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Battre la semelle

Delvau, 1866 : v. a. Vagabonder, — dans l’argot du peuple, qui a peut-être lu l’Aventurier Buscon.

Rigaud, 1881 : Courir le monde.

Je pris une ferme résolution de m’en aller battre la semelle.

(Buscon)

Les ouvriers cordonniers se sont, les premiers, servis de cette expression, pour dire aller travailler de ville en ville. (V. Saint-Crépin.)

Virmaître, 1894 : Arpenter le trottoir, faire les cent pas en attendant quelqu’un (Argot du peuple).

Virmaître, 1894 : Dans les grands froids les troupiers battent la semelle pour se réchauffer les pieds, soit qu’ils, frappent sur le sol, soit qu’ils frappent en cadence semelles contre semelles (Argot des troupiers).

Virmaître, 1894 : Se dit d’une femme sans homme qui, à l’instar de certain photographe, opère elle même. Elle bat la semelle mais ne frappe pas aussi fort que le cordonnier sur son pavé (Argot du peuple). N.

Catin

d’Hautel, 1808 : Une franche Catin. Femme impudique et dévergondée.

Delvau, 1866 : s. m. Un nom charmant devenu une injure, dans l’argot du peuple, qui a bien le droit de s’en servir après Voltaire, Diderot, et Mme de Sévigné elle-même.

Virmaître, 1894 : Fille publique. Catin : petite poupée. Catin : nom d’amitié donné à une maîtresse. (Argot du peuple).

C’est aujourd’hui la St-Crépin
Les savetiers se frisent
Mon cousin ira voir catin.

France, 1907 : Fille de mœurs légères. Ce nom n’a été que récemment employé en mauvaise part. C’est le diminutif de Catherine, du grec kataros, sans tache.

— Pourquoi nommer Cali votre charmante fille ?

(Almanach des Muses)

Vivandière du régiment,
C’est Catin qu’on me nomme :
Je vends, je donne et bois gaiment
Mon vin et mon rogomme.
J’ai le pied leste et l’œil mutin,
Tintin, tintin, tintin, r’tin tintin ;
J’ai le pied leste et l’œil mutin :
Soldats, voilà Catin !

(Béranger)

Ce n’était pourtant que de vulgaires filles, des catins du monde chic, du monde qui ne marchande pas ; il est vrai que l’argent leur coûte si peu ; pourtant la viande était la même que dans les plus borgnes des bals de barrières ; c’est l’histoire des poupées de carton : au bazar de la rue Mouffetard, elles valent cinq sous ; chez Giroux, elles valent cent francs ; c’est une question d’enveloppe.

(Ch. Virmaître, Paris oublié)

Cassagnac, on ne sait comment
Arrive juste à ce moment
Toujours sévère,
Et Gambetta, plus libertin,
Fixe ardemment sur la catin
Son œil de verre.

(Chanson du Père Lunette)

Il existe certainement des couples qui se plaisent et se chérissent, mais combien rares sont-ils ? Dans la haute société, l’homme va de son côté et la femme du sien : lui a des maîtresses, elle des amants, et sans les toilettes dont elles sont parées, elles seraient pareilles à de vulgaires catins, quoique celles-ci n’aient pas l’excuse du bien-être qu’ont les autres. Et cela sous le plus parfait cachet aristocratique, sous la plus pure étiquette mondaine.

(Pierre Kropotkine)

Dans certaines campagnes, les petites filles appellent catin leur poupée.

Chaussure

d’Hautel, 1808 : Un réparateur de la chaussure humaine. Manière précieuse et affectée de désigner un enfant de Saint-Crépin, cordonnier ou savetier.
Trouver chaussure à son pied. Rencontrer ce qui convient ; trouver son maître, trouver à qui parler.

Crépin

d’Hautel, 1808 : Être dans la prison de St.-Crépin. Être gêné dans ses souliers ; avoir une chaussure qui blesse les pieds.
Le Saint-Crépin. Tous les outils nécessaires à un cordonnier, pour pratiquer son métier. On donne aussi ce nom au bagage d’une personne peu fortunée.
La Saint-Crépin. Fête patronale des cordonniers. Tout le monde connoît cette chanson triviale : C’est aujourd’hui la Saint-Crépin, mon cousin, etc.

Larchey, 1865 : Cordonnier. — Mot à mot : enfant de saint Crépin. — On sait que saint Crépin est le patron des bottiers et des cordonniers.

Je défie bien le Crépin de me faire des bottes plus justes.

(La Correctionnelle)

France, 1907 : Cordonnier. Saint Crépin, patron de la corporation.

Crépine

Vidocq, 1837 : s. f. — Bourse.

Larchey, 1865 : Bourse (Vidocq). — Ce doit être, comme le crapaud, une bourse de cuir.

Delvau, 1866 : s. f. Bourse, — dans l’argot des voleurs qui savent que les premières bourses ont été des aumônières et que saint Crépin est le patron du cuir.

Rigaud, 1881 : Bourse, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Bourse. Cordonnière.

France, 1907 : Bourse. La plupart des bourses de campagnards sont en cuir, d’où ce nom dérive naturellement du travailleur en cuir, c’est-à-dire du crépin.

Gnafe

d’Hautel, 1808 : Un gnafe. Sobriquet que l’on donne à un savetier ; à un enfant de Saint-Crépin.

Lance de saint Crépin

Delvau, 1866 : s. f. Alène, — dans l’argot du peuple, qui sait que saint Crépin est le patron des cordonniers.

France, 1907 : Alène, saint Crépin étant le patron des cordonniers.

Ne, sutor, ultra crepidam

France, 1907 : « Cordonnier, pas plus haut que la chaussure. » Cette locution proverbiale que l’on adresse aux personnes qui traitent de questions au-dessus de leur compétence, parlent de littérature ou d’art, sans y comprendre rien, vient, dit-on, du peintre grec Apelle, qui, ayant écouté avec complaisance la critique d’un cordonnier sur la sandale d’un personnage d’un de ses tableaux, arrêta net celui-ci, quand il voulut pousser plus loin ses critiques, par les paroles ci-dessus.

Crépin, le fils d’un cordonnier,
Pousssé d’une vaine manie,
Pour faire un opéra se croyant du génie,
Prit la lyre à la main et quitta son métier ;
Mais quand par l’auditeur il vit siffler sa rime,
Il reconnut bien à son dam
Que véritable est la maxime :
Ne, sutor, ultra crepidam.

(François Gacon, Épigramme contre J.-B. Rousseau)

Offre de Saint Crépin

France, 1907 : Offre qui n’est jamais réalisée.

On qualifie ainsi, dit Champollion-Figeac, les offres que font les personnes habituées à en faire beaucoup et qui n’en réalisent aucune. Ce proverbe particulier à Grenoble doit son origine à un vieux tableau qu’on voyait autrefois dans une chapelle dédiée à saint Crépin et à saint Crépinien, frères martyrs. Celui-ci, un tranchet à la main, coupe des souliers, et saint Crépin en donne une paire à un pauvre qui lui demande l’aumône ; mais, comme ces souliers ne sortent jamais de la main du saint qui les offre, on a fait de là le dicton offre de saint Crépin.

(Nouvelles Recherches sur les patois ou idiomes vulgaires de la France)

Piler du poivre

Larchey, 1865 : Marcher avec la plante des pieds écorchées, en souffrant à chaque pas comme si du poivre pilé brûlait la chair.

Delvau, 1866 : Avoir des ampoules et marcher sur la pointe des pieds, par suite d’une très longue marche, — dans l’argot du peuple. Se dit également des cavaliers ou amazones novices, par suite d’exercices équestres trop prolongés. S’emploie aussi pour signifier Médire de quelqu’un en son absence, et S’ennuyer à attendre. Faire piler du poivre à quelqu’un. Le jeter plusieurs fois par terre, en le maniant avec aussi peu de précaution qu’un pilon.

Rigaud, 1881 : Ne pas se tenir d’aplomb à cheval, suivre, à contre-temps, le mouvement du trot, de façon à ce que le postérieur s’enlève de la selle et y retombe avec force, mouvement qui rappelle l’action de piler du poivre dans les mortiers des droguistes.

Merlin, 1888 : Marquer le pas, ou monter une faction. En cavalerie, enfourcher sans étriers un cheval à réactions dures.

Virmaître, 1894 : Individu qui a des chaussures neuves qui lui font mal ; il marche sur la pointe des pieds. Il pile du poivre. On dit également :
— Il est dans la prison de Saint-Crépin.
Quand une personne est absente et que l’on médit d’elle, on pile du poivre sur son compte.
On connaît cette anecdote de Tortoni :
Il y avait une vingtaine de journalistes réunis. Chaque fois que l’un s’en allait, aussitôt il était arrangé de belle façon, et ainsi de suite jusqu’au dernier.
Celui-là, en partant, se dit : au moins on ne pilera pas de poivre sur mon compte ; je reste seul.
Le garçon l’accompagna et dit en fermant la porte : — Quel crétin que ce coco-là, il se croit l’égal de Victor Hugo et il est plus bête que trente-six cochons.
Le garçon pilait du poivre.
Faire piler du poivre à quelqu’un :
lui casser la tête sur le pavé (Argot du peuple). N.

France, 1907 : Être monté sur un cheval qui trotte sec ; argot militaire.

On use une culotte en trois séances, mais on y gagne un appétit qui ne peut être assouvi par la cantine de l’École que si le bienheureux propriétaire a des revenus princiers. Ajoutez que cet exercice vous fait marcher large, parce qu’il détériore d’une façon très sensible ce qui, dans votre individu, se montre rarement à visage découvert. On appelle cet piler du poivre.

(Théo-Critt, Nos farces à Saumur)

France, 1907 : Marcher difficilement, soit par suite de fatigue ou de blessure aux pieds.

France, 1907 : Médire derrière quelqu’un, synonyme de casser du sucre, c’est l’habitude des journalistes et des gens de lettres de piler du poivre en l’absence d’un camarade.
On connait cette anecdote de Tortoni :

Il y avait une vingtaine de journalistes réunis. Chaque fois que l’un s’en allait, aussitôt il était arrangé de belle façon, et ainsi de suite jusqu’au dernier.
Celui-là, en partant, se dit : Au moins on ne pilera pas de poivre sur mon compte ; je reste seul.
Le garçon l’accompagna et dit en fermant la porte :
— Quel crétin que ce coco-là ; il se croit l’égal de Victor Hugo et il est plus bête que trente-six cochons !
Le garçon pilait du poivre.

(Ch. Virmaître)

Prison de saint Crépin

France, 1907 : Chaussures trop étroites. Saint Crépin est le patron des cordonniers.

Prison de Saint-Crépin

Rigaud, 1881 : Chaussure trop juste.

Prison de Saint-Crépin (être dans la)

Delvau, 1866 : Être dans des souliers trop étroits.

Saint

d’Hautel, 1808 : Découvrir Saint-Pierre pour couvrir Saint-Paul. Ôter à l’un pour donner à l’autre ; commettre une injustice.
Faire la Sainte n’y touche. Faire l’hypocrite ; le tartuffe.
On dit, dans le même sens, C’est un petit saint de bois.
Saint-Crépin.
Tout ce qui constitue les outils d’un cordonnier ; comme on appelle Saint-Jean les outils d’un imprimeur ; tel que le composteur le tablier, la pointe, le visorium, le marteau, etc., etc. Figurément, le patrimoine d’un pauvre homme ; tout ce qu’il possède, synonymes de Saint-Frusquin, Voy. Frusquin.
Il ne sait plus à quel saint se vouer. Pour il ne sait plus quel parti prendre ; quel remède apporter à un mal.
On dit par ironie de deux personnes qui sont toujours ensemble, que c’est Saint-Roch et son chien.

Saint-Crépin

Delvau, 1866 : s. m. Économies, peculium, — dans l’argot du peuple.

Delvau, 1866 : s. m. Outils de cordonnier, et, par extension, de toute autre profession.

Rigaud, 1881 : Argent économisé. — Se prend souvent dans le sens de Saint-Frusquin. Porter tout son Saint-Crépin, porter tout ce qu’on possède.

Lorsque les garçons cordonniers vont de ville, en ville pour travailler, ce qu’ils appellent entre eux battre ta semelle, ils portent tous les instruments nécessaires à leur métier ; ils appellent cela porter tout leur Saint-Crépin.

(Fleury de Bellingen, Étymologie des Proverbes français)

La Rue, 1894 : Économies. Outils. Prendre la voiture de Saint-Crépin, marcher.

France, 1907 : Bagage des ouvriers cordonniers qui, allant d’une ville a l’autre, portent leurs outils dans un sac de cuir. Le sac et le contenu sont appelés ainsi du nom du patron de la profession. Au figuré, le saint-crépin est tout le bien d’un cheminot, d’un pauvre homme qu’il porte au bout d’un bâton dans un mouchoir. On dit aussi dans le même sens le saint-frusquin. Voir ce mot.
Prendre la voiture de saint Crépin, aller à pied. Prison de saint Crépin, chaussures trop étroites. Voir Offre de Saint-Crépin.

France, 1907 : Économies ; biens. Même sens que saint-frusquin.

… Ils firent battre en ruine
Le château de Monsieur de Luyne,
Lesigny, qui le lendemain
Fut pris et tout son saint-crespin.

(Saint Julien)


Argot classique, le livreTelegram

Dictionnaire d’argot classique