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Arçon

Clémens, 1840 : Avertissement.

La Rue, 1894 : Signe de reconnaissance entre voleurs qui consiste à cracher fortement à terre ou à courber le pouce de la main droite sur la joue de façon à figurer un c ou petit arc.

France, 1907 : Signe de reconnaissance des voleurs entre eux. « Du temps de Vidocq (1837), dit Lorédan Larchey, c’était un C figuré à l’aide du pouce droit sur la joue droite. La courbe du C représente la forme d’un arc. » D’où le vieux mot arçon, archet, petit arc.

Si c’étaient des amis de Pantin, je pourrais me faire reconnaître, mais des pantes nouvellement affranchis, des paysans qui font leur premières armes, j’aurais beau faire l’arçon.

(Vidocq)

Arçon, accent

Larchey, 1865 : Signe d’alerte convenu entre voleurs. Du temps de Vidocq (1837) c’était un crachement et un C figuré à l’aide du pouce droit sur la joue droite. — Vient d’arçon : archet, petit arc. V. Roquefort. — La courbe du C représente bien la forme d’un arc. — Accent nous paraît de même une allusion au son du crachat.

Ardent (buisson)

France, 1907 : La touffe soyeuse de poils qui ombrage la partie du bas du ventre de la femme. Le très galant duc de Bourgogne créa l’ordre de la toison d’or en l’honneur du buisson ardent de la belle Marie de Crumbrugge.

La baronne de Santa-Grue,
Sous les baisers de son amant
— Qui ne s’oublie en tel moment ? —
Émit une note incongrue.

L’amoureux en reste bredouille
Et tout aussitôt s’interrompt ;
Puis s’incline, courbe le front
Et dévotement s’agenouille.

Mais elle, payant de toupet,
Lui dit, comme s’il se trompait :
— Qu’est-ce, m’amour ? — Vive l’Église !

Je crois, tel miracle m’aidant ;
J’entends sortir, nouveau Moïse,
Une voix du buisson ardent.

Arquer (s’)

Delvau, 1866 : Se courber en vieillissant. Argot du peuple.

France, 1907 : Se courber sous le poids de l’âge.

Assis (les)

France, 1907 : Les commis aux écritures, employés de bureau, ronds de cuir, culs de plomb, chieurs d’encre.

Oh ! c’est alors qu’il faut plaindre… les malheureux qu’un travail sédentaire courbe sur un bureau… c’est alors qu’il convient de se lamenter sur le sort des assis.

(Richepin, Le Pavé)

Baisotter

d’Hautel, 1808 : Baiser continuellement quelqu’un, le flatter, le cajoler, lui faire de fréquentes courbettes pour en obtenir ce qu’on désire.

Bancal

Larchey, 1865 : Sabre courbe. — Allusion aux jambes arquées du bancal.

Voilà M. Granger qui apporte le bancal.

(Gavarni)

Delvau, 1866 : adj. Qui a une jambe plus courte que l’autre. Argot du peuple.

Delvau, 1866 : s. m. Sabre de cavalerie, — dans l’argot des troupiers.

Merlin, 1888 : Sabré recourbé ; par allusion à sa forme.

France, 1907 : Boiteux.

Bas-bleuisme

Delvau, 1866 : s. m. Maladie littéraire spéciale aux femmes qui ont aimé et qui veulent le faire savoir à tout le monde. Le mot a été créé récemment par M. Barbey d’Aurevilly.

France, 1907 : Manie des désexées.

Les filles trop savantes font généralement de piètres ménagères, et notre société atteindra sûrement la fin du siècle et celle de plusieurs autres avant que les champions et championnes du Droit des femmes soient parvenus à faire entrer dans la cervelle rétive du mâle que, pour une épouse selon l’évangile des maris, l’étude des logarithmes et les recherches philosophiques ou linguistiques ne valent pas l’art modeste enseigné par le baron Brisse, celui d’accommoder les restes.
Nous sommes et resterons longtemps encore, nous autres grossiers barbus, courbés sous le prosaïsme des appétits matériels ; nous n’avons pas changé depuis Molière, et, comme le bonhomme Chrysale, nous vivons de bonne soupe et non de beau langage ; et si nos femmes s’occupent de belles-lettres, qui torchera les enfants et soignera le pot-au-feu ?

(Hector France, La Taverne de l’Éventreur)

Bondieusard

Rigaud, 1881 : Marchand d’objets de dévotion. Le quartier St-Sulpice est peuplé de bondieusards. — Enlumineur d’images de sainteté.

Un bondieusard habile pouvait faire ses six douzaines en un jour. Un bondieusard passable, ni trop coloriste ni trop voltairien, pouvait gagner son salut dans l’autre monde et ses quarante sous dans celui-ci.

(J. Vallès, Les Réfractaires)

Le mot a été créé par Gustave Courbet, qui l’employait souvent pour désigner soit un peintre de sujets religieux, soit un de ces peintres qui semblent s’inspirer des enlumineurs d’estampes. Par extension les libres-penseurs donnent du « bondieusard » à quiconque croit en Dieu, à quiconque fait montre de sentiments religieux.

France, 1907 : Marmotteur de prières ; fabricant ou marchand d’objets de sainteté.

Chartron

Delvau, 1866 : s. m. Position des acteurs vers la fin d’une pièce. Faire ou Former le chartron. Ranger les acteurs en ligne courbe devant la rampe, au moment du couplet final.

Rigaud, 1881 : Position des acteurs vers la fin de la pièce. Former le chartron, ranger les acteurs en ligne courbe devant la rampe, au moment du couplet final. (A. Delvau)

France, 1907 : Position des acteurs sur la scène. Faire ou former le chartron se dit, en terme de coulisses, quand les acteurs se rangent tous en ligne devant la rampe.

Chéquard

France, 1907 : Nom donné, depuis les scandales financiers de la Société de Panama, à tous ceux qui avaient reçu des chèques pour faire prendre des actions et des obligations dans cette gigantesque volerie, ministres, députés, journalistes, sénateurs et autres voleurs.

À quoi bon toutes ces turlutaines ? Y eut-il jamais des chéquards et des pots de Chambre ? Quel est celui qui ose parler de dix-huit cents millions escroqués à l’épargne française ? L’actionnaire doit courber la tête et se taire, sans murmurer ! Quel est donc cet empêcheur de chambrer en rond ?

(Henry Bauër)

Rendons-nous justice nous-mêmes, puisque aucune justice ne nous est réservée d’un gouvernement qui ne songe qu’à populariser les chéquards par les moyens les plus monstrueux.

(La Corse)

Chique

d’Hautel, 1808 : Une chique de tabac. On appelle ainsi une pincée de tabac que les soldats, les marins et la plupart des journaliers mettent dans leur bouche pour en prendre toute la substance. Voyez Chiquer.
Une chique de pain. Pour dire une bribe, un morceau de pain.

Ansiaume, 1821 : Voler les églises.

Thierry n’en veut qu’aux ratichons et aux antonnes.

Vidocq, 1837 : s. f. — Église.

Halbert, 1849 : Bon ton.

Larchey, 1865 : Église (Vidocq). V. Momir, Rebâtir. Couper la chique : Dérouter. — Du vieux mot chique : finesse (Roquefort).

De la réjouissance comme ça ! Le peuple s’en passera. C’est c’qui coupe la chique aux bouchers.

(Gaucher, Chansons)

Couper la chique à quinze pas : Se faire sentir de loin.

Larchey, 1865 : Voir chic. — chiquement — Avec chic.

Delvau, 1866 : s. f. Église, — dans l’argot des voleurs, qui, s’ils ne savent pas le français, savent sans doute l’anglais (Church), ou le flamand (Kerke), ou l’allemand (Kirch).

Delvau, 1866 : s. f. Griserie, — dans l’argot des faubouriens. Signifie aussi mauvaise humeur, — l’état de l’esprit étant la conséquence de l’état du corps. Avoir une chique. Être saoul. Avoir sa chique. Être de mauvaise humeur.

Delvau, 1866 : s. f. Morceau de tabac cordelé que les marins et les ouvriers qui ne peuvent pas fumer placent dans un coin de leur bouche pour se procurer un plaisir — dégoûtant. Poser sa chique. Se taire, et, par extension, Mourir. On dit aussi, pour imposer silence à quelqu’un : Pose ta chique et fais le mort.

Rigaud, 1881 : Église, — dans l’ancien argot des voleurs ; vient de l’italien chièsa.

Rossignol, 1901 : Beau, bien, bon. Une bonne action est chique. Un bel objet est chique. Une femme bien mise est chique.

France, 1907 : Église ; germanisme, de Kirch.

France, 1907 : Mauvaise humeur. « Avoir sa chique. »

France, 1907 : Tabac roulé en corde, que les marins et les ouvriers mettent dans un coin de leur bouche, d’où plusieurs expressions. Couper la chique, désappointer, réduire au silence ; couper la chique à quinze pas, avoir mauvaise haleine ; coller sa chique, être honteux, courber la tête : poser sa chique, se taire, mourir. Pose ta chique, fais le mort.

Coëre

France, 1907 : Ancien chef des malandrins au XVIe siècle.

Aux dits états généraux on procède, premièrement, à l’élection du grand-coëre ou bien on continue celui d’auparavant, qui doit être un marpeau ayant la majesté comme d’un monarque, ayant un rabat sur les courbes, à tout dix mille pièces diverses colorées et bien cousues, un bras, jambe ou cuisse demi-pourri en apparence, qu’il ferait bien guérir en un jour s’il voulait. Après l’élection, le grand-coëre commande à tous les argotiers nouveaux venus, de se mettre à quatre pieds contre la dure, puis s’assied sur l’un d’eux.

(Le Jargon de l’argot)

Il est curieux de remarquer que, dans la langue d’oc, coëre signifie oiseau de proie, faucon.

Coït

Delvau, 1864 : L’acte vénérien.

Union charnelle des deux sexes. C’est la volupté qui mène à la génération. En langage familier, on dit baiser (voir ce mot.) Quand la femme s’est placée dans le lit conjugal, elle se met sur le dos et écarte les cuisses. Le mari la couvre alors de son corps et, aidé par la main de sa femme, introduit l’instrument de plaisir dans l’asile qui lui est destiné. Elle referme alors légèrement les cuisses, et enlace son mari de ses jambes. Il colle sa bouche sur la sienne, et commence avec les reins ce mouvement de va-et-vient qui produit le plaisir mutuel. La femme n’a plus alors qu’à se laisser aller à la volupté, et à répondre aux baisers qu’elle reçoit. Tantôt, nonchalante et paresseuse, elle laisse agir l’homme, sans faire d’autre mouvement que celui de deux bouches qui s’unissent ; tantôt adoptant le rôle actif, elle fait onduler ses reins, en enfonçant dans le con, à chaque va-et-vient, la vigoureuse queue qu’elle tient entre ses cuisses. Ses lèvres roses pressent avidement celles de son époux. Sa langue s’enlace à la sienne ; ses seins tout rouges de baisers aplatissent leur courbe gracieuse sur sa poitrine, tant ses aras le serrent avec force. Son petit pied le talonne comme pour l’aiguillonner. De temps en temps elle se pâme en poussant de petits cris de plaisir ; ses reins souples interrompent leurs voluptueuses ondulations, et elle demeure quelques instants immobile, savourant les coups précipités du vit furieux, et les jets de la liqueur de feu dont il inonde le temple de l’Amour.
« C’est alors que se produit le coït, la volupté la plus naturelle à l’espace humaine, et qui est pour elle non-seulement un besoin, mais un devoir imposé par la Providence divine… » Ne vous livrez pas au coït, ni à toute autre volupté après avoir mangé : attendez que la digestion soit faite.

(Comtesse de N***, Vade mecum des femmes mariées)

Ces jours à jamais effacés,
J’y pense ;
Où sont-nos coïts insensés,
Passés ?

(Parnasse satyrique)

Comme il

France, 1907 : Abréviation de comme il faut, de bon ton, de bonne compagnie. « T’as rien l’air comme il. Tu as l’air d’un monsieur chic. »

Mais la nature et, seconde nature, l’habitude avaient sûrement mis la frappe du vice originel, héréditaire, cumulé et cultivé sur cette face comme il faut. L’œil, cette fenêtre de l’âme, furtif et faux, de forme oblique et d’une prunelle trop large pour le blanc, devenait, comme celui du félin, féroce en se fixant. L’oreille panique, pointue, était de même animale. Le nez ou le bec courbé, le menton relevé, la bouche mince et l’angle aigu n’étaient pas moins carnassiers. Il y avait de la bête de proie dans cet homme du monde, cet homme comme il faut.

(Edmond Lepelletier)

De la licence du Directoire, qui s’était transformée sous l’Empire en une décence obtenue par ordre, on passa, sous la Restauration, a une sorte de pruderie aussi bien dans le costume que dans les idées ; chacun demeura sur son quant-à-soi avec dignité, on rechercha le correct, l’absolu bon ton, le comme il faut, la suprême distinction dans des notes discrètes et sobres ; on se garda de l’éclat et du faux décorum ; la somptueuse pompe impériale fit place à la simplicité.

(Octave Uzanne, La Femme et la Mode)

Couper dans le ceinturon, dans la pommade, dans le pont

France, 1907 : Se laisser duper, croire aux mensonges, tomber dans le panneau. Allusion à la courbe que les grecs impriment à une carte ou à un paquet de cartes, de façon à obliger le partenaire à couper, sans qu’il en ait conscience, dans la portion du jeu préparé par le filou.

Ah ! ces braves militaires… À l’occasion, ils emportent le pont d’Arcole, de Rivoli ou de Palikao ; mais, pour les autres ponts, ils se contentent d’ordinaire de couper dedans…

(Gil Blas)

Ravachol reçut la visite de l’abbé Claret… qui lui apporta l’éncyclique de Léon XIII et essaya de lui représenter le pape comme le premier des anarchistes. Défiant par nature, Ravachol flaira une manifestation de calotin.
À un des gendarmes qui le conduisaient chaque jour au préau et le gardaient étroitement pendant sa promenade, il a dit :
— Ce ratichon-là est un bon type… seulement quand je serai raccourci, il ira crier partout que j’avais coupé dans sa pommade.
Aussi demanda-t-il à l’abbé de ne point l’assister le matin de l’exécution.

(Flor O’Squarr, Les Coulisses de l’anarchie)

Et pour les goss’, ah ! que salade !
C’qu’on s’gondol’ ! I’ sont étouffants !
Si nous coupions dans leur pommade,
Faudrait aimer tous les enfants.

(Paul Paillette)

Courbe

Vidocq, 1837 : s. f. — Épaule.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Halbert, 1849 : Épaule.

Larchey, 1865 : Épaule (Vidocq). — Allusion de forme.

Delvau, 1866 : s. f. Épaule, — dans l’argot des voleurs. Courbe de morne. Épaule de mouton.

Rigaud, 1881 : Épaule, — dans le jargon des voleurs.

La Rue, 1894 : Épaule.

France, 1907 : Épaule. Courbe de morne, épaule de mouton.

Courbe de morne

Halbert, 1849 : Épaule de mouton.

Déboulonner

Rigaud, 1881 : Enlever les plaques de métal qui recouvrent la maçonnerie de certains monuments. — Le peintre Courbet voulait seulement déboulonner la colonne Vendôme. Sa pensée, paraît-il, fut mal interprétée, et la colonne fut renversée.

Rigaud, 1881 : Vendre, écouler, — dans le jargon des libraires. — Déboulonner dix mille exemplaires d’un ouvrage.

Déboulonner sa colonne

Virmaître, 1894 : Mourir. Cette expression n’est employée que depuis 1871, lorsque les communards jetèrent la colonne Vendôme par terre parce qu’elle gênait Courbet (Argot du peuple).

France, 1907 : Mourir. Allusion à la colonne Vendôme que Courbet voulait faire déboulonner et que les communards renversèrent.

Déboulonneur

Rigaud, 1881 : Amateur du déboulonnage, individu qui a pris part au renversement de la Colonne. — Longtemps, sur les murs de Paris, le nom de « Courbet » fut accolé à l’épithète de « déboulonneur. »

Déjeté

Delvau, 1866 : adj. Individu mal fait, laid, maigre, dégingandé, — dans l’argot des ouvriers. N’être pas trop déjeté. Être bien conservé.

Rigaud, 1881 : Homme courbé par le malheur ou la maladie, affaissé moralement ou physiquement. Femme déjetée, femme sur le retour.

La Rue, 1894 : Laid. Mal venu. Ne pas être déjeté, avoir bonne mine, être joli, bien fait.

Hayard, 1907 : Décrépit.

France, 1907 : Mal bâti. N’être pas déjeté, avoir bonne mine.

Dévasté

France, 1907 : Homme courbé, fatigué par les excès plutôt que par les ans.

Le dévasté plaît, le dévasté intéresse parce qu’en le voyant, chacun se dit : Si cet homme a la tête plus nue que le genou, c’est que le volcan qui lui tient lieu de cervelle a anéanti sa chevelure, son œil est éteint ? C’est qu’il a trop flamboyé. Il n’a plus de mollets ? Ah ! Qu’est-ce que prouve cette absence du gras de la jambe, sinon que cet homme a trop abusé de ses mollets, sinon que cet homme a trop aimé !

(Ed. Lemoine)

Dos d’âne (faire le)

France, 1907 : Se courber sur des paperasses. Devenir bossu à force d’écrire.

— Qu’elle apprenne à cuisiner, à coudre, ravauder, nettoyer, blanchir, repasser, et qu’elle prenne goût à ces indispensables, très appréciables et très nobles tâches. Il y en a bien assez sans elle qui faut le dos d’âne sur des paperasses et se croient pour cela supérieures à celles qui tirent l’aiguille ou écument le pot.

(Albert Cim, Demoiselles à marier)

Faire une coquille de Bergerac

Delvau, 1866 : v. a. Se dit, — dans l’argot des tailleurs, quand un ouvrier a fait une pièce dont les pointes de collet ou de revers, au lieu de se courber en dessous, relèvent le nez en l’air et poignardent le ciel. C’est une plaisanterie de Gascon, maintenant parisienne.

Fantasia (faire la)

France, 1907 : Faire du bruit avec grand déploiement de costumes, à la façon des Arabes qui, dans les noces et à certaines fêtes, tirent des coups de fusil et déploient leurs brillants oripeaux. C’est faire, en un mot, plus de bruit que de besogne.
La fantasia est une course de chevaux particulière aux Arabes, une fête à cheval en guerre comme en paix.
La course se fait soit en ligne, soit par groupes de cavaliers, soit un à un. Au signal donné, on s’élance au galop en poussant le cri de guerre, chacun décharge son arme, et, debout sur les étriers, lance son fusil en l’air et le rattrape, toujours chargeant avec une merveilleuse dextérité. Aux noces, aux fêtes de la tribu, la fantasia s’exécute près des tentes devant les femmes réunies qui acclament les cavaliers par des you you prolongés.

Fantasia ! Fantasia ! les coups de feu se précipitent. Les cavaliers s’ébranlent ; les longs chelils de soie aux franges d’or flottent sur les croupes ; les fusils jetés en l’air retombent dans les mains habiles ; jeunes et vieux, courbés sur les encolures, sont lancés au galop et, suivis des éclats stridents des femmes, disparaissent dans les tourbillons de sable jaune. Et dans les grandes lignes dorées de la plaine on voit fuir les couples d’autruches et bondir les troupeaux d’antilopes et de gazelles.

(Hector France, L’Amour au pays bleu)

Flottard

Rigaud, 1881 : Aspirant à l’école navale. (L. Larchey)

France, 1907 : Élève de l’École polytechnique qui choisit la marine.

C’est Clermont-Tonnerre qui, pendant son ministère, sous la Restauration, ouvrit la carrière de la marine aux polytechniciens. Quelques places leur sont réservées tous les ans. Le plus illustre des antiques flottards est l’amiral Courbet.

(Albert Lévy et G. Pinet)

Frégate

Ansiaume, 1821 : Succube (jeune homme sodomiste ou putain de galère).

Il donne à sa frégate ses nourritures et 6 balles par mois.

Vidocq, 1837 : s. m. — Jeune pédéraste. Terme des bagnes.

Clémens, 1840 : Jeune forçat.

Rigaud, 1881 : Émigré de Gomorrhe, — dans le jargon des voleurs.

France, 1907 : Chapeau bicorne, claque, à cause de sa forme assez semblable à celle d’un navire à voiles, porté par l’état-major et les élèves de l’École polytechnique. « La courbe gracieuse de la frégate n’est pas due au caprice d’un artiste habile ; c’est une courbe géométrique transcendantale qu’on peut construire par points et dont on peut déterminer les tangentes et les points d’inflexion… La manière de porter la frégate a été pour la première fois enseignée en 1824 par Baupré, ancien danseur de l’Opéra, qui donnait à l’École des leçons de danse et de maintient. »

(Albert Lévy et G. Pinet)

France, 1907 : Sodomite.

Galoche

d’Hautel, 1808 : Un menton de galoche. Menton pointu et recourbé.

Halbert, 1849 : Menton.

Delvau, 1866 : s. f. Jeu du bouchon, — dans l’argot des gamins.

Rigaud, 1881 : Jeu de bouchon.

France, 1907 : Jeu du bouchon.

Gommeux

Rigaud, 1881 : Fashionable qui se trouve charmant, et que le bon gros public avec son gros bon sens trouve ridicule. Le Figaro a beaucoup contribué à mettre le mot à la mode.

Le gommeux succède au petit crevé, qui avait succédé au gandin, qui avait succédé au fashionable, qui avait succédé au lion. qui avait succédé au dandy, qui avait succédé au freluquet, qui avait succédé au merveilleux, à l’incroyable, au muscadin, qui avait succédé au petit-maître.

(Bernadille, Esquisses et Croquis parisiens)

J’ai rencontré tout à l’heure un gommeux de la plus belle pâte, ridiculement prétentieux de ton, de manières, d’allures.

(Maxime Rude)

Quant à l’étymologie, les opinions sont partagées. Pour les uns, ils sont empesés, gommés dans leur toilette, dans leurs cols, d’où leur surnom. — D’autres veulent que l’état misérable de leur santé, à la suite d’une série d’orgies, en les réduisant à l’usage du sirop de gomme, soit la source du sobriquet. Déjà, avant que le mot eût fait fortune, les étudiants appelaient « amis de la gomme, gommeux », ceux de leurs camarades qui mettaient du sirop de gomme dans leur absinthe.

Rigaud, 1881 : Pris adjectivement a le sens de joli, agréable. (L. Larchey)

La Rue, 1894 : Voir Copurchic.

France, 1907 : Jeune désœuvré, prétentieux et ridicule. C’est en 1873 que cette épithète a remplacé celle de petit crevé qui avait remplacé gandin en 1867.

Le gommeux, cet inutile, parfait modèle de ces ridicules petits jeunes gens pour lesquels la vie se résume dans le cercle, les demi-mondaines et les modes anglaises, de ces êtres qui se croient beaux parce qu’ils ont des cols cassants, des cannes dont ils sucent le bout pour se donner une contenance, des bas verts et des souliers blancs, une fleur à la boutonnière dès qu’ils sortent du lit.

(Théodore Cahu, Vendus à l’ennemi)

Dans le monde, de vieux et de jeunes gommeux attendent la sortie de pension de ces ingénues pour les épouser ; et les moins fatigués d’entre eux auront le triomphe de déniaiser ces lis élevés à l’ombre du cloître.

(Jeanne Thilda)

Maint gommeux voit de sa figure
Sortir des boutons dégoûtants,
Il faut boire de l’iodure
De potassium… C’est le printemps !

(Gramont)

Les gommeux des ancienn’s couches
Qu’ont souvent des tas d’bobos,
Jour et nuit, se flanqu’nt des douches
Afin d’se r’caler les os.

(Victor Meusy)

Au sujet des gommeux, des boudinés, des crevés, de tous ces petits atrophiés de cervelle que l’éducation et la civilisation modernes ont faits, je ne puis manquer de citer le regretté Guy de Maupassant, qui écrivait dans le Gil Blas que pour composer une galerie de grotesques à faire rire un mort, il suffirait de prendre les dix premiers passants venus, de les aligner et de les photographier avec leurs tailles inégales, leurs jambes trop longues on trop courtes, leurs corps trop gros ou trop maigres, leurs faces rouges ou pâles, barbues ou glabres, leur air souriant ou sérieux.

Jadis, aux premiers temps du monde, l’homme sauvage, l’homme fort et nu, était certes aussi beau que le cheval, le cerf ou le lion. L’exercice de ses muscles, la libre vie, l’usage constant de sa vigueur et de son agilité entretenaient chez lui la grâce du mouvement, qui est la première condition de la beauté, et l’élégance de la forme, que donne seule l’agitation physique. Plus tard, les peuples artistes, épris de plastique, surent conserver à l’homme intelligent cette grâce et cette élégance par les artifices de la gymnastique. Les soins constants du corps, les jeux de force et de souplesse, l’eau glacée et les étuves firent des Grecs les vrais modèles de la beauté humaine, et ils nous laissèrent leurs statues comme enseignement, pour nous montrer ce qu’étaient leurs corps, ces grands artistes.
Mais aujourd’hui, ô Apollon, regardons la race humaine s’agiter dans les fêtes ! Les enfants ventrus dès le berceau, déformés par l’étude précoce, abrutis par le collège qui leur use le corps, à quinze ans, en courbaturant leur esprit avant qu’il soit nubile, arrivent à l’adolescence avec des membres mal poussés, mal attachés, dont les proportions normales ne sont jamais conservées.
Et contemplons la rue, les sens qui trottent avec leurs vêtements sales ! Quant au paysan ! Seigneur Dieu ! allons voir le paysan dans les champs, l’homme souche, noué, long comme une perche, toujours tors, courbé, plus affreux que les types barbares qu’on voit aux musées d’anthropologie.
Et rappelons-nous combien les nègres sont beaux de forme, sinon de face, ces hommes de bronze, grands et souples ; combien les Arabes sont élégants de tournure et de figure !

Si l’un de nos ancêtres, un homme du XVIe ou au XVIIe siècle pouvait ressusciter, quelle stupéfaction serait la sienne en présence de l’être profondément burlesque qu’on appelle aujourd’hui la fin de siècle, un élégant !

Humiliade

France, 1907 : Révérence, courbette, salut obséquieux.

Joliesse

France, 1907 : Ce qui est mignon et délicatement joli.

Deux seins gonflés d’une chair qu’on devinait sons le boléro bleu et le plastron or, d’un exquis contour, fruits voluptueux d’une jeune poitrine, haut placés, tendus jusqu’à la pointe, se tenaient droits et libres, presque hors du corset, un corset quelle portait bas, presque une ceinture et dont elle aurait pu se passer. Sa joliesse était aux hanches, d’une courbe accentuée et attirante.

(Félicien Champsaur, Le Mandarin)

Jouer du bancal

France, 1907 : Se battre au sabre. Les sabres de la cavalerie légère étaient appelés bancals à cause de leur forme recourbée. Ceux de la cavalerie de ligne, qui sont droits, sont nommés lattes.

Hardi sur eux, mon bon cheval ;
De tes sabots, brise les crânes.
J’ai derrière moi les plus crânes ;
Ils savent jouer du bancal,
Guide, emballe, cette avalanche ;
Nous aurons, ô Postérité !
Sabre rouge et conscience banche.

(Alfred L. Marquiset, Rasures et Ramandons)

Lacorbine

Rigaud, 1881 : Surnom que se donnent entre eux les Éphestions de trottoir ; nom sous lequel les désignent généralement les inspecteurs du service des mœurs. C’est une déformation du mot « la courbée ».

Latte

d’Hautel, 1808 : Pour épée, sabre.
Tirer la latte. Pour se battre au sabre ou à l’épée.
Gras et dodu comme une latte. Voy. Gras.
Tu me scies le dos avec une latte. Pour, tu m’impatientes, tu m’obsèdes par tes propos.

Delvau, 1866 : s. f. Sabre de cavalerie, — dans l’argot des troupiers. Se ficher un coup de latte. Se battre en duel.

Rigaud, 1881 : Sabre de cavalerie. — Sabre droit des dragons, — dans l’argot du régiment.

Merlin, 1888 : Sabre de cavalerie.

France, 1907 : Sabre droit ; le sabre recourbé est le bancal. « La latte était portée par la grosse cavalerie, le bancal par la cavalerie légère. »

Marcandier, marcandière

France, 1907 : Marchand, marchande ; argot des voleurs. On appelait autrefois de ce nom une certaine catégorie de mendiants qui prétendaient avoir été attaqués et dévalisés par des voleurs de grand chemin.

Marcandiers sont ceux qui voyagent avec une grande bourse à leur costé, avec un assez chenastre frusquin, et un rabas sur les courbes (épaules), feignant d’avoir trouvé des sabrieux (voleurs) sur le trimard qui leur ont osté leur michon tontine (tout leur argent).

(Le Jargon de l’argot)

On écrit aussi mercandier.

En roulant de vergue en vergue (ville)
Pour apprendre à goupiner,
J’ai rencontré la mercandière,
Lonfa malura dondaine !
Qui du pivois solissait (vendait du vin),
Lonfa malura dondé !

(Chanson en argot citée par Vidocq)

Menton

d’Hautel, 1808 : Un menton de galoche. Un menton long et recourbé.
Lever le menton. Se vanter, s’enorgueillir, se glorifier ; faire le fat, le fanfaron.
Il est table jusqu’au menton, comme les enfans de bonne maison. Voy. Maison.

Menton de galoche

Delvau, 1866 : s. m. Long, pointu et recourbé comme celui de Polichinelle. Argot du peuple.

Virmaître, 1894 : Menton qui avance comme celui du classique Polichinelle. On dit de celui ou de celle qui possède un menton semblable qu’il fait carnaval avec son nez (Argot du peuple).

Midinette

France, 1907 : Trottin ou jeune ouvrière qui sort de l’atelier ou du magasin à midi, soit pour déjeuner, soit pour prendre l’air. Le mot est de Paul Arène.

Au déjeuner, par bandes, se tenant par le bras, les ouvrières descendent, emplissent les trottoirs de gaieté débordante, causent à voix aiguë, s’interpellent sans souci des calembredaines que leur débitent les passants ; à cette heure, à ce quart d’heure plutôt, l’amour est mis de côté, laissé pour plus tard, on a un instant pour respirer à l’aise loin de la patronne et de ses cris, de l’ouvrage abrutissant, de l’air lourd, chargé d’odeurs fades qui écœurent et tandis que les poumons s’atrophient dans la position courbée où vous force à vous tenir l’ouvrage sans cesse renaissant… Aussi le quart d’heure est-il largement employé au récit des incidents importants de la veille, fâcheries d’amoureux, bourrades de la mère, observations sévères d’un père ébranlé dans sa crédulité par des veillées si fréquentes en morte-saison ; le tout entrecoupé de — ma chère ! — de rires qui partent, éclatent tout à coup comme des fusées sous le nez du suiveur interdit, décontenancé, qui lâche prise. Saluez, les midinettes passent !

(Jules Davray, L’Amour à Paris)

Morne

anon., 1827 / Bras-de-Fer, 1829 : Mouton, brebis.

Vidocq, 1837 : s. — Mouton, brebis.

(Le Jargon, ou Langage de l’Argot moderne)

Halbert, 1849 : Mouton, brebis.

Larchey, 1865 : Mouton (Vidocq). — Du vieux mot moraine : laine. V. Du Cange.

Delvau, 1866 : s. f. Brebis, mouton. On dit aussi Morné, ou plutôt mort-né, qui est la véritable orthographe, parce que c’est la véritable étymologie du mot.

Rigaud, 1881 : Mouton. — Mornier, berger.

La Rue, 1894 : Mouton. Mornante, bergerie.

France, 1907 : Dans l’ancien argot des imprimeurs, c’était le manuscrit à composer.

France, 1907 : Mouton. Voir Mornante. Courbe de morne, épaule de mouton.

Nez (avoir du)

Rigaud, 1881 : Pressentir les bonnes occasions, arriver aux bons moments. On dit également : Avoir le nez creux.

France, 1907 : Être habile, avoir de l’intuition, de la prévoyance. On dit aussi : avoir bon nez. « Avoir bon nez, dit l’auteur anonyme des lestres proverbes, parus à Lyon en 1654, c’est être prévoyant, prudent, judicieux, ou doué de quelque autre vertu… Les physionomistes qui jugent des passions et affections de l’âme par l’apparence des traits extérieurs, tirent de grands indices de la forme du nez. Ils disent que ceux que ont le bout du nez grêle sont prompts et colères ; ceux qui l’ont plein et retroussé comme les lions et les dogues sont forts et présomptueux ; ceux qui ont le nez long, grêle et aigu, de même ; ceux qui l’ont gros et plat sont réputés méchants ; les nez penchants sont indice d’honnêteté ; les droits, de basserie et de babil ; les aigus, de colère ; les gros, de volupté ; les camus, de paillardise et d’impudence ; les courts, de dol et de rapine ; les ronds et estoupés, de stupidité, de bêtise et de fureur ; les tortus de confusion, de trouble d’esprit ; les aquilins, de magnificence et d’une nature excellente, etc. Par allégorie, tons ceux qui par prudence prévoyent les choses et y pourvoient sagement soit dits avoir bon nez par comparaison avec les chiens qui conjecturent et connaissent par le moyen de l’odorat où ils doivent tirer. »
Il faut avoir du nez pour estre pape, dit un proverbe du XVIe siècle.
Lavater a depuis longtemps apporté de nouvelles éclaircies et condensé ce fatras. « Un beau nez ne s’associe jamais avec un visage difforme, dit-il : on peut être laid et avoir de beaux yeux, mais un nez régulier exige une heureuse analogie des autres traits. Aussi voit-on mille beaux yeux contre un seul nez parfait. Un beau nez suppose toujours un caractère excellent et distingué. » Aquilin, en bec d’aigle, il dénote la force et le courage ; évasé, refrogné au bout, l’ironie et l’hilarité.
Le gros nez est très répandu parmi les épiciers, les bourgeois, les boursiers et les maquignons.
Le gros nez finissant en poire appartient aux marchands heureux et aux hommes en place.
Le gros nez boursouflé, aux limonadiers, aux maitres d’hôtel et aux valets de chambre.
Le gros nez bourgeonné, aux campagnards et aux ivrognes.
Le nez mince, sec, difforme, dénote la peur ou la lâcheté.
La narine étroite, nacrée, diaphane indique a volupté.
Chez les femmes, cette narine accompagne une tête mutine, un minois provocant.
La narine large dénonce le travail acharné dès l’enfance.
Celui qui a des excroissances de chair sur le nez est de caractère sanguin ou lymphatique, mais, dans les deux cas, s’emporte facilement.
Enfin, celui dont le nez s’attache au front par une ligne très courbe est presque toujours excentrique et tant soit peu disposé à la folie.

Numéro sept

Larchey, 1865 : Crochet de chiffonnier. — Allusion de forme.

France, 1907 : Crochet de chiffonnier.

Les épaules courbées sous le poids de sa hotte, le corps plié en deux, la lanterne d’une main et le numéro sept de l’autre, le pauvre vieil ivrogne s’en allait titubant par les rues désertes.

(Les Propos du Commandeur)

Pantouflerie

France, 1907 : Bêtise, veulerie, lâcheté.

On devrait foutre la pierre aux fausses couches qui se laissent mettre le grappin sur le râble et, au lieu de les plaindre, leur dire :
— « Si vos poings n’étaient pas assez durs pour résister à l’ennemi que n’avez-vous aiguisé vos griffes et ramassé les cailloux du chemin ? Aussi fort et si puissant que fût votre antagoniste, y avait mèche de rétablir l’équilibre et de l’empêcher de vous dévorer !…
Puisque, au lieu d’agir, vous avez courbé l’échine, supportez-en les conséquences !… »
Mais foutre, les bons bougres n’ont pas cette rigidité de raisonnement : ils comprennent que la pantouflerie du populo résulte beaucoup de la masturbation séculaire que, de génération en génération, lui font endurer les grosses légumes.

(Le Père Peinard)

Père François

Rossignol, 1901 : Le coup du père François est de mettre autour du cou d’un passant un foulard ou une courroie au moment où il tourne le dos à l’agresseur. Celui qui a passé le foulard fait aussitôt un demi-tour et, tout en retenant les deux bouts, se courbe en avant ; de ce fait la victime perd pied, et instinctivement prend avec les deux mains l’objet qui l’étrangle, ce qui permet au complice de fouiller les poches tout à son aise. En plaisantant J’ai fait un jour le coup du père François à un de mes amis, un Italien de première force. Je ne l’ai tenu sur mes épaules que le temps de le soulever de terre, ce qui ne l’a pas empêché de tomber inerte ; et il a été un moment avant de reprendre connaissance. Je me suis bien juré de ne jamais recommencer, et je ne conseille à personne de jouer de la sorte.

France, 1907 : Célèbre inventeur du coup fameux qui a gardé son nom. Ce bandit légendaire étranglait encore à soixante ans. Il travaillait en solitaire, sans complice ni recéleur : d’où sa longue impunité. Quand il fut pris, il avait atteint l’âge où la peine de mort n’est plus appliquée.

— Jamais vous ne verrez opérer le « coup du père François » dans les rues de Constantinople. Le lutteur pour la vie, que vous y pouvez rencontrer, vous demande poliment de renoncer à votre bourse à son profit. Si vous lui prouvez que vous n’en avez point, il n’insiste pas, et il ne vous tue que si vous tentez de lui résister, ce qui est bien le moins, n’est-il pas vrai ?

(Simon Boubée, Le Testament d’un martyr)

Persillard

France, 1907 : Pédéraste qui erre dans les lieux publics à la recherche d’un client ; argot populaire. On dit aussi persilleuse.

Voici comment un douillard, celui qui cherche son persillard ou sa persilleuse, se reconnait… Le douillard porte une canne à bec recourbé. Il fait un léger attouchement de sa canne ou de l’épaule gauche à l’épaule droite du persillard.

(Mémoires de M. Claude)

Pipe (une)

Merlin, 1888 : Saxophone recourbé.

Qui chante vendredi, dimanche pleurera

France, 1907 : Le vendredi étant le jour où Jésus mourut sur la croix, est, aux yeux des dévots, un jour de deuil. L’on ne doit donc ni chanter, ni rire ce jour-là ; et, si l’on s’amuse, on sera puni le dimanche. Mais, au lieu de gémir le vendredi, les humains devraient le fêter, car c’est, suivant une autre légende, le jour de la naissance de Vénus, dont il porte le nom, Veneris dies, et, dans le monde, il y a plus de sectateurs de la déesse de l’amour que de fidèles du Christ, puisque tout ce qui vit et respire se courbe sous les lois de la déesse qui sortit de l’onde. François Ier le pensait ansi ; il affirmait que tout lui réussissait le vendredi. C’était aussi le jour de prédilection de Henri IV, parce que ce fut ce jour qu’il vit pour la première fois la belle marquise de Verneuil, la plus chérie de ses maîtresses, après Gabrielle d’Éstrées. Sixte-Quint affectionnait le vendredi. Il lui rappelait sa naissance, sa promotion au cardinalat, son élection à la tiare, son couronnement. Le Calendrier des bons laboureurs pour 1618 n’est pas d’accord sur les mérites ou les démérites du vendredi :

Vendredi de la semaine est
Le plus beau ou le plus laid.

Rablure

France, 1907 : Flatterie ; argot du Borda. Quand on flatte, on courbe le râble, le dos.

Rossèe

France, 1907 : Grêle de coups.

Quand on a besoin, pour être heureux, des gourmades d’un maître, comme les vieilles catins qui ne pourraient plus vivre sans la quotidienne rossée du souteneur, on courbe l’échine sous le bâton. Mais on laisse en paix ceux qui sentent en eux la conscience de se bien conduire en n’obéissant qu’à eux-mêmes et qui prêchent a leurs frères la conquête de cet idéal.

(Jean Grave)

S (droit comme un)

France, 1907 : Se dit par dérision des bossus, des gens contrefaits. Faire des S, décrire des zigzags, des courbes, en état d’ivresse. Allonger les S, se disait autrefois pour falsifier les écritures, c’est-à-dire transformer les sous en francs. En ajoutant une queue à l’S dans les anciens comptes qui se faisaient par sous et francs ou livres, on transformait le sou en franc.

Saccagné

France, 1907 : Petit canif très effilé et à pointe recourbée dont se servent les pickpockets pour couper du même coup le vêtement et la poche de la personne qu’ils veulent voler.

Salamalec

d’Hautel, 1808 : Salutation humble, plus servile que respectueuse ; courbette ; terme arabe qui signifie la paix.
Faire des salamalecs à quelqu’un. Lui donner des preuves d’une grande soumission ; d’un respect servile.

France, 1907 : Salutation cérémonieuse ; allusion aux salutations et aux compliments interminables que se font les Arabes, littéralement Salam alek, le salut sur toi, phrase par laquelle ils débutent. Faire des salamalecs.

Snobisme

Delvau, 1866 : s. m. Fatuité, vanité.

France, 1907 : Étroitesse d’esprit, soumission aux préjugés.

Nous avons encore l’art, très précieux, des arrangements intérieurs. Quoi qu’il ait à dire du snobisme du bibelot, presque toujours un intérieur parisien se dispose agréablement. Là-dessus, Jenny l’ouvrière, quand elle attend son amoureux, est aussi ingénieuse et aussi adroite que la grande dame à qui obéissent les tapissiers.

(Colomba, Écho de Paris)

Le public aimerait mieux aller au feu que d’entrer en conflit avec les rois du pourboire. Il courbe la tête devant toutes les exigences des gens dont il paye le plus royalement les services. Il considère que c’est une vraie lettre de noblesse que l’indifférence affectée pour l’argent de poche qui alimente le budget des pourboires. Le point d’honneur s’est maintenant logé là, dans ce snobisme du monsieur qui a la monnaie facile. O comédie !

(Le Temps)

Stéatopygie

France, 1907 : Dimensions prodigieuses du derrière des femmes de certaines races nègres et principalement des Hottentotes.

Un des deux interprètes hottentots des respectables ecclésiastiques possédait une épouse du plus pur et du plus abondant hottentotisme.
Les savants sont gens curieux, par devoir professionnel, et M. Galton éprouvait le tout scientifique et impérieux désir de fixer sur ses tablettes les proportions exactes de… de… (Ah ! ma foi, vive le grec !) de la stéatopygie de la dame. Justement, celle-ci, fort coquette et très peu pudique, se tenait nonchalamment debout et sans voile, gracieusement appuyée contre un arbre. M. Galton, ignorant jusqu’au premier mot de hottentot, ne savait comment faire part à la belle de ses indiscrètes intentions. et il eût été déplorablement shocking de sa part de prier un des ministres du culte de se charger de faire sa commission. Une idée lumineuse jaillit de son cerveau, idée qui alliait de la façon la plus originale les exigences de la science et le respect de la pudibonderie britannique… il saisit son sextant et mesura des angles avec autant de gravité et d’attention que s’il se fût agi de déterminer la courbe du méridien terrestre. Jamais Delambre ni Neper n’ont prévu cette application in anima vili de la trigonométrie !

(G. de Wally, Nouvelle Revue)

Suif (prendre un)

France, 1907 : Faire la fête. Cette expression, qui n’est plus guère usitée, l’était sous le second empire et remontait au premier. On disait d’un homme qui s’astiquait pour sortir, se pommadait et cirait sa moustache : « Il va prendre un suif », et celui-ci, malade le lendemain de la débauche du la veille, disait : « Quel suif je me suis donné ! » Le commandant Longuet, dans ses Méditations de caserne, donne l’origine de celte expression d’ailleurs toute militaire : « Dans maints régiments de l’ancienne armée (premier empire), on cirait la moustache et on en tordait les bouts en forme de ficelle. Ces deux bouts avaient la direction horizontale, des malins adoptaient la courbe et leurs moustaches avaient la queue en trompette… Mais la cire était une dépense que beaucoup évitaient en grattant la chandelle de la communauté. Pour n’en rien perdre, ils passaient et repassaient les mains sur les cheveux, afin d’essuyer les unes et de faire briller les autres : ils se donnaient un suif. Le mot s’est étendu à tous les détails d’un toilette un peu soignée. Lorsqu’elle était irréprochable, on disait un fameux suif. » Mais comme lorsque l’on fait toilette au régiment ce n’est pas pour aller chanter des psaumes, il s’en suivait qu’après avoir pris un suif, on s’en donnait généralement un.
De suif on a fait suiffard.

Tonographe

France, 1907 : Appareil pour photographier le chant. Cet appareil, dû à un Américain, Halbrook Curtis, traduit par une image un son, une note, un chant entier. Pour comprendre cet ingénieux mécanisme, il faut se rappeler les vieilles expériences que l’on fait dans les cours de physique en mettant en vibration avec un archet des plaques saupoudrées de de sable. Il se forme sur la plaque des lignes nodales, des dessins rendus bien visibles par la distribution du sable et qui varient selon la note, c’est-à-dire selon la plaque. M. Curtis a eu l’idée de remplacer l’archet par l’émission d’une note. Il a construit un tube recourbé, comme une grande pipe ; à l’une des extrémités, celle de la partie horizontale, une embouchure ; à l’autre, celle qui se redresse verticalement, une plaque de verre placée horizontalement. On saupoudre la surface de la plaque d’un mélange de sel de table et d’émeri très fin. Puis, on fait chanter dans le tube. Pour chaque note, on obtient une distribution particulière de la poudre, une image invariable, qu’il est facile, ensuite, de photographier.

Turbineur

Halbert, 1849 : Travailleur.

Delvau, 1866 : s. m. Travailleur.

France, 1907 : Travailleur ; dans l’argot faubourien, travailleur manuel, ouvrier.

Quand un exploiteur sent que ses turbineurs ne sont pas en situation de se foutre en grève, il ne se prive pas de leur faire des avanies. Pris dans l’engrenage de l’exploitation, les pauvres bougres n’osent pas piper mot, crainte d’être saqués. Ils se rongent de colère et courbent la tête : ils subissent les mufleries patronales, la rage au ventre.

(Père Peinard)

Je tiens à ma peau, moi, mes braves hommes ;
Tous les matins, j’en jette un coup
Dans le journal et j’y vois comme
Les turbineurs i’s s’cass’ el cou…
Moi !… j’m’en irais grossir la liste
Ed’ceux qu’on rapport aplatis ?
Plus souvent… ej suis fataliste…
Respec’ aux abattis !

(Aristide Bruant, Dans la rue)

Le féminin est turbineuse.

Puis il avait, sur les rapports sociaux, des idées très particulières… Ne se sentant point la vocation du travail, il préférait s’en abstenir et confier à l’épouse les soucis ménagers. Bref, il lui fallait une turbineuse.

(Séverine)

Unde habeas quærit nemo, sed oportet habere

France, 1907 : De ce que tu as, personne n’en cherche la source, mais il est nécessaire d’avoir. Locution latine tirée de Juvénal, indiquant que chacun se courbe devant la richesse sans s’inquiéter d’où elle provient.

Veau d’or (adorer le)

France, 1907 : Se prosterner devant un imbécile opulent ; faire des courbettes à un homme qui n’a d’autre mérite que sa fortune : tout sacrifier au vil métal. Allusion au veau d’or que, suivant la légende hébraïque, les Juifs adorèrent dans le désert.

J’ai vu des courtisans, pour la moindre largesse,
Se faire du veau d’or les vils adorateurs.

(Audouit)

Ventre affamé n’a pas d’oreilles

France, 1907 : Un homme affamé n’écoute rien, et le ventre est sourd à la morale.
« Le ventre, poids redoutable », disait Victor Hugo : il nous entraîne en effet bien souvent où nous ne voudrions pas avoir été. Quand le ventre ne se contente pas de pain, le dos se courbe sous la servitude, et un ventre enflé est un tambour qui bat la retraite, car si ventre affamé n’a pas d’oreilles, ventre repu n’a pas de cœur. « À petit centre grand cœur », dit un autre vieux proverbe. Combien d’intérêts précieux sacrifiés aux exigences de l’estomac !
Pas de délibération qui tienne contre l’importunité de ce viscère. On ne peut s’imaginer jusqu’à quel point il influe sur les décisions des compagnies et des assemblées délibérantes. Dans plus d’une occasion, elles ont donné le pernicieux exemple de préférer l’heure du dîner au bien et au salut même de l’État. Le cardinal de Metz se plaint, dans ses Mémoires, que les mesures de sa politique étaient souvent dérangées par les cris de révolte des estomacs des parlementaires, que le prince de Condé appelait ces diables de bonnets carrés.
Pour les gens bien portants il n’est horloge plus juste que le ventre.

Vivere parvo

France, 1907 : Vivre de peu. Le secret de la sagesse ; celui qui sait vivre de peu ne se courbe devant personne.

Vox populi, vox dei

France, 1907 : La voix du peuple est la voix de Dieu. Sentence latine originaire des Grecs. Aristide défendant Périclès soutenait « que ce qui était universellement reçu par le peuple était fondé sur la vérité et devait devenir la croyance générale, parce que la masse rend toujours hommage à la vérité ». Rien de plus faux. L’erreur gouverne les masses ; elles ce courbent sous tous les préjugés, écoutent tous les mensonges et sont esclaves de tous les charlatans. La voix du peuple n’est le plus souvent que le verbe d’une foule ignorante, inconsciente et inepte, un écho répété par d’autres échos. L’illustre Phoeion, qui commanda quarante-cinq fois les armées athéniennes et qui connaissait bien la versatilité populaire dont il devait devenir victime, s’écria, tandis que le peuple applaudissait avec frénésie un de ses discours : « J’ai donc laissé échapper quelque sottise ! » « L’opinion est la reine du monde parce que, disait Chamfort, la sottise est la reine des sots. » Donc est tenu pour maxime le proverbe vulgaire :

Qui est aimé du Populus
Il est aimé de Dominus.

C’est pourquoi l’on voit la faveur populaire entourer si souvent des pitres ou des coquins.

Voyageur (vol au)

Vidocq, 1837 : Les vols au Voyageur se commettent tous les jours à Paris ou aux environs. Voici comment procèdent les voleurs qui emploient ce truc.
L’un d’eux se met en embuscade sur l’une des grandes routes qui conduisent à Paris, et il reste au poste qu’il s’est assigné jusqu’à ce qu’il avise un voyageur doué d’une physionomie convenable, et porteur d’un sac qui paraisse lourd et bien garni. Lorsqu’il a trouvé ce qu’il cherchait, le voleur s’approche. Tout le monde sait que rien n’est plus facile que de lier conversation sur la grande route. « Eh bien ! camarade, dit-il au pauvre diable qui chemine vers la capitale, courbé sous le poids de son hâvre-sac, vous allez à Paris, sans doute. — Oui, monsieur, répond le voyageur. — Il est, dit-on, bien facile d’y faire fortune, aussi je fais comme vous. Connaissez-vous Paris ? — Ma foi non, je n’y suis jamais venu. — Absolument comme moi, je ne connais ni la ville ni ses habitans ; aussi, comme il n’est pas très-agréable de vivre tout-à fait seul, nous nous logerons dans le même hôtel. » Cette proposition, faite par un étranger, ne surprend pas un étranger, aussi, elle est ordinairement acceptée avec empressement. Les deux nouveaux camarades s’arrêtent au premier cabaret qui se trouve sur leur chemin, boivent une bouteille de vin, que le voleur veut absolument payer, et continuent à marcher de compagnie. « Vous avez un sac qui paraît diablement lourd, dit le voleur. — Il n’est effectivement pas léger, répond le voyageur ; il contient tous mes effets et une petite somme d’argent. — J’ai mis mon bagage au roulage ; on voyage plus commodément lorsque l’on n’est pas chargé. — J’aurais dû faire comme vous, répond le voyageur à cette observation, en donnant un léger coup d’épaule. — Vous paraissez fatigué, permettez-moi de porter votre sac un bout de chemin. — Vous êtes trop bon. — Donnez donc. » Le voyageur, charmé de pouvoir alléger un peu ses épaules, quitte son sac, qui passe sur celles du voleur, qui paraît ne pas s’apercevoir du poids qui les surcharge. Enfin, on arrive à Paris ; on ne sait où descendre, mais avec une langue on arriverait à Rome. Aussi les deux nouveaux habitans de la capitale ont bientôt trouvé une hôtellerie. Le voleur y dépose le sac qu’il n’a pas quitté, et, comme il faut, dit-il, qu’il aille chercher de l’argent chez un parent ou un ami de sa famille, il sort et prie le voyageur de l’accompagner. Le voleur, qui connaît parfaitement Paris, fait faire à son compagnon mille tours et détours, de sorte que celui-ci croit être à une lieue au moins de l’hôtellerie lorsqu’il n’en est qu’à cent ou cent-cinquante pas. « Je viens enfin de trouver mon oncle, lui dit enfin le voleur, ayez la bonté de m’attendre dans ce cabaret, je ne fais que monter et descendre. » Lorsque le voyageur est installé devant une bouteille à quinze, le voleur, au lieu de monter chez son oncle, court bien vite à l’auberge, s’excuse auprès de l’aubergiste de ce qu’il ne loge pas chez lui, et demande le sac, qu’on lui remet sans difficulté, puisque c’est lui qui l’a apporté.


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