sans ouvrage, dit Canler. La marmite de terre est une prostituée qui ne gagne pas de pognon à son souteneur. La marmite de fer commence à être cotée ; elle gagne un peu de galette. La marmite de cuivre, suivant Halbert, c’est une mine d’or. Marmite, d’après Pierre, est une femme qui n’abandonne pas son mari ou son amant en prison et lui porte des secours. Le peuple qui ne cherche ni si haut ni si loin, considère tout tranquillement la femme comme une marmite. Quand elle trompe son mari avec son consentement, elle fait bouillir la marmite. Quand elle fait la noce pour son compte, qu’elle ne rapporte pas, il y a un crêpe sur la marmite (Argot du peuple). N.
Rossignol, 1901 : Fille publique qui nourrit son male et souvent toute sa famille.
Hayard, 1907 : Prostituée qui a un souteneur.
France, 1907 : Maîtresse d’un souteneur ; elle l’entretient, fait bouillir la marmite.
Un souteneur sans sa marmite (sa maîtresse) est un ouvrier sans ouvrage, un employé sans place, un médecin sans malades ; pour lui, tout est là : fortune, bonheur, amour, si ce n’est pas profaner ce dernier mot que de lui donner une acception quelconque à l’égard du souteneur. Or, les contraventions sont nombreuses pour les filles publiques ; la moindre infraction aux règlements de police est punie administrativement d’un emprisonnement plus ou moins long, mais à coup sûr toujours ruineux pour le souteneur qui a les dents au râtelier pendant le temps que sa marmite est à Saint-Lazare.
(Mémoires de Canler)
C’est nous les p’tits marlous qu’on rencont’ su’ les buttes,
Là oùsque le pierrot au printemps fait son nid,
La oùsque dans l’été nous faisons des culbutes,
Avec les p’tit’s marmit’s que l’bon Dieu nous fournit.
(Aristide Bruant)
Un’ marmite,
Un pot quelconqu’ bath ou laid,
Un’ marmite,
Qui n’limite
Pas trop l’fricot, si vous plaît.
(É. Blédort)
On ne saurait trop le répéter, c’est une Gomorrhe épouvantable que Saint-Lazare, et l’on y incarcère, à quelque condition sociale qu’elles appartiennent, toutes les prévenues. De la catin de ruisseau à l’épouse infidèle d’une brute jalouse, toutes les classes s’y peuvent coudouyer ; et dans une même cellule, une adultère du meilleur monde peut connaître ce supplice de tout son être, cette humiliation de toutes ces pudeurs, de toutes ses fiertés, cette atroce sensation de salissure physique et morale, de respirer l’air que respirent et que souillent des marmites de carrefour, d’entendre leurs propos, d’assister à leurs jeux, et quels jeux ! enfin d’être l’objet d’un caprice, d’un « béguin » d’une d’entre elles, et de subir le contact de mains, de lèvres, cherchant ses lèvres, sa gorge, son sexe…
(Léopold Lacour)
Maint’nant elle est chic, à c’que j’crois,
Elle a des bijoux, un’ voiture,
Sur l’boulevard j’la vois parfois :
Sa tête, on dirait d’la peinture,
Le soir, ell’ soupe avec un vieux,
Chez Brébant, où y a tant d’marmites…
P’t’êtr’ bien qu’au fond elle aim’rait mieux
Rev’nir à mes pomm’s de terr’ frites.
(Ch. de Saint-Héaut)
En t’filant la comète eun’ nuit,
Dans l’ombre il aperçut d’vant lui
Eun’ guérite :
Tant pis, qu’i s’dit, j’vas m’engager :
J’pourrai dormir, boire et manger
Sans marmite.
(Aristide Bruant)
anon., 1907 : Femme de mauvaise vie.
Matamore
d’Hautel, 1808 : Fanfaron ; faux brave, dont tout le courage est en jactance.
Un chapeau à la matamore. C’est à dire à la manière des vauriens, des crânes.
Mauvais
d’Hautel, 1808 : Faire le mauvais. Pour, menacer, faire le crâne, le fanfaron.
Mettre le chien au cran du repos
Delvau, 1866 : Dormir, — dans l’argot des soldats.
Monter d’un cran
Rigaud, 1881 : Obtenir de l’avancement.
Mouche (faire)
France, 1907 : Atteindre au centre de la cible sur le point noir appelé mouche et, par extension, frapper au bon endroit, ne pas manquer son coup.
Hors les cas délicats où la séduction, le détournement et la naissance d’enfants imprévus déterminent nettement la responsabilité du mâle, nos jurés devraient se montrer impitoyables pour ces justicières improvisées que le printemps affole, et qui font mouche à tous coups sur les crânes de leurs volages. Le printemps fait excuser bien des bêtises, mais pas celle-là !
(Mentor, Le Journal)
Paillasse
d’Hautel, 1808 : Un paillasse. Nom que l’on donne par mépris à un mauvais comédien qui charge trop son rôle ; à un homme sans esprit qui fait le bouffon, le plaisant, et qui y réussit mal.
d’Hautel, 1808 : Une paillasse de corps-de-garde. Femme livrée à la débauche la plus crapuleuse, et entièrement adonnée au vice, gourgandine qui fréquente les casernes, les corps-de-garde, et qui sert de divertissement aux soldats.
Serviteur à la paillasse. Pour dire, adieu à l’armée, ou il faut coucher sur la paille.
d’Hautel, 1808 : Pour la bedaine, le ventre.
Il a bien bourré sa paillasse. Pour, il s’est bien repu, il a mangé d’une belle manière.
Il s’est fait crever la paillasse. Pour il s’est fait tuer ; il a été tué en se battant.
Delvau, 1864 : Fille de la dernière catégorie, — la digne femelle du paillasson.
En avant, la femm’ du sergent !
Balancez, la femm’ dm fourrier,
Demi-tour, la femm’ du tambour,
Restez là, paillasse à soldat…
(La Leçon de danse, — chant guerrier)
Eh ! titi ! oh ! èh ! là-bas,
Tiens ! est-c’ que tu déménages ?
— Pourquoi qu’ tu tiens ce langage ?
— C’est qu’ t’as ta paillass’ sous le bras.
— Eh ! non, mon vieux, c’est ma femme…
(Chanson populaire).
Larchey, 1865 : Caméléon politique. — Allusion à la chanson de Béranger : Paillass’, mon ami, N’saut’ pas à demi, Saute pour tout le monde, etc. De là aussi est venu le synonyme de sauteur.
Larchey, 1865 : Ventre. — La paille s’en échappe comme les intestins.
Il s’est fait crever la paillasse, il s’est fait tuer.
(d’Hautel, 1808)
Delvau, 1866 : s. f. Corps humain, — dans l’argot des faubouriens. Se faire crever la paillasse. Se faire tuer en duel, — ou à coups de pied dans le ventre. On dit aussi Paillasse aux légumes.
Delvau, 1866 : s. f. Femme ou fille de mauvaise vie. On dit aussi Paillasse de corps de garde, et Paillasse à soldats.
Delvau, 1866 : s. m. Homme politique qui change d’opinions aussi souvent que de chemises, sans que le gouvernement qu’il quitte soit, pour cela, plus sale que le gouvernement qu’il met. On dit aussi Pitre et Saltimbanque.
Rigaud, 1881 : Fille publique, — dans le jargon des troupiers.
Rigaud, 1881 : Saltimbanque politique dont les opinions sont plutôt à vendre qu’à louer. — Celui qui saute à pieds joints sur ses promesses.
La Rue, 1894 : Fille publique. Saltimbanque. Le corps humain. Se faire crever la paillasse, se faire tuer.
Virmaître, 1894 : Femme. Un homme se promène, sa femme au bras ; il est rencontré par un ami :
— Tiens, tu déménages, Charlot ?
— Pourquoi donc ?
— Puisque t’as ta paillasse sous le bras (Argot du peuple). V. Boulet.
Virmaître, 1894 : Pitre qui fait le boniment devant les baraques de saltimbanques. Paillasses : les hommes politiques qui servent tous les gouvernements, pourvu qu’ils paient.
Paillass’, mon ami,
N’saut’ pas à demi.
Saute pour tout le monde. (Argot du peuple).
France, 1907 : Femme de mauvaise vie, prostituée. Paillasse de corps de garde, fille à soldats. On dit aussi, dans le même sens, paillasse à troufion.
Les nymphes d’alentour ne se laissent pas approcher, ou si par hasard on accroche une jupe à la brune, on est sûr que c’est une vieille paillasse qui a servi à tous les avant-postes du camp.
(Hector France, L’Homme qui tue)
Du temps qu’elle faisait la noce,
Jamais on n’aurait pu rencontrer — c’est certain,
Paillasse plus cynique et plus rude catin.
(André Gill, La Muse à Bibi)
France, 1907 : Individualité. « S’il s’imagine que je vais me décarcasser pour sa paillasse ! »
France, 1907 : Ventre. Crever la paillasse à quelqu’un, le tuer.
Toujours bonne fille et sans corset, la France prit sur elle, et à ses frais, bien entendu, de mettre en œuvre l’utopie sentimentale du Bohême, et, sous tous les rois susnommés, des milliers de benêts, ses fils et nos pères, se firent crever glorieusement la paillasse pour assurer le droit contre la force et établir le fameux équilibre ! Cette besogne de la monarchie française est ce que l’on définit dans les manuels scolaires par la locution : « abaisser la maison d’Autriche. »
Que fit Louis XI ? — Il commença l’abaissement de la maison d’Autriche. — Que fit François Ier ? — Il continua à abaisser la maison d’Autriche. — Et Henri IV ? — Il abaissa la mais… ! — Et Richelieu ?… Et Louis XIV ?… — Sous leurs règnes, l’abaissement de la… etc., etc., et ainsi de suite, jusqu’au mariage de Napoléon avec Marie-Louise, ce dernier cran de l’abaissement est le coup du lapin aux Habsbourg.
(Émile Bergerat)
Paillasson
Delvau, 1864 : Homme trop porté sur son membre ; libertin à qui la qualité importe peu, pourvu qu’il ait la quantité.
J’ pine à l’œil et j’ m’en fais gloire,
C’est mon gout d’êtr’ paillasson.
(Chanson anonyme moderne)
Delvau, 1866 : s. m. Libertin, — dans l’argot du peuple. Signifie aussi souteneur de filles. Mais le premier sens est le plus usité, et depuis plus longtemps, comme en témoigne ce passage d’une chanson qui avait, sous la Restauration, la vogue qu’a aujourd’hui la chanson de l’Assommoir :
Chaque soir sur le boulevard
Ma petit’ femm’ fait son trimar,
Mais si elle s’port’ sus l’paillasson,
J’lui coup’ la respiration :
Je suis poisson !
Rigaud, 1881 : Homme aimé un moment pour lui-même, — dans le jargon des filles.
Celui avec lequel elle passe un caprice, auquel ce se donne sans lui demander de l’argent, un paillasson.
(Paris-vivant, La Fille. 1858)
Rigaud, 1881 : Libertin qui ne craint pas de se frotter à toutes les paillasses des drôlesses.
Paillasson, quoi ! cœur d’artichaut. C’est mon genre : un’ feuill’ pour tout l’monde. Au jour d’aujourd’hui, j’gob’ la blonde ; Après-d’main, c’estlabrun’qu’im’faut.
(La Muse à Bibi, Le Paillasson)
La Rue, 1894 : Libertin. Amant de cœur.
France, 1907 : Amant d’une fille publique, d’une paillasse.
C’est d’nature, on a ça dans l’sang :
J’suis paillasson ! c’est pas d’ma faute,
Je m’fais pas plus marioll’ qu’un aut’e,
Mon pèr l’était ; l’Emp’reur autant !
(André Gill, La Muse à Bibi)
France, 1907 : Chevelure. N’avoir plus de paillasson à la porte, être chauve.
— Eh ben ! en v’là un vieux gâteux avec son crâne à l’encaustique ! S’il avait des cheveux, il serait encore assez réussi. Mais il n’a plus de fil sur la bobine, plus de crin sur la brosse, plus de gazon sur le pré ; il a le caillou déplumé, quoi ! Enfin, n’y a plus de paillasson à la porte.
(Baumaine et Blondelet)
France, 1907 : Petite pièce en un acte donnée avant une grande, autrement dit : lever de rideau.
Parisien à gros bec
Virmaître, 1894 : Quand, dans les ateliers, un provincial fait de l’embarras, qu’il prend des airs casseurs, qu’il fait le crâne et dit : nous autres Parisiens, parce qu’il habite la capitale depuis six mois, on lui répond :
— Tu n’es qu’un Parisien à gros bec (Argot du peuple). N.
France, 1907 : Provincial fraîchement débarqué à Paris.
Perruque (donner une)
France, 1907 : Infliger une semonce. Cette expression, qui n’est plus guère employée qu’en province, tire son origine des couvents de dominicains. Quand ces moines qui ont la tête rasée chassaient du couvent l’un d’entre eux, pour quelque péché de fornication ou autre qui causait scandale, ils lui donnaient une perruque afin qu’il pût se présenter ailleurs sans attirer la déconsidération sur l’ordre en laissant voir par son crâne rasé qu’il avait appartenu au monde monastique. De là l’expression : « Vous vous ferez donner une perruque », c’est-à-dire : Vous vous ferez chasser de la maison.
Pinçard
Fustier, 1889 : Bon cavalier. Argot des élèves de l’école de Saumur.
Il s’en va de la queue au crâne de la bête,
Tantôt penche à tribord, tantôt penche à bâbord.
S’il est vraiment pinçard, il entre dans le port.
Mais s’il est maladroit, hélas ! pique sa tête.
(Nos farces à Saumur)
France, 1907 : Cavalier qui possède de longues jambes à l’aide desquelles il peut serrer fortement les flancs de son cheval ; terme d’équitation.
Il s’en va de la queue au crâne de la bête,
Tantôt penche à tribord, tantôt penche à bâbord,
S’il est vraiment pinçard, il entre dans le port,
Mais s’il est maladroit, hélas ! pique une tête.
(Théo-Critt, Nos farces à Saumur)
Pince (tenir à la)
Rigaud, 1881 : Exercice acrobatique qui consiste à tenir le sommet du crâne de son partner entre les cinq doigts, — dans le jargon des saltimbanques.
Pioncer
anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 / Bras-de-Fer, 1829 : Dormir.
Vidocq, 1837 : v. a. — Dormir.
M.D., 1844 : Dormir.
un détenu, 1846 : Dormir. — Pionçage, sommeil.
Larchey, 1865 : Dormir. — De pieu : lit.
Nous nous sommes mis à pioncer, nous ne pensions plus à l’appel.
(Vidal, 1833) — V. Boc.
Delvau, 1866 : v. n. Dormir.
Rigaud, 1881 / Merlin, 1888 / La Rue, 1894 : Dormir.
Virmaître, 1894 : Dormir à poings fermés (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Dormir.
France, 1907 : Dormir ; argot populaire. Les synonymes sont : casser une canne, compter des pauses, faire le lézard, faire son michaud, mettre le chien au cran de repos, piquer un chien, piquer une romance, roupiller, se recueillir, taper de l’œil.
— Les lits et moi nous sommes brouillés ! Jamais pu pioncer ma mesure. Tout petit et puis plus tard… jamais la grasse matinée. Les ponts, les bancs, le plein air, et par tous les temps. Ah ! mes draps n’ont pas coûté cher de blanchissage !
(Henri Lavedan)
Quoi ? Vrai ! Vous allez m’ramasser ?
Ah ! c’est muf ! Mais quoi qu’on y gagne !
J’m’en vas vous empêcher d’pioncer,
J’ronfle comme un’ toupi’ d’All’magne.
(Richepin, Chanson des gueux)
Plafond
Delvau, 1866 : s. m. Crâne, cerveau, — dans l’argot des faubouriens. Se crever le plafond. Se brûler la cervelle.
La Rue, 1894 : Tête. Front.
France, 1907 : La tête, plus spécialement l’intérieur du crâne. Ne s’emploie guère que dans cette expression : Avoir une araignée dans le plafond, être excentrique, toqué, un peu fou.
— Voilà encore un de nos jolis toqués, disait l’un d’eux à demi-voix.
— Il a une belle araignée dans le plafond, murmurait un autre.
(Philippe Audebrand)
On dit aussi avoir des trichines dans le plafond.
Platventrer
France, 1907 : Être couché à plat ventre ; néologisme.
On grognait alentour. Il ne s’en émut pas. Sûr de sa force, la main au revolver, il était prêt à tuer ; les autres reculèrent, il restait le seul chef de la barricade ; un colonel, la peau trouée, platventrait au dehors ; le capitaine, le crâne ébréché, jurait dans un coin, délaissé, tamponnant sa blessure.
« Chacun pour soi ! »
(Maurice Montégut, Le Mur)
Poser un factionnaire
France, 1907 : Laisser un souvenir…
En un lieu écarté
Où, pour se mettre à l’aise, ou à la liberté.
À propos de ce genre de factionnaires, le commandant A. Longuet raconte dans ses Méditations de caserne une crânerie entre des milliers que nos soldats firent pendant la guerre d’Espagne. Il s’agit d’un sous-officier du 6e léger. « Ce régiment passait en vue des avant-postes anglais ; un sergent quitte la colonne, et s’avance à portée de pistolet d’une vedette. Il met sac à terre, tourne le dos à l’ennemi, et prend cette position où les genoux sont plus élevés que la partie sur laquelle on s’assoit. L’Anglais, irrité d’un pareil outrage, arrive au galop, croyant avoir bon marché du provocateur. Celui-ci se redresse, toutes voiles déployées, et, sans bouger un pied, fait face en arrière par le haut du corps, ajuste et couche le cavalier ; puis il continue… son factionnaire. »
Pouce (avoir du)
Delvau, 1866 : Avoir de la vigueur ; être fièrement campé, crânement exécuté, — dans l’argot des artistes.
Pourfendeur
d’Hautel, 1808 : Fanfaron, hâbleur, crâne, bretteur, mauvais sujet.
Prouter
Vidocq, 1837 : v. a. — Gronder, se fâcher, se plaindre,
Delvau, 1866 : v. a. et n. Appeler, héler, — dans l’argot du peuple, qui crie souvent : Prout ! prout ! Se dit aussi — dans le même argot — des sacrifices faits au dieu Crépitus. C’est une onomatopée.
Delvau, 1866 : v. n. Porter plainte, gronder.
Virmaître, 1894 : Marronner, ne pas être content (Argot du peuple). V. À cran.
Rossignol, 1901 : Être mécontent.
Hayard, 1907 : Murmurer ; n’être pas content.
Rallié
France, 1907 : Personne nouvellement ralliée à la république.
Les ralliés lâchent allègrement le vieux shako de la monarchie et se coiffent du bonnet phrygien, qu’ils portent incliné sur l’oreille pour mieux accuser la crânerie de leurs nouvelles convictions.
(A. Maujan)
Ramenage
France, 1907 : Action de ramener ses cheveux sur le crâne dénudé.
Ramener
Rigaud, 1881 : Garnir tant bien que mal le sommet du crâne avec quelques rares mèches de cheveux empruntées à la nuque. C’est ce qu’Alphonse Karr appelle :
En emprunter un qui vaut dix.
Rossignol, 1901 : Se dit de celui qui est dénudé, qui laisse pousser ses cheveux longs sur les côtés de la tête, pour les ramener au sommet.
France, 1907 : Rassembler les cheveux des côtés de la tête pour dissimuler la calvitie.
Oui ! J’les ramèn’ : quoi ! C’est mon chic !
Tout chacun fait c’qu’i’ veut d’ses tiffes,
Pis, je m’en fous ben de c’que l’public
— Un tas d’gonss’ qui vaut pas trois giffes —
Peut dir’ d’ma façon de m’peigner,
Si sus les temp’s je m’coll’ des guiches,
C’est par magnère d’témoigner
Qu’en vrai barbiz’ j’aime pas les riches.
(É. Blédort)
France, 1907 : Terme d’équitation. Faire baisser la tête et le nez à un cheval qui les tient trop en avant, qui n’encapuchonnne pas.
Rameneur
Delvau, 1866 : s. m. Homme affligé de calvitie, qui essaye de la dissimuler en ramenant habilement ses derniers cheveux sur le devant de sa tête — et « empruntant ainsi un qui vaut dix ».
Rigaud, 1881 : Vieux beau qui ramène sur le sommet de sa tête, sur les tempes, deux ou trois mèches de cheveux qui s’égarent sur sa nuque.
La Rue, 1894 : Vieux beau qui ramène la mèche de cheveux qui lui reste sur le sommet de la tête ou sur le front. Se dit aussi de l’homme qui recrute des joueurs pour un cercle.
Virmaître, 1894 : Homme qui n’a que quelques cheveux et les ramène en avant sur son front pour faire croire à une chevelure abondante (Argot du peuple).
France, 1907 : Chauve qui essaye de dissimuler sa calvitie en ramenant ses cheveux sur le sommet du crâne.
France, 1907 : Individu d’aspect et de mise respectables chargé de racoler des dupes pour un tripot.
Un personnel de rameneurs qui, membres réguliers du cercle, gentlemen en apparence, ont pour mission de racoler ceux qui, bien nourris à la table d’hôte, seront, une heure après, dévorés à celle du baccara.
(Hector Malot, Baccara)
Saints de glace
France, 1907 : On appelle ainsi saint Mamert, saint Pancrace et saint Servais dont les fêtes tombent les 11, 12 et 13 mai, jours auxquels il se fait spécialement dans le centre de la France et en Allemagne des froids qui ne sont pas de saison.
Les météorologistes expliquent ainsi les intempéries dans cette période lunaire qui commence en avril et finit en mai :
Chaque année la terre, dans le parcours de son vaste orbite autour du soleil, passe par deux points critiques : les saints de glace et l’été de la Saint-Martin (novembre-décembre et avril-mai).
Lorsque la terre est à l’extrémité de cet axe oblique correspondant à l’été de la Saint-Martin, elle reçoit, comme le ferait un réflecteur, toutes les tiédeurs du rayonnement solaire.
Mais quand elle est à l’autre extrémité, là où demeurent les saints de glace légendaires, par une combinaison céleste spéciale, il se rencontre entre la terre et le soleil un paquet de pulvéries, de nébuleuses, de quelque matière cosmique, d’astéroïdes, peut-être, qui forme écran entre notre planète et notre grand calorifère. Alors ce sont, dès que le ciel est clair, les abaissements de température, les gelées nocturnes, les accidents variés, que redoutent si fort, et à si juste titre, les agriculteurs, et dont on dit, faute de mieux, afin de tâcher d’en prendre son parti : « C’est la lune rousse ! »
Serrer sa ceinture
Rossignol, 1901 : Quand on n’a pas de quoi manger, on serre sa ceinture d’un cran.
Serrer sa ceinture d’un cran
Virmaître, 1894 : Compression du ventre, afin d’empêcher les intestins de crier famine (Argot du peuple).
Sorte
d’Hautel, 1808 : Plaisanterie, gausse, mensonge, gasconnade, conte fait à plaisir, récit peu digne de foi.
C’est une sorte, une bonne sorte. Pour dire, que ce que dit quelqu’un est controuvé ; que c’est une plaisanterie, un conte en l’air.
Delvau, 1866 : s. f. Mauvaise raison, faux prétexte, balançoire, — dans l’argot des typographes.
Rigaud, 1881 : Mensonge, bourde, mystification, — dans le jargon des typographes. — Au propre, les sortes sont les lettres de même caractère, de même sorte. — Chiquer des sortes, puiser dans la casse du voisin les lettres dont on a besoin.
Boutmy, 1883 : s. f. Quantité quelconque d’une même espèce de lettres. Au figuré, conte, plaisanterie, baliverne. « Conter une sorte », c’est narrer une histoire impossible interminable, cocasse, et que tout le monde raconte à peu près dans les mêmes termes. Les sortes varient à l’infini ; en voici quelques exemples : « Oui, Bidaut » est une réplique qui signifie « Oui, oui, c’est bien, soit ; je n’en crois pas un mot. » — « Il paraît qu’il va passer sur le nouveau labeur : le Rhinocéros. On dit que ça fait au moins 400 feuilles in-144, en cinq mal au pouce, cran sur l’œil. » Ou bien encore : « Le prote va mettre en main l’Histoire de la Chine dont la préface fera à elle seule 45 vol in-12. » C’est une scie qu’on monte aux nouveaux pour leur faire croire que le travail abonde. On dit aussi « Le pape est mort ! » quand on entend remuer l’argent de la banque, parce que ce bruit argentin rappelle celui des cloches qui annoncent la mort du pape. Quand un compositeur veut rompre le silence monotone observé depuis quelque temps, il s’écrie : « Tu disais donc, Matéo, que cette femme t’aimait ? » comme s’il reprenait tout à coup un dialogue commencé. Il y a aussi des sortes en action. Quand un compositeur n’est pas venu travailler, surtout le lundi, ses compagnons prennent sa blouse, la remplissent de maculatures, en font un mannequin qu’ils placent sur un tabouret devant sa casse, lui mettent en main un composteur et lui donnent l’attitude d’un compositeur dans son dur. « Quand un compositeur n’est pas matineux, dit l’auteur de Typographes et gens de lettres, ses compagnons, pendant son absence, lui font une petite chapelle. C’est l’assemblage de mille choses plus disparates les unes que les autres : blouses, vieux souliers, composteurs, galées, bouteilles vides, qu’on dispose artistement en trophée ; puis on allume autour tous les bouts de chandelle que l’on peut trouver. » Voici une autre sorte en action dont la victime s’est longtemps souvenue. C’était dans un atelier voisin du quai des Grands-Augustins. Il y a quelques années se trouvait sur ce quai le marché aux volailles connu sous le nom de la Vallée. Il arrivait parfois aux typographes de s’y égarer et d’acheter à la criée un lot de volailles : des poulets, des pigeons ou des oies. À l’atelier, on se partageait le lot acheté. Chacun contribuait au prorata de la dépense. On faisait des parts ; mais ces parts ne pouvaient jamais être égales : il était impossible, en effet, de disséquer les volatiles. Force était donc de tirer au sort. Il arriva un jour qu’un jeune fiancé gagna à cette loterie d’un nouveau genre une oie superbe, une oie de 15 livres, une oie grasse, blanche et dodue. Joyeux, il l’enveloppe soigneusement dans une belle feuille de papier blanc, à laquelle il adjoint un journal du jour, puis une maculature. Il ficelle le tout et dépose précieusement le paquet sous son rang. Le soir arrive ; notre jeune homme se hâte d’endosser son paletot, prend son paquet sous le bras et court, tout empressé, chez les parents de sa fiancée. « Je viens dîner avec vous », s’écrie-t-il. Puis, discrètement, avec un clignement d’yeux significatif, il remet à la ménagère son précieux fardeau ; c’en était un véritablement. On se met à table, on cause, on boit, on rit. La ménagère, curieuse de faire connaissance avec le cadeau du fiancé, profite d’un moment pour s’esquiver. Elle revient bientôt après, le visage allongé, et s’assied à sa place en grommelant. L’amoureux typo, s’apercevant de la mauvaise humeur de sa future belle-mère, veut en connaître la cause. On l’emmène à la cuisine, et quelle n’est pas sa stupéfaction de voir son oie changée en tiges de bottes moisies, en vieilles savates et autres objets aussi peu appétissants. Un compagnon facétieux avait accompli la métamorphose. L’oie fut mangée le lendemain chez un marchand de vin du voisinage. Le fiancé, dit-on, fut de la fête. Autre sorte en action, à laquelle ne manquent pas de se laisser prendre les novices. On a placé le long du mur, à une hauteur suffisante pour qu’il ne soit pas possible de voir ce qu’il contient, un sabot qui est censé vide. Le monteur de coup s’essaye à jeter une pièce de monnaie ; mais il n’atteint jamais le but. Un plâtre, impatienté de sa maladresse et tout heureux de se distinguer, tire une pièce de deux sous de sa poche, et, après quelques tentatives, la loge dans le sabot. Il est tout fier de son triomphe ; mais il ne veut pas laisser sa pièce. Pour l’avoir, il se hausse sur la pointe des pieds, plonge ses doigts dans le sabot, et les retire remplis… comment dire ? remplis d’ordure. Il existe des milliers de sortes dont beaucoup sont très vieilles et que la tradition a conservées jusqu’à nos jours.
La Rue, 1894 : Mensonge, bourde, mystification.
Virmaître, 1894 : Quand un camarade quitte son rang pour aller raconter à un copain une histoire de brigand inventée de toutes pièces, l’autre lui répond :
— Laisse-moi avec ta sorte.
Pour une mauvaise plaisanterie l’aile à un camarade, la réponse est la même. L’expression sorte vient de ce que, lorsqu’il manque des caractères dans une casse, la sorte est absente.
Sortier, celui qui fait des sortes (Argot d’imprimerie).
France, 1907 : Conte, baliverne, plaisanterie. Conter une sorte, dit Eugène Boutmy, c’est narrer une histoire impossible, interminable, cocasse, et que tout le monde raconte à peu près dans les mêmes termes. Les sortes varient à l’infini ; en voici quelques exemples : « Oui, Bidaut » est une réplique qui signifie : « Oui, oui, c’est bien, soit : je n’en crois pas un mot. » — On dit aussi : « Le pape est mort ! » quand on entend remuer l’argent de la banque, parce que ce bruit argentin rappelle celui des cloches qui annoncent la mort du pape.— Quand un compositeur veut rompre le silence monotone observé depuis quelque temps, il s’écrie : « Tu disais donc, Mateo, que cette femme t’aimait ? » comme s’il reprenait tout à coup un dialogue commencé.
Il y a aussi des sortes en action. Quand un compositeur n’est pas venu travailler, surtout le lundi, ses compagnons prennent sa blouse, la remplissent de maculatures, en font un mannequin qu’ils placent sur un tabouret devant sa casse, lui mettant en main un composteur et lui donnant l’attitude d’un compositeur dans son dur.
(L’Agot des typographes)
Tambour (crever son)
France, 1907 : Se ruiner, mourir.
Les bons conseils de la sagesse
Près de nous ont peu de succès ;
Même en dehors de la jeunesse,
Combien d’hommes par leurs excès,
Hélas ! avancent leur décès !
Quoique vieux, on veut rester crâne…
Je crois, Messieurs, sans calembour,
Qu’il faut ménager sa peau d’âne,
Pour ne pas crever son tambour.
(L. Jullien)
Tante
Ansiaume, 1821 : Femme concierge de prison.
Ma tante est encore girofle, ma foi, si elle m’ouvroit la lourde.
Vidocq, 1837 : s. m. — Homme qui a les goûts des femmes, la femme des prisons d’hommes. Je dois l’avouer, ce n’est pas sans éprouver un vif sentiment de crainte que je me suis déterminé à donner place dans cet ouvrage, à ce mot que l’ordre alphabétique amène sous ma plume ; mais cet ouvrage n’est destiné ni aux filles, ni aux femmes ; on le trouvera peut-être entre les mains de celles qui assistent, parées comme pour le bal, aux audiences de la cour d’assises lorsque l’acte d’accusation promet des détails sanglans ou critiques, ou qui sont allées par une froide matinée d’hiver, enveloppées de fourrures et nonchalamment étendues sur les coussins moelleux de leur landeau, acheter bien cher une place de laquelle elles pussent voir commodément tomber les têtes de Lacenaire et d’Avril ; mais à celles-là je n’apprendrais rien qu’elles ne sachent déjà, elles savent ce que c’était que la Tante Chardon, c’est tout au plus si la pile galvanique pourrait agacer leurs nerfs, et peut-être que si l’on cherchait sous leur oreiller on y trouverait les ouvrages du marquis de Sade.
Cependant ce n’est point pour -elles que j’écris ; aussi je d’aurais pas publié ces quelques lignes si je n’avais pas cru qu’il en dût résulter quelque bien.
Il ne faut pas croire que la pédérastie soit toujours le résultat d’une organisation vicieuse ; les phrénologistes qui ont trouvé sur notre crâne la bosse propre à chaque amour, n’y ont point trouvé celle de l’amour socratique ; la pédérastie n’est autre chose que le vice de toutes les corporations d’hommes qui vivent en dehors de la société ; les quelques hommes vivant dans le monde que l’on pourrait me citer, sont des êtres anormals qui ne doivent pas plus prouver contre ce que j’avance, que les boiteux, les bossus, les culs de jatte, ne prouvent que la nature de l’homme est d’être boiteux, bossu, ou cul de jatte ; ainsi donc quelques soldats, un peu plus de matelots, et beaucoup de prisonniers, seront atteints de ce vice, et cela, du reste, est facile à concevoir : tous les besoins de la nature sont impérieux, il faut que l’on trompe ceux qu’on ne peut satisfaire.
Il serait souvent plus juste de plaindre que de blâmer celui que l’on voit mal faire, car il est fort rare que l’homme succombe sans avoir combattu ; c’est presque toujours la nécessité qui conduit la main de celui qui commet un premier crime, et peut-être que si à côté des lois répressives de notre Code, le législateur avait placé quelques lois préventives, tel individu qui languit dans un bagne ou dans une maison centrale, posséderait la somme de bien-être à laquelle tous les hommes ont le droit de prétendre, et qui doit être le prix de toutes facultés utilement employées.
Je-ne me suis pas éloigné de mon sujet, ce que je viens de dire doit me servir à constater un fait qui malheureusement n’est que trop prouvé, et qui déjà a été signalé par des hommes vraiment recommandables : c’est que la pédérastie est la lèpre des prisons ; ce vice ignoble, que l’imagination ne peut que difficilement concevoir, est le plus saillant de tous ceux qui infestent des lieux placés aous la surveillance immédiate de l’autorité ; cependant les hommes dont la mission est d’améliorer le régime pénitenciaire, ne daignent pas seulement chercher les moyens de l’extirper.
Il y a plus même, dans les bagnes et dans les prisons, on voit souvent sans peine les voleurs audacieux s’attacher à de jeunes pédérastes, car alors ils ne cherchent plus à s’évader ; les directeurs et surveillans de maison centrale ont même quelquefois souffert que des mariages* fussent célébrés avec une certaine pompe ; cet abus n’existe plus, il est vrai, on se cache aujourd’hui pour faire ce qu’autrefois on faisait ouvertement, mais le mal existe toujours.
* Les prisonniers qui contractaient de semblables mariages ne faisaient, au reste, que ce que fit Henri III qui passa avec Maugiron, celui de ses mignons qu’il aimait le plus, un contrat de mariage que tous ses favoris signèrent, et qui donna naissance à un pamphlet intitulé : La Pétarade Maugiron. J’ai extrait de cet ouvrage le quatrain suivant, destiné à servir d’épitaphe à un des seigneurs de la cour de ce monarque, ainsi qu’à sa famille :
Ci gist Tircis, son fils, sa femme,
Juge passant qui fis le pis,
Tircis prit son fils pour sa femme,
Sa femme eut pour mari son fils.
Comme je l’ai dit plus haut, ce n’est pas sans avoir combattu que l’homme succombe ; mais, comme les mauvaises habitudes ont plus de force que les bonnes, il ne s’est pas plus tôt laissé séduire par l’exemple, qu’il aime ce que d’abord à ne pouvait concevoir, et bientôt son esprit affaibli, du reste, par une nourriture malsaine et insuffisante, et par une tension continuelle, ne lui permet plus de discerner les objets ; alors il croit avoir trouvé ce qu’il désire ; il flatte, il adule, il courtise les malheureux qu’il convoite, et qui, eux aussi, croient souvent être ce que l’autre cherche.
Oh ! il est de ces spectacles qu’il faut avoir vu, pour savoir jusqu’où peut descendre l’homme ; il faut être doué d’une organisation bien vigoureuse, et ne jamais s’être arrêté aux surfaces pour ne pas dire ruca à ses frères, lorsque l’on s’est couché sur le banc d’un bagne ou dans la galiote d’une maison centrale ; car n’est-ce pas un spectacle à dégoûter l’humanité toute entière, que de voir des hommes renoncer aux attributs, aux privilèges de leur sexe, pour prendre le ton et les manières de ces malheureuses créatures qui se vendent au premier venu, de les voir lècher la main de celui qui les frappe, et sourire à celui qui leur dit des injures ? et cela cependant se passe tous les jours, et dans toutes les prisons, sous les yeux de l’autorité qui, disent ses agens, ne peut rien y faire. Vous ne pouvez rien y faire ? dites-vous. Pourquoi donc le peuple paie-t-il grassement des philantropes et des inspecteurs-généraux ? Vous ne pouvez rien, mais il faut pouvoir ; le prisonnier est toujours un membre de la famille : la société qui vous a chargé de le punir, vous a en même temps donné la mission de le rendre meilleur, car s’il n’en était pas ainsi, le recueil de vos lois ne serait qu’un recueil d’absurdités ; la peine qui ne répare rien est une peine inutile. Rendez meilleurs les hommes vicieux, voilà la réparation que la société vous demande.
Les pédérastes, à la ville, ont un signe pour se reconnaître ; il consiste à prendre le revers de l’habit ou de la redingotte avec la main droite, le hausser à la hauteur du menton, et à faire une révérence imperceptible.
Delvau, 1864 : Homme qui sert de femme aux pédérastes actifs.
Enfants, on les appelle mômes ou gosselins ; adolescents, ce sont des cousines ; plus âgés, ce sont des tantes.
(Christophe)
Larchey, 1865 : « Homme qui a des goûts de femmes, la femme des prisons d’hommes. »
(1837, Vidocq)
Pour donner une vague idée du personnage qu’on appelle une tante, il suffira de rapporter ce mot magnifique du directeur d’une maison centrale a feu lord Durham qui visita toutes les prisons pendant son séjour à Paris. Le directeur, après avoir montré toute la prison, désigne du doigt un local en faisant un geste de dégoût : Je ne mène pas là Votre Seigneurie, dit-il, car c’est le quartier des tantes. — Hao ! fit lord Durham, et qu’est-ce ? — C’est le troisième sexe, milord.
(Balzac)
Enfants, on les appelle mômes ou gosselins ; adolescents, ce sont des cousines ; plus âgés, ce sont des tantes.
(Moreau Christophe)
Dans le chapitre détaillé qu’il a consacré à cette espèce de gens, M. Canler reconnaît quatre catégories appartenant à diverses classes sociales : persilleuses, honteuses, travailleuses et rivettes. Cette dernière est seule exploitée par les chanteurs.
Larchey, 1865 : « Tous mes bijoux sont chez ma tante, comme disent mes camarades lorsqu’elles parlent du Mont de Piété. » — Achard. — C’est, comme oncle, un terme ironique à l’adresse de ceux qui croient déguiser la source d’un emprunt en disant qu’ils ont eu recours à leur famille.
Delvau, 1866 : s. f. Individu du troisième sexe, — dans l’argot des faubouriens. On dit aussi Tapette.
Rigaud, 1881 : Être hybride que Balzac a nommé le troisième sexe, et Vidocq la femme des prisons d’hommes. — Toutes les tantes ne sont pas des assassins, mais tous les assassins sont des tantes.
Homme ou femme ? On ne sait. Ça rôde, chaque soir,
En tous lieux où le gaz épargne un peu de noir,
Et ça répond au nom de : La Belle Guguste.
(J. Dementhe)
La Rue, 1894 : Individu ignoble. Le troisième sexe. Signifie aussi dénonciateur.
Virmaître, 1894 : Le Mont-de-Piété
— Je porte ma toquante chez ma tante, mon oncle en aura soin (Argot du peuple).
Virmaître, 1894 : Pédéraste, homme à double face qui retourne volontiers la tête du côté du mur (Argot du peuple). N.
Rossignol, 1901 : Voir chatte.
Hayard, 1907 : Pédéraste.
France, 1907 : Faux frère ; dénonciateur ; lâche.
Et quand faut suriner un pante
Ej’ reste là… les bras ballants…
I’s ont beau m’dir’ : Va donc… eh ! Tante !
Ej’ marche pas… j’ai les foies blancs.
(Aristide Bruant)
France, 1907 : Individu appartenant au troisième sexe dont était exclusivement composée la légion thébaine. On dit aussi tapette.
Il suffira, dit Balzac, de rapporter ce mot du directeur d’une maison centrale à feu lord Durham, qui visita toutes les prisons pendant son séjour à Paris. Le directeur, après avoir montré toute la prison, désigne du doigt un local en faisant un geste de dégoût : « Je ne mène pas là votre Seigneurie, dit-il, car c’est le quartier des tantes. — Aaoh ! fit lord Durham, et qu’est-ce ? — Le troisième sexe, milord. »
Alfred Tennyson, le barde national, étant mort, et sa succession ouverte, Oscar Wilde passait pour l’un de ceux qui devaient y prétendre et pouvaient y appéter. Pour qu’il soit devenu le chantre subventionné de la Grande-Bretagne et des Indes, il ne s’en est fallu peut-être que du lapin trop fort posé à un grand-oncle, je veux dire au père d’une jeune tante. Londres ne demandait au divin que de ne pas étaler sa « divinité », et, pour le reste, elle lui faisait crédit, sur la foi des aèdes antiques, ses maîtres et ses modèles.
(Émile Bergerat)
Tapageur
d’Hautel, 1808 : Crâne, fanfaron ; bretteur qui plaît à exciter le bruit, le trouble et le tumulte.
Mettre son chapeau en tapageur. Le poser sens devant derrière.
Tarauder
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Frapper, donner des coups.
Delvau, 1866 : v. a. Battre, donner des coups, — dans l’argot des faubouriens.
Delvau, 1866 : v. n. Faire un bruit agaçant en remuant mal à propos des meubles, en secouant des tiroirs, etc. Argot du peuple.
La Rue, 1894 : Battre, se disputer.
France, 1907 : Battre, tarabuster. Se tarauder, se quereller ; argot populaire.
— Ah ! mille milliards de trompettes à piston ! s’être laissé tarauder ainsi par un bleu, par un blanc-bec, un carapata, un bonnet de police, un conscrit enfin ! Lui battu, lui esquinté, lui, Riboulot, la terreur des crânes du régiment ! Ah ! nom de nom de nom de nom ! mais patience ! Barochon allait sans doute tailler des croupières à ce buveur d’eau sucrée, et dès que Riboulot serait remis d’aplomb sur ses quilles, il trouverait lien l’occasion de l’envoyer essayer une chemise de sapin.
(Ch. Dubois de Gennes, Le Troupier tel qu’il est… à cheval)
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