d’Hautel, 1808 : Aiguiser ses couteaux. Pour se préparer à se battre ; affiler ses armes.
Aiguiser
Aller à Niort
un détenu, 1846 : Ne rien dire, se taire, garder le silence.
Delvau, 1866 : v. a. Nier, — dans l’argot des voleurs, qui semblent avoir lu les Contes d’Eutrapel.
Virmaître, 1894 : Nier. Recommandation qu’ont soin de faire les voleurs à leurs complices quand ils vont à l’instruction. Ils se souviennent du mot du boucher Avinain qui, la tête sous le couteau, cria : N’avouez jamais (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : Faire l’ignorant.
Un voleur qui ne veut rien avouer, s’il fait l’ignorant ou semblant de ne pas comprendre ce qu’on lui dit, va à Niort.
Hayard, 1907 : Nier, ignorer.
France, 1907 : Nier. Suivre le dernier avis d’Avinain : « N’avouez jamais. » Cette expression vient des contes d’Eutrapel et n’est guère plus employée que par les voleurs. On trouve dans Vidocq : « S’il va à Niort, il faut lui riffauder les paturons » (S’il nie il faut lui brûler les pieds).
Aller en Flandres sans couteau
France, 1907 : Vieux dicton hors d’usage, allusion à l’habitude en Flandre et dans toute l’Allemagne de toujours porter avec soi un étui renfermant un couteau et une fourchette, les voyageurs ne trouvant ni l’un ni l’autre dans les auberges. Aller en Flandres sans couteau avait donc à peu près la même signification que S’embarquer sans biscuit. Dans la collection des proverbes Flamengs et François du XVIe siècle on trouve ce dicton :
Qui va en Flandres sans couteau
Il perd de beure maint morseau.
Dans ses Dialogues du nouveau langage françois italianisé, Henry Estienne dit : « Il vaudroit mieux aller en Flandres sans couteau (ce que toutesfois l’ancien proverbe ne conseille pas) qu’aller à la cour sans estre garni d’impudence. »
Allez donc !
Larchey, 1865 : Locution destinée à augmenter dans un récit la rapidité de l’acte dont on parle.
J’avais mon couteau à la main… et allez donc !… j’entaille le sergent, je blesse deux soldats.
(E. Sue)
Amiral
Hayard, 1907 : Couteau (argot de bagne).
Avoir le fil
Virmaître, 1894 : Un couteau qui coupe bien a le fil. Un individu malin, rusé, possède le fil.
— Y a pas moyen de lui mettre à ce gonce là, il a le fil.
Avoir le fil, être au courant de toutes choses et être constamment en éveil (Argot du peuple). N.
Bavaroise au lard
Virmaître, 1894 : Absinthe épaisse à couper au couteau (Argot du peuple). N.
Bedon
Delvau, 1866 : s. m. Ventre, — dans l’argot du peuple qui sait son Rabelais par cœur sans l’avoir lu.
Virmaître, 1894 : Gros ventre. En Normandie on dit bedolle pour bedon (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Le ventre.
Allume (regarde) lago (là) le gonce (l’homme) ; ce bedon, on dirait une vessie à saindoux.
France, 1907 : Ventre.
Comme ma maîtresse Zoé
— Une brune donzelle —
Me trompait avec un curé
De trente ans plus vieux qu’elle,
Alors, dans son petit bedon,
La faridondaine, la faridondon !
J’ai planté mon couteau, jeudi.
(Georges Prud’homme, Rouge et Noir)
Bibi
Delvau, 1864 : Jouvenceau, mignon qui sert aux plaisirs libertins des vieillards — le giton du Satyricon, le Ganymède de Jupiter, l’officiosus des bains publics, à Rome ; ou mignon de dame.
Larchey, 1865 : Petit chapeau de femme.
Malaga portait de jolis bibis.
(Balzac)
Bibi : Nom d’amitié donné à l’homme ou à la femme dont on est coiffé.
Paul, mon bibi, j’ai bien soif. — Déjà ?
(Montépin)
Delvau, 1866 : s. m. Petit nom d’amitié, — dans l’argot des faubouriens ; petit nom d’amour, — dans l’argot des petites dames.
Rigaud, 1881 : Chapeau haute forme, — dans le jargon des ouvriers. La mode exige aujourd’hui que les chapeaux d’hommes soient pourvus de très petits bords ou, mieux, soient dépourvus de bords. — J’ai lâché le bibi, j’ai arboré le chapeau haute forme.
Rigaud, 1881 : Fausse clé de petit calibre.
Rigaud, 1881 : Nom d’amitié donné indistinctement aux gens et aux bêtes, ou qu’on s’octroie à soi-même. — « C’est à Bibi ça. »
J’aime pas qu’on fasse des manières avec Bibi.
(X. de Montépin, Le Fiacre no 13)
Rigaud, 1881 : Nom donné aux chapeaux de femmes, vers la fin du règne de Louis-Philippe, parce que ces coiffures étaient très petites.
Dans le vieux patois bourguignon, on désignait par bibi un petit objet, de quelque nature que ce soit, servant d’amusette aux enfants.
(Ch. Nisard)
Merlin, 1888 : Lignard.
Virmaître, 1894 : Instrument de cambrioleur (Argot des voleurs). V. Tâteuse.
France, 1907 : Nom d’amitié décerné à soi-même.
Les plus farouches amis du peuple, bourgeois ou prolétaires, chacun travaille pour son singe, suivant l’expression de certain conseiller municipal manquant de lettres, ce que Jules Vallès, dans l’intimité, résumait par ce mot en montrant son puissant abdomen : « Le pauvre, c’est bibi. »
(Hector France, Sac au dos à travers l’Espagne)
Ce mot ne viendrait-il pas du patois béarnais bibe, vivre, bibi, je vis ?
On appelait, vers 1830, un certain petit chapeau de femme un bibi.
Bibi signifie aussi couteau et fausse clé, dans l’argot des voleurs.
S’il faut en croire, dit Lorédan Larchey, un feuilleton publié par Holstein, dans le Constitutionnel du mois de septembre 1872, bibi aurait détrôné monseigneur depuis longtemps.
C’était un bout de dialogue recueilli à la police correctionnelle (en 1848) :
— Accusé, disait le président, au moment de votre arrestation, on a surpris sur vous un trousseau de fausses clés. — Non, citoyen président. — C’était donc un monseigneur ? — Il n’y a plus de monseigneur, citoyen président. — Vous comprenez ce que je veux dire : pour employer votre langue, j’entends un rossignol. — Eh bien ! moi, je ne l’entends pas le rossignol, sans doute parce que je suis en cage. — Prenez garde ! Trêve de jeux de mots ; ils sont déplacés ici plus qu’ailleurs. Vous savez fort bien ce que je veux dire par fausses clés, rossignol, monseigneur ! — Parfaitement, citoyen président, vous voulez dire bibi.
Nous devons ajouter qu’au moment même où paraissait le feuilleton de Holstein, les journaux judiciaires disaient, en parlant de l’arrestation de faux monnayeurs, qu’on avait trouvé à leur atelier, boulevard de Grenelle, un monseigneur. Donc, monseigneur n’est pas encore détrôné tout à fait par bibi.
Bince
Fustier, 1889 : Couteau (Richepin)
Hayard, 1907 : Couteau.
France, 1907 : Couteau.
Malheur aux pantres de province
Souvent lardés d’un coup de bince.
(Jean Richepin)
Boutique
d’Hautel, 1808 : On dit en plaisantant d’une femme qui, en tombant, a laissé voir son derrière, qu’Elle a montré toute sa boutique.
C’est une mauvaise boutique où personne ne peut rester. Se dit par mépris d’une maison où l’on est mal payé et mal nourri.
Faire de son corps une boutique d’apothicaire. Voy. Apothicaire.
Adieu la boutique. Se dit par plaisanterie, lorsque quelqu’un laisse tomber à terre ce qu’il tenoit à la main.
Delvau, 1864 : Employé dans un sens obscène pour désigner la nature de la femme.
Oh ! ma mie, venez ici, et fermez la boutique, c’est aujourd’hui fête.
(Moyen de parvenir)
J’avais pourtant encor bonne pratique
Et pour cela ne fermai la boutique.
(J. Du Bellay)
Bien souvent à telle pratique
Les femmes ouvrent leur boutique.
(Variétés historiques et littéraires)
Vertu de ma vie ! c’était une belle boutique.
(Tabarin)
Larchey, 1865 : « Ce n’est pas une chose, c’est un esprit de petit négoce, de profits troubles et de soigneuses affaires, qui ne recule devant rien pour arriver à un gain quelconque. Il y a la boutique industrielle comme la boutique scientifique, artistique et littéraire. » — A. Luchet.
On dit en plaisantant d’une femme qui en tombant a laissé voir trop de choses, qu’elle a montré toute sa boutique.
(d’Hautel, 1808)
Quelle boutique ! : est synonyme de quelle baraque ! quelle mauvaise organisation !
Il est de la boutique : Il fait partie de la maison de l’administration ou de la coterie.
Boutiquer : Fagoter, mal faire. — Boutiquier : Homme à idées rétrécies, parcimonieuses.
Delvau, 1866 : s. f. Bureau, — dans l’argot des employés ; journal, — dans l’argot des gens de lettres. Esprit de boutique. Esprit de corps. Être de la boutique. Être de la maison, de la coterie.
Delvau, 1866 : s. f. Ce que les petites filles laissent voir si volontiers, — comme dans le tableau de l’Innocence. Argot du peuple. S’applique aussi à l’autre sexe. Montrer toute sa boutique. Relever trop haut sa robe dans la rue, ou la décolleter trop bas dans un salon.
La Rue, 1894 : L’étui aux couteaux et le fusil que les bouchers de l’abattoir portent suspendus à la ceinture.
France, 1907 : « La plus jolie chose du monde, suivant Delvau, que les petites filles laissent voir si volontiers. » Montrer toute sa boutique, laisser voir certains endroits que, d’après la morale bourgeoise, on ne doit montrer qu’entre époux.
Se dit aussi d’un bureau, d’un journal, d’une administration. Être de la boutique, faire partie de la maison. Esprit de boutique, idées, préjugés, sentiments dont on s’empreint en vivant dans un milieu. Parler boutique, parler de sa profession. Dans l’argot des bouchers, la boutique est leur tablier garni de couteaux.
Brouillard
d’Hautel, 1808 : C’est du papier brouillard. Se dit de quelque chose de peu de valeur ; d’un habit dont le drap est léger et de mauvaise qualité.
Ce brouillard est si épais qu’on le couperoit avec un couteau. Se dit d’un brouillard très-épais.
Son bien est hypothéqué sur les brouillards de la Seine. Se dit par raillerie d’un hâbleur, d’un gascon, qui vante sans cesse les biens et les terres qu’il ne possède pas.
Butter
Ansiaume, 1821 : Massacrer.
Il a été butté pour avoir fait suer un chesne.
un détenu, 1846 : Tuer quelqu’un, occire.
Larchey, 1865 : Assassiner. — Du vieux mot buter : frapper, renverser, qui a fait Culbuter. V. Roquefort.
Voilà donc une classe d’individus réduite à la dure extrémité de travailler sur le grand trimar, de goupiner, de faire le bog et le blavin, de butter même s’il en était besoin.
(Cinquante mille voleurs de plus à Paris, Paris, 1830)
Voilà pour butter le premier rousse, dit-il en montrant un couteau.
(Canler)
Virmaître, 1894 : Tuer (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 : Tuer.
France, 1907 : Assassiner, guillotiner.
Et, comm’ leur fallait c’pendant
Pour s’mett’ quèqu’ chos’ sous la dent
Qu’i’ s’procur’nt de la galette,
I’ buttèr’nt un pétrousquin
Et lui tir’nt son saint-frusquin.
(Blédort)
Caner
Vidocq, 1837 : v. a. — Agoniser, être prêt à mourir.
Larchey, 1865 : Avoir peur, reculer au lieu d’agir, faire le plongeon comme le canard ou la cane.
Par Dieu ! Qui fera la canne de vous aultres, je me donne au diable si je ne le fais moyne.
(Rabelais)
Oui, vous êtes vraiment français, vous n’avez cané ni l’un ni l’autre.
(Marco Saint-Hilaire)
Larchey, 1865 : Mourir (Vidocq). — Les approches de la mort vous font peur, vous font caner. — V. Rengracier.
Delvau, 1866 : v. a. Ne pas faire, par impuissance ou par paresse. Argot des gens de lettres. Caner son article. Ne pas envoyer l’article qu’on s’était engagé à écrire.
Delvau, 1866 : v. n. Avoir peur, s’enfuir, faire la cane ou le chien.
Delvau, 1866 : v. n. Mourir, — dans l’argot des voyous.
Rigaud, 1881 : Agoniser, mourir, tomber. — Sacrifier à Richer. — Reculer, avoir peur, par altération, du vieux mot caler qui avait la même signification. Dans le supplément à son dictionnaire, M. Littré donne caler pour reculer, comme ayant cours dans le langage populaire. Pour ma part, je ne l’ai jamais entendu prononcer dans aucun atelier.
C’est un art que les canes possèdent d’instinct… Cette expression se rencontre souvent dans les écrivains des seizième et dix-septième siècles, principalement dans les poètes comiques et burlesques.
(Ch. Nisard, Curiosités de l’Étymologie française)
Déjà dans Rabelais, nous relevons l’expression de : faire la cane, expression équivalente à notre caner :
Parbleu qui fera la cane de vous autres, je le fais moine en mon lieu.
(L. L.)
Virmaître, 1894 : Avoir peur, reculer. Caner : synonyme de lâcheté (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Avoir peur ou ne pas oser faire une chose. Un gamin cane l’école, lorsqu’il ne s’y rend pas.
Hayard, 1907 : Avoir peur.
France, 1907 : Avoir peur, reculer, vieux mot qu’on trouve dans Rabelais et Montaigne ; argot populaire. Du latin canis, chien, qui recule et fuit quand on lui montre le bâton.
À la sortie de ses bals, des rixes terribles avaient lieu fréquemment ; les habitués se disputaient la possession d’une fille publique, à coups de poings et souvent à coups de couteau. Ils se battaient dans les rues… le suprême du genre, le comble de la force, consistait à manger le nez de l’adversaire ; les camarades faisaient cercle autour des combattants… C’était une grosse affaire que de posséder une fille en vogue qui ne renâclait pas sur le turbin, et qui régnait en souveraine au bon coin du trottoir ; l’existence du souteneur en dépendait : luxueuse si la fille rendait, médiocre ou décharde si elle canait.
(Ch. Virmaître, Paris oublié)
Mourir. Caner la pégrenne, mourir de faim.
— Que veux-tu, mon bonhomme, quand on cane la pégrenne, on ne rigole pas.
— Caner la pégrenne ! C’est un peu fort, toi qui passe pour un ami (voleur).
— C’est pourtant comme ça.
(Marc Mario et Louis Launay, Vidocq)
Mettre bas culotte.
Chapeau
d’Hautel, 1808 : On dit du chapeau ou du bonnet d’un homme stupide, ignorant et grossier, que c’est un couvre sot.
Mettre un beau chapeau sur la tête de quelqu’un. Débiter sur son compte des propos outrageans.
Il y avoit beaucoup de femmes, mais pas un chapeau. Se dit d’une assemblée ou il n’y avoit pas d’hommes.
On dit d’un homme qui a une jolie demoiselle que cela lui vaudra des coups de chapeau. Pour exprimer qu’on lui fera politesse, qu’on recherchera son alliance.
Elle s’est donnée-là un mauvais chapeau. Se dit d’une fille qui a fait quelqu’action contre la pudeur et la chasteté, qui a terni sa réputation.
Delvau, 1864 : La nature de la femme, dont se coiffe si volontiers la tête un membre viril.
Que tes main s’est piqué les doigts
Au chapeau de la mariée.
(Béranger)
Fustier, 1889 : Homme de paille, remplaçant sans titre sérieux.
Ce ne sont pas des chapeaux que j’ai laissés à mon siège d’administrateur (de compagnie financière), mais bien des titulaires réels.
(Journal officiel belge, mars 1874, cité par Littré)
Cet emploi vient de l’habitude, dans les bals, de marquer sa place en y laissant son chapeau.
France, 1907 : Barre transversale qui surmonte la guillotine et à laquelle est fixé le couteau.
— La guillotine, dit le bourreau, est à présent une espèce d’étal. Elle est placée au niveau du sol, l’escalier ayant été supprimé.
— Quelles sont ses dimensions exactes ?
— Les voici : 4 mètres de longueur sur 3 mètres 80 de largeur, environ 4 mètres carrés d’estrade. Aux deux tiers de la hauteur, vous voyez les montants couronnés par le chapeau, ils ont 4 mètres d’élévation sur 47 centimètres d’écartement.
(Michel Morphy, Les Mystères du crime)
France, 1907 : Homme qui en remplace un autre pour la forme. Cette expression vient de ce que certains employés s’esquivent de leur bureau en laissant à leur place un chapeau pour faire croire, en cas de visite d’un supérieur, qu’ils ne sont absents que pour quelques instants.
France, 1907 : On appelle ainsi, dans l’argot des journalistes, les quelques lignes explicatives dont on fait quelquefois précéder un article ou un extrait de livre.
Chatellerault
Virmaître, 1894 : Couteau. Allusion à la ville renommée pour sa fabrication. On pourrait aussi bien dire Thiers ou Noutron (Argot des voleurs). V. Lingre.
Chevillard
Delvau, 1866 : s. m. Boucher sans importance, — dans l’argot des gros bouchers, qui n’achètent pas à la cheville, eux !
Rigaud, 1881 : Revendeur en gros et en demi-gros de viande dépecée, en terme de boucher ; c’est celui qui vend à la cheville.
France, 1907 : Boucher en gros.
Ce sont les chevillards, ou bouchers en gros des abattoirs de la Villette, Villejuif et Grenelle, qui prêtent, moyennant rétribution, à leurs clients, bouchers au détail, des animaux sur pied.
(Guy Tomel, Le Bas du Pavé parisien)
Se dit aussi du tueur :
Orlando travaillait maintenant comme chevillard chez un boucher de la Villette qui l’avait accepté pour sa force, pour la sûreté de son coup d’œil.
Robuste et dru comme un lutteur, les manches relevées à l’épaule sur la saillie des biceps, les reins sanglés, les hanches prises dans une triple serpillière, un mouchoir pittoresquement noué sur la tête, à la façon des bandits calabrais que l’on voit dans les gravures, sanglant de la tête Aux pieds, le tueur s’approchait avec son couteau bien aiguisé, et, régulièrement, suivant la rangée, il tranchait chaque gorge d’une entaille profonde. Pas un cri. Il y avait là douze vies qui bêlaient. Après le passage du chevillard, douze fontaines de sang jaillissaient en gros bouillons dans la même vasque.
(Hugues Le Roux, Les Larrons)
Chourin
Vidocq, 1837 : s. m. — Couteau.
Larchey, 1865 : Couteau. — Chouriner : Donner des coups de couteau. Formes des mots surin et suriner, usités dans le même sens. — Le Chourineur est un type des Mystères de Paris d’E. Sue.
Rigaud, 1881 : Couteau ; pour surin.
Hayard, 1907 : Couteau.
Chouriner
Bras-de-Fer, 1829 : Frapper à coup de couteau.
M.D., 1844 : Donner des coups de couteau.
Delvau, 1866 : v. a. Tuer, — dans l’argot des ouvriers qui ont lu les Mystères de Paris d’Eugène Sue, et qui, à cause de cela, n’ont que de fort incomplètes et de fort inexactes notions de l’argot des voleurs. V. Suriner.
Rigaud, 1881 : Frapper à coups de couteau.
La Rue, 1894 : Tuer à coups de couteau ou chourin.
France, 1907 : Donner des coups de couteau. Ce mot a été mis à la mode par Eugène Sue. L’Auvergnat prononce, à l’instar des gens de son pays, l’s comme le ch et appelle un surin, chourin, d’où suriner, chouriner.
Un amant qui supprime sa maîtresse est, peu ou prou, toujours condamné… les mauvaises mœurs étant désavouables. Un mari qui chourine sa femme est, le plus souvent, acquitté… Il faut lui tenir compte des circonstances régulières dans lesquelles le meurtre s’est accompli.
(Séverine)
Nous ne sommes pas du nombre de ceux qui haïssent, en plein jour, l’uniforme du gardien de la paix et qui l’adorent, à trois heures du matin, dans une rue mal fréquentée. À toute heure, il nous inspire une profonde sympathie ; nous nous souvenons que, grâce à lui, nous pouvons rentrer à notre demeure, à l’heure de nuit qui nous convient, sans trop risquer d’être chouriné.
(Hogier-Grison, Les Hommes de proie)
Pour les amateurs de spectacles,
Pour les largu’s qu’aim’ les émotions,
C’est la modern’ cour des miracles :
On n’y pay’ pas d’contributions !
C’est pas là qu’la vertu domine,
Quant aux grands airs, y n’en faut plus ;
Bref, c’est l’vrai pont où l’on chourine,
Bourgeois d’provinc’, passez pas d’ssus !!!
(Aristide Bruant)
Chourineur
Halbert, 1849 : Tueur de chevaux.
Delvau, 1866 : s. m. Assassin, — par allusion au personnage des Mystères de Paris, qui porte ce nom, lequel avait, à ce qu’il paraît, grand plaisir à tuer. L’étymologie voudrait que l’on dit Surineur ; mais l’euphonie veut que l’on prononce Chourineur.
Rigaud, 1881 : Tueur de chevaux — dans l’ancien argot. Celui qui se sert du chourin. Type d’un des principaux personnages des Mystères de Paris.
Ainsi ce boucanier, ainsi ce chourineur
A fait d’un jour d’orgueil un jour de déshonneur.
(V. Hugo, Châtiments)
France, 1907 : Donneur de coups de couteau ; tiré du type célèbre des Mystères de Paris.
Par le meurtre de la rue Trévise, la loge de Pipelet se colore d’un reflet sanglant. Les Parisiens ne dormiront plus leur franche nuitée sur les deux oreilles si leur ennemi familier, qui était aussi leur gardien, s’imagine de faire sa partie dans le chœur des escarpes, malandrins, chourineurs et autres pernicieux visiteurs nocturnes.
(Henry Bauër, La Ville et le Théâtre)
Coivette
France, 1907 : Couteau.
Coup de cachet
Fustier, 1889 : « Un jeune premier suivant le cœur de M. Zola… a sournoisement introduit un couteau entre les épaules de son rival… en imprimant à son arme, s’il en faut croire l’acte d’accusation, un mouvement de rotation destiné à donner au coup une force inévitablement mortelle. C’est ce que M. Huysmans appelle le coup de cachet. »
(L. Chapron)
Coup de sifflet
France, 1907 : Couteau.
Coup de sifflet (un)
Halbert, 1849 : Un couteau.
Coup du lapin
Delvau, 1866 : s. m. Coup féroce que se donnent parfois les voyous dans leurs battures. Il consiste à saisir son adversaire, d’une main par les testicules, de l’autre par la gorge, et à tirer dans les deux sens : celui qui est saisi et tiré ainsi n’a pas même le temps de recommander son âme à Dieu. (V. la Gazette des Tribunaux, mai 1864.)
Delvau, 1866 : s. m. Coup plus féroce encore, que la nature vous donne vers la cinquantième année, à l’époque de l’âge critique. Recevoir le coup du lapin. Vieillir subitement du soir au lendemain ; se réveiller avec des rides et les cheveux blancs. Signifie aussi au figuré : Coup de grâce.
Rigaud, 1881 : Coup mortel. — Premières atteintes de la vieillesse. — Recevoir le coup du lapin, commencer à vieillir.
Un commencement de calvitie et d’obésité indiquait qu’il avait reçu ou qu’il était bien près de recevoir le coup du lapin.
(A. Delvau, Le Grand et le petit trottoir)
Virmaître, 1894 : Achever un adversaire, lui donner le coup suprême. Le bourreau donne le coup du lapin au condamné à mort (Argot des voleurs).
France, 1907 : Dans l’argot des souteneurs, c’est achever son adversaire, soit d’un coup de couteau, soit d’un coup de talon sur la tête. C’est aussi un coup qui consiste à serrer d’une main son adversaire par la gorge et, de l’autre, les testicules, et de tirer dans les deux sens.
Coupe tout ce qu’il voit
Rigaud, 1881 : Se dit d’un mauvais couteau, d’un couteau qui ne coupe pas du tout. On dit encore : il coupe comme le genou à ma grand’ c’est-à-dire comme le genou à ma grand’mère.
Coupe-lard
Rigaud, 1881 : Couteau.
Coupe-sifflet
Larchey, 1865 : Couteau. V. Couper.
Delvau, 1866 : s. m. Couteau.
Rigaud, 1881 : Couteau, — dans le jargon des voleurs.
France, 1907 : Couteau. C’est au moyen du couteau que l’on coupe le sifflet du pante, c’est-à-dire la gorge.
Coupelard
Delvau, 1866 : s. m. Couteau, — dans l’argot des prisons.
France, 1907 : Couteau.
Couper au couteau (bêtise à)
France, 1907 : Expression populaire signifiant que la chose est tellement bête qu’elle en est compacte et pourrait se tailler comme un morceau de pain.
Ce misérable imbécile faisait sa pâture journalière des romans criminels, jetés au rez-de-chaussée des journaux populaires par les bâtards issus de Ponson du Terrail et de Gaboriau ; il s’exaltait au récit des troupes de bandits imaginaires, il se passionnait à leurs nobles luttes avec une police d’une bêtise à couper au couteau.
(Henry Bauër, La Ville et le Théâtre)
Couplard
Halbert, 1849 : Couteau.
Cousteaux
Halbert, 1849 : Couteau.
Couteau
d’Hautel, 1808 : On dit d’un couteau mal aiguisé ou qui n’a pas le fil : Il coupe comme les genoux de ma grand’mère.
On t’en donnera des petits couteaux pour les perdre. Se dit en plaisantant et par refus à celui qui manifeste des désirs au-dessus de sa condition, ou par reproche à celui qui a fait un mauvais usage d’un objet qu’on lui avoit confié.
Graisser le couteau. Déjeuner avec de la viande, ce que l’on appelle un déjeûner froid.
Être à couteau tiré avec quelqu’un. Être excités l’un contre l’autre ; être en haine, en inimitié perpétuelle.
On dit d’un homme qui en accompagne toujours un autre, dans le dessein de lui faire la cour : que c’est un couteau pendant.
Un couteau de tripière, un couteau à deux tranchans. Pour dire un hypocrite, un homme à deux faces, qui souffle le chaud et le froid.
Curieux
d’Hautel, 1808 : On dit d’un homme curieux, indiscret et avare, qu’Il veut tout savoir et ne rien payer.
Vidocq, 1837 : s. m. — Juge d’instruction, président du tribunal.
Halbert, 1849 : Juge.
Larchey, 1865 : Juge d’instruction. — Il est curieux par métier. V. Escrache.
Le curieux a servi ma bille (mon argent).
(Vidocq)
Delvau, 1866 : s. m. Le juge d’instruction, — dans l’argot des voleurs, qui, en effet, n’aiment pas à être interrogés et veulent garder pour eux leurs petits secrets.
Rigaud, 1881 : Commissaire de police. — Juge d’instruction.
La Rue, 1894 : Commissaire de police. Juge d’instruction. Président d’assises.
Virmaître, 1894 : Juge (Argot des voleurs). V. Palpeurs.
Rossignol, 1901 : Juge. C’est un curieux, parce qu’il met le nez dans vos affaires.
Hayard, 1907 : Juge.
France, 1907 : Amateur de scènes crapuleuses qui fréquente les bains de vapeur pour assister à des actes honteux. Dans les maisons de tolérance, on les appelle voyants.
En dehors des gens qui se rendent aux bains de vapeur pour satisfaire leurs passions, il y a la clientèle courante que l’hygiène amène seule et où figurent des individus connus sous le nom de curieux. Ils n’aiment pas les femmes, n’ont aucun goût pour les plaisirs contre nature, et cependant ils séjournent des journées entières dans ces établissements : ils mangent, boivent, fument, circulent dans les salles et semblent heureux d’entendre des paroles obscènes, et d’assister à des actes répugnants. C’est là une curiosité maladive assez commune qui charme leurs oreilles et satisfait leur vue.
(Gustave Macé)
France, 1907 : Juge. Il veut, en effet, tout savoir.
— Son couteau… son couteau à lui. Prenez-lui son couteau dans la poche… Vous ne comprenez donc pas, double brute, que quand on trouvera ce couteau, les curieux seront convaincus qu’ils sont en présence d’un suicide… Là ! y êtes-vous ?… Moi, je m’empare des précieux papiers.
(Georges Pradel, Cadet Bamboche)
Grand curieux, président de cour d’assises. Curieux de la planche au pain, président de tribunal. Curieux à mal faire, voleur maladroit.
Dague
d’Hautel, 1808 : Fin comme une dague de plomb. Phrase proverbiale et ironique, pour dire, dénué d’esprit, de sens et de finesse.
Hayard, 1907 / France, 1907 : Couteau.
Dent
d’Hautel, 1808 : Une vieille sans-dents. Surnom injurieux que l’on donne à une vieille femme qui ne fait que radoter.
Avoir une dent de lait contre quelqu’un. Lui garder rancune.
Brèche dent. Mot railleur dont on se sert pour désigner un homme à qui il manque quelques dents sur le devant de la bouche.
Il n’en a pas pour sa dent creuse. Se dit en mauvaise part d’un dissipateur à qui on semble ne jamais donner assez ; et d’un ouvrier peu soigneux qui mène l’ouvrage grand train.
Rire du bout des dents. Sans en avoir envie ; malgré soi.
Ne pas desserrer les dents. Être de mauvaise humeur ; ne dire mot ; garder un morne silence.
Montrer les grosses dents. Faire menace ; prendre un ton dur et sévère.
Il n’a rien à mettre sous la dent. Pour, il est réduit à la mendicité ; il est dénué de toutes ressources.
Il ment comme un arracheur de dents. Voyez Arracheur.
Il n’en perd pas un coup de dents. Se dit de quelqu’un qui, quoique très occupé, ou indisposé, ne laisse pas que de bien manger.
Il n’en croquera que d’une dent. Pour, il ne viendra pas tout-à-fait à bout de ce qu’il désire.
Malgré lui, malgré ses dents. C’est-à-dire, quelqu’obstacle qu’il puisse mettre à cette affaire.
Tomber sur les dents. Être harassé de fatigue ; n’en pouvoir plus.
Il lui vient du bien quand il n’a plus de dents. Se dit d’une personne qui fait un héritage dans un âge très-avancé, où il ne lui est pas possible d’espérer d’en jouir long-temps.
Avoir la mort entre les dents. Être dangereusement malade ; être à l’agonie.
On dit, pour empêcher les enfans de toucher à un couteau ou à quelque chose de nuisible, que cela mord, que cela a des dents.
Prendre le mors aux dents. Briser les freins de subordination ; commettre de grands excès. Se dit aussi pour, travailler avec une grande ardeur, après avoir fait des siennes.
Il y a long-temps qu’il n’a plus mal aux dents. Se dit d’un homme mort depuis long-temps, et dont on demande des nouvelles.
Le vin trouble ne casse point les dents. Maxime bachique, qui signifie que le vin, quelque médiocre qu’il soit, est toujours bon à boire.
Avoir les dents longues. Être réduit aux dernières ressources, et dans une indigence affreuse ; ou être à jeun.
Savant jusqu’aux dents. Amplification, pour dire un pédant érudit, un sot docteur.
Donner un coup de dent à quelqu’un. Le mettre en pièces dans ses propos ; tenir des discours satiriques, offensans sur son compte.
Pour empêcher les enfans de manger des bonbons, des sucreries, on leur dit que cela casse les dents.
Déshabillé
France, 1907 : Terme de boucherie, synonyme d’écorcher, dépouiller. On déshabille un mouton ou un bœuf en lui enlevant la peau.
Les aides mettaient la main au couteau. En une seconde, la gorge était ouverte, la robe fendue du mufle aux mamelles, la bête déshabillée ; et sur le sol où ruisselait le sang, la peau traînait à terre, comme, après un bain, un peignoir foulé. Puis par les deux pieds de derrière, un treuil élevait le bœuf au-dessus du sol, la tête en bas.
(Hugues Le Roux, Les Larrons)
Engainer
Delvau, 1864 : Baiser, la nature de la femme servant de gaine au couteau de l’homme.
Si elle n’ouvre pas bien les cuisses, il est impossible qu’il la puisse bien engaîner.
(Mililot)
Puis Martin juche et lourdement engaîne.
(Cl. Marot)
De sorte que quand il voulut engaîner.
(Moyen de parvenir)
La belle crie, il pousse, à la fin il engaîne.
(Piron)
Escarpe
Bras-de-Fer, 1829 : Assassinat.
M.D., 1844 : Assassin.
un détenu, 1846 : Assassin pour voler.
Halbert, 1849 : Assassin.
Delvau, 1866 : s. m. Voleur qui va jusqu’à l’assassinat pour en arriver à ses fins. — Argot des prisons.
C’était ici, pour MM. les étymologistes, une magnifique occasion d’exercer leur verve… singulière. Eh bien, non ! tous ont gardé de Conrart le silence prudent. Me permettra-t-on, à défaut de la leur, de risquer ma petite étymologie ? Je ne dirai pas : Escarpe, parce que le voleur qui tient absolument à voler, escalade la muraille qui sépare le délit du crime et la prison de l’échafaud ; mais seulement parce qu’il emploie un instrument tranchant aigu, — scarp en allemand. Pourquoi pas ? escarbot vient bien de scarabæus, en vertu d’une épenthèse fréquente dans notre langue. À moins cependant qu’escarpe ne vienne du couteau d’escalpe (du scalp) des sauvages… (V. Les Natchez).
Escarpe-Zézigue. Suicide.
Rigaud, 1881 : Voleur doublé d’un assassin qui travaille en plein air et va en ville. — Nom générique de tous ceux qui assassinent pour voler. Les variantes sont : Escape, escapouche, escapouchon, mais escarpe est plus classique.
La Rue, 1894 : L’homme qui assassine pour voler.
Virmaître, 1894 : Voleur, assassin. A. Delvau pense que cette expression vient de scarp mot allemand qui signifie instrument tranchant et aigu ou bien du couteau d’escalpe (du scalp des sauvages). C’est aller chercher bien loin une étymologie bien simple. Les voleurs et les assassins travaillent dans des endroits isolés, escarpés (Argot des voleurs).
Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Assassin.
France, 1907 : Voleur et assassin.
Tous les mondes de l’avenir étaient là, depuis l’escarpe qui échouera sur les bancs de la septième chambre, jusqu’au substitut qui requerra la peine et au juge qui l’appliquera ; je les ai connus tous et de telle façon que souvent, je l’avouerai, il m’eût été difficile de trier dans le tas et de pronostiquer entre jugés et juges qui seraient les uns ou qui deviendraient les autres.
(Louis Davyl, 13, rue Magloire)
Depuis que les meurtriers
Prenn’ le nom d’escarpe,
On augmente les loyers
Dans la ru’ Contrescarpe !
(Clairville)
Étouffe, étouffoir
Rigaud, 1881 : Tripot, maison de jeu clandestine, table d’hôte où l’on joue l’écarté comme d’autres jouent du couteau.
Être à couteaux tirés
France, 1907 : Avoir rompu avec quelqu’un de telle sorte qu’on est prêt figurativement à se donner des coups de couteau ; mais, vu la douceur de nos mœurs, ou se contente de ne pas se saluer.
Être à couteaux tirés avec quelqu’un
Delvau, 1866 : Être brouillé avec lui, ne plus le saluer ni lui parler, — dans l’argot des bourgeois.
Eustache
d’Hautel, 1808 : Un eustache. On donne ce nom à une espèce particulière de couteau dont se servent les gens de la plus basse condition.
Eustache pot à l’eau. Dénomination baroque et insultante que l’on donne par mépris à quelqu’un dont on a oublié le nom.
Delvau, 1866 : s. m. Couteau, — dans l’argot du peuple, qui dit aussi : Ustache.
La Rue, 1894 : Couteau.
Virmaître, 1894 : Couteau (Argot du peuple). V. Lingre.
Hayard, 1907 : Couteau.
France, 1907 : Couteau.
— Voici l’eustache de mon père :
Tu vas le mettre à ton côté.
Ils passaient pour querelleurs et pillards, robant le gibier au bois et les poules aux censes, maraudant de nuit dans les campagnes, l’eustache toujours aux doigts pour se défendre.
(Camille Lemonnier, Happe-Chair)
Ses bains de pieds étant célèbres dans son parti, et ils le firent suspecter de modérantisme à plusieurs reprises. Pendant la Commune, le bruit courut qu’il avait un pédicure, et il dut se disculper de l’accusation. Comme Phryné devant l’aéropage, il ôta ses souliers, montra ses cors et les tailla lui-même, avec un eustache à treize, en présence de ses farouches collègues de l’Hôtel de Ville ! Cette épreuve rétablit son crédit ébranlé, et elle lui rendit la confiance du peuple.
(Émile Bergerat)
Ficher (se)
Larchey, 1865 : S’habiller.
Faut-y que ça soit chiche de ne pas se fiche en sauvage.
(Gavarni)
Larchey, 1865 : Se moquer.
Vous vous fichez du monde.
(Vadé, 1755)
Ah bah ! je t’en fiche, il m’embrassait toujours.
(L. Beauvallet)
Delvau, 1866 : v. réfl. S’habiller de telle ou telle façon. Se ficher en débardeur. Se costumer en débardeur.
Delvau, 1866 : v. réfl. Se mettre dans l’esprit.
Delvau, 1866 : v. réfl. Se moquer. Se ficher du monde. N’avoir aucune retenue, aucune pudeur. Je t’en fiche ! Se dit comme pour défier quelqu’un de faire telle ou telle chose.
France, 1907 : Se moquer, ne faire aucun cas d’une personne ou d’une chose, ce que les naturalistes traduisent par se foutre.
Combien en voilà-t-il qui meurent ainsi, le rire aux dents, comme un couteau de pirate montant à l’abordage ?
Ils s’en fichent parce que votre guillotine honteuse, secrète, a perdu toute signification. Ou l’exécution à huis clos, dans la prison, loin des yeux des enfants, si la suppression des coupables est nécessaire — ou l’échafaud d’antan, si haut qu’on le distinguait, en plein midi, des remparts de la ville !
Ils s’en fichent aussi parce que la lassitude d’exister emplit les cœurs et exaspère les courages — que les temps sont venus, peut-être, de rire à la mort.
(Séverine)
Se ficher du tiers comme du quart, se moquer de tout, ne rien craindre.
Si bien que me voilà, moi, Séverine, qui tends la main pour les petits du sergot ! Je ne m’attendais pas à celle-là ; ni le public non plus. Mais c’est que c’est des petits, tout de même — et qu’ils auront faim et qu’ils auront froid, ces innocents, tout comme les enfants de mes compagnons d’idée ! Je suis une maman ; après tout… et je me fiche du tiers et du quart !
(Séverine)
— Aussi je leur rends bien la monnaie de leur pièce, je vous le jure ! À rosse, rosse et demie ! Et puis je prends tout ça gaiement, moi, me fichant du tiers comme du quart ! C’est le bon moyen.
(Albert Cim, Demoiselles à marier)
Fil
d’Hautel, 1808 : Avoir le fil. Être fin, adroit et audacieux ; enjôler, duper le mieux du monde.
Il faut prendre ses précautions avec cet homme ; il a un bon fil, un fameux fil, un vieux fil. Se dit d’un homme rusé, d’un fin matois, d’un entremetteur, qui ne se retire jamais d’une affaire les mains nettes.
Des malices cousues de fil blanc. Pièges maladroits, tours mal combinés, attrapes grossières.
De fil en aiguille. Pour, d’un propos à l’autre.
Donner du fil à retordre. Tourmenter, donner de la peine à quelqu’un, le contrecarrer dans ses projets.
Delvau, 1866 : s. m. Adresse, habileté, — dans l’argot du peuple, qui assimile l’homme à un couteau et l’estime en proportion de son acuité. Avoir le fil. Savoir comment s’y prendre pour conduire une affaire. Connaître le fil. Connaître le truc. On dit aussi d’une personne médisante ou d’un beau parleur : C’est une langue qui a le fil.
Rigaud, 1881 : Au théâtre, toutes les cordes ont reçu le nom de fils. — Descendre un fil, descendre une corde qui supporte les amours dans les féeries.
La Rue, 1894 : Cheveu. Fil bis. Cheveu blanc.
France, 1907 : Adresse. N’avoir pas inventé le fil à couper le beurre, manquer d’intelligence, d’initiative.
France, 1907 : Cheveu. « Le roquentin avait même plus de fil sur la bobine. »
France, 1907 : Cordon de concierge.
— Nous avons nos moyens à nous, dit en ricanant Peau-de-Zébi, nous pouvons venir chez les amis sans déranger personne… pas besoin d’éveiller le lourdier pour lui demander le fil…
(Edmond Lepelletier)
Fil (avoir le)
Larchey, 1865 : Être rompu à tel ou tel exercice. — Allusion au fil qui donne à une arme ou à un outil le dernier degré de perfection.
Voyez comm’elle avait le fil Pour tramer la guerre civile.
(Chansons, 1830)
Quand le jean-jean est passé de l’école du soldat à l’école de peloton, il possède ce qu’on appelle le fil.
(M. Saint-Hilaire)
Une langue qui a le fil est une langue médisante, acérée comme une lame fraîchement émoulue.
Rigaud, 1881 : Être adroit, finaud, rusé, — dans le jargon des voyous ; allusion au fil d’un couteau, d’un rasoir.
Je suis nabot, mais j’ai le fil.
(P. Mahalin, Les Monstres de Paris)
La Rue, 1894 : Être adroit, rusé.
Fiquer
Vidocq, 1837 : v. a. — Plonger ; ne s’entend que de cette manière : plonger un couteau dans le cœur.
M.D., 1844 : Donner.
Delvau, 1866 : v. a. Enfoncer, ficher, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Frapper à coups de poignard, à coups de couteau, — dans le jargon des voleurs.
La Rue, 1894 : Enfoncer. Frapper à coups de couteau.
Hayard, 1907 : Prêter.
France, 1907 : Enfoncer, frapper.
Flambard
Rigaud, 1881 : Poignard ; couteau-poignard.
France, 1907 : Canotier fantaisiste.
Tas d’flambards, tas d’chicards,
Les canotiers de la Seine
Sont partout bien reçus
Et partout font du chahut.
(Les Canotiers de la Seine)
France, 1907 : Superbe.
Il est bien juste que les soldats qui sont blessés à la guerre aient la récompense de leurs longs services lorsqu’ils sont hors d’état de travailler et de gagner leur vie… Les caporaux et les sous-officiers y trouvent une tablé un peu flambarde.
(A. Lorentz, L’Invalide)
Flambe
anon., 1827 / Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Épée.
Vidocq, 1837 : s. f. — Épée.
Larchey, 1865 : Épée (Vidocq) — Allusion au flamboiement de la lame. — Flambart : Poignard.
Delvau, 1866 : s. f. Épée, — dans l’argot des voleurs, qui connaissent l’archange Michel, ce Préfet de Police de la capitale du ciel. Petite flambe. Couteau.
France, 1907 : Épée. Elle flamboie au soleil. Petite flambe, couteau.
Flingot
Delvau, 1866 : s. m. Couteau, — dans l’argot des bouchers. Fusil, — dans l’argot des troupiers.
Rigaud, 1881 : Fusil de boucher.
Rigaud, 1881 : Fusil, — dans le jargon des troupiers.
On lui mettait un flingot entre les doigts et là, au soleil, à la pluie, au vent, il devait s’évertuer à jongler avec.
(Huysmans, les Sœurs Vatard)
Ricornot, navré, faisait l’exercice dans la cour, ayant le sac au dos et le flingot sur l’épaule.
(Vicomte Richard, Les Femmes des autres)
Merlin, 1888 : Fusil.
La Rue, 1894 : Fusil. Couteau, dans l’argot des bouchers. Ventre.
Virmaître, 1894 : Fusil (Argot des troupiers). V. Bottoche.
Rossignol, 1901 : Fusil.
Flingot, flinque
France, 1907 : Fusil ; du provençal flinga, frapper. C’est avec le fusil qu’on frappe l’ennemi. C’est aussi le couteau des bouchers.
À la date du 13 novembre, le rejet de l’armistice qui écartait tout espoir de ravitaillement et qui affola Paris inspire à M. Blum de fines plaisanteries, dont la meilleure serait sifflée à Déjazet, et la mobilisation des gardes nationaux, armés de flingots hors d’usage, traînant leurs souliers sans semelles dans les rues boueuses, nous vaut sur son carnet un scénario dont il est bien capable de se servir un soir, contre le public !
(Mentor, Le Journal)
J’eus à entendre pas mal de gouailleries au sujet de mon fusil, à écouter vanter la supériorité des flèches et des dards, mas j’avais plus de confiance en mon vieux flingot qu’en leurs javelots et tout leur appareil ; et je crois qu’ils partageaient au fond mon avis, car, lorsque par plaisanterie je m’amusais à les mettre en joue, ils couraient comme des diables.
(Hector France, Chez les Indiens)
Gagne-petit
d’Hautel, 1808 : Surnom que l’on donne à un artisan ambulant, et notamment aux émouleurs de couteaux, de ciseaux, qui vont de maison en maison avec une meule sur le dos.
Ganivet (pour canivet)
France, 1907 : Petit couteau. Vieux mot.
Genou
d’Hautel, 1808 : Il coupe comme les genoux de ma grand’mère. Se dit d’un mauvais couteau qui n’est point affilé, qui n’est point habile à la coupe.
Rompre l’anguille au genou. Se servir de moyens peu convenables pour réussir dans une affaire.
Larchey, 1865 : Tête chauve.
Il ébauchait une calvitie dont il disait lui-même sans tristesse : Crâne à trente ans, genou à quarante.
(Victor Hugo)
Delvau, 1866 : s. m. Crâne affligé de calvitie. Avoir son genou dans le cou. Être chauve.
Rigaud, 1881 : Crâne dénudé. — Homme chauve. — On voit beaucoup de genoux à l’orchestre de la Comédie-Française.
France, 1907 : Crâne chauve. Avoir son genou dans de cou, être dépourvu de cheveux.
Je la connus un peu avant son divorce, et les émotions de cette crise la rendaient plus jolie et plus intéressante. Elle était même courtisée, en même temps par un banquier fort riche, mais vieux, chauve comme un genou, et vraiment laid.
(Paul Alexis)
Bébé joue avec un vieux beau, cassé comme un divan d’hôtel meublé, chauve comme un concombre :
— Oh ! Dis, Monsieur, s’écrie tout à coup Bébé en caressant le crâne du vieux beau, pourquoi n’y mets-tu pas une jarretière ?
Glaive
Delvau, 1866 : s. m. Couteau à découper, — dans l’argot des francs-maçons.
Rigaud, 1881 : Guillotine, — dans le jargon des voleurs. — Passer sa bille au glaive, être guillotiné. La variante est : Être glaivé ; en souvenir du fameux et vieux cliché : « Le glaive de la justice », si prodigué sous les voûtes de la Cour d’assises.
La Rue, 1894 : Guillotine.
France, 1907 : Couteau de table ; argot des francs-maçons.
France, 1907 : Guillotine. Passer sa bille au glaive, être guillotiné.
Gouspin, goussepain
France, 1907 : Polisson, mauvais gamin, apprenti voleur.
Il en tira le corps d’un chat : « Tiens, dit le gosse
Au troquet, tiens, voici de quoi faire un lapin. »
Puis il prit son petit couteau de goussepain,
Dépouilla le greffier, et lui fit sa toilette.
(Jean Richepin)
Graisser
d’Hautel, 1808 : Graisser la patte à quelqu’un. Le corrompre, le gagner à force d’argent.
Graisser ses bottes. Se disposer à partir ; à voyager dans l’autre monde.
d’Hautel, 1808 : Graisser le couteau. Manger de la viande au déjeûner, ce que l’on ne fait ordinairement qu’au dîner.
Graisser les épaules, ou la peau à quelqu’un. Le battre, lui donner une volée de coups de bâton.
Graisser le marteau d’une porte. Soudoyer, gagner un portier à force d’argent.
Graissez les bottes d’un vilain, il dira qu’on les lui brûle. Vieux proverbe qui signifie que l’on ne gagne rien à obliger un méchant homme.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Donner, contribuer, fournir, gratifier.
Halbert, 1849 : Gratter.
Delvau, 1866 : v. a. Gratter, — dans l’argot des voleurs.
Virmaître, 1894 : Je vais te graisser, te battre. Graisser les poches de quelqu’un : y mettre de l’argent. Graisser sa femme : allusion au graissage de l’essieu pour que la voiture roule mieux (Argot des souteneurs).
Rossignol, 1901 : Celui qui, enjouant, arrange les cartes de façon à avoir tout le jeu pour lui, fait de la graisse ; c’est un graisseur. On dit aussi faire du suif. Quand on dit à quelqu’un : J’te vas graisser, c’est lui dire : Je vais te flanquer des coups.
Guincher
Delvau, 1866 : v. n. Danser.
Rigaud, 1881 : Danser dans un bal public. Guinche, guincharde, danseuse de bals publics.
Virmaître, 1894 : (et non Guinguer) Danser, fréquenter la guinche (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Danser.
France, 1907 : Danser.
Ah ! Ah ! la pauv’ Margot la belle,
Elle eut dans le cou le couteau.
Oh ! Oh ! l’Frisé guincha sur elle
Et puis s’lava des patt’s dans l’eau.
(Jean Richepin)
Si j’avais quelque rond
Je t’offrirais, aimable,
De sucer un litron,
Puis, en sortant de table,
Au bastringue ineffable
Nous guincherions, joyeux.
(Alfred Marquiset, Rasures et Ramandons)
anon., 1907 : Danser.
In petto
France, 1907 : Secrètement, intérieurement. Italianisme.
Désormais, notre guillotine,
Prise de pudeur enfantine,
Veut un manteau,
Et, dressant ses deux bras dans l’ombre,
Continûra son baiser sombre,
Mais in petto,
À tous les friands de la lame,
Plus de public, plus de réclame,
Rien qu’un couteau !
(Maurice Montégut)
Jarnaffe (jeu de la)
Vidocq, 1837 : Un individu, place devant lui une table sur laquelle est une jarretière en lisière et un couteau. Il réunit deux extrémités de la jarretière, de manière à ce qu’elle forme un cercle, puis il la place sur la table, et la roule sur elle-même ; ensuite il invite les assistans à prendre le couteau qu’ils devront, pour gagner, planter dans la circonférence du cercle, de manière à arrêter la jarretière. Il exécute lui-même cette manœuvre, qui paraît très-facile ; mais lorsque le pantre tire à son tour, celui qui tient le jeu sait préparer la lisière de manière à ne jamais le laisser gagner.
Joseph
Delvau, 1866 : s. m. Homme par trop chaste, — dans l’argot des petites dames, qui ressemblent par trop à madame Putiphar. Faire son Joseph. Repousser les avances d’une femme, comme le fils de facob celles de la femme de Pharaon.
Fustier, 1889 : Couteau. Argot des malfaiteurs.
Bébé, condamné à mort pour un simple coup de Joseph.
(A. Humbert, Mon bagne)
La Rue, 1894 : Couteau. Mari trompé.
Virmaître, 1894 : Homme trop chaste. A.D. Joseph, dans le peuple, est le patron des cocus. On ne dit pas : tu fais ton Joseph, mais bien : tu es un Joseph, à celui qui a assez de cornes sur la tête pour alimenter de manches une fabrique de couteaux (Argot du peuple). N.
France, 1907 : Mari trompé, sot en ménage, cocu. Allusion au célèbre époux de la Vierge Marie qui fut père comme on le sait.
Riez si vous voulez, impies !
Pour les corbeaux, je fuis les Pies,
Et repentant, et convaincu,
Je vais, secouant l’hérésie,
Je cours, l’âme toute saisie,
Je vole aux lieux où j’ai vécu,
Criant partout, à perdre haleine :
— « Il a sauvé la Madeleine,
Le bon Joseph, le saint Cocu ! »
(Maurice Montégut)
Le mot s’emploie aussi pour désigner un niais, timide en amour, un jeune nigaud qui laisse échapper les bonnes occasions et qui, par jocrisserie, scrupule, crainte on autre raison, fuit les avances des dames. Ceci est en mémoire de l’autre Joseph, fils de Jacob, qui repoussa les avances de Mme Putiphar.
Jouer du vingt-deux
Bras-de-Fer, 1829 : Jouer du poignard.
France, 1907 : Donner des coups de couteau ; allusion aux couteaux dont se servent MM. les chourineurs de barrière, achetés un franc dix centimes dans les bazars. Ils entaillent le cuir humain tout comme les couteaux de dix francs.
Lame
d’Hautel, 1808 : Une bonne lame ; une fine lame. Pour dire une femme adroite, fine et rusée.
On dit aussi d’un bon tireur d’armes, d’un soldat vaillant et courageux, que c’est une bonne lame.
Delvau, 1866 : s. f. Tombeau, — dans l’argot des romantiques, qui avaient ressuscité les vieux mots des poètes du XVIe siècle. Être couché sous la lame. Être mort.
Hayard, 1907 : Couteau.
Larder
d’Hautel, 1808 : Au figuré, s’épancher en paroles piquantes sur le compte de quelqu’un ; le mettre en pièces dans ses propos.
Larchey, 1865 : Percer d’un coup de pointe. — Lardoire : Épée.
Vous verrez si je manie bien la lardoire.
(Ricard)
Delvau, 1866 : v. a. Percer d’un coup d’épée ou d’un coup de sabre, — dans l’argot des troupiers. Se faire larder. Recevoir un coup d’épée.
Rigaud, 1881 : Donner un coup d’épée, un coup de couteau.
Hayard, 1907 : Accoucher.
France, 1907 : Percer d’un coup de couteau, d’épée ou de sabre la peau humaine, et par suite « terme libre, dit Le Roux, qui signifie faire le déduit, se divertir avec une femme ».
Laver son linge
France, 1907 : Mourir d’un coup de couteau ou sur la guillotine. Laver le linge dans la saignante, tuer, assassiner.
— Voici le pante que j’ai allumé devant le ferlampier mis au poteau ; il faut laver son linge dans la saignante. Vite à vos surins, les autres ! Une fois qu’il sera refroidi, qu’on le porte à la cave.
(Mémoires de M. Claude)
Mon linge est lavé, mon affaire est faite, je suis pris, battu.
France, 1907 : Purger une condamnation.
Limande
d’Hautel, 1808 : Plate comme une limande. Se dit méchamment d’une femme maigre et dépourvue des agrémens extérieurs de son sexe.
Vidocq, 1837 : s. m. — Homme plat, sans cœur.
Larchey, 1865 : Homme nul et plat comme le poisson de ce nom (Vidocq).
Delvau, 1866 : s. f. Homme plat, — dans l’argot des voleurs et des faubouriens.
Rigaud, 1881 : Personne molle, obséquieuse, plate au moral.
La Rue, 1894 : Homme plat.
Virmaître, 1894 : Plate comme une limande.
— Prends garde, la limande va te couper dans le pieu.
On dit également d’une femme qui a la figure en lame de couteau :
— Elle a une gueule de limande.
Quand elle grimace :
— Elle a une gueule de raie (Argot du peuple). V. Sac à os.
France, 1907 : Homme visqueux et plat comme le poisson de ce nom.
Lingre
Ansiaume, 1821 : Couteau.
Il faut toujours avoir en valade un lingre de taille.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Couteau. Refroidir avec le lingre, tuer à coups de couteau.
Bras-de-Fer, 1829 : Couteau.
Vidocq, 1837 : s. m. — Couteau.
Halbert, 1849 : Couteau.
Larchey, 1865 : Couteau (Vidocq). — Lingrer : Frapper à coups de couteau. — Lingrerie : coutellerie. — Lingriot : Canif. — Quadruple allusion à Langres, ancienne capitale de la coutellerie.
Delvau, 1866 : s. m. Couteau, — dans l’argot des voleurs, qui savent que Langres est la patrie de la coutellerie. Lingriot. Petit couteau ; canif ; bistouri.
Rigaud, 1881 : Couteau. Mot à mot : couteau de Lingres, pour Langres, patrie de la coutellerie française. — Lingrerie, coutellerie. — Lingriot, petit couteau, canif.
Virmaître, 1894 : Couteau. Quelques auteurs disent lingue, c’est une erreur, lingre est une corruption de Langres, ville renommée pour la fabrication de ses couteaux (Argot des voleurs).
Hayard, 1907 : Couteau.
Lingre, lingue
La Rue, 1894 : Couteau.
Lingre, surin, vingt deux
Clémens, 1840 : Couteau.
Lingrer
Vidocq, 1837 : v. a. — Frapper à coups de couteau.
Delvau, 1866 : v. a. Frapper à coups de couteau.
Rigaud, 1881 / France, 1907 : Donner des coups de couteau.
Lingres
anon., 1827 : Couteaux.
Lingreur
Virmaître, 1894 : Assassin qui tue à l’aide d’un couteau (Argot des voleurs).
Lingriot
Vidocq, 1837 : s. m. — Canif, bistouri, petit couteau.
France, 1907 : Petit couteau.
Lingue
M.D., 1844 : Un couteau.
Rigaud, 1881 : Couteau. C’est la forme moderne de lingre. Jouer du lingue.
Rossignol, 1901 : Couteau.
anon., 1907 : Couteau, poignard.
Lingue, lingre
France, 1907 : Couteau. Déformation de la ville de Langres, renommée pour sa coutellerie. On dit aussi linve, surin, scion, pliant, coupe-sifflet, trente-deux ou vingt-deux, allusion au prix. Jouer du lingue, donner des coups de couteau.
— Nom de Dieu ! j’y touche presque ! Attends ! Ça n’y est pas ! Passez-moi un lingue.
Orlando tira de sa poche un de ces longs couteaux qu’une virole change en poignard et dont ne se sépare jamais l’Italien du peuple.
(Hugues Le Roux, Les Larrons)
S’i’ veut ben s’laisser faire, on fait pas d’mal au pantre,
Mais quand i’ veut r’ssauter où ben fair du potin. Cu y fout génliinent un puit coup dlingu dans l’ventre, Pour y approndre à gueuler à deux heur’s du matin.
(Aristide Bruant)
— Comment voulez-vous qu’on ait le cœur de ficher un coup de lingue, me disait un jour une « terreur » de la « Butte », quand on n’a rien mangé depuis trois jours ?
Il parait qu’il est plus facile de donner un coup de pioche qu’un coup de lingue, car mes casseurs de glace piochaient à jeun dans le ruisseau ; ils piochaient lentement ; ils piochaient tout de même.
(Hugues Le Roux)
… Les bandits avaient repris leur vie en commun de maraudes, de pillages, de pardessus volés, et au besoin d’appartements visités et de villas escaladées, sans parler du casuel, un bon coup de lingue servi au pantre qui s’amusait à crier quand on le barbottait au détour d’une rue déserte.
(Edmond Lepelletier)
Linguer
Rossignol, 1901 : Donner des coups de couteau.
Hayard, 1907 : Frapper à coups de couteau.
Lisette
Ansiaume, 1821 : Veste.
Si tu lisette peut m’aller, je suis renfrusquiné.
Larchey, 1865 : Gilet long. V. Tirant. — Doit avoir la même racine que Lice.
Delvau, 1866 : s. f. Gilet long, — dans l’argot des voleurs.
Rigaud, 1881 : Gilet long ; gilet de cocher.
La Rue, 1894 : Gilet long.
France, 1907 : Gilet long.
Son frusque, aussi sa lisette
Et ses tirants brodanchés
Crompe, crompe, mercandière,
Lonfa, malera, dondaine,
Car nous serions béquillés
Lonfa malera dondé.
France, 1907 : Petit couteau pour enfants.
Longe
Ansiaume, 1821 : Année.
Il est gerbé de 12 longes pour deux coups de lingré à une gothon.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Année. J’ai fauché le pré cinq longes, j’ai été aux galères pendant cinq ans.
Vidocq, 1837 : s. f. — Année.
Clémens, 1840 : Année.
Larchey, 1865 : Année (Vidocq). — Forme de longue. Une année est souvent longue à passer.
Delvau, 1866 : s. f. Année, — dans l’argot des voleurs, qui tirent volontiers dessus lorsqu’ils sont en prison.
Rigaud, 1881 : Année, an. — Tirer une longe, faire un an de prison.
La Rue, 1894 : Année.
Virmaître, 1894 : V. Berge.
Rossignol, 1901 / Hayard, 1907 : Année.
Hayard, 1907 : Couteau.
France, 1907 : Année ; corruption de longue. Argot des forçats, qui trouvent en effet longues les années passées au bagne.
Losse
France, 1907 : Couteau de boucher.
Mangeur de blanc
Delvau, 1864 : Souteneur de filles, maquereau qui vit du sperme dépensé par les autres hommes, avec de l’argent, au profit de sa maîtresse, etc.
Mangeons du blanc ! Mangeons du blanc !
Ça vaut mieux que manger du flan !
Mangeons du blanc jusqu’à l’aurore,
Et que Phoebus nous trouve encore
Mangeant du blanc !
(Lemercier de Neuville)
Je voulais tâter du métier de miché, mais je vois que celui de mangeur de blanc est encore le meilleur.
(Lemercier de Neuville)
Delvau, 1866 : s. m. Souteneur de filles, — dans l’argot des faubouriens.
Rigaud, 1881 : Souteneur de filles.
La Rue, 1894 : Souteneur.
Virmaître, 1894 : Homme qui vit aux dépens des autres, et particulièrement des femmes qui se livrent à la prostitution. L’allusion est suffisamment claire pour se passer d’explication (Argot du peuple).
Rossignol, 1901 : Voir mac.
Hayard, 1907 : Souteneur.
France, 1907 : Amant de cœur d’une fille publique. Dans les maisons de prostitution, on appelle blanc le jeton que la matrone remet à la fille après chaque passe ; ce jeton représente le tarif de la maison, c’est-à-dire la somme versée par le client.
J’arrêtai notamment un individu qui répondait au sobriquet de « Leblanc », sans doute parce qu’il en mangeait, comme on disait dans son monde, et dont la spécialité était de faire l’agent des mœurs.
Il connaissait les misérables de mœurs inavouables qui rôdent le soir aux Champs-Elysées ou sur les boulevards, ces prostitués mâles parmi lesquels se recrutent les plus dangereux bandits.
Leblanc les suivait avec patience, et, dès qu’il les voyait en conversation avec de vieux messieurs bien mis, il intervenait, se disant « agent des mœurs » arrêtait les prétendus délinquants, et ne les relâchait que contre des sommes plus ou moins fortes qu’on lui remettait toujours pour éviter le scandale…
(Mémoires de M. Goron)
Le blanc était une ancienne monnaie qui valait cinq deniers.
Gros-René dit à Marinette dans le Dépit amoureux :
Tiens, encor’ ton couteau. La pièce est riche et rare,
Il te coûta six blancs lorsque tu m’en fis don.
Maquer (se)
France, 1907 : Se manger, se battre.
Quand i’ nous arriv’ qu’un mèche
S’met à nous r’luquer,
Qu’on voit qu’avec lui y a mèche
D’pouvoir se maquer,
Faut qu’nous l’ayons corps et âme,
Et, si quéqu’cato
La trouv’ mauvaise et réclame,
Nous tirons l’couteau.
(É. Blédort)
Marie-jabotte
France, 1907 : Bavarde.
J’ai déjà dit que l’oncle Paul était né vieux garçon. Il avait, dès ce temps-là, une foule d’innocentes manies. Il ne supportait pas que les gens de service touchassent aux couteaux à découper. Il voulait qu’on servit les pièces de viande et de gibier tout entières sur la table. En même temps qu’il les découpait, à la mode d’autrefois, il aimait à conter des anecdotes. Il s’arrêtait en l’air, une aiguillette au bout du couteau, quelque carcasse de dindon suspendue.
Alors, Paparel battait la chamade avec sa tabatière d’argent.
— Paul… Paul… sacré Paul !… m’entends-tu ?… Il ne m’entend pas ! Marie-jabotte !… Saint Lambin !… C’est sa faute si les enfants s’endorment sur leurs chaises avant la salade !
(Hugues Le Roux, Mémoires d’un enfant)
Miel (c’est un)
Delvau, 1866 : Phrase de l’argot des faubouriens, qui disent cela à propos de tout, et surtout mal à propos. Une chose leur paraît bonne ou belle : C’est un miel. Ils entrent dans un endroit qui pue : C’est un miel. On se bat devant eux à coups de poing ou de couteau, et le sang coule : C’est un miel, etc., etc.
Rigaud, 1881 : C’est bon, c’est amusant, très agréable ; et par ironie, c’est laid, ennuyeux, désagréable.
France, 1907 : C’est une chose excellente. On dit aussi : C’est un beurre !
Mouchard
Delvau, 1866 : s. m. Agent de police, — dans l’argot du peuple qui a eu l’honneur de prêter ce mot à Molière. Se dit aussi de tout individu qui a l’air d’espionner, de tout ouvrier qui rapporte, etc.
Delvau, 1866 : s. m. Portrait peint, parce qu’il a l’air de vous regarder, où que vous vous mettiez.
Rigaud, 1881 : Portrait à l’huile. (Delvau).
La Rue, 1894 : Agent de la police de sûreté. Espion. Portrait.
France, 1907 : Portrait. Il aide à découvrir.
France, 1907 : Vers la fin du XVIIe siècle, on donnait le nom de mouchard aux petits-maîtres qui fréquentaient les Tuileries, pour voir autant que pour être vus. C’est maintenant l’injure que l’on adresse à tout espion, à tout dénonciateur, qu’il appartienne ou non à la police. Il y a des mouchards partout et dans tous les rangs de la société, à l’école, à l’atelier, dans les régiments, dans le monde. Qui n’a été dans sa vie la victime de quelque mouchard ?
— Moi, j’étais déjà en chemise, et lui, il ôtait son pantalon pour se mettre au lit. « Mouchard ! Mouchard ! Sale mouchard ! » J’en bavais ! Ah ! il a beau être fort, j’ai été plus forte que lui. Je l’ai empoigné à bras-le-corps, je l’ai jeté dans l’escalier, je lui ai fait descendre les marches à coups de pied dans les reins, et je l’ai fichu hors de la maison. Non, dire que j’ai couché pendant quatre ans avec cette crapule ! que je l’ai embrassé partout, ce salaud-là ! Si j’avais eu un couteau, je te les lui aurais coupé les… !
(Catulle Mendès, La Maison de la vieille)
Mousse
d’Hautel, 1808 : Pierre qui roule n’amasse point de mousse. Signifie, qu’il ne faut pas changer à chaque instant de métier, si l’on veut amasser de la fortune ; mais bien en choisir un, et s’y tenir.
anon., 1827 : M.
Bras-de-Fer, 1829 : M…
Halbert, 1849 : Excrément.
Larchey, 1865 : Excrément. — On s’injurie fréquemment dans le peuple par ces mots : Vent et mousse pour toi !
Delvau, 1866 : s. f. Le résultat de la fonction du plexus mésentérique, — dans l’argot des marbriers de cimetière.
Delvau, 1866 : s. m. Apprenti commis, — dans l’argot des calicots.
Rigaud, 1881 : Vieux mot injurieux, très en vogue aux XVe et XVIe siècles, synonyme de bran et auquel à succédé le fameux « merde » de nos jours, qui semble répondre à toutes les situations tendues.
Mousse pour le guet ; bran pour les sergents.
(Adages français)
La Rue, 1894 : Excrément. Mousser, aller à la selle. De la mousse ! Non ! Rien ! Mousserie, latrines.
Rossignol, 1901 : Couteau.
France, 1907 : Excrément. Vieux mot.
Mouton
d’Hautel, 1808 : Chercher cinq pieds à un mouton. Exiger d’un autre plus qu’il ne doit, ou d’une chose plus qu’elle ne peut produire.
Revenir à ses moutons. Revenir à un discours commencé et interrompu, dans lequel l’intérêt se trouve compromis.
Mouton. Homme aposté dans les prisons par la justice, pour tirer par ruse les secrets d’un prisonnier.
Ansiaume, 1821 : Espion.
Il y a là deux moutons qui m’ont joliment donné le taff.
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Mouchard de prison.
Vidocq, 1837 : s. m. — Espion placé par la police près d’un prisonnier dont il doit chercher à acquérir la confiance, afin d’en obtenir des révélations.
M.D., 1844 : Homme de leur société qu’ils supposent y avoir été mis pour s’associer seulement à la conversation et les dénoncer ensuite. Dans les prisons, la police y met beaucoup de ces gens qui, ayant l’air d’être détenus, causent avec les prisonniers, et finissent par donner des indices très précieux à la police qui les transmets ensuite à la justice.
un détenu, 1846 / Halbert, 1849 : Mouchard.
Larchey, 1865 : « En prison, le mouton est un mouchard qui parait être sous le poids d’une méchante affaire et dont l’habileté consiste à se faire prendre pour un ami. » — Balzac. — Allusion ironique à la fausse candeur de ces compères. — Moutonner : Dénoncer. V. Coqueur.
Delvau, 1866 : s. m. Dénonciateur, voleur qui obtient quelque adoucissement à sa peine en trahissant les confidences de ses compagnons de prison.
Delvau, 1866 : s. m. Matelas, — dans l’argot des faubouriens, qui disent cela à cause de la laine dont il se compose ordinairement. Mettre son mouton au clou. Porter son matelas au Mont-de-Piété.
Rigaud, 1881 : Homme de compagnie d’un prisonnier, et chargé par la police de devenir l’homme de confiance du même prisonnier.
Rigaud, 1881 : Matelas.
La Rue, 1894 : Matelas. Prisonnier qui espionne et dénonce son compagnon.
Virmaître, 1894 : Dénonciateur qui vend ses complices. Prisonnier qu’on place dans une cellule avec un autre prévenu pour le moutonner. C’est-à-dire le faire avouer dans la conversation (Argot des voleurs).
Virmaître, 1894 : Matelas. Quand il est plus que plat, on dit : galette (Argot du peuple).
Hayard, 1907 : Prisonnier qui dénonce ses co-détenus.
France, 1907 : Ancienne pièce d’or appelée ainsi parce que l’agneau pascal était sculpté sur l’une de ses faces.
France, 1907 : Compère dans le vol à l’américaine. C’est celui qui aborde le naïf qu’on se propose de dévaliser, généralement au paysan ou un provincial.
La bande était au complet, il y avait le mouton, celui qui lie la conversation avec la victime, le « riche étranger », qui échange son portefeuille contre le porte-monnaie du volé, et enfin les « hirondelles » qui voltigent autour du groupe et se chargent de prévenir à coups de sifflet de l’arrivée des agents.
(La Nation)
France, 1907 : Dénonciateur enfermée dans la cellule d’un criminel ou supposé tel, avec la mission de le faire parler et avouer ses forfaits.
Il existe deux sortes de coqueurs détenus : la première, qui prend le nom de moutons, est composée d’individus qui, renfermés dans les prisons, cherchent à captiver la confiance de leurs compagnons de détention pour obtenir l’aveu des crimes qu’ils ont commis, et la connaissance des preuves et pièces de conviction qu’on pourrait produire à leur charge. Lorsque deux de ces individus se trouvent dans la même prison, ils ignorent complètement le rôle qu’ils jouent chacun de son côté, et il n’est pas rare de voir ces deux moutons multiplier les rapports pour se dénoncer mutuellement, croyant rendre de grands services à la police et en être généreusement récompensés.
Les qualités essentielles du coqueur détenu sont, avant tout, l’habileté et la prudence. Il est excessivement difficile et même fort dangereux de jouer un rôle pareil dans une prison, car celui qui est mouton court risque d’être assassiné par ses compagnons s’ils viennent à le savoir. Aussi la police parvient-elle rarement à décider les voleurs à moutonner leurs camarades.
(Mémoires de Canler)
Des confrères à moi ont prétendu naguère que le plus souvent M. Grévy n’était guidé dans ses signatures que par les rapports de la prison même. Un condamné qui est en proie à de violentes angoisses, qui refuse énergiquement de faire le piquet consolateur et traditionnel avec son mouton, qui sanglote, hurle et se frappe la tête contre les murs, était à peu près certain de voir sa peine commuée.
(Albert Dubrujeaud, Écho de Paris)
France, 1907 : Matelas, à cause de la laine.
France, 1907 : Pelite boule dont les bonneteurs se servent dans le jeu appelé calot. Ce jeu, encore plus dangereux pour le naïf que le bonneteau, se compose de trois quilles creuses, sous lesquelles l’artiste voleur fait passer le mouton en changeant les quilles de place, tour à tour à droite, à gauche, au milieu, en les glissant sur la table avec la boulette dessous.
France, 1907 : Sous le chapeau de la guillotine est fixé le glaive, lame d’acier triangulaire emmanchée dans une forte masse de plomb appelé le mouton. Le couteau a trente centimètres de largeur, il est haut de quatre-vingts centimètres y compris le mouton. Il frappe avec une force terrible, car tombant d’une hauteur de deux mètres quatre-vingts centimètres, son poids multiplié par la vitesse de la chute est de 163 kilos en arrivant sur le cou du condamné.
Pain à deux couteaux ne fut jamais ni bon ni beau
France, 1907 : On appelle pain à deux couteaux celui qui, étant trop humide ou mal cuit, laisse le couteau si pâteux après qu’on l’a coupé que si l’on en veut couper une seconde fois, il faut se servir d’un autre couteau.
Parer
d’Hautel, 1808 : Paré comme un autel, comme une chasse. C’est-à-dire, d’une manière ridicule ; surchargé d’ornemens.
Rigaud, 1881 : « À chaque morceau réclamé par ses collègues, le chef du garde-manger découpe à même la pièce et pare la viande. Parer un morceau, c’est en enlever la parure, c’est-à-dire l’excédant de graisse. Le boucher reprend à 75 cent, le kilo la parure (graisse crue), qu’il revend au fondeur pour faire des chandelles. » (Eug. Chavette, Restaurateurs et restaurés, 1867)
La Rue, 1894 : Remplir. La parer, secourir.
France, 1907 : C’est, en terme de boucherie, ôter les peaux et les graisses superflues d’un morceau de viande pour le rendre plus présentable, et aussi sculpter sur une bête dépouillée des dessins dignes des impressionnistes.
Au côté, en bandoulière, il était flanqué d’une gaine de bois d’où émergeaient les manches de ses couteaux. L’étui enfermait cinq ou six lames bien affilées et une lancette pour parer, c’est-à-dire pour sculpter dans la graisse badigeonnée de sang frais ces arabesques étranges, palmes et fleurs, qui font de la boucherie fine une section originale des arts décoratifs.
(Hugues Le Roux, Les Larrons)
France, 1907 : Remplir ; vieil argot.
Pas d’omelette sans casser d’œufs
France, 1907 : Cette locution s’explique d’elle-même. Pour obtenir une chose, il faut en sacrifier une autre, et l’on ne vit pas de l’air du temps. Mais d’où vient le mot omelette, ce mets exquis inconnu des Anglais et que seuls les Français savent bien réussir ? Littré n’en donne qu’une vague étymologie ; il se contente de dire qu’en picard l’on dit amelète et amelette dans le bas Maine, ce qui donnerait quelque appui à ceux qui y voient un diminutif d’âme, l’âme de l’œuf ! Il ajoute qu’au XIVe siècle on a dit alumelle et alumette parce que l’omelette est plate commune une alumelle, lame de couteau, amelète étant une corruption d’alumelle. D’autres donnent une étymologie plus tourmentée encore ; ils font venir omelette de l’italien animella et du grec ama luein. Il n’était pas besoin de chercher hors de France, ni de remonter aux temps héroïques. Omelette vient tout simplement d’œufs-meslettes, vieux français diminutif d’œufs mêlés.
Photographe
Rossignol, 1901 : Aide de l’exécuteur qui tient par les oreilles la tête du condamné, lorsqu’il a le cou dans la lunette de la guillotine ; il tire dessus de façon qu’il ne la rentre pas dans les épaules, et que le couteau lui tombe sur le cou. L’aide qui fait habituellement le photographe est en activité depuis quarante ans, ayant débuté à l’âge de 16 ans. Il était précédemment exécuteur en Corse. Il y avait à une époque un bourreau par cour d’appel et, lors de leur suppression, il vint comme aide à Paris où il construisit les guillotines actuelles, les anciennes ayant été brûlées en 1871. Étant le plus ancien et le seul de première classe, il comptait sur la succession de Deibler qui lui revenait de droit, mais le ministre de la Justice a jugé à propos de nommer le plus jeune, arrivé, il y a six ans, d’Algérie, où il était aide de l’exécuteur Rasenœud [NDLR : Rasseneux], nom prédestiné.
Pierre à affuter
Virmaître, 1894 : Le pain. En le coupant, cela n’affûte pourtant pas le couteau, mais c’est une allusion au va et vient du couteau sur la pierre à repasser, quand le rémouleur lui donne le fil, ou quand le boucher l’aiguise sur son fusil (Argot du peuple).
Pince-monseigneur
France, 1907 : « J’ai vainement cherché l’étymologie de ce terme pince-monseigneur appliqué à ce levier d’acier, qui ne pince pas et que peu d’évêques ont dû employer. Personne n’a pu m’éclairer à cet égard, mais ce que tout le monde m’a affirmé, c’est la force énorme développée par cet outil à laquelle aucune gâche de serrure ne résiste, pourvu qu’on puisse trouver un point d’appui. »
(Guy Tomel)
Les vols qualifiés sont étudiés avec soin, exécutés avec audace, habileté et sang-froid. Pour les grands projets, des plans sont dressés, tout est prévu, le moindre indice est noté. Le coffre-fort est le point de mire, c’est l’indicateur, et, afin d’y arriver, la pince-monseigneur et les rossignols sont mis en jeu ; heureux quand, dans ces expéditions criminelles, le revolver, la corde savonnée au nœud coulant ou le couteau-poignard ne servent pas d’avant-garde.
(G. Macé, Un Joli Monde)
Plaîne
France, 1907 : Couteau a deux poignées dont on se sert pour planer les douves.
Pliant
Raban et Saint-Hilaire, 1829 : Couteau. Jouer du pliant, donner des coups de couteau.
Rigaud, 1881 : Couteau de poche, — dans l’ancien argot.
France, 1907 : Couteau ; la lame se replie sur le manche. Argot des voleurs.
Plioir
d’Hautel, 1808 : Petit ustensile qui sert à plier et à couper le papier, et non ployoir, comme le disent les brocheuses et un grand nombre de personnes.
France, 1907 : Couteau à deux tranchants, en bois ou os, dont on se sert dans les imprimeries et les ateliers de reliure pour plier les feuilles.
Prendre des ris à l’irlandaise
France, 1907 : Déchirer la voile à coups de couteau quand le vent est trop violent pour qu’on puisse la ployer. Terme de marine.
Quantum
Larchey, 1865 : Caisse somme d’argent. — Latinisme.
Encore cent mille francs ! il est allé faire une saignée nouvelle à son quantum.
(Ricard)
Delvau, 1866 : s. m. Argent, somme quelconque, caisse.
France, 1907 : Quantité déterminée. Latinisme ; littéralement, combien, d’où quantum, argent.
De très vieille souche, ayant eu un aïeul méchamment empalé par les musulmans au temps des croisades, très imbu et jusqu’aux moelles de gentilhommerie provinciale, portant en son aristocratique personne le stigmate glorieux de la race, avec son visage effilé conne un couteau, son grand nez en bec de corbin, son menton légèrement galochard, sa taille haute, ses jambes sans fin et, sur un ensemble grotesque, un quantum de distinction native qui ne permettait pas d’en rire.
(Armand Silvestre)
Radurer
Delvau, 1866 : v. a. Repasser sur la meule, — dans l’argot des voleurs.
Virmaître, 1894 : Repasser son couteau sur une meule.
— Je radure mon lingre afin que le pante soit fait d’un coup et qu’il n’ait pas le temps de cribler à la grive (Argot des voleurs).
France, 1907 : Repasser sur une meule ; argot des voleurs.
Radureur
Delvau, 1866 : s. m. Repasseur de couteaux.
France, 1907 : Rémouleur.
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